CHAPITRE XXVII
INFLUEIHGE DE LA CHEVALERIE ET DES MOEURS DES BARRARES SUR LA GONDnjON DES FEMMCSS.
Un zèle infatigable pour la sainteté du mariage, un soin jaloux de porter le sentiment de la pudeur à son plus haut degré de délicatesse : tels sont les deux pôles de la conduite du Catholicisme, dans ses efforts pour relever la femme. Ce sont là les deux grands moyens dont il s'est servi pour atteindre son objet, et c'est de là que vient Tascendant et Fimpor-
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tance des femmes en Europe. H. Guizot a donc tort de dire que « c'est au développement, à la prépondérance nécessaire des mœurs domestiques dans la féodalité, qu'elles ont dû surtout ce changement, ce progrès de leur situation. » Je ne disputerai pas sur le plus ou moins d'influence que la féodalité a pu exercer sur le développement des mœurs européennes. Sans doute, lorsque le seigneur féodal « retrouvera toujours dans son château sa femme, ses enfants, et eux presque seuls » ; lorsque « seuls ils seront sa société permanente, et partageront toujours ses intérêts, sa destinée, il est impossible que l'existence domestique n'acquière pas un grand empire. » (Leçon IV.) Mais si le seigneur, rentrant dans son château, n'y trouvait qu'une fenmie, non plusieurs, à qui cela était-il dû? Qui lui défendit d'abuser de son pouvoir jusqu'à convertir sa maison en harem? qui mit un frein à ses passions et l'empêcha d'en rendre victimes les filles de ses vassaux? Certainement ce furent les doctrines et les mœurs introduites et enraciaées dans l'Europe par l'Église catholique ; ce furent les lois sévères que TÉglise opposa comme un ferme rempart au débordement des passions : par conséquent, en supposant même que la féodalité ait produit le bien dont il s'agit, ce bien n'en est pas moins dû à l'Église catholique.
Ce qui a donné lieu sans doute d'exagérer l'influence de la féodalité en ce qui touche l'ennoblissement procuré aux femmes , est un fait qui se présente d'une manière très-sensible à cette époque, et
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éblouit à là première rue. Ce fait, c'est le brillant esprit de cheyalerie qui , apparaissant au sein de la féodalité et s'étendaat rapidement, produisit les actions les plus héroïques, donna naissance à une littérature riche d'imagination et de sentiment, et contribua pour une grande part à adoucir les mœurs des seigneurs féodaux. Cette époque se dis^ tinguait principalement par son esprit de galanterie, non de cette galanterie commune que forment partout les tendres relations entre les deux sexes, mais une galanterie portée à la plus grande exagération de la part de l'homme, et combinée d'une manière singulière avec la yaleur la plus héroïque, avec la foi la {dus vive, avec la religion la plus ardente. Dieu et ma Dame : telle est rétemelle pensée du chevalier, celle qui absorbe toutes ses facultés, occupe tous ses ins* tants, remplit toute son. existence. Bemporter un triomphe sur l'armée infidèle, déposer aux pieds de sa dame les trophées de sa victoire, h ce prix point de sacrifice qui lui coûte, point de péril qui l'effraye, point d'entreprise qui le décourage. Sou imagination exaltée le transporte dans un monde fantastique ; oet homme, qui tout à l'heure combattait comme un lion dans les champs de la Bétique ou de la Palestine, s'amoUitau seul nom de celle dont il a fait son idole : il s'enivre de cette espérance, qu'un jour, soupirant au pied du château de sa dame, il en obtiendra un gage amoureux ou un fugitif regard. Mais malheur au téméraire qui oserait lui disputer son trésor! Malheur à l'indiscret qui fixerait les yeux sur ces
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créneaux! Pour un riyal, point de pitié : lui dotiner la mort, ou mourir.
En examinant ce. mélange informe de douceur et de férocité, de religion et de passions, bizarrerie exa- ^ gérée par la fantaisie des chroniqueurs et l'imaginiition des troubadours, mais qui ne laisse pas d'avoir un type yéritable, on observera que c'était là une chose naturelle pour l'époque, et moins difficile à expliquer qu'il ne semble à la première me. En effet, la violence des passions n'a rira d'extraordi* naire chez des hommes dont les ancêtres, sortis des forêts du Nord, avaient naguère planté leurs tentes sur les ruines des cités qu'ils venaient de détruire ; il est naturel que la force du bras décide de tout parmi des hommes dont l'unique profession est la guerre, et c|ui vivent dans une société où manque un pouvoir public assez fort pour mettre une digue aux passions des particuliers. Enfin, rien n'est plus naturel chez ces mêmes hommes que la viva* cité du sentiment religieux, car la religion est l'unique pouvoir qu'ils reconnaissent Elle a enchanté leur imagination par la splendeur et la magnificence des temples, par la majesté et la pompe du culte. La religion a mis sous leurs yeux le spectacle des vertus les plus sublimes, et fait résonner à leurs oreil*les un langage aussi élevé que doux et pénétrant : langage sans doute imparfaitement compris par eux^ mais qui ne laisse pas de les convaincre de la divinité des mystères et des préceptes chrétiens , qui d'ailleurs, opérant sur des âmes d'une trempe vigou-
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reuse, y engendre F^thoasiasme, j produit l'héroïsme. On voit par là que tout ce qu'il y a de bon dans le sentiment exalté de la cheyalerie émane de la religion. Hais si nous faisons abstraction de la foi, nous ne voyons plus que le Barbare, lequel ne connaît d'autre loi que sa lance, d'autre règle que les inspirations d'un cœur de feu.
En pénétrant de plus en plus dans l'esprit de la chevalerie, et en s'arrètant particulièrement au caractère des sentiments qu'elle professait par rapport à la femme, on voit qu'au lieu de relever la femme, elle la suppose déjà relevée, environnée de considération ; la chevalerie ne donne pas une nouvelle place à la femme ; elle la trouve entourée déjà d'honneur et de respect. Et en vérité, s'il n'en était ainsi, comment concevrait-on une galanterie si exagérée, si fantastique? Mais imaginez-vous la beauté de la vierge, couverte du voile de la pudeur chrétienne ; imaginez- vous le charme ainsi augmenté par Tillusion, vous concevrez le délire du chevalier. Figurez-vous, en même temps, Tépouse chrétienne, la compagne de l'homme, la mère de famille , sur laquelle se concentrent toutes les affections du mari et des enfants; vous concevrez pourquoi le chevalier se sent enivré à la seule pensée d'obtenir une si grande félicité, pourquoi son amour est quelque chose de plus qae de l'amour , plus qu'un entraînement des sens : c'est un respect, une vénération, un culte.
On a prétendu trouver l'origine de cette espèce
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