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quelle vous vous êtes crus dans le droit et dans Tobligation d*étre intolérants.
Poursuivons notre tâche. Vous n'ignorez certainement pas les sacrifices offerts dans l'antiquité à la déesse de Tamour, Tinfàme culte qu*on lui rendait dans les temples de Babylone et de Gorinthe ; si un semblable culte renaissait parmi vous, le toléreriez- vous? — Non ; car il est contraire aux lois sacrées de la pudeur. — Toléreriez-vous qu* on enseignât du moins la doctrine sur laquelle il s'appuie? — • Non, par la même raison. — Voici donc encore^ un cas où vous vous croyez le droit et l'obligation d^ètre intolérants, de faire violence à la conscience d'autrui ; et la seule raison que vous en puissiez alléguer, c'est que vous y êtes obligés par votre propre conscience.
Quelque chose de plus : supposons que, quelques têtes venant à s'échauffer par la lecture de la Bible, on prétende fonder un nouveau Christianisme, à Timitation de celui de Matthias de Harlem ou de Jean de Leyde : lefl| sectaires commencent à répandre leurs doctrines, à se réunir en conciliabules, et leurs déclamations fanatiques entraînent une portion du peuple ; tolérerez- vous cette nouvelle religion ? — Non ; car ces hommes pourraient renouveler les scènes qui ensanglantèrent l'Allemagne au seizième siècle, alors qu'au nom de Dieu, et pouii remplir, disaien^iIs, les ordres du Très-Haut, les Anabaptistes attaquaient la propriété, détruisaient tout pouvoir existant» semaient partout la désolation et la
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mort. — Ce sera agir airec autant de justice que de prudence ; mais enfin vous ne pouvez nier que vous commettriez là un acte d'intolérance. Qu'est donc devenue votre tolérance universelle, ce principe si évident, si impérieux ? A chaque instant, je vous vois obligé de le restreindre ; je dirai mieux, obligé d'agir en un sens diamétralement opposé. Direz-vous que la sécurité de l'État, le bon ordre de la société, la morale publique vous contraignent d'agir de la sorte? Mais alors veuillez nous dire ce que cest qu*un principe qui se trouve ainsi, en certains cas, contraire aux intérêts de la morale publique, du bien social, de la sécurité de l'État. Croyez- vous par hasard que les hommes contre lesquels vous déclamiez tout à l'heure qe prétendaient pas protéger aussi ces intérêts, en usant de cette intolérance qui révolte votre cœur?
Tous les temps, tous les pays ont reconnu, comme principe incontestable, que le pouvoir public a le droit de prohiber certains actes, sans être arrêté par la crainte de faire plus ou moins violence à la conscience des individus qui accomplissent ou préten* dent au droit d'accomplir ces actes. S'il ne suffisait pas du constant témoignage de l'histoire, du moins le court dialogue que Ton vient d'entendre devrait nous convaincre de cette vérité : on vient de voir que les plus ardents preneurs de la tolérance pourront fort bien, en certains cas, se trouver obligés d'être intolérants. Ils y seront obligés au nom de l'humanité, au nom de la pudeur, au
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nom de Tordre public : donc la tolérance universelle a regard des doctrines et des religions, cette tolérance, proclaipée comme un devoir de tout gon* vernement, est une erreur ; c'est nue thèse sans ap* plication. Nous avons démontré que l'intolérance a toujours été, est encore un principe reconnu par tout gouvernement, principe dont l'application, plus ou moins indulgente ou sévère, dépend de la diversité des circonstances, et par-dessus tont du point de vue particulier d'oii le gouvernement considère les choses.
Ici se présente une grande question de droit, question qui semble, à la première vue, devoir être résolue en un sens contraire à toute intolérance, soit par rapport aux doctrines, soit par rapport aux actes, mais qui, examinée à foud, conduite une solution toute différente. Dans l'examen de cette question, rintelligence restera peut-être incapable de dissiper la difficulté au moyen de raisons directes; mais quelques raisons indirectes et le raisonnement dit ad absurdum suffiront pour faire reconnaître la vérité, du moins jusqu'au point où cela est nécessaire, afin que la prudence humaine, toujours incertaine, reçoive une règle et une direction.
Voici la question : « De quel droit peut-on empêcher un homme de professer une doctrine et d'agir conformément à cette doctrine, s'il est convaincu que la doctrine est véritable, qu'il ne fait que remplir son devoir ou exercer un droit légitime, en agissant conformément à ce qu'elle lui prescrit?» Or,
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poarqaecette prohibition ne soit pas ridicule et vaine, il y faut la sanction de la peine, le châtiment ; vous châtierez donc un homme qui, dans sa conscience, est innocent. Le châtiment par main de justice suppose un coupable ; et nul n'est coupable, s'il ne Test premièrement dans sa conscience. La culpabilité a sa racine dans la conscience elle-même ; nous ne saurions être responsables de l'infraction faite aune loi, qu'autant que cette loi nous a parlé par l'organe de notre conscience. La conscience nous dit-elle que telle action est mauvaise, nous ne pouvons accomplir cette action, quelles que soient les injonctions de la loi qui la prescrit : si la conscience , au contraire, affirme que telle action est un devoir, nous ne pouvons omettre cette action, quelles que soient les prohibitions portées dans la loi. Voilà , en peu de mots, et avec toute la force possible, ce qui peut être allégué contre l'intolérance à l'égard des doctrines et des actes émanant des doctrines : voyons quelle est la valeur véritable de ces réflexions, en apparence si concluantes. On voit d abord que ce système rendrait impossible le châtiment de tout crime politique. Brutus plongeant le poignard dans le cœur de César, Jacques Clément assassinant Henri III, agissaient sans doute sous l'influence d*une exaltation d'esprit qui leur faisait envisager leur attentat comme un acte d'héroïsme ; et cependant si l'un et Tautre eussent été conduits devant votre tribunal, vous eût-il semblé raisonnable de leur accorder l'impunité, le premier alléguant son amour pour la patrie, l'autre
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son zèle pour la religion? Le plus grand nombre des crimes politiques se commettent avec cette conviction que Tacte est louable. Et je ne parle pas seulement des époques de troubles, oii chacun, dans les partis les plus opposés, est intimement persuadé davoir la raison de son côté; dans les temps même de paix, les conspirations ourdies contre les gouvernements sont le plus souvent Tœuvre de quelques individus qui considèrent le pouvoir comme illégitime et tyrauDique : en travaillant à le renverser, ils agissent conformément à leurs principes. Le juge les punit justement en leur appliquant la loi décrétée par le législateur ; et cependant, ni le législateur en décernant la peine, ni le juge en rappliquant, ni- .gnorent, ne peuvent ignorer la disposition d'esprit où se trouve le délinquant qui enfreint la loi.
On dira que c'est précisément la force de ces raisons qui accroît chaque jour la compassion, Tindulgence à Fégard des crimes politiques. Je répliquerai que, si la justice humaine n'a pas le droit de châtier dès que le délinquant agit en vertu de sa conviction, il faudrait non-seulement adoucir ces peines, mais les abolir. Dans ce cas, la peine capitale est un véritable assassinat, l'amende un vol, les autres pénalités autant de violences. Cependant remarquons, en passant, qu'il nest point vrai que la rigueur contre les crimes politiques diminue autant qu'on le dit; l'histoire de TEurope, dans les dernières années, fournirait quelques preuves du contraire. On ne voit plus, il est vrai, de ces ch&timents
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atroces en usage à d'autres époques ; mais ee n'est pas que le juge descende dans la conscience du criminel : c'est un effet de la douceur des mœurs, qui, pénétrant partout, a dû nécessairement influer sur la I^islation criminelle. Ce qui est extraordinaire , c'est la sévérité conservée aux lois qui châtient les crimes politiques, lorsque, parmi les législateurs modernes, chez les différentes nations de l'Europe, il en est un si grand nombre qui se rappellent avoir commis, en d autres temps , les mêmes crimes. Et à coup sûr, dans la discussion de mainte loi pénale, plus d'un a opiné avec indulgence, pressentant ou prévoyant que cette loi pèserait un jour sur sa propre tète.
L'impunité des crimes politiques amènerait la subversion de l'ordre social, en rendant tout gouvern^nent impossible. Sans nous occuper plus longtemps des funestes résultais qu'aurait cette doctrine, remarquons que le bénéfice de l'impunité accordé aux illusions de la conscience ne serait pas seulement dû aux crimes politiques , mais devrait s'étendre aux crimes ordinaires. Ainsi les attentats contre la propriété : on sait que bien des gens à d'autres époques, et malheureusement plus d'un homme de nos jours, ont considéré, considèrent encore la propriété comme une usurpation, une injustice. Les attentats contre la sainteté du mariage : n'a-t'il pas existé des sectes aux yeux desquelles le mariage était illicite, d'autres qui ont opiné et opinent encore pour la communauté des femmes? tes
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lois sacrées de la pudeur, ie respect pour rinuocenee ont été égalemeat regardés par quelques sectes comme une injuste limite apportée à la liberté de rhomme : violer oes lois, c'était donc une action méritoire. On aura beau supposer Tégarement, raveitglement chez les hommes qui professent ces maximes : quelqu'un osera-t-il nier qu'il est juste de les châtier, lorsque, conséquents avec leurs doctrines, ils auront commis un crime , ou répandu dans la société leurs funestes enseignements?
S'il est injuste de punir le criminel dès qu'il agit conformément à sa conscience, tous les crimes imaginables seront permis à Tathée, au fataliste, au sec* tateur de la doctrine de l'intérêt privé; car, en détruisant, comme ils le font, la base de toute moralité, ces hommes n'agissent jamais contre leur conscience : ils n'en ont point. Combien de fois sera-t-on en droit de reprocher aux trijbunaux leur injustice? De quel droit, dira-t-on aux magistrats, punissezvous cet homme qui, n'admettant pas l'existence de Dieu, ne saurait se reconnaître coupable à ses propres yeux, ni par conséquent aux vôtres ? Vous aviez fait la loi en vertu de laquelle vous le châtiez ; mais cette loi n'a nulle valeur dans la conscience de cet homme, car vous êtes ses égaux, et il ne reeonnatt l'existence d'aucan être supérieur qui ait pu vous octroyer le droit de gêner sa liberté. De quel droit punissez-vous cet autre qui est convaincu que toutes ses actions sont l'effet de causes nécessaires, que le libre arbitre est ane chimère, et qui, en commet^
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tant raction même que vous taxez de criiâe, ne ses* time pas plas libre de se contenir, que la brate de se précipiter sur sa proie ? Gelai-ci est persuadé que la morale est un mensonge, qu'il n'en existe pas d'autre que rintérét particulier; le bien et le mal pour lui ne sont autre chose que ce même intérêt bien ou mal entendu : si vous lui faites souffrir un châtiment quelconque, ce ne sera donc pas qull soit coupable dans sa conscience; vous le punirez de s'être trompé dans son calcul j d'avoir mal discerné les résultats probables de son action. Telles sont les déductions nécessaires, inévitables y de la doctrine qai refuse au pouvoir pablic la faculté de punir les crimes commis en conséquence d'une erreur de rentendement.
On dira que le droit de châtier ne se rapporte qu'aux actions, non aux doctrines; que les actions doivent être soumises à la loi, tandis que les doctrines ont droit aune liberté sans bornes. Parle-t-on des doctrines en tant que renfermées dans l'intelligence, sans manifestation extérieure? Il est clair que non-seulement le droit, mais la possibilité même de les châtier fait défaut : Dieu seul peut connaître les secrets de l'esprit delhomme. Que s'il s'agit de doctrines manifestées, alors le principe est faux : nous venons de démontrer que ceux mêmes qui le soutiennent en théorie sont dans l'impossibilité de s'y conformer dans la pratique. Enfin, on répliquera que, quelle que soit dans ses résultats l'absurdité de la doctrine en question, il demeure impossible de justifier le châtiment d'une action ordonnée ou auto^
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risée par la conscience de celai qui Ta commise. Gomment résoudre celle difficulté? Comment écarter un si grave inconvénient? Sera-t-il permis, en aucun cas, de traiter comme coupable celui qui ne sejage point coupable au tribunal de sa propre conscience ? Bien que cette discussion semble tourner sur quelques points qui rallient les hommes de toutes les croyances et de toutes les opinions, il se trouve cependant sur ce sujet, entre les catholiques d'un côté, les incrédules et les protestants de l'autre, une différence profonde. Les premiers tiennent pour principe inébranlable qu'il y à des erreurs de Ventendemen^t qui sont des fautes; les autres, au contraire , pensent que toute erreur de V entendement est innocente. Les catholiques considèrent, comme lune des plus graves offenses de l'homme envers Dieu, Terreur au sujet des grandes vérités religieuses et morales ; leurs adversaires excusent cette sorte d'erreur avec une extrême indulgence; et ils le doivent ainsi, sous peine d'être inconséquents. Les catholiques admettent la possibilité de l'invincible ignorance à l'égard de quelques vérités très-importantes; mais cette impossibilité reste limitée peureux à certaines circonstances, hors desquelles ils déclarent l'homme coupable. Leurs adversaires exaltent sans cesse la liberté de penser, n'y mettant d'autre entrave que celle qui sera du goût de chaque individu ; ils affirment sans cesse que tout homme est libre d'adopter les opinions qui lui plaisent : ils sont allés jusqu'à persuader qu'il n'y a ni opinions coupables ni erreurs coupables , que
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rhomme n'est point tenu de scrater le fond de son âme pour s'assurer que quelques causes seerètes ne le poussent point à s'écarter de la mérité ; ils ont fini par confondre monstrueusement la liberté physique de la pensée avec sa liberté morale ; ils ont babni de Tordre des opinions les notions da licite et de Villicite^ donnant à entendre que ces notions, lorsqu'il s'agit de la pensée, n'ont plus d'application. G'est-à-dîre que, dans la région des idées, ils ont confondu le droit avec le fait, déclarant que, dans cette région, toutes les lois divines et humaines sont inutiles et hors de leur lieu. Insensés ! comme s'il était possible que ce qu'il y a de plus élevé et de plus noble dans la nature humaine fût exempt de règle ; comme si l'élément qui fait de l'homme le roi de la création pouvait être dispensé de concourir à l'ineffable harmonie des parties de l'univers entre elles et du tout avec Dieu; comme si cette harmonie pouvait subsister ou même seconcevoir chez l'homme, à moins que la première des obligations humaines ne soit d'adhéiier constamment à la vérité !
Yoilà l'une des profondes raisons qui justifieut r.£glise catholique , lorsqu'elle considère le péché d'hérésie comme l'un des plus grands que l'homme puisse commettre. Vous souriez peut-être de pitié et de mépris à ces seuls mots: péché d'hérésie; mais vou£^ qui considérez cette doctrine comme une invention par laquelle les prêtres parviennent à dominer les consciences, en retranchant la liberté de la pensée, de quel droit vous arrogez- vous la fa-
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caltë de condamner les hérésies qui s'opposent à votre orthodoxie? De qaei droit condamnez- vous ces associations au sein desquelles se professent des maximes attentatoires à la propriété, à Tordre public, à l'existence du pouvoir? Si la pensée de rfaomme est hbre, si Ton ne peut essayer de la restreindre sans violer des droits sacrés, pourquoi empécbez-vous Faction de ces hommes qui se proposent de détruire l'ordre social existant? Pourquoi déjouer, pourquoi combattre ces conspirations souterraines, qui, de temps en temps, lancent contre la poitrine des rois un plomb homicide? Vous invoquez vos convictions pour déclarer injuste éternelle Tintolérance dont on a usé, à certaines époques, envers vos erreurs ; sachez donc que ces hommes peuvent invoquer aussi leurs convictions. Vousaffirmiez que les doctrines de TÉglise étaient des inventions humaines ; ils affirment que les doctrines qui régnent dans la société sont aussi des inventions humaines. L'ancien ordre social était, à vos yeux, un monopole; Tordre social actuel est, à leurs yeux, un monopole* Vous prétendiez détruire ce qui existait, pour fonder des institutions nouvelles qui devaient faire le bonheur de Thumanité ; ces hommes tiennent aujourd'hui le même langage. Vous proclamiez sainte la guerre qui se faisait contre le pouvoir ancien : ils proclament sainte la guerre qui est faite au pouvoir actuel. Enfin, vous avez prétendu faire respecter toutes vos opinions, jusqu'à Tathéisme, et vous avez enseigné que personne n'avait le droit de
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TOQS empêcher d'agir conformémentàTOS principes ; mais les fanatiques dont nous parlons ont aussi des principes^ des convictions. En voulez-vous une preuve? Voyez-les, au milieu de Tallégresse des fêtes publiques, se glisser parmi la multitude en liesse, choisir le lieu opportun, attendre, avec une imperturbable assurance, le moment fdtal pour frapper une famille royale et couvrir une nation de deuil» certains d'ailleurs de porter leur tête sur un échafaud. Mais, diront nos adversaires, ces convictions n'ont pas d'excuses. Elles en auraient une, si les vôtres en avaient pu avoir : toute la différence est que vous avez ourdi vos ambitieux systèmes au sein de l'aisance et du plaisir, peut-être dans l'opulence et à l'ombre du pouvoir ; tandis que ceux-ci ont conçu leurs doctrines au sein de Tobscurité, de la pauvreté, de la misère, du désespoir.
En vérité, Tinconséquence de certains hommes est choquante d'étrange manière. Se moquer de toutes les religions, nier la spiritualité, l'immortalité de Tàme, Texistence de Dieu, renverser toute la morale, en miner les plus profondes bases, tout a été pour eux chose excusable, ou même chose digne de louange ; les écrivains qui se sont imposé cette tâche funeste sont dignes d'apothéose : il faut chasser la Divinité des temples pour y placer les noms, les images des chefs de ces écoles ; sous les voûtes des basiliques, à l'endroit où repose la cendre du chrétien qui attend la résurrection, il faut élever le s mausolées de Voltaire et de Rousseau. Mais alors,
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comment se plaindre qae la propriété, la famille, Tordre social, soient attaqaés? La propriété est sacrée; mais, par hasard, est-elle plus sacrée qae Diea? Quelle que soit Timportance des vérités rela* tiyes à la famille, à la société, ces vérités sont-elles d'un ordre supérieur aux principes éternels de la morale; ou, pour mieux dire, sont-elles autre chose que Tapplication même de ces éternels principes?
Mais reprenons le fil de notre discours. Lorsqu'on a une fois établi le principe qull y a des erreurs coupables (principe qui, dans la pratique, si ce n'est dans la théorie, doit être accepté de tout le monde» mais que le Catholicisme seul peut logiquement soutenir), il est facile de saisir la raison des châtiments décernés contre la propagation et l'enseignement de certaines doctrines» et l'on comprend pourquoi il est légitime de punir, sans se laisser arrêter par la conviction dont le coupable a pu être animé. La loi convient que cette erreur de rintelligence a existé ou a pu exister ; mais, dans ce cas, elle déclare coupable cette erreur même; et, si Thomme invoque le témoignage de sa propre conscience, la loi lui rappelle le devoir qu'il avait de rectifier sa conscience. Tel est, en justice, le fondement d'une législation qui parait si injuste. Il était nécessaire de montrer ce fondement pour prévenir une opinion qui flétrissait la plus grande partie des lois humaines ; car ce serait une tache horrible de s'attribuer le droit de châtier un homme qui ne serait pas véritablement coupable. Un tel droit, droit absurde^ est si loin de
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se trouver da ressort de la justice hamaine, qu'il n'appartient pas même à Dieu. La Justice même, l'Être infini^ cesserait d'être ce qu'elle est, si elle pouvait punir l'innocent.
Peut-être pourrait-on assigner une autre origine au droit qu'ont les gouvernements de punir la propagation de certaines doctrines et les actes commis en conséquence de ces doctrines, dans le cas même où le criminel agit en vertu d'une conviction profonde. « Les gouvernements, dirait-on, {fissent au nom de la société, laquelle, comme tout être, possède le droit de se défendre elle*-méme. Telles doctrines menacent l'existence de la société ; celle-ci se trouve dans la nécessité et a le droit d'en combattre les fauteurs. » Une semblable raison , quelque plausible qu'elle paraisse, porte avec soi un très-grave inconvénient, celui de faire disparaître d'un seul coup ridée de châtiment et de justice. Frapper l'agresseur en se défendant, ce n'est point le châtier, mais le repousser. Le criminel, conduit au supplice, ne sera plus un véritable criminel, mais un malheureux succombant dans une lutte inégale et téméraire. La voix du juge qui condamne ne sera plus la voix auguste de la justice; son jugement ne représentera plus que la société se vengeant de celui qui a eu l'audace de l'attaquer. Le mot de peine prendra dès lors un sens nouveau; la gradation de la peine dépendra du calcul, non plus d'un principe de justioe» Il ne faut pas l'oublier; si l'on suppose que la société, en vertu du droit de défei^e, inflige un cbA-
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timent à l'homme qu'elle considère d'ailleurs comme tout à fait innocent, elle ne jnge plas , ne châtie plus ; elle combat, elle lutte. Ce qui convient parfaitement lorsqu'il s*agit des rapports d'une société avec une autre société, ne convient plus lorsqu'il s'agit de la société dans ses rapports avec l'individu. Il nous semble alors voir la lutte inégale d'un géant contre un imperceptible pygmée. Le géant prend le pygméedans sa main et l'écrase.
La doctrine que je viens d'exposer montre, avec une parfaite évidence, ce que vaut le principe tant vanté de la tolérance universelle ; principe aussi impraticable dans la région des faits qu'insoutenable dans la théorie : par là se trouvent renversées toutes les accusations dirigées contre le Catholicisme, au sujet de son intolérance. Il demeure démontré que l'intolérance est en quelque façon un droit de tout pouvoir public : toujours on l'a reconnu ainsi ; on continue de le reconnaître ainsi, bien que les philosophes, partisans de la tolérance , se trouvent presque partout élevés au pouvoir. Sans doute, les gouvernements ont abusé mille fois de ce principe ; sans doute, plus d'une fois, en vertu de ce même principe, on a persécuté la vérité : mais de quoi les hommes n'abusent-ils pas? Ce qu'on dcTait faire, en bonne philosophie, ce n'était pas d'établir des principes insoutenables, d'ailleurs dangereux à l'extrême; ce n'était pas de déclamer jusqu'à satiété contre les hommes et les institutions des siècles qui nous ont précédés : il fallait s'^attacher à propager des senti-