‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 32 sur 78 · DE L INQUISITION EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

DE L INQUISITION EN ESPAGNE

Je me trouve naturellement conduit à dire quelques mots de l'Inquisition, en particulier de Tlnquisition d'Espagne. Je dois examiner rapidement ce qui peut être reproché au Catholicisme à raison de la conduite qu'il a tenue dans les derniers siècles. Les cachots, les bûchers de l'Inquisition, l'intolérance de quelques princes catholiques, ont fourni aux ennemis de l'Église un des arguments dont ils se sont le plus servis pour la discréditer et la rendre un objet d'animadversion et de haine. Il faut avouer qu'ils avaient, dans ce genre d'attaques, plusieurs avantages qui leur donnaient une grande probabilité de triomphe. En effet (comme nous l'avons indiqué plus haut, pour le commun des lecteurs, qui, sans s'occuper d'examiner les choses à fond, se laisse naïvement emporter où veut un subtil écrivain), quel moyen plus propre à exciter l'indignation que de présenter aux regards de noirs cachots, des chevalets, des san-benitos et des bûchers ! Quel effet doit produire, au milieu de notre tolé-

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rance, de la douceur de nos mœurs, en présence de rhumanité de nos codes criminels , l'apparition subite des rigueurs , des cruautés d'un autre siècle, le tout exagéré , groupé en un seul taUeau? On a soin de rappeler que tout cela s'est fait au nom d'un Dieu de paix et d'amour : par là, le contraste est rendu plus yif . L'imagination s'exalte , le cœur s'indigne ; le clergé, les magistrats, les rois, les papes de ces temps éloignés apparaissent conmie une troupe de bourreaux dont le plaisir est de tourmenter le genre humain. Les écrivains qui n'ont pas craint de procéder de la sorte, n'ont certainement pas accrédité leur réputaticm de délicatesse. Il est une règle que l'écrivain et l'orateur ne doivent jamais perdre de vue : c'est qu'il n'est pas permis d'exciter des mouvements de passion dans un esprit que l'on n'a pas encore convaincu, ou qui ne se trouve pas convaincu à l'avance. Il y a d'ailleurs une sorte de mauvaise foi a traiter, uniquement par des raisons de sentiment, des matières dont la nature même exige qu'on les envisage à la lumière de la froide raison. £n pareil cas, il ne faut pas commencer par émouvoir, mais par convaincre : agir au rebours, c'est tromper le lecteur.

n n'entre pas dans mon dessein de faire ici Tbistoire de l'Inquisition, ni des différents systèmes suivis, en divers pays, par rapport à l'intolérance en matière de religion; ce serait m'éloigner de l'objet de cet ouvrage. Peut-on tirer de l'Inquisition en général, de celle d'Espagne eu particulier, et de quel-

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que» légMatioiis plus ou moins intolérantes, nne accusation contre le Catholicisme? Le Catholicisme, sous cet aspect, peut-il supporter d'être mis en parallèle avec le Protestantisme? Telles sont les ques- ÛOBS que je dois examiner.

Troig dioses se présentent aux yeux de l'observateur : la législati<m et les institutions procédant du principe d'intolérance; Tusage qu'on a fait de cette législation et de ces instituticms ; enfin, les actes d'intfdérfince conmiis en dehors de cet ordre légal. Quant à ce dernier points je dois le dire tout d'abord, je n'ai rien à y voir. Le massacre de la Saint* Barthélémy, les autres atrocités commises au nom de la Religion, ne doivent point embarrasser les apologistes de la fieligion elle-même; rendre la Reli* gt<m responsable de tout ce qui a été commis en son nom., serait procéder avec une évidente injustice. L'homme se trouve doué d'un sentiment si fort, si vif de l'excellence de la vertu, qu'il essaye de couvrir du manteau de la vertu jusqu'aux plus grands crimes : sarait-îl rabonnable de bannir pour cela la vertu de la terre ? L'histoire de l'humanité présente des époques où un vertige funeste s'empare des tètes; la fureur, dans ces moments terribles, aveugle les intelligenees, dénature les cœurs; on donne au mal le nom de l»en , au bien le nom de mal ; en invoquant des noms augustes, on commet les plus horribles attentats. L'historien et le philosophe, lorsqu'ils viennent à traiter de semblables époques, savent bien quelle emduite leur est tracée : tenus,

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comme toDJoars, à une Téracité rigoureuse dans la narration des faits, il leur est défendu de tirer de ces faits un jugement touchant les idées et les institutions dominantes. Les sociétés alors sont comme un homme saisi d'un accès de délire : on jugerait mal des idées, du caractère ou de la conduite de cet homme, d'après les choses qu'il dit et fait tant que dure ce déplorable état.

Quel parti, dans ces temps de calamité, peut se glorifier de n'avoir pas commis de grands crimes? Arrêtons-nous à l'époque même que nous venons de mentionner : ne yoyonsruous pas les chefis de l'un et de l'autre parti assassinés par trahison? L'amiral de Goligny meurt aux mains des assassins qui commencent le massacre des Huguenots ; mais le duc de Guise avait été assassiné aussi par Poltrot , devant Orléans. Henri HI meurt assassiné par Jacques Clément ; mais ce même Henri m a fait 'assassiner traîtreusement l'autre duc de Guise dans les corridors du palais, et le cardinal frère du duc, dans la tour de Moulins ; ce même Henri III a pris part aux massacres de la Saint-Barthélémy. Des atrocités sont commises par les Catholiques ; mais leurs adversaires n'en commirent-ils pas ? Jetons donc un voile sur ces catastrophes, sur ces affligeants témoignages de la misère et de la perversité du cœur de l'homme.

Le tribunal de l'Inquisition, considéré en luimême, n'est qu'une application à un cas particulier de la doctrine d'intolérance, qui, plus ou moins, forme la doctrine de tout pouvoir existant. H nous

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reste uniquement à examiner le caractère de cette application particulière, et à juger si les reproches auxquels elle a donné lieu sont fondés. En premier lieu, faisons observer qu'on fausserait étrangement l'histoire, en prétendant que cette intolérance ne s'est point vue ayant le temps où, suivant certaines gens, rÉglise a dégénéré de sa pureté primitive. Pour moi, ce que je vois, c'est que, dès les premiers temps où l'Église a commencé d'exercer une influence publique, l'hérésie a figuré sur les codes en qualité de déUt ; et jusqu'à ce jour on n'a pu découvrir une époque où la tolérance ait été complète. Encore une observation importante. L'Inquisition eut précisément à débuter contre les hérétiques manichéens, c'^st-à-dire contre les sectaires qui, dans tous les temps, furent traités avec le plus de sévérité. Au onzième siècle, lorsqu'on n'appliquait point encore au crime d'hérésie la peine du feu, une exception était faite à l'égard des manichéens. Au temps même des empereurs païens, ces sectaires étaient traités avec une rigueur extrême. Dioclétien et Maximien, l'an 296, condamnent par un édit, à différentes peines, les manichéens qoi n'abjureront pas leurs dogmes , et à la peine du feu les chefs de la secte. Toujours ces sectaires ont été considérés comme de grands criminels; les châtier a été jugé chose nécessaire, non- seulement dans l'intérêt de la Religion, mais dans l'intérêt des mœurs et du bon ordre de la société. Ce fut une des causes de la rigueur qui s'introduisit dans l'Inquisition à son dé- II. 10

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bnt. Ajoutes à cela k caractère turbulent des sectes qui, sous différents noms, surgirent aux onzième, douzième et treizième siècles, tous connaîtrez deux des motife qui contribuèrent à amener ces scènes auxquelles nous avons peine à croire maintenant.

Les troubles, les désastres qui raragèrent dans ce temps-là le midi de la France nous apprennent clairement qu'on n'y disputait pas seulement sur tel ou tel point des dogmes, mais que l'ordre social tout entier se trouvait compromis. Les sectaires de ce temps étaient les précurseurs de ceux du seizième siècle, avec cette différence, que ces derniers, si l'on en excepte les frénétiques Anabaptistes, forent moins démocratiques, moins portés à s'adresser aux masses. A une époque de cruauté, après de longs siècles de bouleversements et de violences qui avaient donné à la force brutale une prépondérance excessive, que pouvait-on espérer des pouvoirs f)ublics, menacés incessamment d'un imminent péril? Il est clair que les lois et leur application devaient se ressentir de l'esprit d'one pareille époque.

Quant à l'Inquisition d'Espagne, qui ne fut jamais qu'une extension de celle qu'on voyait établie en d'autres pays, il en faut diviser l'histoire en trois grandes périodes : nous laissons de c6té le temps où elle exista dans le royaume d'Aragon, antérieurement à son importation en Gastille. La première de ces périodes comprend le temps où l'Inquisition fut prin* cipalement dirigée contre le Judaïsme et les Maures, depuis le jour de son installation sous les Rois

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Catholiques, jusque fort avant sous le règne de Gharles^Quint. La seconde s'étend du jour où elle commença à concentrer ses efforts pour empêcher l'introduction du Protestantisme en Espagne, jusqu'à celui où ce péril cessa tout à fait; c'est-à-dire depuis le milieu du règne de Charles^^uint jusqu'à l'ayénement des Bourbons. Enfin, la dernière époque est celle où l'Inquisition s'est bornée à réprimer des vices infâmes, et à fermer le passage à la philosophie de Voltaire : cette époque a duré jusqu'à l'abolition de l'Inquisition, dans le premier tiers du siècle présent. Il est dair que l'institution s'étant modifiée suivant les circonstances à ces différentes époques, bien qu'au fond toujours la même ^ on ne saurait marquer avec précision le commencement ou la fin de chacune des trois périodes que nous indiquons; ce qui n'empêche pas que ces trois périodes n'existent et ne nous présentent des caractères très-divers. Personne n'ignore les circonstances particulières au milieu desquelles l'Inquisition fut établie du temps des Bois Catholiques; cependant il n'est pas sans intérêt de faire remarquer que la bulle d'établissement fut sollicitée précisément par la reine Isabelle, c'està-dire par un des souveraine les plus haut placés dans notre histoire, par une reine qui conserve encore, après trois siècles, le respect et la vénération de tous les Espagnols. Isabelle, loin de se mettre, par cette mesure, en contradiction avec la volonté du peuple, ne faisait que réaliser un vœu national. L'inquisition s'établissait prmdpaleinent contre les

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