‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 33 sur 78 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

juifs; la bulle du pape fut expédiée eu 1478; or, ayant que l'Inquisition eût publié son premier édit, daté de Séyille en 1481, les cortès de Tolède, l'an 1480, avaient déjà pris des mesures sévères au même sujet. Pour prévenir le préjudice que le commerce des juifs avec les chrétiens pouvait occasionner à la foi catholique^ ces cortès ordonnèrent que les Israélites non baptisés seraient tenus de porter un signe distinctif , de demeurer dans des quartiers séparés, appelés juiveries^ et de rentrer chez eux avant la nuit. On renouvelait les anciens règlements contre les juifs ; on leur interdisait les professions de médecin, chirurgien, marchand, barbier et cabaretier. L'intolérance était donc populaire à cette époque. Si l'Inquisition se trouve justifiée aux yeux des amis de la monarchie, pour avoir été conforme à la volonté des rois, elle devrait l'être à pareil titre aux yeux des partisans delà souveraineté populaire.

Sans doute le cœur s'attriste à la lecture des excessivesrigueurs exercées dans ce temps-là contre les juifs ; mais ne fallait-il pas des causes bien graves pour provoquer de pareils excès? On a signalé, comme la plus importante de ces causes, le danger que la monarchie espagnole encore mal affermie aurait couru si l'on eût laissé agh* en liberté les juifs, alors très-puissants par leurs ridiesses et par leurs alliances avec les familles les plus influentes. 11 était grand^nent à craindre qu'ils ne se liguassent avec les Maures contre les chrétiens. La position respective des trois peuples rendait cette ligue naturelle ;

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l'inquisition B'fiSPAGNB. 17t

on jugea nécessaire de briser an pouvoir qui pouvait compromettre de nouveau Tindépendance des chré* tiens, n convient aussi d'observer qu'à l'époque où l'Inquisition s'établit, la guerre de huit cents ans contre les Maures n'avait pas encore pris fin. L'in^ quisition est projetée dès avant 1474, elle s'établit en 1480, et la conquête de Grenade n'a lieu qu'en 1 492 . Ainsi l'Inquisition se fondait au moment même où la lutte acharnée touchait à son point critique et décisif, n s'agissait de savoir si les chrétiens resteraient définitivement maîtres de toute la Péninsule, ou si les Maures, retranchés à Grenade, conserveraient une des provinces les plus fertiles et les plus belles; position excellente pour leurs communications avec l'Afrique , point d'appui pour toutes les tentatives que le Croissant voudrait renouveler contre nous. Or, la puissance du Croissant était infiniment redoutable, comme on l'a bien vu par ses entreprises sur le reste de l'Europe au siècle suivant. Dans de semblables crises, après des siècles de combats, et dans un moment qui doit décider pour toujours de la victoire, a-t-on jamais vu des combattants se conduire avec modération et douceur?

On ne peut nier que le système de répression sui\i en Espagne à l'égard des juifs et des Maures n'ait été inspiré en grande partie par l'instinct de la conservation propre : nous croyons sans peine que les Rois Catholiques eurent ce motif en considération, lorsqu'ils se décidèrent à demander pour leurs domaines l'établissement de l'Inquisition, Le danger n'était

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point ima^naire. Pour se former une idée de U tournure qu'auraient pu prendre les choses , si r<»i n'ayait adopté quelques précautions , il suffit de se rappeler les insurrections des derniers Maures dans des temps postérieurs.

Néanmoins ou aurait tort, dans cette drconstance, d'attribuer tout à la politique des rois; il faut se garder ici de la démangeaison de rehausser plus qu'il n'appartient la préyoyance et le plan des hommes. Pour ma part, j'inchne à croire que Ferdinand et Isabelle suivirent naturellement l'impulsion donnée par la généralité de la nation , aux yeux de laquelle les juifs étaient odieux, lorsqu'ils persévéraient dans leur secte ; suspects, lorsqu'ils embras^ saientlareligion chrétienne. Deuxcausescoutribuaient à o^e haine ou à cette animadversion : premièrement, l'exaltation des sentiments reUgieux, alors générale par toute l'Europe, et particulièrement en Espagne ; secondement, la conduite par laquelle les juifs eux-mêmes s'étaient attiré l'indignation publique.

La nécessité de mettre un frdn à la cupidité des juifs, dans l'intérêt de l'indépendance des chrétiens, datait de fort loin en Espagne ; les antiques assemblées de Tolède eurent plus d'une fois à y tenir la main. Dans les siècles suivants, le mal parvint à son comble ; une grande partie des richesses de la Péninsule avaient passé entre les mains des juife, presque tous les chrétiens se trouvaient être leurs débiteurs. De Ut contre les juifs la haine du peuple; de

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là les troubles fréquents qui agitèrent quelques villes de la Péninsule ; de là des tumultes plus d'une fois funestes aux juifs, et dans lesquels leur sang coula en abondance. Il était difficile qu'un peuple accoutumé depuis de longs siècles à affranchir sa fortune par la force des armes se résignât paisiblement au sort queluifaisaient les artifices et les exactions d'une race étrangère, dont le nom portait d'ailleurs le souvenir d'une malédiction terrible.

Dans les temps postérieurs, un nombre immense de juifs se convertit à la religion chrétienne ; mais la haine du peuple ne fut point calmée par là : la défiance suivit ces convertis dans leur nouvel état. Il est probable qu'un grand nombre de ces conversions n'étaient guère sincères ; elles étaient en partie motivées par la triste position où se trouvaient les juifs qui persévéraient dans le judaïsme. A défaut des conjectures que la raison autoriserait à cet égard, nous regarderions comme un suffisant renseignement à l'appui de notre opinion la multitude de /udàisants qui furent découverts dès qu'on rechercha avec soin ceux qui se rendaient coupables d'apostasie. Quoi qu'il en soit, on vit s'introduire la distinction de chrétiens nouveaux et de vieuj) chrétiens : cette dernière dénomination fut un titre d'honneur, la première une tache d'ignominie ; les juifs convertis furent appelés par mépris marranos, hommes immondes, pourceaux.

Avec plus ou moins de fondement, on les accusait de crimes horribles. Dans leurs ténébreux con-

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ciliabules se commettaient, disait-on, des atrodtég auxquelles on ne saurait croire qu'avec peine, ne fût-ce que pour l'honneur de l'humanité. On disait, par exemple, que, pour se venger des chrétiens et par mépris de la religion, ils crucifiaient des enfants chrétiens, ayant soin de choisir pour ces immolations les grands jours des solennités chrétiennes. On sait l'histoire tant répétée d'un chevalier de la maison de Guzman, qui, se trouvant caché une nuit dans la maison d'un juif dont il aimait la fille, vit de ses yeux crucifier un enfant, au temps où les chrétiens célèbrent l'institution de l'Eucharistie.

Outre les infanticides, on imputait aux juifs des sacrilèges, des empoisonnements, des conspirations, d'autres crimes encore. Ce qui prouve à quel point ces rumeurs étaient accréditées dans le public, c'est que les lois défendaient aux juifs d'exercer les professions de médecin, chirurgien, barbier et cabaretier : on comprend par là quel degré de confiance inspirait leur moralité.

Il est inutile de s'arrêter à examiner le plus ou moins de fondement de ces accusations sinistres. Nous n'ignorons pas jusqu'où va la crédulité populaire, alors surtout qu'elle est dominée par un sentiment exalté, qui peint à ses yeux toutes choses d'une même couleur. Il suffit de savoir que ces rumeurs circulaient partout, et avaient crédit; on comprend dès lors quelle devait être l'indignation publique contre les juifs, et combien il était naturel que le pouvoir, cédant à l'impulsion de l'esprit général,

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h INQUISITION D ESPAGNE.

fut porté à les traiter avec une rigueur excessive.

La situation même dans laquelle se trouvaient les juifs indique assez qu ils durent tenter de se concerter pour résister aux chrétiens : ce qu'ils ^nt lors de la mort de saint Pierre d'Arbues donne à penser ce qu'ils étaient capables de faire en d'autres occasions. Les fonds nécessaires pour l'accomplissement du meurtre, la solde des assassins et les autres dépenses qu'entraîna le complot, furent fournis par des cou* tributions volontaires que s'imposèrent tous les Aragonais de race juive. N'est-ce pas là l'indice d'une organisation qui pouvait devenir fatale*, si on ne l'avait surveillée ?

A propos de la mort de saint Pierre d'Arbues, je demande à faire une observation. On s'est autorisé de cet événement même, pour prouver Fimpopula* rite de l'établissement de l'Inquisition en Espagne. « Quelle preuve plus évidente, dira-t-on, que la mort donnée à l'inquisiteur? N'est-ce pas un signe certain que l'indignation du peuple était à son comble, que le peuple ne voulait en aucune manière de l'Inquisition? Se serait-il, sans cela, emporté à de pa* reils excès? » S'il faut entendre par le peuple les juifs et leurs descendants, je ne nierai pas que l'éta* blissement de l'Inquisition ne lui fût en effet trèsodieux ; mais il n'en était pas ainsi du reste de la nation. Précisément, l'assassinat dont nous venons de parler donna lieu à un événement qui confirme notre assertion. Lorsque le bruit delà mort de Fin* quisiteur se répandit dans la ville, le peuple se leva

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en tumulte pour venger cette mort. On s'ëtaitr^panda dans la ville, on allait par troupes à la poursuite des ehrètiem nouveaux^ de sorte qu'une sanglante catastrophe aurait eu lieu , si le jeune archevêque de Saragosse, Alphonse d'Aragon, montant à chevalet se présentant au peuple, ne l'eût calmé par la pro* messe que toute la rigueur des lois tomberait sur la tête des coupables. L'Inquisition était-^lle donc aussi impopulaire qu'on l'a prétendu, et dira-tron que ses adversaires étaient en majorité au sein du peuple ? Pourquoi, dans ce cas, le tumulte de Saragosse ne put-il être évité, malgré les précautions prises sans doute par les conjurés, très-puissants à cette époque par leurs richesses et leur influence?

On remarque, au temps de la plus grande rigueur déployée contre les judaïsants, un fait digne d'attention. Les personnes atteintes ou menacées des poursuites de l'Inquisition s'efforcent de se soustraire à Faction de ce tribunal ; elles fuient le sol de l'Espagne, et s'en vont à Rome. Ceux qui se figurent que Bome a toujours été le foyer de l'intolérance, se seraient-ils imaginé cela? Cependant rien de plus cer^ tain. Le nombre des causes évoquées de l'Espagne à Bome est innombrable, durant les cinquante premières années de l'existence du tribunal ; il faut ajouter que Bome inclinait toujours au parti de l'indulgence. Je ne sais s'il serait possible de citer à cette époque un seul inculpé qui, par son recours à Bome, n'ait pas amélioré son sort. L'histoire de l'Inquisition dans ce temps-là se trouve remplie deccm-

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testations sarvennes entre les rois et les papes ; et Ton découvre constamment chez le Souverain Pontife le déÛT de contenir l'Inquisition dans les bornes de la justice et de Thumanité. La ligne de conduite près* crite par Rome ne fut pas toujours suivie comme il l'aurait fallu ; aussi voyons-nous les papes accueillir une multitude d'appels, et mitiger le sort qui serait échu aux prévenus si leur cause eût été jugée définitivement en Espagne.

Le Pape, à la sollicitation des Rois Catholiques, qui désiraient que les causes fussent jugées en der* nier ressort en Espagne, nomme un juge d'appel ; le premier de ce» juges est D. Inigo Manrique, archevêque de Séville. Cependant, au bout de très-peu de temps, le même pape, dans une buUe du 2 août 14 83 , dit avoir reçu de nouveaux appels faits par un grand nombre d'Espagnols de Séville, lesquels n'ont osé s'adresser au juge d'appel, dans la crainte d'être arrêtés. Telle était alors l'exaltation des esprits , tel était le pochant aux injustices ou aux mesures d'une sévérité excessive. Le Pape ajoute que quelques-uns de ceux qui ont eu recours à sa justice ont déjà reçu l'absolution de la Pénitencerie apostolique, et que d'autres ne tarderont pas à la recevoir; il se plaint ensuite qu'on n'ait point assez tenu compte à Séville des grâces récemment accordées à divers accusés ; enfin, après quelques autres avertissements, il fait remarquer aux rois Ferdinand et Isabelle que la miséricorde envers les coupables est plus agréable à Dieu que les rigueurs dont on veut user; il donne

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ea preuve l'exemple du bon Pasteur poursuivant la brebis égarée. Il termine en exhortant les rois à traiter avec bonté ceux qui confessent volontafrement leurs fautes ; il conseille de leur permettre de résider à Séville ou en tout autre lieu à leur choix, et de leur laisser la jouissance de leurs biens, comme si jamais ils n'eussent été coupables du crime d'hérésie.

Or, il ne faut pas croire que les appels admis à Bome fussent uniquement fondés sur des vices de forme ou des injustices dans l'application de la peine. Si les accusés recouraient à Bome, ce n'était pas toujours pour demander la réparation d'une illégalité, mais parce qu'ils étaient sûrs d'y trouver de l'indulgence. Nous en avons une preuve dans le nombre considérable de réfugiés espagnols, convaincus à Bome d'être retombés dans le judaïsme. On n'en trouve pas moins de deux cent cinquante en une seule fois. Cependant on ne fit pas une seule exécution capitale. On leur imposa quelques pénitences, et, une fois absous, ils furent libres de retourner chez eux sans la moindre marque d'ignominie. Ceci se passait à Bome l'an 1498.

C'est une chose vraiment remarquable que l'Inquisition de Bome n'ait jamais prononcé l'exécution d'une peine capitale, bien que le Siège apostolique ait été occupé pendant ce temps par des papes d'une sévérité extrême pour tout ce qui concernait l'administration civile. Sur tous les points de l'Europe, des ^hafauds punissent les

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crimes contre la religion ; partout des scènes qui contristent l'âme : et Bome fait exception à cette règle, Borne qu'on a voulu peindre comme un foyer d'intolérance et de cruauté. Il est yrai que les papes n'ont pas prêché, à la façon des protestants, la tolérance universelle ; mais les faits disent la distance qu'il y a des papes aux protestants. Armés d'un tribunal d'intolérance, les papes n'ont pas versé une goutte de sang ; les protestants et les philosophes en ont répandu des torrents. Qu'importe à la victime d'entendre ses bourreaux proclamer la tolérance? C'est ajouter le sarcasme au supplice.

La conduite de Bome, dans l'usage qu'elle a fait de rrnquisition> est la meilleure apologie du Gatho- . licisme contre ceux qui s'acharnent à le flétrir comme barbare et sanguinaire. En vérité, qu'y a-t-il de commun entre le Catholicisme et la sévérité excessive déployée en tel ou tel lieu, sous l'empire de la situation extraordinaire où se trouvaient diverses races rivales, en présence des périls qui menaçaient l'une d'elles, ou de l'intérêt que les rois pouvaient avoir à consolider la tranquillité de leurs États?

Je n'entrerai pas dans l'examen détaillé de la conduite de l'Inquisition d'Espagne à l'égard des judaïsants; je suis d'ailleurs loin de penser que la rigueur qu'elle a déployée contre eux soit préférable à la douceur recommandée et employée par les papes. Ce que je désire uniquement constater, c'est que cette rigueur fut un résultat de circonstances extraordinaires, un effet de l'esprit des peuples et de la dureté II- 11

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des mœurs de l'Europe à cette époque t oti ne saurait reprocher au Catholicisme les excès amenés pat ces différentes raisons. Il y a plus : si l'on fait attention à l'esprit qui domine toutes les instructions pontificales relatives à l'Inquisition, si Ton observe l'inclination manifeste des papes à se ranger du côté de la mansuétude et à supprimer les marques d'ignominie dont on flétrissait les coupables, on est en droit de conjecturer que, si les papes n'eussent craint d'indisposer trop fortement les rois et de provoquer des divisions funestes, leurs mesures auraient été portées beaucoup plus loin. Qu'on se rappelle les négociations qui eurent lieu par suite de la bruyante affaire des réclamations des cortès d'Aragon, on verra de quel côté penchait la cour de Rome.

Puisque nous parlons de l'intolérance à l'égard des judaïsants, disons quelques mots de la disposition d'esprit de Luther à l'égard des juifs. Ne semble-t-il pas que le fondateur de l'indépendance de la pensée, le fougueux adversaire de la tyrannie des papes eût dû être animé, à l'égard de ce peuple, des sentiments les plus humains? Sans aucun doute, les prôneurs de ce coryphée du Protestantisme doivent penser qu'il en était ainsi. J'en suis fâché pour eux ; mais l'histoire ne nous autorise point à partager cette illusion. Selon toutes les apparences , si le moine apostat se fût trouvé à la place de Torquemada, leâ judaïsants ne s'en seraient pas mieux trouvés. Voici quel était le système conseillé par Luther, au rapport deSeckendorff, l'un de ses apologistes : « On aurait dû

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raser leurs synagogues, disait^il, détruire leurs maisons, leur ôter leurs livres de prières, le Talmud, et jusqu*aux livres de l'Ancien Testament, défendre aux rabbins d'enseigner, les oblige à gagner leur vie au moyen de travaux pénibles. » L'Inquisition, du moins, ne procédait pas contre les juifs, mais contre les judaïsants, c'est-à-dire contre ceux qui, après s'être convertis au Christianisme, retombaient dans leurs erreurs, joignant le sacrilège à leur apostasie. Luther étendait sa rigueur aux juife mêmes ; de sorte qu'en vertu de ses doctrines, on ne saurait adresser le moindre reproche aux rois d'Espagne, qui chassaient les juife de leurs domaines.

Les Maures et les Morisques n'occupèrent pas moins l'Inquisition d'Espagne dans ce temps-là; tout ce qui vient d'être dit des juift peut leur être appliqué, à qudques modifications près. C'était aussi une race abhorrée, que l'on avait combattue pendant huit siècles : en restant dans leur religion, les Maures inspiraient la haine; en l'abjurant, la méfiance. Les papes s'intéressèrent également en leur faveur. Une bulle expédiée en 1530 fait entendre un langage tout évangélique : il y est dit que l'ignorance de ces peuples est une des principales causes de leurs fautes et de leurs erreurs ; la première chose à faire pour rendre leurs conversions solides et sincères était, d'après les avis contenus dans la bulle, de s'attacher à éclairer leurs intelligences par la lumière de la saine doctrine.

On dira que le pape délia Charles-Quint du ser-

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ment prêté dans les cortès de Saragosse de Tannée 1519, serment par lequel le monarque s'était engagé à ne rien changer par rapport aux Maures ; par là, diton, l'empereur obtint la liberté deconsommer l'expulsion de ces peuples. Mais il faut observer que le pape résista longtemps à cette concession ; s'il se prêta enfin à la volonté de l'empereur, ce fut parce que celui-ci jugeait l'expulsion des Maures indispensable pour assurer la tranquillité de son royaume. En étaitil ainsi dans la réalité? C'était l'empereur, non le pape, qui devait le savoir : ce dernier, placé à une grande distance, ne pouvait connaître en détail le véritable état des choses. Au surplus, le monarque espagnol n'était point seul à penser ainsi : on raconte que François V% prisonnier à Madrid, s'entretenant un jour avec Gharles-Quint, lui dit que la tranquillité ne s'affermirait jamais en Espagne, si l'on ne chassait les Maures et les Morisques.

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