CHAPITRE XXXVIII
ficile? Jusque dans les plus grandes infortunes, c'est une consolation que d'autres personnes partagentnos douleurs. Sur ce point, comme sur tout le reste, la Religion se trouve d'accord avec la saine philosophie : elles se réunissent pour nous révâer le sens profond de ces mots de l'Ecriture sacrée : « Yse soU, malheur à celui qui est seul !
Disons maintenant deux mots sur les vœux qui sont propres d^ordinaire à tout institut religieux. Peut-être ces vœux sont-ils une des principales raisons de Tantipathie du Protestantisme contré les ordres religieux. Le vœu rend fixe et stable; or le principe fondamental du Protestantisme n'admet ni fixité ni stabilité. Essentiellement multiple et anarchique, ce principe repousse l'unité, détruit la hiérarchie; dissolvant par nature, il ne permet à l'esprit , ni de rester dans une foi permanente, ni de s'assujettir à une règle. La vertu même est pour lui une entité vague, qui n'a point de base déterminée, un être qui s'alimente d'illusions , et ne supporte l'application d'aucune règle fixe et constante. Cette sainte nécessité de bien faire, de marcher sans relâche par le chemin de la perfection, devait lui être incompréhensible, lui répugner au plus haut d^ré ; cette nécessité devait lui paraître contraire àla liberté : comme si l'homme, en s'obligeant par un vœu, perdait son libre arbitre ; comme si la sanction que la promesse imprime à un dessein, diminuait en rien le mérite de celui qui a la fermeté d'accomplir ce qu'il a eu le courage de promettre !
DES OHDBBS BBLIGIEUX. 233
Cet effort de l'homme pour se faire Tesclave du bien et enehaîner son propre avenir, outre le sublime désintéressement qu'il suppose, est l'exercice le plus vaste que l'homme puisse faire de la liberté : voilà ce qu'on oublie lorsqu'on invoque les droits de la liberté contre cette nécessité que l'homme s'impose à lui-même. Par un seul acte, l'homme dispose de toute sa vie, et en accomplissant les devoirs qui résultent de cet acte, il accomplit perpétuellement sa propre volonté. « Mais, nous dira-t-on, l'homme est si inconstant!... » Voilà précisément pourquoi, afin de prévenir les effets de cette inconstance, l'homme se lie, et, mesurant d'un coup d'œil les éventualités de l'avenir, se rend supérieur à ces éventualités, les domine d'avance. » Mais , répliquera-t-on, le bien , dans ce cas, se fait par nécessité. » Gela est certain ; mais ne savez-vous pas que la nécessité de bien faire est une nécessité heureuse, qui assimile en quelque façon l'honmie à Dieu? Ignorez- vous que la Bonté infinie est incapable de mal faire, et que la Sainteté infime ne peut rien faire qui ne soit saint? Les théologiens, expliquant pourquoi l'être créé est capable de pécher, en signalent cette raison profonde : « C'est, disent-ils, que la créature est sortie du néant. » Lorsque l'homme s'oblige autant qu'il est en lui d'agir bien, lorsqu'il enchaîne de cette manière sa volonté, il l'ennoblit, il se rend plus semblable à Dieu, il se rapproche de l'état des bienheureux qui n'ont plus la triste liberté de mal faire, qui sont dans l'heureuse nécessité d'aimer Dieu.
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Le mot de liberté^ depuis Tinstaot où le» protestants et les faux philosophes s'eu sont emparés, semble eondamné à être mal compris en toutes ses applications. Dans l'ordre religieux, moral, sodal, politique, on a réussi, par mille efforts, à robseorcir et à le fausser. Gicéron donna une admirable défimtian de k liberté, lorsqu'il dit qu'elle consiste à être esclave de la loi. On peut dire pareillement que la liberté de l'intelligence consiste à être esclave de la vérité^ et la liberté de la volonté à être esclave de la vertu ; changez cet ordre, vous tuez la liberté. Otessla loi, vous proclamez le règne de la force ^ ôtez la vérité, vous proclamez l'empire de l'erreur ; ôtez la vertu, vous mettez le vice sur le trône. Osez soustraire le monde à la loi éternelle, qui embrasse tout dans l'homme et dcms la société, qui est la raison divine appliquée aux créatures raisonnables ; osez chercher en dehors de ce cercle immense une imaginaire liberté, vous dé« truisez tout : il ne reste plus dans la société que l'em* pire de la force brutale, et dans rh(»nme l'empire des passions; chez l'un et chez l'autre^ la tyrannie, par conséquent la servitude.
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