CHAPITRE XLI
DES INSTITUTIONS MONASTIQUES DANS h HISTOIRE DE l'occident.
Examinons maiutenant les institutions monastiques telles qu'elles se sont présentées dans l'Occident, mais en laissant de côté celles qui, bien qu'établies sur divers points de l'Occident, n'étaient qu'une sorte de ramification des institutions orientales. Nous remarquons que les établissements monastiques parmi nous ajoutèrent à l'esprit évangélique, principe de leur fondation, un caractère nouveau, celui d'associations conservatrices, réparatrices, régénératrices. Les moines de l'Occident ne se contentent pas de se sanctifier eux-mêmes, ils influent tout d'abord sur la société. La lumière et la vie que renferment leurs saintes demeures, s'efforcent de s'ouvrir un passage afin d'éclairer et de féconder le chaos où glt le monde.
Je ne sache pas qu'il y ait dans l'histoire un spectacle plus beau, plus consolant que celui qui s'offre à nous dans la fondation et le développement des institutions monastiques en Europe. La société avait besoin d'énergiques efforts pour se sauver à travers
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les crises par lesquelles elle deyait passer. Le secret de la force réside dans la réunion des forces individuelles, dans rassociation ; et ce qu il y a d admirable, c'est que ce sécréta été enseigné à la société européenne comme par une révélation du ciel.
Tout s écroule, tout périt. Religion, morale, pouvoir public , lois , mœurs , sciences , arts, tout a éprouvé des pertes énormes , tout tombe en pièces ; et si l'avenir du monde se calcule diaprés les probabilités humaines, les maux sont si nombreux et si graves, qu'il paraît impossible de les guérir. L'observateur qui, fixant son regard sur ces temps désolés, y découvre saint Benoît animant les institutions monastiques, les organisant, leur donnant sa règle, et avec cette règle la stabilité, croit voir un ange de lumière sortir du sein des ténèbres. L'inspiration extraordinaire qui guida cet homme, était ce qu'on peut imaginer de plus convenable pour ramener dans le sein de la société un principe de vie. Qui ignore ce qu'était à cette époque la situation de ritalie, je dirai mieux de l'Europe entière? Quelle ignorance, quelle corruption, que d'éléments de dissolution sociale ! Quelle dévastation de toutes parts ! Et c'est au milieu de cette situation déplorable qu'apparaît le saint solitaire, enfant d'une illustre famille de Norcia, résolu à combattre le mal qui menace de s'emparer du monde. Ses armes sont ses vertus ; l'éloquence de son exemple lui donne un ascendant irrésistible. Plus grand que tout son siècle, brûlant de zèle et en même temps rempli de prudence, il
INSTITUTIONS MONÀSTIQUSS DE L'OGGIDBNT. 2&9
fonde cet institut qui doit demeurer, à travers le bouleversement des âges, comme une pyramide immobile au-dessus des ouragans du désert.
Quelle idée a été plus bienfaisante, plus pleine de prévoyance et de sagesse? Dans un temps où le sa*voir et les vertus n'ont plus d'asile, où l'ignorance, la corruption, la barbarie étendent rapidement leurs conquêtes, élever un refuge pour l'infortune, former un dépôt sacré pour les monuments précieux de Tan-^ tiquité, ouvrir des écoles de science et de vertu, où les hommes destinés à figurer un jour dans les af-*faires du monde viendront puiser des leçons, n*est*ce point une grande pensée? Considérez la silencieuse demeure du Mont-Gassin ; voyez de toutes parts se diriger vers ce monastère les fils des familles les plus illustres de Tempire, les uns avec le projet d'y de-* meurer pour toujours, les autres pour y recevoir une haute éducation» et rapporter au milieu du monde un souvenir des graves inspirations que lo saint fondateur avait reçues au désert de Subiaco; voyez les monastères de l'Ordre se multiplier, s'ëta-blir comme de grands centres d'activité en tous lieux, dans les campagnes, dans les forêts, dans les con* trées les plus inhabitées : n'éprouvez-vous point une vénération profonde pour l'homme qui a conçu de si grands desseins? Si l'on refuse à saint Benoit les inspirations du ciel, au moins faudra-t-il le considérer comme un de ces génies qui apparaissent de temps en temps pour devenir les anges tutélaires du genre humain.
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Ce serait faire preuve de bien peu d'intelligence que de ne pas reconnaître l'effet de semblables institutions. Ce qui! faut lorsque la société se dissout, ce ne sont point des paroles, des projets, des lois: ce sont des institutions fortes qui résistent au choc des passions, à Tinconstance de l'esprit de Thomme, aux coups démolisseurs des événements. Il faut des institutions pour élever l'intelligence, pour pacifier et ennoblir le cœur, pour déterminer dans le fond de la société un mouvement de résistance et de réaction contre les éléments funestes qui l'entrainent à la mort. S'il existe alors une intelligence vive, un cœur généreux , une âme possédée du sentiment de la vertu, cette intelligence, ce cœur, cette âme s'empressent de chercher un refuge dans Tasile sacré. II n'est pas toujours donné à ces hommes de changer la marche du monde, mais du moins ils travaillent à s'instruire, à se pacifier eux-mêmes ; et ils versent une larme de pitié sur les générations insensées qui s'agitent dans une bruyante infortune. De temps en temps l'homme du sacrifice obtient de faire entendre sa voix au milieu du tumulte; il déchire le cœur du méchant par des accents qui sont comme des avis descendus du ciel : par là il diminue la force du mal, lorsqu'il est impossible d'y remédier tout à fait. Eu protestant sans cesse contre l'iniquité, il Tempéche de prescrire; en attestant aux générations futures qu'il exista toujours parmi les ténèbres et la corruption quelques âmes dont les efforts tendirent à éclairer le monde, à contenir le débordement du vice et du crime, il fait que