‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 42 sur 78 · INSTITUTIONS MONASTIQUES DB L^OGGIDENT · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS MONASTIQUES DB L^OGGIDENT

Von continue de croire à la \érité et à la vertu, il ranime respérance de ceux qui se trouveront plus tard dans des circonstances semblables.

Telle futlaction des moines à Tépoque calamiteuse dont nous parlons, telle fut leur sublime mission au profit des grands intérêts de rhumanité.

Peut-être dira-t-on que les biens acquis par les monastères furent une récompense suffisante de leurs travaux, et aussi une marque du peu de désintéressement qui présidait à leurs efforts. A coup sûr, si Ton regarde les choses sous le point de vue où les ont montrées certains écrivains , les richesses des moines apparaîtront comme le fruit d'une cupidité démesurée, d*une conduite perfide et astucieuse : mais rhisloire entière est là pour démentir ces calomnies. Le philosophe impartial pourra reconnaître qu'il s'est introduit des abus en cela comme en tout ce qui est humain; mais il a soin de se placer plus haut, de considérer les choses dans le vaste tableau où les siècles divers ont marqué leurs traits : il méprise alors le mal qui ne fut que l'exception, il contemple et admire le bien qui fut la règle.

Outre les nombreux motifs religieux qui faisaient arriver les biens aux mains des moines , il en existait un autre que Von a toujours considéré comme 1 un des plus justes titres d'acquisition. Les moines défrichaient des terrains incultes, desséchaient des marais, construisaient des chaussées , renfermaient dans leur lit les eaux des fleuves et y jetaient des ponts ; dans des , pays qui avaient subi en quelque

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sorte un nouveau déloge universel, ils renouvelaient ce que les premiers peuples avaient fait pour rendre au globe bouleversé sa primitive figure. Une partie considérable de l'Europe n'avait jamais reçu de culture ; les forêts étaient encore dans toute leur horreur. Les monastères qui se fondent çà et là peuvent être regardés comme ces centres d'action que les peuples civilisés établissent dans les pays nouveaux , quand ils se proposent d'en changer la face par des colonies puissantes. Exista-t-il jamais un titre plus légitime à la possession des biens? Celui qui défriche un pays , le cultive , le remplit d'habitants , n'est-il pas digne d y conserver de grandes propriétés ? Or, combien de bourgs et de villes naquirent à l'ombre des abbayes?

Les propriétés monastiques, outre leur utilité matérielle, en eurent une autre que l'on n'a peut-être pas suffisamment remarquée. La situation d'une grande partie des peuples de l'Europe, au temps dont nous parlons, se rapprochait de cet état de fluctuation et de mobilité où se trouvent les nations qui n'ont fait encore aucun pas dans la carrière de la civilisation. C'est pourquoi l'idée de la propriété, l'une des plus fondamentales dans toute organisation sociale , y avait fort peu de racines. Les attaques contre la propriété étaient fréquentes à cette époque, aussi bien que les attaques contre les personnes. L'homme, sans cesse obligé de défendre ce qu'il possédait, se laissait aussi entraîner sans cesse à usurper la propriété d'autrui. La première chose à faire

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pour remédier à un mal si grave, était de donner assiette et fixité aux populations en les appliquant a la vie agricole ; il fallait accoutumer les peuples au respect de la propriété, non-seulement par des raisons tirées de la morale et de Tîntérét privée mais encore par une sorte de pieuse habitude. Ce résultat se trouvait obtenu par rétablissement de ces vastes domaines contre lesquels on ne pouvait rien entre* prendre sans commettre un sacrilège. Ainsi les idées religieuses se liaient aux idées sociales et préparaient une organisation qui devait atteindre son complé* ment dans des jours plus paisibles.

Ajoutez à cela une nécessité nouvelle , résultat du changement qui s'opérait dans les coutumes des peuples. A peine, chez les anciens, connait-on un autre genre de vie que celui des cité» : la vie des champs, cette dispersion d'un peuple immense formant une nouvelle nation au milieu des campagnes, n'était point connue des anciens» et il est bien remarquable que ce changement dans la manière de vivre se soit réalisé précisément lorsque les circons^ tances semblaient le plus s'y opposer. C'est à Texis^ teucë de monastères dans les campagnes et les lieux retirés, qu'on doit ce nouveau genre de vie, lequel, sans doute, eût été impraticable sans l'ascendant et la protection qu'exercèrent les abbayes puissantes. On sait que les fondations monastiques unissaient toute Vopulence et le pouvoir des seigneurs féodaux à l'influence douce et bienfaisante d'une autorité religieuse.

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