‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 44 sur 78 · INSTITUTIONS MONASTIQUES D£ L OCCIDENT · texte numérisé non relu

INSTITUTIONS MONASTIQUES D£ L OCCIDENT

servant et copiant les manuscrits antiques, préparèrent les matériaux qui devaient un jour servir à la restauration des connaissances humaines. Mais il ne faut pas borner le mérite des moines au simple rôle de copistes. Plusieurs d'entre eux s'élevèrent à une haute science, s'élançant de plusieurs siècles en avant de Tépoque où ils vivaient. Non contents de mettre en ordre les manuscrits aintiques, ils rédigeaient des chroniques. Par là, ils continuaient la tradition d'une des branches les plus importantes des études; ils recueillaient l'histoire contemporaine, qui, peut-être, sans leurs travaux, se serait perdue.

Adon, archevêque de Vienne, élevé dans l'abbaye de Ferrière, écrit une histoire universelle, à commencer de la création du monde jusqu'à son temps ; Abbon, moine de Saint-Germain-des-Prés , compose un poëme latin dans lequel il raconte le siège de Paris par les Normands ; Aymon d'Aquitaine écrit en quatre livres l'histoire des Francs ; saint Yves publie une chronique des rois de ces mêmes Francs ; le moine allemand Ditmar nous laisse la chronique de Henri I", des deux Olhons et de Henri II, chronique estimée à cause de sa sincérité, et que Ton a' plusieurs fois réimprimée : Leibnitz s'en est servi pour éclaircir rhistoire de Brunswick. Adhémar est l'auteur d'une chronique qui embrasse tout le temps écoulé de l'an 829 jusqu'à Tan 1029. Glaber, moine de Cluny , a composé une histoire fort estimée des événements arrivés en France depuis l'année 980 jus-

366 CHAPITJIE Xhl.

qu'à son temps ; Herman, une cbroDique qui embrasse les six âges du monde, jusqu'à Tau 1054. Enfin, nous n'en finirions pas si nous voulions rappeler les travaux historiques de Sigebert , de Guibert, de Hugues, prieur de Saint-Yictori et de tant d autres hommes illustres qui s'appliquèrent à ce genre de travaux. Or nous ne pouvons que difficilement apprécier le haut mérite de ces efforts, nous qui vivons à une époque où les moyens des instruire sont devenus si faciles, où les richesses de tant de siècles sont accumulées par héritage, où l'intelligence trouve de tous côtés des chemips larges et battus.

Sans les institutions religieuses, sans l'asile des cloîtres, des hommes si éminents n'auraient jamais pu se former. L'ignorance était portée à ce point, que fort peu de gens, parmi les laïques, savaient lire et écrire. Certes, de telles circonstances n'étaient guère propres à former des hommes dont le mérite honorerait des siècles même avancés. Qui ne s'est arrêté souvent à contempler cet insigne triumvirat : Pierre le Vénérable, saint Bernard et l'abbé Suger? N'est-il pas permis de dire que le douzième siècle, en produisant ces trois hommes , sortit du rang qu'il a naturellement dans l'histoire ?

Ces temps nous présentent un autre moine, dont Finfluence sur le progrès des connaissances n'a pas été estimée à son vrai prix par la foule des critiques : je parle de Gratien. Ceux qui ont déclamé contre lui, empressés à signaler les erreurs dans les*

INSTITUTIONS KONASTlQUfiS DB l'OGGIDENT. 267

quelles il a pu tomber, auraient dû se mettre à la place du compilateur du douzième siède, de ce temps où toutes les ressources manquaient, où les lumières de la critique étaient encore à créer ; ils sauraient si l'entreprise du moine ne fut pas conduite avec plus de bonheur qu'il n'était permis de Tespérer. La collection de Gratien fut d'un profit incalculable. Présenter sous un petit volume une grande partie des richesses de l'antiquité en fait de législation civile et canonique , recueillir avec ordre, en les appliquant à toute sorte de sujets, une multitude de textes des saints Pères, c'était diriger les esprits vers ce genre de recherdies, créer une étude nouvelle, et préparer, pour l'utilité des sociétés modernes , la formation des codes ecclésiastique et civil. On dira que les erreurs de Gratien furent contagieuses , et qu'il eût mieux valu recourir directement aux originaux « Mais, pour lire les origioaux, il fallait les connaître, se trouver excité par une difficulté proposée, avoir pris goût à ce genre de recherches : or c'est ce qui manquait avant Gratien, et ce fut le fruit de sou entr^rise. La faveur qui accueillit ses travaux dit assez de quel mérite ils étaient remplis. Si Ton m'objecte que cette faveur tint à l'ignorance de l'époque, je répondrai qu'un tribut de reconnaissance est dû à quiconque fait pénétrer au milieu des ténèbres un rayon de lumière, même le plus faible et le plus vacillant.

26S GHAPITHB XLII.

Page 1