‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 46 sur 78 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

les uns sur les autres ; des deux côtés, de grandes probabilités et des espérances fondées de triomphe. A qui restera la \ictoire? Quelle conduite doivent tenir les chrétiens pour se préserver du péril? Yautii mieux attendre tranquillement en Europe l'attaque des Musulmans , ou se lever en masse, se précipiter sur l'Asie , chercher l'ennemi dans son propre pays, là où il se croit invincible ? Le problème fut résolu dans ce dernier sens ; les Croisades eurent lieu, et les siècles ont donné leur suffrage à l'habileté de cette résolution. Qu'importent quelques déclamations affectées, au nom de la justice et de l'humanité? La philosophie de l'histoire, enseignée par l'expérience et enrichie de connaissances qui sont le fruit d'une étude plus attentive des faits, a porté sur cette cause un jugement irrécusable : en cela comme en tout, la Religion a triomphé au tribunal de la philosophie. Les Croisades^ loin d'être considérées comme un acte de barbarie et de témérité, sont regardées désormais comme un chef-d'œuvre de politique, qui» après avoir assuré l'indépendance de l'Europe, conquit aux peuples chrétiens une prépondérance décidée sur les Musulmans. L'esprit militaire grandit , se fortifia chez les nations européennes ; au sein de ces nations fut inoculé un sentiment de fraternité qui les transforma en un seul peuple. L'esprit humain se développa; l'état des vassaux feudataires s'améliora , la féodalité fut poussée vers sa ruine ; la marine fut créée, le commerce fomenté, aussi bien que l'industrie : la so-

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ciété reçut ainsi des Croisades une puissante impulsion dans la carrière de la civilisation.

Ce n*est pas à dire que les hommes par lesquels furent conçues les Croisades, les papes qui les excitèrent, les peuples qui les suivirent, les seigneurs et les princes qui les secondèrent, aient mesuré retendue de leur propre ouvrage, ou même entrevu l'immensité de ses résultats. Une question existait, il suffit qu'elle ait été résolue dans le sens le plus favorable à Tindépendance et à la prospérité de TEu* rope ; cela suffit, je le répète. Je ferai d ailleurs oI>server qu'il faudra attribuer aux cboses d'autant plus d'importance que les prévisions des hommes auront eu moins de part aux événements : or, les choses ici, ce sont les principes et les sentiments religieux dans leurs rapports avec la conservation et la félicité des sociétés ; c'est le Catholicisme, couvrant de son égide et vivifiant de son souffle la civilisation européenne.

Voilà les Croisades. Maintenant rappelez-vous que cette pensée, si grande, si généreuse, fut conçue avec un certain vague et exécutée avec cette précipitation qui est le fruit de Timpatience d'un zèle ardent ; rappelez-vous que cette idée, fille du Catholicisme (lequel convertit constamment ses idées en institutions), devait aussi se réaliser dans une institution qui fût son expression fidèle, qui lui servit d'organe pour se rendre sensible, d'appui pour devenir durable et féconde. Vous chercherez, après cela» un moyen d'unir la religion avec les armes ; et,

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lorsque sous la cuirasse d'acier vous découvrirez un cœur animé d'ardeur pour la religion de Jésus- Christ, lorsque vous verrez apparaître ces hommes qui se consacrent sans réserve à la défense de la Religion, renonçant à tout ce que peut offrir le monde, plti5 doux que les agneauXy plus courageux que les lions , selon une parole de saint Bernard ; alors vous serez rempli de joie.

Tantôt ces hommes se réunissent en communauté pour élever vers le ciel une prière fervente ; tantôt ils marchent au combat, en brandissant leur formi* dable lance , terreur des bandes sarrasines. Non, il n'existe pas dans Thistoire un événement aussi colossal que celui des Croisades, et Ton y chercherait vainement une institution plus généreuse que celle des Ordres militaires. D'innombrables nations se lèvent, marchent à travers les déserts, s'enfoncent dans des pnys qu'elles ne connaissent pas, s'exposent à toutes les rigueurs des climats et des saisons. Et pourquoi? Pour délivrer un tombeau ! Voilà cent peuples qui vont au-devant d'une mort certaine. Ils ne se sont point levés pour chercher une demeure dans des pays plus doux, plus fertiles, ou pour se créer quelque avantage terrestre; mais, inspirés par un sublime amour, ils veulent posséder le tombeau de Celui qui s'immola pour le salut du genre humain. Que deviennent, Comparés à ce mémorable événement, les hauts faits des Grecs, chantés par Homère? La Grèce se lève pour venger un époux outragé, l'Europe pour racheter le sépulcre d'un Dieu.

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Lorsque, après les désastres et les triomphes des Croisades, nous voyons apparaître les Ordres militaires, tantôt combattant sur les plages de l'Orient, tantôt dans les îles de la Méditerranée, soutenant et repoussant les attaques de l'Islamisme qui essaye de se précipiter de nouveau sur l'Europe, il nous semble voir ces braves qui, le soir dune bataille, restent seuls en arrière, uu contre cent, assurant par leur héroïsme et au prix de leur vie la retraite de leurs compagnons d'armes. Gloire et honneur à la Religion qui a inspiré des pensées si élevées, qui a fait exécuter de si généreuses entreprises!

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