D£S ORDRES RELIGIEUX POUR LA REDEMPTION DES CAPTIFS
£u jetant un coup d'œil sur les institutions monastiques nées au sein de l'Église depuis le treizième siècle, nous ne nous sommes point arrêtés à considérer Tune d'entre elles qui unit, au mérite de participer à la gloire des autres, un caractère particulier de beauté, de sublimité. Je parle de cet institut dont Fobjet fut de racheter les captifs des mains des infidèles. Si je me sers de cette désignation générale, c'est que je n'ai point Tintention de descendre dans Texamen des diverses branches qui le composent. Considérant Tunité de son objet, j'attribue l'unité à Tinstitut même. Grâce à Theureux changement sur* Tenu dans les circonstances, c'est à peine si nous pouvons aujourd'hui estimer cette institution à sa juste
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valeur , et apprécier le saint enthousiasme qu'elle dut produire dans tous les pays chrétiens.
Par suite des longues guerres avec les infidèles, un nombre infini de chrétiens gémissaient dans les chaînes, privés de leur patrie, de la liberté, et bien souvent mis en danger d*apostasier la foi. Les Maures occupaient encore une partie considérable de r£spagne; ils dominaient exclusivement sur les côtes d'Afrique, et triomphaient dans TOrient, où les Croisés avaient été vaincus. Les infidèles tenaient ainsi le midi de l'Europe enfermé dans un cercle étroit; ils pouvaient continuellement épier le moment opportun et se procurer une multitude d'esclaves chrétiens. Ces temps leur offraient sans cesse des conjonctures favorables. La haine et la cupidité, de concert, les pressaient de satisfaire leurs vengeances sur les chrétiens surpris à l'improviste. C'était un des fléaux les plus graves dont l'humanité eût à gémir en Europe. Si la charité devait être autre chose qu'un vain nom, si les nations européennes tenaient à ne point laisser s'abolir les nœuds qui unissaient leurs communs intérêts, il était urgent qu elles s'entendissent pour apporter remède à ce mal. Le vétéran qui, au lieu du prix de ses longs services pour la religion et la patrie, avait trouvé Tesclavage ; le marchand qui, sillonnant les mers pour apporter des provisions à l'armée chrétienne, était tombé au pouvoir d'un implacable ennemi; la jeune fille qui, en se jouant au bord de la mer, s'était vue ravie par des pirates sans pitié : tous ces infortunés
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avaient droit à un regard de compassion, de la part de leurs frères dTurope, et à un effort tenté pour leur rendre la liberté.
Comment ce but charitable sera-t-il atteint ? Quels moyens pourront être employés pour réaliser une entreprise qu'on ne peut confier ni à la force ni à la ruse ? Quelle que soit la nécessité qui se présente, il suffit de laisser le Catholicisme agir librement pour qu'aussitôt il imagine le remède. Les réclamations, les négociations des puissances chrétiennes n'obtiendraiei^t rien en faveur des captifs; de nouvelles guerres, entreprises pour cet objet, ne serviraient qu'à augmenter les calamités publiques ; elles rendraient pire le sort de ceux qui gémissent dans l'esclavage, et peut-être en accroîtraient le nombre; les moyens pécuniaires, sans point central de di< rection et d'action , produiraient peu de fruits , iraient se perdre dans les mains des agents ; quelle ressource reste-t-il donc? La ressource qui se trouve toujours aux mains de la Religion catholique, le secret par lequel cette religion mène à chef ses plus grandes entreprises, la charité I
Mais comment cette charité devait-elle agir? De la même manière que toutes les vertus du Catholicisme. Cette religion, descendue des plus hautes régions et qui élève sans cesse l'intelligence humaine à des méditations sublimes, offre un caractère par lequel elle se trouve mise à part de toutes les écoles et sectes qui ont prétendu l'imiter. Malgré l'esprit d'abstraction, si je puis ainsi dire, qui la tient per-