‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 49 sur 78 · ORDRES POUR LB RACHAT DES CAPTIFS · texte numérisé non relu

ORDRES POUR LB RACHAT DES CAPTIFS

pétuellement détachée des choses terrestres, il ne se trouve en elle rien de vague, de posé en lair, de purement théorique. Tout chez elle est à la fois spéculatif et pratique, sublime et simple; elle s'accommode à tout, s adapte à tout ce qui est compatible avec la vérité de ses dogmes et la vérité de ses maximes. Les yeux fixés sur le ciel, elle n'oubUe point qu'elle est sur la terre, et qu'elle doit se tenir en rapport avec des hommes mortels. D une main elle leur montre l'éternité , de l'autre elle secourt leurs infortunes. Elle ne se contente pas de stériles paroles. Pour me servir d'une expression qui a faveur dans notre siècle, je dirai que la Religion est éminemment positive. C'est pourquoi , ainsi que je l'ai déjà dit, elle s'efforce de réaliser ses pensées au moyen d'institutions, se distinguant par là de la philosophie humaine, dont les paroles pompeuses et les projets gigantesques forment un si misérable contraste avec la petitesse et le néant de ses œuvres. La Religion parle peu, mais elle médite et exécute : ainsi l'Être infini, quoique abîmé dans la contemplation de sa propre essence et de son impénétrable nature, n'en a pas moins créé cet univers, et ne cesse de le conserver.

11 s'agissait d'aller au secours des malheureux captifs. Une vaste association s'étendit à tous les pays de l'Europe , se mit en rapport avec tous les chrétiens dont la main pouvait s'ouvrir à l'aumône. Cette association eut à son service un certain nombre d'individus toujours prêts à traverser les mers et ré-

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solus à bra\er Tesclavage et la mort pour le rachat de leurs frères. De nombreux moyens se trouvaient aiusi combinés, le bon emploi des capitaux se trouva garanti. Telle fut la pensée qui se réalisa dans la fondation des Ordres religieux pour la rédemption des captifs.

Les religieux qui forment ces Ordres se lient par un vœu à l'accomplissement de cette œuvre de cbarité. Libres des embarras qu'entraînent à leur suite les relations de famille et le soin des intérêts mondains, ils peuvent se consacrer entièrement à leur tâche. Les longs voyages, les périls de la mer, le danger des climats insalubres, la cruauté des infidèles, rien ne les arrête. Leurs vêtements, les prières de leur institut, leur présentent un continuel souvenir du vœu par lequel ils se sont liés. Leur repos, leur vie même, tout ce qui leur appartient est devenu le trésor des malheureux captifs; les familles de ces captifs, attachant leurs regards sur le religieux, réclament à chaque instant de lui Taccomplissement de sa promesse.

Dès les premiers jours du Christianisme, on vit se déployer dans l'Église le zèle pour le rachat des captif s^ zèle dont l'inspiration enfanta dès ce temps-là les plus grands sacrifices. Le dix-septième chapitre de cet ouvrage et les notes qui y correspondent ont démontré cette vérité d'une manière incontestable. L'Église, dans le cas dont il s'agit comme dans toutes les circonstances, a fait usage de sa constante règle. Suivez attentivement sa conduite : elle commence

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par enseigner et louer hautement une vertu ; puis elle engage doucement à mettre cette vertu en pratique; la pratique s*étencl, s'affermit : ce qui était simplement une bonne œuvre devient enfin pour quelques-uns une œuvre obligatoire; ce qui était simple conseil se change, pour un petit nombre d'hommes choisis, en rigoureux devoir. À toutes les époques, TÉglise s'est occupée du rachat des captifs; dans tous les temps, quelques chrétiens, d'une charité héroïque^ ont su se dépouiller de leurs biens, de leur liberté même, pour accomplir cette œuvre de miséricorde; mais ce soin restait abandonné à la discrétion des fidèles, il n'existait point de corps qui représentât cette pensée de charité. Des nécessités nouvelles se présentent; les moyens ordinaires ne suffisent plus; il faut que les secours se réunissent avec promptitude et soient employés avec discernement; la charité demande un bras toujours prêt à exécuter ses ordres : une institution permanente est devenue nécessaire : l'institution naît, le besoin public se trouve satisfait.

Nous sommes tellement accoutumés au sublime dans les œuvres de la Religion, qu'à peine y remarquons-nous les plus merveilleux prodiges. Les différentes institutions monastiques qui, sous des formes diverses, ont apparu depuis le commencement du Christianisme, offrent à notre observation des choses dignes, au plus haut degré, d'étonner le philosophe et le chrétien; mais je doute que l'histoire de ces institutions présente rien de plus beau, de plus in-

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téressant, de plus touchant que le tableau des Ordres pour la rédemption des captifs. La célèbre vision qui précéda rétablissement des instituts de la Merci et de la Trinité n'offre-t-elle pas le plus admirable emblème? Certains esprits diront que ces apparitions n étaient que chimères ! Bienheureuses chimères, pourrions-nous répondre, qui ont pour résultat de consoler Thumanité ! Nous rappellerons ici ces visions, bravant, s*il le faut, les sourires de l'incrédule. Si ces visions restent à ses yeux dépourvues de toute vérité historique, il trouvera du moins, dans le sacrifice qui fait qu'un homme se livre en esclavage pour la rançon de ses frères, une haute poésie, un amour sincère de l'humanité, et un désintéressement héroïque.

Un docteur de l'Université de Paris, connu par ses vertus et sa sagesse, venait d'être élevé à l'ordre de la prêtrise, et célébrait pour la première fois Taugusté sacrifice de Tautel. En considération d'une si haute faveur du Très-Haut, il s'efforce d'offrir à l'Agneau sans tache , avec toute la ferveur dont il est capable, son cœur embrasé de charité. Il ne sait comment manifester à Dieu sa reconnaissance ; il souhaite ardemment de lui prouver sa gratitude et son amour. Celui qui avait dit : « Ce que vous aurez fait à l'un de mes petits enfants me sera fait à moi-même, » lui indique aussitôt une voie pour épancher sa charité. Aux regards du prêtre paraît un ange , dont le vêtement est blanc comme la neige et brillant comme la lumière. L'ange

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