ORDRES POUR LE R4CHÀT DES CAPTIFS
porte sur sa poitrine une croix rouge et bleue ; à ses côtés sont deux captifs, l'un chrétien, lautre Maure, sur lesquels il étend ses mains. A cette \ue, le prêtre comprend que Dieu l'appelle à l'œuvre de la rédemption des captifs. Mais, avant de suivre cette inspiration^ il se retire dans la solitude, se livre pendant trois ans à la prière et à la pénitence, demandant humblement au Seigneur d'achever de lui faire connaître sa volonté. Dans le désert , il rencontre un ermite; les deux solitaires s'entr aident de leurs prières et de leurs exemples. Un jour qu'ils sont absorbés dans de saints entretiens, au bord d'une fontaine, un cerf se présente tout à coup à eux, portant dans son bois la croix mystérieuse aux deux couleurs. Le prêtre raconte à son compagnon la première vision qu'il a eue ; tous deux redoublent de prières ; tous deux reçoivent par trois fois le céleste avis. Alors, ne voulant plus différer d'accomplir la volonté divine , ils courent à Rome, demandent au souverain pontife ses lumières et son autorisation. Le pape, qui, dans le même temps, avait eu une vision semblable, accède, plein de joie, à la demande des deux solitaires : l'Ordre de la très-sainte Trinité pour la rédemption des captifs se trouve fondé. Le prêtre se nommait Jean de Matha; l'ermite, Félix de Valois. Ils s'appliquent avec ardeur à leur œuvre de charité ; après avoir essuyé sur la terre les larmes d'une foule de malheureux, ils vont recevoir dans le ciel la récompense de leurs fatigues. L'Église les a placés sur les autels.
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L'Ordre de la Merci eut une origine semblable. Saint Pierre Nolasque, ayant dépensé pour la rançon des captifs tout ce qui lui appartenait, avait cherché vainement de nouvelles ressources pour continuer sa pieuse tâche. Il s'était mis en prière afin de se fortifier dans la résolution de vendre sa propre liberté, ou de rester lui-même captif à la place de quelques-uns de ses frères. Durant son oraison, la sainte Vierge lui apparaît; elle lui fait connaître combien la fondation d'un ordre religieux pour la rédemption des captifs lui sera agréable, à elle et à son divin Fils. Le saint, après s'être entendu avec le roi d'Aragon et avec saint Raymond de Penafort, procède à rétablissement de cet Ordre. 11 convertit en vœu non-seulement pour lui-même, mais pour tous ceux qui embrasseront l'institut, le saint désir qu'il a eu de se livrer lui-même eu esclavage pour racheter ses frères.
Je répète ce que j'ai déjà dit ; quelque jugement que l'on porte sur ces apparitions, dût-on les reléguer au rang des pures illusions, il n'en est pas moins avéré que la Religion catholique a travaillé avec une influence immense à secourir une grande infortune, et que nul ne saurait mettre en doute l'utilité du saint institut dans lequel nous venons de voir se personnifier si merveilleusement l'héroïsme de la charité. Supposez que le fondateur, dupe d'une illusion, ait pris pour une révélation du ciel ce qui n'était que l'inspiration d'un zèle fervent , les bienfaits prodigués aux malheureux captifs ne restent-ils
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pas les mêmes? Il est du moins une chose cerlaine, c'est que ces illusions enfantaient la réalité. Lorsque saint Pierre Armengol, manquant de toutes ressources pour délivrer quelques captifs, restait en otage à leur place; lorsque, le jour fixé pour la rançoq, il se résignait à être pendu parce que l'argent n'était point arrivé d'Europe, il est certain que l'illusion ne restait point stérile : quelle réalité pouvait enfanter de plus grands prodiges? Il y a longtemps que les choses de laSeligion sont taxées de démence : dès les premiers jours du Christianisme, le mystère de la croix fut traité de folie. Cela n'a point empêché la prétendue folie de changer la face du monde.