CHAPITRE XLV
l'élan universel de la civilisation contrarié
PAR L'aPPAIUTION DU PROTESTANTISME.
Dans la rapide esquisse que je viens de présenter, mon intention n'a point été de faire l'histoire des instituts religieux. Je me suis contenté d'exposer une suite de considérations qui, en montrant Timportance de ces instituts, me paraissent propres à venger le Catholicisme des accusations portées coun. 18
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lui au sujet des établissements monastiques. Comment mettre en parallèle le Catholicisme et le Protestantisme dans leurs rapports avec la civilisation européenne, sans consacrer quelques pages à examiner l'influence que ces institutions ont exercée sur la civilisation ? Or, une fois qu'il est démontré que cette influence a été salutaire, le Protestantisme, qui a persécuté et calomnié avec tant d'acharnement ces institutions, demeure convaincu d'avoir faussé Thistoire de notre civilisation, d'en avoir méconnu l'esprit, et, qui plus est, d'avoir porté atteinte au développement légitime de cette civilisation même.
Telle, en effet, a été la faute commise par le Protestantisme, lorsque, brisant l'unité de la civilisation européenne, il a introduit la discorde dans le scinde cette civilisation et affaibli l'action physique et morale qu'elle exerçait sur le reste du monde. L'Europe semblait destinée à civiliser le monde entier. La supériorité de son intelligence , la prépondérance de ses forces, la surabondance de sa population, son caractère entreprenant, ses transports de générosité et d'héroïsme, tout l'appelait à répandre ses idées, ses sentiments, ses mœurs, ses institutions aux quatre coins de l'univers. Comment se fait-il qu'elle n'ait point réalisé cette destinée? Comment se fait-il que la barbarie se trouve encore à ses portes, que l'Islamisme conserve ses campements dans l'une des situations les plus belles de l'Europe? L'Asie garde son immobilité, son despotisme, sa polygamie : à peine l'influence chrétienne y a-t-elle
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fait un pas. L'Asie Mineure, les côtes de la Palestine, rÉgypte, r Afrique entière, sont devant nous dans un état de dégradation qui forme, avec les grands souvenirs de rhistoire, un douloureux contraste. L'Amérique, après quatre siècles de communication incessante avec FEurope, se trouve encore singulièrement en arrière. Comment se fait-il que FEurope, pleine de vie, riche en ressources de toute espèce , débordant de vigueur et d'énergie, n'ait pu porter son influence au delà de ces étroites limites?
Si nous considérons attentivement ce phénomène, nous en découvrirons la cause : c'est que FEurope a manqué d'unité ; son action à l'extérieur s'est produite sans concert, par conséquent sans efficacité. Sans cesse on vante Futilité de l'association; on montre combien l'association est nécessaire pour obtenir de grands résultats : on devrait songer que ce principe s'applique aux nations aussi bien qu'aux individus; les nations, comme les individus, ne peuvent se promettre d'accomplir de grandes œuvres, sans se conformer à cette loi générale. Lorsqu'un ensemble de peuples sortis d'une même origine, soumis pendant de longs siècles à la même influence, sont parvenus à développer leur civilisation sous la direction d'une pensée commune, Fassociation entre eux devient une véritable nécessité ; ces peuples forment une famille de frères : or, on sait que la division et la discorde entre frères ont de pires résultats qu'entre personnes étrangères.
Je ne prétends pas dire qu'une concorde perpé-
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tuelle eût pu s'établir entre les nations de FEarope, qu'une harmonie parfaite eût fini par présider à toutes les entreprises. Mais, sans se livrer à de si belles illusions, dont la réalité est par delà les bornes du possible, il est cependant permis de dire que, malgré les différends particuliers de nation à nation, malgré le plus ou moins d opposition entre les intérêts à Textérieur ou à Tintérieur, l'Europe pouvait garder, perpétuer dans son sein une idée civilisatrice supérieure aux misères et aux petitesses des passions humaines. Cette idée Feût mise en mesure de conquérir un ascendant plus grand, d'affermir et d'utiliser son influence sur les autres nations du monde. Au milieu des interminables guerres et calamités qui affligèrent l'Europe durant les fluctuations des peuples barbares, cette unité de pensée exista, et c est en \ertu de cette unité que l'ordre sortit enfin de la confusion, que la lumière vainquit les ténèbres. Dans la longue lutte du Christianisme contre llslamisme, en Europe, en Afrique, en Asie, cette même unité de pensée fit triompher la civilisation chrétienne, nonobstant les rivalités des princes et les désordres des peuples. Tant que cette unité exista, l'Europe conserva une force de transformation qui fit que tout ce qu'elle toucha devint tôt ou tard européen.
Le cœur s'attriste à la vue de l'événement désastreux qui vint rompre cette précieuse unité et détourner le cours de notre civilisation. On ne peut, sans angoisse, faire cette réflexion, que l'apparition
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du Protestantisme coïacida précisément avec Tinstant où les nations européennes, recueillant enfin le fruit d'efforts inouïs, se présentaient à Tunivers pleines d'énergie et d'éclat. Elles découvraient de nouveaux mondes, elles touchaient d'une main l'Orient, de l'autre l'Occident. Vasco de Gama avait doublé le cap de Bonne-Espérance, il avait montré la route des Indes orientales et ouvert les communications avec des peuples inconnus: Christophe Colomb, avec la flotte d'Isabelle, découvrait dans l'Occident un nouveau monde, et plantait sur des terres ignorées l'étendard de Castille ; Fernand Cortez, à la tête d'une poignée de braves, pénétrait au cœur du continent nouveau. Sur tous les points de l'Europe se déployait une activité immense; un esprit d'entreprise s'emparait de tous les cœurs. Magellan franchissant le détroit qui devait unir l'Orient à l'Occident, et Sébastien del Cano retournant aux rives espagnoles après avoir fait le tour du monde, semblaient être la personnification sublime de la civilisation européenne prenant possession de l'univers. A l'une des extrémités de l'Europe, le Croissant menaçait encore : mais c'en est fait de sa puissance ; ses cohortes viennent d'être chassées de Grenade; l'armée chrétienne est campée sur les côtes d'Afrique ; l^tendard de Castille flotte sur les murs d'Oran ; au cœur de l'Espagne grandit l'enfant prodigieux qui, à peine dégoûté des jouets du premier âge, brisera, dans les Alpujarres, le dernier effort des Maures d'Espagne,
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et, rinstant d'après, achèvera d'abattre le pouvoir musulman sur les flots de Lépante.
Le développement de l'esprit marchait de pair avecTaccroissementdela puissance. Érasme fouillait dans toutes les sources de l'érudition, étonnait le monde par ses talents comme par son savoir, et promenait, d'une extrémité de l'Europe à l'autre, sa gloire triomphante. L'insigne Espagnol Luis Vives rivalisait avec le savant de Rotterdam ; il ne se proposait rien moins que de régénérer ]es sciences, de donner un nouveau cours à l'esprit humain. Les écoles philosophiques fermentaient en Italie et s'emparaient avec avidité des nouvelles lumières apportées deConstantinople ; dans le même pays, le génie du Dante et de Pétrarque se perpétuait par des successeurs illustres ; tandis que l'Espagne, transportée d'orgueil à la vue de ses conquêtes, chantait comme un soldat qui se repose sur des trophées.
Quel obstacle pourrait résister à une telle supériorité, à un tel pouvoir.»* L'Europe rassurée contre tous ses ennemis, jouissant d'un bien-être dont les progrès devaient s'accroître chaque jour, mise en possession de lois et d'institutions meilleures que tout ce qu'on avait vu jusqu'alors, et dont la perfection ne pouvait manquer d'arriver par l'action lente des siècles ; l'Europe, disons-nous, dans une situation si prospère, devait aborder Fentreprise de la civilisation du monde. Les découvertes mêmes qui se faisaient tous les jours indiquaient que le moment était venu ; les flottes transportaient, avec les guerriers.
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les missionnaires, dont la main allait répandre, dans les régions nouvelles, le grain de TÉvangile. Ainsi commençait un travail généreux, qui, secondé par la Providence, aurait civilisé rAmérigue, l'Afrique et TAsie.
Cependant la voix de l'apostat qui va jeter la discorde dans le sein des peuples frères résonne déjà au cœur de l'Allemagne. La dispute commence, les esprits s'exaltent, l'irritation monte à son comble, on en appelle aux armes, des torrents de sang coulent, et rhomme qui a été chargé par l'enfer d apporter à la terre ces calamités peut contempler avant sa mort le fruit horrible de ses efforts.
En s'étendant en Europe, le schisme de Luther affaiblissait d'une manière déplorable l'action des Européens sur les peuples du reste du monde ; les espérances flatteuses que Ton avait conçues se dissipaient en un instant. Dès lors la plus grande partie de nos forces intellectuelles, morales et physiques restait condamnée à s'employer, à se consumer dans une lutte qui armait des frères contre des frères. Les nations demeurées catholiques se voyaient obligées de concentrer toutes leurs ressources, toute leur énergie, pour résister aux attaques impiesrque les nouveaux sectaires dirigeaient contre elles, soit au moyen de la presse, soit par les armes. Les nations au sein desquelles s'était propagée la contagion nouvelle se trouvaient précipitées dans une sorte de vertige : il n'y avait plus pour elles qu'une entreprise digne de leurs efforts, l'abaissement et la des-
yGooçle
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tructioQ de la chaire romaine. Leurs pensées ne tendaient plus à inventer des moyens pour Famélioration du sort de Thumaaité ; le champ immense qui s'ouvrait à une noble ambition dans les découvertes nouvelles ne méritait pas même qu'elles y jetassent un regard.
Cette disposition des esprits frappa de stérilité Tascendant qui appartenait naturellement aux Européens sur les autres nations du globe. Lorsque les peuples de l'Europe abordaient simultanément aux plages nouvellement découvertes, ils ne s'y rencontraient plus comme des frères ou de généreux rivaux stimulés par une louable émulation; c'étaient des ennemis acharnés, des hommes de religion différente, qui se livraient entre eux des batailles aussi sanglantes que celles dans lesquelles la fureur des chrétiens et des musulmans s'était donné carrière. La Religion chrétienne, si longtemps symbole de paix , cette religion qui avait donné une bannière aux peuples européens pour les faire triompher des bandes mahométanes , fournissait un drapeau à la discorde. Et après que l'Europe eut été couverte de sang et de deuil, le scandale fut transporté devant les peuples du Nouveau Monde ; ces peuples furent frappés de stupéfaction au spectacle des misères, de la haine, de l'esprit de vengeance qui régnaient parmi ces mêmes hommes dont ils avaient fait d'a« bord des demi-dieux.
 dater de ce moment, les forces de l'Europe ne se trouvèrent plus réunies dans aucune de ces grandes
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entreprises qui avaient fait la gloire des siècles antérieurs. Le missionnaire catholique, arrosant de ses sueurs et de son sang les forêts indiennes ou américaines, pouvait compter sur Fassistance de la nation à laquelle il appartenait, si cette nation était restée catholique ; mais il ne pouvait espérer que l'Europe entière, s'associant à Fœuvre de Dieu, vint soutenir de ses ressources ses missions lointaines ; il savait, au contraire, qu'un grand nombre d'Européens le calomniaient , Tinsultaient , cherchaient tous les moyens imaginables d'empêcher la semence évangélique de prendre racine sur le nouveau sol et d'augmenter le pouvoir des papes en accroissant la renommée de l'Église catholique.
Il y eut un temps où les profanations exercées dans Jérusalem, et les vexations infligées aux pèlerins qui visitaient le Saint- Sépulcre, suffirent pour soulever tous les peuples chrétiens ; tous se précipitèrent sur les traces d'un solitaire qui les menait venger les outrages de la Religion et ceux des pieux pèlerins. Depuis l'hérésie de Luther, tout a changé; le trépas d'un religieux sacrifié sur une terre étrangère, ses tourments , son martyre, scènes sublimes dans lesquelles se reproduisaient le zèle et la charité des premiers siècles de l'Église, tout cela est voué au mépris, au ridicule par des hommes qui se disent chrétiens, indigne postérité des héros dont le sang coula sous les murs de la Cité sainte.
Afin de concevoir dans toute son étendue le mal causé sous ce rapport par le Protestantisme, figu-
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roDS-nottS un instant que le Protestantisme n'ait point paru, et dans cette hypothèse faisons quelques conjectures sur le cours probable des événements. En premier lieu, toutes les forces, tout le génie que l'Espagne employa pour faire face aux guerres religieuses suscitées sur le continent, auraient pu se déverser sur le Nouveau Monde. Il en eût été de même de la France, des Pays-Bas et de l'Angleterre : ces nations, quoique divisées, ont pu fournir quelques exemples brillants; si leur action sur les nouveaux pays s'était ramassée et concentrée, n'y auraientelles point apporté une vigueur dont rien n'eût été capable d'arrêter le tout-puissant entraînement? Figurez-vous que tous les ports, depuis la Baltique jusqu'à l'Adriatique, envoient leurs missionnaires à rOrient et à l'Occident, comme le faisaient la France, le Portugal, l'Espagne et l'Italie; figurez- vous que toutes les grandes cités de l'Europe soient autant de centres où se réunissent les hommes, où s'accumulent les moyens matériels destinés à ce grand objet; figurez-vous que tous les missionnaires soient dirigés par les mêmes vues, dominés par une même pensée, et brûlent d'un même zèle pour la propagation d'une même foi : en quelque lieu qu'ils se rencontrent, ils se reconnaissent pour collaborateurs dans une œuvre commune; tous sont soumis à une même autorité : ne vous semble-t-il pas voir la Religion chrétienne obtenir partout les triomphes les plus signalés?
Les missions catholiques, malgré les obstacles qui
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leur ont été opposés par l'esprit turbulent du Protestantisme, ont accompli les entreprises les plus difficiles, et réalisé des prodiges qui forment une admirable page de l'histoire moderne : combien leurs résultats auraient été plus beaux^ si Tltalie, l'Espagne, le Portugal et la France s'étaient vus secondés par TAllemagne entière, par les Provinces-Unies, par l'Angleterre et les autres nations septentrionales ? A cette époque, les ordres religieux semblaient appelés à être comme le bras de la Religion ; parleur moyen, la Religion, consolidée en Europe, satisfaite de la régénération sociale qu'elle venait d'y opérer, aurait étendu son action aux peuples infidèles. Lorsqu'on jette un regard sur les événements des premiers siècles de l'Église, et qu'on les compare à ceux des temps modernes, on comprend clairement qu'une cause puissante a dû intervenir dans les derniers siècles pour s'opposer à la propagation de la foi.
En effet, quel contraste ! Le Christianisme naît, et aussitôt il s'étend avec rapidité, sans aucun secours de la part des hommes, malgré tous les efforts des princes, des savants,des prêtres, des passions, en dépit de toutes les ruses de l'enfer : il date d'hier, et déjà il est puissant. Il domine sur tous les points de l'Empire ; des peuples différents par les langues et les coutumes abandonnent le culte des faux dieux. Les Barbares eux-mêmes, aussi indociles que le cheval sauvage, écoutent les missionnaires, inclinent leur tête ; on les voit, au milieu de l'enivrement delà victoire, se soumettre à la religion de ceux qu'ils vien-
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nent de conquérir. Dans les siècles modernes, au contraire, le Christianisme s'est trouvé en possession d*un empire exclusif sur TEurope, et cependant il n'a pu réussir à s'introduire de nouyeau sur ces côtes d'Afrique et d'Asie qui s'étendent sous ses yeux. Il est yrai que la plus grande partie de l'Amérique est devenue chrétienne ; mais observez que les peuples de ces contrées ont été conquis ; les nations conquérantes y ont établi leurs gouvernements, lesquels ont duré des siècles ; les nations européennes ont inondé le Nouveau Monde, en sorte qu'une portion considérable de l'Amérique est une espèce d*importation de l'Europe : par conséquent, la transformation religieuse de ce pays ne ressemble point à celle qui a eu lieu dans les premiers siècles de l'Église. Tournez vos regards vers TOrient ; voyez ce qui s'y passe : les peuples y sont encore gisants sous le joug des religions mensongères; le Christianisme n'a pu s'y faire jour. Bien que les missions catholiques y aient obtenu quelques établissements plus ou moins considérables, la précieuse semence n'a pu s'enraciner assez dans le sol, pour y porter les fruits qu'une charité ardente espérait et qu'un zèle héroïque s'est efforcé d'y produire. De temps à autre, les rayons de la divine lumière ont pénétré jusqu'au cœur des grands empires du Japon et de la Chine ; mais les espérances qu'on a pu concevoir un moment se sont dissipées; ces éclairs de lumière ont disparu comme un brillant météore.
Quelle est la cause de cette impuissance? D'où
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vient que la force fécondante , après avoir été si grande aux premiers siècles, se trouve si vaine dans les derniers? Laissons de côté les secrets de la Providence, ne cherchons point à scruter les incompréhensibles mystères des voies divines; mais, autant qu'il est donné à un faible esprit d atteindre la vérité d'après les indications que le Seigneur lui-même s*e8t plu à nous communiquer, hasardons notre opinion : bien que dépendants d'un ordre supérieur, les faits ici ne laissent pas d'avoir un cours ordinaire dont Dieu lui>mème a posé les règles. L'apôtre saint Paul nous dit que la foi vient de Touïe ; il demande comment il est possible d'entendre s'il n'y a personne qui prêche, et comment on peut prêcher s'il n'y a personne qui envoie. Nous devons conclure de là que les missions sont nécessaires pour la conversion des peuples; Dieu n'a pas voulu, par d'incessants miracles, faire descendre du ciel des légions d'anges pour évangéliser les nations privées de la lumière de la vérité.
Ce qu'il fallait pour la conversion des nations infidèles, c'était donc un ensemble de missions organisées sur une vaste échelle ; il fallait des missions qui, par l'abondance de leurs ressources et le nombre de leurs ouvriers, fussent en proportion avec un si grand objet. Les distances sont immenses, les peuples auxquels il est nécessaire de faire entendre la parole divine se trouvent dispersés dans des pays nombreux , et vivent sous l'influence des préjugés , des lois les- plus rebelles à Tesprit de TÉvangile. H. ' 19
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Poar satisfaire à ces nécessités ^ pour sarmouter de si grandes difficultés, il fallait une véritable inondation de missionnaires : sans quoi la conversion des grandes nations infidèles demeurait peu prcdiable^ à moins que la Providence ne fit intervenir quelques-uns de ces prodiges qui changent en un instant la face de la terre.
Pour nous former une idée complète de ce qui s'est passé dans les derniers siècles , faisons attention à ce qui a lieu actuellement* Que manque*t41 aux nations infidèles? Quel est le cri incessant des hommes de zèle qui se consacrent à la propagation de rÉvangile ? N'entend-on pas sans cesse des la^ mentations sur le petit nombre des ouvriers , ftur Texiguïté des ressources dont on dispose pour procurer aux missionnaires la subsistance même? Cette pénurie de ressources n*est-elle pas le motif des associations formées aujourd'hui parmi les catholiques d'Europe ?
L'organisation des missions sur une grande échelle se serait réalisée, si le Protestantisme n'était venu l'empêcher. Les peuples européens, enfants privilégiés de la Providence, avaient le devoir et témoignaient la volonté de procurer aux autres peuples du monde la participation aux bienfaits de la foi. Malheureusement cette foi s'affaiblit en Europe, elle fut livrée aux caprices de la raison humaine ; dès lors ce qui à ce moment-là était exécutable, et même facile, devint impossible. La Providence, en permettant le désastre du schisme, différa le jour heu-
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reux où tant de nations lointaines entreront dans le bercail de TÉglise.
Mais, dira-t-on peut-être, le zèle du Catholicisme de notre temps n'est plus celui des premiers siècles du Christianisme /et c'est une des raisons qui ont empêché ia conversion des peuples infidèles. Je n é*tablirai point un long parallèle sur ce sujet , je me contenterai de présenter une observation qui renverse d'un coup la difficulté. Le Sauveur, avant d'envoyer ses disciples prêcher l'Évangile, voulut qu'ils abandonnassent tout et le suivissent ; le même Sauveur, nous révélant la véritable charité, nous dit qu'il n'en est pas de plus grande que de donner sa vie pour ses frères. Les missionnaires catholiques des trois derniers siècles ont renoncé à tout, ont abandonné leur patrie, leur famille, tout ce qui peut intéresser ici-bas le cœur de l'homme ; ils sont allés chercher les infidèles à travers toute sorte de dangers, et ont attesté de leur sang, sar tous les points du globe , leur ardeur pour le salut des âmes. Je crois que de tels missionnaires sont dignes de succéder à ceux des premiers siècles de TÉglise; toutes les déclamations, toutes les calomnies restent impuissantes devant 1 évidence triomphante des faits. L'Église des premiers siècles , aussi bien que celle de notre temps , se serait honorée d'un saint François Xavier et des martyrs du Japon.
Quant au nombi'e des missionnaires, les langues de feu du Cénacle et la multitude des prodiges, dans la primitive Église, suppléèrent au nombre et multi-
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plièrent les serviteurs. Des nations de langues diverses, prêtant l'oreille à un même discours, Tentendaient en même temps chacune en sa langue. Mais après cette première impulsion, par laquelle le Tout-Puissant avait voulu terrasser TEnfer, les choses suivirent le cours ordinaire, et il fallut un plus grand nombre de missionnaires pour un plus grand nombre de conversions. Les grands foyers de la foi et de la charité, les nombreuses églises de TOrient et de rOccident, fournirent en abondance les hommes nécessaires à la propagation de la foi , et cette armée sacrée avait a ses côtés une imposante réserve prête à couvrir son insuffisance. Borne fut le centre de ce grand mouvement ; or, pour donner l'impulsion, Bome n'avait besoin ni de flottes pour transporter à plusieurs milliers de lieues les colonies saintes^ ni de grands trésors pour les faire vivre sur les plages tout à fait inconnues. Quand le missionnaire prosterné aux pieds du Souverain Pontife, lui demandait sa bénédiction, le Saint-Père pouvait l'envoyer en paix; il savait que l'envoyé évangélique allait traverser des pays chrétiens et que, sur les terres mêmes des idolâtres, il se trouverait encore rapproché des princes déjà convertis, des évèques , des prêtres, des peuples fidèles, dont aucun ne refuserait secours à qui allait semer la parole divine.
J'en ai la conviction profonde : sans le funeste événement du seizième siècle, la situation du monde serait actuellement tout autre qu'elle n'est. Je puis, sans doute, me faire quelque illusion sur ce point.
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Cependant, demanderai -je au simple bon sens, n'est-il pas vrai que Funité d action, Funité de principes, Tunité de vues, la réunion des ressources, l'association des agents sont, dans toutes les entreprises , le secret même de la force et la plus sûre garantie du succès? Or, n est-ce pas le Protestantisme gui a brisé cette unité, rendu cette réunion impossible , cette association impraticable? Quelle induction tirer de là? Que Tim partialité, le bon sens, le sens commun me répondent.
Les résultats de l'influence civilisatrice de FEurope sur le monde n'ont pas répondu à ce que promettaient les premières années du seizième siècle. Que les protestants se gloriGent d avoir donné à la civilisation européenne une direction nouvelle; qu ils se vantent d'avoir affaibli le pouvoir spirituel des papes, d*avoir détruit les Ordres religieux dans les pays soumis à leur domination, d* avoir mis en pièces la hiérarchie ecclésiastique , et abandonné la Bible au caprice des foules ignorantes : il nen est pas moins certain que Funité de la Religion chrétienne a disparu parmi eux, qu'ils manquent d*un centre doù puissent partir les grands efforts, qu'ils sont sans guide , flottants à tout vent de doctrine , et frappés d'une stérilité radicale pour enfanter la moindre de ces grandes œuvres que le Catholicisme a produites et produit encore si abondamment. Leurs disputes éternelles, leurs calomnies, leurs attaques contre le dogme et contre la discipline de l'Église , ont obligé celle-ci à se tenir dans une attitude de
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défense, à combattre pendant trois siècles, lui dérobant par là un temps et des ressources qu elle aurait pu mettre à profit pour achever les grands projets médités par elle et déjà si heureusement mis à exécution. Est-ce un mérite de jeter le discrédit sur les missionnaires qui vont prêcher l'Évangile aux nations infidèles , de leur opposer tous les obstacles imaginables, d'employer tous les moyens pour rendre leur zèle inutile ^ leur charité sans résultat? Si tout cela est, en effet, un mérite, ce mérite, je le déclare, appartient au Protestantisme.
Lorsque Luther se prétendait chargé d'une haute mission, il disait la vérité , mais une vérité terrible, que lui-même ne comprenait pas. Les péchés des peuples comblent parfois la mesure de la patience du Très-Haut. Le bruit des scandales monte jusqu'au ciel et demande vengeance : rÉternel lance sur la terre un regard de feu ; alors il nait un fils de perdition, qui couvre le monde de désolation et de deuil. L'urne des calamités , que le Dieu des vengeances tient en réserve, s'ouvre et se répand sur la terre. Uii incompréhensible vertige s'empare des tètes ; les peuples ont des yeux et ne voient point, ont des oreilles et n'entendent point; au milieu de leur délire, les plus affreux précipices leur paraissent des chemins semés de fleurs. L'humanité apprend ainsi, par une leçon terrible , qu'on ne provoque point impunément Tindignation du Tout-Puissant.
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