DES JESUITES
Puisque je traite des instituts religieux, il ne m'est pas permis de passer sous silence cet Ordre célèbre qui, dès les premières années de son existence, présenta la stature d'un colosse et déploya les forces d'un géant, qui périt sans avoir éprouvé de défaillance; qui ne suivit le cours ordinaire des autres ni dans sa fondation, ni dans son développe^ ment, ni dans sa chute; cet Ordre, qui, selon une parole pleine d'exactitude, n'a eu ni enfance ni vieillesse. On comprend que je parle de la Compagnie de Jésus. Les Jésuites! ce nom seul suffira pour alarmer une certaine classe de lecteurs ; j'avertis que je ne me propose point d'écrire ici l'apologie des Jésuites. Cette tâche ne convient pas au caractère de mon ouvrage; d'autres, d'ailleurs, s'en sont chargés, et je ne dois point répéter ce que personne n'ignore. Mais, enfin, il est impossible de rappeler les institutions religieuses, l'histoire religieuse, politique et littéraire de r£urope depuis trois siècles, sans rencontrer les Jésuites à chaque pas ; on ne peut voyager sur les terres les plus lointaines, traverser
yGooçle
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les mers inconnues^ sans trouver partout le souYeuir des Jésuites ; d'un autre côté, on ne peut s'approcher d'un seul rayon de nos bibliothèques, sans y remarquer aussitôt les écrits de quelque Jésuite. Puisqu'il en est ainsi, tous nos lecteurs doivent nous pardonner de fixer un instant notre attention sur ces religieux, dont le nom a rempli l'univers. Lors même qu'on prétendrait ne tenir aucun compte de leur renaissance moderne et des probabilités de leur avenir, il serait cependant inexcusable de ne point parler d'eux, au moins comme d'un fait historique.
Dès que l'on étudie l'histoire des Jésuites, un fait extraordinaire saisit l'attention : leur existence ne compte que peu d'années, si on la compare à la durée des autres instituts ; et cependant il n'est pas un seul Ordre religieux qui ait été l'objet d'une si vive animosité. Dès leur naissance, ils ont eu de nombreux ennemis; jamais ils ne s'en sont vus délivrés, ni dans la prospérité, ni dans leur chute, ni même après leur chute ; jamais ils n'ont vu cesser Tacharnement avec lequel on les a poursuivis. Dès qu'ils sont venus à reparaître, les yeux se sont aussitôt fixés sur eux ; on tremble qu'ils ne reprennent leur ancien pouvoir. Combien d'hommes, parmi nous, s'alarment de la fondation d'un collège de Jésuites, plus qu'ils ne sauraient s'alarmer d une irruption de Cosaques! Il y a donc dans cet institut quelque chose de bien extraordinaire, puisqu'il excite à un si haut degré l'attention publique, puisque son seul nom déconcerte ses ennemis. On ne méprise point
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les Jésaites, on les craint; parfois, on tente de jeter sur eux le ridicule ; mais dès qae cette arme est employée contre eux , on sent qae celui qui la manie n a point assez de calme. £q vain veut-il affecter le mépris; à travers laffectation, chacun sent percer le trouble. On comprend aussitôt que celui qui attaque ne se croit point en face d'adversaires insignifiants, sa bile s'échauffe , ses paroles sont trempées d'amertiune ; il nous semble Tentendre se dire à luimême : « Tout ce qui touche aux Jésuites est chose grave ; on ne joue point avec ces hommes ; point d*égardS) point d'indulgence; il faut les traiter avec rigueur, avec dureté ; avec eux, la moindre négligence pourrait nous devenir fatale. »
Ou je me trompe fort, ou cela même est la meilleure démonstration que Ton puisse donner du mérite éminent des Jésuites. II doit en être des classes et des corporations comme des individus : un mérite extraordinaire leur suscite nécessairement de nombreux ennemis, par la simple raison qu*un pareil mérite est toujours envié et souvent redouté. Teuton connaître la vraie cause de cette haine implacable dont les Jésuites sont l'objet, il suffit de considérer quels sont leurs ennemis. Les protestants et les incrédules y figurent au premier rang ; au second rang, tous les hommes qui, plus ou moins nettement, avec plus ou moins de résolution, se montrent peu affectionnés à Vautorité de TÉglise romaine. Les uns et les autres, dans leur haine contre les Jésuites, sont guidés par un instinct très^ûr ,
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car véritablement ils n'ont jamais renoontré un adversaire pins redoutable. Cette réflexion est digne d'être méditée par tout catholique sincère qui, pour une cause ou pour une autre, nourrirait contre les Jésuites d'injustes préjugés. Lorsqu'il s'agit de se former un jugement sur le mérite et la conduite d'un homme, c'est très-souvent un moyen sûr de se décider que de demander : Quels sont ses ennemis?
Lorsque l'on considère attentivement l'Institut des Jésuites, Tépoque de sa fondation, la rapidité et la grandeur de ses progrès, on sent se confirmer de plus en plus l'importante vérité que j'ai signalée précédemment, savoir, que l'Église catholique, admirablement féconde, trouve toujours une pensée digne d'elle pour faire face à chaque nécessité qui se présente. Le Protestantisme combattait les dogmes catholiques avec le luxe et l'apparat de l'érudition ; l'éclat des lettres humaines, la connaissance des langues, le goût pour les modèles de l'antiquité^ tout était employé contre la Religion avec une ardeur digne d'une meilleure cause. On tentait des efforts in-* croyables pour détruire l'autorité pontificale ; là où on ne pouvait la renverser, on s'efforçait du moins de la discréditer et de l'affaiblir. Le mal se répandait avec rapidité; le venin circulait déjà dans les veines d'une portion considérable des peuples de l'Europe; la contagion commençait à se propager dans les pays mêmes restés fidèles à la vérité. Que D^ire en une semblable crise? Etait-il possible de coojurer de si graves périls par l'emploi des moyais
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ordinaires? N'ëtait-il pas oonvenable de forger des armes à œtte fin, de tremper la cairasse et le bouclier ponr soutenir ce nouveau genre de combat? Qui peut en douter? L'apparition des Jésuites fat la réponse à ces questions ; leur Institut fut la solution du problème.
L'esprit des siècles qui allaient venir était essen^tiellement un esprit de progrès scientifique et litté^ raire. L'Institut des Jésuites comprend parfaitement cette vérité. Il faut marcher rapidement, ne jamais rester en arrière dans aucune branche des connaissances; c'est ce que fait le nouvel Institut : il mène toutes les connaissances de front ; il ne laisse perr sonne prendre sur lui les devants. On étudie les langues orientales, on entreprend de grands travaux sur la Bible, on remue les œuvres des anciens Pères, les monuments de la tradition, les décisions ecclésiastiques ; les Jésuites sont à leur poste : un grand nombre d'ouvrages suréminents sortent de leurs coU léges. Le goût des controverses dogmatiques s'est répandu par toute l'Europe ; une multitude d écoles conservent encore et affectionnent les discussions soolastiques ; des œuvres immortelles de controverse sortent des mains des Jésuites, en même temps qu'ils ne le cèdent à personne en habileté, en pénétration dans les écoles. Les mathématiques, Tastronomie, toutes les sciences naturelles prennent leur essor, des sociétés savantes se fondent dans les capitales de TEurope pour cultiver et fomenter ces sciences ; les Jésuites figurent au premier rang dans ces so-
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ciétés. Le temps est naturellement dissolvant; llnstitut des Jésuites est intérieurement cuirassé contre la dissolution : malgré la rapidité de sa course, il marche dans un ordre compacte, comme le gros d'une armée. Les erreurs, les éternelles disputes, la multitude des opinions nouvelles, les progrès même des sciences, en exaltant les esprits, communiquent à Tintelligence humaine une mobilité funeste ; un tourbillon impétueux emporte tout. L'Ordre des Jésuites apparaît au milieu de ce tourbillon, mais il n'en ressent point Tinfluence ; il suit sa carrière sans s'écarter; et tandis gu on ne voit chez ses adversaires que vacillation, il marche de son côté d'un pas sûr, se dirigeant vers le but, comme une planète qui parcourt sous des lois constantes le cercle de son orbite. L'autoritédu pontificat, combattue avec acharnement par les protestants, se trouvait indirectement attaquée par d'autres, avec ruse et dissimulation ; les Jésuites se montrent fidèlement attachés à cette autorité, ils la défendent partout où elle est menacée : semblables à des sentinelles attentives, ils veillent constamment pour la conservation de l'unité catholique. Leur savoir, leur influence, leurs richesses ne portent jamais atteinte à leur soumis* sion profonde envers l'autorité des papes, soumisn sion qui fut dès le commencement leur caractère distiuctif. Par un effet delà découverte de nouvelles contrées à l'Orient et à l'Occident, s'est déployé en Europe le goût des voyages, de l'observation des terres lointaines, des langues , des mœurs, des cou-
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tûmes des peuples nouvellement découverts; les Jésuites répandus sur toute la face du globe, tout en préchant TÉvangile aux nations, n*oublient point d'étudier ces choses qui peuvent intéresser l'Europe cultivée, et, au retour de* leurs gigantesques expéditions,'on les voit verser des trésors précieux dans le fonds commun de la science.
. Gomment s'étonner que les protestants se soient déchaînés avec tant de fureur contre un ennemi si terrible? et, d'un autre côté, était-il rien de plus naturel que de voir tous les divers ennemis de la Religion, les ennemis sans masque comme ceux qui se couvraient de plus ou moins de déguisement, faire cause commune sur ce point avec les protestants ? Les Jésuites étaient un mur de bronze contre lequel venaient se briser tontes les attaques ; on résolut de miner ce rempart, et de le renverser : on y réussit. Bien peu d'années s'étaient écoulées depuis la suppression des Jésuites^ et déjà la mémoire des crimes qu'on leur imputait se trouvait effacée par les ravages d'une révolution sans exemple. Les hommes de bonne foi, dont l'excessive confiance avait accueilli des calomnies perfides, purent se convaincre que les richesses, le savoir, Vinfluence, Ja préteudue ambition des Jésuites ne seraient jamais devenus aussi funestes que le triomphe même de leurs ennemis : ces relifneux n'auraient jamais renversé un trône ni fait rouler la tête d'un roi sur un échafaud.
M. Guizot, en jetant un regard sur la civilisation
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européenne, a dû nécessairement y rencontrer leg Je suiteS; et il faut avouer qull ne leur a pas rendu la justice à laquelle ils ont droit. M. Guizot déplore l'inconséquence de la Réforme protestante et l'esprit étroit qui la dirige; il confesse qae les catholiques savaient trè8*bien ce quMIs faisaient et ce qu'ils voulaient, qu ils remontaient aux prinoipeg de leur conduite et en avouaient toutes les conséquences. Selon lui, il n'y eut jamais de gouvernement plus conséquent que celui de l'Église romaine ; la cour de Bome, ayant toujours une idée fixe, a su garder une conduite pleine de suite et de régularité. Il vante la force qui résulte d'une pleine connaissanee de ce que Ton fait et de ce que Ton désire ; il fait saisir l'avantage d'un dessein arrêté ; il trace ainsi, sans y penser, an brillant panégyrique et une solide apologie de l'Église catholique. Cependant M. Guisot trouve les Jésuites sur son chemin, et, chose indigne d'un esprit comme le sien, qui, pour acquérir une juste renommée, n*a nul besoin de brûler de l'encens devant des préjugés vulgaires, il leur adresse, en passant, une injure. « Personne n'ignore, dit M. Guizot, que la principale puissance instituée pour lutter contre la révolution religieuse a été l'Ordre des Jésuites. Jetez un coup d'œil sur leur histoire : ils ont échoué partout ; partout où ils sont interve nus avec quelque étendue, ils ont porté malheur à la cause dont ils se sont mêlés. En Angleterre, ils ont perdu des rois; en Espagne, des peuples. » M. Guizot venait de nous dire la supériorité que
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ron obtient sur ses adversaires par la fixité dans une idée: nous montrant les Jésuites, il noqs présentait en eux Texpression du système de l'Église, et Toilà que, sans explication, si ce n'est sans motif, l'écrivain change tout à coup de voie : les avantages du système qu'il vient de louer disparaissent à ses yeux, car ceux qui suivent ce système, c'est-à-^dire les Jésuites , échouent partout, portent partout malheur à la cause dont ils se sont mêlés. Comment concilier de pareilles assertions? Le crédit, Tinfluence, la sagacité des Jésuites, étaient passés en proverbe. Ce qu'on leur reprochait, c'était précisément d'avoir étendu trop loin leurs vues, et obtenu, par leur habileté, un ascendant décidé dans tous les lieux où ils parvenaient à s'introduire. Les protes* tants eux«^mémes avaient confessé ouvertement que les Jésuites étaient leurs adversaires les plus redoutables ; on avait toujours cru que la fondation de leur Ordre avait produit des résultats immenses , et maintenant nous apprenons, par M. Guizot, que les Jésuites ont échoué partout; que leur appui, loin d'être d'un grand secours, porta constamment malheur à la cause dont ils se déclaraient les soutiens. Si les Jésuites étaient de si funestes serviteurs, pourquoi recherchait-on leurs services avec tant d'empressement? s'ils conduisaient les affaires si mal, comment se fait-il que les plus importantes aient toutes fini par tomber entre leurs mains ? Des adversaires si ineptes, ou si malencontreux, devaient- ils exciter dans le eamp «nntmi ces grandes clameurs qui s'élevaient à leur approche?
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« En Angleterre, les Jésaites ont perda des rois; en Espagne, des peuples. » Bien de plus facile que ces traits hardis : en une seule ligne on retrace toute une grande histoire ; on fait passer sous les yeux du lecteur, avec la rapidité de Téclair, une infinité de faits , groupés, confondus ; Tœii n'a pas même le temps de les discerner, encore moins celui de les analyser. M. Guizot aurait dû indiquer les faits , s^naler les raisons sur lesquelles il se fonde, lorsqu'il affirme que rinfluence des Jésuites a été si funeste. Pour ce qui est des rois d'Angleterre, je ne puis menfoncer dans un examen des révolutions religieuses et politiques qui ont agité les Trois Royaumes, deux siècles durant, après le schisme de Henri y III. Ces révolutions, dans leur cercle immense, ont présenté des phases très-diverses : défigurées par les protestants, qui avaient en leur faveur un argument décisif, si ce n'est convaincant, le triomphe^ elles ont été, aux yeux de quelques esprits peu réfléchis, une occasion de croire que les désastres de r Angleterre furent dus en grande partie à Timprudence des catholiques, et, corollaire indispensable, aux intrigues de la Compagnie de Jésus. Gela n'empêche pas que le mouvement catholique dont l'Angleterre est le théâtre depuis un demi-siècle, et les grands travaux qui chaque jour continuent la réhabilitation du Catholicisme, ne soient venus dissiper les calomnies. Avant peu, Thistoire des troisderniers siècles sera restaurée, la vérité reprendra la place qui lui appartient. Cette réflexion me dispense de
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tout détail au sujet de la premiètre assertion de M. Gaizot ; mais il ne m'est pas permis de laisser sans réponse ce qniï affirme si gratuitement au sujet de l'Espagne.
« Les Jésuites ont perdu des peuples en Espagne, » dit le publiciste; j'aurais désiré que M. Guizot nous expliquât à quel grand désastre se rapportent ses paroles? De qnelle époque est-il question? L'antithèse entre TEspagne et l'Angleterre , entre les peuples et les rois , nous amène à soupçonner que M. Guizot fait allusion au naufrage de la liberté politique. Mais alors se présente une nouvelle dif* ficnlté : comment croire qu'un homme aussi versé dans la connaissance de l'histoire , enseignant précisément l'histoire générale de la civilisation européenne, tombe dans une palpable erreur, commette un impardonnable anachronisme? En effet, quel que soit le jugement des publicistes sur les causes qui ont produit la perte de la liberté politique en Espagne, et sur les graves événements du temps des Bois Catholiques, de Philippe le Beau, de Jeanne la Folle et de la régence de Ximenès^ tous sont unanimes à dire que la guerre des comunidades fut le moment critique, décisif pour la liberté politique de TEspagne ; tous sont d'accord pour reconnaître que les deux partis jouèrent leur reste à cette époque, que la bataille de Yillalar et le supplice de Padilla, affermissant et accroissant le pouvoir royal, dissipèrent les dernières espérances des partisans des libertés antiques. Or, la bataille de Yillalar fut li-
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irrée en 1521 ; à eettednte, les Jésaites n'existaieBt même pas; saint Ignaoe, lenr fondateur, n'était encore qu'un brillant chevalier, combattant en héros sous les murs de Pampelune. À ceci, point de réplique; toute la philosophie et tonte réloquence sont impuissantes à effacer ces dates.
Durant le cours du seizième siècle, les cortès se réunirent plus on moins souvent, avec plus ou moins d'influence, surtout dans la couronne d'Aragon; mais il est clair comme la lumière du jour que le pouvoir royal tenait déjà tout sous sa domination, que rien n'était capable de loi résister : la malheureuse tentative des Aragonais , lors de Taffaire de don Antonio Ferez, indique assez qu'il n existait plus d'autres vestiges de la liberté ancienne que ce qui ne faisait point obstacle à la volonté des rois. Quelques années après la guerre des ot^munidades, GbarleS'Quint donna le coup de grâce aux eortès de Gastille, en excluant de leur sein le clergé et la noblesse, pour n'y laisser que Vestamento de procuraiores^ faible rempart contre les exigences, contre les insinuations toutes-puissantes d'un monarque don^ V empire ne voyait poi se eoueher le soleil. Cette exelusion fut prononcée en 1538, à une époque où saint Ignace était encore occupé de la fondation de son Institut : les Jésuites ne purent donc y influer en rien.
Il y a plus : les Jésuites, après leur établissement eii Espagne , n'employèrent jamais leur influence contre la liberté du peuple. Du haut de leurs chai*
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res, ils n'enseignèrent point de doctrines favorables au despotisme ; s'ils retracèrent au peuple ses de-* Yoirs, ils rappelèrent également leurs devoirs aux rois ; s'ils voulaient que les droits des monarques fussent respectés, ils ne souffraient pas davantage qu'on foulât aux pieds ceux du peuple : j'en appelle au témoignage de ceux qui Ont lu les écrits des Jésuites de cette époque sur les matières de droit public.
« Les Jésuites, continue M. Guizot, furent appelés à lutter contre le cours général des événements, contre le développement de la civilisation moderne, contre la liberté de l'esprit humain. » Si le cours général des événements n'est autre chose que le cours du Protestantisme, si le développement du Protestantisme est le développement même de la civilisation moderne, si la liberté consiste uniquement dans le funeste orgueil, dans la folle indépendance que les prétendus réformateurs ont communiqués à l'esprit humain, alors rien de plus vrai que l'assertion du publiciste. Mais si la conservation du Catholicisme est un fait de quelque importance dans l'histoire de l'Europe, si les règnes de Charles-Quint, de Philippe II, dcLouisXIV, ne méritent point d'être effacés de l'histoire; enfin, si la foi de Descartes, de Malebranche, de Bossuet, deFénelon, peut figurer avec quelque dignité dans le tableau de la civilisation moderne, il est impossible de comprendre comment les Jésuites, en défendant valeureusement le Catholicisme, purent se trouver en lutte contre le cours gé-