‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 53 sur 78 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

néral des événements, contre le développement de la civilisation moderne, coi^trela liberté de Tesprit humain.

Après ce premier pas, M. Guizot continue de glis* ser sur le faux terrain où il s'est placé. J'appelle Fattention sur les contradictions que voici : « Chez les Jésuites, dit-il, point d'éclat, point de grandeur. Us n ont pas fait de brillants événements. » Et quelques lignes plus bas : « Et pourtant, rien n'est plus certain, ils ont eu de la grandeur ; une grande idée s'attache à leur nom, à leur influence, à leur histoire. C'est qu ils ont su ce qu'ils faisaient, ce qu'ils voulaient; c'est qu'ils ont eu pleine et claire connaissance des principes d'après lesquels ils agissaient, du but auquel ils tendaient ; c'est-à-dire qu'ils ont eu la grandeur de la pensée, la grandeur de la volonté. » Le génie, dans la réalisation de ses plus sublimes projets, a-t>'il donc quelque chose de plus qu une grande pensée et une grande volonté? L'intelligence conçoit, la volonté exécute ; celle-là élabore le plan, celle-ci le réalise : s'il y a grandeur dans le plan, grandeur dans Texécution, l'œuvre entier peutil manquer d'être grandiose?

Poursuivant la tache de rabaisser les Jésuites, M. Guizot établit un parallèle entre eux et les protestants ; il confond les idées de telle manière, oublie la nature des choses à tel point, qu'on a peine à 7 croire. Oubliant qu'entre des termes d'un genre tout à fait différent, toute comparaison est impossible, M. Guizot met en parallèle un institut religieux

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avec des natious entières ; il Ta jusqu'à reprocher aux Jésuites de u avoir pas soulevé les peuples, de n'avoir pas changé la condition et la forme des États. Yoici le passage : « Ils ont agi par des voies souterraines, obscures , subalternes ; par des voies qai n'étaient nullement propres à frapper l'imagination , à leur concilier cet intérêt public qui s'attache aux grandes choses, quels qu'en soient le principe et le but. Le parti contre lequel ils luttaient, au contraire, nonseulement a vaincu, mais il a vaiucu avec éclat; il a fait de grandes choses et par de grands moyens ; il a soulevé les peuples; il a semé en Europe de grands hommes ; il a changé, à la face du soleil, le sort et la forme des États. Tout, en un mot, a été contre les Jésuites, et la fortune et les apparences. » £h quoi ! des religieux qui se seraient permis de telles choses n^auraient-ils pas été d'une étrange espèce? On a dit des Jésuites qu'ils avaient une ambition sans mesure, qu'ils prétendaient dominer le monde ; et maintenant on vient leur reprocher de n'avoir pas bouleversé le monde ! £n vérité, les Jésuites n'ont jamais prétendu imiter leurs adversaires en cela. Pour ce qui est de l'esprit de trouble et de bouleversement, ils cèdent avec joie la palme à qui elle appartient.

M. Guizot ne trouve point de grands hommes parmi eux ; mais est-il question de la grandeur qui convient & un ministre du Dieu de paix, les Jésuites ont eu ce genre de grandeur à un degré éminent. S'agit-il des affaires les plus ardues^ ou des plus vastes projets en fait de sciences et de littérature; s'a-

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git-il de missions lointaines ou de périls redoutables, les Jésuites ne restent jamais en arrière; bien au contraire, on les voit déployer constamment un esprit si hardi et si entreprenant, qu'ils se sont attiré par là même la plus illustre renommée. Que si les grands hommes dont parle M. Guizot sont ces tribuns inquiets qui , à la tête d'un peuple sans frein, violaient la tranquillité publique ; si ce sont les guerriers protestants, dont les noms ont brillé dans les guerres de TÂllemagne, delà France, de F Angleterre, la comparaison manque de sens, car des prêtres ne peuvent être comparés à des guerriers, des religieux à des tribuns.

La justice voulait qu'en un semblable parallèle, les Jésuites étant pris pour Tun des termes de comparaison, on mît de l'autre côtelés ministres réformés j encore la comparaison n aurait-elle pas été absolument exacte, puisque, dans la lutte entre les deux religions, les Jésuites ne se sont pas trouvés seuls à défendre le Catholicisme. L'Église, durant les trois derniers siècles, a eu de grands prélats, de saints prêtres, des savants éminents, des écrivains du premier ordre, lesquels n'appartenaient point à la compagnie de Jésus : les Jésuites comptèrent au nombre des principaux athlètes, mais ils ne furent pas les seuls.

Voulait-on véritablement comparer le Protestantisme avec le Catholicisme, il fallait opposer aux nations protestantes les nations catholiques; aux prêtres les prêtres, aux savants lessavauts^aux politiques les

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politiques, aux guerriers les guerriers. Agir autrement, c'est confondre les dioses, et compter plus qu'il ne convient sur l'excessive simplicité des écoutants et des lecteurs. À coup sûr, si l'on suiyait la méthode que nous Tenons d'indiquer, le Protestantisme n'apparaîtrait plus aussi brillant^ aussi supé^ rieur que le montre le publiciste. Les catholiques, M. Guizot le sait bien, ne cèdent nullement la palme aux protestants, ni dans les lettres, ni dans la guerre, ni en fait d'habileté politique. L'histoire est là, qu'on la consulte.

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