‹ Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses rapports avec ..., Volume 2Chapitre 59 sur 78 · N0TS · texte numérisé non relu

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preuve, ce que disait Philippe III , Tan 1 609 , dans la loi qui expulsait les Morisques :

c Livre Vllt, titre 3 de la nouvelle Becopilaeion.

a Loi XXV. Eq vertu de laquelle les Morisques furent chassés du Royaume; causes de cette expulsion, moyen qui fut adopté pour l'exécution de la mesure.

c D. Philippb III. — Madrid, 9 décembre 1609.

c II y a déjà longtemps que Ton fait en sorte de conserver les Morisques dans ces Royaumes; le Saint-Oflice de la sainte Inquisition a exécuté divers châtiments ; de nombreux Édits de grâce ont été accordés; on n'a épargné ni moyen , ni diligence pour les instruire dans notre Sainte Foi, mais sans obtenir le fniit désiré; car aucun d'eux ne s'est converti; bien au contraire, leur obstination s'est accrue : le péril qui menaçait nos Royaumes, si nous y conservions les Morisques , nous a été représenté par des personnes très-doctes et pleines de la crainte de Dieu, lesquelles, trouvant convenable que Ton apporte à ce mal un prompt remède, nous ont représenté que le délai pourrait charger notre conscience Royale, vu les graves offenses que Notre-Sef gneur reçoit de ce peuple ; il nous a été assuré que nous pourrions sans aucun scrupule les punir dans leur vie et dans leurs biens, puisqu'ils restaient convaincus par la continuation de leurs délits d'être hérétiques, apostats et traîtres envers la Majesté Divine et humaine. Bien que Ton fût en droit de procéder contre eux avec la rigueur que leurs fautes méritent, néanmoins, désirant les réduire par des moyens de douceur et de mansuétude , j'ordonnai , dans la Cité et le

Royaume de Valence, une réunion du Patriarche, d'autres prélats et personnes savantes , à celte fin de rechercher ce que Ton pourrait aviser et disposer ; mais ayant appris qu'au temps même où Ton s'occupait de porter remède au mal , les Morisques dudit Royaume de Valence et de nos autres domaines continuaient de pousser en avant leur pernicieux projet ; sachant d'ailleurs par des avis certains et véritables qu'ils ont envoyé traiter à Constantinople avec le Turc et à Maroc avec le roi Muley Fidon , afin que Ton envoyât dans les Royaumes d'Espagne le plus de forces que Ton pourrait à leur aide et secours, assurant que Ton trouverait dans nos Royaumes plus de cent cinquante mille hommes aussi bons Maures que ceux des Côtes Barbaresques , tous prêts à aider de leur vie et de leur fortune , par quoi ils persuadaient de la facilité de l'entreprise ; sachant que les mêmes pourparlers ontété également essayés avec les hérétiques et autres princes nos ennemis ; attendu tout ce que nous venons de dire et pour rempUr l'obligation que nous avons de conserver et maintenir dans nos Royaumes la Sainte Foi Catholique Romaine, ainsi que la sécurité, la paix et le repos des mêmes Royaumes ; de l'avis et par le conseil d'hommes savants et d'autres personnes fort zélées pour le service de Dieu et le nôtre, nous ordonnons que tous les Morisques habitants de ces Royaumes, hommes et femmes et enfants de toute condition , etc. »

J'ai dit que les Papes s'efforcèrent, dès le commencement, d'adoucir les rigueurs de l'Inquisition d'Espagne, tantôt en admonestant les Rois et les Inquisiteurs , tantôt en faisant droit aux appels des accusés et condamnés. Les Rois craignaient que les innovations religieuses ne produisissent une perturbation publique. Leur politique embarrassa les Papes et les empêcha de porter aussi loin qu'ils

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Fauraient désiré leurs mesures de douceur el d'indulgence. Entre autres documents qui appuient cette assertion , j'en choisirai un qui fait foi de l'irritation des Rois d'Espagne au sujet du secours que les accusés de l'Inquisition trouvaient à Rome.

c< Livre VHP, t. 3, loi ii, de la nou\e\le Recopilacion.

« Enjoignant aux [)ersonnes condamnées par l'Inquisition , et absentes de ces Royaumes, de n'y point revenir sous peine de la mort et de la perte de leurs biens.

a D. Ferdinand et D^ Isabelle. — A Saragosse, le 2 du mois d^aout de Van 1498. Pragmatique.

« Quelques personnes condamnées comme hérétiques par les Inquisiteurs se sont absentées de nos Royaumes et sont allées en d'autres pays, où, par le moyen de faux rapports et de formalités indues, elles ont obtenu subrepticement des exemptions, des absolutions, des commissions, des sécurités et autres privilèges, afin de s'exempter des condamnations et peines encourues par elles , et rester dans leurs erreurs , ce qui néanmoins ne les empêche pas d'essayer de revenir dans ces Royaumes ; c'est pourquoi, voulant extirper un si grand mal, nous enjoignons à ces condamnés de n'être point si hardis que de revenir. Qu'ils ne reviennent ni ne retournent dans nos Royaumes et Seigneuries, par aucune voie, en aucune manière , pour aucune cause ni raison que ce soit, sous peine de la mort et de la perte de leurs biens ^ laquelle peine nous voulons et ordonnons être encourue par ce fait même : un tiers des biens sera pour la personne qui aura dénoncé^ un autre tiers pour la Justice,

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le troisième pour notre Chambre. Toutes les fois que lesdites Justices, dans leurs Lieux et juridictions propres, sauront que quelques-unes des susdites personnes se trou<veront en un endroit de leur juridiction, nous leur ordonnons à toutes et à chacune , sans exception , de se rendre, sans en être autrement requises, sur le lieu où se trouvera cette personne , de l'appréhender au corps , et aussitôt , sans délai , d'exécuter et faire exécuter sur leurs personnes et leurs biens les peines posées par nous selon qu'il a été dit; et ce, nonobstant toute exemption^ réconciliation , sécurité et autres privilèges qu'elles aient, ces privilèges dans le cas présent et quant aux peines susdites ne leur pouvant servir. Nous leur ordonnons de faire et d'accomplir ceci sous peine de la perte e^:QOiifisr cation de tous leurs biens ^ la même peine sera encouru^ par toute personne qui aura caché ou reçu lesdits condamnés , ou qui sachant où ils sont , n'en aura pas instruit nos Justices. Nous ordonnons à tout Grand et Gon* seiller , et autres personnes de nos Royaumes , de donner faveur et aide à nos Justices toutes les fois qu'on le leur demandera et qu'il eu sera besoin, pour accomplir et exécuter ce qui a été dit ci-dessus , sous les peines que les Justices mêmes décerneront à ce sujet. »

On voit, par ce document, que dès l'an 1498 les choses étaient venues à tel point, que les Rois prétendaient maintenir envers et contre tous la rigueur de l'Inquisition ; ils se tenaient pour offensés de ce que les Papes se mêlaient d'y apporter quelque adoucissement. On comprend assez par là d'où provenait la dureté avec laquelle étaient traités les coupables ; et cela nous révèle une des raisons qui firent que l'Inquisition usa parfois de son pouvoir avec une sévérité excessive. Bien qu'elle ne fût point un simple instniment de la politique des RoiS| comme quel-

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ques-uns Font dit» l'Inquisition éprouvait plus ou moins riofluence de cette politique ; or, on sait que la politique, lorsqu'il s'agit d'abattre un adversaire, n'a pas coutume de montrer une compassion excessive. Si l'Inquisition d'Espagne se fût trouvée à cette époque sous l'autorité et la direction exclusive des Papes, elle eût été infiniment plus modérée, plus douce dans sa manière d'agir.

A cette époque, le but ardemment poursuivi par les Rois d'Espagne était d'obtenir que les jugements de l'Inquisition fussent définitifs en Espagne, sans appel à Rome; la reine Isabelle l'avait expressément demandé ainsi au Pape. Les Souverains Pontifes ne voulaient point accéder à ces sollicitations, prévoyant sans doute l'abus qu'on pourrait faire d'une arme si terrible, le jour où le frein d'un pouvoir modérateur viendrait à manquer.

On comprend, par les faits que je viens de citer, combien j'avais raison de dire que, si l'on excuse la conduite de Ferdinand et d'Isabelle en ce qui touche l'Inquisition, il ne faut pas plus incriminer celle de Philippe II : les Rois Gatlioliques se montrèrent encore plus sévères, plus durs que ce dernier monarque. J'ai déjà indiqué pourquoi la conduite de Philippe II a été condamnée si impitoyablement; mais il faut aussi montrer pourquoi on a mis une sorte d'opiniâtreté à excuser celle de Ferdinand et d'Isabelle.

Veut-on fausser un fait historique, calomnier un personnage ou une institution , il est bon de commencer par une affectation d'impartiaUté et de bonne foi ; ce à quoi l'on réussit en manifestant de l'indulgence pour la chose même que l'on veut condamner : on s'y prend de manière que cette indulgence ait l'apparence d'une concession gratuite, faite à nos adversaires, ou d'un sacrifice de nos opinions, de nos sentiments sur les autels de la raison et de la justice. Par là on dispose le lecteur, ou l'auditeur.

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à regarder la condamnation qui va être prononcée comme un arrêt dicté par la stricte justice; arrêt dans lequel la passion ni l'esprit de partialité ni les vues tortueuses n'ont aucune part. Gomment douter de la bonne foi, de l'impartialité d'un homme qui commence par excuser ce qui, selon toutes apparences, et vu ses opinions, devrait être l'objet de ses anathèmes ? Telle est la situation des hommes dont nous parlons. Ils se proposaient d'attaquer l'Inquisition ; or, la protectrice et en quelque façon la fondatrice de ce tribunal était précisément la reine Isabelle, nom insigne que les Espagnols prononcent encore avec respect, reine immortelle, l'un des plus beaux ornements de notre histoire. Que faire en un pareil embarras ? Le moyen était simple : qu'importait que les Juifs et les hérétiques eussent été traités avec une extrême rigueur au temps des Rois Catholiques, que ces monarques eussent porté la sévérité plus loin que tous ceux qui leur ont succédé? Il fallait là-dessus fermer les yeux, excuser la conduite de ces Rois, faire remarquer les motifs graves qui les poussèrent à déployer ces rigueurs de la justice. On s'épargnait ainsi la tâche malaisée d'injurier une Reine chérie de tous les Espagnols; et l'on se plaçait en meilleur lieu pour attaquer Philippe II. Ce monarque avait contre lui tous les protestants, dont il avait été le plus puissant adversaire; il était facile de faire tomber sur lui tout le poids de l'exécration. Ainsi s'explique l'énigme. Telle est la raison d'une partialité si injuste; telle est l'hypocrisie de cette opinion, qui, excusant les Rois Catholiques, condamne Philippe II sans appel.

Je n'ai pas prétendu justifier de tout point la politique de ce monarque; mais j'ai présenté des considérations qui peuvent modifier quelque peu les accusations dirigées contre lui. Il ne me reste plus qu'à transcrire cei-

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tains documents prouvant que l'Inquisition n'était pomi un simple instrument de la politique de Philippe II, et que ce prince ne se proposa point d'ériger l'ignorance en système.

Don Antonio Ferez, dans ses Relations^ au sujet d'une lettre du Confesseur du Roi, Fray Diego de Ghaves, dans laquelle ce dernier affirme que le prince séculier a puissance sur la vie de ses sujets et vassaux, dit : « Je ne me mettrai pas à rapporter tout ce que j'ai entendu dire touchant la qualification de quelques-unes de ces propositions; cela n'est point de ma compétence. Ceux que cela regarde comprendront au premier mot ; je me bornerai à dire une condamnation que prononça l'Inquisition dans le temps que j'étais à Madrid. Un prédicateur, peu importe que je dise son nom, à Saint-Jérôme de Madrid, avança dans un sermon, en présence du Roi Catholique , que les Rois avaient un pouvoir absolu sur la personne de leurs sujets^ ainsi que sur leurs biens. Outre quelques autres peines particulières, ce prédicateur fut condamné à se rétracter publiquement, dans le même lieu, avec toutes les cérémonies d'un acte juridique ; ce qu'il fit dans la même chaire, disant qu'il avait avancé telle proposition, tel jour, qu'il s'en rétractait comme d'une proposition erronée. « Car, Messieurs (dit-il en propres termes, en lisant sur un papier), les Rois n'ont sur leurs sujets d'autre pouvoir que celui qui leur est accordé par le droit divin et le droit humain ; ils n'en ont point qui procède de leur libre et absolue volonté • » Je sais même qui qualifia la proposition et régla les paroles que l'accusé, au grand plaisir du qualificateur, dut prononcer. Celui-ci, en effet, se réjouissait de voir arracher une herbe si vénéneuse, qu'il sentait croître; la suite a bien prouvé qu'il ne se trompait pas. Maître Fray Her-

nando del CastHlo (]e le nommerai) fut celui qui régla ce que Faccusé devait dire 5 il était consulteur du Saint- Office, prédicateur du Roi, homme dune doctrine et d'une élégance singulières, fort connu, fort estimé dans sa nation et de la nation italienne en particulier. Le docteur Velasco, grave personnage du même temps, disait de lui que nulle guitare, entre les mains de Fabricio Dentici, n'était aussi douceà Toreille que la langue de Maître Fray Hernandez del Gastillo. »

Et à la page 47, dans le texte : a Je sais, dit Don An*» tonio Perez, qu'elles furent qualifiées de fort scandaleuses par des personnages graves en dignité, graves par leur instruction et par la pureté d'un cœur chrétien; l'un de ces personnages avait occupé en Espagne un rang suprême dans l'ordre spirituel^ et avait rempli auparavant un office dans le tribunal de l'Inquisition. » Perez dit, plus loin, que ce personnage était le nonce de Sa Sainteté. (Relaciones de Anton, Perez, Paris, 1624.)

La lettre de Philippe II, au docteur D. Benito Arias Monlanus, contient ce qui suit :

« Ce que vous aurez à faire, D', etc., mon chapelain, à Anvers, où nous vous envoyons. »

« Daté de Madrid, 20 mars 1568.

« Outre que vous rendrez ce bon office et service audit Plantin, sachez que dès ce moment, à mesure que les six mille écus prêtés à Plantin seront recouvrés de ses mains, je les applique à acheter des livres pour le Monastère de Saint-Laurent le Royal, de l'Ordre de saint Jérôme, que je fais bâtir, comme vous savez, près de l'Escurial. Ainsi, vous demeurez averti que c'est mon intention ; vous vous y conformerez et ferez diligence

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pour recueillir tous les livres de choix, imprimés et manuscrits, que votre excellent discernement vous fera juger convenables, afln de les apporter et de les placer dans la bibliothèque dudit Monastère. Cest là, en effet, une des principales richesses que je voudrais laisser aux Religieux qui y devront demeurer ; c'est la plus utile et la plus nécessaire. C'est pourquoi j'ai aussi commandé à B. Francès de Alaba, mon ambassadeur en France, de se procurer dans ce royaume les meilleurs livres qu'il lui sera possible ; vous vous entendrez avec lui sur ce sujet. Je lui ferai écrire de s'entendre avec vous ; de vous faire tenir, avant que de les acheter, la liste des livres trouvés, ainsi que la note du prix ; vous lui donnerez avis de ceux qu'il devra prendre et laisser, et de ce qu'il pourra donner pour chacun. Il vous enverra successivement à Anvers ceux qu'il aura achetés ; vous les reconnaîtrez et les expédierez ici, tous à la fois, lorsqu'il en sera temps. »

Ainsi Philippe II, ce prince représenté comme l'un des principaux fauteurs de l'ignorance, recherchait dans les pays étrangers les livres de choix, tant imprimés que manuscrits, afin d*en enrichir les bibliothèques espagnoles ; notre siècle, appelé siècle de lumières^ a dépouillé les bi* bliothèques de l'Espagne, et leurs trésors sont allés combler celles de l'étranger. Qui ignore les provisions de livres et de manuscrits que l'Angleterre a faites chez nous? Consultez les catalogues du Musée de Londres et de quelques bibliothèques particulières : celui qui trace ces lignes ne dit que ce qu'il a vu de ses yeux, et ce qu'il tient de personnes dignes de considération. Lorsque nous montrons tant de négligence à conserver nos trésors, ne soyons pas si injustes et si puérils que de déclamer contre ceux qui nous les avaient légués.

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