Tome LX. — Lettres, etc
» Le déposant déclare que, pendant le mois de septembre dernier, revenant d'une certaine maison, accompagné de Servais Barbier, ils prirent leur roule par la maison dudit Gilles Laurent, à dessein d'écouter ce qui se faisait dans les assemblées ou prêches, dont il a ci-devant parlé. Ils écoulèrent en effet, mais ils ne purent rien reconnaître de particulier, n'ayant entendu qu'une sorte de bruit sourd ou murmure, qui sortait de la chambre où ils ont coutume de s'assembler.
» Déclare que les prétendus mariages de Victor Lejeune et dé Pierre Stiévenart, fails par devant des ministres hérétiques, ont fait grand bruit et donnent beaucoup de scandale dans Dour et lieux circonvoisins.
» Qu'il ne saurait dire depuis quel temps les deux avant nommés, non plus que ceux qu'il a ra|)pelés ci-devani, onl abandonné la Religion catholique; se souvient cependant bien qu'il les a vus tous en faire les fonctions, fréquentant l'église paroissiale ei même les sacrements, ajoutant qu'il se souvient d'avoir vu Gilles Laurent faire sa profession de foi, publiquement, dans l'église dudit Dour.
» Après lecture, a persisté et signé.
» {S.) A. B. J. Aupic. »
Du 2 de murs 17 SO.
X. François Fresifr, boulanger à Saint-Ghislain, en âge de quarante ans, après serment prêté de dire la vérité, a déposé qu' « il a demeuré ci-devant H Dour, où se trouvant dans la maison de Catherine Audin, veuve du nommé Floquez, cabaretière audit lieu, il y a sept ans ou environ, en compagnie avec le médecin Storez, Nicolas Decamps, maïeur de Dour, et Gilles Laurent, il fut question de parler de Religion, sur iHcpielle se formant certaine discussion, il se souvient bien que ledit Laurent s'est servi du mot d'idolâtrie, mais ne saurait à présent dire à quel sujet il usait de ce mol, se souvient aussi qu'il dit audit sieur Storez (|u'il mourrait de la peste.
» Dé|)ose que, lorsqu'il était à Dour, où il a exercé aussi le métier de boulanger, ledit Laurent se rendit assez fréquemment chez lui, et qu'il se souvient que, de temps à autre, il lui renait de mauvais discours sur la Religion, disant en [larticulier que les catholiques étaient des idolâtres lorsqu'ils adoraient l'image de la Vierge et des saints; qu'il en était de même
AU XVIIh SIÈCLK. — NOTES ET DOCUMENTS. 83
à regard du Christ, lui citant quelque passage de la Bible pour soutenir son système.
I) Il ne saurait cependant rappeler personne qui aurait été de même présence, étant tout ce qu'il sait.
» Il a ajouté qu'il est sorti de Dour, il y a quatre ans ou environ, et qu'il n'a jamais autrement connu Victor Lejeune, non plus que Pierre Stiévenarl et autres que nous lui avons nommés.
» Après lecture, il a persisté et signé
» (S.) FK4^çols Fraisiez. »
XI. Alexandre Godefroid, directeur des labours de sa mère, censière, demeurant à Dour, laquelle fait aussi fructifier le moulin du lieu, qui lui appartient.
» Ledit Alexandre, en âge de vingt-huit à vingt-nenf ans, après serment prêté de dire la vérité, a déposé qu'un jour de dimanche, qui fut le quatorze ou vingt et un de décembre dernier, se trouvant chez Antoine Niquez, caharetier à Dour, en compagnie avec Pierre Amand, Pierre Choquez et plusieurs autres, entre lesquels était aussi Gilles Laurent, celui-ci commença de parler du feu qui avait pris au voile de l'image de la Vierge, exposée dans l'église de Dour, ajoutant que si le clerc du lien ne l'avait pris dans ses bras, le voile et l'image auraient été brûlés, et que même la Vierge n'aurait point fait de miracle.
» A (luoi le déposant lui repartit qu'il ne serait en cela rien d'étonnant, puisque le Seigneur sur la croix, provoqué d'en faire, n'en avait cependant point fait pour se débarrasser de ceux qui le crucifiaient.
» Un autre de la coiDpagnie ayant ajouté qu'en effet l'image de la Vierge aurait bien brûlé, puisque le bois était bien sec, Gilles Laurent dit que si on avait beaucoup d'engins pareils, parlant de l'image de la Vierge, on en ferait bien de bon feu, croit même qu'il a dit que lui Laurent en ferait bien de bon feu.
» A ces discours le déposant fil plusieurs représentations audit Laurent, pour lui faire concevoir le tort qu'il avait de tenir des discours aussi scandaleux sur l'image de la Vierge.
» Déclare que, communément à Dour, il se commet beaucoup d'irrévérences dans l'église; que quelquefois il arrive que certains ont peine de fléchir les genoux pendant l'élévation à la Messe; que souvent au-si il arrive qu'on fait du bruit pendant les sermons, en telle façon que le prédicateur est interrompu dans son discours, et doit stater un certain temps.
» Dépose qu'on dit communément dans le lieu qu'il se fait tous les dimanches une sorte de prêche chez Gilles Laurent, où se trouvent aussi Pierre Stiévenarl, dit Catron, Victor et Etienne Lejeune, Jacques Dervaux, habitants de Dour, et Macaire Dehon, de Waniuignies.
» Il ajoute que le coadjuleur de la cure de Dour lui a dit que, depuis quelque temps, ledit Etienne Lejeune ne fréquentait plus ces assemblées, et qu'il était en lui quelque apparence de récipiscence.
» Déclare que les mariages de Victor Lejeune et de Pierre Stiévenarl, habitants de Dour, faits |)ardevant des ministres hérétiques, ont fait grand bruit dans le village, et y ont causé beaucoup de scandale, et qu'il ne saurait dire depuis quel temps lesdits Lejeune et Stiévenart, ainsi que les autres avant nommés ont désisté de fréquenter la paroisse de Dour el de faire les fonctions de la Religion Catholique dans laquelle ils sont nés.
» Étant tout ce qu'il sait des faits dont il s'agit.
» Après lecture, il a signé.
» (S.) AlI-XANDRE (iODEFROID. »
Du 3.
XIL Pierre Amand, tisserand de son stil, demeurant à Dour, en âge de trente-deux ans, après serment prêté de dire vérité, a déposé que « se trouvant, un jour de dimanche, vers la mi-décembre dernier, avec Alexandre Godefroid et Gilles Laurent, dans la maison d'Antoine Niquez, cabaretier audit Dour, où s'agissant de parler du feu, qui, par accident, avait pris au voile de la Vierge, exposée dans l'église de Dour, ledit Laurent, parlant au déposant ou à Alexandre Godefroid : eh bien! votre Vierge na pas su faire de miracle! Elle se serait laissé brûler, si on n'avait pas éteint le feu; qu^à la vérité, elle était d'un bots fort sec, et que, s'il avait tout bois de cette espèce, il ferait du bon feu dessous son poi.
» A cette occasion, ledit Godefroirl a représenté audit Laurent qu'il lui convenait peu de tenir des si mauvais discours, et lui a dit certaines raisons pour le convaincre qu'il fallait respecter les images.
» Dépose qu'on dit communément dans le lieu qu'il s'y lient une sorte de prêche, tous les dimanches, entre les huit et onze heures du matin, où se trouvent Gilles Laurent, Pierre Stiévenart, dit Calron, Victor et Éiienne Lejeune et Jacques Dervaux, ce qui cause heaucoup de scandale dans Dour et lieux circonvoisins, et qui met les hahitants dudit Dour en si mauvaise renommée, que quand on les voit dans d'autres villages, ce qui est arrivé au parlant, on dit : voila les apostats de Dour.
» Il ajoule que quelque temps avant le dernier siège de Mons, se trouvant par hasard chez Vicior Lejeune, un jour de dimanche, entre les trois et ([uatre heures de l'après-midi, il y vit lesdils Dervaux, Stiévenart, Etienne Lejeune et Gilles Laurent, (|ui se disposaient de s'assembler pour faire leurs prières apparemment ordinaires, ayant ouï que Dervaux disait aux autres : allons! faisons nos devoirs! et qu'un autre répliqua sur le champ : mais qiCest ce que celui-là fait là? parlant du déposant, il iHest pas de notre régiment. A (|uoi Victor Lejeune répondit que cela ne faisait rien, et qu'on ne se méfiait point de lui. De suite ledit Stiévenart tira un livre de sa poche; tous chapeau bas, commençant de faire une lecture que les autres écoulaient avec beaucoup d'altenlion, le parlant n'ayant remarqué autre chose, d'autant qu'il est sorti d'abord de la maison.
» Sait que les mariages de Victor Lejeune et de Pierre Stiévenart, faits pardevant des ministres hérétiques, ont lait heaucoup de bruit dans le lieu, et qu'ils y causent beaucoup de scandale; que les deux avant nommés professaient, il y a tout aw plus huit ans, la Religion Catholique, fréquentant l'église paroissiale et les sacrements, et croit qu'il n'y a point beaucoup plus longtemps (|ue Gilles Laurent a désisté de fréquenter les sacrements, non plus que lesdils Dervaux et Etienne Lejeune, et il lui paraît qu'ils fréquentaient tous la paroisse, avant que les Hollandais ne soient en garnison à Mons, pendant la dernière guerre.
» Déclare que la veille de la Chandeleur dernière, Vicior Lejeune dit au parlant que Gilles Laurent était la cause de ce qu'il s'était marié au Sas-de-
Cand, que c'élail lui qui l'y avail conduit, et empêché qu'il ne fil sa profession de foi publique, qu'exigeaient Messieurs de Cambrai avant que le curé ne puisse le marier; que s'il ne s'était agi que de la faire devant trois ou quatre personnes, il aurait fait ce que Cambrai exigeait de lui, et témoigna même du repentir au parlant d'avoir suivi le conseil dudil Gilles Laurent.
» Déclare qu'assez communément il arrive qu'on fait un certain bruit pendant les sermons qu'on fait à Dour, surtout quand on parle du purgatoire; (|u'assez fréquemment pendant l'élévation de la messe, et pendant qu'on donne la bénédiction, il arrive que certaines personnes se tiennent debout, au scandale des autres, qu'il ne saurait cependant en déterminer aucun en particulier.
» Après lecture, il a persisté et signé.
» (.S.) Pierre Amand. »
Du 4.
Xlll. Jean-Louis Louchart, cordonnier de son slil, demeurant à Dour, en âge de trente-deux ans, après serment prêté, a déposé que « se trouvant peu après la mission faite à Dour, c'est-à-dire le dix-sept ou dix-huit de février dernier, dans la maison Jean-Baptiste Hénaut, cabaretier, demeurant à Dour, où se trouvait aussi Gilles Laurent, celui-ci fit rouler la conversation sur ce que plusieurs de ses adhérents au fait de la Religion commençaietit de vaciller, ce (pril attribuait aux missions qu'on venait de faire à Dour, ajoutant qu'il avail dû faire une certaine dépense pour lâcher de les soutenir dans leurs croyances.
» Et parlant d'Etienne Lejeune, il dit qu'ayant eu quelque convers.ation avec lui, il avait bien reniarcpié qu'il était loul disposé de changer de Religion, c'est-à-dire d'embrasser la Catholique Romaine, ce qu'il avait observé tout particulièrement de ce que ledit Lejeune lui avail beaucoup parlé des Saints Pères; il dit même que Lejeune ne dormait plus ni jour ni nuit, et qu'il lui avait conseillé de boire quelques pots de bière de temps à autre pour se fortifier {sic).
» Ledit Gilles Laurent, continuant la même conversation, parla des
mariages de Viclor Lejeiine el de Pierre Sliévenarl, conlraclés pardevant des minisires, l'un à Tournai et Taulre au Sas-de-Gand; dil qu'il avait conduit ledit Lejeune pour se marier au Sas-de-Gand, et que, la formalité ayani été achevée, lui el ledit Lejeune avaient dem;uidé au Ministre qui venait de les marier un acte de leur mariage, dans la crainte que ledit Lejetnie ne soit inquiété par le curé du lieu, ce que le iVlinislre leur avait refusé, disant qu'il n'en avait pas besoin, el que, si on venait à l'insuller, il n'avail qu'à en écrire, que de[)uis longtemps, eux ministres ne demandaient pas mieux que de recevoir quelques plaintes à ce sujet; il ajouta ensuite que Messieurs de Cambrai, ayant pris coiinais.sance de ces mariages, s'étaient bien gardés de les déclarer nuls, mais que s'en étant agi au Conseil de Mons, ils les avaient Irailés de concubinage, el s'étonnant de cela, il cita certaines personnes de 1res grande considération el qui sont de la Religion protestante, qui avaient été mariées de celle façon, et enfin tous les mariages qui se faisaient en Angleterre el en Hollande, el demanda si ces tnariagcs étaient nuls, ajoutant que ceux de sa Religion ne condamnaient personne, mais que les Catholiques Romains en usaient autrement.
» Déclare que tous les discours ci-devant rap[)elés ont été tenus chez ledit Hénaut, comme il l'a dil, en présence de celui-ci el de Pierre Défrise, dit Courbet, mais qu'il ne croit |)as qu'il convient de les entendre, parcequ'il les croit suspects.
» Dépose qu'il y a six ans ou environ, que se trouvant tête à lêle avec Gilles Laurent, celui-ci dit qu'il le plaignait beaucoup, et qu'il était surprenant qu'un garçon d'esprit comme lui voulût professer la Religion Catholi(|ue Romaine, tandis que, par l'Apocalypse, dont il lui cita quelque article, on voyait manifestement que cette religion tomberait en ruine.
» Déclare qu'il y a aussi six ans ou environ, qu'étant dans la maison de Jean Lejeune, dil Radin, cabareiier à Dour, où étaient aussi Philippe Enquiné [sir) el Gilles Laurent, celui-ci, parlant du culle des saints, dit que les Catholiques Romains étaient des idolâtres el que, par conséquent, leur religion ne valait rien.
» Dil que, parlant de la conversation tenue chez Hénaut, il a oublié de déclarer que la femme de ce dernier se trouvant présente à certain de ces
discours, elle dit audit Gilles Laurent que le bruit était daus le village que lui, Laurent, faisait le prêclie, à quoi il répondit qu'ils le faisaient tous, que ce n'était point comme chez les Calholi(|ues Romains, que chez eux il n'était point (le supérieur, ajoutant que le Seigneur avait dit à ses apôtres que parmi eux le plus grand était le plus petit.
» Dépose (jue, tout communément, on dit dans le village (|u'il s'j' fait tous les dimanches, entre huit et onze heures, le matin, inie sorte de prêche chez ledil Laurent, où lui et plusieurs autres s'assemblent, mais qu'il n'en saurait dire aucune particularité.
» Sait cependant bien que cela cause un grand scandale dans le lieu, ainsi que les mariages dont il a ci-dessus parlé.
» Que lesdits Victor Lejeune et Pierre Sliévenarl ont abandonné, à la vérité, depuis un certain temps, de faire les fonctions de notre Religion, mais croit qu'il n'y a point dix ans, en telle façon qu'avant ils fréquentaient la |)aroisse et les sacrements et enfin faisaient les fonctions de la Religion dans la(|ueile ils étaient nés.
>) Dit que ledit Laurent, Pierre Stiévenarl, dit (".atron, Victor et Etienne Lejeune et Jacques Dervaux sont ceux qu'on regarde à Dour comme les principaux entachés d'hérésie, ne fréquentant plus du tout l'église ni les sacrements, qui tous cependant, auparavant, professaient la Religion Romaine, et qu'ils ont abandonnée depuis un certain temps, (|ue le parlant ne saurait préciser.
» Dépose qu'il en est quantité d'autres à Dour qui professent clandestinement la même Religion que ceux ci-devani nommés, et que, sans doute, ce sont ceux-là qui occasionnent les huées ou bruits, qui souvent se font aux sermons, (pie le noml.ire en est si grand, qu'il ne saurait guère préciser les personnes qui y partici|)enl.
» Dit (|u'il se commet souvent des irrévérences dans K'glise de Dour, plusieurs ayant peine de fléchir les genoux à l'élévation de la Messe, et quand le prêtre donne la bénédiction avec le Saint-Sacrement.
» Après lecture, il a |)ersisté et sigtié
» (S) Louis LOUCHART. »
Du S.
XIV. Philippe Henquinez, charron de son stil, habitant du Petit-Henin, enclasé dans Dour, en âge de trente-six ans, après serment prêlé, a déposé qu'« il y a quatre ans ou environ, qu'il se trouva chez Jean Lejeune, dilBodin, cabaretier à Dour, où étaient aussi Jean-Louis Louchart et Gilles Laurent.
» Celui-là dit au dernier qu'il ne fréquentait plus l'église paroissiale. A cette occasion, ledit Laurent lui dit qu'il n'avait plus besoin de tout cela, que c'était une idolâtrie que de se mettre à genoux devant les images, ainsi que faisaient les Catholiques Romains, rappelant les commandements de Dieu, qui ordonnaient de ne point faire des images taillées pour les adorer. A quoi le parlant et Louchart répliquèrent que ledit Laurent se trompait de beaucoup et que les Catholiques Romains n'adoraient point les images. A laquelle conversation était aussi présent ledit Lejeune, cabaretier, qui leur témoigna en arrière dudit Laurent qu'il lui avait fait plaisir que le déposant et Louchart avaient si bien réfuté les propositions dudit Laurent. Il ajouta même que celui-ci était un homme qui ne volait rien et qu'ils auraient encore mieux fait de lui en dire davantage.
M Que vers le temps qu'il vient de rappeler, le parlant étant chez Catherine Âudin, veuve d'Etienne Floquez, cabaretière audit Dour, le même Gilles Laurent dit encore, en présence du déposant, d'Antoine Capouillez, maître d'école à Dour, et d'une troisième personne, dont il ne se souvient point à présent, que c'était une erreur de croire qu'il y avait un purgatoire, qu'à notre mort nos âmes dorment en quelque façon, et que ce n'est qu'à la résurrection ou dernier jugement qu'elles se réveillent en quelque manière, et que lors elles iront au Paradis ou en Enfer. A quoi personne de la compagnie ne répliqua, et tous sortirent d'abord.
» Déclare qu'en plusieurs autres occasions ledit Laurent lui a encore parlé du Purgatoire, mais qu'il ne se souvient pas d'aucunes circonstances, ni des personnes qui étaient présentes à ces discours.
» Dépose qu'on dit communément dans Dour qu'il s'y fait une sorte de prêche, où se trouvent ledit Laurent, Pierre Sliévenarl, dit Catron, Victor et Etienne Lejeune et Jacques Derveau; qu'à cet effet ils s'assemblent tous Tome IX. — Lettres, etc. 12
les dimanches, entre huit et onze heures du matin, ci-devant chez Etienne Lejeune et, depuis quelque temps, chez Gilles Laurent.
» Dit que tous les avant nommés fréquentaient encore, en dix-sept cent quarante ou environ, l'église paroissiale de Dour, et même les sacrements, sauf qu'il se pourrait que Gilles Laurent aurait ahandonné quelque temps auparavant la Religion Catholique Romaine.
» Dit que les mariages de Victor Lejeune et de Pierre Stiévenarl, faits pardevant des ministres hérétiques, ont fait grand bruit dans Dour, et y consent, et dans les lieux circonvoisins beaucoup de scandale, et qu'on dit dans le public que ledit Gilles Laurent les a conduits tous deux pour les marier, l'un au Sas-de-Gand et l'autre à Tournai.
» Déclare que dans la paroisse, pendant le sermon, on y fait ordinairement grand bruil, et surtout ceux qui sont dans le bas de l'église; et pendant que les missionnaires y étaient et qu'ils prêchaient contre ceux entachés d'hérésie, ajoutant qu'on remarque assez que ceux de l'espèce dont est cidevant parlé, ont peine de se mettre à genoux à l'élévation à la Messe et pendant qu'on donne la bénédiction avec le Saint-Sacrement.
» Il ne rappelle point toutes ces personnes ici en particulier, parce que la plus grande partie de la paroisse est entachée d'hérésie, qui sont ceux sans doute qui donnent le scandale dans l'église, quoiqu'ils fassent encore la grimace de professer la Religion dans laquelle ils sont nés.
» Dépose que Marie Sausez, prélendumenl femme à Victor Lejeune, et Jeanne Laurent, aussi prétendue femme à Pierre Siiévenart, fréquentaient avant leur mariage la paroisse de Dour et les sacrements; qu'elles étaient enfin réputées de la Religion Catholique Romaine, dans laquelle elles sont nées, mais ignore si depuis elles font encore les fondions de leur première religion.
» Après lecture, il a persisté et signé.
» (S.) Philippe Henquinez. »
Du 6.
XV. Antoine Capouillet, maître d'école, demeurant à Dour, en âge de vingt-six ans, après serment prêté de dire vérité, a déposé que, « se trouvant, il y a quatre ans ou environ, de compagnie avec Philippe Heuquiuez
et Jean -Louis Loucliart chez Catherine Audin, veuve d'Élienne Floc|uez, où était aussi Gilles Laurent, quelqu'un demanda audit Henquinez pourquoi il désire soit de chanter à l'église avec les autres, il répondit qu'il n'avait plus envie d'y aller. A quoi ledit Laurent repartit qu'il faisait bien, qu'il fallait laisser chanter ceux qui étaient payés pour cela.
» Entretemps on parla des morts, et ledit Laurent, reprenant la conversation, dit qu'il n'y avait point de purgatoire. Sur quoi Jean-Louis Louchart lui représentant qu'une personne mourant en étal de grâce allait en Paradis, celle en état de péché mortel en enfer, demanda audit Laurent où allait la personne qui mourait en péché véniel, à quoi ledit Laurent répondit qu'en ce dernier cas nos âmes reposaient, attendant le dernier jugement.
» Dépose qu'il connaît Gilles Laurent, Pierre Sliévenart, dit Catron, Victor et Etienne Lejeune et Jacques Dervaux, tous habitants de Dour, qu'il les a vus ci-devant fréquenter la paroisse dudlt lieu, aussi les sacrements, et enfin faire toutes les fonctions de notre Religion, mais il ne saurait préciser depuis quel temps ils en ont désisté, sauf qu'il croit que Gilles Laurent est celui qui a abandonné le premier la paroisse, et qu'il y a bien dix à douze ans ou environ.
» Déclare qu'on dit communément à Dour qu'il s'y fait une sorte de prêche chez Gilles Laurent, où les avant nommés s'assemblent les dimanches, le matin, ce qui cause beaucoup de scandale dans Dour.
» Dépose que le mariage de Victor Lejeime avec Marie Sausez et celui de Pierre Sliévenart avec Jeanne Laurent, faits pardevant des ministres hérétiques, ont fait beaucoup de bruit dans Dour, et y causent et dans les lieux circonvoisins un grand scandale, que ces deux prétendues, femmes ont toujours fréquenté la paroisse et continuent même de le faire, professant, et peut-être on apparence, la Religion Catholi(iue Romaine, quoiqu'il soit vrai (|u'avanl leurs prétendus mariages on n'équivoquail point sur leur Religion, qui était celle Catholique Romaine, dans laquelle elles sont nées.
» Il ajoute cependant que ladite Marie Sausez, ainsi qu'on lui a dit, a désisté, pendant un petit temps après son mariage, de fréquenter l'église, parceque, disait-on, que le chapelin lui en avait défendu l'entrée.
» Dit qu'assez communément on fait du bruit pendant les sermons qui
se font dans la paroisse de Dour, mais qu'il n'en saurait déterminer les auteurs, ni le sujet pour lequel on fait ce bruit.
» Après lecture, il a persisté et signé.
« (>'.) A. (Iapouillez. »
Du 7.
XVI. Gilles Barbier, maréchal et cabaretier, demeurant à Dour, en âge de quarante-neuf ans, après serment prêté de dire vérité, a déposé que, « dimanche, quinze février dernier, s'élant apposé sur sa porte, pour reconnaître si l'on ferait le prêche chez Gilles Laurent, de quoi il était convenu, le jour d'auparavant, avec le maïeur Descamps, et vil, vers les huit heures et demie du matin, Pierre Stiévenart, dit Cairon, qui venait à lui, avec un livre sous le bras. Le déposant lui ayant demandé s'il allait faire le prêche, ledit Stiévenart répondit qu'oui; ipje s'il voulait y venir, il en profiterait avec les autres. A quoi le parlant repartit brusquement qu'il ne voulait point aller avec un gueux comme lui, et à ceci ledit Stiévenart répliqua : ceux qui en parlent n'en auront d'autre.
» Dit que le jour qu'il vient de rappeler, il n'a vu que ledit Stiévenart se rendre à l'assemblée, mais que d'autres fois il a remarqué que Jacques Derveau, de Dour, et 3Iacaire Dehon, de Warquignies, y allaient aussi; que jamais il n'a observé que Victor et Etienne Lejeune, non plus qu'Anne Défrise, s'y rendaient; que cependant on dit communément dans le lieu qu'ils s'y trouvent aussi, et que l'endroit de l'assemblée était ci-devant chez Etienne Lejeune, et à présent chez Gilles Laurent, laquelle se fait ordinairement les dimanches, entre huit et onze heures du matin.
« Déclare que Gilles Laurent s étant rendu chez le parlant pendant l'été dernier, et lui faisant une sorte de confidence, lui di' d'un air gai et résolu, qu'il avait encore attrapé un joli jeune homme pour être de sa loi. A quoi le parlant répondit : lu deviendras donc bien glorieux, et tu seras à la fin aussi sage qu'un curé. Crois-tu que la loi est bonne? A quoi il repartit : elle est sûrement meilleure que la tienne, et que s'il voulait avoir de son parti la moitié du village de Dour, il les y engagerait aisément.
» Il déclare en outre qu'il y a trois à quatre ans que ledit Gilles Laurent étant chez le parlant, il lui dit de tête à tête, parlant de la Religion, qu'on
ne saurait dire de quel parti était le déposant, à quoi celui-ci répondit qu'il voulait bien qu'il sache qu'il ne professait point d'autre Religion que la Catholique Romaine, el que lui, Gilles Laurent, ne serait jamais qu'un misérable.
» Dépose que le mariage de Victor Lejeune avec Marie Sausez et celui de Pierre Sliévenart avec Jeanne Laurent ont fait grand bruit dans Dour el y causent beaucoup de scandale et dans les lieux circonvoisins; et que ce n'est que depuis que les Hollandais sont venus, pendant la dernière guerre, dans le pays, que lesdiis Lejeune el Stiévenart ont désisté de faire les fondions de Catholique Romain, dans laquelle Religion ils élaient nés.
» Dit qu'il en était de même d'Etienne Lejeune el Jacques Derveau, et que c'est à peu près aussi vers ce temps qu'ils ont abandonné la Religion Catholique Romaine et quant à Gilles Laurent, qui sûrement a fait les fonctions de Catholique Romain, il croit qu'il les a adandonnées anlérieuremenl, sait que ses père et mère étaient de très braves gens el nullement suspects en fait de Religion.
» Dit qu'Anne Défrise a toujours fréquenté la paroisse de Dour el fait les fondions de Catholicjue Romaine, sauf depuis un an, ajoutant que la femme du déposant lui a dit que, parlant à ladite Défrise, qu'elle disait fréquenter la paroisse de Dour, Gilles Laurent lui répondit que cela était bon el qu'il lui assurait que la dite Défrise ne s'y trouverait plus, comme il est arrivé.
» Ouant à Macaire Dehon, il ne saurait dire depuis quel temps il a abandonne la Religion Catholique Romaine, parce (pj'il est étranger au lieu.
» A l'égard de ladite Jeanne Laurent ei de Marie Sausez, il déclare que la première n'a jamais désisté de fréquenter la paroisse et de faire les fonctions de Catholique Romaine, ainsi quelle fait encore aujourd'hui; que l'autre en use de môme, sauf et réservé que, pendant un petit temps, elle ne s'esl plus trouvée à l'église, parce que, a-t-on dit, le curé ou le vicaire lui avait fait connaître qu'il ne pouvait point lui donner les sacrements.
» Dépose que communément il arrive pendant les sermons qu'on fait à Dour, que, lorsque le prédicateur s'explique sur le culte des saints et sur
le purgatoire, ceux qui sont dans le bas de l'église font un certain bruit en parlant et en riant enire eux; que pendant réiévation de la messe et la bénédiction qu'on y donne avec le saint sacrement, il en est plusieurs, qui sont aussi dans le bas de l'église, qui ont peine de fléchir le genoux; qu'il faut même souvent que les ecclésiastiques du lieu les admonestent, et sévèrement.
» Qu'il ne saurait désigner personne, parce que ces espèces de gens se tiennent toujours dans le bas de l'église et que le parlant s'avance plus avant ; tout ceci causant beaucoup de scandale dans le lieu.
» Après lecture, il a persisté et signé.
» (S.) Gilles Baubiek. »
Du 11.
XVII. Anne-Marguerite Berlaimont, femme a Gilles Barbier, maréchal et cabarelier, demeurant à Dour, âgée de (juarante-neuf ans, après serment prêté, a déposé que « le sieur Jourez, vicaire de Dour, se trouvant chez elle vers la lin du mois de janvier dernier, où était aussi Gilles Laurent, le premier fit des représentations au second sur ce que celui-ci avait séduit et séduisait plusieurs personnes et en grand nombre à abandonner la Religion Catholique Romaine. A quoi répondit ledit Laurent qu'il ne cherchait personne, mais qu'il écoutait ceux qui frappaient à sa porte, auxquels discours la parlante et sa fille étaient présentes.
» Elle dit que son mari, en qualité de maréchal, ayant été requis d'aller panser un cheval, le jour de la Pentecôte dernier, il rencontre, de grand matin en chemin , Etienne Lejeune et Pierre- Josei)h Ton, ce dernier tisserand et marié à Dour; et s'imaginent bien qu'ils se rendaient à Tournai, pour aller au prêche, à son retour chez lui, son mari conta à la parlante qu'il les avait trouvés en roule ; et celle-ci, la première fois qu'elle vit Gilles Laurent, lui dit qu'il avait des confrères; à quoi il repartit, parlant dudil Pierre-Joseph Ton : on me dit qu'il va encore à la messe et qu'il en avait encore d'autres; et sur demande, lui faite par la parlante, qui étaient ces autres, il lui répondit qu'il avait des femmes et entre autres Anne Défrise, et sur ce que la parlante lui dit d'un air étonné que ladite
Défrise allait encore à la messe, ledit Laurent l'assure que si elle y avait été, elle n'irait plus, comme en effet ladite Défrise a fait, puisqu'elle ne fréquente plus l'église de la paroisse.
') Dépose que les mariages de Victor Lejeune avec Marie Saiisez et de Pierre Sliévenart avec Jeanne Laurent, faits pardevani des ministres hérétiques, causent beaucoup de scandale dans le lieu ; que ces deux filles ont toujours été de la Religion Catholique Romaine, que, postérieurement à leur mariage el encore actuellement elles ont continué de fréquenter l'église de la paroisse, sauf ladite Sausez, qui a désisté pendant un petit temps.
» Dit que ledit Victor Lejeune, Pierre Sliévenarl, Gilles Laurent, Etienne Lejeune el Jacques Derveau sont regardés dans le lieu comme gens qui font ouvertement profession d'autre Religion que de la Catholique Romaine , quoi (|u'ils soient nés dans celte dernière, et que ci-devant ils frécjuenlaieni tous l'église du village, même les sacrements, ce qu'ils ont désisté de faire depuis un certain temps qu'elle ne saurait déterminer.
» Dépose qu'il se fait communément dans Dour une sorte de prêche, tous les dimanches, entre huit et onze heures du matin, chez Gilles Laurent; qu'elle a vu lesdits Derveau el Stiénart s'y rendre et en revenir, et qu'on dit que Victor el Etienne Lejeune y vont aussi.
» Déclare qu'assez fréquemment ont fait du bruit dans l'église de Dour, pendant le sermon, surtout quand le prédicateur dit des choses qui ne sont pas du goût de quantité de personnes qu'on croit être infectées d'hérésie.
» Qu'il arrive aussi assez souvent que plusieurs de cette espèce ont peine de fléchir les genoux pendant l'élévation de la Messe, et lorsqu'on donne la bénédiction avec le Saint-Sacrement, et qu'ils ne le font qu'après des représentations assez sévères qu'on leur fait, mais la parlante ne saurait déterminer personne, parce que tout ce qu'elle vient de dire se fait par ceux qui sont dans le bas de l'église, ou au portail, et qu'elle s'avance ordinairement plus avant dans l'église.
» Après lecture, elle a persisté et signé.
» {S.) Aisne-Marguerite Berlemont. »
96 LE l'ROTESTANTISME DANS LE HAINAUT
Du a.
XVIII. Jean-Baptiste Berli-mont, maréclial, demeurant à Dour, en âge de quarante ans, après serment prêté, a déposé qu' « il y a deux à trois mois que, se trouvant chez Jean-Baptiste Hénaut, cabarelier à Dour, il remanjua que Gilles Laurent était en conversation avec plusieurs personnes qui étaient aussi chez ledit Hénaut, ne sachant néanmoins le sujet de cette conversation. Mais ledit Laurent, se tournant sur le déposant, lui demanda s'il voulait entreprendre de nous bâtir un temple pour une certaine somme à convenir, de laquelle les intérêts lui seraient payés, ce qu'il refusa, disant qu'il ne voulait point travailler pour des gens comme lui, le parlant et toute la compagnie ayant bien conçu que ledit Laurent entendait parler d'un bâtiment où il se proposait de faire le prêche.
» Dit que cette proposition a été faite au déposant parcequ'il a coutume d'entreprendre la construction des bâtiments.
» Déclare que, pendant la mission dernière ou peu après, étant encore chez ledit Hénaut avec Gilles Laurent et plusieurs autres, du nombre desquels était aussi Nicolas Druarl, le parlant dit audit Laurent que ses aflaires étaient à Cambrai, qu'il était à craindre qu'il en ait une mauvaise issue, et qu'enfin on ne le fit sortir du village, ou qu'on le mît en prison.
» A quoi il répondit qu'il ne craignait rien là-dessus, que, si on s'adressait à Cambrai, il saurait aussi où s'adresser; qu'il fallait, pour le faire sortir, un ordre du Souverain, et que, telle chose qu'on fasse, il ne s'agissait plus pour lui de la Religion Catholique Romaine, et que les autres pouvaient professer quelle Religion ils souhaitaient.
» Dépose qu'on dit communément dans Dour qu'il s'y fait une sorte de prêche chez ledit Laurent, les dimanches, entre huit et onze heures du matin, où s'assemblent le même Laurent, Pierre Stiévenarl, dit Catron, Victor et Etienne Lejeune, Jacques Dervaux, tous habitants de Dour, et Macaire Dehon, de Warquignies.
» Que les avant nommés ne se trouvent plus à l'église et ne font aucune
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foiiciiou de Calholique Romain, en ayani désislé, savoir : ledit Laurent depuis dix ans ou environ, el les autres postérieurement.
» Dit que les mariages de Victor Lejeune avec Marie Saussez el de Pierre Stiévenarl avec Jeanne Laurent, fails pardevant des ministres hérétiques, causent beaucoup de scandale dans Dour et lieux circonvoisins; que cependant ladite Saussez et Jeanne Laurent continuent de fréquenter l'église de Dour et de faire les fondions de la Religion Calholique Romaine, dans laquelle elles sont nées, croyant cependant que Tune ou Taulre de ces deux a désisté pendant un petit temps de se trouver à la messe.
» Déclare qu'il vient de nommer ceux qui ouvertement font profession d'autre Religion que de la nôtre, mais qu'il en est encore beaucoup dans Dour qui, en secret, sont du même parti et croit que les irrévérences qui se commettent fort souvent dans l'église viennent de la part de ceux-ci, surtout quand, aux sermons, ils entendent parler du culte des saints el du purgatoire, car lors il se fait un certain bruit dans l'église, duquel on remarque assez qu'ils se raillent de ce que dit le prédicateur.
» Dépose qu'il en est plusieurs entre eux dont il est ci-devant parlé, qui, se trouvant à la messe, ne se mellent à genoux qu'à la force, pendant l'élévation; qu'il en est de même, quand on donne la bénédiction avec le Saint Sacrement, ce qu'il ne sait cependant que d'ouï dire, parce que ces sortes d'irrévérences ne se commeltenl ordinairement que par ceux qui sont dans le bas de l'église, et que lui, parlant, se lient communément près de la chaire de vérité.
» Après lecture, il a persisté el signé,
» (.S.) J.-B. Rerlemont.
» Ainsi besoigné,
» (S.) J. Secus, De Zomberghe, A.-J. Dlirieu. »
Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 707.