‹ Le Protestantisme dans le Hainaut au XVIIIe siècleChapitre 9 sur 28 · Tome IX. — Lettres, i:tc · texte numérisé non relu

Tome IX. — Lettres, i:tc

» A répondu que depuis son dit mariage, arrivé en novembre 1748, il n'a plus fréquenté sa paroisse.

M El après leclure il a persisté el signé.

» {S.) Victor Lejecne. »>

« Est aussi conipaïue ladite Marie Saussez, à laquelle nous avons demandé son nom, son âge, sa profession et religion.

» A répondu s'appeler Marie Saussez, en âge de vingt-six ans, tireuse aux fosses, de la Religion Catholicpie, Apostolique el Romaine.

» Nous lui avons demandé si elle sait le sujet de son ajournement personnel.

» A répondu qu'elle croit que c'est à cause qu'elle s'est allée marier au Sas-de-Gand avec Victor Lejeune.

» Lui demandé s'il est vrai qu'elle demeure avec ledit Lejeune, et qu'elle en agit avec lui comme s'ils étoient mariés,

» A répondu qu'elle croyait être mariée avec ledit Lejeune et qu'elle l'a toujours regardé comme son mari, et qu'elle le considère encore à présent comme tel.

I) Lui demandé en quel endroit et par qui elle a été mariée, et si elle a été longtemps absente de Dour à cet effet,

» A répondu qu'elle a été mariée au Sas-de-Gand par un ministre wallon el qu'elle a éié absente huit jours, à cause que ledit ministre a voulu annoncer leurs hans, leurs intentions ayant toujours été de revenir à Dour après leur dit mariage.

» Lui demandé (pii a élé témoin dndit mariage,

» A répondu : le Magistrat du Sas-de-Gand et Gilles Laurent, qui les a conseillés de ce faire et accompagnés jusqu'au lieu.

» Lui demandé si, au village de Dour, ceux de la Religion prétendue réformée ne tiennent pas des assemblées, el, en cas qu'oui, en quelle maison, qui sont ceux i\m s'y trouvent, à quels jours el heures,

» A répondu <|u'audil Dour ceux de ladite Religion y tiennent des conférences et assemblées en la maison de Gilles Laurent, qui les a plusieurs fois réprimandés de ce que la parlante et son mari ne .s'y trouvoieni pas, les exhortant d'y aller, et leur disant que Jacques Dervaux, Macaire Dehon,

Etienne Lejeune, Pierre Sliévenart et Anne Défrise s'y trouvaient, quoique la parlante et son mari n'y aient jamais été, lesillles assemblées se tenant les dimanches, le malin, depuis huit heures jusqu'à dix.

» Lui demandé si elle fréquente sa paroisse, et si elle n'a pas abjuré sa Religion Catholi(|ue, Apostolique et Romaine,

» A répondu qu'elle n'a jamais abjuré ladite Religion, mais qu'elle n'a plus fréquenté la paroisse depuis le jour de Pâques dix-sept cent quaranteneuf, et, après lecture, a persisté el fait sa marque pour ne savoir écrire, de ce enquise.

+ » Ainsi achevé,

» (S.) Berniek, doyen de Chréiiennelé du district de Bavay.

» [S.) G. Papin. »

Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 707.

VII. — Rapport adressé par le Conseil souverain de Hainaut au Gouverneur général des Pays-Bas touchant la situation religieuse dans la commune de Dour(l7 février 1750).

Mariages contracttîs par des cattioliqiies devant des ministres protestants. — Sentence rendue par lOflicialité de Cambrai. — Progrès de l'tiérésie dans la commune de Dour. — Assemblées. — Mauvais accueil fait aux missionnaires. — Gilles Laurent. — Dépêche de l'archiduchesse Marie-Élisabeth du 31 mars 1734. — Décret porté par le roi Charles II, le 17 octobre 1699. — Le Conseil demande au Gouvernement général de lui envoyer des instructions. — En attendant, le Conseil a prescrit une enquête sur les faits dénoncés.

« MONSEIGNI-UR,

» L'OfBcial de l'Archevêché de Cambrai, Mulle, vient de nous représenter (*) que quatre habitants du village de Dour, situé à noire voisinage, étant allés se marier devant des ministres hérétiques, et vivant dans cette paroisse

(1) Nous n'avons pu découvrir la représentation du Promoteur, ni à Mons ni à Bruxelles. On n'en a pas retrouvé la minute aux archives de l'archevêché de Cambrai.

(iO LE PROTESTANTISME DANS LE HAINAUT

comme maris et femmes, sous prélexle de ce prélendu mariage, le Promoteur du diocèse lui avait fait plainte, et leur procès étant instruit, il avait porté deux sentences, le 30 janvier de la présente année, par lesquelles il a déclaré les susdits mariages nuls et de nul elïel, et leur cohabitation concubinaire, f)Our(|uoi il les a excommuniés et ordonné qu'ils fussent comme tels dénoncés au [)rône; que, pour réparation du scandale, ils se rendissent à la porte principale de l'église de Dour, avant la messe [)aroissiale du premier dimanche ou fête, après la signification des dites sentences, respectivement, et là, à genoux, tête nue, au dehors de l'église, en présence du curé et des assistants, demander humblement, à haute voix, [tardon à Dieu et à l'Église des dits excès et du scandale ensuivis, leur enjoignant, en outre, de se séparer dans les vingt-quatre heures de la signification, avec déclaration qu'en cas de refus ou de défaut de leur part de se soumettre à ce que dessus, le secours du bras séculier serait demandé par le dit Promoteur.

•) Continuant sa représentation, il dit que ces démarches font éclat et peuvent avoir des suites très fâcheuses pour la Keligion, si l'on ne remédie pas au mauvais exemple de ces habitants et au scandale public qu'ils causent.

» Il nous informe aussi que le progrès de l'hérésie audit lieu est déjà si grand, que plusieurs d'entre eux sont assez téméraires que de tenir ouvertement des assemblées tous les dimanches, aux mêmes heures que se célèbre la messe paroissiale, faits dont il nous a préparatoirement apaisé par des extraits d'interrogatoires.

» Avec ces représentations s'accorde bien le rapport qui nous est revenu de la mission, faite audit village, par les Pères Deullin et Carette de la Compagnie de Jésus, mission (|u'ils ont commencée le jour de Saint-Thomas dernier et finie après trois semaines de travail.

» On nous fait connaître que ce village est présentement le berceau et comme le siège de l'hérésie; qu'ils ont trouvé jusques les trois quarts des habitants de ce lieu déjà infectés, dont les fauteurs sont déclarés, au point qu'ils ne font publiquement usage que de livres défendus ; que l'on y débiterait hautement que Jésus-Christ n'est point réellement dans l'Eucharistie; que le purgatoire est une invention de l'houjme; que le culte des

AU XVIII» SIÈCLb;. — NOTES ET DOCUMENTS. 61

images esl défendu par le premier commandemeiil de Dieu; qu'ils suivent Jésus-Clirisil, el qu'ils ne connaisseiii ni le Pape ni l'Église romaine; que le livre, qui esl, enire autres, à h mode dans cette paroisse, a pour litre : Trésor des Prières, livre hérétique.

» Et sur ce que lesdits missionnaires avaient prêché un jour, que ce livre était défendu, cette proposition fui reçue de l'auditoire avec huées et tumultes, et même avec des rires insultants à la chaire de vérité.

» Ces missionnaires conlirmenl , Monseigneur, que lesdits hahiiants lienoeiU des assemhlées publiques des deux sexes, les dimanches, pendant la messe paroissiale, et qu'un jeune homme, tailleur de profession, nommé Etienne Lejeune, y fait les fonctions de minisire.

» Ils ajoutent (ju'un nommé Gilles Laurent avait été si avant que de vomir, dans un cabaret, des propositions impies contre l'image de la Sainte- Vierge, et que le même Gilles Laurent fut autrefois violemment suspecté d'avoir brisé un crucifix exposé à la vénéniiion du peuple.

» Ce n'est pas tout, .Monseigneur. Ils disent encore que, si l'on n'apporte pas de remède efficace et prompt à l'infection de celte paroisse, qui gagne el se communique lous les jours de plus en plus, il est à craindre que la séductlion el l'hérésie tj'y deviennent générales et infectent le voisinage.

» Pour ne pas abuser des favorables atieniions de Votre Altesse Royale, en portant plus avant le long et triste déiail d'excès faits, nous passons à l'informer qu'ayant examiné, les deux chand)tes assemblées, les représentations et informations faites de la part de l'Offîcial dudit Archevêché de Cambrai el desdits Pères missionnaires,

»> Nous avons d'abord considéré que selon le Concile de Trente, loi de l'Église devenue loi de l'État par sa promulgation (aux réserves portées par les ordonnances sur ce émanées), les deux mariages dont il s'agit sont absolument nuls el de nul effet, que celle entreprise est scandaleuse et d'une nature à ne pouvoir être dissimulée par noire autorité ordinaire.

» Puis, que de là doit suivre rillégitimité des enfants, procréés de pareils mariages, dès que l'on aura donné exécution aux senlences dudil Officiai;

» Considéré aussi que les autres faits résultant à charge desdils habitants tombent dans le cas des ordonnances contre toutes sectes, assemblées

illicites, blasphèmes et scandales contraires à la pureté de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine en ces Pays-Bas, dont les souverains ont fait profession particulière de maintenir l'unité de Religion, par la vigoureuse observance et exécution des décrets des conciles, de quoi ils sont rendus les gardiens et protecteurs, même pour le bon ordre polili<iue de leurs dits Élats.

» D'autre part, la lettre que nous avons reçue de Son Altesse Sérénissime Marie-Élisabelh, Gouvernante générale des Pays-Bas (*), au sujet des mariages avec des militaires et autres de la Religion réformée, en daie du 31 mars d73i, nous a arréiés, et nous avons, Monseigneur, réfléchi que ce serait faire pis qu'auparavant, si, après avoir fait les poursuites de droit contre ces habitants qui sont tombés dans l'hérésie, et qui ont eu part à ces assemblées scandaleuses, qui ont enseigné ou fait publiquement quelque autre exercice de la Religion prétendue réformée, ou qui ont commis quelque irrévérence contre les images dans nos églises ou ailleurs, Ton n'en faisait pas une punition convenable, pour l'exemple et la terreur des autres.

» A la vérité, Monseigneur, le décret de Charles second. Roi des Espagnes, de glorieuse mémoire, émané Ip 17 octobre 1699, et tant d'aulres ordonnances, jointes à la pratique des supérieurs des églises de^ prétendus réformés, qui punissent grièvement nos catholiques romains, lorsqu'ils commettent pareils excès à l'égard de leurs cérémonies, semblaient assez anloriser, et au fond et par le droit de réciprocité, d'accorder audit Ofïicial le secours du bras séculier pour Texécution desdiles deux sentences, et de punir exemplairement les auteurs desdits troubles et scandales.

» Mais, tout grand qu'est notre zèle pour le maintien et l'exaltation de notre Sainte Religion, eu égard que cette importante matière fait souvent une affaire d'Élat, nous sommes tombés d'avis, avant de prendre aucun parti absolu, de nous adresser à Votre Altesse Royale, afin qu'Elle veuille nous faire connaître si nous pouvons accorder exécution auxdiles sentences de rOflficial de Cambrai, quelle peine nous pouvons infliger auxdils perlur-

(ij Voir Le Protestantisme à Tournai pendant le XVIIl' siècle, pp. 4:2-43.

bateurs et semeurs criiérésie, dès qu'ils en seroiU convaincus en règle de justice, et si ces peines peuvent aller à la fustigation ou au seul bannissement.

» Entre temps, nous avons résolu d'informer secrètement à charge de ceux qui enseignent publiquement la Religion prétendue réformée, qui tiennent les susdites assemblées scandaleuses, causent du trouble ou commettent des impiétés contre les images, dans nos églises, dans les cabarets ou ailleurs.

» Nous espérons, Monseigneur, que V^otre Altesse Royale ne désapprouvera pas ces arrangements et nos desseins, en lui donnant par là de nouvelles marques de notre atlacîhement, tant à notre Sainte Religion qu'à son royal service.

» Nous avons l'honneur d'être, en parfait respect,

» Monseigneur,

» de Votre Altesse Royale,

les très humbles et très obéissants serviteurs, les Grand Bailli, Président et Gens du Conseil souverain de l'Impératrice Reine en Hainaul.

» A Mons, le 17 février 17S0.

» (.S.) A. DURIEli. n

Archives du Royaume à Biuxelles. Conseil privé, cari. 707.

VIII. — Procès-verbal de l'enquête faite par le Conseil de Hainaut au sujet du désordre et du scandale que commettent ceux de la Religion prétendue réformée au village de Dour (17 février 1750).

« Par devant nous, Conseillers Debaire, De VVoIfT et Greffier Durieu, présent Monsieur de Zomberghe, Conseiller-Avocat de Sa Majesté.

» I. Joseph Bernier, coadjuteur depuis le [mois de] juillet dernier à la Cure de Dour, âgé de trente et un ans, après serment prêté, ainsi qu'à son Étal appartient, a déposé qu'il est de sa connaissance qu'audit village de Dour il est plusieurs habitants qui font profession de la Religion prétendue

réformée, ([u'ils s'assemblenl piibli(|uement à la maison de Gilles Laurent, le plus ordinairement, où le nommé Etienne Lejeune y a présidé, faisant, fonction de Ministre |)en(lanl trois ou quatre ans, selon qu'il a ouï dire, mais que, depuis di-ux mois et demi ou environ, ledit Lejeune a désisté de se trouver auxiliies assemblées, que c'est le nommé Gilles Laurent qui préside auxdites assemblées, à la place dudil Lejeune.

» Que ces assemblées se tiennent ordinairement tous les dimanches, entre neuf et onze heures du matin, qui est le temps que l'on célèbre la messe paroissiale.

» Que dimanche, huit du courant, Gilles Barbier, maréchal de son slil, a vu aller Pierre Siiévenarl, portant un livre sous le bras, à ladite assemblée; que le parlant étant allé trouver, le même jour, ledit Pierre Stiévenarl pour lui demander s'il était vrai qu'il avait été le matin à l'assemblée, à quoi il lui répondit qu'oui, et qu'il irait encore, que sa conscience et sa Religion l'y obligeaient, malgré plusieurs représentations que lui fit le déposant sur son égarement.

» Qu'il a ouï dire par bruit public que ledit Gilles Laurent avait conseillé audit Pierre Stiévenart et à Victor Lejeune d'aller se marier devant des ministres hollandais, qu'il les a tous les deux accompagnés à cet efïel, savoir : le dit Pierre Stiévenart à Tournai, avec Jeainie Laurent, sa prétendue épouse, et ledit Victor Lejeune au Sas-de-Gand, avec Marie Saussez.

» Il dépose, en outre, qu'avant-hier dimanche, quinze de ce mois, le déposant s'est transporté avec le vicaire Bever à la maison de Gilles Laurent, où, après quelque résistance de la part dudil Gilles Laurent, qui leur refusait l'entrée de la maison, ils y sont entrés, et ont trouvé assemblés ledit Laurent, Pierre Stiévenart et Jaccpies Derveau, et cela vers les neuf heures et demie du matin, auxquels le parlant a représenté avec ledit Bever pourquoi ils s'assemblaient ainsi au scandale de la paroisse.

» A (|uoi ils répondirent que c'était pour chanter les louanges de Dieu, lesquelles, au sentiment du parlant, sont les psaumes de Clément Marol.

» Ils leur ont répondu que c'était pour expliquer l'Écriture sainte, où ils trouvaient la vie et la nourriture de leurs âmes; que leur Religion les y obligeait, et l'Évangile; citant le texte : « où il y en a deux ou trois assemblées

AU XVIIh SIÈCLt. — NOTES ET DOCUMENTS. 6S

en noire nom, le Seigneur se trouve au milieu d'eux »; et qu'enfin personne ne pouvait les en empêcher.

» Il a dit d'avoir oui dire du Père Denlin, qui a fait la mission audit Dour, il y a environ deux mois, que Nicolas Godefroid, fils du maieur défunt à la seigneurie de Saint-Ghislain, lui avait rapporté que ledit Gilles Laurent avait vomi plusieurs pro|)ositions impies, dans un cabaret, audit Dour, contre l'image de la Sainie-Vierge, au scandale des assistants, si avant qu'un d'entre eux sortit de la compagnie, en disant qu'il ne voulait point rester avec un chien comme lui.

» Enfin il déplore qu'un jour de dimanche, environ le jour des Trois Rois dernier, ledit Père Deulin, missionnaire prêchant à l'église, et condamnant,entre autres choses, le livre qui a pour litre le Trésor des Prières, sur ce qu'il dit à l'auditoire que ceux qui lisaient ou retenaient ce livre hérétique étaient en |)éché mortel, il s'éleva un ris insultant et éclatant contre ladite proposition, ce qui engagea le Père Deulin à répéter sa dite proposition d'un ton plus élevé, ce qui derechef excita un nouveau ris, mais d'une voix moins haute et moins éclatante, ce qui pourtant n'a point laissé que de distraire et troubler la prédication.

» Il ajoute d'avoir aussi oui dire du bruit public que le même Gilles Laurent a été violemment suspecté d'avoir brisé un crucifix qui était exposé à la vénération publique auprès de l'hermilage de Cocquart.

» Et finissant sa déposition, il dit que, tout communément audit Dour, ledit (iilles Laurent est regardé |)our fauteur et semeur d'hérésie de la Keligion prétendue réformée.

» Après lecture, il a persisté et signé.

» (S.) i. Reunier, » Coadjuleur du S' Colman, curé dudit Dour. »

•/S février.

« H. Algustin-Joseph Joukez, âgé de trente ans, après serment prêté ainsi qu'à son éial appartient, a déposé qu'il est vicaire au village de Dour depuis trois ans; qu'à ce moyen il a connaissance de la paroisse en manière telle, Tome IX. — Lettres, etc. 9

(lu'il sait et connaît cinq personnes demeurant audit village, savoir Élienne Lejeune, Gilles Laurent, Pierre Stiévenart, Vicier Lejeune et Jacques Derveau, qui font professiot) publique de la Religion prétendue réformée et qui fréquentent habiluellemcnt rassemblée qui se tient tous les dimanches vers les neuf à dix heures du malin, à la maison de Gilles Laurent le plus souvent, ayant quelquefois tenu ladite assemblée dans une maison tantôt dans une autre.

» Qu'il a ouï dire que cette assemblée est com[)Osée de plusieurs personnes, qu'il ne saurait autrement désigner, sinon qu'il croit qu'il est bien un tiers de la paroisse infecté de mauvais principes.

» Il déclare que c'est ledit Gilles Laurent (|ui engage ceux qu'il peut à embrasser ladite Religion prétendue réformée, donnant pour raison de science que, depuis un mois, le parlant s'étaut rendu chez le nommé Gilles Barbier, homme irréprochable, où se trouvait lors ledit Gilles Laurent, il lui demanda pourquoi il courait de maison en maison pour séduire et engager tout le monde à embrasser cette Religion, et lui représenta combien de mal il faisait à la paroisse, qu'il répondrait un jour à Dieu de toutes les âmes qu'il pervertissait; à tout quoi ledit Gilles Laurent avait répondu, aiant assez avoué tous ces faits, qu'il n'obligeait pourtant personne à cela, mais qu'il se prétait volontiers à ceux qui voulaient bien l'écouter.

» Qu'Anne-iVJarguerite Borlemoni, femme dudil (iilles Barbier, iMarie- Margueriie et Anne-Jeanne, ses filles, étaient présents à ces discours.

» Il ajoute que, dimanche, huit de ce mois, ledit Pierre Stiévenart, passant vis-à-vis de la maison dudil Gilles Barbier, (|ui était sur sa porte, celui-ci lui demanda où il allait, avec un livre sous le bras, à quoi il répondit qu'il allait à l'assemblée et que, s'il voulait aussi y aller, il profilerait de l'instruction; de quoi pourra répondre ledit Gilles Barbier, qui en a averti le parlant le même jour.

M II déclare aussi que ledit (iilles Laurent, après plusieurs discours tenus au sujet de la doctrine de sa religion, en présence de Gabriel Abrassart, cabaretier, et N. Moreau, demeurant au Monceau, a dit que les commandements de Dieu avaient été faits par les prêtres, selon que les avant nommés ont déclaré et rapporté à Nicolas Decamps, maieur dudit Dour, sans que le parlant puisse en préciser le temps.

AU XVIII* SifiCI.E. — NOTES ET DOCUMENTS. 07

» De plus, que ledil Gilles Laurent a dit, il y quelques années, en présence dudit Decamps e( de N. Siorez, médecin audit lieu, que le sacrifice de la messe était une idolàirie et que tous ceux qui y assistaient étaient des idolâtres.

« En outre, que ledit Gilles Laurent a demandé pendant cette année, sans en savoir [irécisémenl le temps, à Jean-Bapliste Berlaimoiit, fils Simon, de leur bâtir un temple; que, s'il voulait leur en prêter l'argent, l'on en paierait l'intérél, ce qu'il tient de Nicolas Decamps, qui a aussi dit que ledit Gilles Laurent avait déclaré dimanche dernier, quinze du courant, que le Pape donnait les mariages en admodiation et que le Nonce en était le fermier, accordant les dispenses à prix d'argent, et que c'était Antoine Aupic, chirurgien, qui le lui avait dit.

» Il déclare qu'il a ouï dire que Philippe Henquinez, Jean-Louis Louchar, cordonr)ier, et Pierre-Amand Tisseranl pourront déclarer |)lusieurs circonstances afïérentes à ce qui est dit ci-dessus.

» Déclare en outre que le hruit est commun audit Dour qu'on chante, tant dans lesdites assemblées que dans les cabarets, les psaumes de Clément Marot, et (|ue les livres les plus communs qu'ils ont en mains sont intitulés : Trésor des Prières. — Le CtUéc/usnie de Calvin. — La profession de foi du Calviniste. — La Bible de Genève et les Psaumes dudil Clément Marot, et que c'est ladite Bible qu'on enseigne dans lesdites assemblées, que Ton croit être composées des deux sexes.

» Il dit de plus que N. (Jodefroid, lil? du meunier de Dour, seigneurie de Sainl-Gliislain, déposera que ledit Gilles Laurent a tenu des discours impies et injurieux à la Sainle-\ ierge dans un cabaret à Dour.

» Il dit aussi que ledit Gilles Laurent a sollicité Victor Lejeune et Pierre Stiévenarl de s'aller marier devant des minisires hollandais, si avant que, lorsque le parlant s'esi présenté à la maison dudit Victor Lejeune, il y a vu ledit Gilles Laurent, qui était venu comme pour empêcher l'effet de ses exhortations.

» Qu'on appelle communément audit Dour ledit Gilles Laurent « Messager d'Hollande », où il allait de temps en temps pour y chercher les instructions, rapporter les livres et de l'argent, et qu'enfin ledit Gilles Laurent a été véhémentement suspiect d'avoir brisé un crucifix, exposé à la vénération

du peuple, auprès de l'hermitage de (loquarl, et que ledil Gilles Laurent est regardé audit lieu, el par lui déposant, pour le fauteur des désordres et scandales qui se commettent audit Dour, et qu'Etienne Lejeune, Pierre Stiévenart, Jacques Dervaux et Viclor Lejeune sont ses confrères et sectateurs.

» Dépose en outre d'avoir été présent, le dimanche suivant les Rois, au sermon que fit alors le Père Deulin, missionnaire, qui, entre autres choses, ayant dit que ceux qui lisaient ou retenaient le livre dit le Trésor des Prières, dont ledit Père Deulin avait lu quelques passages dudit livre à l'auditoire, pour en faire concevoir de l'horreur, étaient en péché mortel, il s'éleva d'ahord une sorte de huée et tumulte assez éclatant, qui interrompit l'instruction, sans pourtant qu'il en ait pu. apercevoir les auteurs.

» Après lecture a signé.

» (.S.) A. JouRET, vicaire de Dour. »

<■ III. Maître Pierre-Joseph Hanorotteau, curé, depuis sept ans, du village d'Héin'n, voisinage de Dour, après serment prêté ainsi qu'à son état appartient, a déposé d'avoir été présent aux vêpres faites au village de Dour, le dimanche avant le jour des Rois dernier, après lesquels le Père missionnaire Deulin a fait une exhortation au peuple, touchant l'Eucharistie, au sujet de quoi il aurait dit que Notre Seigneur, selon Saint-Augustin, s'incarnait tous les jours en mains du prélre, comme il avait fait dans le sein de la Vierge; sur quoi il s'éleva un grand bruit, venant du côté du portail de l'église, qui interrompit ledil missionnaire, lequel dit là dessus : voilà encore ces malheureux ! Lesquels, au su du parlant, pouvaient faire le nombre de deux cents personnes ou environ.

» Il .s'est aussi trouvé aux vêpres de la fête des Rois dernier, ainsi qu'à l'exhorlation que fit au peuple ledit Père Deidin, représentant les devoirs des pères et mères à l'égard de l'instruction de leurs enfants. Et ayant représenté qu'en vain ils s'excusaient sur ce qu'ils devaient travailler pour boire el manger tous les jours, el qu'ainsi ils n'avaient pas le temps de les instruire ou de les envoyer au catéchisme, ledit Père se récria qu'on faisait tout pour le corps et rien pour l'âme, el, sur ce, il s'éleva une rumeur ou hruit sourd, qui a encore interrompu le prédicateur.

» Il a dit avoir ouï dire de plusieurs personnes, finira aulres du chirurijien Aupic, fils, qu'il se lient lous les dimanches, audit Dour, une assemblée de ceux qui professent la Keligion prétendue réformée, que de ce nombre sont Gilles Laurent, Jacques Dervaux, Éiienne et Victor Lejeune, Pierre Stiévenart et Anne Défrise, ayant donné pour raison de science que ledit Aupic lui avait dit qu'une fois il était allé exprès, à la prière du déposant, auprès de la maison dudil Gilles Laurent, où se tenait ladite assemblée, afin d'écouler s'ils chantaient entre eux, lequel lui a rapporté d'avoir ouï un bruit sourd, sans pouvoir répondre s'ils chantaient les psaumes ou s'ils lisaient l'Ecriture sainte, ou les livres suivants, qui sont ordinairement entre leurs mains, savoir le Nouveau Testament de Genève, les Psaumes, de Clément Marot; la Liturgie pour la Cène, Baptême et Mariage,\e Catéchisme de Calvin, ainsi que le Catéchisme de N. Drelincourt, lous auteurs calvinistes, de même que le Trésor des Prières pour les femmes.

» De tout quoi il peut d'autant mieux répondre qu'il a acheté tous ces livres, un jour, d'un soldat, qui les venait vendre dans sa paroisse, afin d'éviter qu'ils ne soient achetés par ses paroissiens, et cela immédiatement avant le siège de Mons dernier (*).

» Il déclare avoir aussi ouï dire que Gilles Laurent a dit, un jour, à ceux qui se sont allés marier devant des ministres hollandais, savoir à Pierre Stiévenart et Victor Lejeune, ces discours : venez avec moi ; je vous ferai bien marier.

» D'avoir aussi ouï dire que ledit Gilles Laurent avait prononcé dans la maison Antoine Hinquez, cabarelière à Dour, dit de Lapérière, plusieurs propositions impies et injurieuses à la Sainle-Vierge, entre autres qu'elle n'avait pas fait de miracles, et que, parlant de son image, il avait dil que « s'il avait un saquant si fait engins », il en ferait du bon feu, ainsi qu'il est plus amplement déclaré par l'acte d'Alexandre Godefroid, et qu'enfin il avait ouï dire aussi que ledit Gilles Laurent avait été violemment suspecté d'avoir brisé un crucifix exposé à la vénération publique, prés de l'hermilage de Coquart.

(1) Pendant la guerre de la Succession d'Autriche.

» Déclare, en outre, que dans sa paroisse il est un hameau, enclavé dans le village de Dour, appelé le Petil-Hennin; où il y a dix-huit familles, desquelles il n'en connaît que trois pour véritables catholiques, regardant le surplus pour n'avoir autrement de religion, et qu'à l'égard de la paroisse de Dour, il a oui dire du Maieur Descamps et du chirurgien Aupic, que de quatre cents feux qu'il y a dans le gros du village, il y en a au plus cinquante qui sont hons catholiques.

» Qui est ce qu'il a dit savoir sur tout, dûment enquis.

» Après lecture, il a persisté el signé, ajoutant que ledit Gilles Laurent est communément appelé le Messager d'Hollande.

» (S.) P.-J. Hanoteau, curé d'Haynin. »

« IV. Martin Bevers, âgé de trente-un ans, vicaire du village de Dour depuis deux ans ou environ, après serment prêté ainsi qu'à son état appartient, a déposé qu'il a été présent lorsque le Père Deulin a fait une exhortation dans l'église de Dour, environ la fête dernière des Trois Rois, qu'il croit être un dimanche, (|ue lors ledit Père a lu certain passage de la confession d'Augsbourg contenant la condamnatioti des assemblées dans la papauté, où il n'y a qu'idolâtrie, ce qui a excité d'abord un grand tumulte et huée, accompagés de ris fort insultants, ce qui arriva encore à peu près de même, un jour après la fête des Rois.

» Qu'il est de sa connaissance que Gilles Laurent, Pierre Stiévenart, Jacques Derveau, Etienne Lejeune, Anne Défrise, et M. Dehon, de Warquignies, s'assemblent ordinairement, tous les dimanches, à la maison dudil Gilles Laurent, entre les neuf et les onze heures du malin, el qu'ils y chantent les psaumes, qu'il croit être de Clément Marot, et que l'on y enseigne l'Écriture sainte, qui est ordinairement la Bible de Genève, ou l'ancienne version des docteurs de Louvain, livre falsifié au moyen des notes ajoutées à la marge dudit livre, pour l'avoir vu ainsi en mains dudit Etienne Lejeune.

M II dit qu'on lui tint plusieurs fois ces discours, tant de la part de Gilles Barbier que du neveu dudit Gilles Laurent, appelé Pirarl : oh! Monsieur, si

vous saviez quelles personnes fréquenlenl ces assemblées, vous en seriez bien surpris!

» Déclare que, dimanche dernier, le parlant s'est transporté avec le coadjuteur Dernière à la maison dudit Gilles Laurent, pour y faire certaines représentations au sujet de celte assemblée; il y a trouvé, après plusieurs résistances qu'on lui a faites de le laisser entrer dans la maison, ledit Gilles Laurent, Jacques Dervaux et Pierre Stiévenart assemblés.

» Il croit de n'en avoir pas trouvé davantage, pour deux raisons : la première, parcequ'ils sont allés, vers les huit heures du matin, avant la messe paroissiale, leur coutume étant de ne s'assembler que pendant le temps de ladite messe, et l'autre parcequ'il croit qu'il pourrait être que, pendant qu'on leur faisait la résistance et relus d'ouvrir la porte de la maison, plusieurs se seraient sauvés dans les caves ou grenier de ladite maison.

» Il dit qu'il est vrai qu'Alexandre Godefroid, garçon de grande probité, lui aurait dit, mardi ou mercredi dernier, que ledit Gilles Laurent, étant au cabaret chez Hin{|ué, dit Laperière, avec ledit Godefroid et plusieurs autres personnes, aurait dit à l'occasion du voile de la Vierge, qui venait d'être brûlé par accident, ces discours moqueurs : Notre Dame la Vierge nuurait pas su faire un miracle pour se sauver ; si on u avait pas éteint le feu, elle aurait brûle. Allez! si f avais un sar/uan morceau de bois pareil, feu ferais du bon /eu !

» Qu'il aurait même dit que les catholiques étaient des idolâtres, adorant des images, que même la messe était une idolâtrie.

» Déclare encore qu'il est notoire audit Dour que c'est ledit Gilles Laurent qui préside auxdites assemblées quand Etienne Lejeune n'y est point, et que c'est lui Laurent qui va, de maison en maison, solliciter ceux qu'il peut de suivre la Religion prétendue réformée, et en conséquence de se trouver aux dites assemblées

» Croit que c'est le même Gilles Laurent qui a sollicité et accompagné Pierre Stiévenart et Victor Lejeune, pour s'aller marier à Tournai et au Sas-de-Gand, devant des minisires hollandais, qu'd va même souvent en Hollande, d'où il en revient bien vêtu et plus remplumé, si avant qu'il est nommé communément le Messager d'Hollande ou du Sas-de-Gand.

» Qu'enfin ledit Gilles Lnurenl est regardé pour celui qui corroinpl et infecte toute la paroisse, et que ses principaux sectateurs sont Pierre Stiévenart, Victor Lejeune, qui parai! plus instruit dans sa mauvaise religion, mais qui, depuis quelques semaines, semble donner quelques marques de sa conversion.

» W ajoute que ledit Jacques Dervaux aurait dit dans un cabaret, il y a trois ans, ou euviron, lorsqu'on portait le Viatique aux malades, qu'il n'y avait que du pain, se raillant beaucoup de ceux qui accompagnaient le Seigneur.

» Qui est ce qu'il a dit savoir, surtout dûment enquis, sauf qu'il a entendu dire que ledit Gilles Laurent avait un jour brisé un crucifix, qui était près de l'hermilage de Coquart, exposé à la révération du peuple.

» Soit mémoire qu'il a aussi déclaré (|u il ne croyait pas, et même avec fondement, qu'il était |)lus d'un tiers du gros du village bon catholique.

» Après lecture, il a signé.

» {S.) AL J. Bever, vicaire à Dour. »

« V. Jean-Baptiste Deiilin ('), prêtre de la Compagnie de Jésus, en âge de quarante-cinq ans, a|)rès serment prèle ainsi qu'à son étal appartient, a dil que conduit avec le Père François Carette, de la même Compagnie, au village de Dour, au mois de décembre de l'année dernière, pour lâcher de ramener au giron de l'Église, par leurs exhortations, ceux de la Religion prétendue réformée, dont le bruit du désordre et de scandale était parvenu jusqu'à eux, ils commencèrent leur mission le jour de Saint-Thomas, et la finirent trois semaines après, de laquelle il a reconnu avec douleur le grand nombre des paroissiens infectés, que l'on fait monter a trois quarts du village, selon que le maieur Dechamps, le médecin Storez et le chirurgien Aupic fils lui ont dit et assuré différentes fois, du moins ledit Aupic.

» Qu'il a oui dire constamment audit lieu que plusieurs desdits habitants

(1) Jean-Baplisle Deulin, f ^ Ctiaricroi en 1704. « Préfet des cas de conscience » à Valencieniies en 1758. fi Tournai en 1701. Auteur d'un traité intitulé : Disqtiisitiones biblicae sludiosis Scripturae. (C. Sommervogel, Bibiioilièque de la Compagnie de Jésus.)

AU XVIlh SIÈCLE. — NOTES ET DOCUMENTS. 73

s'assemblaienl publiquement, tous les dimanches, chez Gilles Laurent, se référant pour le surplus des faits à son acte de relation de ladite mission du douze janvier dix-sepl-cenl-cinquante.

» Lecture ayant été donnée de sa présente déclaration, il a persisté et signé.

» (S.) J. B. Deulin, de la Compai^nie de Jésus. » « Ainsi besoigné-: {S.) De Bmre; De Wolf; De Zomberghe; A.Durieu. »

Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 707.

IX. — Dépêche du Gouverneur général des Pays-Bas, prescrivant une enquête sur la situation religieuse dans la commune de Dour (21 février 1750).

Le Conseil de Hainaul déléguera un de ses membres afin de procéder à une enquête sur les faits dénoncés. — Celte enquête, qui devra être conduite avec la plus grande discrétion, devra porter notamment sur le point de savoir si les incriminés sont des protestants de naissance ou si ce sont des apostats.

Au Conseil de Hainaut,

« Charles Alexaindre, etc.,

» Aiani eu rapport de la représentation que vous nous avez faite, le 4 7 de ce mois, au sujet de deux mariages que des habitants du village de Dour auroient contraclés devant des ministres hérétiques, ainsi (|ue des sentences qui ont été rendues stir cet objet par TOfficial de rarchevêohé de Cambrai, et enfin de (|iielques autres dé.'^ordres qui se seraient glissés dans le même village sur le fait de la Religion, .Nous vous faisons la présente pour vous dire que le zèle dont nous sommes animés pour tout ce qui peut intéresser le maintien de notre Sainte Religion, exigeant que Nous soyons instruits à fond de toute cette affaire, afin de pouvoir ensuite y porter d'autant mieux le remède convenable, Nous voulons que le Conseiller de Secus, de concert avec le Conseiller Avocat de Sa Majesté, prennent sur le tout des informations pertinentes, en s'informant nommément si les personnes dont les Tome IX. — Lettiœs, etc. tO

mariages ont donné lieu aux sentences de l'Official de Cambrai ont professé ci-devant la Religion catholique, ou si ce sont d'anciens Protestants, et de même, si ceux qui ont donné ks scandales rappelés dans le rapport des deux Pères Jésuites, qui ont fait la mission à Dour, professent ou ont jamais professé la Religion catholique.

» Ils s'informeront do plus du détail de tous ces scan^iales, ainsi que des circonstances dont on les a accompagnés, en entendant |)Our cet effet le curé et autres personnes de probité, et ils Nous en feront ensuite leur rapport avec leurs avis sur la matière. Nous les prévenons néanmoins qu'il est essentiel que cps informations se prennent avec tout le secret, toute la circonspection et loui le ménagement qu'il sera possible d'y apporter.

» Dans l'enlretemps, vous sus|)endrez celles que vous avez déjà commencé de prendre, et non seulement vous vous absiiendrez de [lorler quelque décret sur la matière, mais vous forez aussi secrètement insinuer au curé de Dour qu'en cas où il survienne là dessus quelque nouveauté dans sa paroisse, il fera bien de vous en informer d'abord, afin que vous Nous en rendiez compte pour recevoir nos ordres.

» Au surplus. Nous désirons que vous écriviez à l'Archevêque de Cambrai, en cas qu'il se trouve à Cambrai, ou en cas d'absence, à ses Vicaires généraux, une lettre dont vous tirerez les termes et la substance du mémoire ci-joint, et vous Nous rendrez compte de la réponse que vous aurez reçue.

» [S.) Charles Alexandre de LorraiiNE. »

Annexe à hi (lépérhe du Gouverneur f/éncral.

Mémoire contenant les termes et la substance d'une lettre à écrire par le Conseil de Hainaut à M. l'Archevêque de Cambrai ou, en cas d'absence, à ses Vicaires généraux.

« Le Conseil écrira à .M. l'Archevêque de Cambray, qu'ayant examiné alloiitivement le réciuisiloire (|ui lui a été adressé par l'Official, à l'elTet de faire exécuter les doux sentences qu'il a rendues, le 30 janvier dernier, au sujet de deux mariages contractés par devant des ministres hérétiques par

AU XVHl» SIÈCLE. — NOTES ET DOCUMENTS. 75

des habitants du village de Dour, il n'auroit pas manqué de condescendre d'abord à une demande si juste en elle même, s'il n'avoit pas regardé l'affaire comme fort délicate, à cause des conséquences qu'elle peut entraîner envers les catholiques qui habitent sur la frontière dans les États des Puissances Protestantes.

» Que cette considération a engagé le Conseil à en rendre compte à Son Altesse Royale; que ce Prince, rempli de zèle pour le maintien de la Religion, a déjà donné ses ordres pour que l'on examine scrupuleusement toute celte affaire, ei que dès qu'elle aura été éclaircie, Son Altesse Royale prendra les arrangements les plus convenables pour extirper le scandale, et pour que les deux Puissances, ecclésiastique et temporelle, puissent y travailler de concert, de la manière qui sera estimée la plus avantageuse pour le bien de la Religion en général.

» Que, dans l'entretemps, la prudence semble exiger que l'on ne presse point l'exécution des sentences dont il s'agit. »

Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 707.

X. — Procès-verbal de l'enquête à laquelle il a été procédé, sur l'ordre du prince Charles de Lorraine, par les conseillers de Secus et de Zomberghe (24 février et 14 mars 1750).

Du 24 février i750. fn formation tenue, en suite du décret de Son Altesse Royale, du vingt un de ce mois, par les conseillers de Secus et de Zomberghe, celui-ci Avocat de Sa Majesté, commissaires dénommés par ledit décret, siir le scandale au fait de la Religion, qu'on dit être arrivé dans le village de Dour, lesdits commissaires s' étant assumés pour adjoint le Greffier au Conseil d'Hainaut, Durieu.

VI. François Carette, prêlre de la Compagnie de Jésus, de la communauté du collège de celte ville de Mous, après serment prêté ainsi qu'à son état appartient, a défiosé qu' « ayunt appris qu'il y avait beaucoup d'hérétiques dans la paroisse de Dour, il a entrepris d'y faire la mission avec le

76 LE PROTESTANTfSME DANS LE HAINAUT

Père Jean-Baptisto Deulin, à quel effet ils s'y rendirent, la veille de Saint- Thomas dernier, et reconnurent le plus grand nombre des habitants dudit lieu n'avoir guère de Religior); il a même ouï dire des ecclésiastiques qui y sont et de certains séculiers, (|ue la plus grande partie de la paroisse était infectée d'hérésie, el ce qui lui donne lieu de le croire, est que le Père Deulin, son compagnon, aiant remarqué qu'une fille, dont il ignore le nom, se servait dans l'église d'un livre intitulé : Profession de foi, de Calvin, il le lui arracha des mains.

» A cette occasion, il fil de suite dans l'église une petite exhortation au peuple, lui représentant jusqu'où on perlait l'impiélé, puisqu'on se servait d'un pareil livre dans l'église, ce qui fut reçu avec une huée insultante, que donna à son compagnon une bonne partie de l'assemblée, sans néanmoins que le déposant puisse déterminer quelque personne en particulier.

» Dit que son compagnon s'expliquant une autre fois, en chaire, sur la Sainte- Eucharistie, et une troisième fois, sur le danger qu'il y avait de lire des livres hérétiques, il reçut encore, dans ces deux occasions, la huée d'une bonne partie du peuple qui s'y trouvait, mais toujours sans que le parlant ait pu reconnaître quelques personnes en particulier qui faisaient ces insultes.

» Déclare qu'il a ouï parler beaucoup des deux mariages, l'un fait au Sas-de-Gand par Victor Lejeune, et l'autre à Tournai, pardevanl des ministres hérétiques, par Pierre Sliévenart, mais il ignore depuis quel temps ceux qui ont contracté ces prétendus mariages étaient hérétiques, affirmant que ces mariages donnent beaucoup de scandale dans Dour et les lieux circonvoisins.

» Étant tout ce qu'il sait des faits qu'il a remarqués par lui-même, le surplus n'étant que des fails en général, que plusieurs personnes lui ont rapportés, en particulier que certains du village s'assemblaient les dimanches pendant la grande messe de b paroisse chez Gilles Laurent, où ils faisaient une sorte de prêche, el chantaient les psaumes de Clément Marot, et, en oulre, que ceux infectés d'hérésie inquiétaient de temps en temps les Catholiques, leur tenant des discours insultants à notre Sainte Religion.

» Après lecture, a persisté el signé.

» {S.) François Cahetie, prêtre de la Compagnie de Jésus. »

AU XVni» SIECLE. — NOTES ET DOCUMENTS. 77

Du 26.

VII. Nicolas Descamps, Maïeur do Doiir depuis dix-sept ans, en âge de qiiarantre-trois ans. Après serment prêté de dire vérité, a déposé que « se trouvant, dans le mois de mars 1743, dans la maison de Catherine Audin, veuve d'Etienne Floquez, cabaretière à Dour, où se trouvait aussi Gilles Laurent, habitant audit lieu, avec lequel le S' Storez, actuellement médecin, demeurant audit lieu, ayant eu une conversation sur la Religion, ledit Laurent s'en expliquant avec chaleur, le parlant ouït qu'il disait audit Storez que le sacrifice de la iMesse n'était qu'une idolâtrie, et que tous ceux qui y assistaient étaient vraiment des idolâtres. A quoi le déposant repartit : vous êtes donc idolâtre aussi, puisque vous avez fait, il y a quelque temps, dans l'église de Dour, une profession de foi, et que depuis vous avez assisté à la messe. A quoi il a répondu qu'il n'avait pas fait cette profession, et qu'il s'était contenté de marmotter quelque chose entre les dents.

» Le dit sieur Storez et un nommé François, qui demeurait lors à Dour, et actuellement boulanger à Sainl-Ghislain, qui élail aussi présent an discours impie qu'il vient de rappeler, pressèrent aussi ledit (Jilles Laurent à celte occasion, qui ne pouvant autrement se débarrasser par ses discours, menaça ledit Storez de lui doiuier un coup de fourche, lui faisant la prédiction qu'il mourrait de la peste cette année.

» Dépose (pi'il élail présent lorsque les missionnaires prêchant et faisant quelque exhortation au peuple, une quanlilé de personnes, qui, sans doute, sont infectées d'hérésie, se mirent à lui donner la huée, ce qui est arrivé différentes fois, et encore, en dernier lieu, au sermon que fil dimanche dernier le S' Jourez, leur vicaire, et cela à l'occasion de ce qu'il recommandait aux maîtres charbonniers d'envoyer au catéchisme leurs petits ouvriers, vulgairement appelés sclauneurs.

)) Déclare que, toui communément, on dit dans le lieu qu'il s'y fait une sorte de prêche, qu'à cet efïet le plus communément ils s'assemblent chez ledit Gilles Laurent les jours des dimanches, depuis huit heures jusques à neuf ou dix heures, qu'ils y chantent les psaumes de Clément Marot, que ceux qui se trouvent le plus ordinairement à ces assemblées, ainsi que le déposant l'a ouï dire, sont ledit Gilles Laurent, Pierre Stiévenart, dilCatron,

Victor el Élienne Lejeiine, Jacques Dervaux, Anne Défrise et N. Dehon, de Warquignies.

» Que cela va jusqu'à un tel excès, que ledit Gilles Laurent a dit à Jean-Ba|)tisle l5erlaimonl, fils de Simon, que si celui-ci, dont la [irofession est d'entreprendre des bàiiments, voulait leur faire bâtir un temple, ce ne serait point sans nécessité, puisque le leur menaçait de crouler, ce que, cependant, il ne sait (jue de ce que ledit Jean-liaptisle lui a dit, à qui ledit Laurent tint ces discours.

» Dit que, parlant des huées données aux prédicateurs, il a omis de dire qu'il n'avait reconnu personne, (|u'ainsi il ne saurait désigner personne en particulier' de ceux qui les avaient excités ou y participé.

» Dépose que les prétendus mariages de Victor Lejeune et de Pierre Stiévenari, faits pardevant des ministres hérétiques, donnent beaucoup de scandale dans Dour et les lieux circonvoisins, et que les deux avant-nommés ont abandonné la Religion catholique, ou cessé d'en faire les fonctions depuis sept à huit ans, ainsi que le croit le parlant, que leurs prétendues femmes continuent cependant de fréquenter l'église, sauf celle de Victor Lejeune, qui s'en est absentée depuis un an environ.

» Quant audit Gilles Laurent, il a abandonné de faire les fonctions de notre Religion, deux ans ou environ après qu'il fit sa profession de foi publiquement dans l'église, ce qui arriva en 1734.

» Et quant à Élienne Lejeune, il désista environ l'année 4 740; Jacques Dervaux à peu prés dans le même temps, el Anne De Frise, depuis six à sept mois, ne sachant rien à cet égard pour ce qui concerne N. Dehon, parcequ'il est habitant de Warquignies, distant de Dour d'une lieue ou environ.

» Après lecture, il a persisté el signé.

» (S.) N. DtscAsiPs. »

Du 27.

Vin. PiEURE-JoSEPH EsroKKz, médecin, demeurant à Dour, en âgedetrenletrois ans, après serment préié, a déposé que, « dans le mois de mars '1743 ou environ, ne pouvant autrement déterminer le temps, se trouvant dans le cabaret de Catherine Audin, veuve de N. Floquez, demeurant à Dour, oii

élaieni aussi Nicolas Decamps, maïcur dudil lieu, le nommé François, lors boulanger à Dour, el à présent à Sainl-Gliislain, et Gilles Laurent, s'élanl agi entre les quatre avant nommés de parler de la Religion, après certaines contestations, ledit Laurent se porta contre les nôtres à un tel excès, que de dire (|ue le sacrifice de la messe était une idolâtrie, et que tous ceux qui y assisiaient étaient en effet des idolâtres, ce qui scandalisa toute la compagnie et la mil dans une i^rande consternation, ledit Laurent ayatit lors fait au parlant une sorte d'imprécation, ajoutant qu'il mourrait de la peste cette année.

» Dépose que Gilles Laurent, Pierre Stiévenarl dit Catron, Victor et Etienne Lejeune, Jacques Dervaux, Anne Défrise, tous habitants de Dour, el Macaire Dehon, de Warquignies, sont regardés dans le lieu comme hérétiques les plus obstinés, qu'on dit que les dimanches, entre huit et dix heures, ils s'assemblent, pendant la messe paroissiale, chez ledit Gilles Laurent, que celui-ci y préside, qu'on y chanie à basse voix, et qu'on y fait autres fonctions de leur Religion, ce qui cause beaucoup de scandale dans le lieu.

» Il a dit ci-devant que ceux ci-dessus nommés étaient regardés comme les plus obstinés, parcequ'il en est beaucoup dans Dour qui, en secret, pensent de la même façon que ceux-ci, dont le nombre, dans le gros du village de Dour, va au moins aux deux tiers, ce qu'on remarque tout particulièrement dans les sermons des ecclésiastiques de Dour et des missionnaires qui y ont été, surtout quand ils s'expliquent à l'égard du purgatoire, du culte des saints et en particulier de la Vierge, car lors, une |)artie de l'assemblée, et surtout ceux qui sont dans le bas de l'église, ne manquent pas de donner la huée aux prédicateurs, ce qui consiste dans un bruit sourd.

» il pourrait ajouter qu'il a ouï dire que, dimanche dernier, il s'était pratiqué la même chose au sermon du sieur Jourez, vicaire de Dour, ce qui a été même si avant, que, ne pouvant achever son sermon, il a dû descendre de la chaire, mais il se croit obligé de dire que celle grande huée qu'il y a lors eu, peut en partie être atiribuée à ce qu'ayant recommandé qu'on envoie les esclauneurs, autrement dit les enfnnls travailleurs dans les fosses, au catéchisme, depuis onze heures jusqu'à deux, ce temps n'était pas |)ropre pour ces petits ouvriers, dont l'absence aurait dérangé les ouvrages des fosses à houille.

» Dit qu'ils ne se contenlent poinl de donner ce scandale dans Téglise, mais que fort souvent ils en pratiquent d'autre, puisque la procession, accompagnée du Seigneur, se faisant sur le cimetière, une bonne partie de ces gens, se reliranl de l'église et du cimetière, se rendent sur la place qui est au pied dudit cimetière et demeurent là, fort à portée, le chapeau sur la tête et la pipe en bouche, causant et riant, ce qui donne beaucoup de scandale et fait peine aux bons catholiques.

» Il ne rapporte point ici nommément ceux qui causent ce scandale, puisqu'ils sont en trop grand nombre, lesquels ne sont point les six de Dour, ci-devant nommés, parce que ceux-ci ne fréquentent plus du tout l'église paroissiale.

» Affirme que les prétendus mariages de Victor Lejeune et de Pierre Sliévenarl, faits au Sas-de-Gand et à Tournai, pardevant des minisires hérélique>, causent beaucoup de scandale dans le lieu.

» Sait que ceux-ci, ainsi que les autres qu'il a nommés ci-dessus, ont fait ci-iievanl les fonctions de notre Religion, fréquentent même les sacrements, mais ne saurait délenniner le temps depuis lequel ils ont désisté.

» Après lecture, il a persisté et signé.

» (S.) P. J. ESTOREZ. »

Du 28.

IX. ANTOl^E Aupic, garçon chirurgien, sous Simon, son père, demeurant à Dour, en âge de vingt-huit ans, après serment prêté de dire vérité, a déposé qu' « ayant été convenu que les sieurs Dernière et Bevers, le premier coadjuteur de la cure de Dour et le second vicaire, se rendraient dimanche malin, quinze de ce mois, chez Gilles Laurent, pour observer ce qui s'y faisait dans les assemblées, que ceux entachés d'hérésie y forment ordinairement les dimanches, enire huit et dix heures du malin, le déposant s'y rendit aussi, sous prétexte de quelques afl'aires, mais, à son arrivée, il reconnut que lesdils Hcrnière et Bevers en étaient déjà sortis, ce que lui conta ledit Gilles Laurent, lui disant qu'il ne savait pas ce (|u'ils y étaient venus faire, et que sans doute ils croyaient qu'ils auraient trouvé quatorze ou quinze personnes assemblées chez lui, ajoutant que ces deux ecclésiastiques et autres avaient voulu faire passer les mariages de Victor Lejeune

et de Pierre Sliévenarl pour concubinage, mais qu'ils avaient été bien trompés, puisqu'ils avaient perdu leur procès a Mons, et qu'il faudrait que les conseillers soient bien aveugles pour juger de cctie alïaire.

» Â celle occasion, ledit Laurent lui rappela ce qui s'était passé au sujet du mariage d'Antoine Sliévenarl, dit Hapin, habitant de Dour, qui a épousé Catherine Défrise, sa cousine, el lui dil (|ue ledit Sliévenarl devant passer par des dépenses pour conlracler son mariage, el le curé, l'ayant en haine, avait empêché qu'il les obtint par la voie de Cambrai, lellemenl, qu'il fut obligé de s'adresser au Nonce, ce que sachant ledit Laurent, il dit audit Stiévenart, ainsi qu'il le conla au parlant, qu'il ferait bien de mettre une pislole entre les mains du secrétaire du ^'once, à la faveur de laquelle il obtiendrait bien vite ses dispenses, ainsi qu'il était arrivé.

» Ajoutant que le curé en avait été fort surpris, puisque celui-ci avait déjà prévenu ledit Sliévenarl qu'il ne les obtiendrait point avant six semaines.

» A celle occasion, il lui dit qu'avec de l'argent on obtenait ces sortes de choses aisément, que les places de nonce se donnaient à Rome, à ferme el au plus offranf, tout comme on passe ici les fermes en admodialion, el ((u'ainsi les nonces tiraient des dispenses des mariages des sommes très considérables et enfin tout ce qu'ils pouvaient; ce qui se passa entre le déposant el ledit Laurent seulement.

» Déclare qu'assez ordinairement, lorsque, prêchant à Dour, ou s'explique sur la Religion et sur ceux qui sont infectés d'hérésie, il arrive qu'une bonne partie de l'assemblée fait, par raillerie, certain bruit dans l'église.

» Affirme qu'on dil conimunémenl dans le lieu qu'il se fait une sorte de prêche tous les dimanches, entre huit el dix heures du malin, chez Gilles Laurent, où se trouvent celui-ii, Pierre Sliévenarl, dit Calron, Victor el Etienne Lejeune, Jacques Dervaux, demeurans à Dour, et Alacaire Dehon, à Warqnignies.

» Que ledit Etienne Lejeune était un des principaux, lellemenl, qu'il méritait le nom de ministre, mais on dit que depuis quelque temps il ne fréquente plus ces assemblées, el qu'il seroit quelque apparence de résipiscence.

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