Tome IX. — Lettres, etc
XL — Rapport du Conseiller de Secus et de l'Avocat fiscal de Zomberghe, commissaires à l'enquête concernant les hérétiques de Dour, adressé au Prince Charles de Lorraine, le 17 avril 1750.
Les vicaires généraux de Cambrai, rendanl hommage au zèle religieux du Prince, ont consenti h suspendre la sentence ilè l'Officialité, espérant, d'ailleurs, que les mariages incriminés ne seront pas considérés con)me légitimes. — Discrétion avec laquelle on a procédé. — Propos tenus par Gilles Laurent. — Propagande à laquelle il s'est livré, malgré ses dénégations. — Irrévérences commises dans l'église de Dour. — Mariages contractés devant des ministres prolestants au Sas-de-Gand et à Tournai. — Hôle joué par Gilles Laurent dans celte affaire. — Abjuration d'Etienne Lejeune. — Gilles Laurent accusé d'avoir mutilé un crucifix. — Les commissaires proposent de le condamner au bannissement perpétuel. — Les mariages contractés par des régnicoles devant les ministres étrangers sont nuls de plein droit et ne peuvent être tolérés. — Conseils d'indulgence à l'égard de Pierre Stiévenart.
« iVIONSEIGNEUR,
» Ensuite de la représenlatioii faite, le 1 7 février dernier, |)ar le Conseil de Hainaut, au sujet de deux mariages conlraclés par des hal)ilanls du village de Dour, devant des ministres hérétiques, des sentences qui ont élé rendues par l'Ofïîce de rArchevêclié de Cambrai, et enfin au sujet de quelques autres désordres qui se seraient glissés dans le même village sur le fait de la l^eligion, il a plu à Voire Altesse Royale de faire adres.ser audit Conseil de Hainaut son décret du 21 dudil mois, en salisfaction duquel il a écrit, suivant la minute jointe audit décret, aux Vicaires généraux de Cambrai, en Tabsence de l'Archevêque, lesquels, par leur réponse, nous ont fait connaître qu'ils étaient fort sensibles au zèle de Votre Allesse Royale pour le maintien de notre Sainte Religion; qu'il avait élé résolu que l'on difTérerait l'exécution des deux sentences rendues contre les habitants de Dour, que cependant tout leur faisait espérer que des mariages, nuls de droit, contractés devant des ministres hérétiques, et suivis d'une cohabitation concubinaire au vu et au su d'une nombreuse paroisse, ne seront point réputés légitimes, surtout ayant été attentés par des personnes nées dans lesein de l'Église Catholique, de laquelle quelqu'unes de ces mêmes personnes ne se sont séparées que depuis peu d'années.
» En satisfaction aussi du même décrel, les conseillers de Secus et de Zomberghe, celui-ci Avocat de Sa Majesté, ont informé sur les faits y contenus, ayec toute la circonspection possible, pour que rien ne transpire dans le public.
» En effet, nous croyons qu'il n'est que ceux dont on n'a pas pu se passer qui en ont connaissance, tous les témoins nous ayant affirmé qu'ils avaient grandement intérêt de cacher cette affaire, dans la crainte qu'il ne leur arrive quelque accident fâcheux, s'il était connu par ceux infectés d'hérésie qu'ils auraient eu quelque part dans les poursuites qu'on ferait à leur charge; nous avons même négligé d'entendre certaines personnes dont la discrétion nous était suspecte.
» Il n'est point douteux, Monseigneur, que la plus grande partie du village de Dour ne soil infectée d'hérésie, quoi qu'il n'en soit que cinq ou six qui en fassent profession ouverte; il n'est point aussi douteux que ceux-ci s'assemblent dans la maison de Gilles Laurent, tous les dimanches, pendant la grande messe paroissiale, où ils font leurs lectures et prières ordinaires, et si ouvertement qu'ils n'en font aucun mystère.
» Ledit Gilles I^anrent a même proposé, dans un cabaret, en présence de plusieurs personnes, au dix-huitième témoin (*) entendu dans l'information, de leur bâtir un temple, lui promettant de payer l'intérêt de la dépense.
» Ce même Gilles Laurent, Pierre Stiévenarl et Jacques Derveaux, parlant au coadjuteur de la cure de Dour et au vicaire, qui s'étaient rendus chez ledit Laurent, leur ont dit qu'ils s'assemblaient pour expliquer l'Écriture sainte, où ils trouvaient la vie et la nourriture de leurs âmes, que leur religion et l'Evangile les y obligeaient, citant le texte : où il y en a deux ou (rois assemblés en noire h«/h, le Seifjneur se trouve au milieu d'eux, et qu'enfin personne ne pouvait les en empêcher.
» C'est ce que déclare le coadjuteur, premier témoin (-), et en outre que, dans une autre occasion, faisant quelques représentations audit Sliévenart, celui-ci convint des dites assemblées, ajoutant qu'il y irait ©ncore, que sa conscience et sa Religion l'y obligeaient.
(1) Jean-Baptiste Berlemont.
(2) Josepti Bernier.