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» Le seizième témoin (*) déclare aussi que, voyant ledit Sliévenart avec un livre sous le bras, il lui demanda s'il allait faire le prêche, et qu'il lui répondit (|u'il y allait en effet, et que, s'il voulait venir avec lui, il en profilerait comme les autres.
» El le troisième {^), parlant du prédit Gilles Laurent, affirme que, lui ayant dit que le bruil élail dans le villajie qu'il faisait le prêche, il lui répondit qu'ils le faisaient tous, qu'ils n'en usaient [xdiit comme les Catholiques Romains, que chez eux il n'était point de supérieur, et que le Seigneur avait dit à ses apôtres (|ue, parmi eux, le plus grand était le plus petit.
» C'est encore ce Gilles Laurent à qui le dix-huitième témoin, parlant des poursuites qu'il croyait (lue le juge d'Eglise faisait à sa charge, qui dit publiquement qu'il ne craignait rien, qu'il savait où s'adresser, qu'il fallait, pour le faire sortir, un ordre du Souverain, et que, telle chose qu'on fasse, il ne s'agissait plus pour lui de la Religion Catholique Romaine, et que les autres pouvaient professer telle religion qu'ils souhaiteraient.
» De cette réponse on pourrait croire que ledit Laurent est indifférent à la religion que professent les autres. Nous remarquons cependant, par la déposition du treizième témoin, que ce même Laurent lui a dit qu'il avait dû faire certaines dépenses pour soutenir ses adhérents dans leur croyance, qui, à l'occasion des missions dernières faites dans la paroisse, vacillaient sur leur religion, ajoutant qu'il avait eu (|uelques conversations avec Etienne Lejeune, qui était l'un de ses principaux sectateurs, et qu'il avait remarqué qu'il était tout disposé d'embrasser la Relision Catholique Romaine, comme il a fait en effet, il y a peu de temps, ainsi que Victor Lejeune, qui s'était marié en novembre 1748, au Sas-de-Gand, par-devant un ministre hérétique, l'un et l'autre ayant abjuré leurs erreurs dans l'église de Dour, ainsi que nous venons d'apprendre <lu Doyen de Chrétienté du district de Wons, qui nous a en outre dit que ce même Laurent, se consolant de la perte qu'il avait faite, s'était vanté d'en avoir engagé deux autres, qu'il avait conduits au prêche à Tournai.
» Continuant d'observer à Votre Altesse Royale la séduction dont use
(1) Gilles Barbier.
(2) Jean- Louis l.,oucliart.
AU XVIIl« SIÈCLE. — NOTES ET DOCUMENTS. iOI
ledit Laurent, pour engager dans l'erreur, nous rappelons encore la déposition du treizième témoin, à qui il a dit qu'il le plaignait beaucoup, et qu'il élait surprenant qu'un garçon d'esprit comme lui voulût professer la Religion Catholique Romaine, tandis que par l'Apocalypse, dont il lui cita quelques articles, on voyait manifestement que cette religion tombait en ruine.
» De la déposition du seizième témoin (*) on remarque encore que ledit Laurent, lui faisant une sorte de confidence, dit, d'un air gai et résolu, qu'il avait engagé un joli jeune homme pour être de sa loi, et que, s'il voulait avoir de son parti la moitié du village de Dour, il les y engagerait aisément; que, dans une autre occasion, il lui avait reproché, parlant de la Religion, qu'on ne saurait dire de quel parti il élait.
» On observe en outre de la déposition du dix-septième témoin [^), chez qui le' vicaire se trouvant, fit audit Laurent des représentations sur ce qu'il séduisait plusieurs personnes à abandonner la Religion CathoIi(|ue Romaine, à quoi il se contenta de répondre qu'il ne cherchait personne, mais qu'il écoutait ceux qui frappaient à la porte.
» Ce témoin ajoute qu'ayant dit audit Laurent qu'une femme, qui était de son parti, allait encore à la messe, il l'assura fortement qu'elle n'irait plus, et, en effet, elle ne s'est plus trouvée dans l'église depuis ce temps.
» Outre la séduction dont nous venons de parler, on remarque encore que le même Laurent tient dans les cabarets des discours insultants à notre Sainte Religion. Le septième (') et le huitième (*) témoins étaient présents, lorsqu'il dit (|ue le sacrifice de la messe n'était qu'une idolâtrie et que tous ceux qui y assistaient étaient vraiment des idolâtres.
» Ce fut aussi en présence des treizième (^) et quatorzième (^) témoins qu'il dit, parlant du culte des saints, que les Catholiques romains étaient des idolâtres, et que, par conséquent, leur Religion ne valait rien, ou, comme
(1) Gilles Barbier.
(2) Anne-Marguerite Berlaimont, femme de Gilles Barbier.
(3) Nicolas Descanips, maieur de Dour.
(+) Pierre-Joseph Storez, médecin.
(5) Jean-Louis Louchart.
(6) Pbilippe Henquinez.
i02 LE PROTESTANTISME DANS LE HAINAUT
le dii le qualorzième, que c'étail une idolâtrie de se mettre à genoux devant les images, ainsi que faisaient les Catholiques Romains, rappelant le commandement de Dieu de ne point faire des images taillées, pour les adorer. On observe que, parlant an dixième témoin ('), il lui tint à peu près les mêmes discours.
» C'est sans doute dans ces sentiments de mépris pour la vénération des saints, et en particulier de la Sainte-Vierge, que, parlant dans un cabaret, en présence de plusieurs personnes, et en spécial des onzième (2) et douzième témoins (^), du feu qui avait pris, il y a peu de temps, au voile de l'image de la Vierge, exposée dans l'église de Dour, que ce même Laurent dit que, si le clerc- marguiller n'avait point éteint le feu, la Vierge n'aurait pas fait de miracle pour s'en préserver, et que, s'il avait beaucoup de bois pareil, et aussi sec, se servant d'un terme du pays méprisant, il en ferait du bon feu.
» Ce fut encore dans un cabaret, et en présence des qualorzième (*) et quinzième (-') témoins, que ce même Laurent dit hautement que c'était une erreur de croire qu'il était un purgatoire; qu'à notre mort nos âmes dormaient ou reposaient jusqu'au dernier jugement, et que lors elles iraient en Paradis ou en Enfer.
» Voilà, Monseigneur, le précis du contenu principal de l'information, dont les cinq premiers témoins ont été entendus, avant le décret de Votre Altesse Royale, par les commissaires du Conseil de Hainaut, et les autres par nous dénommés par le dit décret.
» On pourrait y ajouter les termes méprisants dont s'est servi ledit Laurent, parlant des dispenses de mariage que l'Église accorde, qui sont rapportés dans la déposition du neuvième témoin (**).
» Le surplus de cette inforniation concerne les irrévérences qui se com-
(1) François Fresier.
(2) Alexandre (îodefroid.
(3j Pierre Amaml.
(*) Pliilippe Henquinez.
(8) Antoine Capouillez, maître d'école.
(6) Anloine Aupic.
mettenl dans l'église de Doiir pondant l'élévation de la Sainte Messe, lorsqu'on y donne la bénédiction avec le Saint Sacrement; concerne aussi le bruit qu'on y fait pendant qu'on annonce la parole de Dieu, et enfin les mariages de Victor Lejeune avec Marie Saussez, fait au Sas-de-Gand, en novembre 1748, et de Pierre Sliévenart avec Jeanne LaurenI, à Tournai, le 4 2 octobre 1749, tous deux devant des ministres béréliques, et en outre celui dudit Victor Lejeune devant le Magistrat dudil lieu.
» Quant aux irrévérences et au bruit qui se font dans l'église, il n'est point douteux que \h plu|)arl des habitants élanl iiifec'.és d'hérésie, et fréquentant la paroisse par grimace, ceux-ci en soient les auteurs. Les témoins cependant n'ont pu déterminer aucun.
» Revenant à ces deux mariages, Votre Altesse Royale observera qu'ensuite de la sentence du juge d'Église, les prétendus maris et femmes ont subi un interrogatoire, dont nous joignons les copies (*), desquels on remarque que les maris sont nés dans la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, et qu'ils en ont toujours fait profession, sauf depuis cinq à six ans; que les femmes n'ont jamais désisté de faire profession de cette Religion, quoique ladite Saussez n'ait plus fréquenté la paroisse depuis son mariage, et ladite Laurent les sacrements, parceque le coadjuteur de la cure de Dour lui avait dit que, si elle se présentait à la Sainte Table, on lui refuserait la communion; que cependant elle a toujours été à la messe paroissiale, les dimanches et fêles.
» On observera encore de cet interrogatoire que ces quatre personnes n'ont jamais désisté d'être habitants de Dour, puisque ceux mariés à Tournai ne s'en sont absentés à cet efifet que pendant deux à trois jours et ceux au Sas-de-Gand pendant huit à neuf jours, et tous dans le dessein de continuer leur habitation dans ledit lieu.
» Que c'est encore ce Gilles Laurent (|ui a donné le conseil audit Victor Lejeune de se rendre en Hollande pour se marier; que c'est lui qui l'a conduit au Sas-de-Gand, et enfin que c'est le même avec autres qui s'est trouvé à Tournai, au mariage de Pierre Sliévenart.
(1) Ces copies n'ont pas été retrouvées.
104 LE PROTESTANTISME DANS LE HAIiNAUT
» On observe finalemeiU de ces inlerrogaloires que les assemblées de ceux qui font ouvertement profession de la Religion prétendue réformée se font pui)liquement tous les dimanches chez ledit Gilles Laurent, et de rin'errogatoire de Marie Saussez que le même Gilles Laurent l'a souvent réprimandée et son prétendu mari, de ce qu'ils ne s'y trouvaient, les exhortant de fréquenter ces assemblées.
» Monseigneur, rendant lavis dont nous sommes chargés par le décret de Votre Altesse Royale, Nous croyons qu'il serait assez inutile de nous expliquer à l'égard d'Etienne Lejeune, qui, ci-devant, était le plus zélé sectateur de la Religion prétendue réformée, puisque, comme nous l'avons dit dans le principe, il vient de faire son abjuration, ainsi qu'à fait Victor Lejeune, et dont le mariage, par conséquent, aura été solennisé en face de l'Église.
» Nous croyons qu'il serait aussi inutile de nous expliquer à l'égard des autres, qui fréquentent les assemblées qui se tiennent chez Gilles Laurent, parceque, s'il était pourvu à la charge de ce dernier, et au prétendu mariage de Pierre Sliévenart avec Jeanne Laurent, on aurait lieu d'espérer qu'insensiblement, avec la vigilance des ecclésiastiques de Dour et d'autres qu'on pourrait y envoyer, le scandale cesserait.
» Nous ajoutons avec la vigilance des ecclésiastitiues de Dour, parceque ce n'est que récemment qu'on a donné un coadjuteur au curé, qui, depuis longtemps, par rapport à son âge, est hors d'état de faire ses fonctions.
» Nous nous arrêterons donc, Monseigneur, audit Gilles Laurent et à ce prétendu mariage.
» Ce Gilles Laurent est né dans la foi Catholique, Apostolique et Romaine, de père et mère habitants de Dour, très braves gens et nullement suspectés en fait de Religion; c'est ce que déclare le seizième témoin (*).
» Il a été suspecté, en 1734, lors âgé de trente-sept ans ou environ, d'avoir brisé un crucifix, exposé près d'un hermitage, et de tenir des discours injurieux à notre Sainte Religion. Il fut interrogé et chargé par le juge d'Église sur les faits résultant de l'information.
(1) Gilles Barbier.
AU XVlll» SIÈCLE. — NOTES ET DOCUMENTS. Kr,
» Il s'est défendu d'avoir brisé le crucifix, dont il n'était point autrement de preuve à sa charge, et a soutenu dans son interrogatoire des propositions toutes contraires à la doctrine de l'Église, sauf qu'à la fin il les a rétractées, demandant pardon à Dieu et à la justice, promettant de faire de bon cœur, publiquement, pour réparer le scandale qu'il avait donné, une profession de foi, ce qui fut exécuté, à la porte de l'église de Dour, le cinq septembre dix-sept cent trente-quatre, ensuite de sentence dudit juge du vingl-liuit août paravant.
» Il a continué de fréquenter la paroisse et les sacrements pendant quatre à cinq ans. Mais depuis, étant retombé dans ses erreurs, il a désisté de faire aucune fonction de la Religion Catholique Romaine, et, sans doute à l'arrivée des troupes hollandaises dans ce pays, lui et ses sectateurs levant le masque, se seront crus autorisés de professer la religion prétendue réformée et d'en faire publiquement les fonctions.
» Nous avons exposé ci-devant ce qu'il résulte à sa charge des informations tenues en suite des ordres de Voire Altesse Royale, ce qu'il résulte aussi des inlerrogaloires faits par les juges d'Église.
» De tout quoi il appert qu'il est le fauteur des hérétiques qui se trouvent dans le lieu; (ju'au grand scandale des bons catholiques, il se fait chez lui une sorte de prêche; qu'il cherche à pervertir, pour le peu qu'on voulût lui prêter l'oreille, et qu'enfin il lient des discours infâmes et insultants à notre Sainte Religion.
» En conséquence, nous estimons qu'il en sérail bien assez pour se faire quitte de cet homme, dont la conduite est si contagieuse, le bannissant à toujours de la province, ce qui ferait faire aux autres des réflexions sérieuses, si |)oinl pour |)rendre le bon parti, au moins pour s'abstenir de donner aucun scandale.
» Nous ajoutons que, si nous avions été dans le cas de pouvoir informer ouvertement, nou* aurions peut-être pu mieux compléter la preuve pour la séduction et faire des nouvelles découvertes à sa charge.
» Venant au mariage de Pierre Stiévenart avec Jeanne Laurent, fait à Tournai, devant un ministre héréli(|ue, le 12 octobre 1749, il n'est point douteux, Monseigneur, que ce mariage ne soit nul, car, quoique les princes Tome IX. — Licttkes, etc. 14
prolestanls, ainsi que les Étais généraux des Provinces-Unies puissent délerminer les formalités pour la validité des mariages, ces ordonnances ou statuts ne peuvent opérer qu'à l'égard de leurs sujets. Ces deux personnes n'ont jamais désisté d'être habitants de ce pays, comme on le remarque de leurs aveux faits sur l'interrogatoire du juge ecclésiastique, leur prétendue religion réformée n'a pu les a>sujeitir aux lois des Provinces-Unies et les soustraire à celles de ce pays, qui, pour la formation des mariages, n'en reconnaît d'autres que celle prescrite par le Concile de Trente, agréé par nos souverains, tellement que nous estimons que le Ministre de Tournai a fait chose contre son devoir, s'arrogeanl l'autorité marier gens non sujets des États généraux des Provinces-Unies, ce (|u'a bien reconnu, comme nous le croyons, celui du Sas-de-Gand, car on voit de la déposition du treizième témoin ('), que Gilles Laurent el Victor Lejeune, qui venait de se marier, demandèrent à ce Ministre un acte de leur mariage, pour se mettre à l'abri des poursuites de leur curé. Il s'en esquiva, en prenant pour prétexte qu'il n'en avait pas besoin; que, s'il était inquiété, il n'avait qu'à lui en écrire, qu'eux Minisires, ne demandaient pas mieux que de recevoir des plaintes à ce sujet.
» Nous estimons donc. Monseigneur, (|ue ces sortes de mariages, si contraires au bien de l'Étal, ne peuvent être tolérés, qui, contractés par des gens domiciliés dans ce pays, ne sont que des concubinages ; que ce mal serait contagieux, s'il n'y était pourvu de remède convenable, que nous laissons à la délibération de Votre Altesse Royale.
') Cependant, nous croyons que, s'il était procédé à l'appréliension de Gilles Laurent, pour lui instruire son procès criminel, comme il en est matière, Pierre Stiévenarl, intimidé de ces poursuites, et peut-être touché de l'exemple d'Élienne el Victor Lejeune, prendrait le parti de soumission, el abjurant, comme ont fait ceux-ci, solenniserail son mariage en face de l'Église.
» Nous ajouterons que nous venons d'apprendre que ledit Gilles Laurent
(^) Jean- Louis I^oucliarl
AU XVIH" SIÈCI.E. — NOTES ET DOCUMENTS. 107
n'a jamais été marié el qu'il demeure seul dans sa maison, dont il s'absente souvent pour aller d'un endroit à l'autre.
» Nous avons l'honneur d'être, dans le plus profond respect, » Monseigneur,
» De Votre Altesse Royale,
» Les très humbles et très obéissants serviteurs.
» (S.) R. Secis.
>' De Zomberghe (i) ».
A Mons, le 17 d'avril 1750.
Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 707.