‹ Le Protestantisme dans le Hainaut au XVIIIe siècleChapitre 18 sur 28 · Tome IX. — LtriuES, etc. t · texte numérisé non relu

Tome IX. — LtriuES, etc. t

» Il est encore à observer que hier, qui était un jour de dimanche, ils avaient déjà convoqué une espèce de ministre étranger, qui a fait ses fondions dans une maison particulière. El aujourd'hui le bruit commun est qu'il y a prêché, que tous les assistants ont pleuré, et qu'on dit qu'il est beaucoup plus facile de se sauver dans leur religion que dans toutes les autres, parcequ'ils ont été tous à confesse dans un moment derrière un rideau. Jugez, Monsieur, si un curé peut entendre d'un air tranquille des pareils récits!

» Ce qui n'est pas à omettre non plus, et ce qui est même répréhensiblo par la police, c'est qu'un de ces gens, qui se déclarent connue protestants, a paru dimanche dernier dans l'Église, pendant la première messe, et a troublé tous les assistants par un bruit et un tapage affecté. Et cela dans le temps du sacrifice, et nonobstant les réprimandes qu'on lui a faites. Enfin les choses vont jusqu'au point qu'ils menacent ceux qui voudiaient s'opposer à leur dessein, et, si l'on peut juger sans témérité, on les soupçonne déjà d'avoir fait des affronts à ceux qu'ils croient être leurs adversaires.

» Voilà, Monsieur, à quoi les choses en sont : je vous fais part de ceci, autant que le devoir m'y engage, espérant que vous en userez selon votre prudence.

» J'ai l'honneur, etc.

» (^S.) Ballez, curé de Dour. »

Archives de l'Etat ï) Mons. 0/Jice fiscal du Hainavt. Dossiers et avis, 1788-1789.

XXVi. — Décision du Gouvernement en cause des prolestants de Dour

(24 novembre 1788),

Les propositions relatives aux frais du cuite protestant ne peuvent être admises. — Les renseignements touchant la personne du pasteur sont insuffisants. — La requête n'est pas accueillie.

« L'E.Mi'EHEUii ET Roi,

» Cher et Fé.\l,

» UapporI nous ayant été fait do l'avis que vous nous avez renilu, !<■ 10 du mois dernier, sur la requête que nous avaient présentée les proie;-

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lanls de la commiinaulé de Dour, tendante à obtenir un oratoire privé,

Nous avons chargé les suppliants de nous faire connaître au juste la relifîion

qu'ils professent, leur nombre, le pasteur qu'ils se proposaient de prendre,

les moyens qu'ils avaient de l'entretenir et l'emplacement où ils entendaient

d'ériger leur oratoire, et comme il résulte de leur réponse ci-jointe (*) qu'ils

ne suggèrent pour le salaire et l'entretien du pasteur que le produit de la

dime de la paroisse, ou une pension à lui accorder sur le trésor royal, et

pour remplacement de leur oratoire qu'un terrain appartenant à l'abbaye de

Saint-Ghislain, et que d'ailleurs ils ne font nullement conster des mœurs, de

la probité et de l'intention dans laquelle serait le ministre protestant

Devisnie de venir se domicilier sur les terres de la domination de Sa Majesté,

nous nous faisons la présente à la délibération de notre Conseil Royal du

Gouvernement pour vous charger de faire connaître aux suppliants que,

dans cet état des choses, la demande ne peut point leur être accordée.

» Au Conseiller fiscal de Hainant.

» (Signature illisible). »

De Bruxelles, le 24 novembre 1788.

Archives de l'État à Mons. Office fiscal du HainaïU. Dossiers et avis, 1788-1789.

XXVII. — Lettre du Curé de Dour au Conseiller fiscal Papin (1788).

Il serait utile de faire de nouvelles perquisitions pour découvrir les livres protiibés. — II y aurait également lieu de poursuivre ceux qui font acte de prosélytisme en faveur de l'hérésie.

Dour, le 13 décembre 1788.

« Monsieur,

» Ayant eu l'honneur de la vôtre, j'ai donné hier un mot de réponse à M. Chevalier; mais en conséquence de sa dépêche contre nos apostats, M. de Dour me demande s'il ne serait pas à propos de faire la visite pour les livres prohibés, et il désire savoir si celte visite regarde son office.

(1) Voir cette réponse, annexe de la requête du 19 novembre 1788.

» En outre, ne conviendrait-il pas de saper dans ce moment et d'abolir par un coup d'éclat toutes ces assemblées qui sont de votre connaissance, et qui ont eu lieu jusqu'à présent dans ma paroisse, et même d'imposer une peine comminatoire à quiconque tiendrait des propos de séduction, ou contraire à la Religion catholique, ainsi qu'il s'en est tenu depuis peu dans les cabarets et même dans les villages étrangers, mais quant à ces derniers articles, l'Office en fera son affaire dans ses informations qui se continuent au sujet de la séduction.

» Réfèrent ces différents articles à votre prudente direction, j'ai

l'honneur, etc.

» [S.) Hallez, curé de Dour. »

Archives de l'État à Mons. Office fiscal du Hainaut. Dossiers et avis, 4788-1789.

XXVIII. — Pétition adressée par les protestants de Dour à Joseph II

Les pétitionnaires rappellent leurs requêtes antérieures. — Ils protestent de leur loyalisme et font valoir leur fidélité à l'Empereur au cours des troubles de 1787. — Attestations produites en faveur du pasteur Devisme. — Offre d'un terrain. — Les protestants de Rongy, moins nombreux, ont été autorisés à ériger un oratoire. — Les pétitionnaires sollicitent le même traitement équitable de la part du Gouvernement.

« A Sa Majesté l'Empereur et Roi,

» Les familles protestantes du village de Dour en Hainaut, au nombre de vingt-huit et quatorze individus, lesquels sont de familles différentes, comme il ap|)ert de la pièce rappelée sub n° I à leur requête du 19 du mois dernier, dont copie est ci-jointe, ainsi que copie de leur première représentation tendant à obtenir un oratoire privé pour l'exercice du culte de leur Religion, ont l'honneur de représenter avec le plus profond respect que le Conseiller avocat de Votre iMajesté en Hainaut leur a fait connaître, par lettre close du il de ce mois, ci-jointe, que leur demande ne pouvait leur être accordée, à cause que par la réponse que les remontrants ont faite

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à rinjonclion, portée par l'appointement consié, le 20 ocloltre dernier, sur leur première requête, ils n'ont suggéré pour l'enlretien du pasteur (pje le produit de la dîme de la paroisse, ou une pension à lui accorder sur le trésor royal, et pour l'emplacement de leur oratoire (|u'un terrain appartenant à l'abbaye de Saint-Ghislain, et que, d'ailleurs, ils n'ont fait nullement consler des mœurs, de la probité et de l'intention dans la(|uelle serait le ministre protestant Devisme de venir se domicilier sur les terres impériales.

» Les remontrants, qui n'ont rien de plus à cœur que de pouvoir exercer le culte de leur Religion et de convaincre Votre Majesté de la droiture de leur projet, prennent la respectueuse liberté d'observer qu'ils n'ont point affirmativement demandé une pension sur le Trésor royal pour l'entretien du ministre Devisme, puisqu'il est dit dans son engagement, rappelé dans leur dernière requête, sub n° 2" et ci-jointe en copie, qu'au cas de refus, qu'il se contentera pour ses hoimraires des contributions de chaque famille, comme aussi de remplir envers les remontrants les obligations (|u'un bon et fidèle pasteur doit à son troupeau. Quant à la dîme dont ils ont parlé, ils ne croient point leur demande dénuée de tout fondement, attendu qu'elle est considérable, et dont les décimateurs, les religieux de l'abbaye de Saint-Ghislain pourraient retirer plus de quatre mille livres, toutes portions congrues payées.

» Mais, pour lever tout ce qui pourrait être obstatif à leur demande, les remontrants, qui ont toujours observé les édits de Votre Majesté avec tout le respect et exactitude requises, étant connus sous le nom de Borains de Dour impérialistes, à cause de leur fidélité inébranlable qu'ils ont montrée l'année dernière, pendant les troubles, nonobstant les menaces réitérées pour leur faire prendre et porter des cocardes patriotiques, se soumettent et s'engagent de faire domicilier et de salarier par eux-mêmes leur miinstre J. Devisme, dont les mœurs el probité se trouvent constatées par les pièces ci-jointes sub n°' II et 111, n'ayant d'autres vues pour venir se domicilier sur les terres impériales, que celles d'y administrer aux remontrants les secours spirituels dont ils sont présentement privés, puisque, par son engagement ci-joint sub n" IV, il promet de prendre son domicile à Dour, soit par intervalle, soit constamment, selon que Votre Majesté daignera ordonner.

» El quant à l'emplacement pour leur oratoire, ils ont un terrain couve-

nable appartenant à Pierre-Charles et à Jean-Baptiste Harmijsnies frères i^erinains, deux des renioniraiits, siiiié au cenlre de leurs foyers, tenant, au Nord, aux biens de la dite abbaye de Saint-Gliislain, au Midi, au |)avé de la Ooiseiie, au Septentrion à André Baler et à l'Orient, à la veuve de Jean-Bapiiste Berlemonl.

» Les remontrants espèrent donc d'obtenir leur demande, avec d'autant plus de raison, (|u"il a été permis depuis peu aux protestants de Rongy dans le Tournésis, au nombre de neuf familles seulement, d'y ériger un oratoire privé, pour y exercer le cuite de leur Religion, et pleins de confiance dans la sollicitude paternelle de Votre Majesté, qui, par Ses édils, a bien voulu tolérer l'exercice public de la Religion protestante dans ce pays, ils prennent de nouveau leur très bum])le recours vers Sa bienveillance.

» La suppliant en toute bumililé et soumission, de daigner leur permettre d'élever un oratoire privé pour l'exercice du culte de leur Religion et de s'y faire administrer les secours spirituels par le ministre protestant Devisme, se soumettant à cet effet de se procurer à leurs frais le terrain ci-dessus mentionné et de fournir par eux-mêmes à l'entretien du dit ministre, dont ils espèrent que ses mœurs, probité et son intention pour venir se domicilier sur les terres impériales sont sulïisamment conslatées par les pièces ci-jointes.

» (i'est la grâce, elc.

» (S.) F. De Mahieu, agent. »

Archives de l'Éiat à Mons. Office fiscal du Haivant. Dossiers et avis. 1788-1789.

XXIX. - Les protestants de Dour au Conseiller fiscal Papin (') (1788).

Ils couvriront les frais du culte par une contribution à organiser entre eux.

« Les familles protestantes calvinistes de Dour ont l'honneur de faire connaître à. Monsieur le Conseiller fiscal de Hainaul, avocat de Sa Majesté, Papin, que par l'appointement décerné sur leur dernière supplique, leur

(1) Sans date; envoyé à l'avis du Fiscal, le i8 décembre 1788.

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ayant été enjoint de donner connaissance des moyens qu'elles avaient pour fournir aux frais de l'enlrelien de leur Ministre, à celte réquisition n'ayant que répondu tout uniment qu'elles se |)roposaient de subvenir à son entretien à leurs frais et de leurs propres deniers, les représentants entendent par là de se faire autoriser à la fin d'asseoir une taille à faculté parmi eux; celle dernière réilexion étant néanmoins omise d;u)s la réponse qu'ils ont faite au Gouvernement.

» C'est pourquoi ils prennent la respectueuse liberié de supplier mondit sieur Conseiller Papin de lui en faire part dans son avis.

» De même que si celte marche ne paraît pas agréable à Sa iMajeslé, ils veulent bien se soumettre à donner assurance par rapport de biens, ou aulremenl, pour les frais de l'entretien de leur Ministre.

» (.S.) Jean-Baptiste Défrise, t) par ordre des représenlanls. »

I\ola : Pareille réilexion a été remise au Couvernemenl.

Archives de l'État à Mons. Office fiscal du Hainaut. Dossiers et av's, 1788-1789.

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