‹ Le Protestantisme dans le Hainaut au XVIIIe siècleChapitre 19 sur 28 · XXX. — Lettre du curé de Dour au Conseiller fiscal Papin · texte numérisé non relu

XXX. — Lettre du curé de Dour au Conseiller fiscal Papin

(22 janvier 1789).

Divisions qui vont naître dans les familles. — Plusieurs signataires rie la requête des protestants sont disposés à se rétracter. — Il s'adressera à son confrère de Quiévy, afin d'obtenir des renseignements sur la personnalité du pasteur que les réformés présentent.

Dour, le 22 de l'an 1789.

« Monsieur,

» D'après la communication que vous m'avez faite des nouvelles représentations de nos prétendus protestants de Dour, je crois devoir vous informer de quelques observations pour autant que vous les jugerez convenables :

» 1" Parmi les chefs de famille qui ont signé, il s'en trouve plusieurs

dont les femmes el les enfants demeurent attachés à la Religion t^ailiolique et réclamenl fortement conire le nouveau système de religion.

» Quelle (sicj uniformité et quelle roneorde pourra-l-il y avoir entre eux? ou plulôl quelle division el quelle mésintelligence ne régnera pas dans les familles ainsi partagées?

» 2° Déjà trois ou quatre de ceux qui ont signé m'ont parlé pour rentrer dans notre communion, et d'autres encore, à ce que j'aperçois, s'y disposent; ils paraissent même disposés à donner acte de rétractation pour leur signature.

» 3° Pour ce (|ui concerne leur ministre, si vous voulez, iMonsieur, me confier son nom, je me charge d'en écrire à M. le curé de Quiévy, que je connais, el qui me donnera, comme j'espère, tous les apaisements que vous pourriez désirer au sujet des actes qu'ils ont fournis.

» Je vous écris ceci. Monsieur, pour vous témoigner ma grande sollicitude pour renverser leurs projets, el daignez être persuadé de la plus grande ciroonspecliou de ma part, el du plus profond respect, elc.

» [S.) Ballez, curé de Dour. »

Archives de l'État à Mons. 0//ite fiscal du Hainaut. Vossiers el avis, 1788-1789.

XXXI. — Lettre de Maillard au Conseiller fiscal Papin (3 février 1789).

11 transmet une dérlaration des gens de loi de Quiévy, constatant qu'ils ont délivré, par ignorance et sans réflexion, au pasteur Devisme, un certilicat le qualifiant de « faisant les fonctions de ministre protestant «.

« Monsieur,

» J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint une pièce originale qu'il (sic) vous prouvera qu'il n'était que trop vrai que les gens de Loi de Quiévy-en- Cambresis ont donné un certificat, le 19 décembre dernier an nommé Devisme. habitant de leur paroisse.

» Ils sont honteux de cette action, qu'ils ont faite par ignorance et sans réflexion, à l'époque qu'ils venaient d'être nommés magistrats. 11 me parait

que vous pouvez attaquer celle pièce comme de nulle valeur, puisque nos lois ne permellenl pas d'église proleslanle.

» Les qualités, données par erreur au prétendu Ministre, (ouibant naturellement, d'après la loi générale, je désire que la pièce ci-jointe puisse vous être aussi utile que vous le désirez.

» (^uanl à moi, je ne peux pas me dispenser d'instruire notre Gouvernement des assemldées qui se font à Quiévy, ce que (sic) Devisme se permet de présider au mépris des ordonnances du Roy.

» Si je puis vous être de quelque utililé, je vous prie de disposer de celui qui a l'honneur d'être, etc.

» {S.) Maillakd. »

M* Papin, Conseiller fiscal du Conseil royal de iVlons.

Valenciennes, le 3 février 1789.

Archives de l'État à Mons. Office fiscal du Hainaut. Dossiers et avis, 1788-1789.

Annexe.

« Nous Mayeur et Échevins du village de Quiévy-en-Cambrésis, soussignés, cerlilions que le nommé Devisme, habitant notre communauté, nous auroil requis de lui délivrer un certificat en exprimant de conster de ses qualités, que c'est par erreur que nous l'aurions qualifié de faisant les fonctions de ministre proleslanl, puisque qu'elle (sic) est proscrite par les ordonnances du Roy ('); que cependant il est de noire connaissance qu'il

(1) L'édit de Tolérance, rédigé au mois de novembre 1787 par Malesherbes et enregistré par le Parlement de Paris le 29 janvier 1788, rendait les droits civils à « ceux qui ne professent point la religion catholique » et leur permettait l'exercice des métiers, du commerce et des arts. Il leur donnait le mojen de faire constater légalement leurs mariages, la naissance de leurs enfants, les décès de leurs proches. Le libre exercice du culte demeurait interdit à tous ceux qui n'étaient pas catholiques et l'accès aux charges fermé, mais ils avaient le droit de vivre, de jouir en paix de leurs biens et de la liberté de conscience. (E. Lavisse, Hintoire de France, t. IX', p. 343. ^ Voir aussi A. Chérest, La Chute de l'Ancien Régime, t. 1, pp. 387-39S.

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