‹ Le Protestantisme dans le Hainaut au XVIIIe siècleChapitre 20 sur 28 · Tome IX. — Lettres, etc · texte numérisé non relu

Tome IX. — Lettres, etc

138 LE PROTIiSÏANTISMt; DANS LK HAINAUT

s'est permis de prendre cette qualité en présidant aux assemblées des dits protestants qui se font .dans celle paroisse, à quoi nous nous obligeons de surveiller et d'empêcher lesdiles assemblées, en les dénonçant à Monsieur le Procureur général du Parlement de Flandre.

» (S.) Jean- Baptiste AIachu, mayeur.

PlEHRE-JoSEPH CaNONNE.

Ambroise Boittiau.

Jacques Bauduin.

Thomas Villette.

Jean- Baptiste Cagniolle.

» P. M. Lebrun. « Donné au dii Quiévy, le 3 février 1789.

Archives de l'État à Mons. Office fiscal du Hainaul. Dossiers et avis, 1788-1789.

XXXM. — Rapport du Fiscal Papin à l'Empereur sur une requête des protestants de Dour (21 avril 1789).

Il a retardé l'envoi de son rapport, parce qu'il avait des raisons de croire au prochain retour de plusieurs dissidents dans le giron de l'Église. — D'autre part, il avait conçu des doutes sur la valeur du certificat produit en faveur du pasteur Devisme. — La prétention des dissidents au sujet de la dîme n'est pas soutenable. — Nouvelles propositions des protestants concernant les frais du culte. — Elles ne paraissent pas sérieuses. — La paix publiqut; est troublée à Dour, depuis. qu'il est question d'y ériger un oratoire calviniste. — Le Fiscal estime qu'il n'y a pas lieu d'accueillir la requête des protestants, attendu qu'on s'expose à voir se produire des apostasies. — Si l'Empereur accordait l'autorisation demandée, il y aurait lieu, tout au moins, de placer le temple à l'écart et de prendre des précautions contre le prosélytisme du ministre.

« SlitE,

» J'ai examiné la nouvelle requête des protestants de Dour qu'il a plu à Votre Majesté de m'envoyer en avis par sa dépêche du 26 décembre dernier, cotée n° 1871.

AU XVIII' SIÈCLE. — iNOTES ET DOCUMENTS. «.ÎQ

» Par cette requête ils supplient Votre Majesté de leur permettre d'élever un oratoire privé pour l'exercice du culte de leur Religion et de s'y faire administrer les secours par le ministre protestant Devisrne, se soumettant à se procurer à leurs frais le terrain et de fournir par eux-mêmes à l'entretien de ce ministre.

» f/esl d'a[)rès la dépêche de Votre Majesté du 24 novembre précédent, que je leur ai notifiée le H décembre, qu'ils se sont déterminés à faire cette soumission et [jrobablemcnl à cause des informations que tenait dans ce lein|)S-là rOfïîce de Dour, tant sur les assemblées, que les prétendus protestants tenaient dans le plein [centre] du village, pendant les offices de la paroisse, les jours de fêle et de dimanche, d'où on les entendait chanter et sermonner, et oii le nommé Devisme s'avisait de présider et de faire des exhortations, et donner la communion avec du pain et du vin, au grand scandale de toute la paroisse, que sur les ta[)ages exécutés par un d'eux dans l'église paroissiale de Dour; et ce n'est (|ue depuis quelques semaines qu'ils m'ont appro( hé pour me re(|uérir de rendre mon avis. Je ne m'étais pas pressé de rendre cet avis, parce qu'on m'avait a.ssuré que plusieurs d'entre eux, touchés par les remords de leur conscience, avaient désisté de se trouver aux assemblées de ces proteslanis, qui se faisaient depuis environ un an, publiquement, tous les dimanches, dans le tecnps même qu'on célébrait la messe paroissiale et les vêpres.

» Le Curé et les Pères de la mission, qui y ont passé une partie du carême, m'ont dit qu'il y en avait six qui étaient rentrés dans notre Religion, et qu'ils croient que d'autres chancelants reprendraient aussi leur Religion Catholique, ce que j'avais d'autant plus lieu d'espérer, que de la prédite information, tenu par lOUice de Dour, en décembre dernier, j'avais observé que la plupart, même presque îous ceux repris dans la liste annexée au n" 1 de la requête des suppliants, jointe à celle du 24 décembre 1788, étaient regardés, il y a quinze mois, comme catholiques romains, à cause qu'ils fréquentaient les oflices de la paroisse et les sacrements, et que, n'étant pas encore enracinés dans leur apostasie, tout espoir de retour à la Religion, qu'ils avaient professée depuis leur tendre jeunesse, n'était pas évanoui.

» Je désirais d'ailleurs des apaisements sur l'extrait, joint n" 2, à la prédite requête du 24 décembre, qui contient le témoignage des vie, mœurs et probité du minisire Devismo, extrait qui n'est allesié que par des gens qui se disent anciens et diacresde l'église protestante deQuiévy-en-Cambrésis, dont toules les signatures paraissent être de la même main.

» Deux des suppliants : Jean-Hapliste Défrise, qui a été deux ans théologien à Douai, et Jean -Baptiste Rouis, s'étant rendus chez moi, m'ont assuré que ces signature» étaient véritables, et qu'eux-mêmes les avaient été prendre à Quiévy, de quoi j'ai peine à me persuader, parce que le culle protestant n'est pas autorisé en France, qu'il serait surprenant que des habitants oseraient y prendre la qualification de diacres d'une église protestante.

» Cela [mis] à pari, je remarque de la requête des suppliants qu'ils insistent en leur demande d'une portion de la dime, pour fournir à l'enlrelien de leur prétendu ministre, puisqu'ils disent d'abord qu'ils ne croient pas que cette demande était dénuée de tout fondement, tandis que la destination des dîmes n'a jamais été faite pour des ministres calvinistes, ni autres de semblables sectes.

» Ils disent que, pour lever tout obstacle, ils se soumettent et s'engagent de faire domicilier et salarier le prédit ministre Devisme; ils ne disent pas dans leur requête coiiunent ils assureront ce salaire; mais, par une note ici jointe, signée de l'un d'eux seulement, et qu'ils m'ont remise, ils préviennent qu'ils se proposent de faire asseoir parmi eux une taille à faculté, ajoutant que, si cela n'est pas agréable à Votre Majesté, ils veulent bien se soumettre à donner assurance par rapport de biens pour l'entretien de leur ministre.

» La plupart d'entre eux sont ouvriers, travaillant aux fosses à la houille, ou menuisiers, ou marchands, ou couturières, qui n'ont pas les moyens de fournir à cette taille, et encore moins de rapporter des biens pour sùreié de cet entretien, dont ils ne fixent pas la hauteur.

» D'ailleurs, le prédit Devisrae, dans sa déclaration n° i, n'assure pas absolument qu'il fera sa résidence fixe à Dour, mais seulement que s'il ne peut pas rompre des engagements pris ailleurs, il pourvoira un sujet dont les mœurs seront constatées.

» Le témoignage joint sous le n" 3 n'est qu\in simple passeport.

» Et quant à l'emplacement de leur oratoire, ils disent qu'ils oni un terrain convenable apparlenanl h Pierre-Charles el Jean-Baptisie Harmignies, frères germains, mais ils ne font pas connaître si ce terriain leur sera cédé à perpétuité.

» Si, à la mort de ces deux frères, leurs héritiers reprenaient le terrain, rétablissement ne serait pas stable et croulerait, après avoir excité le désordre dans la paroisse et après y avoir troublé quantité de familles, qui, depuis que la première requête des suppliants a été présentée, sont désunies et brouillées entre elles.

» Des hommes qui avaient toujours fréquenté les sacrements et les offices de paroisse, qui se sont déclarés catholiques, quand on a fait le dénombrement des paroisses, changent de religion, tandis que les femmes persistent dans la Religion Catholique; d'autres hommes tourmentent leurs femmes et leurs enfants, pour les séduire el les engager à changer de religion.

» Le curé de la paroisse m'assure que tout le village se trouve dans le trouble, depuis qu'on parle de permettre d'établir un oratoire à l'usage des protestants à Dour; ce sont des reproches dans les familles, des menaces de congédier les ouvriers, domestiques, ou gens employés dans les charbonnages, etc.

» Dans ces circonstances, convient-il de donner la permission de former cet oratoire dans le plein d'un village catholique, dans un village où la plupart des gens passent leur vie dans les houillères et ne sont pas tous attentifs et assidus aux instructions qu'on fait dans les paroisses, qui, par suite, étant ignorants, sont plus faciles à séduire el à se laisser entraîner dans une religion, qui Ole toutes les gênes el qui paraît exemple de tout assujettissement.

» Ils ne sont pas au nombre que les ordres prescrivent pour avoir un temple; ils ne présentent rien de solide pour son édification, pour son existence el pour l'entretien d'un ministre. Devisme, qui se présente, annonce déjà, dans son acte sub n" 4-, qu'il a pris des engagements ailleurs, qu'il se propose de rompre pour aller à Dour, et si la discipline ecclésiastique ne lui permet pas de les rompre, ii pourvoira un sujet : voilà donc une chose encore incertaine.

» F.e terrain de leur oratoire devrait avant tout être amorti, comme les terrains pour construire des églises catholiques, des cimetières, etc. Les postulants sont gf'ns qui ont toujours été vus dans la paroisse, aux offices, et fréquentant les sacrements, gens qui sont plulôl dans le cas d'être apostats de la religion catholique que d'être protestants, vu qu'ils ignoraient, au mois d'octobre dernier, de (|uelle secte ils étaient; ce n'est que depuis que Devisme a [)rêclié dans leur assemblée qu'ils se sont dits calvinistes.

» C'est pourquoi j'estime, Sire, qu'il serait plus convenable de ne pas autoriser les suppliants d'avoir un oratoire et un minisire protestant publiquement reconnu, sans quoi on risque d'exposer la plupart des gens de ce village à la séduction, et à voir des apostasies fréquentes et continuelles.

» Et si Votre Majesté se déterminait à accorder celte demande, je crois qu'il faudrait faire placer l'oratoire dans un canton isolé du village, régler leurs heures d'assemblées et pourvoir d'une façon convenable pour éviter les séductions, même les persécutions des hommes envers leurs femuies, et des Itères et mères envers leurs enfants, et pour empêcher les apostasies et les sollicitations du ministre protestant, el tous propos contre la Religion Catholique.

» Rejoignant la requête des suppliants el toutes les pièces qui l'accompagnaient, je suis avec un profond respect, etc.

») (S.) Papin. »

lAlonS ce 21 avril 1789.

Archives de l'Iîtai à Mon?. Office fiscal du Haiiiaiit. Dossiers et avis, 1788-1789.

XXXI M, — Nouveau mémoire des protestants de Dour, envoyé à l'avis du Fiscal de Hainaut (5 mai 1789).

« L'KiMPKRRIli ET Kol,

» Cur:ii ET FiiAi,,

» Les protestants de la communauté de Dour Nous ayant présenté le nouveau mémoire ci-joint concernant la demande qu'ils ont faite d'obtenir un oratoire privé, etc., Nous vous le remettons, vous chargeant, à la déli-

béniion de Noire Conseil Royal du Gouvornement, de Nous y reiidie volie

avis, afii) i|ue lVous soyons à rnèiiie de disposer sur celui (|ue vous Nous avez

fait pai'veiiir, le 21 du mois dernier.

» A laiii, elc.

» (5.) Babtenstein. »

De Bruxelles, le 5 mai 1 789.

En marge, de la main de Papin :

» Ecril le 3 juin 1789 au sieur Ballet, curé de Dour, pour savoir ce qui était de sa connaissance des faits rappelés au mémoire ci-dessus. »>

Archives de l'Éiat à Mons. Office fiscal du Hainaut. Dossiers et avis, 1788 1789.

XXXIV. — Mémoire adressé par les protestants de Dour au Conseiller de Reuss (5 mai 1789).

L'autorité révoque en doute la valeur des cerlilicals produits par les prolestants de Cour en faveur de Devisme. — Cette malveillance procède de l'antipaihie religieuse. — Les dissiileiils pourvoiront aux frais du culte par une contribution volontaire. — Informations tenues à charge des prolestants par l'autorité communale. — Menaces que l'on fait entendre contre eux. — ils demeureront les fidèles sujets du Souverain.

« Les familles proiesianles caKinisles du villa^içe de Dour en Hainaut ont l'honneur de faire connaître à M. le Conseiller au Conseil du Gouvernemenl aux Pays-Bas, de Keuss, que par rappoinlemenl décerné sur leur dernière >u|)pli(|ue, il leur a éié enjoint de faire consler des bonnes mœurs et probité du siour Devisme, qui veut bien êlre leur minisire; de faire consler aussi de son admission au minislère de la prédite Religion el de son intention de se domicilier sur les terres impériales.

» Les représenlanls, satisfaisant à cette réquisition, ont produit un certilical, d'où il résulte qu'il n'est rien contre l'honneur et la réputation dudit minisire, [iriani un chacun de lui donner aide el assi>taiice au besoin;

ayant joint à ce ceiiificat son admission au ministère, en copie attestée conforme au priiicipHJ, lui dépêché par le consistoire de Lausanne en Suisse; celte attestation est le fait des quatre anciens de l'église réformée de Quiévyen-Canibrésis, où ledit Devisme enseigne les dogmes de Tavant-dile religion. Ce dernier ayant donné une déclaration de laquelle il appert qu'il se rendra en elTet audit Dour, pour s'y domicilier, à la volonté de Sa Majesté, et là, y enseigner les mêmes dogmes à ceux qui se persuadent de professer la susdite Religion, d'abord qu'il aura plu à notre auguste Souverain de les autoriser.

» Les représentants observent que l'avocat de Sa Majesté, Papin, à l'avis duquel le (Gouvernement a remis cette affaire, paraît avoir des doutes sur les qualités minislériales dudit Devisme, doutes qui l'intéressent d'autant plus, et qu'il croit fondés, à cause que les gens de Loi dudit Quiévy, qui, tous, sont de la Religion Catholique Romaine, lui ont fait parvenir une letlre par laquelle ils ont déclaré qu'ils ne connaissaient point de pouvoir légal dans la personne dudit Devisme, qui lui permette l'exercice de son ministère, ayant ajouté qu'il n'était pas même en sûreté dans leur endroit.

» il n'est pas surprenant que ces gens de Loi, qui, comme dit est, sont de la Religion Catholique Romaine, aient fait naître de pareils soupçons à la charge dudit Devisme, parceque, d'un côté l'antipathie qui peut exister, comme on l'a vu souvent, entre les deux Religions, a pu porter ces gens de Loi à une calomnie envers ledit ministre : d'autre côté, lesdils gens de Loi ont pu être sollicilés d'en agir de la sorie par différentes personnes, envers lesquelles ils peuvent avoir des obligations, notamment par des ecclésiastiques, qui niéprisent, comme on le sait, toute autre secle que la leur.

» D'ailleurs, s'il était ([uelque défaut ou mauvaise qualité en ce ministre, ou qu'il n'aurait pas été habilité à l'exercice de son ministère, ce que l'on ne croit cependant point, le contraire parai.>.sant même 1res manifeste, ils ne sont aucunement atlribuablcs aux représentants, qui, jusqu'ici n'ont que remarqué toutes boinies qualités en la personne dudit sieur Devisme, qu'ils reconnaissent pour être très instruit.

» Si quelquefois, contre toute attente, il en résultait autrement, ils en choisiront un autre, à la volonté du Gouvernement; choix qu'ils feront avec

d'autant plus de plaisir que les vues qu'ils ont toujours eues, ne tendent qu'à une bonne et véritable inslruclion des dogmes et principes de leur Religion.

» A la dernière réquisition du Gouvernement, qui consiste en la demande suivante : savoir quels sont les moyens qu'ils ont pour fournir aux frais de l'entretien de leur ministre, les représentants ont répondu tout uniment qu'ils se proposaient de subvenir à cet entretien à leurs frais, et de leurs propres deniers; entendant par là de se faire autoriser à la fin d'asseoir une taille à faculté parmi eux : celte dernière réflexion étant néanmoins omise dans la réponse qu'ils ont faite au Gouvernement.

» C'est pourquoi ils prennent la très respectueuse liberté de supplier M. le Conseiller de Keuss de lui en faire part, s'il veut bien daigner s'en donner la peine.

» Si celle marclie ne parait pas agréable à Sa Majesté, les représentants veuillent bien se soumettre à donner assurance par rapport de biens ou autrement pour les frais d'entretien de leur ministre.

» Les représentants observent au surplus qu'il s'est tenu à leur cliarge des informations par les officiers de la seigneurie du S"" Poisson audit Dour; que le public regardait ces informations comme attentatoires à leur réputation et probité, jusqu'au point que l'on publiait dans ledit village et dans les environs, nommément dans la ville de Mons, que les Protestants calvinistes de Dour seraient punis avec toute rigueur, et cela uniquement à cause qu'ils professent la religion dont il s'agit; punition qui, suivant cette rumeur, devait s'étendre jusqu'à la mort, au moins à l'égard des principaux.

» Tout quoi n'a pu tendre, comme il est vraisemblable, qu'à causer aux protestants une terreur assez sensible pour se départir de la Religion qu'ils professent, comme, en elTet, deux ou trois d'entre eux s'en sont départis.

» Les représentants, qui ont constamment été, et sont encore aujourd'bui

d'autant plus fermes et inébranlables dans leur Religion, observent finalement

qu'ils sont présentement au nombre de vingi-quatrc familles et plus,

composant au moins quatre-vingt-dix individus, qu'ils sont honnêtes gens,

Page 1