‹ Le Protestantisme dans le Hainaut au XVIIIe siècleChapitre 7 sur 28 · Tome IX. — Lettres, etc · texte numérisé non relu

Tome IX. — Lettres, etc

Fis exposent que depuis l'expulsion de leur pasteur les consolations religieuses leur font complètement défaut; ils ne peuvent se les procurer qu'au prix d'un long et coûteux voyage.

Puisqu'il a plu au monarque de « continuer l'édît de Tolérance (') », les dissidents de Dour en réclament le bénéfice el demandent à être traités comme leurs coreligionnaires des autres provinces.

Ils sont au nombre de cinquante communiants. Celui qu'ils présentent pour occuper les fonctions de ministre possède toutes les qualités requises; il le prouvera sans peine. La communauté s'en rapporte sur ce point à l'appréciation du Conseiller Gobar, Substitut Fiscal du Hainaut, « lequel est *à portée de connaître les suppliants et rendra un témoignage non prévenu en ce qui les concerne ».

Un nouveau rapport de Papin {^) est plus défavorable que jamais : tous les pétitionnaires sont des catboliques apostats, « ignorant eux-mêmes à quelle secte ils veulent s'attacher » . Ils sont soixante au plus, sur une population de 2,700 habitants ('^), mais leur petit nombre ne supprime pas le danger : « le reste est exposé à l'apostasie et à la perversité ».

Il y a donc toute raison de les éconduire une fois de plus. Ils sont d'ailleurs libres de pratiquer en secret « le culte qu'ils voudront », el on ne les inquiétera pas aussi longtemps qu'ils ne chercheront point à faire des prosélytes et qu'ils ne troubleront pas leurs concitoyens catholiques.

Le 22 octobre 179d, le Conseil privé se rangea à l'avis du Fiscal et les Gouverneurs généraux le sanctionnèrent (*), par décret du 26. Le curé de Dour, très satisfait, remercia chaleureusement le Conseiller Papin (^); il avait fini par l'emporter dans cette longue lutte.

Il devait jouir bientôt d'un triomphe plus complet. En effet, l'édit de Tolérance fut abrogé peu de temps après ces derniers incidents.

(1) Ainsi que nous le verrons plus loin, l'édit ne fut abrogé formellement qu'en 1792; il avait été suspendu pendant la [dévolution brabançonne.

(2) Voir aux Annexes, n° XLVII.

(3) Aujourd'hui la commune de Dour compte 12,000 habitants environ. (*) Voir aux Annexes, n° XLIX.

(Sj Voir aux Annexes, n" XLVIIL

Déjà, le 22 juillet 1 790^ les Étals de Hainaul avaient notifié au Conseil de la province « que les décrets des Gouverneurs généraux des 12 novembre el lo décembre 1791, concernant la tolérance à l'égard des protestants, venaient à cesser {^) ».

Mais on était alors en pleine révolution, et la décision des États de Hainaul ne fut pas mise en vigueur.

La convention de La Haye du 10 décembre 1790, qui rétablit la domination autrichienne en Belgique, n'en parle pas; il est à remarquer d'ailleurs que redit de Tolérance ne figure pas parmi ceux dont l'abrogation est stipulée dans les pleins pouvoirs remis par l'Empereur au comte Philippe de (lobentzl, le 12 février 1790.

Les Étals de Hainaut tenaient à voir disparaître ce dernier souvenir des innovations de Joseph II, et, le 17 janvier 1792, ils adressèrent aux Gouverneurs généraux une re(|uète aux fins d'obtenir la révocation formelle de redit (2). '

Ils eurent gain de cause. Le 9 février 1792, la dépêche suivante fut adressée au Procureur général du Conseil de Hainaut :

« Très cheu et bien amé (^),

« Les Élals de Hainaut ayant demandé la révocation des décrets du 12 novembre 17S1 el l^'niai 1782 concernant la tolérance, Nous vous faisons la présente pour vous informer que, voulant que les choses soient

(1) Archives de l'État à Mons. liegistre aux actes du Conseil de Hainaut, 1790, n» XVIII, fol. 8.

Il est à remarquer que les États de Hainaut avaient été les premiers à protester contre la Faix de Religion, en 1578. Le 17 juillet de cette année, dans une lettre adressée aux États généraux, les États de Hainaut déclarent, de la manière la plus énergique, « qu'ils n'entendent et ne veulent, en manière quelconque, prêter l'oreille ni même donner aucune ouverture, entrée ou consentement à cette requête pour la liberté de la religion, ni conniver ou dissimuler le moindre iota au préjudice de la religion catholique romaine ». (Gachard, Actes des Etats généraux des Pays-Bas, t. I, pp. 393-397.)

i^) Nous avons reproduit ce document dans l'Étude sur la condition des Protestants en Belgique depuis Charles-Quint jusqu'à Joseph II, pp. 158-160.

(3; Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 707 (1292 ancien).

remises à l'égard de la tolérance sur le pied qui avait lieu à la fin du règne de Sa Majesté Tlmpéralrice- Reine, Nous avons déclaré que les décrets susdits viendront à cesser pour autant qu'ils seroient contraires à ce qui s'observoit à cette époque.

» A tant, très cher et bien amé, Dieu vous ait en sa sainte garde.

» De Bruxelles, le 9 février 1792.

» (S.) Marie, Albert. >»

Le principe de la liberté religieuse était donc effacé de nos lois. Il ne devait pas larder à y être inscrit de nouveau, et cette fois d'une manière définitive.

Peu de temps après la conquête française, un oratoire protestant fui érigé à Dour, en 1795, aux frais d'un des habitant*, M. Défrise; il fui inauguré par le pasteur Jean Devisme; c'est le « temple de la Croiselte (•) ».

Aujourd'hui la communauté protestante de Dour compte 350 membres, non compris les enfants de moins de seize ans (^).

(<) Union des Églises protestantes évangéliques de Belgique. Célébration du jubilé cinquantenaire du Synode, 1889, p. "J42.

(2) Renseignement fourni par M. le pasteur Trachsel, le 7 novembre 1922.

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