‹ Le Protestantisme dans le Hainaut au XVIIIe siècleChapitre 8 sur 28 · ANNEXES · texte numérisé non relu

ANNEXES

F. — Procès-verbal de saisie de livres hérétiques à Dour

(8 mars 1733).

Le 7 mars 1733, le Conseil souverain de Hainaut donne ordre à l'avocat Posleau, faisant fonction de bailli de la commune de Dour, de se rendre, accompagné de Cliristoplie Petit, lieutenant de la maréchaussée, dans les maisons habitées par Gilles Laurent, Antoine Siiévenarl, François Drousy et Gaspard Landas, à l'effet d'y saisir tous les livres hérétiques, les Bibles, ainsi que « tous écrits et papiers qui pourraient être suspects ».

Cet ordre fut exécuté le lendemain.

Le procès-verbal ou « besogné » porte :

On a trouvé chez Fuançois Dhousy, époux de Marguerite Saussez, demeurant au Plantis (•), les livres dont le titre suit :

L'Histoire du Vieux et du Nouveau Testament, par M. de Royaumond (2), Prieur de Sombreval, imprimé à Paris chez Pierre Le Petit, imprimeur ordinaire du Roi, rue Saint-Jacques, à la Croix d'Or.

Ce livre lui a été restitué, attendu qu'il est orthodoxe.

La Consolation de l'âme fidèle contre les frayeurs de la viorl, par Ch. Drelincourt. Amsterdam, chez la V^euve Jacques Desbordes, sur le pont de la Bourse. Nouvelle édition en deux tomes. « Etant sans approbation, nous l'avons retenu. »

(1) Hameau de la commune de Dour.

(2) Pseudonyme de Nicolas Fontaine.

Le Nouveau Testament, dit la Nouvelle Alliance de Notre Seigneur Jésus-Christ. Nouvelle édilion revue par les pasleurs el professeurs de Genève, avec les psaumes de Clément 31arot et Théodore de Dèze, « que nous avons retenu » .

Le Nouveau Trésor des Prières, par M. Murât. Amsterdam, chez Jacques Desbordes, « que nous avons retenu pour paraître suspect ».

Le Trésor des Prières et Oraisons, imprimé à Rouen en 1709, « que nous avons retenu pour paraître suspect, après avoir tenu noie d'où il procède, sans que nous en ayons trouvé d'autres, nonobstant les recherches possibles faites par les archers dans la cave, greniers, coffres et armoires qui s'y trouvaient, ni aucuns papiers ni lettres qui feraient mention de religion, quoiqu'ils aient duemenl été examinés par ledit avocat.

» Ayant été demandé audit Drousy d'où il avait eu ces livres, a répondu qu'il les avait achetés d'un garçon qui en venait vendre à d'autres, et qu'il n'y avait presque personne dans le village qui n'en ait, et qu'on les lisait à l'église » .

Chez Gaspard Landas, nie du petit Hennin, « cet homme ne voulut pas faire ouverture de ses coffres, mais lui ayant été représenté que c'était par ordre de Sa Majesté, il y satisfit », et l'on trouva

La Bible de ^Ancienne et de la Nouvelle Alliance, revue par les pasteurs et professeurs de Genève. Genève, 1565.

Chez Jean Lejeune, « qui d'abord leur dit qu'il n'avait aucun livre concernant la religion, qu'il n'avait jamais donné lion de le soupçonner d'aucune religion contraire, et donna libre accès partout, n'y ayant trouvé que deux livres d'histoires, un livre de prières in-octavo contenant l'office de la Vierge el VAnge conducteur, et avant qu'on soit parvenu à quelque autre endroit de sa chambre, il administra » :

Le Nouveau Testament traduit en français, imprimé à Mons, chez Gaspard Migeot, en l'an 1710, « que nous avons retenu comme étant défendu, sans avoir rien trouvé d'autre ni dans ses écrits ni ailleurs, nonobstant les perquisitions faites par tous les endroits de la maison.

» De là on s'est transporlé chez Antoine Siiévenart, dit Dauphin, qn'on ne trouva pas au logis, n'y ayant que sa mère et trois filles, qui dirent d'abord qu'elles n'avaient aucun livre, et qu'elles se contentaient de dire leur chapelet, pour ne savoir lire ni écrire.

» Cependant, étant entrés dans une petite chambre et ayant fait ouverture d'un coffre, on y trouva plusieurs petits livres et catéchismes du diocèse et rien du tout qui serait contraire à notre Religion, lesquels étaient tous remplis d'ordure et de poussière, qui témoignaient qu'on ne les lisait nullement, n'ayant rien trouvé d'autre dans le grenier ni ailleurs, quoiqu'on fouillât partout.

» Finalement, s'étant rendu chez Gilles Laurent, demeurant au Toucquet, celui-ci dit qu'il n'avait pas de livres chez lui.

» En effet, après avoir fait inventaire des coffres et armoires, on ne trouva qu'un livre de prières que sa femme dit lui avoir été donné par le curé, lecpiel ayant été examiné, s'est trouvé être de notre religion, sans en avoir trouvé d'autres, nonobstant toutes les perquisitions faites partout, haut et bas, ni aucun écrit faisant mention de Religion, et, des raisonnements que ledit Laurent tenait, les soussignés ont jugé et suspecté d'avoir caché ceux qu'il pouvait avoir, à raison qu'ayant dit qu'il avait une Semaine sainte, il n'a su la produire, et on ne put la trouver, ce qui fil dire qu'il l'avait cachée avec les autres, qu'il ne voulait pas qu'on trouverait chez lui.

» Ansi fait, visité et exactement besoigné par les soussignés audit Dour. »

[S.) POSTEAU.

(S.) Petit, lieutenant de la maréchaussée.

«( Vacqué cinq heures, tant pour faire cette visite que pour rédiger ce besogné » .

Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 707.

II. — Dénonciation à charge des protestants de Dour (23 décembre 1746).

Le 23 décembre 1746, le Conseil de Hainaul fui saisi de la dénonciation suivante, à lui remise par le « Conseiller-Avocal de Sa Majesté »:

« Ici dessous sont les noms des réformés qui donnent un scandale public dans la paroisse de Dour, en ne point fréquenlanl du tout l'église dimanche ni fêles, tâchant même d'induire dans leurs erreurs et corrompre ceux qui (sic) peuvent.

» Pour obvier à un si grand mal, c'est à Messeigneurs qu'on s'adresse pour en agir comme ils trouveront à propos de ces personnes scandaleuses et obstinées, nommées ci-dessous :

» 1. Gilles Laurent. A déclaré que ses grands-pères et grands-mères étaient morts en la religion calviniste.

I) 2. Etienne Lejeune. A fait venir de mauvais livres, qui sont sur son grenier. A avoué lui-même qu'il avait cinquante écoliers.

» 3. Victor Lejecne. Étant malade dans son lit, le 1*' de février 1744, a déclaré qu'il était sorti du bourbier de l'Église et qu'il n'y retournerait plus, en présence du sieur Fonleyne, vicaire, et du sieur Lejeune, le clerc du lieu.

» 4. Jacques Derveaix. Un des plus obstinés.

» 5. Simon Laurent. A été publiquement à la prêche, a communié dans leurs assemblées et a donné deux liards pour sa communion.

» 6. Pierre Estevenart, dil Catron.

» Toutes ces personnes ont beaucoup de livres corrompus et très mauvais.

» Nous supplions aussi de mettre ordre et d'obvier aux scandales qui se commettent par des libertins, qui, pendant l'auguste sacrifice, restent dehors de l'église, fumant leurs pipes ou tenant d'autres (sic) mauvais discours et postures.

» Apporté à la Chambre du Conseil, le 23 décembre 1 746. »

Archives de l'État à Mons. Conseil souverain de Hainaut. Dossier intitulé : Visite faite à Dour chez des personnes soupçonnées d'avoir des livres hérétiques.

AU XYIll-» SIÈCLE. — NOTES ET DOCUMENTS. 49

III. — Réquisition présentée au Conseil souverain de Hainaut par le Conseiller- Avocat de Sa Majesté, au sujet des hérétiques de Dour

(30 décembre 1746).

Il requiert le Conseil de faire procéder sans retard à une perquisition chez divers habitants de Dour, aux fins d'y saisir des livres hérétiques. — Le Conseil donne suite 5 la réquisition.

« Nonobstant les différentes ordonnances qui ont été portées pour purger ce pais des mauvaises doctrines (|ui s'y sont glissées, il est revenu que dans le village de Dour il sérail nombre de mauvais livres, en particulier dans la maison d'Élienne Lejeune, fils de Jean, appelé le Ministre, rue de la Croisette, lequel à ce litre enseignerait même des écoliers; dans celle de Gilles Laurent, en la même rue, qui se déclare calviniste d'origine; dans celle de Victor Lejeune, fils de (illisible), qui n'a pas rougi de proférer, étant malade, d'être sorti du bourbier de l'Église et qu'il n'y retournerait plus; dans celle do Jacques Dervaux, rue du Bouquéau, prodie le pelil Henin; dans celle de Simon Laurent, dit Donson, rue du Plaquoi, près le château dudit Dour, prévenu d'avoir été au prêche et y communié; et dans la maison de Pierre Stiévenarl, dit Calron, fils de Jacques, lequel se donnerail [lour le |)remier disciple du susdit Lejeune.

» Un mal aussi pernicieux doit être arrêté autant qu'il se peut.

» A ces causes, le Remontrant s'adtesse à la Cour, la suppliant pour celte fois et sans conséquence d'ordonner aux officiers dudil Dour de faire sans retard el selon rinslruclion à donner la visite des maisons avant dites, d'y enlever sans port, faveur ni dissimulation en ce qu'ils y rencontreront des livres mauvais ou sans approbation pour être remis au Conseiller- Avocat du Roi. »

Aposlille.

« Le Conseil Souverain de Sa iMajeslé en Hainaut, ayant vu la réquisition du Conseiller-Avocat du Roi, ordonne aux baillis des deux seigneuries de Dour de faire incessamment la visite des maisons ici mentionnées et d'autres Tome IX. — Lettres, etc. 7

qu'ils pourront connaître suspectes, et d'y enlever tous livres hérétiques el autres défendus, pour être remis au Conseiller-Âvocal du Roi, le tout conformément aux instructions qui leur seront communiquées par le Conseiller- Avocat de Sa Majesté.

» Fait à Mons, le 30 décembre 1740.

» (S.) A. DruiEu. »

Archives de l'État à Mons. Conseil souverain de Hainaul, Liasses 1746-1747.

IV. — Procès-verbal de la perquisition faite chez plusieurs habitants de Dour, afin d'y saisir des livres hérétiques (14 juin 1747).

« En satisfaction de l'ordonnance de la Cour, décernée, le 30 décembre 4 746, sur lu requête du Conseiller-Avocat de Sa Majesté, par laquelle il est enjoint aux baillis des deux seigneuries de Dour de faire la visite des maisons des personnes qui sont soupçonnées d'avoir cbez eux (sic) des livres héréliques et défendus, le sieur Gaspard Bormiau, bailli, et l'avocat Posteau, greffier dudit Dour, se sont rendus, accompagnés de quelques sergents et écbevins dudil lieu, ès-maisons ci-après désignées :

» Premièrement chez Etienne Lejeune, fils de Jean, où ils ont trouvé la Bible de Genève, imprimée Tan 1565, cet homme étant appelé et reconnu par tout le village pour le iMinistre.

» Une autre Bible, in-octavo, lié de chagrin avec des coins de cuivre, le texte ne s'y trouvant pas,

M Le Nouveau Testament dit La Nouvelle Alliance de Notre Seiyneur, imprimé à La Haye en 1731, avec deux coins de cuivre.

» Dialogues familiers sur les principales objections des missionnaires de ce temps, par Charles Drelincourt, imprimé à Rotterdam en 1709 et couvert de parchemin.

» La Religion révélée, ou Recueil des passages de C Ecriture sainte sur les vérités et les devoirs du Christianisme, à l'usage des catéchumènes, par

WoLFGANG DU MouLiN, pasleup de l'église wallone de Leide, couvert de parchemin et imprimé à Leide en 1742.

» Un livre en brochure couvert en papier marbré, in-octavo, contenant (/Ufilre le/trcs adressées aux Bourf/mestre et Conseil de la cité de Liège au sujet du livre que Monsieur Saumery a publié contre les réformés, imprimé à Rotterdam en 1742.

» Un livre in-octavo, lié de veau, avec deux coins, ayant pour litre : Le Trésor des Prières et Oraisons extraites de /jtnsieurs docteurs de C Eglise, par M. Du Fekrrr, curé de Sainl-Nicolas-des-Champs à Paris, sans approbation (*), et imprimé à Rouen en 167o.

» Autre livre in-octavo, couvert de parcliemin, contenant [sic] pour litre : La chaîne d''or pour enlever les âmes de la terre au Ciel, s'adressant aux protestants français, imprimé à Genève en 1711.

» Autre petit livre, ayant pour litre : Méditation chrétienne de la mort, imprimé à Rotterdam en 1610.

» Un layer de papier, écrit à la main, ayant pour titre : Décalogue de la foi, avec une autre feuille ayant pour tilre : Psaume 1 19.

» Secondement, s'étant rejidns chez Jacques Derveau, il y ont enlevé les livres suivants :

» Savoir la Sainte liihle contenant le Vieux et le Nouveau Testament, in-oclavo, imprimé à La Haye en 1731, couver! de veau avec deux coins de cuivre jaune.

» Un autre, couvert de peau noire, avec deux coins, comme dessus, ayant pour titre : Le voyage de Bel/iel ou les devoirs de l'âme fidèle allant au temple, imprimé à Genève en 1712

» Abrégé des controverses ou sommaire des erreurs de l'Église romaine, par Charles Drelincourt, ministre de la parole de Dieu en l'église réformée de Paris, imprimé à Paris en 1719.

» Autre livre in-oclavo, couvert de carton, ayant pour titre : Catéchisme

(1) Sous-entendu : de l'autorité ecclésiastique.

OU instruction clans la Religion chrétienne, par F. Ostervald, pasleur de l'église de Neuchàlel, imprimé à Bàle en 1722.

» Elément de la véritable, ancienne, épurée et solide doctrine par demandes et réponses, in-oclavo, couvert de papier marbré.

» Nouveau Testament, imprimé à Rouen, in-sedecimo, étant fort délabré.

» Autre pareil Testament fort délabré, dont le commencement et la fin sont déchirés.

» Tiercement, nous étant aussi transportés chez Simon Laurent, lui avons enlevé les suivants :

» Les Psaumes de David, en vers français, approuvés par les pasteurs et professeurs de l'église de Genève, avec les notes pour les chanter, étant in-oclavo, couvert de peau et imprimé à Genève en 1733.

» Le Nouveau Testament avec les psaumes de David en notes, composé par Clément Mârot et Théodore de Bèze, in-octavo, imprimé à Amsterdam en 1700, et couvert de chagrin.

» Exposition abrégée des dogmes et des préceptes de la Religion, en forme de catéchisme à l'usage de l'église wallonne d'Amsterdam, y imprimée en 1738, couvert de papier marbré.

» Quatrièmement, s'élani rendu chez Gilles Laurent, on n'y a trouvé que le Nouveau Testament avec les psaumes de David, couvert de ... avec deux coins de cuivre, imprimé à Amsterdam en 1730.

» Cinquièmement, en la maison d'ANToiNE Stievenart, dit Roppe, on n'y a trouvé qu'un livre intitulé : Le Trésor des Prières et d'Oraisons, par Du Perrière, imprimé à Rouen en 1709, couvert de chagrin, avec deux coins de cuivre.

» En sixième lieu, ils furent en celle de la veuve Michel Nicquel, où ils ont trouvé et enlevé le Nouveau Testament, imprimé à Rouen.

» Septièmement, étant allés chez Jean Glinkur, après une exacte visite, il n'y ont trouvé que deux livres, savoir celui intitulé : Nouveau Trésor des prières propres en fout tems et surtout de celui de l'affliction de l'Église, imprimé à Rouen, in-octavo, couvert de peau noire; le Nouveau Testament,

imprimé à Rouen en 1710, couvert de peau; et plusieurs papiers écrits à la main, contenant des chansons spirituelles, tirées de TÉcrilure sainte.

» Finalement, nous étant rendus chez .lean-Bapliste et Antoine Richez, demeurant ensemble, y avons enlevé quelques fragments d'un Nouveau Testament, des figures de la Bible et plusieurs manuscrits contenant différentes chansons.

» Lesquelles visites ont été duement faites et pratiquées dans chaque maison ci-dessus désignées, ceux qui accompagnaient l'office ayant fouillé haut et bas pour reconnaître s'il en était d'autres cachés que ceux que l'on a enlevés.

» lin foi de quoi ils ontsigné cette, ledit jour que dessus quatorze juin 1747.

» (S.) J.-J. BORMIAU.

» F.-D. POSTEAU. »

Archives de l'État à Mons. Conseil souverain de Hainaut, Liasses 1746-1747.

V. — Procès-verbal de l'enquête faite par le Doyen de chrétienté du district de Bavay, en cause de Pierre Stlévenart et Jeanne Laurent, accusés de concubinage public (28 janvier 1750).

« Par devant nous, Robert-Joseph Bernier, Doyen de chrétiennolé du district de Bavay, et l'avocat Papin adjoint.

» En satisfaction de la sentence de Monsieur Denis Mutte, Prêtre-licencié en théologie et és-loix, Chanoine gradué et Grand-Chanire de l'église métropolitaine de Cambrai, Officiai juge ecclésiastique de ladite ville, du onze de décembre 1749, à la charge de Pierre Stiévenart et de Jeanne Laurent, habilans de la paroisse de Dour, contenant ordonnance que lesdits Pierre Sliévenart et Jeanne Laurent, accusés de concubinage publiquement connu, et de couvrir leur cohabiiation du^ prétexte d'un mariage, par eux contracté devant certain ministre hérétique, seraient ajournés à compa-

roir en personne par devant nous, Doyen de Bavay, nommé commissaire en celle cause, pour être ouis et interroijés sur les faits résultant des charges el informations tenues à leur cliarge, et autres, etc. et ensuite de préfixion de jour à ce jourd'iiui, est comparu ledit Stiévenarl auquel nous avons demandé s'il esl vrai qu'il demeure avec Jeanne Laurent et qu'il en agit avec elle comme s'ils étaient mariés, a répondu qu'il prétend d'être marié avec ladite Laurent, qu'il la regarde pour sa femme et la considère comme telle.

» Lui demandé où il a été marié, par qui, et combien de temps il a été absent de Dour pour parvenir à son prétendu mariage,

» A répondu qu'il a été marié à Tournai par un ministre de la prétendue Religion réformée, qu'il est parti de Dour le onze octobre dernier, qu'il s'est marié le douze, et esl revenu le treize.

» Interrogé qui étaient ceux qui étaient présents à son prétendu mariage,

» A dit qu'il y avait Jacques Dervaux, Etienne Lejeune, Gilles Laurent, Victor Lejeune, tous de Dour, et Macaire Delion, de Warquignies.

» Lui demandé depuis combien d'années il a quitté la Religion catholique, apostoliciue et romaine, et à quelle persuasion ou sollicitation,

» A répondu de l'avoir abandonnée depuis cinq à six ans, à la persuasion et sollicitation d'Éiienne Lejeune, qui lui a mis quelques livres en mains el lui a expliqué quelcjucs passages.

» Lui demandé s'il n'est pas de sa connaissance que ledit Lejeune en aurait encore persuadé el sollicité d'autres,

» A déclaré qu'il esl de sa connaissance que ledit Lejeune en a encore sollicité d'autres, qui font aujourd'hui profession de la Religion prétendue réformée, que ledit Etienne Lejeune préside aux assemblées qui se tiennent entre eux les jours des dimanches, quelquefois dans une maison et quelquefois dans une autre, el spécialement et le plus souvent dans celle de Gilles Laurent, vers les neuf à dix heures du matin.

» Lui demandé si, depuis qu'il a changé de religion, il fréquente l'église paroissiale et les sacrements,

» A répondu que depuis lors il n'a plus fréquenté ni la paroisse ni les sacrements. El après lecture, il a persisté el signé.

« (5.) Pierre Stiévenart.

» Est aussi compariie ladite Jeanne Laurent, à laquelle nous avons, demandé s'il est vrai qu'elle demeure avec Pierre Stiévenart et qu'elle agit avec lui comme s'ils étaient mariés,

» A répondu qu'il est vrai qu'elle demeure avec lui et qu'elle le regarde pour son époux, et qu'elle en agit avec lui comme s'il était son mari.

» Interrogée où elle a été mariée, par qui, et combien de temps elle s'est absentée de Dour pour parvenir à son prétendu mariage,

» A dit avoir été mariée à Tournai, par un ministre de la prétendue Religion réformée, qu'elle est partie de Dour, le onze d'octobre dernier, qu'ils se sont mariés le douze, et sont revenus à Dour le treize.

» Lui demandé de quelle religion elle fait profession,

» A répondu qu'elle fait profession de la Keligiou catholique, apostolique et romaine.

» Chargée qu'en ce cas elle doit savoir qu'il ne lui a pas été permis de se marier dev;int un ministre, mais qu'elle devait le faire en présence de son curé, et que pour ce défaut son prétendu mariage est nul,

» A répondu qu'elle a cru que ledit mariage était bon, ainsi que lui avaient assuré (ailles Laurent, Etienne Lejeune, Victor Lejeune, la femme de celui-ci, Jac(|ues Dervaux, tous de Dour, el Marie Dehoii, de Wan|uignies, qui ont tous été présents à son dit mariage à Tournai.

») Lui demandé s'il est de sa connaissance que ceux avant nommés tiennent des assemblées et conférences au sujet de leur Religion,

» A répondu (lu'elle sait qu'ils tiennent pareilles assemblées, à cause (|ue tous avant nommés le lui ont déclaré.

» Interrogée si elle ne s'est jamais trouvée aux dites assemblées, ni sollicitée de s'y trouver,

» A répondu que non.

» Lui demandé dans quel endroit se tiennent les dites assemblées, et si elles se tiennent publi(|uemeiit.

» A répondu qu'elles se tiennent publiquement chez Gilles Laurent, (|u'il est libre à un chacun de s'y trouver, mais ignore qui y préside, sait pourtant (|ue les dites assemblées se tiennent régulièrement tous les dimanches, vers les huit heures du mal in, ainsi (|ue son mari le lui a dit.

. » Lui demandé si depuis son prétendu mariage elle fréquente l'église paroissiale et les sacrements.

» A répondu qu'elle va à la messe paroissiale, régulièrement les dimanches el fêtes; qu'elle n'a pas approché les sacrements depuis son mariage, à cause que le S' Bernier, coadjuteur du curé de Dour, lui a dit que si elle se présentait à la Sainte-Table on lui refuserait la communion; et, après lecture de sa déposition, a fait sa marque, pour ne savoir écrire.

+ » (S.) Bernier, doyen de chrétienneté du district de Bavay. » {S.) G. Papin. »

Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 707.

VI. — Procès-verbal de l'enquête faite par Bernier, Doyen de chrétienté du district de Bavay, en cause de Victor Lejeune et Marie Saussez, accusés de concubinage public (28 janvier 1750).

« En satisfaction de la sentence de Monsieur Henry-Denis Mutte, prêtre licencié en théologie et ès-loix, Chanoine gradué el Grand-chantre de l'Église métropolitaine de Cambrai, Ollicial juge ecclésiastique de ladite ville, du onze de décembre 1749, à la charge do Victor Lejeune et iMarie Saussez, habilans de la paroisse de Dour, contenant ordonnance que les dits Victor Lejeune el IMarie Saussez, accusés de concubinage publiquement connu, et de couvrir leur cohabitation du prétexte d'un mariage par eux contracté devant certain ministre hérétique, elc...

» A ce jourd'hui est comparu ledit Victor Lejeune, auquel nous avons demandé son âge, profession, son nom et religion.

» Lequel nous a répondu s'appeler Victor Lejeune, tils de Pierre, en âge de vingt neuf ans ou environ, charbonnier de sa profession, ayant depuis six ans ou environ été de la Religion prétendue réformée.

» Nous lui avons demandé s'il sait la cause de son ajournement personnel.

» A répondu qu'il croit que c'est à cause qu'il s'est allé marier en Hollande

AU XVIII" SIKCLK. - iNOTKS ET DOCUMENTS. 57

avec Marie-Jeanne Saussez, pardevaiit un minisire de la préleiidue Holigion réformée.

•> Lui demandé s'il esl vrai qu'il demeure avec ladite iMarie-Jeanne Saussez, et qu'il eu agit avec elle comme s'ils étoient mariés,

» A répondu qu'il croyaii être marié avec ladite Saussez et qu'il l'a toujours regardée pour sa femme, et qu'il la considère encore à présent comme telle.

» Lui demnndé en quel endroit et par qui il a été marié, et s'il a été longtemps absent de Dour pour se marier,

» A réjiondu qu'il a été marié au Sas-de-Gand par un ministre wallon Ijollandais et qu'il a été absent pendant buit à neuf jours, à cause que ledit mini.^tre a voulu faire la publication de ses bans, étant vrai que ses intentions n'ont jamais été de s'établir ailleurs (|u"à Dour.

» Interrogé qui étoient les témoins présents à son prétendu mariage,

» A répondu : le Magistral dudit Sas-de-Gand et un jeune homme de Dour, nommé Gilles Laurent, (|ui l'a accompagné pendant son voyage et qui lui a dit que s'il voulait s'aller marier en Hollande, on le marieroit.

» Lui demandé s'il n'a pas été de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, et depuis quand il a cessé d'en faire profession,

» A répondu qu'il esl né de parents catholiques, apostoliques et romains, et qu'il a cessé d'en (sic) faire profession, il y a cinq ou six ans.

') Lui demandé à quelle persuasion et sollicitation il a abandonné celte Religion,

» A dit qu'ayant acheté un livre d'un soldat hollandais, il l'a lu, et qu'étant à l'armée, il alloit au prêche, où il a sucé les principes de ladite Religion prétendue réformée.

M Lui demandé si, au village de Dour, ceu\ qui sont de celle dernière religion ne tiennent point des assemblées et conférences entre eux,

» A répondu que, quant à lui, il ne s'y esl jamais trouvé, mais que Gilles Laurent lui a dil que ces assemblées se tenoienl chez lui, que Jacciues Dervaux, Etienne Lejeune et Pierre Stiévenart et d'autres s'y sont plusieurs fois rendus.

» Lui demandé si depuis son prétendu mariage il a fréquenté l'église paroissiale de Dour,

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