‹ Le protestantisme en Champagne;Chapitre 9 sur 21 · US · texte numérisé non relu

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se permit d'odieux abus. De* le 5 du mois d'août, des soldats armés pénétrèrent de nouveau dans les maisons des réformés pour prendre les enfants déjà baptisés et les faire rebaptiser clans l'Église romaine. Grande était la désolation des pauvres mères qui se voyaient ainsi arracher leurs enfants. Au nombre de ceux-ci on cite la fdle de Pantaléon Bon, menuisier, celle de Jean Uiot, serrurier, celle de Simon d'Arzillières, verrier, l'enfant d'un torcheur nommé Honnet, la frïle de Loys de Luthel contrepointier , qui était déjà grand et avait été bapiisé à Genève, la fille de Biaise Chantefoin et beaucoup d'autres. Il arrivait que comme on rebaptisait celle-ci, elle arracha deux feuillets du livre que le prêtre tenait entre ses mains.

Ce même jour on chercha partout le pasteur Sorel. On y perdit son temps puisqu'il n'était plus à Troyes. La bande frénétique se transporta aux Buttes, lieu où se tenaient les assemblées religieuses. Elle s'empara de la chaire et la transporta, précédée du tambour, jusqu'à la place du Marchn-à-BU' (c'était là qu'avaient ordinairement lieu les exécutions à mort). Voulant faire preuve d'esprit et de bon goût, ils suspendirent à cette chaire un hareng saur, dont le nom rappelait dérisoirement celui du pasteur Sorel. Jls placèrent à côté une grande et belle Bible qui servait au culte, puis ils brûlèrent le tout en proférant des hurle-

menls sauvages et en chantant les chansons les plus obscènes.

Toutes ces scènes de désordre qui demeuraient sans répression et sans châtiment décidèrent un certain nombre de familles réformées à prendre avec elles ce quelles avaient de plus précieux en abandonnant le reste, pour se retirer de la ville et vivre ailleurs avec plus de sécurité.

La troupe de soldats, enhardie par l'impunité, entra dans la demeure d'un homme fort paisible et de bon renom. Il s'appelait Martin-Adam Tisserard. Le soldat Drouin lui lâcha un coup d'arquebuse et l'étendit mort à ses pieds. Ce même coup atteignit sa jeune épouse et l'enfant qu'elle allaitait. Celui-ci eut le bras fracassé et on dut en faire l'amputation. Cette veuve infortunée eut beau porter plainte, on ne daigna pas faire la moindre attention à sa demande.

Un grand nombre de maisons étant fermées, à cause du départ de leurs propriétaires, les soldats en brisèrent les portes. Ils s'emparaient des meubles, du blé, du vin qu'ils vendaient à leur profit. Ils vendaient aussi les maisons elles-mêmes , ou bien les donnaient en location ou les démolissaient. Des Bordes qui aurait dû donner le bon exemple allait chez les marchands prendre à crédit des pièces de taffetas, de velours et d'autres étoffes, bien résolu à ne pas les payer. Il empruntait aussi

de fortes sommes d'argent, n'ayant pas l'intention de les restituer, car il fit perdre beaucoup de personnes. Les soldats saisirent sur la place de Notre- Dame un pauvre savetier nommé Gallois, qui allait se réfugier chez un de ses voisins. Ils regorgèrent et jetèrent son corps à la rivière. Il était cependant retourné précédemment à la messe, sur les sollicitations de Nicolas Mergé, curé de Notre- Dame. Pour se justifier de ce crime, ses assassins prétendirent que depuis qu'il s'était recatholiqwé, il avait mal parlé de l'eau bénite. Ce même jour, un aiguilletier nommé Pantaléon Gauthey, passant par la rue du Cerf (i), tomba sous les coups de cps brigands. Avertie de ce meurtre, sa femme aidée de quelques bons voisins accourut pour le relever et le transporter dans sa maison. Ces meurtriers ayant appris qu'il respirait encore, entrèrent chez lui et achevèrent de lui donner la mort. Un autre bon et digne vieillard, âgé de 65 ans, nommé Nicotas Henry, surnommé le Bobinier, fut aussi assailli en sa demeure, et comme il cherchait à s'esquiver il reçut des blessures mortelles. Son corps fut traîné par les rues, bien qu'il n'eût pas encore rendu le dernier soupir, puis on le jeta à l'eau. Cet homme, il est vrai, avait autrefois mené une triste et honteuse existence en exerçant l'af-

it) Maintenant , rue de la Trinité,

freux métier de pourvoir aux désirs impurs d'une jeunesse déréglée; mais, depuis qu'il avait ouvert les yeux sur son état de péché , en entendant annoncer fidèlement l'Évangile aux saintes assemblées des réformés, il avait donné son cœur à Dieu et dès lors il n'avait cessé d'être en fort bon exemple par ses discours et par toute sa conduite.

Le môme jour encore cette bande infernale courut en la maison de Robert Pinard, arbalétrier. Averti par le bruit de leurs pas, il monta au grenier pour s'enfuir par dessus le toit, chez l'un de ses voisins. Ce toit étant fort incliné il glissa et se retint en saisissant le bord de la chanlatte. L'un des soldats montant rapidement l'escalier entra dans la chambre haute, en ouvrit la fenêtre et d'un grand coup d'épée fit lâcher prise au pauvre infortuné qui demandait grâce. Tombé sur le pavé, son supplice fut achevé par le reste de la bande. Le maire Pinette et l'échevin passèrent par là au même instant. Ils ne dirent pas une seule parole de blâme à ces brigands et continuèrent leur chemin. Les soldats les saluèrent avec un air de satisfaction, comme s'ils eussent accompli un acte méritoire. Ils se rendirent ensuite chez un empirique, nommé Jean Aubcrt qui demeurait près de l'abbaye de Saint-Loup (1), et

(li Celte abbaye et son église occupaient l'emplacemenl des bâtiments de la Bibliothèque.

violèrent sa femme en sa présence. !l> exigèrent de lui une rançon qu'il ne put payer, n'en ayant pas les moyens. Pour assouvir leur fureur, ils le saisirent, afin de le conduire, disaient-ils, aux prisons de la ville; mais, arrivés près du Moulin-de-la- Tour (i), ils le dépouillèrent de tous ses vêtements, puis après l'avoir transpercé à coups d'épée, ils le jetèrent à l'eau. Sa pauvre femme ignorant encore la fin tragique de son mari, accourait pour leur apporter le prix de la rançon qu'elle était allée emprunter. C'était trop tard! Son mari avait ce?sé de vivre. Saisie à son tour et dépouillée aussi de tous >e> vêtements, elle eut le même sort que son époux.

(1) Ce moulin, qui a conservé son nouille tirait de la grandi tour de l'ancien inanon des comtes qui étaienl dans son voisinage.

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