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ne s'y trouve pas, et il appartient simplement à Luther. D'après ce même novateur, il ne se fait en vertu de la consécration aucun changement du pain et du vin en la substance du corps et du sang de Jésus- Christ, ou aucune transubstantiation, pour parler le langage de l'Église. En conséquence, il soutient que ces paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, doivent s'entendre comme s'il y avait : Ici est mon corps. Eh bien! parcourons la Bible, et nous y trouverons bien Ceci avec l'Église, mais non Ici, comme le prétend Luther, et par conséquent cet autre mot lui appartient exclusivement. Luther enseigne de même qu'il n'y a que deux sacrements qui aient été institués par Jésus-Christ, savoir le Baptême et l'Eucharistie, ou la Cène, comme il aime mieux l'appeler. Or, en relisant la Bible, on y trouve bien la partie positive de cette assertion, à savoir que ce sont là deux sacrements, comme l'enseigne aussi l'Église ; mais la partie négative par laquelle ce même enseignement se trouve contredit, ou l'assertion qiïil n'y a que deux sacrements, on ne saurait l'y trouver, parce qu'elle n'a que Luther pour auteur. Calvin ne reconnaît dans la Cène que le pur symbole, le simple signe ou la figure du corps de Jésus-Christ à l'exclusion de sa présence réelle et substantielle ; et cependant, qu'on parcoure la Bible, on y trouvera bien ce que croit l'Église, c'est-à-dire que le pain consacré est le corps de Jésus-Christ, comme le Sauveur lui-
même l'a affirmé par ces paroles : Ceci est mon corps; mais on n'y trouvera jamais : « Ceci est le symbole, le signe, la figure de mon corps. » De même, quand Calvin a enseigné que Dieu prédesti-ne par sa volonté absolue, sans prévision de leurs péchés, une infinité d'âmes à la damnation éternelle, qu'on lise la Bible, oui, toute la Bible, rien que la Bible, et on y trouvera, il est vrai, ce qu'enseigne l'Église, savoir que la prédestination à la grâce est gratuite et indépendante du mérite des œuvres qui précèdent la foi ; mais on n'y trouvera nulle part le dogme cruel et monstrueux de Calvin, et qui, en conséquence, lui appartient exclusivement. Disons la même chose de cet autre dogme non moins terrible qu'impie, professé par le même Calvin, ainsi que par Luther et par le doux Mélanchthon, que Dieu est l'auteur du péché, et que la trahison de Judas est aussi bien son ouvrage que la conversion de saint Paul; qu'on parcoure toute la Bible, et on ne l'y trouvera pas, par la raison que cette impiété n'est qu'une invention de ces novateurs.
Qu'on parcoure de même le cercle entier des doctrines symboliques du protestantisme ancien comme du protestantisme moderne, ou des sectes issues du protestantisme primitif; qu'on le soumette à un rigide examen, et on n'en trouvera pas un seul article, de ceux du moins qui diffèrent de l'enseignement de l'Église, qui se trouve dans la Bible, oui, dans toute
la Bible. Ainsi, la symbolique protestante appartient tout entière aux chefs de la Réforme et à ceux qui ont marché sur leurs traces en innovant à leur tour. On peut, sans crainte ni danger d'erreur, porter le défi à tous ces hommes qui font profession de ne suivre pour règle de leur croyance que la Bible seule et toute la Bible, c'est-à-dire à tout ce qu'il y a au monde de protestants, de produire un seul texte clair et formel où soit formulé seulement un article de tous ceux qu'ils professent en opposition à la doctrine de l'Église catholique, et qui ne soit pas le produit de leur interprétation particulière. Qu'ils nous le prouvent, et nous donnent un seul démenti, et nous leur accorderons le droit de s'attribuer la victoire; mais ils n'y réussiront jamais (1). Et ce qu'il
(1) Voici l'aveu que fait de cette vérité Hengstenberg, un des protestants les plus recommandables de nos jours, en parlant des symboles des diverses communions : « Si nos livres symboliques exprimaient clairement la nécessité d'unité dans les doctrines religieuses, ils auraient enseigné une erreur positive que nous serions tenus de détruire ; mais il n'est pas certain qu'ils aient cherché à l'établir, à l'élever à la puissance du dogme... Du reste, ces livres n'expriment que les opinions, la conviction des anciens docteurs et des anciens membres (évidemment en petit nombre) d'une Eglise naissante. Ils n'ont pas voulu, ils n'ont pas fait autre chose que d'écrire sur le papier une théorie individuelle... Disons plutôt que ces vérités fondamentales ne sont pas exprimées dans l'Ecriture d'une manière si claire et si précise que toute intelligence puisse et doive les y trouver nécessairement... elles sont... delà nature de celles
faut surtout bien remarquer ici, c'est que les protestants ne peuvent pas user de représailles en portant aux catholiques le même défi à leur tour. Car, comme le catholique a pour règle éloignée de foi, non la Bible seule ou la parole écrite, mais aussi la parole traditionnelle, il s'ensuit que, même en admettant qu'un ou plusieurs des articles enseignés par l'Église comme de foi ne se lisent pas dans l'Écriture en termes explicites, sa cause ne peut rien y perdre, puisqu'il a toujours pour ressource la tradition divine, dont la valeur est à ses yeux égale à celle de la Bible.
Ces principes posés, voici les conséquences qui en découlent : 1° qu'il est donc faux que les protestants puissent jamais être témoins du fait de la révélation contenue dans la Bible par rapport à leur propre symbole ; mais qu'ils peuvent uniquement, comme nous le disions tout à l'heure, être témoins et martyrs de leurs opinions privées et de leurs interprétations fausses et trompeuses, ou de leur discordance d'avec le témoignage contraire de l'Église catholique ; 2° qu'elle est donc tout-à-fait fausse cette
qui ne se montrent qu'à l'œil de l'interprète. » La Réforme «outre la Réforme, p. 77-79.
Qu'auront à opposer à ce passage et la Buona Novella de
Turin, et la nouvelle Régula fidei, publiée dans la même ville
vers la fin de 1852, qui donnent pour seule règle de croyance la
Bible interprétée par le sens privé de chacun. Les malheureux !
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assertion des protestants, que leur symbolique résulte de l'examen qu'ils auraient fait sur la Bible des articles qui la composent, puisqu'ils n'ont fait, tous tant qu'ils sont, que recevoir aveuglément l'opinion et l'interprétation privée d' autrui, c'est-à-dire de leurs chefs, qu'ils ont suivis comme des moutons, en se laissant entraîner à tous leurs caprices. Je dis leurs caprices , puisque les chefs du parti avaient déjà leur dogmatisme tout formé , avant de songer à le trouver dans la Bible ; ce qui confirme à merveille ce que nous disions plus haut, qu'il n'y a pas un seul protestant qui soit protestant en vertu cle sa règle même; 3° que la profession si vantée du protestantisme : Rien que la Bible et toute la Bible, n'est qu'une illusion, une fausseté, en théorie aussi bien qu'en pratique ; un abus de mots, un mensonge, un piège enfin, où se laissent prendre ceux qui sont assez simples pour y ajouter foi ; 4° qu'il n'y a donc personne qui défère plus à l'autorité que les protestants, eux qui crient si haut qu'ils ne veulent pas s'assujétir à l'autorité d'autrui; mais qu'ils ne veulent suivre en tout que leur propre conviction, qu'ils ne veulent reconnaître d'autre guide, pas plus que d'autre règle, que la seule parole de Dieu à l'exclusion de la parole de l'homme. Eh bien ! ce sont eux précisément, eux seuls, qui défèrent à l'autorité d'autrui, eux seuls qui se laissent guider par la parole de l'homme.
Développons un peu plus cette dernière conséquence , parce qu'elle mérite toute l'attention des personnes sensées. Le catholique, en cédant et déférant à l'autorité de l'Église, cède et défère à l'autorité d'un témoin qui possède en soi-même au plus haut degré tout ce qu'on peut et même au-delà de tout ce qu'on peut désirer dans un témoin pour croire le fait qu'il atteste. C'est là une vérité trop claire en ellemême, pour que nous nous arrêtions à la prouver. Or l'Église, dans ses définitions dogmatiques, dans le symbole qu'elle propose, ne fait, dans toute la force et toute la rigueur du terme, qu'attester le fait du sens véritable dans lequel elle a reçu la révélation divine. Non que nous prétendions exclure pour cela sa qualité de juge, puisqu'elle n'est pas seulement dépositaire et témoin du fait de la révélation et du vrai sens dans lequel elle l'a reçue, mais qu'elle est encore juge des controverses, supposé qu'il s'en élève. Mais cette autorité judiciaire se rapporte plutôt aux controverses relatives à la vraie manière d'entendre la doctrine de l'Église, ou aux vérités en quelque sorte dérivées, qu'aux vérités originaires. Elle a pour objet les rapports de dépendance ou de connexité, si je puis parler ainsi , que peut avoir telle ou telle assertion nouvelle avec la vérité primitive : de sorte que l'Église juge alors laquelle de ces assertions différentes se rapproche ou s'éloigne de son propre enseignement. Si l'on veut cependant que l'Église exerce en
ce cas-là même son autorité par rapport aux vérités appelées par nous originaires ou primitives, cette autorité s'exerce alors sur le fait, c'est-à-dire sur les preuves qui peuvent appuyer le fait des vérités révélées. Ainsi, l'objet dernier et final du jugement qu'elle prononce est toujours la vérité qui lui a été confiée, et elle ne propose effectivement d'autres vérités à croire que celles qu'elle a reçues de Dieu, soit immédiatement ou dans leur forme textuelle , soit médiatement ou comme conséquence de ces premières. Et, par conséquent, nous croyons toutes ces vérités comme également de foi divine, à cause du motif formel que nous avons de les croire et qui est le même pour toutes, à savoir l'autorité de la parole divine : ce qui n'aurait pas lieu, si l'Église pouvait nous proposer par ses jugements dogmatiques quelque article à croire qu'elle n'eût pas reçu de Dieu lui-même. Et c'est ainsi qu'il est toujours vrai de dire que, même dans les jugements que l'Église prononce, elle n'est encore que témoin d'un fait, ou qu'elle ne fait que rendre témoignage de sa vérité. Et, par cela même, le catholique, en faisant son acte de foi, ne cède à l'autorité de l'Église que comme à celle d'un témoin hors ligne qui ne saurait nous attester que la vérité, qui ne saurait nous en imposer par rapport au fait quelconque qu'il nous atteste ; mais au fond, ce qu'il croit, il le croit sur la parole de Dieu, et uniquement sur son autorité. L'autorité de l'Église n'est alors qu'une condition né-
cessaire pour nous donner toute certitude que c'est Dieu qui a parlé, et qu'il a parlé dans tel sens plutôt que dans tel autre.
Mais le protestant, au contraire, en professant la doctrine, soit positive, soit négative de ses chefs, cède à leur autorité considérée, non comme celle de témoins, mais comme celle d'interprètes, de juges et de maîtres, qui lui donnent leur interprétation privée pour objet de sa foi ou de sa croyance. Ils n'ont pas , nous l'avons fait voir, trouvé leurs articles ou leurs dogmes formulés dans la Bible ; mais ils les ont eux-mêmes formulés, composés à leur guise, ou comme le fruit de leur étude, de leurs méditations, de leurs réflexions. Or cette formule d'articles, en tant qu'elle diffère de l'enseignement de l'Église, est exclusivement leur ouvrage, et c'est là ce qui forme l'objet de la foi du protestant. Mais cette autorité, c'est Y autorité de V homme; cette parole, c'est la parole de ï homme. Donc, quand les protestants suivent et professent le symbole de leur chef ou de leur coryphée, quel qu'il soit, ils ne croient pas en vertu de leur propre conviction, mais uniquement parce qu'il semble ainsi à leurs maîtres ; ils ne croient pas à la Bible, ou à la seule et pure parole de Dieu, où ils chercheraient vainement de pareils symboles, mais à l'interprétation de l'homme, qui en est l'unique auteur. Ou, ce qui revient au même, les protestants, comme nous l'avons dit, sont les seuls qui défèrent h l'autorité,
j'entends l'autorité humaine; ils sont les seuls qui ne prennent pas pour guide et pour règle la parole de Dieu, les seuls qui s'attachent uniquement à la parole de l'homme.
Il est temps à présent de considérer combien une telle conduite est peu honorable , combien elle est humiliante pour la dignité de l'homme. N'est-il pas en effet souverainement humiliant de dépendre, en matière de religion et de foi, de l'autorité d'un homme faillible ou sujet à l'erreur comme l'est chacun de nous; de se fier aveuglément à un guide trompeur dans une affaire d'une si grande importance, de s'attacher à un chef de secte qui a pour ambition de se faire à lui-même des prosélytes, de tenir l'étendard d'une faction ; et le plus souvent , pourquoi ? pour quelque mauvaise humeur, pour quelque motif de vengeance d'un tort réel ou imaginaire de l'Église dont on croit avoir à se plaindre, pour un orgueil blessé, pour un point d'honneur à défendre, pour une célébrité à conquérir, que dis-je? plus d'une fois, hélas! pour une passion violente et effrénée dont on voudrait couvrir la turpitude : le tout aux dépens des misérables dupes qui, soit malice, soit simplicité, se laissent séduire et engager dans leur parti ? Sous ce rapport, voici comment le protestantisme, dans son concept subjectif, pourrait se définir : V illusion ou la séduction d'esprit, causée par la triple concupiscence de l'orgueil, de la cupidité et de la volupté, sous le
manteau de l'interprétation biblique et du libre examen. Mais ce sujet sera traité plus au long dans notre troisième partie.
Que chacun voie en attendant si ce n'est pas véritablement s'avilir que de se rendre le jouet et la dupe des opinions d' autrui, qu'on préfère, je ne dirai pas seulement à la doctrine et à l'autorité de l'Église, mais à sa propre conviction ou à sa pensée personnelle, à laquelle il arrive plus d'une fois de renoncer, plutôt que de déserter la doctrine de la secte dont on fait partie. Oui, c'est prostituer la dignité de l'homme, c'est la fouler aux pieds, c'est la sacrifier. Tel est aussi le motif pour lequel tant de protestants de nos jours, rougissant en quelque façon d'un servage si abject, abandonnent la symbolique de leurs chefs pour se jeter dans les bras du rationalisme ou de l'incrédulité.
Et cependant, ce n'est pas encore là que s'arrête l'abjection ou l'esprit de servitude du protestantisme, puisqu'il n'a pas hésité, selon que les circonstances l'exigeaient de lui, à prendre pour juges et pour guides de ses croyances en matière de vérités révélées les princes, les magistrats civils, et à faire dépendre la croyance religieuse, la conscience du croyant, d'un édit royal ou d'une loi de parlement. Ne parlons plus des exemples d'ancienne date que nous fourniraient les lois émanées de divers princes d'Allemagne pour forcer leurs sujets à suivre la confession d'Augsbourg;
ne parlons plus des édits en vertu desquels on destituait de sa chaire de professeur ou de ses fonctions de ministre quiconque s'écartait tant soit peu de la symbolique luthérienne, faits dont fourmille l'histoire de la réforme allemande (1) ; ne parlons plus de la pragmatique de la Suède, du Danemarck et de la Norwége, qui fait du luthéranisme dans ces contrées la religion de l'État, et d'autres actes brutaux de cette espèce qui, dans le système protestant, renferment une contradic-
(1) Voir Dœllinger, ouvr. cité, La Réforme, t. i, p. 524 et suiv., où il prouve, pièces en main, que la religion du peuple et des ministres dépendait pleinement de la volonté du souverain, et qu'alors souvent il arrivait de ce qu'on appelle des coups d'Etat, par suite desquels, selon que le souverain était luthérien ou calviniste, il fallait tout d'un coup réformer les cantiques, le catéchisme, le rituel, et substituer de nouveaux principes de croyance à ceux qu'on avait suivis la veille; puis, en vertu de nouveaux édits, proscrire et prohiber sous les peines les plus terribles les livres mêmes qui quelques jours avant étaient tenus pour sacrés. Et ainsi, suivant le caprice du prince, on passait par des changements continuels d'une religion à une autre, d'une secte à une autre, parce que tel était le bon plaisir de Son Altesse. Le protestant Vegelius en fait l'aveu explicite dans le passage que voici : » Du moment que les orateurs ou les controversistes sont parvenus à faire adopter par le prince une confession quelconque, il faut que les sujets l'embrassent de même sans retard comme la seule bonne et la seule vraie, sous peine de confiscation, d'exil, d'infamie, et souvent du dernier supplice, quand même leur conviction serait de nature à les faire aller à tous les diables. » Vegelii Methodus duplex, p. 11, 17.
lion flagrante et un vrai contre-sens. N'avons-nous pas vu nous-mêmes le roi de Prusse Guillaume III se constituer l'arbitre de la foi de ses peuples, s'ériger en chef de secte, en fondateur d'une religion nouvelle, par la fusion en un du luthéranisme et du calvinisme, qu'il a baptisés, comme par manière de neutralité, du nom d'Eglise évangélique (1)? N'est-ce pas par un acte du parlement qu'a été sanctionnée la symbolique de l'Église légale ou anglicane contenue dans les trente-neuf articles (2) ? La symbolique de Berne et de Genève n'est-elle pas l'ouvrage des magistrats de ces cantons (3)? Et de même de tous les autres. Ainsi les protestants, qui crient si bien : La Bible,
(11 Nous avons parlé de cela ailleurs.
(à] Tout le monde sait que Henri VIII imposa à l'Angle • terre, et de vive force, son nouveau symbole renfermé en six articles. Son successeur immédiat, Edouard VI, ou celui qui gouvernait sous le nom de ce roi enfant et déjà théologien, a fait la même chose en substituant aux six articles un plus ample Credo. Puis, Elisabeth, se servant des doctrines publiées par l'ordre d'Edouard VI comme de matériaux et de pierres d'assise , en forma, au moyen d'additions, un Credo nouveau qui subsiste encore aujourd'hui dans les trente-neuf articles, qui, souscrits et approuvés par les deux chambres et par le clergé assemblé, le 12 janvier 1562, furent imposés comme règle à suivre en matière de religion. Voir Lingard, Histoire d'singleterre, t. vu, ch. 5.
(3) Nous traiterons ce sujet ex professo dans notre troisième partie. En attendant, on peut consulter Martinet, Solution de grands problèmes, t. rv, ch. 63.
toute la Bible, rien que la Bible, sont ceux qui par le fait la suivent le moins pour règle de foi. Ceux qui font sonner si haut les mots liberté religieuse, sont ceux-là mêmes qui courbent la tête avec le plus d'abjection sous la loi de fer d'un prince, d'un magistrat, d'un parlement, à qui ils ont prostitué bassement et ignominieusement leur symbolique et leur conscience.
Ce n'est que dans ces derniers temps que, ouvrant enfin les yeux sur cette honteuse servitude, on a commencé à parler d'indépendance religieuse et fait quelques efforts dans les divers États d'Allemagne, de Suisse et ailleurs, pour séparer l'Église de l'État (1). C'est ce qu'on a tenté aussi en Ecosse à l'égard de l'Église dominante (2), c'est-à-dire après avoir gémi trois siècles presque entiers sous ce joug asservissant. A qui attribuer cette union, cette alliance, ce mariage de l'Église avec l'État, et, par suite, la dépendance pleine et entière, l'asservissement le plus abject de la première par rapport au
(1) Nous avons déjà dit ailleurs quelques mots de cette lutte, dont nous parlerons plus amplement quand le temps en sera venu. Il suffit pour notre objet de l'avoir simplement mentionnée ici.
(2) C'est un fait notoire qu'il n'y a qu'un petit nombre d'années que l'Eglise presbytérienne d'Ecosse s'est émancipée en grande partie de l'autorité spirituelle de la reine pour se mettre en liberté.
second, pour qui elle n'a plus été qu'une branche d'administration civile et politique en matière de religion et de culte, sinon au protestantisme? L'Église catholique a lutté durant une longue suite de siècles pour sa précieuse indépendance et sa noble liberté, et jamais elle n'a souffert que le pouvoir laïque exerçât dans son sein aucune autorité spirituelle, ou envahît ses droits, ou portât sa main profane sur l'arche et le sanctuaire du Dieu vivant. Cette cause glorieuse lui a donné plus d'un martyr, qu'elle s'est empressée d'enregistrer dans ses fastes immortels (1). A peine, au contraire, le protestantisme a-t-il paru, qu'il s'est fait esclave sous le prince-électeur de Saxe (2) , et de même sous les autres princes qui ont embrassé successivement la Réforme. C'est grâce à lui qu'on a entendu parler pour la première
(1) Les noms des glorieux athlètes de la liberté de l'Eglise, comme S. Anselme et S. Thomas, tous deux archevêques de Cantorbery, sont assez connus et ont une assez belle célébrité. Les grands papes S. Grégoire VII et Innocent III, dont les vies ont été écrites par deux auteurs protestants, à savoir par Voigt et par Hurter avant sa conversion, ont été des modèles de courage dans le zèle qu'ils ont apporté à défendre la liberté de l'Eglise. A ces noms joignons-en tant d'autres sans nombre qui ont précédé et qui ont suivi.
(2) Voir Audin, Histoire de La vie de Luther, t. i, p. 210, 219. Luther avait réservé le jus reformandi aux princes séculiers en matière spirituelle, droit dont le prince Frédéric, électeur de Saxe, a usé et abusé, et qui a été sanctionné plus tard par la paix de Westphalie.
fois d'Églises territoriales, d'Eglises d'État, d'Églises légales : dénominations qui portent avec elles le cachet de l'ignominie, le signe de l'abjection, l'empreinte ineffaçable de la servitude, du plus avilissant, du plus complet esclavage.
Voici donc ce qui résulte de l'analyse la plus rigoureuse de la règle de foi de l'Église catholique comparée avec la règle du protestantisme : c'est que la première est la seule qui réponde à la dignité intellectuelle et morale de l'homme, et que, par conséquent, le catholique est le seul qui, dans sa croyance et dans la profession de sa foi, s'appuie sur la parole, sur l'autorité de Dieu; au lieu que le protestant, comme tout autre sectaire, est le seul qui défère à la parole et à l'autorité de l'homme, qui ne s'appuie en rien sur la parole ou l'autorité de Dieu, et qui, mettant de côté la Bible même qu'il a tous les jours entre les mains, s'attache à l'interprétation pleine d'arbitraire de ses chefs ou de ses ministres. Le catholique, enfin, est le seul qui ait conservé la liberté religieuse, tandis que le protestant l'a immolée à l'arbitraire, à l'absolutisme du pouvoir politique et civil. Ce sont là, je le sais, des vérités dures, mais des vérités cependant qu'on ne saurait nier, et qui sortent d'elles-mêmes du sujet développé jusqu'ici.