‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 2)Chapitre 15 sur 25 · LA RÈGLE CATHOLIQUE DE FOI CONSIDÉRÉE AU POINT DE VUE POLÉMIQUE · texte numérisé non relu

LA RÈGLE CATHOLIQUE DE FOI CONSIDÉRÉE AU POINT DE VUE POLÉMIQUE

ARTICLE PREMIER

La règle catholique est la seule qui résiste à l'examen et triomphe de toutes les difficultés.

Absurdes prétentions du protestantisme relativement à l'Eglise catholique. — On ne saurait les soutenir sans faire outrage à Jésus-Christ, son divin fondateur. — Jésus-Christ devait à son institution, ou plutôt à lui-même, de rendre son Eglise exempte de toute erreur dans ses enseignements. — Accuser l'Eglise de s'être trompée, c'est accuser Jésus-Christ luimême d'imprévoyance et d'infidélité à ses promesses. — Deux subterfuges des protestants. — On renverse le premier. — Jésus-Christ s'est engagé par promesse à écartqpr toute erreur de l'enseignement de l'Eglise. — On réfute le second. — L'Eglise romaine, dont les protestants se sont séparés, n'est autre que l'Eglise catholique. — L'institution de l'Eglise met hors de cause quiconque voudrait l'accuser d'erreur ou de prévarication. — Dilemme proposé aux protestants. — On presse contre eux cet argument, et on fait voir qu'ils ne peuvent échapper soit à l'une, soit à l'autre de ces deux alternatives. — L'institution de l'Eglise a démasqué par anticipation la perfidie de tous ceux qui, dans la suite des siècles, l'accuseraient calomnieusement d'erreur dans ses enseignements. — Confirmation de cette vérité par la manière dont les apôtres se sont conduits à l'égard des novateurs. — Vaine échap-

patoire imaginée par les protestants. — Elle est mensongère à plusieurs égards. — Autre alternative terrible proposée aux protestants. — Conclusion.

C'est un inappréciable avantage pour le catholique de pouvoir se dire à lui-même, avec une pleine confiance, en vertu de sa règle de foi : Si l'Église ne se trompe pas dans ses enseignements, je ne saurais me tromper dans ma croyance. Or, l'Église ne peut se tromper dans ce qu'elle enseigne, à moins que Jésus-Christ n'ait voulu, en l'instituant, donner au monde un guide trompeur et une maîtresse d'erreur ; ce qui répugne à sa bonté. Il aurait anéanti par là les fruits de sa rédemption, et livré les âmes, qu'il s'est acquises à un si grand prix, à la merci de toutes les erreurs les plus dégradantes et les plus funestes, y compris l'idolâtrie. Et, dans ce cas, à quoi auraient servi les divines leçons qu'il a données au monde, son expiation des péchés du monde, son sacrifice pour le monde ?

Et cependant, s'il fallait en croire les protestants, cette affreuse prévarication de l'épouse de Jésus- Christ aurait duré par toute la terre pendant au moins dix ou douze siècles, c'est-à-dire depuis le ive ou le ve siècle, ou même depuis les apôtres, jusqu'au xvie siècle, que se sont élevés Zwingle en Suisse, Luther à Wittemberg et Calvin en France (1). Et

(1) Effectivement Luther, en rapportant les paroles du San-

puisque la plus grande partie de cette même Église a refusé de s'attacher à cette réforme, elle est restée,

veur qui se lisent dans S. Mathieu, xxiv, 24 : Jusqu'à séduire même, s'il était possible, les élus, tronque ce texte, dont il retranche les mots s'il était possible, qui indiquent suffisamment que la chose ne pouvait se faire, pour en inférer, contre le vrai sens du texte, que dans tout l'espace de temps qui s'est écoulé depuis la mort des apôtres jusqu'au commencement du xvp siècle, les élus avaient été réellement séduits, et il finit par dire que Jésus-Christ, en prononçant ces paroles, qu'il cite au moins douze fois, mais toujours mutilées, avait clairement averti ses disciples de ne pas s'en rapporter au témoignage des saints, ni de se régler sur leurs exemples. « Quant à l'argument fondé sur la sainteté, c'est ainsi qu'il écrit, Jésus-Christ l'a pulvérisé en annonçant que les élus seraient séduits. Et ainsi ces ânes stupicles (les catholiques) ne gagneront rien à dire que l'Eglise n'a pas été abandonnée pendant un temps si long, et qu'elle savait même très bien tout ce que Luther allègue et prétend savoir aujourd'hui. » « Ce que les papistes, dit-il encore, nous opposent de plus fort, c'est de dire : Tant d'hommes saints et savants se seraient-ils donc trompés î Et ils ne voient pas, en parlant ainsi, que cette parole, au contraire (Matt., xxiv, 24), leur tombe sur la tête jusqu'à les faire chanceler comme tout étourdis. Qu'y a-t-il à y répondre? Cette parole est là, simple et claire, et il faut bien que nous la croyions et la laissions où elle se trouve... Ou bien, voudraient-ils donc que Jésus-Christ ne fût pas plus saint que les saints, et que sa parole ne valût pas autant que la leur. — Tu vois donc que l'Eglise ressemble sur ce point à la synagogue, et qu'il y en a peu qui se conservent purs de cette erreur et de cette contagion, puisque non-seulement les meilleurs y succombent, mais que même les élus en seront séduits. » (Opp. éd. Wulch., t. x, p. 2541; t. xix, p. 1533 et 2013) Et voilà comme ce novateur, au moyen d'un texte mutilé, a voulu démontrer que tous les saints, tous les docteurs,

par conséquent, dans la fange de ses impuretés abominables, et ce n'a été que la très petite partie de ce vaste corps qui s'est sauvée du naufrage universel, grâce à la restauration apportée par ces hommes à une institution divine.

L'âme et la conscience du chrétien reculent devant cette idée que les enfants de la Réforme voudraient nous donner du chef-d'œuvre de l' Homme-Dieu, qui est l'établissement de son Église. Disons en conséquence que notre divin Sauveur a donné de tels fondements à son Église, qu'il est impossible de l'accuser d'erreur sang accuser en même temps son divin auteur ou d'impuissance, ou d'imprévoyance, ou d'infidélité; disons que l'institution de l'Église est telle, qu'elle met au désespoir quiconque voudrait l'accuser d'erreur et de prévarication ; disons, enfin, qu'elle a été établie avec une telle sagesse, que non-seulement tous les efforts de ses ennemis pour la convaincre d'enseigner l'erreur seront à jamais frappés d'impuissance, mais qu'elle a d'avance démasqué comme de perfides calomniateurs et comme d'infâmes apostats tous ceux qui s'élèveraient pour l'accuser ou pour lui faire la guerre. Des preuves on ne peut plus invincibles données à l'appui de ces assertions, que nous al-

toute l'Eglise est tombée dans l'erreur et la séduction depuis la mort des apôtres jusqu'à lui, à qui était réservée la gloire de l'en délivrer ! (Voir Dœllinger, op. cit., t. ra, p. 193 et suiv.)

Ions développer avec franchise et sincérité, vont faire le sujet du présent article.

Commençons par la première, ou par prouver que notre divin Sauveur a établi son Église de manière à ce qu'on ne puisse accuser d'erreur celleci sans l'accuser lui-même ou d'impuissance, ou d'imprévoyance, ou d'infidélité. Les protestants admettent que c'est Jésus-Christ qui a fondé l'Église. Eh ! comment pourraient-ils le nier ? Or, cet aveu me suffit pour démontrer ma proposition. Je demande, en effet, à quelle fin Jésus-Christ a fondé son Église et l'a substituée à la Synagogue, dont la mission s'est trouvée terminée à son apparition dans ce monde, faisant ainsi succéder à une société concentrée dans la Palestine une nouvelle société qui n'aurait pas d'autres limites que celles de l'univers ; à un état temporaire, figuratif et préparatoire, un état de perpétuité, de vérité et de permanence absolue ; à une sainteté légale, extérieure, cérémonielle, une sainteté intérieure, réelle, divine? Personne sans doute ne niera que la fin prochaine de cette institution n'ait été de sanctifier le monde , et sa fin dernière celle de le sauver éternellement. L'Église a été fondée par Jésus- Christ comme le moyen ordinaire offert aux hommes de tous les temps et de tous les lieux pour atteindre successivement chacune de ces deux fins. De là cet amour qu'il lui a porté , les prérogatives dont il l'a enrichie, les magnifiques promesses qu'il lui a faites.

De là encore la faveur qu'il lui a faite de la rendre dépositaire de ses secrets divins, de ses célestes leçons, de ses grâces et de ses dons les plus précieux. De là, enfin, l'assurance qu'il lui a donnée de sa perpétuelle assistance, de sa présence incessante comme de celle de l'Esprit consolateur, la prière adressée par lui à son Père pour le maintien inaltérable de sa parfaite unité. Je ne m'arrêterai pas ici à rapporter les témoignages de nos livres saints qui confirment ces vérités, tant parce qu'ils sont très connus que parce que je les ai déjà mentionnés plus d'une fois dans cet ouvrage. Ces textes donc supposés , et il suffit pour les admettre de croire à la Bible, voici comme je continue la suite de mes raisonnements. Si l'Église, en vertu de l'institution de Jésus-Christ, est le moyen ordinaire choisi par ce divin Sauveur pour opérer la sanctification des hommes et les conduire à l'éternelle félicité ; si dans ce but il l'a constituée dépositaire de ses grâces , organe de la parole de vie , ministre des sacrements, il est bien évident qu'il a donné à cet édifice spirituel des bases solides pour qu'il ne puisse jamais vaciller ni surtout tomber en ruines. Il est évident qu'il a dû en écarter toute possibilité d'erreur ou tout moyen de déviation de la règle. Autrement, quels droits lui aurait- il donnés à la confiance des peuples, en la leur désignant pour maîtresse et pour guide? Sa sagesse et sa bonté infinies ne peuvent nous laisser là-dessus ni doute ni soupçon. Ajoutons,

et ajoutons avec liberté comme avec assurance, qu'il était même tenu, obligé à tout cela : oui, il y était obligé du moment où c'était son dessein de la donner de siècle en siècle aux hommes pour guide et maîtresse, avec obligation étroite pour ceux-ci de l'écouter, de lui obéir, de se soumettre à elle comme à luimême, ou comme à celle qui remplaçait sa présence visible sur la terre ; et en menaçant de son indignation et des peines terribles de l'autre vie quiconque lui refuserait la plus complète obéissance, et , bien plus encore, quiconque aurait l'audace de la contredire dans l'exercice de son ministère.

Après cela , le Sauveur ne se devait-il pas à luimême, c'est-à-dire ne devait-il pas à sa bonté, et disons aussi à sa justice, de conserver exempte de tout égarement, de toute prévarication , de toute erreur, cette Église à qui il confiait une si noble et si sainte mission? Ne devait-il pas, en l'établissant mère et maîtresse de tous les peuples de la terre, lui conférer toutes les qualités nécessaires pour s'acquitter de cette fonction sans crainte ni danger de s'égarer dans ses enseignements? N'est-ce pas là ce qu'il devait, puisqu'il faisait à tous , sous des peines si sévères, un commandement si absolu, si indépendant de toute condition, de se laisser paître, conduire et gouverner par elle? Oui, certainement, il le devait, et c'est là aussi ce qu'il a promis de faire ; et promettre et exécuter, c'est une même chose pour l' Homme-Dieu.

Mais si Jésus-Christ se devait à lui-même, s'il devait à sa bonté, à sa justice, à l'injonction faite à tous les hommes de se laisser guider, instruire et diriger par l'Église, l'exécution de sa promesse; donc tous ceux qui accusent cette même Église de prévarication honteuse, d'enseignement erroné, de profession d'idolâtrie, ne font-ils pas comme s'ils accusaient Jésus-Christ lui-même ou d'impuissance, ou d'imprévoyance, ou d'infidélité? ou plutôt n'est-ce pas comme s'ils l'accusaient de toutes ces énormités ensemble? Eh! qui pourrait en douter? Ils le taxeraient d'impuissance, puisque après avoir promis si manifestement, si solennellement, à tant de fois répétées, son assistance à l'Église, et précisément pour ce qu'elle aurait à enseigner; après lui avoir assuré que jamais les portes de l'enfer ne prévaudraient contre elle, il ne pourrait l'empêcher, malgré ce soutien, de tomber dans les erreurs les plus abominables, d'enseigner et de pratiquer la plus grossière idolâtrie, d'altérer le dépôt entier de la révélation divine, et non pas seulement en passant, mais l'espace de dix ou douze, ou même quinze siècles entiers. Ce serait aussi l'accuser d'imprévoyance, en le supposant capable d'avoir confié les éternelles destinées de peuples sans nombre à une Église faite pour les entraîner irréparablement à une ruine certaine (1) . En faisant à tous

[1) Pour qu'on ne prenne pas ceci pour une déclamation ou

une obligation de se soumettre à cette Église qui devait prévariquer, il serait le principal auteur, la cause première de cette turpitude dans laquelle seraient engagés tant de fidèles. Enfin, ce serait le taxer d'infidélité, comme manquant aux promesses solennelles et réitérées de ne jamais l'abandonner, de ne point la priver de son assistance ni de sa présence, tandis qu'il la laisserait succomber, se perdre et se rouler dans des prévarications abominables. Voilà donc ce que font les protestants, comme tous les autres sectaires, lorsqu'ils accusent l'Église de prévarication, d'erreur, d'idolâtrie : leurs imputations tendent à inculper son divin fondateur lui-même , sur qui retomberaient toutes les abominations qu'ils reprochent à son œuvre. Par conséquent, plus ils accumu-

une exagération, donnons en preuve le témoignage de Luther lui-même. Pour ce qui concerne le salut des chrétiens antérieurs à son époque, il déclare nettement, en plus d'un endroit, que « sous le papisme le ciel était fermé; que personne n'y avait obtenu le salut, attendu que quiconque approuve la religion des papistes est nécessairement perdu à tout jamais dans l'autre vie. » (Opp. éd. cit., t. xm, p. 347, 2300.) D'où il suivrait évidemment que tous les martyrs, tous les saints, jusqu'à Luther, étaient damnés, et que lui, venu au xvie siècle, était le premier qui eût ouvert les portes du ciel ! Qu'on juge d'après cela de ce qu'il faut penser de cet homme.

Ce sera sans doute pour cette raison que nos apostats se sont faits protestants, pour trouver dans quelqu'une de ces sectes l'unique voie pour entrer dans le ciel, de compagnie toutefois avec leur chère moitié, crainte d'v aller seuls.

lent d'accusations contre l'Église, plus ils taxent d'impuissance, d'imprévoyance et d'infidélité Jésus- Christ lui-même.

Je n'ignore pas que les protestants, pour se laver de l'outrage qu'ils font à Jésus-Christ en accusant l'Église d'erreur et de superstition idolâtrique, ont recours à deux moyens, ou, pour mieux dire, à deux subterfuges ordinaires. Le premier est de dire qu'on ne peut pas plus rejeter sur Jésus-Christ les aberrations de l'Église par rapport à la vraie doctrine, que les péchés qui se commettent dans son sein, quoiqu'il l'ait constituée pour qu'elle soit sainte et pour conduire les hommes à la sainteté ; et la raison de l'un et de l'autre, c'est que les promesses de Jésus-Christ à l'Église ont été conditionnelles ou dépendantes de la condition qu'elle n'abuserait pas de sa liberté pour s'écarter du droit chemin. Le second moyen, ou subterfuge, c'est de distinguer entre l'Église romaine et l'Église de Jésus-Christ, et de dire qu'en accusant de prévarication la première, ils n'ont pas pour cela accusé la seconde d'être en rien coupable, et que c'est pour cela qu'ils se sont séparés de l'Église romaine, mais non de l'Église de Jésus-Christ, ou de la véritable Église catholique, à laquelle ils sont restés toujours attachés.

Or, cette double défaite est également vaine, et n'atténue en rien l'outrage que les novateurs ont fait à Jésus-Christ en accusant l'Église : donnons-en les

preuves évidentes. Et quant à la première de ces deux réponses, disons qu'ils confondent la règle avec l'observation de la règle. La règle, comme devant servir de mesure ou de modèle, doit, de toute nécessité, être juste et droite, puisque autrement elle cesserait d'être règle pour les choses mêmes à régler. Si la règle était tortueuse ou fausse, il est bien clair que le même défaut se communiquerait nécessairement à tout ce qu'elle servirait à régler, puisqu'il s'identifierait avec elle-même. Au lieu que si la règle est juste et droite, le défaut de celui qui ne s'y conforme pas n'est plus imputable à la règle elle-même, mais seulement à celui qui s'en écarte ou qui néglige de s'y conformer. Or, tel est le cas présent. La règle prochaine de foi pour les croyants, c'est l'Église enseignante; et c'est pour cela que, si l'Église se trompait dans son enseignement dogmatique ou moral, on devrait nécessairement lui imputer l'erreur des fidèles, et par là même en accuser le vice de son institution, ou, pour mieux dire, en accuser Jésus-Christ, qui nous a donné cet enseignement pour règle, ou pour guide à suivre. Et, non content de nous mettre à même de suivre cet enseignement, il nous en a, comme nous l'avons dit, imposé l'intime obligation; il nous a menacés des peines les plus graves, si nous n'y prêtons l'oreille et n'y rendons obéissance. Si, par un sot caprice ou une volonté coupable, nous refusons de nous conformer à cette règle dans nos

Page 1