DÉLITS COMMIS
A Londres seulement. Dans toute l Irkind4
Meurtres et tentatives d'homicide
avec poignard ou armes à feu ou
poison 91 51
Crimes contre nature et attentats à
la pudeur tl . 36 0 !
Bigamie 27 11
Suicides 207 0!
Abus de confiance avec larcin . . 238 89
A reporter . . 599 151
Ajoutez à tout cela , pour cinquième et dernière raison, qu'une présomption très forte contre les pro-
À Londres seulement. Dans toute l'Irlande.
Report . . 599 151
Fraudes concertées 387 128
Débit de fausse monnaie 6] 9 241
Immodestie publique . 57 10
Actes de contrebande 302 0!
Roueries de prostituées 2399 353
Totaux 4071 883
Et telle a été la réponse, fondée sur les faits, donnée aux calomnies du Times à l'égard des catholiques irlandais, par le journal TheLamp, du 21 février 1852, qui, après avoir rapporté ce compte-rendu officiel, ajoute : « Voilà, messieurs de l'Eglise protestante, voilà pour vous et votre beau panégyriste un sujet de réflexions profondes. Etudiez ce tableau, et vous y trouverez la différence de l'éducation catholique d'avec l'éducation protestante. En prenant pour base de comparaison la différence de population, nous trouvons la seule ville de Londres sept fois plus avide de sang humain que l'Irlande entière; cent quarante-quatre fois plus adonnée aux crimes contre nature ; dix fois plus sujette à la bigamie ; quatre cent vingt-huit fois plus coupable de larcin et d'abus de confiance ; douze fois plus entendue à commettre des fraudes ; onze fois plus habile à débiter de la fausse monnaie ; vingt-trois fois plus ébontée à se permettre des impudicités publiques; douze cent huit fois plus habituée à la contrebande ; trente fois plus féconde en roueries de prostituées. Que pensez-vous de cette statistique comparée, doctes suppôts de la sainte ligue protestante? N'avez-vous pas sujet d'être fiers des résultats de votre glorieuse réforme ? Eh ! comment en douter] Partout où cette plante si précieuse a pris racine, grâce peut-être aux efforts de quelque moine par-
testants et en faveur des catholiques sous le rapport de la moralité, c'est la sympathie qu'éprouvent les mauvais sujets de tous pays pour le protestantisme, sans doute parce qu'ils y trouvent mieux leur compte pour vivre en toute liberté, sans tous ces freins ou ces obstacles que leur présente le catholicisme. C'est ce qui met le sceau à toutes nos preuves et achève de dissiper tous les doutes, s'il peut en rester encore sur ce sujet.
D'après ces considérations et d'autres que je pourrais multiplier, si je ne craignais d'être prolixe dans un article déjà trop long, je suis fermement convaincu qu'il n'y a rien de vrai dans la prétendue supériorité morale attribuée aux protestants sur les catholiques. J'ai voulu néanmoins répondre à cette objection populaire, non que j'y attache une importance qu'elle n'a pas, mais purement par amour pour la vérité. Au surplus, je le répète, c'est un pur paralogisme et qui n'est fondé sur rien de réel , comme je l'ai fait voir en mettant à même de juger de la bonté supérieure , soit absolue, soit relative, de la religion catholique. La bonté ou la probité, la moralité enfin, est, comme la science, une chose toute personnelle, individuelle et subjective dans sa réalisation. Il peut y avoir de fort honnêtes gens tant parmi les protes-
jure et apostat, partout elle a produit des fruits semblables1 Ainsi en a-t-il toujours été ; ainsi toujours il en sera. »
iants que parmi les catholiques , et par le fait, il y en a même un bon nombre, je le dis à l'honneur de F humanité ; comme, d'un autre côté, il y a parmi les uns comme parmi les autres des hommes pervers et méchants ; et ces derniers, vu la faiblesse et la corruption humaines, sont toujours en plus grand nombre que les bons, tant parmi les protestants que parmi les catholiques. Ils déconsidèrent la dignité humaine, et sont l'opprobre de l'humanité, de quelque côté qu'ils se trouvent. Peu importe après cela la proportion arithmétique des uns et des autres.
Puisqu'il n'a été question jusqu'ici que de probité et d'honnêteté morales, il est bon de parler maintenant des vertus chrétiennes strictement dites , c'est-à-dire des vertus fondées sur des principes surnaturels , et qui rendent le chrétien agréable à Dieu. Ici cesse tout moyen de comparaison ou de parallèle à établir, puisque la véritable sainteté, la perfection spirituelle, la vie dévote de l'homme intérieur, l'héroïsme, l'esthétique ou l'idéal de la vertu, sont l'apanage exclusif de l'Église catholique. Le protestantisme non-seulement n'a rien à lui opposer de semblable, mais ne saurait même rien faire valoir qui en approche tant soit peu. L'agiographie catholique n'a pas de rivale. Ici elle peut marcher la tête haute , en élevant son front majestueux , et défier toute communion autre que la sienne de montrer rien qui ressemble même de loin à ses saints canonisés. Pour me borner à ceux que
l'Église catholique a produits depuis l'origine de la Réforme, quel est le saint personnage que telle qu'on voudra de tant de sectes protestantes puisse mettre en parallèle avec une sainte Thérèse, avec un saint François Xavier, avec un saint Philippe de Néri , avec un saintVincentdePaul, avec un saint Charles Borromée, avec un saint François de Sales, avec un saint Alphonse de Liguori, avec cent autres semblables : avec ces hommes dont on ne peut lire la vie sans se sentir pénétré d'admiration et d'amour pour la vertu et la sainteté? Plus vous les considérez de près, en faisant, pour ainsi parler, l'anatomie de chacune de leurs vertus, plus vous voyez s'élever à vos yeux et grandir, comme des géants à côté d'un peuple de pygmées, ces hommes, dont les écrits respirent une candeur, une simplicité, une profondeur de connaissance des choses de Dieu, qui vous ravissent. On y sent une onction mystérieuse qui remplit et dilate le cœur. Qu'on fasse la comparaison de ces écrits avec la sécheresse, lefroid glaçant des ouvrages des protestants, même de ceux qui passent parmi eux pour les plus avancés dans la spiritualité, et qu'on dise ensuite où les saints ont pu prendre cet esprit qui leur donne des lumières supérieures à toute science humaine, ailleurs que dans l'habitude de leur commerce avec Dieu, dans leur union intime et familière avec lui.
A quelle école la sainte carmélite d'Avila, surnommée à juste titre par Leibnitz le Platon chrétien, a-t-
elle appris ces vues profondes sur Dieu, ces sublimes élans vers les mystères les plus élevés de l'ascétisme chrétien, cette connaissance parfaite du cœur humain, bien qu'elle ne fût qu'une pauvre fille sans rien de l'éclat de la science humaine, sinon à l'école et dans les entretiens familiers de son céleste époux? Où saint François de Sales a-t-il puisé ces trésors de douceurs qu'il semble verser sur toutes les pages de sa vie comme de ses écrits , sinon dans les divines inspirarations de Celui qui nous a tous invités à apprendre de lui à être doux et humbles de cœur ? C'est de même ce que nous aurions à dire de tous les autres saints ; car le même esprit les anime , les dirige tous , quelle que soit la différence ou la variété de leurs caractères. Àh ! vraiment , les saints vivent dans une autre atmosphère que le reste des hommes ; ils sont aussi élevés au-dessus des autres mortels que le ciel l'est au-dessus de la terre. Or, les hommes de cette hauteur ne sauraient se trouver que dans l'Église catholique.
Je vois bien que tous ne goûteront pas plus qu'ils ne comprendront ce que je dis ; mais c'est qu'il leur manque le sens nécessaire pour cela : car, comme dit l'Apôtre, l'homme animal ne conçoit point les choses de Dieu (1). Quelle est celle de tant de communions séparées de la communion catholique qui puisse se vanter d'avoir produit tant d' œuvres de zèle et de
(l) I Cor. il, 14.
charité, tant d'institutions admirables pour le bien de l'humanité, tant d'émulation, de sacrifices et de vertus, dans un sexe comme dans l'autre, qu'en offre tous les jours, et aujourd'hui encore comme parle passé, l'Église catholique? Je parle en particulier de ces institutions qui, semblables à des sources abondantes et toujours vives, arrosent et inondent de leurs bienfaits les membres les plus délaissés de la société, et font pénétrer la joie dans les classes souffrantes. Quelle est la communion non catholique qui puisse compter dans son sein ce nombre prodigieux de fidèles de tout âge, de tout sexe, de toute condition, faisant le généreux sacrifice de tous les honneurs, de toutes les espérances, de toutes les perspectives les plus riantes, de toute leur personne même, et embrassant avec ardeur les mépris , les souffrances, l'obscurité, la pauvreté, l'ignominie de la croix et, disons le franchement , l'ingratitude et les persécutions du monde pour lequel ils se sacrifient ? Mais, quoi ! ces sectes n'ont pas même à nous en offrir un seul exemple ; tellement que, désespérés de leur propre impuissance, les protestants ont plus d'une fois appelé eux-mêmes à leur secours ces personnes d'une religion différente de la leur pour jouir, eux aussi, des effets précieux de leur bienfaisante charité (1). Où
(1) C'est une chose connue que, dans plusieurs contrées du royaume de Prusse et d'autres Etats protestants, on a appelé les
est le protestant qui fasse profession de perfection ou de suivre les conseils évangéliques , si ces conseils, quoiqu'ils se trouvent clairement marqués dans la Bible, constituent pour eux un langage barbare, dont ils ne comprennent en rien la signification, sinon autant qu'il le faut pour en faire l'objet de leurs sarcasmes, de leur dérision et de leur moquerie (1) ?
filles de la Charité pour soigner les infirmes dans les hôpitaux : sans parler des États-Unis d'Amérique et de tant d'autres pays, y compris même celui des Turcs.
il) Rapportons ici pour le plaisir de nos lecteurs l'extrait suivant d'une lettre du Dr Pusey à l'évêque protestant d'Oxford : - Je vous avoue que je ne puis lire ces passages : Il y a des eunuques qui se sont faits tels pour le royaume des deux; que celui qui peut le comprendre le comprenne; Je vous dis en vérité que celui qui aura quitté son père, ou sa mère, ou son épouse, ou ses enfants, pour l'amour de mon nom, etc.; Celui qui, n'étant engagé par aucune nécessité, et se trouvant dans un plein pouvoir de faire ce qu'il voudra, prend une ferme résolution dans son cœur , et juge en lui même qu'il doit conserver sa fille vierge, fait une bonne œuvre; je ne puis, dis-je, lire ces passages et d'autres sans reconnaître que, quoique le mariage soit non-seulement permis, mais honorable, et que Notre Seigneur l'ait même sanctifié par sa présence, en l'élevant à la dignité d'un mystère , de manière à en faire une image de son union avec l'Église , néanmoins une voie plus excellente est indiquée à ceux à qui Dieu en fait la grâce. C'est le caractère même de la foi qui, en même temps qu'elle ennoblit l'usage du bienfait permis de Dieu , fait entrer ceux qui en ont la force dans une voie plus sublime en allant elle-même devant eux. C'est ainsi qu'elle déclare que toute créature est bonne, et qu'elle les consacre à notre usage par la parole de Dieu et par la prière, et que ce- T. u. 34
Qu'on vante après cela la supériorité du protestantisme sur le catholicisme. Il est vrai que j'ai déjà parlé plusieurs fois de ces mêmes choses ; mais j'y reviens volontiers toujours, tant à cause du plaisir que j'y
pendant il montre une voie plus excellente dans le jeûne. Celui qui voit en secret vous récompensera en public. La foi enseigne que nos biens sont en notre pouvoir, et cependant elle promet le centuple à ceux qui abandonnent leurs maisons et leurs champs pour V amour de son nom et de l'Évangile... Mais pourquoi les hommes , par une témérité étrange , passeraient-ils à l'extrême opposé et exerceraient-ils en sens contraire leur tyrannie sur les consciences'? Pourquoi blâmer et déprécier comme papistique ce qui n'est que la vérité primitive ? Pourquoi ne se voueraient pas au célibat ceux à qui il a été donné de le faire pour attacher plus fortement leurs affections à Notre Seigneur bien plus véritablement qu'à Rome même? L'Écriture dit: « Celui qui ri est pas marié pense aux choses de Dieu; pourquoi donc étouffer les aspirations de ces âmes plus ardentes que les autres, qui veulent ainsi s'appliquer sans distraction à plaire à leur divin maître? Pourquoi ne pas nous contenter d'être reconnaissants des biens dont il nous plaît de jouir , sans disputer à ceux qui les ont quittés pour l'amour de Dieu la bénédiction promise à ceux qui y renoncent pour prendre la meilleure part , en se donnant tout entiers au service de Dieu ? . . . Pourquoi ne remplacerions -nous pas nos compagnies de visiteurs par des sœurs de la Charité y à qui leur pureté sans tache, soutenue par les sentiments religieux, servirait de passeport pour pénétrer dans les repaires de la misère et du vice, en s'attirant le respect que le crime même ne peut s'empêcher de rendre à la vertu , et en éveillant par leur seule présence le remords dans les consciences?... » Letter to the right Rev. lord Bishop of Oxford on the tendency to Bomanism, etc., sec. édit., Oxford, 1339, p. 209 et suiv.
goûte que parce que cela peut servir à corriger une erreur assez générale , en même temps qu'à relever une des plus belles gloires de l'Église catholique.
Je termine cet article par deux réflexions auxquelles il n'y a rien à répliquer. La première, c'est que le défaut qu'ont les sectes de se préférer ellesmêmes à l'Église catholique pour la moralité et la régularité de vie a été de tous tes temps. Les impudiques et immondes gnostiques, qui se livraient journellement à toutes les infamies, s'appelaient euxmêmes du nom de spirituels ou de parfaits, sans s'occuper de bonnes œuvres, contents d'avoir pour se sauver la connaissance du Bythos et du Pleroma (1) , de même que les protestants enseignent qu'il suffit de la foi sans bonnes œuvres pour obtenir le salut ; et en même temps, ils appelaient pstjckiques, c'est-à-dire livrés à la vie animale, les catholiques par mépris (2). Les montanistes donnaient aux catholiques ce même sobriquet, et Tertullien, depuis sa chute, ne les désignait pas non plus d'une autre manière. Les novatiens se disaient eux-mêmes cathares, c'est-à-dire purs , pour se distinguer des catholiques, impurs et immondes à leurs yeux. Les donatistes s'appelaient eux-mêmes justes, et appelaient les catholiques pé-
(1) S. Ihénée, 1. i, Contr. hseres,, c 6.
(2) [bid.
532 — cheurs et traditears; et ainsi des autres. Or, personne ne dira que l'Église catholique fût inférieure à ces sectes en probité et en moralité.
La seconde réflexion à faire, c'est le double témoignage d'action que rendent à la sainteté de l'Église catholique, d'un côté les protestants les plus recommandables par leurs qualités morales, de l'autre les plus immoraux parmi les catholiques. C'est une vérité qui appartient à l'histoire, que les protestants qui se convertissent et rentrent les uns aprèsles autres dans le sein de l'Église sont ceux dont la conduite est la plus morale et la plus honnête, tandis que les catholiques qui apostasient sont livrés à tous les vices et esclaves des passions les plus honteuses : il n'y a pas d'exemple d'un catholique qui ait tourné le dos à l'Église en se faisant protestant pour devenir meilleur (1). Mais nous reparlerons de cela dans son lieu. Qu'il suffise pour le moment de l'avoir noté en passant, à cause de l'affinité du sujet.
Tl est donc bien démontré que , quels que soient les abus dont on accuse les membres de la commu-
ai) Voici un protestant qui en fait la déclnration ouverte : c'est le docteur Léo dont nous avons déjà parlé, et qui dans sa réponse à une lettre du pasteur Krummacher écrit au sujet de nos apostats : « Et ne vous figurez pas que parmi ces renégats du catholicisme vous trouviez quelques bons chrétiens. » Nous présenterons dans notre troisième partie beaucoup d'autres documents de la même force.
niun catholique, ils ne peuvent préjudiciel' en rien à la règle de l'Église catholique, qui les condamne. Mais une objection de cette espèce a encore bien moins de force et de valeur, si ces abus qu'on nous reproche, ou n'existent pas du tout, ou du moins sont bien moindres que ne les donnent les communions séparées. Si, par suite de leur fragilité ou de leur perversité, il s'en trouve trop parmi les catholiques qui déshonorent leur croyance, c'est qu'ils agissent précisément à rebours de ce que leur règle leur prescrit. Mais si l'Église ne cesse de répandre des larmes a mères sur ces hommes dont la conduite lui est reprochée comme un opprobre, et qui lui font pur cela seul une guerre beaucoup plus âpre qu'elle n'en a à redouter de ses ennemis extérieurs, elle trouve une compensation abondante dans ses autres enfants, qui l'honorent par les plus belles vertus, par la plus solide piété, par la perfection de leur vie et la sainteté la plus éclatante... Que si l'on ne doit pas juger d'un peuple par quelques lâches qui s'y trouvent, mais par les braves qu'il produit ; si l'on ne doit pas juger d'un arbre par quelques fruits gâtés, mais par ceux de ses fruits qui sont sains ; si l'on ne doit pas juger de la beauté de la nature par ses avortons, mais par ses productions venues à terme, on ne doit pas juger non plus l'Église catholique par ses membres pervertis sur lesquels elle gémit, mais par tous ces grands hommes qui font sa gloire la plus belle, parce
que ce sont eux qui conforment leurs actions à la sainteté de ses enseignements. Or, sous ce point de vue, la gloire de l'Église est unique : unique, parce qu'elle n'a pas de rivale ; unique, parce qu'elle s'élève de beaucoup au-dessus du niveau des vertus humaines ; unique, parce qu'elle montre au monde que Dieu est avec elle, et que c'est lui qui lui donne cette fécondité qui met au désespoir quiconque voudrait tenter, même de loin, de l'imiter ou de la contrefaire.