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CHAPITRE VI

LA REGLE CATHOLIQUE NE SE TROUVE QUE DANS LE- GLISE CATHOLIQUE ROMAINE OU DANS L'ÉGLISE UNI- VERSELLE EN COMMUNION AVEC LE SIEGE DE ROME.

Cette importante vérité peut se prouver par trois raisons : la première, c'est qu'il n'y a que cette Eglise qui ait tous les caractères ou les notes de la vraie Eglise de Jésus-Christ; la seconde, que, dans le sens et le langage de toute l'antiquité ecclésiastique, ces deux mots, Catholique et Romain, ont la même signification et sont synonymes ; la troisième , que la primauté de Pierre et de ses successeurs est essentielle à la règle catholique. Nous allons développer ces raisons dans autant d'articles différents.

ARTICLE PREMIER

L'Église romaine est la seule qui ait tous les caractères ou les notes de la vraie Eglise de Jésus-Christ.

Observation préliminaire. — Application de cette observation au sujet actuel sous le double rapport de l'établissement de l'Eglise et de l'insurrection des sectaires. — Première origine des sectes. — L'amour de l'indépendance a été dans beaucoup de personnes la cause de la préférence qu'elles ont donnée au protestantisme. — Prétextes des novateurs à leur révolte contre l'Eglise romaine. — Quels doivent être les caractères •le la seule véritable Eglise instituée par Jésus-Christ. —

L'Eglise catholique romaine a tous ces caractères , ~ comme le prouve son origine , — ainsi que l'origine des sectes. — - Les propriétés et les notes de la vraie Eglise le prouvent également. — L'absence totale de ces notes et de ces propriétés dans les sectes, quelles qu'elles soient, en est une autre preuve. — Cette absence ou ce défaut se remarque particulièrement dans l'anglicanisme, — et en général dans le protestantisme.— L'immutabilité de la doctrine, autre caractère de la vraie Eglise , appartient à l'Eglise romaine , à l'exclusion des sectes. — Conclusion.

Je ne saurais mieux débuter, pour le sujet que j'ai entrepris de traiter dans tout ce chapitre en général et dans cet article-ci en particulier, que par les réflexions d'un profond penseur, qui vont m'en aplanir la voie. L'univers, observe-t-il, rend partout témoignage à l'unité de vie et d'action, à la dépendance absolue et invariable de toutes ses parties par rapport à un centre, comme caractère et loi de sa nature, et par là même aussi comme condition de son bien-être. C'est ce que la langue grecque a exprimé dans un langage aussi clair que simple, en appelant l'univers du nom de y.ôa^.o;, ordre; car l'ordre ne peut exister que là où toutes les parties d'un tout sont soumises à une loi. Platon, dans le Gorgias (ï, 137, p. 507, édit. de Rob. Etienne), a exprimé avec une noblesse admirable cette idée de l'unité qui retient l'univers dans son tout et prévient le désordre de ses parties. Les Latins ont gardé dans leur idiome et transmis au nôtre la notion fon-

damcntale d'un tout, rh 7ràv? qui est celle d'un point fixe, autour duquel tourne et se verse, pour ainsi dire, ou plutôt converge le système entier, Universum (Cicéron, De nalura Deor., 1, 40, a coutume de se servir du mot linivérsïîas) . C'est l'idée exprimée dans ces beaux vers de Virgile :

SpirMus intùs (dit, etc.

(yEneid., 1. vi, v. 724/

La conformation physique de notre système solaire atteste la justesse de cette observation. Et le monde moral, dont les lois se montrent à nous pleinement révélées par nos écrivains sacrés, en même temps qu'elles nous sont dévoilées, quoique en traits plus obscurs, à l'aide de la tradition ou des aperçus de la raison, par la philosophie, rend à une semblable unité, dans un ordre différent, un témoignage parfaitement identique. C'est même parce que cette idée d'unité de vie et de gouvernement du monde a son fondement dans notre conscience, que quelquesuns, absorbant pour ainsi dire dans le centre toutes les parties du tout, ont déifié chaque molécule de matière. Et c'est peut-être pour une raison semblable que les divers systèmes de polythéisme , quelque incohérents, quelque monstrueux qu'ils pussent être, ont toujours retenu la notion d'une suprématie ou d'une supériorité quelconque, qu'ils rapportaient soit à l'une, soit à l'autre de leurs fausses divinités.

Prenons donc dans cette idée d'unité notre point de départ, puisque l'unité est la loi fondamentale du bon et du beau, à laquelle toute la création rend hommage. Nous n'avons pas besoin pour la trouver de nous transporter dans un monde enveloppé pour nous de mystères plus profonds : l'histoire de notre espèce nous offre sur ce point une instruction suffisante. L'origine du mal, dans le monde où nous sommes, a été l'infraction de la loi de dépendance de toutes les volontés par rapport à une seule volonté souveraine. Nos premiers parents ne se sont pas contentés de la règle offerte à leurs actions, en dehors de leur être individuel, par la source primitive de tout bien : mettant en oubli ce critérium infaillible de leurs actes, ce fondement nécessaire de leurs devoirs, ils ont voulu, par une sorte de contrefaçon de cette règle, la placer en eux-mêmes, l'abandonner du moins à l'arbitrage de leur propre raison; ils ont voulu être leurs propres juges, au lieu de rendre hommage, par leur obéissance simple et soumise, à l'autorité de Dieu. Cet acte criminel a tout seul suffi pour bouleverser le monde et changer toutes ses destinées morales : il a fait de tous les hommes qui devaient naître dans la suite, aussi bien que de leurs coupables auteurs, autant de centres nouveaux d'action, séparés du premier, rebelles au premier ; autant de centres infiniment petits d'une influence infiniment bornée, dispersés çà et là dans le monde des esprits,

sans ordre, sans subordination par rapport à Celui à qui ils devaient tout, même le pouvoir de se soulever contre lui. Il y a plus. Tant que l'homme resta soumis à Dieu, tout son être inférieur resta soumis en lui-même à ses facultés supérieures ; mais, du moment qu'il cessa d'être le serviteur de son maître, il cessa aussi d'être maître de lui-même. Et cet empire sur lui-même, cet accord interne de toutes ses facultés dans le vouloir et dans l'action, si essentiel à son repos, il ne l'a point reconquis, il n'a pu le recouvrer, tant qu'il n'a pas reconnu de nouveau et mis sur le trône dans son propre cœur, pour y régner sans partage, la volonté divine si follement répudiée. La loi des actes de l'homme avant la chute était donc placée hors de l'homme lui-même : elle était en Dieu. La loi de ses actes depuis la chute a été placée par lui en lui-même, et hors de Dieu par conséquent. Il lui est resté un sentiment du bien et du mal ; mais il ne l'a plus fondé sur le commandement divin. La faculté d'aimer lui est demeurée ; mais sans égard aux bienfaits incessants de la munificence divine, il a détourné l'usage de cette faculté à des objets indignes de lui-même. Son cœur était ouvert aux sentiments délicieux de l'admiration et de la reconnaissance ; mais il n'a plus voulu admirer l'être souverainement admirable, ni rendre grâces au plus bienfaisant. Et tout cela, parce qu'au lieu de subordonner ces principes à une règle hors de lui, il a voulu se les

soumettre à lui-même, s'en faire l'arbitre souverain. L'ordre lui avait été donné de se laisser conduire comme un enfant par la main de sa nourrice, et en repoussant le bras qui lui offrait son appui, il ne pouvait que faire une chute déplorable. Et ce que nous devons particulièrement remarquer, c'est qu'il ne pensait pas comme s'il eût dit : Je veux répudier le bien et idolâtrer le mal ; il ne pensait pas comme s'il eût dit : Je veux renoncer au bien pour m' attacher au plaisir. Non, ce n'était pas l'objet matériel en quelque sorte de ses actions, pas plus que de ses sentiments, qu'il voulait changer; c'en était simplement la forme, ou pour parler plus clairement, la règle et le critérium. Le langage de ses actions était : Je veux faire ce qui me semble bon , au lieu de ce qui semble bon à Dieu ; ou bien : J'exige de Dieu que ce qu'il m'enjoint de faire, il le soumette à l'approbation de ma raison.

Ainsi donc fut planté, au milieu de cette belle création, dont une parole toute puissante avait ordonné l'ensemble, un principe de désordre perpétuel, partout où l'homme se trouvait ; un principe d'action à part, se faisant le centre d'elle-même, exercée impuissamment sur des objets qui n'entraient pas dans le plan universel , et ne pouvaient concourir autrement que par manière d'opposition ou sous forme négative à l'exécution de son dessein. Les conséquences de cette rébellion, si elle n'avait pas eu

de frein, auraient été selon toute apparence le progrès indéfini de ce culte idolâtrique de soi que la chute avait inauguré , jusqu'à ce que tout vestige d'amour comme de vérité finît par disparaître, et que la malice de l'homme, comblant la mesure, égalât en profondeur celle de l'esprit infernal.

Nous pouvons apercevoir dès à présent les principaux linéaments du plan qu'a suivi notre divin Rédempteur, pour retirer l'espèce humaine de l'abîme où elle s'était précipitée par suite de la chute de nos premiers parents; de l'institution qu'il a fondée pour rendre cette restauration durable, et le gouffre affreux que l'homme a ouvert sous ses pas en se révoltant de nouveau pour son éternel malheur. Le principe de tous les désordres de la postérité d'Adam a été le crime qu'a commis celui-ci de déplacer son centre, qui était en Dieu, pour le placer en lui-même ; c'est là ce qui a entraîné aussi ses descendants à méconnaître leur créateur, à rendre à la nature créée un culte superstitieux , à adorer les ouvrages de leurs propres mains , enfin à se décerner à eux-mêmes l'apothéose et à se mettre à la place de Dieu. Tel est le dernier terme de l'impiété où il fût possible aux hommes d'atteindre. Dieu a eu pitié d'eux, et, dans la personne de son Verbe revêtu de la nature humaine, il les a retirés de cet abîme en effaçant leurs péchés par un sacrifice d'un prix infini, et en leur offrant dans sa céleste doctrine et dans ses

divins exemples tous les moyens de s'éclairer sur leur propre origine, sur la cause de leur dépravation religieuse et morale, et sur les moyens de redevenir bons et d'atteindre leurs sublimes destinées. Et pour mettre à la portée de tout le monde ces trésors de miséricorde et tous ces fruits précieux., la divine sagesse a établi l'Église comme l'arche unique du salut, lui confiant en même temps l'office et la mission de faire entendre les vérités éternelles à toutes les nations de l'univers , de répandre sur le monde entier, avec abondance , les eaux salutaires de la grâce divine, et faisant à tous les fidèles un strict devoir de l'écouter et de lui obéir. Dieu a voulu que cette institution, ouvrage de ses mains, n'eût d'autres bornes dans sa durée que celles du temps lui-même, d'autres limites dans l'espace que celles de l'univers, et qu'elle fût visible à tous les yeux comme le soleil, pour que personne ne pût s'empêcher de voir en elle l'œuvre divine, et de sentir le besoin de mettre à profit son ministère et de jouir de ses bienfaits. Mais, hélas! il a paru en tout temps des hommes remplis d'orgueil, qui ont refusé la soumission à cette divine autorité , se sont faits à eux-mêmes leurs propres guides, leurs propres chefs, se sont mis à la tête de sectes nouvelles, et par suite de leur criminel aveuglement sont retombés, d'erreur en erreur, dans ces mêmes ténèbres où se trouvait l'espèce humaine à la venue du divin Réparateur, et sont descendus enfin

au dernier degré d'impiété en se faisant rationalistes, socialistes, panthéistes, hégéliens, et, pour dernière conclusion, adorateurs de leur propre moi.

Voilà l'abrégé de l'œuvre de Dieu d'une part, et de l'œuvre de l'homme de l'autre. Dieu , en même temps qu'il est le centre de tous les êtres créés, comme auteur et créateur de la nature entière, est le centre en particulier des esprits et des cœurs comme auteur de la grâce. Le principe rival de Dieu est l'amour excessif que l'homme se porte à soi-même, et l'esprit d'orgueilleuse indépendance par lequel il se fait le centre de tout à l'exclusion de Dieu , tant dans l'ordre des pensées que dans celui des actions. Il veut être indépendant sous tous rapports de l'autorité divine , il veut être son maître à luimême ; et toutefois il ne le dit pas : jamais il ne dit : Je veux être indépendant de Dieu, je veux me révolter contre lui ; il cherche plutôt mille prétextes pour se cacher à soi-même son acte de révolte. Le plus spécieux et le plus séduisant de ces faux prétextes, c'est qu'il se fonde sur la parole de vérité, sur la parole de Dieu écrite ; et, couvert de cette armure, il déploie l'étendard de la rébellion contre celle que Dieu lui a donnée pour maîtresse et pour guide , en l'investissant de sa propre autorité. De là sont nées toutes les erreurs partielles professées par les sectes particulières, depuis les premiers temps du christianisme jusqu'à l'époque du protestantisme. Mais à

partir de cette dernière époque, les erreurs partielles se sont en quelque sorte effacées devant le principe général de l'indépendance individuelle et absolue, qui domine aujourd'hui toutes les questions. Aux yeux du protestant, tout homme est juge souverain de sa propre croyance, et chaque individu a le droit de se poser en maître en présence même de l'autorité établie par Jésus-Chrisi pour instruire le monde entier.

De même donc que l'Église représente sur la terre l'autorité de Dieu même , et que c'est au nom du Dieu vivant qu'elle prescrit à tous les hommes la soumission et la docilité aux vérités qu'elle a recueillies de la bouche même du Verbe divin incarné , de même le protestantisme est le représentant de l'indépendance de l'homme, et proclame chacun libre de toute règle de foi placée en dehors de lui-même. Ce mot de liberté ou d'indépendance ne sonne que trop bien à l'oreille de l'homme corrompu, de l'homme tombé; l'orgueil, qui a son siège comme sa racine dans son cœur, trouve à l'entendre prononcer sa plus douce jouissance. De là cet empressement avec lequel se rangèrent autour du nouvel Absalon, aussitôt qu'eut retenti à leurs oreilles ce cri d'indépendance et de révolte, des hommes pleins d'eux-mêmes et enflés de leur propre savoir; de là cette sympathie que montrèrent tant de littérateurs, d'humanistes, de philosophes, pour la Réforme du XVIe siècle ; de là, enfin.

ces mouvements que se donnent en Italie encore aujourd'hui tant d'esprits égarés pour y introduire le protestantisme, malgré que celui-ci ait, comme on dit, lait son temps, et qu'il ne lui reste que de misérables haillons pour couvrir sa nudité. Mais n'importe, l'indépendance et la liberté présentent trop d'appas au cœur humain, pour que ces hommes perdus, pervers, livrés à un athéisme pratique, ne s'empressent pas d'en répéter le cri et d'en favoriser la propagation sur tous les points de l'Italie.

Us ne proclament pourtant pas ouvertement l'indépendance absolue ; mais , à l'exemple des premiers protestants, ils prétextent habilement les prétentions ambitieuses de Rome, le joug si pesant de la domination romaine, les torts si graves de la papauté. Us ajoutent qu'ils veulent s'en tenir à l'Église toute seule, au pur Évangile, à la parole de Dieu. Quand ils ont débité ces phrases boursoufflées et d'autres de même force, ils s'imaginent avoir mis à couvert leur propre impiété. Or, c'est à leur ôter cette prétention et à leur enlever ce masque dont ils se couvrent que je vais m' appliquer dans cet article, où je prends à tâche de faire voir, ou qu'il n'y a jamais eu et qu'il ne saurait y avoir d'Église instituée par Jésus-Christ, ou que, s'il y en a une, elle n'est autre que la seule Église catholique romaine, c'est-à-dire celle qui a pour chef le pontife romain, et que, par conséquent, c'est en elle seule qu'il faut chercher la véritable règle

de foi ; en sorte que rejeter la règle de cette Église, c'est se mettre en état de révolte contre l'unique autorité qui ait Jésus -Christ pour auteur, et qui puisse procurer le salut.

Que Jésus-Christ ait établi une Église, c'est ce que personne que je sache n'a jamais nié, ni parmi les hérétiques anciens, ni parmi ceux de nos jours ; et, en effet, on ne pourrait le faire sans donner un démenti aux livres saints, qui en font une mention formelle et explicite presque à chaque page. La controverse ne peut donc rouler, comme elle ne roule effectivement tout entière, que sur la question précise de la vraie Église instituée par Jésus-Christ, sur les propriétés ou les caractères de cette Église et sur ses attributions. Mais de quel critérium ferons-nous usage pour discerner la vraie Église dont Jésus-Christ est l'auteur, entre tant d'autres qui dans tous les temps ont prétendu chacune être celle-là même qui aurait été fondée par l' Homme-Dieu , ou entre toutes les fausses sectes qui se sont approprié le nom d'Église chrétienne? Certes, il ne saurait y en avoir d'autre que celui dont nous avons déjà démontré la vérité, savoir la suite non interrompue de cette même Église qui, tirant de Jésus-Christ son origine, s'est continuée sans interruption jusqu'à nos jours ; de cette Église qui ne connaît d'autre commencement que celui qu'elle a reçu des apôtres, choisis eux-mêmes pour en être les prémices par son divin auteur ; de cette

Église qui a vu naître et mourir autour d'elle toutes les sectes rivales, à mesure qu'elles se sont élevées pour lui disputer les privilèges et le titre même d'Église de Jésus-Christ ; de cette Église à laquelle seule conviennent les notes et les caractères dont l'usage spécial est d'éclairer nos pas dans la voie de la vérité ; de cette Église qui est le centre immuable et le principe général de mouvement et d'action de tout le christianisme, qui reçoit d'elle la vie et la fécondité pour les œuvres de sainteté en tout genre qu'il produit au dedans de lui-même, et pour l'œuvre d'expansion qu'il ne discontinue pas d'accomplir au dehors.

Or, aucune autre Église que l'Église romaine, ou que l'Église catholique, qui a pour chef et pour centre le pontife romain, avec qui sont unies toutes les Églises particulières, n'a présenté ou ne présente cet ensemble de qualités qui la rendent vénérable aux yeux de tout homme réfléchi. Examinons ces propriétés l'une après l'autre, tant absolument que comparativement, et nous aurons toute la clarté de l'évidence pour nous convaincre qu'elle est celle à laquelle conviennent exclusivement toutes ces qualités que nous venons d'énumérer, et pour inférer de là que c'est donc en cette seule Église, comme en la vraie Église de Jésus- Christ, que doit se trouver la règle de foi catholique.

Premièrement, l'Église romaine est la seule qui remonte sans interruption de l'année où nous sommes jusqu'aux apôtres et à Jésus-Christ même. L'histoire

est là pour attester ce fait, tant positivement que négativement (1). La preuve négative, c'est qu'aucune page de l'histoire , dans tout le cours de dixhuit siècles aujourd'hui révolus, ou de dix-neuf commencés, ne nous marque le jour ni l'année de son établissement. Elle défie toutes les sectes, toutes les communions anti-catholiques, de lui assigner cette origine ; elle leur ouvre toute la suite de ses annales pour qu'elles lui marquent le point où elle aurait pu commencer. Mais ce qui n'est pas est par là même introuvable. Au contraire, cette histoire a enregistré avec précision et l'époque, et l'année, et le mois, quelquefois même le jour où chacune des mille et une sectes anti-catholiques s'est produite à la lumière. Elle a enregistré les noms de tous ceux qui en furent les auteurs et comme les premiers architectes; elle a enregistré jusqu'aux motifs pour lesquels ils se mirent à l'œuvre, les moyens dont ils se servirent pour l'exécution de leur dessein, et elle a tracé la ligne courbe, pour ainsi dire, de la naissance de ces sectes, de leurs progrès, de leur déclin, et enfin de leur terme. Voilà une antithèse irréfutable et hors de toute discussion : antithèse qui seule suffît pour confondre toutes ces sectes, et leur faire perdre l'espoir d'user avec succès de représailles contre l'Église romaine.

(]) Voir Bossttet, Disc, sur Vhist. Uîlïv., part, 2, oh. 30.

La preuve positive, ensuite, c'est le fait irrécusable de la succession de ses pontifes, qui remontent sans interruption de Pie IX jusqu'à saint Pierre, le premier en liste, ou qui redescendent de saint Pierre sans interruption jusqu'à Pie IX. Cette preuve est également indestructible : les fastes de l'Église, les peintures, les pierres gravées, les actes des conciles, les médailles, les tombeaux mêmes, toute espèce de monuments en fournissent la démonstration, et il n'y a personne assez éhonté pour en révoquer seulement en doute le fait matériel. Ce qui est particulièrement remarquable, c'est qu'entre toutes les Églises fondées dès les temps apostoliques, l'Église romaine est la seule qui présente cette suite de pontifes se continuant jusqu'à nos jours. Tertullien pouvait bien, au IIe ou 111e siècle de l'ère chrétienne, renvoyer les hérétiques de son temps à d'autres Églises aussi, comme à celles de Gorinthe, de Philippes, de Thessalonique, d'Éphèse (1) ; mais, aujourd'hui, il ne le pourrait plus, parce que toutes ces Églises, si toutefois elles existent, ont perdu la succession de leurs évêques. Le siège de Rome seul a conduit jusqu'à notre époque cette suite de ses évêques , de ses pontifes, qui descendent en droite ligne des apôtres jusqu'à nous, et, par conséquent, cette Église est la seule entre toutes qui soit demeurée apostolique, à

(1) De Prœscript., c. 36-

prendre ce mot à la rigueur. Toutes les autres, ou ont cessé d'exister, ou ne sont apostoliques que par participation ou par leur union avec l'Église romaine, qui, suivant la pensée énergique de ce même Tertullien (1) , leur imprimait son propre sceau (contesserârit), ou le sceau de sa propre apostolicité ! Ainsi il n'y a que cette seule Église dans laquelle se vérifie la première des conditions énumérées, savoir qu'elle n'ait pas d'autre origine, d'autre principe, que les apôtres et Jésus-Christ, son divin auteur.

De ce fait historique et incontestable découlent, comme de leur source, les autres conditions : par exemple, que toutes les sectes sans exception, qui se sont élevées contre elle, lui sont postérieures et de date plus récente, et, par conséquent, hors d'état par elles-mêmes de troubler l'Église dans la possession où elles l'ont trouvée d'être la vraie Église de Jésus- Christ. Puisqu'elle les a toutes précédées, elle a sur elles toutes l'avantage de ses propres titres, comme de son origine et de sa durée. Si ces sociétés rivales de l'Église romaine, par cela même qu'elles se sont

(lj Ibid. A moins qu'on n'entende avec de savants critiques ce mot contesserârit des symboles, fessera, au moyen desquels on reconnaissait dans l'Eglise romaine ceux qui venaient à Rome de quelque autre pays, symboles qui étaient comme la contre -épreuve de leur communion avec cette Eglise; ce qui revient toujours au même. (Voir Dupin, dans ses notes sur les œuvres de S. Optât.)

mises en opposition avec l'Église qui tire son origine de Jésus-Christ, se sont opposées à l'Église de Jésus- Christ même, il s'ensuit qu'elles doivent être des Églises bâtardes, anti-chrétiennes, des communions d'hommes rebelles qui se sont avisés de contrefaire l'œuvre de Dieu. Elles portent dans la date même de leur naissance le sceau de leur réprobation et de leur condamnation. Frappées de la malédiction de Dieu avant même d'avoir vu le jour, elles ne sont pas nées viables, elles n'ont jamais eu de vie ; et l'Église, en les anathématisant, n'a fait que ratifier extérieurement la sentence que Dieu avait portée contre elles, du moment où elles s'étaient élevées et constituées en état de guerre contre son unique vraie Église. Or, l'Église romaine, qui les a toutes vues naître, les a toutes également foudroyées. Tant que les ressorts qui les avaient d'abord mises enjeu ont continué leur action, elles ont continué aussi cette vie factice et extérieure, politique et purement artificielle, qu'elles avaient eue dès le commencement; mais, dès qu'avec le temps ces ressorts se sont usés ou ont perdu leur énergie, qu'ils se sont affaiblis, en un mot, elles aussi ont commencé à languir, à se consumer, puis elles sont tombées et ont péri l'une après l'autre, comme l'histoire en fait également foi dans ses annales (1). Ce n'est

(1) Le contraste de la stabilité de la vraie Eglise, ouvrage de Jésus-Christ, avec la mobilité et la prompte dissolution des

pas qu'elles n'eussent pour appuis le grand monde, l'opinion dominante, la science, le génie, et trop souvent, hélas ! le pouvoir civil ; néanmoins , elles ont péri et disparu, parce qu'elles étaient totalement dépourvues de l'unique soutien nécessaire, de l'appui du Tout-Puissant. De ce même fait historique, qu'on ne saurait nier, il suit également que l'Église romaine, étant la seule et l'unique véritable Église de Jésus-Christ, doit donc seule aussi avoir les notes et les caractères au moyen desquels elle puisse être aisément reconnue de tous pour ce qu'elle est en effet. Ces notes ou ces marques caractéristiques ont été formulées par le premier concile œcuménique de Constantinople dans son symbole : c'est l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité. Ce n'est point arbitrairement que ces notes ont été fixées ou établies; elles résultent des propriétés intrinsèques qui

sectes, ouvrages de l'homme, nous est marquée clairement dans la péroraison du sermon sur la montagne (Matt. vu, 24-27) : « Quiconque entend ces paroles que je dis, et les pratique, sera comparé à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre ; et lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre. Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les pratique point, est semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable ; et lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a été renversée, et la ruine en a été grande. »

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