‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 2)Chapitre 19 sur 25 · KK · texte numérisé non relu

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conviennent essentiellement à la vraie Église. En effet, personne ne niera que cette Église , fondée par l'Homme- Dieu, ne doive être une et identique, et non jamais différente d'elle-même ou divisée d'avec elle-même : il suffit, pour en être convaincu, de savoir qu'elle est un ouvrage divin, le chef-d'œuvre de la divine sagesse, quand même nous n'aurions pas pour nous le prouver les textes de la Bible rapportés ailleurs. Personne ne niera qu'elle ne doive aussi être essentiellement sainte , et par rapport aux vérités qu'elle enseigne, et par rapport à sa destination, qui est de rendre saints ceux qui s'attachent à elle, et par rapport aux moyens par lesquels elle leur communique cette sainteté. Personne ne niera qu'elle ne soit expansive de sa nature, en sorte qu'elle doive accueillir dans son sein toute la famille humaine répandue sur tous les points de la surface de la terre, et cela pour tous les temps avec la même universalité de doctrine et d'enseignement. Personne ne niera enfin que l'Église ne doive être apostolique, c'est-àdire tenir son origine des apôtres, et transmettre d'âge en âge la doctrine que les apôtres ont enseignée. Ces quatre propriétés ont entre elles une telle connexité, que l'une dépend de l'autre, et que sans les quatre à la fois il n'en subsisterait pas une seule. Sans l'unité, en effet, telle que nous l'avons expliquée, il ne saurait y avoir de véritable sainteté, puisque le schisme d'avec l'unique Église instituée par Je-

sus-Christ est toujours et nécessairement, quelle qu'en ait été la cause, un démembrement d'avec le corps mystique du Sauveur. Jésus-Christ n'est plus le chef mystique de ce membre séparé, de ce lambeau détaché, et il n'y fait plus circuler la vie dont il anime le reste. Ce qu'il ne faut entendre toutefois, à parler exactement , que du schisme considéré comme tel ; car, quant à Y individu schismatique, des grâces actuelles lui sont toujours offertes pour rentrer dans le droit chemin, s'il est de mauvaise foi, et il peut même n'être pas privé de la grâce sanctifiante, si son erreur est invincible et qu'il remplisse d'ailleurs les devoirs que la religion lui impose (1). Mais nous ne parlons, dans la question qui nous occupe, des schismatiques que comme séparés du corps mystique de Jésus-Christ, et, sous ce rapport, il est évident qu'une société séparée de la vraie Église de Jésus-Christ ne saurait être sainte, puisque autrement il faudrait appeler saintes toutes les communions dans l'acte même qu'elles feraient d'hérésie ou de schisme, une communion n'étant jamais séparée de l'Église de Jésus-

(1) L'Eglise a condamné, en effet, diverses propositions de Quesnel qui niaient qu'on pût recevoir des grâces en restant hors de l'Eglise, par exemple, la 26e : Nullae dctntur gratiœ nisi pcr fidem ; la 27e : Fides est prima gratta, et fous omnium aliarum graiiarum; la 29e : Extra Ecclesiam nulla conceditur gratta. On peut lire sur ce sujet le P. La Fontaine, Constitutio Unigenitus theologicè propvgnata, Cologne, 1717.

Christ que par l'un ou l'autre de ces actes, si elle ne Test par les deux à la fois. Or hérésie et sainteté, schisme et sainteté, sont des termes qui s'excluent réciproquement, puisque ce mot sainteté signifie pureté et exemption de péché, et que les mots hérésie et schisme expriment des péchés formels et même des plus graves qui se puissent concevoir.

Qu'il y ait connexité ensuite entre l'unité d'une part, la catholicité et l'apostolicité de l'autre, cela est d'autant plus évident, que l'Église ne saurait subsister ou se maintenir dans son unité que par l'unité même de communion entre tous ses membres, et par la profession commune à tous des mêmes vérités qu'ont enseignées les apôtres. La vérité doit être une pour tous les temps et tous les lieux, puisqu'elle ne peut jamais être différente d'elle-même. Par conséquent, cette Église-là seule peut être de sa nature catholique et apostolique, qui professe invariablement les mêmes vérités dans tous les temps et dans tous les lieux, ce qui ne saurait être si elle n'était une et indivisible. Et pour ce qui regarde la communion de charité qui existe entre les chrétiens, il n'est pas moins évident qu'elle suppose l'unité, et même au degré le plus éminent. Et c'est ainsi que ces quatre propriétés sont liées entre elles indissolublement, de manière qu'elles ne peuvent aller l'une sans les autres, et que les trois dernières sont une suite nécessaire de la première, ou dépendent de l'unité comme de l'anneau

principal; ce qu'il faut entendre de l'unité formelle ou de l'unité qui se rattache au principe générateur qui la constitue.

Ces propriétés, en tant qu'elles se produisent et se manifestent au dehors, constituent les notes de l'Église, ou les marques auxquelles on la reconnaît pour la véritable et légitime Église de Jésus-Christ. Or, du fait historique que nous avons signalé de l'existence non interrompue de l'Église romaine depuis les apôtres jusqu'à nous, nous pouvons inférer à priori qu'elle est la seule qui possède ces propriétés, et qui les montre en elle. Car elle seule a la priorité sur toutes les communions qui ont apparu d'âge en âge ou de siècle en siècle jusqu'à nos jours. Aucune d'elles par conséquent ne peut s'arroger, soit les propriétés, soit les notes d'unité, de sainteté, de catholicité et d'apostolicité, hors de l'Église romaine. L'Église romaine est une, pour ainsi dire, de naissance ; je veux dire que dès sa naissance elle a possédé l'unité, et l'unité de foi comme de communion , en vertu du principe d'autorité qui la constitue, ayant pour chef visible, comme il convient à une Église visible, le pasteur suprême, successeur de saint Pierre, prince des apôtres. Toutes les Églises particulières du monde entier, qui dans tous les temps ont été en communion avec l'Église de Rome en vertu de ce même principe d'autorité, ont tenu et professé avec elle la même foi, et obéi au même pasteur suprême. Et c'est là une

condition indispensable, puisque tout évêque ou toute Église particulière qui aurait tenu ou professé une doctrine différente, ou qui aurait élevé autel contre autel et refusé l'obéissance à l' évêque de Rome, aurait été considéré pour cela seul comme hérétique ou schismatique. L'histoire ecclésiastique des trois ou quatre premiers siècles offre déjà bien des exemples de ces hérétiques et de ces schismatiques condamnés de même pour l'une de ces raisons. Les noms de Paul de Samosate, de Novatien de Rome, des deux Donat d'Afrique, pour ne rien dire de tant d'autres, sont assez fameux. L'Église romaine a de cette manière maintenu son unité dans toute la suite des temps. Par contre, aucune communion séparée n'a jamais pu se glorifier d'une semblable unité, parce qu'elle manque du principe d'autorité, qui seul la produit et la constitue, comme nous l'avons démontré ailleurs (t. r, p. 340 et suiv. , et t. ri, p. 3).

Il s'ensuit, pour la même raison, que l'Église romaine ou la communion catholique est la seule qui possède la sainteté, considérée comme note et propriété de la vraie Église. Car la sainteté est le fruit légitime de l'unité de foi et de l'union de charité. Cette sainteté est rendue sensible dans l'Église romaine, et visible aux yeux de tous, par la sainteté de ses enseignements dogmatiques et moraux, par l'administration des sacrements, par l'abondance des dons extraordinaires qui, h toutes les époques, ont

rendu visible à tous les yeux la beauté surnaturelle et intérieure de l'élite de ses enfants. Sainteté qui n'a cessé d'être l'objet de l'envie et de la haine des hommes grossiers et charnels, ou de toutes les sectes rivales de cette même Église : de leur envie, parce qu'elles savent bien qu'elles en sont, et nécessairement, privées; de leur haine, parce qu'elle est un reproche toujours vivant de leur conduite désordonnée. Haine qui est le principe des persécutions auxquelles sont en butte les personnes saintes, et l'Église elle-même avec elles, persécutée parce qu'elle enseigne les vérités qui déplaisent au monde, qu'elle aurait bientôt pour ami si elle cessait un moment, soit de les prêcher en public, soit de les rappeler en secret.

Enfin, que du fait historique que nous avons établi s'ensuivent aussi la catholicité et l'apostolicité de l'Église romaine, c'est une vérité si évidente par ellemême, qu'il n'y a besoin d'aucun développement pour le prouver.

L'autre fait historique, parallèle au premier et commun à toutes les sectes séparées, démontre à son tour qu'aucune de ces sectes n'a ni ne peut avoir une seule de ces propriétés ou de ces notes de la vraie Église. Aucune d'elles n'a l'unité, par là même qu'aucune d'elles ne consent à en admettre le principe générateur et constitutif, qui est l'autorité. Après s'être émancipées de l'Église mère, du chef et du centre à

la fois de l'autorité et de l'unité catholiques, quelle autre autorité pourraient-elles lui substituer qui en couvrît le défaut et en fît les fonctions? Aucune assurément , aucune du moins qui ne fût factice et arbitraire, aucune qui ne fût postiche et purement apparente. De là leur recours à l'érastianisme (1), pour conserver du moins une ombre d'unité extérieure ; de là encore leur dissolution interne en fait d'articles de foi, les contradictions et les nuances d'opinions sans nombre entre membres de la même communion sur ces articles, sans autre remède à y trouver que la force matérielle; de là enfin leurs divisions de toute espèce,

(1) On a donné ce nom à'érastianisme à une secte qui s'éleva en Angleterre, en 1647, au fort des guerres civiles, et qui professait la doctrine de la suprématie de l'Etat par rapport à l'Eglise. Les membres de cette secte prétendaient que l'Eglise n'a aucun pouvoir de faire des lois, et bien moins encore d'infliger des peines, de porter des censures et des sentences d'excommunication. En cela ils ne faisaient que suivre les doctrines de celui qui leur donna son nom, c'est-à-dire d'un certain Eraste, médecin suisse, né à Baie l'an 1524. Cet homme était peu soigneux de se faire la réputation d'habile médecin; mais en revanche il se piquait beaucoup de savoir la théologie et de l'enseigner aux autres, Entre autres écrits théologiques sortis de sa plume, on distingue particulièrement celui qui a pour titre : Thèse contre l'excommunication et l 'autorité des consistoires. Il était médiocre en fait de médecine, et au-dessous du médiocre en fait de théologie. Voir Warburton, Supplemental Works, p. 473. Grégoire a traité au long cet article dans son Histoire des sectes, t. iv, p. 377 et suiv.

et les agitations sans paix ni trêve dont elles sont continuellement travaillées.

Dès là que les sectes anti-catholiques sont privées d'unité , c'est une suite nécessaire que la sainteté leur manque également. Et ici encore, distinguons la secte elle-même d'avec les individus qui en sont membres. J'admettrai volontiers que dans toute communion il puisse se trouver des individus plus ou moins probes et vertueux, des personnes même qui, par suite d'une ignorance invincible, en même temps qu'elle font partie, sans le savoir, d'une secte anti-catholique et ré- * prouvée, jouissent de la vie surnaturelle par l'habitude de la foi qu'elle ont reçue dans le baptême, ou même qui, après avoir eu le malheur de perdre pour un temps par quelque faute grave la grâce baptismale, l'aient recouvrée en vertu de cette même foi et au moyen d'un acte sincère de contrition, et qui par conséquent se trouvent dans la voie du salut. En faisant toutes ces concessions, je ne fais que me mettre à la suite des plus grands théologiens (1). Mais ce sont là, comme on le voit, des exceptions en faveur d'hérétiques ou de schismatiques qui ne le sont quematé-

(1) Voici ce que dit à ce sujet le cardinal de Lugo, dans son traité De Fide, xn, 3, 30 : « Errantes invincibiliter circa aliquos

articulos , et credentes alios , non sunt formaliter hseretici , sed « habent fidem supernaturalem , quâ credunt veros articulos , «« atque adeù ex eâ possunt procedere actus perfecta? contritio- » nis, quibus justificentur et salventur. «

riellement, et qui au fond sont catholiques ; et il s'agit ici des sectes mêmes, ou des communions non catholiques en tant que séparées de l'unité. Or, je dis que ces communions ou ces sectes ne peuvent avoir de sainteté d'aucune espèce, soit parce qu'elles sont privées de la vraie foi, soit parce qu'elles sont rebelles à l'autorité légitime. Gela suffit à mon sujet, sans que j'aie à discuter en détail les doctrines particulières de chaque communion à part, tant spéculatives que pratiques. Si l'on désire de plus que je présente une fin de non-recevoir, pour ainsi dire, contre la sainteté de ces communions anti -catholiques, on la trouvera dans ce que j'ai déjà dit de la sympathie qu'ont pour ces sectes tous les méchants, et pour parler plus intelligiblement, tous les libertins. Les plus mauvais sujets de chacune de ces communions sont ceux qui se montrent les plus attachés à leur propre secte, et les plus mauvais des catholiques sont ceux qui témoignent le plus de tendresse pour ces communions étrangères, le plus d'empressement à les répandre, à les faire goûter, à les persuader aux autres. Un coup d'œil général sur cette espèce de gens suffira pour convaincre qui que ce soit de mes lecteurs de la vérité de ce que j'avance (1). Ce qui s'accorde à mer-

(1) Le comte J. de Maistre, dans la seconde de ses deux

lettres inédites publiées par le Mémorial catholique (juin et

juillet 1824), touche habilement ce point particulier, savoir

« que . dans les communions séparées , ce sont précisément les

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veille avec la réflexion que je faisais tout à l'heure sur l'aversion que professent ces mêmes hommes pour l'Église catholique à cause de la véritable sainteté qu'elle enseigne et qu'elle professe.

Pour ce qui est de la catholicité et de l'apostolicité par rapport aux communions non catholiques, il n'y a pas à en parler. Leur dénomination même de non catholiques, qui les distingue toutes de la nôtre, est une preuve flagrante qu'aucune d'elles ne possède, soit la propriété, soit la note, comme on voudra, de k catholicité, et qu'elles en sont absolument privées. Mais de plus, leur origine de fraîche date, leur localité restreinte, font voir à tous les yeux qu'elles n'ont donc ni la catholicité ou l'universalité de temps, ni celle de lieux, comme il le faudrait pour qu'elles fussent vraiment catholiques. Gomme ce sujet a été traité à part, nous n'ajouterons rien ici à ce que nous venons de dire, pour ne pas répéter ce que nous avons éclairci ailleurs (i). Disons la même chose de l'apostolicité, qui ne saurait appartenir qu'aux communions qui tireraient leur origine des apôtres mêmes, ou qui auraient été comme greffées par la suite des temps à une

cœurs les plus droits qui éprouvent le doute et l'inquiétude , tandis que parmi nous la foi est toujours en proportion directe de la moralité. »

(1) Voir la dissertation de l'auteur, intit. : Sut titolo di Chiesa catholica che si attribukcono le Communioni separate dalla <Chiesa Romana.

tvglise d'origine apostolique, ou qui enfin, appartenant à T Église catholique par la succession non interrompue de leurs pasteurs, auraient conservé intacte la doctrine de cette Église. Or, les communions non catholiques n'ont aucun de ces titres pour prétendre à l'apostolicité. Elles ne sont pas apostoliques d'origine, puisqu'elles sont toutes de date récente; elles ne sont pas non plus greffées à l'Église apostolique, puisqu'elles s'en sont séparées ou qu'elles en ont été retranchées; elles n'ont pas conservé non plus la doctrine apostolique par une succession non interrompue de pasteurs appartenant à cette Église , puisque , ou elles se sont révoltées contre ces mêmes pasteurs, ou leurs pasteurs eux-mêmes se sont faits schismatiques et novateurs, et ont fondé une société différente de l'ancienne telle qu'ils l'avaient héritée de leurs prédécesseurs, différente par conséquent de l'Église apostolique, à laquelle ceux-ci avaient appartenu comme pasteurs légitimes. Qu'on parcoure l'histoire des hérésies et des schismes , et on ne trouvera pas d'autres commencements à tout ce qu'il y a jamais eu de communions non catholiques.

Après cela, n'est-ce pas provoquer la compassion ou Je rire (je ne saurais dire lequel) , que d'appeler avec emphase Église apostolique l'Église anglicane, et succession apostolique celle de ses évêques, comme le font à toute occasion les évêques et les écrivains de cette communion , eux chez qui la succession

apostolique a été rompue même matériellement par l'invalidité de toutes leurs ordinations épiscopales sous le règne d'Elisabeth (1) ? Mais quand même ces ordinations, au lieu d'être tout-à-fait nulles, ne seraient que douteuses, ce qu'on pourrait accorder tout au plus, il serait encore certain qu'elles ne pourraient pas mieux s'attribuer la succession apostolique, puisque l'épiscopat actuel a complètement dévié de la doctrine apostolique de leurs prédécesseurs d'avant le schisme. Qui aura le courage de dire que Cranmer fût le successeur véritable du cardinal Polus sur le siège de Cantorbery, à moins qu'on ne dise aussi que l'hérésiarque Nestorius était le successeur de saint Jean Ghrysostôme sur le siège de Gonstantinople, et Dioscore le successeur de saint Cyrille sur celui d'Alexandrie, de sorte que les Églises des nestoriens et des eutychiens seraient apostoliques comme conser-

(1) Outre les anciens qui ont écrit sur ce sujet, tels que Hardouin, Le Quien, etc., et d'autres plus modernes, comme Milnee , Lingaed et le cardinal Wiseman , Mgr Henrick , alors évêque de Philadelphie et aujourd'hui archevêque de Baltimore, a publié là-dessus un volume in-8° , où il fait voir , par toute sorte de documents , que la succession ne subsiste plus dans l'épiscopat anglican , par la raison que les évêques catholiques qui vivaient encore au commencement du règne d'Elisabeth refusèrent d'imposer les mains aux nouveaux évêques élus par cette reine ; d'où il résulte que ces derniers n'avaient d'épiscopal que leur élection même et la sanction qui y fut donnée par le parlement, ce qui fit aussi qu'on leur donna le surnom à! évêques parlementaires.

vant apparemment la doctrine des apôtres. Je ne vois pas en quel autre sens P aimer aurait pu dans son Abrégé d'Histoire ecclésiastique, où il donne la suite des évêques de Cantorbery depuis saint Augustin jusqu'à son temps, donner Granmer pour successeur immédiat de Polus, et greffer ainsi l'Église schismaiique anglicane sur l'Église apostolique fondée dans cette île par saint Augustin. Mais ce qu'il y a de plus révoltant, même sous ce rapport, c'est le fait des deux primats actuels d'York et de Cantorbery, entraînant à leur suite tout l'épiscopat anglican ; c'est qu'après avoir fait profession de reconnaître la suprématie de la reine Victoria en matières spirituelles, y compris les définitions dogmatiques , ces vils esclaves du pouvoir temporel et du conseil privé de la reine en fait de religion et de foi aient encore le courage de proclamer leur Église apostolique (1) î

(1) Le Times en effet (janvier 1851), après avoir rapporté l'avis dû conseil privé de la reine dans l'affaire Gorham , et son acceptation par la haute Eglise d'Angleterre, c'est-à-dire par l'évêque de Londres et les archevêques de Cantorbery et d'York avec leurs suffragants , en tire cette conclusion : « Les chronologistes auront à marquer pour l'année 1850 la suprématie royale définitivement reconnue en matière de foi. » La chose cependant est de date bien plus ancienne , au moins pour le fond. Je vais rapporter ici dans son texte original la formule d'excommunication de cette Eglise, à encourir ipso facto, contre quiconque osera contredire la sentence portée en dernier appel par la Cour suprême du roi ou de la reine : « fVhosoever shall hereafter

Comme si le Christ, en disant à ses apôtres : Celui qui vous écoute m'écoule ; ou bien : Allez et enseignez toutes les nations, avait voulu entendre par ces paroles la reine Victoria et son conseil privé, le ministre John Russell, ou le parlement britannique î Quelle infamie ! A quoi est-ce qu'on s'abaisse pour garder de gros revenus et des honneurs temporels !

Que faudra-t-il dire ensuite de toutes les sectes protestantes dans le sens strict du mot, c'est-à-dire des sectes luthériennes, calvinistes, etc. , et de toutes leurs filiations, qui n'ont pas même conservé l'ombre de la hiérarchie (1) ? Dira-t-on que ces communions

affirm that the Kingfs Majesty hath not the saine authority in causes ecclesiastical that the godly kings had among the Jetas, and Christian emperors of the primitive Church, or empeach any part of his royal supremacy in the said causes, restored to the Crown by the laws of this realm therein established, let Mm be excommunicated ipso facto and not restored but only by the archbishop , after his repentance and public revocation of those his wicked errors. » C'est-à-dire en français : « Quiconque affirmera à l'avenir que la majesté royale n'a pas la même autorité dans les causes ecclésiastiques que celle des rois établis de Dieu sur le peuple juif, ou que celle des empereurs chrétiens de la primitive Eglise , ou entravera en quoi que ce soit la suprématie royale dans lesdites causes , restituées à la couronne par les lois de ce royaume , sera excommunié ipso facto, sans pouvoir être relevé de son excommunication que par son archevêque, s'il fait acte de repentir en révoquant publiquement ses pernicieuses erreurs. »» Can. n , cité par Wiseman, The final appeal, etc. (I) Il n'y aurait que la Suède où la validité des consécrations

aient les propriétés et les notes de la vraie Église? Pour donner quelque idée de ce qu'elles sont, je ne ferai que rapporter ici, dans notre langue, ce qu'en a écrit un auteur non suspect, l'anglican William Palmer, qui, grâce à l'affinité que les sectes ont entre elles, les juge cependant avec trop d'indulgence et de faveur. « J'ai parlé, dit-il, de la Réforme étrangère, comme d'une chose qui n'est plus que du passé pour nous. Et, en vérité, le luthéranisme et le calvinisme ne sont guère plus aujourd'hui que des objets d'histoire, puisque les faibles restes privés de vie qu'ils ont laissés après eux, et qui portent toujours leurs noms, ne sont que de douloureux souvenirs de systèmes dont les imperfections et îes défauts, quoi qu'il en fût, ont été ennoblis par une sainte ardeur et un véritable zèle pour Dieu et la révélation de Dieu (telle est là-dessus sa pieuse croyance) . Or, quand les confessions de foi pour lesquelles Luther, Zwingle et Calvin auraient donné leur vie, sont jetées de côté comme surannées ou souscrites avec des clauses et des déclarations qui font de la souscription une sim-

épiscopales pourrait se soutenir , le premier archevêque luthérien d'Upsal, Laurent Pétri, ayant été sacré en 1531 par Pierre Magni , évêque de Werteras , qui avait été ordonné à Rome avant l'introduction du protestantisme. Berzelius publia à Lunden en 1773 une thèse sur ce sujet , et en 1796 Fant essaya d'y ajouter de nouvelles preuves. Voir De successione et consecr, Episcopor. Sueciœ, in-4°, Upsal, 1850.

pie farce, comment pouvons-nous croire qu'il en reste quelque chose dans les esprits? Vaincus par l'audacieuse impiété du néologisme et de l'incrédulité, qui se couvre du nom de christianisme pour pouvoir ainsi porter à la foi des peuples des coups plus funestes, ou pour tomber dans la léthargie mortelle de l'apostasie arienne et socinienne, le luthéranisme et le calvinisme, comme systèmes religieux , semblent morts dans les pays où ils avaient pris naissance » (1). Il suit de là que nous n'avons plus à parler de ces sectes comme d'Églises, et bien moins encore comme de la vraie Église de Jésus-Christ, mais seulement comme de cadavres sans vie, de débris à laisser là, ou d'antiquailles à classer dans les musées.

Un aut^e caractère essentiel à la vraie Église de Jésus-Christ doit être une constante uniformité dans la croyance et l'enseignement des points dogmatiques, puisque la vérité est inflexible et immuable de sa nature. Or, tel a toujours été, et tel sera toujours le caractère de l'Église romaine. Elle ne s'est jamais prêtée à un seul changement dans les articles de croyance une fois professés par elle : immobile comme un rocher, elle a vu s'élever contre elle avec furie les

(1) Trëat. of the Church, etc., Londres, 1839, t. i, c. 12, p. 388-389, où l'auteur cite à l'appui YHist. des Sectes de Grégoire , et l'ouvr. de Rose sur Y État du protestantisme en Allemagne.

tempêtes des persécutions, les menaces, puis les défections des princes et des peuples ; elle a tout enduré plutôt que de retrancher de son symbole un seul iota, plutôt que de consentir à des transactions ou à des accommodements sur cet article (1). L'histoire lui rend aussi témoignage sur ce point, et jamais ses ennemis ne l'ont accusée d'avoir transigé sur un seul dogme : leurs accusations ne roulent que sur les additions qu'elle a, disent-ils, faites au symbole. Mais r<ous avons fait voir ailleurs (p. 270 etsuiv. de ce volume) que ces additions ne sont autre chose que des développements renfermés d'avance comme dans leur enveloppe dans les articles de tout temps professés, développements rendus nécessaires par les innovations et les témérités des ennemis de la foi.

Comparez maintenant avec cette immutabilité de la doctrine catholique la versatilité, les variations continuelles des communions rivales, et particulièrement du protestantisme et de l'anglicanisme, et vous verrez sur-le-champ quelle est entre toutes ces communions celle qu'on doit reconnaître pour la vraie Église, pour

(1) L'Eglise de Rome est immuable, c'est l'aveu qu'a fait à la chambre des communes un ennemi acharné de l'Eglise catholique. Voir l'Univers, 25 mars 1851. Un certain Hase en Allemagne prend prétexte de cette immutabilité de doctrine pour reprocher à l'Eglise romaine d'être stationnaire, puisqu'elle enseigne au xixe siècle les mêmes choses qu'elle enseignait au premier !

l'épouse sans tache de l'agneau de Dieu (1). C'est aussi à ce caractère, comme à sa fécondité inépuisable en types de sainteté, que l'illustre comte de Stolberg a reconnu l'Église romaine pour l'unique épouse du Christ ; et faisant abjuration de la secte protestante, par un triomphe généreux remporté sur lui-même, il est venu demander à cette Église les moyens de s'assurer son salut éternel (2).

Et comme c'est le propre de Dieu, tout immuable qu'il est dans son essence, de donner le mouvement à tout ce qui existe et d'être un principe éternellement agissant, et en lui-même par le mystère ineffable de fécondité et d'amour qu'il accomplit de toute éternité dans les profondeurs de son être, et en dehors de lui-même par l'action créatrice et conservatrice qu'il exerce dans le temps sur ses créatures, amenées par lui successivement à l'existence, et recevant chacune de lui, à la place qui leur est assignée , leurs divers degrés d'action et de vie ; ainsi l'Église, qui est sur la terre sa vivante image et

(1) Outre tout ce que nous avons dit ailleurs sur ce sujet , nous allons enregistrer ici l'aveu d'un fameux protestant de nos jours , Schleiermacher , qui affirme que la durée de chaque dogme protestant ne saurait guère être, terme moyen, que de quinze années. Voir ]\ampon, Etude sur la doct. cath. dans le concile de Trente. Paris, 1852.

(2) Voir sa lettre publiée sur les motifs de son retour à l'Eglise catholique.

comme un reflet de la divine sagesse, participe par un privilège singulier à cet attribut divin, en imprimant à toute la société chrétienne un principe semblable d'action et de mouvement. C'est elle qui communique à tous les fidèles la vie surnaturelle par le moyen des sacrements, qui les excite et les encourage aux plus héroïques travaux, et qui, mère toujours féconde d'enfants prédestinés, les soutient et les anime dans l'exercice des vertus les plus sublimes. Tout n'est que vie au dedans d'elle-même, sa doctrine, sa discipline intérieure, sa hiérarchie, ses institutions. Expansif de sa nature, ce même principe vital tend incessamment à développer son action au dehors ; et, avide de se donner des enfants nouveaux, l'Église appelle dans son sein et s'efforce de s'assis miler tous les membres de la race humaine sur qui elle peut exercer son zèle ou étendre son influence t n'importe qu'ils soient infidèles ou qu'ils soient dissidents, comme le prouvent amplement les conversions au catholicisme qu'elle ne se lasse pas d'opérer sur tous les points du globe.

Vous diriez que l'Église romaine est, dans un ordre supérieur, ce que le soleil est clans notre système planétaire. Centre du système entier, qu'il éclaire de sa lumière et pénètre de sa chaleur fécondante, cet astre ne cesse d'exercer sur tout l'ensemble qu'il entraîne dans son orbite sa vertu attractive, et communique à ses moindres parties la vie physique

et le mouvement dont elles sont susceptibles. Ainsi, dans l'ordre surnaturel, l'Église est le soleil des intelligences, le principe moteur et vital de toute la société chrétienne ; tout gravite vers elle, tout s'agite autour d'elle. Ceux-là seuls se dérobent à son action, qui , dans le rêve d'une orgueilleuse indépendance, veulent se faire à eux-mêmes un autre centre, ou, pour tout dire, mettre leur centre en eux-mêmes, en s'éloignant de celui que Dieu leur avait assigné. Et de même que Adam prévaricateur voulut , en se révoltant contre Dieu, placer en lui-même son propre centre, de même ces téméraires ont cherché ou cherchent encore leur centre en eux-mêmes, hors de l'Église par conséquent, en se laissant égarer ou séduire par leur esprit privé. Devenus comme des étoiles errantes, ainsi que les appelle l'apôtre saint Jude, ces astres tombés , sortis de leur orbite , s'en vont cherchant à l'aventure un point fixe de repos, et, sans s'en douter, ils ne font que s'enfoncer dans l'abîme, où ils ne trouvent autre chose que leur moi avec tous les maux qui forment son cortège.

Si la vraie Église fondée par Jésus-Christ doit se reconnaître aux caractères que nous avons décrits dès le principe de la discussion actuelle, ces caractères ne se trouvant que dans l'Église romaine ou dans l'Église universelle en communion avec le siège de Rome, c'est une nécessité de conclure qu'elle est elle-même la véritable Église, l'unique Église de Je-

sus-Christ. Et, par une conséquence nécessaire, il faut regarder comme exclus de la vraie Église toutes les sectes non catholiques, quelles qu'elles soient, mais surtout les sectes protestantes, dont le système général est, comme je l'ai fait voir, si peu soutenable et si plein d'inconséquences. C'est l'histoire à la main que nous sommes arrivés à cette conclusion, et contre les faits constatés le raisonnement n'est plus admissible.

ARTICLE II

Dans le sens comme dans le langage de toute l'antiquité ecclésiastique , ces deux mots , catholique et romain, sont synonymes.

Illusion des sectes qui croient pouvoir rester séparées de l'Eglise romaine sans l'être en même temps de l'Eglise de Jésus-Christ. — On fait voir la vanité de cette prétention par cela même que dans toute l'antiquité chrétienne on a regardé comme une même chose d'être séparé de l'Eglise romaine ou de l'être de l'Eglise universelle. — On le prouve par l'autorité de saint Irénée ; — par l'usage des lettres formées ; — par les témoignages explicites de saint Cyprien et d'autres Pères des premiers siècles; — par le fait même des hérétiques. — On prouve la même vérité par l'unité de foi qui a toujours existé entre l'Eglise romaine et les autres Eglises. — On présente à l'appui plusieurs raisonnements , et des faits que fournissentnon-seulement les catholiques , mais les hérétiques euxmêmes. — Dieu n'a jamais permis que le siège de Rome tombât dans une seule erreur contraire à la foi . — La même vérité se prouve en outre par l'uniformité avec laquelle l'Eglise universelle condamne toutes les doctrines que peut condamner l'Eglise romaine. — On le prouve par les témoignages de toute l'antiquité chrétienne, — et par le fait. — Nouvelle preuve résultant de ce que tous ceux qui élaient expulsés de l'Eglise romaine l'étaient par contre-coup de toute l'Eglise catholique. — Différence entre le cas d'hérésie et celui de schisme. — Les noms de catholique et de romain, admis comme synonymes par toute l'antiquité, achèvent la démonstration. — Origine de la dénomination de romaine donnée à l'Eglise catholique. — Sotte prétention de l'Eglise anglicane.

Telle est la force de la conscience que le chrétien expérimente en lui-même, qu'il recule d'effroi à la pensée de se trouver hors de la vraie Église, de l'É-

glise instituée par Jésus-Christ. De là vient que les sectes non catholiques, qui se disent toujours chrétiennes, par le motif qu'elles font profession de croire en Jésus-Christ, et qu'elles ont été régénérées dans l'eau du baptême, font tous leurs efforts pour persuader aux autres comme à elles-mêmes qu'elles font partie de la vraie Église, ou même qu'elles sont les seules qui la constituent. Les anglicans prétendent que leur Église est une branche de l'Église universelle, et c'est pour cette raison qu'ils retiennent l'article du symbole : Je crois l'Eglise universelle ou catholique ; tandis que , parmi les autres dissidents , les uns ont retranché de cet article le mot catholique qui les gênait, les autres l'entendent de leur Église ou de leur secte particulière, en tant que celle-ci serait l'Église même ancienne catholique, mais épurée, lueurs réformateurs ont tiré de l'or, comme le dit un protestant moderne, de la scorie et de l'alliage où il se trouvait mêlé dans l'Église catholique avant qu'ils vinssent l'en dégager (1). Toutes ces sectes, par con-

(1) C'est ce que répond sottement le piétiste Malan dans son oavrage déjà cité, Pourrai-je entrer jamais dans l'Eglise romaine , etc., où à la suite de plusieurs balourdises il écrit ces mots : « Et quant à ceux qui du sein même de l'Eglise romaine furent alors (à l'époque de la prétendue réforme) amenés au pur Evangile, ne peuvent-ils pas répondre à cette question (où était l'Eglise protestante avant la Réforme 1) , en demandant à leur tour : Où était l'or du minéral avant que le feu du creuset le séparât de sa gangue? •> [P. 123.) Cet homme n'a pas môme en cela le

séquent, font profession de n'être séparées que de l'Église romaine, et de la corruption du romanisme et de la papauté.

C'est donc pour dissiper cette illusion que j'entreprends cet article, qui aura pour objet de démontrer que l'Église romaine et l'Église catholique sont inséparables l'une de l'autre, ou plutôt qu'elles sont identiques, de sorte que c'est une même chose d'être séparé de l'Église romaine ou de l'être de l'Église catholique; et qu'ainsi c'est en vain qu'on se flatte d' appartenir à la véritable Église de Jésus-Christ quand on n'appartient pas à l'Église romaine. Nous pourrions employer plusieurs moyens de preuve pour atteindre ce but. Nous allons en indiquer les principaux, que nous développerons ensuite par ordre et avec brièveté. Tels sont : la nécessité d'appartenir à la communion romaine pour appartenir à l'Église universelle; l'identité de la foi de l'une et de l'autre; l'identité de l'Église romaine et de l'Église universelle dans la condamnation des fausses doctrines ; la même identité dans l'excorporation ou l'expulsion des sectaires ou des sectes; l'usage de l'antiquité chrétienne d'employer comme synonymes les mots d'Église romaine et d'Eglise universelle. Tous ces motifs conspirent à faire voir aussi clair que le jour

mérite de l'invention, car j'ai trouvé la même réponse dans la préface de Luther à son commentaire sur l'épîtro aux Galates.

l'identité qui existe entre les deux, et la distinction essentielle entre les Églises-branches, séparées du tronc principal, et Y Église-arbre, qui n'est autre que l'Église romaine, si l'on veut entendre par ce mot toutes les Églises à la fois en communion avec cette Église. La première preuve à l'appui de notre théorème, et qui toute seule le démontre déjà avec évidence, c'est la nécessité d'appartenir à l'Église ou communion romaine pour appartenir à l'Église universelle ou catholique. Telle a été de tout temps, en effet, la marque sûre du bonheur d'appartenir au corps mystique du Rédempteur. Lorsque saint Irénée, prenant les intérêts des évêques d'Asie, trop attachés à l'usage de célébrer la pâque le quatorzième jour de la lune de mars, s'interposa pour eux auprès du pape saint Victor, qui défendait de son côté la tradition romaine, reçue de l'apôtre saint Pierre, de ne célébrer cette fête que le dimanche suivant, et qui en conséquence menaçait les évêques dont il s'agit de les séparer de sa communion , l'illustre intercesseur donna pour motif de sa démarche, comme Eusèbe nous l'a rapporté, « qu'il ne fallait pas retrancher du corps de r Église universelle par un acte définitif un si grand nombre d'Églises particulières pour leur constance à observer une tradition fondée sur une coutume ancienne parmi elles (i). Par là on voit qu'aux

il) Eusèbe, Hlst. ecc. I. v, c. 24 : « Ne tam multas Ecclssias

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