T. TI
yeux du saint martyr, c'était un principe incontestable qu'être séparé du pontife romain, ou du siège de Rome , c'était la même chose que de l'être du corps de l'Église entière ou de l'Église catholique.
C'est à ce principe qu'il faut attribuer l'usage universel, en vigueur dès les premiers temps du christianisme, des lettres formées ou pacifiques, comme on les appelait, ou lettres de communion et de paix, qui servaient à faire voir qu'on était en communion avec l'Église universelle par cela seul qu'on l'était avec le siège de Rome. Ces lettres s'envoyaient et se recevaient réciproquement. A peine un nouvel évêque de Rome était-il intronisé sur son siège, qu'il adressait ses lettres aux patriarches et aux autocéphales (1)
propter traditionis ex antiquâ consuetudlne inter illas usurpatœ observantiam à corpore universx Ecclesix penitùs amputaret. »
(1) On appelait autocéphales les Eglises de l' Asie-Mineure qui n'étaient assujéties à aucun des trois patriarchats. Les anciens écrivains font mention de ces lettres formées, pacifiques ou communicatoires, particulièrement S. Optât, De schismate Donatist.i 1. il, § m, dont nous rapportons plus bas les paroles mêmes. Poar maintenir la communion réciproque, tous les évêques envoyaient chaque année, ou même plus souvent, au pontife romain de ces lettres communicatoires. S. Augustin écrivait, 1. m, cont. Crescon., c. 34 : « Quod hinc maxime credibile est, « quod ad Carthaginis cpiscopum, Romano prsetermisso, nun- « quàm Orientalis Ecclesia catholica scriberet, ubi saltem vester « scribi debuit quem soletis Romam paucis vestris mittere ex « Africâ. » Ce commerce de lettres pouvait se pratiquer aussi
catholiques, pour leur déclarer qu'il les recevait dans sa communion et dans son unité, eux et tous les évoques dépendants de leurs sièges particuliers. De leur côté, les patriarches et les autocéphales eux-mêmes, aussitôt après leur élection, envoyaient leurs lettres à Rome en témoignage de leur communion avec l'Église romaine. Cette pratique ou cet usage nous est attesté par les documents qui nous restent de ces temps reculés. Qu'il me suffise ici d'apporter en preuve les paroles de saint Optât, qui, en parlant du pape saint Sirice, donne les lettres formées échangées entre lui et ce pape pour témoignage de son état de communion avec l'univers entier. Voici ces paroles; après avoir donné la liste des évêques de Rome depuis saint Pierre jusqu'à saint Sirice, il ajoute de ce pape : « Qui est actuellement même notre frère d'épiscopat, avec lequel tout l'univers, en même temps que nous-même, est en société de communion par le commerce mutuel de nos lettres formées » (1). Il arrivait de là que c'était une même chose d'être
entre les autres évoques, puisque l'évêque de Cathage pouvait adresser sa lettre formée en même temps qu'écrire à celui de Césarée; mais il ne pouvait pas le faire sans l'évêque de Rome, c'est-à-dire qu'il devait auparavant savoir par l'évêque de Rome quel pouvait être l'évêque légitime de Césarée. Voir Cl. d'Au bespine, in 1. c. s.
(1) « Hodie qui noster est socius, cum quo nobiscum totus « orbis commercio formatarum in unâ communionis societate « concordat. » Lib. n in Parmeniammi,
séparé de l'Église romaine ou de l'être de l'Église catholique, c'est-à-dire de toutes les Églises répandues dans l'univers et qui ne faisaient qu'un tout par l'union étroite que le lien commun dont nous venons de parler formait entre elles.
Et pour qu'on ne pense pas que ce soit là une pure déduction logique, confirmons cette vérité par des preuves directes, et même, comme nous le verrons plus bas, par la conduite des hérétiques et des schismatiques. Saint Cyprien dit expressément que cette Église est une, qui a été fondée par Jésus-Christ sur Pierre, donné pour principe de son unité (1) ; et ailleurs il dit ces mots : « A Pierre, sur lequel Notre- Seigneur a dès l'origine bâti son Église, et en qui il a établi le principe de son unité » (2); ailleurs encore; « Jésus-Christ a pourvu par son autorité au principe de l'unité qui commence par un seul » (3) , c'est-àdire par Pierre. De là ce titre d'Eglise principale qu'il décerne à l'Église romaine, d'où est émanée Y unité sacerdotale (4), avec un épiscopatun et indivisible, dans lequel entre comme partie solidaire chaque évêque particulier (5) ; c'est-à-dire, qu'en-
(1) Ep. 70, édit. des Bénéd. de S.-Maur.
(2) Ep. 73.
(3) De unit aie Eccl.
(4) Ibid.
(5) fbld.
core bien que chaque évèque ait à paître pour sa part la partie du troupeau qui lui est assigné, l'épiscopat lui-même n'en est pas moins un seul tout indivisible par son union étroite avec l'évêque de Rome, constitué en sa qualité de successeur de saint Pierre le centre et le principe radical de son unité C'est encore pour cela que le même saint ne craint pas d'affirmer que Jésus-Christ a fondé sur la pierre une chaire unique (1). Saint Optât dit également que la chaire épiscopale est unique (2), comme étant fondée sur un seul qui est Pierre, dans le même sens que saint Cyprien vient de dire qu'il n'y a qu'un épiscopat, une seule chaire, sans exclure pour cela les autres évêques pas plus de cette chaire elle-même que de F épiscopat. Car, de même que chaque évêque possède sa part de l'épiscopat un et indivisible, de même tous ils possèdent une part d'une seule et même chaire, qui réside dans l'épiscopat romain ; et cela, en vertu de l'unité de communion que tous conservent avec l'épiscopat central et la chaire centrale dont la place esta Rome. Saint Pacien, saint Ambroise, saint Augustin, tous les autres Pères, n'ont pas de cet objet en particulier une idée différente (3).
(1) Ep. 40.
(3) Voir les témoignages particuliers de chacun de ces Pères, comme de plusieurs autres, ainsi que de plusieurs conciles, tant particuliers que généraux, rapportés par Ballerini dans l'ou-
C'était de plus un principe si incontestable pour toute l'antiquité chrétienne et si universellement reçu, qu'être séparé de l'Église romaine, c'était la même chose que de l'être de l'Église catholique, que les hérétiques et les schismatiques eux-mêmes, pour ne pas paraître former une secte séparée de l'unique Église de Jésus-Christ , faisaient tous leurs efforts pour persuader, ou donner à entendre du moins, qu'ils étaient en communion avec le siège de Rome. A cette fin, ils avaient coutume de faire consacrer à Rome un de leurs évêques, ou d'y en envoyer pour qu'il y résidât un déjà consacré, afin d'être en état de prouver de cette manière qu'ils étaient en communion avec le siège de Rome, et que par conséquent ils n'étaient pas séparés de l'Église catholique. C'est ainsi, comme le rapporte saint Cyprien, que la faction schismatique de Novat envoya à Rome Félicissime (1) ; ainsi, que les donatistes envoyèrent à Rome un de leurs soi-disant évêques (2) .
vrage remarquable De ratione primatiis Rom. Pontificum, c. Xiii, § 1-17.
(1) Ep. 55.
(2) Ce fait a été raconté par S. Optât, 1. il, c. 4. Le savant d'Aubespine a fait sur ce passage une réflexion bien sensée ; c'est sa note 42 conçue comme il suit : « Quôd scirent Dona- » tistse sine Pontificis romani communione Ecclesiam se habere « et in eâ esse non posse, atque ab ejus communione ut heere- « tici separati essent, ideô episcopum ex suis Romam mittcbant, « ut possent dicere, se Romae habere episcopum, et cum Epis -
Mais il ne leur servit de rien d'avoir recours à cet expédient : bientôt on leur enleva ce masque, et on déjoua l'imposture. En attendant, ces faits montraient jusqu'à l'évidence combien était profonde et fortement enracinée dans toute la chrétienté la persuasion qu'il fallait appartenir à l'Église romaine pour être de l'Église universelle. Toutes ces preuves portent leur évidence avec elles : preuves qui ne se bornent pas à des raisonnements spéculatifs, mais qui s'appuient sur des "faits, et qui démontrent péremptoirement la vérité de notre proposition.
Yenons à présent à la deuxième de nos preuves, tirée de l'identité de la foi de l'Église romaine avec celle de l'Église universelle. Cette seconde preuve ne sera pas moins victorieuse que la première. En eifet, il est bien évident que l'une et l'autre ne font qu'une même Église, si c'est dans les deux la même foi avec la même communion de charité, en sorte que quiconque professe une foi différente de celle de l'Église romaine en professe par là même une différente de celle de l'Église universelle. Cela dit avant tout pour la liaison logique des idées, nous allons reprendre ici le même procédé que nous avons suivi pour la preuve précédente.
« copo romano se communionem habere, Hoc patet ex loco « (Optati) et ex collatione Carthaginis, in quâ volebant pseudo- « episcopum suum romanum interesse. »
Pour prouver que c'était une même foi que professaient toutes les Églises du monde de son temps, saint lrénée n'a pas fait valoir d'autre argument que la nécessité où étaient toutes les Églises de s'unir à celle de Rome, qu'il appelle la première ou la plus puissante par sa primauté (1), et dans laquelle s'est toujours conservée intacte la tradition venue des apôtres. Donc, pour ce saint martyr, professer la foi de l'Église romaine, c'était la même chose que professer celle de l'Église catholique. Et c'est ce qui est rendu encore plus évident par l'objet qu'il se proposait dans cet endroit, 11 ne se proposait rien de moins que d'opposer à toutes les sectes d'hérétiques un argument invincible, propre à renverser d'un coup toutes leurs nouvelles opinions. Or, cet argument, il le tire de la tradition répandue dans le monde entier par les apôtres, ou qui était en vigueur dans toutes les Églises fondées par les apôtres. Gomme c'eût été trop long et trop fastidieux de parcourir une à une toutes ces Églises, il a recours à un moyen plus expéditif, qui est celui d'opposer à ces novateurs la tradition de la seule Église de Rome, dans laquelle se trouvait renfermée comme en abrégé la tradition des autres Églises, à raison de la nécessité où toutes elles étaient de professer et de suivre la même foi que l'Église de
(1) La plupart des anciens manuscrits portent potiorem principalitatem : quelques-uns portent à la place potentiorem, et Massuet s'en est tenu à cette dernière leçon.
Rome. Or, un pareil argument n'aurait eu aucune valeur, si le saint n'avait considéré comme un axiome admis de tous l'identité de la foi romaine avec celle de toute l'Église catholique. Et, cependant, c'était un argument sans réplique qu'il prétendait opposer (1). Tertullien s'est servi du même argument, et pour cette même fin de confondre d'un coup tous les hérétiques à la fois. Il en appelle, lui aussi, au témoignage et à la tradition des Églises apostoliques, et surtout de
(1) Massueï a parfaitement développé cette preuve dans sa dissert, préliminaire, art. 4, dont nous allons, pour donner plus de force à tout ce que nous avons dit, transcrire le passage suivant : « Unde Ecclesise romanse traditionem per continuam epis- « coporum snccessionem in eâ conservatam consulere satis ha- « huit (Irenseus) ut hsereticos omnes confunderet, ratus jure « merito, eâ semel cognitâ, illico aliarum omnium Ecclesiarum « traditionem, sententiam, atque doctrinam cognosci. Cùm enim « Ecclesia romana omnium princeps, caput, et prima sit, om- « nium maxima et antiquissima, et maxime cognita, ab apos- « tolorum principe Petro ejusque socio Paulo fundata, quôd « cseteris omnibus pro suo jure prsesit et dominetur : et cum quâ « omnes omninô fidèles, unius et ejnsdem fidei et communionis « vinculis colligari necesse est; unde liquida patet aliam esse " non posse aliarum Ecclesiarum traditionnm et fidem à fideet « traditione romanse Ecclesiœ, prsetermissis itaque totius orbis « Ecclesiarum episcoporum catalogis, illius unius continuam « successionem recensere, ac quœ per hune veluti canalem « manavit usque ad nos, traditionem apostolorum .declarare « satis est, ut ex communi omnium Ecclesiarum, quœ cum ro- « manâ consentire debent, sententiâ et traditione devincantur » omnes hseretici. »
l'Église romaine, « qui nous offre, dit-il, son autorité » (i) ; et il parle des Églises d'Afrique, qui ont tiré leur origine de celle de Rome (2). Saint Cyprien et d'autres Pères, que je passe pour abréger, ont aussi employé le même raisonnement.
Un autre argument non moins solide en faveur de notre thèse, c'est celui que nous fournit l'usage des lettres formées dont nous parlions tout à l'heure. Car elles se donnaient en signe non-seulement de communion de charité telle qu'elle existait entre toutes les Églises, mais aussi et surtout d'unité ou d'identité de foi. Quand ces lettres venaient de l'Église romaine, elles contenaient la profession de foi que ceux qui les recevaient devaient admettre avec elle ; et quand elles venaient des autres Églises, il fallait qu'elles continssent leur adhésion à cette même profession de foi, pour montrer la parfaite union de foi et de charité de ces Églises avec l'Église romaine. Nous voyons en effet dans Théodoret que, pour s'assurer que l'évêque Paulin était en communion avec Damase, pontife de Rome, Flavien, alors simple prêtre d'Antioche, faisant allusion à l'usage des lettres formées, interpella l'évêque en ces termes : « Si vous embrassez la communion de Damase, montrez-nous la confor-
(1) De <prxscriptione, c. 36 : « Habes Romam unde nobis « quoque auctoritas prsestô est. »
(2) Ibid. : " Videamus quid didicerit, quid docuerit, cum Afri- « canis quoque Ecclesiis contesserârit. »
mité de votre doctrine avec la sienne... produiseznous le témoignage de ce parfait accord » (1). Et le pape saint Gélase, écrivant à l'évêque Laurent, faisait mention de cette profession de foi par ces paroles : « Il est d'usage que tout évêque nouvellement élevé sur le siège de Rome adresse à toutes les Églises la formule de sa foi » (2). En même temps il transcrit à cet évêque cette formule de foi, telle qu'elle était suivie dans l'Église romaine.
Le pape Hormisdas, n'étant pas du tout satisfait de la profession de foi que lui avaient envoyée les évoques de l'ancienne Épire, leur envoya à son tour la formule de l'Église romaine, afin que tous la souscrivissent, et leur métropolitain Jean de Nicopolis avec eux, s'ils voulaient recevoir ses lettres de communion (3). De même, le pape Félix III avertit Thalasius, archimandrite des moines de Gonstantinople, de ne pas communiquer avec l'évêque de cette ville, si celui-ci ne faisait avant tout sa profession de foi
(1) Théodoket, Hist. ecc. lib. v, c. 3 : « Si Damasi commu- « nionem amplecteris, ô amice, doctrinse nobis manifestam si- « militudinem ostende...-. Ostende igitur consensionem doc- « trinœ. »
(2) Ep. ii, t. vin Cône., edit. Venet., col. ii, et t. iv, edit, Labb., col. 1163 : « Mos est romanœ Ecclesise sacerdoti noviter « constituto formam fidei suae ad sanctas Ecclesias praerogare. h Dans le langage de ce pape, le mot sacerdos signifie évêque.
(3) Voir les lettres 8 et 9 de ce pontife, édit. de Venise, t. vin, et édit. de Labbe, t. iv, col. 1441.
dans la forme voulue par le pontife romain (1). Saint Léon le Grand se comporta d'une manière semblable avec Anatole, évêque de Constantinople, à qui il refusa ses lettres de communion jusqu'à ce que celui-ci eût pleinement satisfait à ce devoir (2) . Le même saint Léon exigea de la même manière une pleine profession de foi de saint Protère, évêque d'Alexandrie (3).
C'est là ce que Vincent de Lérins appelait communion de foi (4) ; saint Gyprien, unité sacerdotale; saint Optât, accord avec la chaire unique, c'est-àdire avec la doctrine romaine. Et pourquoi ce dernier appelle-t-il la chaire romaine « notre chaire» (5), si ce n'est parce que la foi de l'Église romaine était une et identique avec toutes les Églises du monde en communion avec cette Église? Car, que ce mot chaire, dans la pensée de saint Optât, ait le même sens que celui Renseignement, c'est ce qui résulte manifestement
(1) Ep. il Felicis P. m, ad monachos urbis Const- (Conc, éd. de Ven., t. vu, et édit. de Labbe, t. iv,col. 1091-1092).
(2) Voir les lettres de S. Léon 69, 70, 71 et 111, édit, de Ballerini.
(3) Ibid. Ep. 127, 129 et 130.
(4) Commonit. n. 3 et 28.
(5) T. vu, c. 6, où se trouvent ces paroles : Cathedra quam probavimus per Petrum nostra est. C'est-à-dire, comme l'explique d'Aubespine : Per communionem, quam habemus cum summo Pontifice. Et au ch. 9, S. Optât dit encore : Cathedra Pétri quœ nostra est.
des paroles du Sauveur auxquelles ce Père fait allusion : Saper cathedram Moijsis sederunt Scribœ et Pharisœi. Quœcumque dixerint voùis, servate et facile (1) ; et de l'explication que saint Jérôme (2) donne de ces mêmes paroles : « Par cette chaire, Jésus-Christ entend la doctrine de la loi. »
Ainsi est-il évident par tout ce que nous avons dit jusqu'ici, que c'était un principe admis de toute l'antiquité chrétienne, que la foi de l'Église catholique devait se confondre avec celle de l'Église de Rome, en sorte que ce fût une même chose de ne pas admettre la foi de l'Église romaine, ou de rejeter la foi de l'Église catholique, et que, par conséquent, on devait regarder comme hérétique quiconque ne professait pas la foi de l'Église romaine. C'est ce que sentaient bien tous les hérétiques qui, pour ne pas paraître tels, faisaient le jeu de se rendre à Rome, afin de donner à entendre à leurs partisans comme à leurs adversaires qu'ils n'étaient point en désaccord avec l'Église catholique, puisqu'ils s'accordaient avec l'Église de Rome. C'est ce qu'ont pratiqué Cerdon, Marcion, Montan, Pelage, Gelestius et d'autres, qui tentèrent de surprendre la bonne foi des pontifes romains pour en extorquer, s'il leur eût été possible, une approba-
(1) « Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. Observez donc et faites tout ce qu'ils vous disent. » M att. xxin, 2 et 3.
(2) Comm. in h. loc.
tion quelconque de leur doctrine, et s'en servir ensuite au besoin comme de moyen de défense, ou même comme de titre de victoire. D'autres, se prévalant de la faveur de la cour, cherchaient à entraîner dans leur parti par menaces et par violences le pontife romain. Il nous suffira de citer pour tous les autres l'exemple des ariens, qui, ayant pour eux l'empereur Constance, eurent recours à des vexations inouïes pour abattre le courage du pape Libère, et obliger ce pontife à leur accorder quelque chose , « se disant entre eux, comme le rapporte saint Àthanase : Si nous pouvons mettre Libère de notre côté, nous aurons bientôt tous les autres » (1). Les monophysites eurent recours au même expédient pour engager les souverains pontifes à supprimer au moins le concile de Ghalcédoine ; les monothélites les imitèrent à leur tour pour faire fléchir la fermeté du pape saint Martin, et ainsi de tant d'autres. Tant était forte et profonde la persuasion où l'on était généralement que de la foi de l'Église romaine dépendait celle de l'Église universelle, puisque les hérétiques en venaient à ces ruses de guerre, ou pour mieux dire à ces extrémités, pour tâcher d'attirer à eux cette Église, bien assurés que, s'ils réussissaient dans ce dessein, ils n'auraient plus ensuite qu'à chanter victoire.
(1) Epist. ad Monach. Voici ce passage : « Secum impie co- « gitantes : Si Liberium in nostram sententiam traxerimus, « omnes brevi superaverimus. »
Mais non, Dieu a toujours veillé avec attention sur cette Église, et il n'a jamais permis qu'elle se souillât d'aucune erreur, puisque autrement, comme le dit saint Augustin, -// n'y aurait plus aucun moyen sûr d'unité dans la foi (1). C'est pourquoi le pape Hosmisdas, voulant s'assurer de la foi des Orientaux, dont beaucoup s' étaient laissé entraîner dans le schisme d'Acace, leur proposa, l'an 517, à souscrire sa célèbre formule de foi, comme condition pour être reçus dans sa communion ; cette formule portait, qu'on s'engageait à considérer comme séparés de la communion catholique tous ceux qui ne seraient pas en tout d'accord avec le siège apostolique, c'est-à-dire avec l'Eglise romaine (2). Et tous, comme on le sait, la
(1) Lib. m in Parmen., n. 28 : « Nulla esset securitas unilatis. »
(2) Conc. t. vin, édit. de Venise, col. 408, ou t. iv, édit. de Lafabe, col. 1444. Cette même formule se lit aussi, tant dans l'acte ou libelle de Jean de Constantinople [Conc. Labbe, t. iv, coL 1486) envoyé l'an 519 au pape Hormisdas, que dans les actes du huitième concile général, action ou session i. En voici un extrait: « Sequentes in omnibus Apostolicam Sedem, etprœ- « dicantes ejus omnia constituta, spero ut in unâ communione « vobiscum, quam sedes apostolica prsedicat, esse merear, in « quâ est intégra et verax christianœ religionis societas. Promit- « tens etiam, sequestratos à communione Ecclesise catholicse, « id est non consentientes sedi apostolice, eorum nomina '< inter sacra non esse recitanda mysteria. » C'est-à-dire : « Me conformant en tout aux décisions du siège apostolique, souscrivant ouvertement à tous ses décrets, j'espère me rendre digne
souscrivirent. Tirons donc aussi la conclusion de cette seconde preuve. L'unité de l'Église, en ce qui appartient à la foi, dépend de l'identité de la croyance de toutes les Églises du monde avec la croyance de l'Église romaine, comme il est évident par les documents irrécusables que nous avons produits. Donc dire la foi romaine, c'est comme si l'on disait la foi catholique, et réciproquement, dire la foi catholique, c'est comme si l'on disait la foi romaine ; par conséquent, dire l'Église romaine, c'est comme si l'on disait l'Église catholique.
Passons maintenant à la troisième preuve de notre proposition, qui est l'identité des condamnations portées par l'Église romaine avec celles que prononce l'Église universelle contre les doctrines qui s'écartent des vérités professées par l'une ou l'autre de ces Églises. Car, si dès l'antiquité on a toujours regardé comme condamnée par l'Église catholique toute doctrine qui se trouvait l'être par l'Église romaine, il est évident alors que l'on considérait comme une même chose l'Église romaine et l'Église catholique. Or c'est encore un fait historique, qu'il en a toujours été ainsi dans les premiers siècles de l'Église. Il est certain en
de demeurer dans sa communion, dans laquelle seule est la vraie profession de la religion chrétienne. Je promets de ne point réciter, dans le saint sacrifice, les noms de ceux qui sont séparés de l'Eglise catholique, c'est-à-dire, de ceux qui ne s'accordeni pas avec le siège apostolique. »
même temps, ce qui est encore plus fort, que lors même qu'une erreur avait déjà été condamnée par quelque Église particulière, ou même par les Églises d'une ou de plusieurs provinces, et cela en plein concile, on ne regardait pas encore comme des hérétiques formels, soit l'inventeur, soit les fauteurs de cette erreur, tant que le décret n'avait pas été sanctionné et que le dernier sceau ne lui avait pas été imprimé par le siège de Rome. Et d'un autre côté, il suffisait que ce même siège eût condamné comme hérétique une doctrine quelconque, pour que aussitôt elle fût reconnue et réprouvée comme telle par toute la communion catholique. Tout cela est fondé sur le principe de la nécessité indispensable pour toutes les Églises de professer la foi du siège romain, afin d'être considérées comme catholiques, ou comme faisant partie de la communion catholique.
Mais comme il ne suffit pas d'affirmer, si l'on n'appuie la vérité de ce qu'on affirme par le témoignage irrécusable des faits, recueillons ici quelques-uns de ces témoignages de la vénérable antiquité. Et d'abord, pour ce qui est du principe tout à l'heure énoncé, ce qui nous prouve que toute l'antiquité ecclésiastique l'a reconnu, ce sont les témoignages exprès de saint Irénée, de saint Cyprien , de saint Pacien et de saint Optât, auxquels font écho, pour ainsi dire, ceux de saint Eusèbe de Yerceil , de saint Grégoire de Nazianze, de saint Satyre; ceux du concile
— :m — d'Aquilée, dont saint Ambroise, qui y assista, fut comme l'âme; ceux de saint Ambroise lui-même, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Cyrille d'Alexandrie, du concile œcuménique d'Éphèse, de saint Hilaire et d'autres encore, puisque les Pères sont unanimes sur ce point. Il serait trop long de rapporter en détail les paroles de chacun, d'autant plus que nous en avons déjà cité quelques-unes ; nous nous contenterons de produire ici les témoignages des deux conciles que nous venons de dire, savoir : de celui d'Aquilée, qui, ayant eu pour membres une grande partie des évêques d'Occident, peut nous représenter sous ce rapport le sentiment commun des Églises de cette partie du monde; et le témoignage du concile œcuménique d'Éphèse, qui, ne s' étant composé à peu près que d'évêques d'Orient, nous exprimera la croyance collective de l'Église orientale. "Voici donc premièrement comment s'explique sur ce sujet le concile d'Aquilée dans sa lettre adressée aux empereurs : « Notre devoir était de supplier votre clémence de ne pas permettre que (l'hérésie) jetât le trouble dans l'Église de Rome, capitale de tout le monde soumis à l'empire romain, ou dans la foi orthodoxe que les apôtres y ont prêchée, puisque c'est de là que les droits de communion ecclésiastique se répandent dans toutes les autres Églises » (1). Voici ensuite comment s' exil) Ambros. opp. clasB-, 2, ep. 2, étlit. de Saint-Maur. « To-
priment à leur tour les Pères du concile cTÉphèse dans la sentence de condamnation et de déposition portée par eux contre l'impie Nestorius : « Obligés, disent-ils, par les saints canons et par la lettre de notre très saint Père Gélestin, évêque de l'Église de Rome, etc. » (1). Sur quoi il faut observer que ces mots : Par les saints canons, ne se rapportent pas à l'erreur dogmatique de Nestorius, sur laquelle les canons ne disaient rien encore , mais à la déposition de cet hérésiarque, qui devait se faire conformémerî aux canons dans les formes prescrites pour les jugements contre les hérétiques qui persistaient dans l'hérésie. Les Pères de ce concile attribuent donc la nécessité où ils se trouvaient de condamner Nestorius comme hérétique aux lettres de saint Gélestin , qu avaient pour objet aussi bien son hérésie que sa déposition , puisque le pape y déclarait que Nestorius serait traité comme hérétique, si dans dix jours il ne faisait sa rétractation. L'unité dans la foi avec le Saint-Siège fut donc la vraie cause qui obligea les
« tius orbis romani caput romanam Ecclesiam, atque illam sacrosanctam apostolorum fidem ne turbari sineret, obsecranda fuerat clementia vestra : indè enim in omnes venerandœ commun] onis jura dimanant. »
(1) « Coacti (le grec dit avec plus de force : àvyyxatwç xaW- " »sej£&svT£s, necessarià impuhi) per sacros canones et episto- « lam sanctissimi Patris nostri... Cœlestini romanse Ecclesieo « episcopi. » Conc, édit. de Venise, t. rv, col. 1211, et édit, de Labbe, t. m, col. 533, 534.
Pères à condamner Nestorius, et qui fut ainsi leur motif déterminant. Les autres témoignages des Pères que nous avons nommés ont été recueillis et discutés par Pierre Ballerini (1).
De ce principe admis sans contestation par toute l'antiquité chrétienne, il s'ensuit que l'Église catholique a toujours condamné toute doctrine condamnée d'avance par le Saint-Siège, comme si ce fût ellemême qui eût prononcé la sentence. C'est ainsi qu'elle a tenu pour hérétiques les téméraires assertions de Cerdon, de Marcion, de Montan, de Praxéas, de Théodote de Byzance, puis celles de Pelage et de Celestius, de Nestorius, d'Eutychès et de tant d'autres, parce qu'elles étaient condamnées à ce titre par les pontifes romains. De là encore la pratique reçue clans l'Église dès l'antiquité la plus reculée de référer au siège de Rome les causes dogmatiques : pratique dont font mention Théodoret, qui la fait remonter aux temps apostoliques (2) ; saint Jérôme, qui rap-
(1) Dans son bel ouvrage déjà cité De vi et ratione primat ùs Rom. Pont , c. xm, du § 1er au 17e.
(2) Théodoret, en effet, se voyant condamné et déposé par le conciliabule d'Ephèse, en appela au pape saint Léon le Grand en ces termes : » At ego apostolicse vestrse sedis expecto sen- « tentiam, et oro atque obtestor sanctitatem tuam, ut mihi rec- « tum ac justum tribunal vestrum invocanti opem ferat, jubeat- ■< que ad vos venire, et doctrinam meara apostolicis vestigiis « inhrcrentem ostendere. » Ep. 52, inter Epist. S. Leonis, édit. Baller. c. v.
— oWl —
porte de lui-même que, remplissant à Rome les fonctions de secrétaire auprès du pape Damase, il avait à répondre aux consultations synodales, tant de l'Orient que de l'Occident, qui étaient adressées à ce pontife (1). Cette pratique nous est confirmée de plus par la lettre qu'écrivirent dans la cause de Pelage cinq évêques d'Afrique, dont les noms étaient Aurèle, Alype, Augustin, Evode et Possidius, à la suite des deux conciles de Garthage et de Milève(2) ; puis par les paroles de saint Innocent I, qui, répondant à la lettres ynodale du concile de Milève, félicite les Pères de ce concile de l'avoir consulté pour savoir de lui la croyance qu'ils avaient à suivre, en restant attachés à l'ancienne règle pratiquée dans le monde entier et par toutes les provinces, auxquelles s'adressaient les réponses émanées de la source apostolique (3) ; enfin, par saint Cyrille d'Alexandrie, qui déclare s'être cru nécessairement obligé de déférer la cause de Nestorius au siège apostolique (4). Encore sommesnous forcé de passer sous silence bien d'autres documents.
(1) Ep. 90 ad Ageruchiam, n. 1. « Cùm in cbartis ecclesias- « ticis juvarem Damasum Romanse urbis episcopum et Orien- « tis Occidentisque synodieis consultationibusresponderem, etc.»»
(2) Ep. 177 inter Augustin.
(3) Epist. xx iNNOCENTiiapudCousTANT., Epist. Rom. Pont,
(4) Epist. Cyrilli Alexand., n. 8, inter Epist, S.Cœlestin{ apnd Coustant.
Je me borne à observer, par rapporta mon objet, que ces causes étaient déférées au siège de Rome non-seulement pour en recevoir des conseils, des principes de direction ou de nouvelles lumières , comme il arrive quelquefois que l'on consulte des personnages éminents par la doctrine et le savoir, et comme nous lisons que les Églises de Lyon et de Vienne écrivirent aux Églises d'Asie et de Phrygie, pour avoir leur avis au sujet des cataphrygiens (1), ou pour d'autres cas semblables; mais on recourait au siège de Rome comme à la source (car telle était, on vient de le voir, l'expression consacrée), comme à l'Église principale, comme à la maîtresse de la vraie foi, comme à Y autorité de laquelle on avait à recevoir la foi qu'il fallait tenir (2) , en un mot, pour en obtenir une décision définitive. C'est aussi à quoi font allusion ces paroles de saint Augustin, devenues proverbiales dans toute la chrétienté pour les réponses qu'on reçoit de Rome : « Inde rescripta venerunt : causa fini ta est, utinam finiaiur et error » (3) î Nous sommes donc autorisés à conclure de tant de faits et de documents que, dans toute l'antiquité ecclésiastique, on a considéré comme une même chose qu'une doctrine fût condamnée par l'É-
(1) Voir Eusèbe, 1. v, c. 2 et 3.
(2) Voir Ballerini, L c, § ix.
!3) Serm. 131, n. i.
glise romaine ou qu'elle le lut par l'Église catholique, la foi professée par toute l'Église ayant toujours été identique avec la foi professée par l'Église romaine.
Nous voici donc arrivés à la quatrième preuve de notre thèse, qui ne sera qu'un corollaire de la précédente, et que nous prétendons inférer de l'identité qu'il y a toujours eu pour les sectes à être retranchées de l'Église romaine ou à l'être de l'Église catholique. Jamais aucune secte n'a été anathématisée et excommuniée par l'Église de Rome, sans l'être en même temps par l'Église catholique ou universelle en communion avec cette dernière. A peine Rome avait-elle averti par ses encycliques les Églises#particulières, soit d'Orient, soit d'Occident, qu'elle avait condamné comme hérétique ou schismatique et séparé de sa communion quelque secte nouvelle, que aussitôt ces Églises, se conduisant en conséquence, cessaient par un commun accord de communiquer avec les fauteurs de cette secte, qui n'étaient plus aux yeux de tous que des hérétiques ou des schismatiques, suivant le jugement qu'en avait porté l'évoque de Rome. Quoi de plus connu que l'histoire d'Àcace, qui, pour avoir communiqué avec Pierre Monge, évêque eutychien d'Alexandrie , fut condamné comme hérétique par le Saint-Siège dans un concile tenu à Rome même? Pour se venger de cet affront, il retrancha des diptyques sacrés le nom du pontife romain, et de là naquit
le schisme ditacacien, qui dura au moins trente-cinq ans, ou jusqu'à ce que les Églises d'Orient fussent enfin réconciliées avec le Saint-Siège sous l'empire de Justin. Ce fut à cette dernière occasion que le pape Hormisdas envoya à souscrire à toutes les Églises d'Orient le célèbre formulaire dont nous avons parlé, comme condition de leur rentrée en communion avec l'Église romaine, et par conséquent avec l'Église universelle ou catholique. Tant il est vrai que être excorporé de l'Église romaine, c'est la même chose que de l'être du reste de l'Église. J'omets d'autres exemples pour ne pas être trop long, l'exemple trop fameux que je viens de rapporter pouvant fort bien suffire. Il me reste seulement à observer qu'il y a une différence fondamentale entre ceux qui sont séparés de l'Église de Rome pour hérésie, et ceux qui ne le sont que pour schisme. Dans le premier cas, il n'y a pas d'exemple de qui que ce puisse être qui ait été séparé de l'Église romaine sans l'être également de toute la communion catholique. Dans le second, au contraire, on pourrait citer plus d'un exemple de certains schismatiques séparés de l'Église romaine, et qui n'en restaient pas moins toujours en communion avec d'autres Églises qui communiquaient ellesmêmes immédiatement avec Rome , parce qu'ils se trouvaient plutôt dans un état anormal que dans le cas de schisme proprement dit. C'est ce qui a eu lieu par rapport au schisme de Mélèce d'Antioche et à celui
d'Âcace de Gonstantinople. La raison profonde de cette différence* c'est qu'on ne peut jamais tenir ou professer une foi différente de celle de l'Église catholique, ou, ce qui est la même chose, de celle de l'Église romaine ; au lieu qu'il peut arriver par le concours de certaines circonstances particulières, comme il est arrivé de fait, qu'on ne soit séparé que de la communion immédiate avec l'Église romaine. En pareil cas, si l'on conserve la communion avec une Église unie à l'Église romaine ou avec ceux qui communiquent avec elle, on peut, malgré le schisme extérieur où l'on se trouve, rester en communion médiate avec l'Église romaine, avec laquelle on voudrait sincèrement rentrer en communion même immédiate, si un ensemble de circonstances particulières, comme je viens de le dire, n'en ôtait la possibilité. Je puis même ajouter que cette séparation partielle ne préjudicie pas toujours à la sainteté ; et le martyrologe romain contient les noms de plusieurs saints qui ont vécu et sont morts dans un schisme matériel de cette espèce (1). Hors ces cas exceptionnels, c'est
(1) Tel a été saint Mélèce d'Antioche, qui conserva toujours la communion avec saint Basile et les deux saints Grégoire de Nazianze et de Nysse. Il est vrai que des documents certains qui remontent à cette époque nous prouvent qu'il finit par rentrer en communion immédiate avec l'Eglise de Rome. Parmi les saints qui vécurent dans le schisme d'Acace, on doit surtout remarquer les noms de Macedonius, de Daniel Stylite, de Sabas, de Théodose, d'Elie, de Flavien et de Jean le Silencieux.
taie règle générale, que quiconque est séparé de l'Église romaine par un schisme véritable l'est par là même de l'Église catholique. Quiconque, d'un autre côté, en est séparé par l'hérésie, comme nous venons de le dire, ne peut en aucun cas ne pas l'être également de l'Église catholique, puisque l'Église romaine et l'Église catholique ont toujours été et ne peuvent jamais être qu'une seule et même chose. Mais cela se démontre encore mieux par la conduite même des schismatiques et des hérétiques de toutes les époques. Jamais on n'en a vu se séparer ou être séparés de l'Église de Rome, sans qu'on les vît en même temps tourner leurs armes, leur tactique, et, plus d'une fois, lorsqu'ils en ont eu le pouvoir, leurs persécutions les plus atroces, contre le clergé ou le peuple des diverses Églises en communion avec l'Église romaine. Preuve évidente et de fait qu'on a toujours considéré comme identiques l'Église catholique et l'Église romaine.
Nous sommes arrivés maintenant à la cinquième et dernière preuve de notre proposition , savoir que les noms de catholique et de romain ont été considérés comme synonymes par toute l'antiquité, à cause de l'identité que présentent les deux idées. Les
Tous ceux qui sont instruits de l'histoire ecclésiastique savent quelles furent les circonstances qui empêchèrent leur union immédiate avec Rome. Voir l'append. 1 au § 1 du ch. xi de le l'ouvrage cité du P. Ballerini, De viel ratione primatùs .
témoignages en sont lumineux; mais comme ce sujet a déjà été traité dans un autre écrit (i) , on se contentera d'en donner ici des extraits, en les appuyant de quelques documents nouveaux. Nous trouvons donc dans la lettre de saint Corneille à Fabius, évoque d'Antioche, à qui ce pape donne les détails du schisme de Novatien , les expressions suivantes : « Ignorait-il, ce vengeur de l'Évangile, qu'il ne devait y avoir qu'un évêque pour YÉglise catholique » (2) ? C'est-à-dire pour l'Église de Rome, où Novatien s'était fait frauduleusement ordonner évêque après la promotion de Corneille au pontificat. On voit la même expression répétée par les confesseurs qui, après s'être laissé tromper par Novatien, s'étaient retirés du schisme ; repentants de leur faute et revenus à l'unité, ils firent dans les termes suivants leur acte de soumission au pontife légitime en présence d'un grand nombre d'évêques, de prêtres et de simples fidèles : « Nous savons que Corneille, évêque de la très sainte Église catholique, est l'élu de Dieu tout puissant et de Jésus-Christ notre Seigneur. Nous confessons notre erreur... Car nous n'ignorions pas qu'il n'y a qu'un Dieu, un seul Christ notre Seigneur, que nous avons confessé, un seul Es-
fl] Voir la dissertation de l'auteur intitulée : Délia denominazione che la Chiesa catholica dà aile communioni du lei divise dleretichee di scismatiche.
(2) Voir Hist. eccl. d'EusÈBE, 1. VI, c. 43, édition de Valois.
prit-Saint, et qu'il ne doit y avoir qu'un évêque dans r Eglise catholique » (1). Le même langage se trouve employé par saint Gyprien dans sa lettre à Antonien : « J'ai reçu, écrit-il, votre première lettre, qui ne me laisse aucun lieu de douter de l'accord qui règne dans le corps sacerdotal et de son attachement à l' Eglise catholique , et qui m'apprend en même temps que vous vous abstenez de communiquer avec Novatien, mais que vous avez suivi mon conseil, et que vous gardez une parfaite union avec Corneille, notre co-évêque. Vous m'avez écrit aussi pour que je transmette un exemplaire de votre lettre à notre collègue Corneille, afin que, déposant toute inquiétude, il sache que vous communiquez avec lui, c'est-à-dire avec Y Église catholique » (2). Il répète souvent encore ailleurs cette expression , et il explique , de plus, la raison de cette dénomination d'Église catholique qu'il attribue à l'Église romaine : c'est que cette Église est la racine et la mère de l'Église catholique. Voici ses paroles : « C'est pourquoi nous avons averti ces hommes qui ont pris le parti de s'embarquer pour la ville de Rome de le faire sans donner de scandale ; et nous pouvons nous rendre à nous-même ce témoignage, que nous les avons ex-
il) Epist. Cornelii ad Cyprianum, inter Cyprianicas, édition des bénédictins.
L2) En. XI.TI.
hortés à reconnaître et à respecter dans cette Église matrice la racine del' Eglise catholique entière » (1). Raison qui ne milite que pour l'Église romaine, et qui ne pouvait s'appliquer à aucune autre Église.
Une autre raison nous est fournie par saint Augustin : c'est que « cette Église est la seule qui ait reçu et qui possède avec plénitude l'autorité de son divin époux» (2). Ajoutons à ces documents l'illustre témoignage que, dans une lettre synodale, les évoques d'Afrique réfugiés en Sardaigne rendirent à Jean et à Venerius, en faveur de la doctrine de saint Augustin sur la grâce et sur le libre arbitre de l'homme. « Hormisdas d'heureuse mémoire, disent-ils dans cette lettre, Hormisdas, ce glorieux évêque du siège apostolique, a, dans sa réponse à la consultation de notre saint frère et collègue Possessor, fait un grand éloge de sa doctrine, et voici ses paroles : « Pour ce qui regarde la manière dont l'Église romaine, c'est-à-dire l'Église catholique, envisage la question de la grâce et du libre arbitre, bien qu'on puisse s'en procurer une ample connaissance dans les divers écrits du bienheureux Augustin, et particulièrement dans ceux qu'il a adressés à Prosper et à Hilaire, nous n'en avons pas moins consacré à l'expliquer des chapitres exprès qui restent déposés dans les
(1) Ep. XLV.
(2) Ep. XLIÏI.
— (iOG —
archives ecclésiastiques » (1). Et cette lettre a d'autant plus d'autorité , qu'elle a été rédigée par le célèbre Fulgence, l'âme et l'oracle de ces exilés africains.
Nous avons un autre témoignage non moins explicite de la même vérité dans celui de saint Ambroise. qui, dans son discours sur la mort de son frère saint Satyre, s'exprime ainsi : « Il (Satyre) a appelé à lui l'évêque..., et lui a demandé s'il était en communion avec les évêques catholiques , c'est-à-dire avec l'Église romaine » (2). C'est que l'Église était troublée à cette époque par le schisme excité en diverses contrées par le zèle emporté de Lucifer de Gagliari. De même saint Jérôme , partant du principe que la foi et l'Église catholiques ne sont pas autres que la foi et l'Église romaines, presse de la manière suivante Ruffm, qui était, comme on le sait, passionné pour Origène : « Quelle est cette foi qu'il appelle la foi? Est-ce celle que professe l'Église romaine , ou bien celle qui serait contenue dans les livres d'Origène? S'il répond que c'est la romaine. nous sommes donc catholiques » (o).
De cette synonymie d'Église romaine et d'Église catholique , il est résulté, dès les temps les plus an-
(1) Jeta concil. cI'Haedouin, t. ni, col. 1060, n. 27.
(2) Opp., édition des bénédictins, t. ir, col. 1126,. n. 47.
(3) Lib. I in Rufin., n. 4.
tiens, que la foi et l'Église catholiques ont été surnommées la foi et l'Église romaines par excellence. Et ce ne peut pas être le schisme grec, comme quelques-uns l'ont prétendu, qui en soit la cause, puisque,, outre les documents que nous avons rapportés , et qui sont tous antérieurs de plusieurs siècles au schisme de Photius , documents , comme nous l'avons vu , où les mots romain et catholique sont pris indifféremment l'un pour l'autre , l'empereur Théodose le Jeune, dans sa lettre à Acace et aux autres tant évêques que archimandrites, donne à l'Église catholique le nom de religion romaine (1). Hormisdas, dans sa lettre à Avite , évêque de Vienne, rappelle la foi du siège apostolique, c'est-à-dire de l'Eglise catholique, comme il l'explique lui-même (2) ; et de même, dans sa lettre à Ennodius et à Pellegrinus, il s'exprime ainsi : « Ceux qui ne communiquent point avec le siège apostolique , c'est-à-dire avec r Église catholique » (3). Ainsi saint Grégoire II, écrivant aux évêques et aux princes de Germanie.
(1) Jet. conc. Hardouin, t. i, col. 1687. Cette lettre se termine ainsi : « Decet proinde tuam sanctitatem omni diligentiâ « et studio hœc à Deo deposcere, qui probatos romanx religio- « nis sacerdotes declaret. » Cette lettre est de l'an 432.
(2) Ep: x, ad Avit. Vienn. Conc, édit. de Venise, t. vin, col. 409 et suiv.
(3) Ep. xvin : « Circa eos qui cum sede apostolicâ, hoc esfy « Ecclesiâ catholica non communicant. » Ibid., col. 420.
— (508 — leur déclare qu'il a ordonné à Boniface d'instruire les peuples dans la doctrine du siège apostolique, et de les confirmer dans celte même foi catholique (1), supposant clairement par ces paroles que la foi et l'Église romaines, ou bien la foi et l'Église catholiques, sont une seule et même chose. Et tous ces faits, comme on le voit, se sont passés bien avant le schisme grec. J'omets, pour plus de brièveté, de rapporter encore d'autres documents.
Concluons de toutes ces preuves ensemble qu'il y a identité pleine et absolue entre l'Église romaine et l'Église catholique, et que par conséquent il n'y a pas d'autre Église catholique en dehors de celle qui est en communion avec l'Église romaine. Par là nous voyons ce qu'il faut penser de l'appellation de romancaliiolics décernée officiellement aux catholiques en Angleterre. Cette appellation en soi est très juste, puisque les vrais catholiques sont par cela même romains catholiques ou catholiques romains, et s'en glorifient; mais dans la bouche des anglicans elle a un sens très faux, comme si l'Église catholique pouvait se composer de différentes espèces de catholiques, comme de romano- catholiques, d'anglo- catholiques, etc. (2). Nous voyons enfin et nous pouvons
(1) Conc. germ., Hartzheim, t. i; Conc, édit. de Venise, ep. v, t. xii, col. 240.
[2] Voir dans le Tablet une lettre sur ce sujet, 21 mai 1853.
apprécier quelle est l'ineptie de certains anglicans, qui s'en vont dire quelquefois qu'ils sont les seuls vrais catholiques, par la raison qu'ils n'emploient pas d'autres épithètes pour signifier leur Église, tandis que les autres doivent y ajouter celle de romaine, comme si être romain était autre chose qu'être catholique, comme s'il y avait une autre Église catholique que l'Église romaine ! Ils ne voient pas, ceux qui tiennent ce langage, qu'eux-mêmes ils ne sont pas catholiques, précisément parce qu'ils ne sont pas romains, et que leur Église ne saurait être catholique, précisément parce qu'elle n'est pas romaine. Que les anglicans le veuillent ou qu'ils ne le veuillent pas, leur Église, ou pour mieux dire, leur établissement, n'est qu'un établissement politique et national (1) ; ce n'est qu'une Église-branche, etunebran-
(1) Dans un article ayant pour titre : V Eglise anglicane s'est-elle formée d'elle-même ? Lingakd, entre autres réflexions solides, présente les suivantes : « Sous le règne d'Elisabeth, le parlement non-seulement révoqua les actes des parlements passés (du règne de Marie), mais approuva des lois qui avaient pour objet des règlements de culte et l'exercice de la juridiction spirituelle. Il est bon d'observer, en outre, que tout cela se fit non avec l'approbation, mais en dépit de l'Eglise. Tous les évêques de la Chambre votèrent contre ces lois. L'assemblée du clergé présenta une confession de foi (catholique) et protesta contre la compétence de toute assemblée laïque à prononcer sur des points de doctrine, de culte et de discipline; déplus, les deux universités vinrent en aide à l'assemblée du clergé, et souscrivirent la môme confession. La même opposition entre les t. is. 39
che détachée, coupée, retranchée du grand arbre de l'Église catholique; communion qu'aucune autre ne veut reconnaître pour la sienne, repoussée par l'Église romaine, méconnue par l'Église grecque, objet de la haine et du mépris de toutes les sectes, tant d'Orient que d'Occident, en aversion à l'Église russe; établismembres laïques de la Chambre haute (des pairs) fut plus forte qu'en toute autre circonstance antérieure ; et si l'acte pour le livre des communes prières passa enfin , ce ne fut qu'à la majorité de trois votes : même cette majorité minime n'aurait pu s'obtenir, si, pour se garantir de deux votes hostiles, on n'avait emprisonné deux évèques, en faisant en même temps passer dans la Chambre des pairs cinq membres de la Chambre des communes partisans des principes réformés. Or, ces actes et ces lois sont la base sur laquelle a été élevée l'Eglise actuelle d'Angleterre. Ne s'ensuit-il pas de là qu'elle estime Eglise parlementaire, qu'aucune autorité ecclésiastique na contribué en rien à fonder f »
Un peu plus loin, le Dr Lingard ajoute : « La patente royale avec laquelle, sous le règne d'Edouard, on nommait les évéques de l'Eglise anglaise, fait bien voir qu'ils n'étaient que des créatures de la Couronne, institués par patente à la façon des officiers civils. « Nous nommons, faisons, créons, constituons et déclarons N.N. évoque de N ., pour qu'il occupe et possède ledit évèché sa vie durant, et pour aussi longtemps qu'il se conduira bien; ei l'autorisons à conférer les ordres, à pourvoir aux bénéfices, à exercer toute espèce de juridiction ecclésiastique, et à faire tout ce qui appartient à la charge épiscopale ou pastorale sur les choses qu'on sait lui être commises par Dieu dans tes Ecritures, en notre lieu, en notre nom et en vertu de notre autorité royale. » Voir Dublin Review, mai 1840. Et on dira que cette Eglise est une Eglise catholique et une Eglise apostolique?
— on —
sèment, rjour tout dire, séparé de tous les autres, comme leur île l'est du continent ; donatisme nouveau, et tout semblable à l'ancien, qui, bien que borné à l'Afrique, se glorifiait du titre d'Église catholique ; Église, enfin, purement politique et parlementaire. Le docteur Cabill a donc eu bien raison de protester de la manière suivante contre quelques ministres anglicans, qui ne cessent de s'appeler ministres de Dieu, ambassadeurs du Christ et de C Eglise catholique : « Vous êtes au contraire, messieurs, les ministres ecclésiastiques du parlement britannique ; vous êtes les ambassadeurs cléricaux de la reine d'Angleterre. Vos xxxix articles sont le résultat accidentel d'une majorité de votes dans le parlement britannique de ce temps-là. Cet acte du parlement forme la préface de votre livre liturgique de communes prières, et les décisions de cette séance parlementaire sont la véritable base et la grande raison théologique de la foi anglicane exprimée dans les xxxix articles. En réalité, pour parler le langage parlementaire, ce symbole ou Credo devrait s'appeler proprement un ôill, comme tout autre bill passé dans le parlement à la pluralité des votes. Le premier ministre d'Angleterre peut mettre de côté la quelle que ce soit de vos opinions, comme on l'a vu dernièrement dans l'affaire de Gorham ; Sa Majesté la reine peut à son gré annuler toutes vos décisions dogmatiques synodales. Vous priez Dieu comme le
veut le premier ministre d'État; vous croyez en Dieu comme le veut la reine ; vous augmentez ou diminuez les articles de votre bill de religion comme le veut le parlement. Vous êtes clone juridiquement el officiellement les créatures de l'Etat. Vous endossez l'habit ecclésiastique et prêchez précisément par la même autorité qui donne à un lieutenant de marine le droit de porter l'épée, ou à un avocat du fisc celui d'endosser la toge de soie. Telle est la ridicule juridiction en vertu de laquelle vous enseignez et prêchez... Vous vous êtes séparés de l'Église catholique; et, à l'époque de cette séparation, pour marquer le caractère doctrinal de votre conduite, vous vous êtes donné le nom de protestants. . . Voudriez-vous avoir la bonté de nous apprendre quand vous êtes revenus vous réunir à cette Église, pour pouvoir vous dire aujourd'hui catholiqu es ? Ou bien, commencez-vous à rougir de votre nom de protestants? Eh donc, appelez-vous protestants comme vous l'êtes, gardez vos habits d'ordonnance, prenez vos titres parlementaires » (1) !
(lj The Tablet, 11 juin 1853.
ARTICLE III
La primauté de Pierre et de ses successeurs est essentielle à l'Eglise catholique.
L'Eglise fondée par Jésus-Christ sur l'apôtre Pierre, à qui pour cet effet il a conféré la primauté. — Comment Jésus-Christ a conféré le sacerdoce, l'épiscopat et l'apostolat également à tous les apôtres, y compris saint Pierre. — Il n'en a pas moins conféré exclusivement la primauté à Pierre , comme l'attestent ouvertement trois des évangélistes. — Prérogatives de cette primauté propres à Pierre seul, à l'exclusion des autres apôtres. — Et cela, pour constituer à perpétuité la parfaite unité de son Eglise. — Comment cette unité est constituée par l'union de tous au siège de Pierre. — Comment elle a dû se continuer après sa mort dans ses successeurs par suite de la constitution essentielle à l'Eglise de Jésus-Christ. — Cette même vérité nous est prouvée par les témoignages formels des Pères. — Première classe des Pères , ou de ceux qui affirment que Jésus-Christ a établi la primauté dans la personne de Pierre pour constituer et maintenir à perpétuité l'unité de son Eglise. — Seconde classe, savoir de ceux qui affirment que Jésus-Christ a fondé son Eglise sur la foi de Pierre. — Troisième classe, ou de ceux qui ont entendu les trois textes évangéliques de la primauté de Pierre et de ses successeurs. — Quatrième classe , ou de ceux qui affirment que Pierre a parlé par la bouche de ses successeurs , et qui appellent du nom de chaire de Pierre le siège du pontife romain. — La même vérité nous est confirmée par les faits publics et solennels, et 1° par les conciles œcuméniques. — Vrai sens du canon vi du concile de Nicée par rapport à la primauté du siège de Rome. — Les conciles d'Ephèse et de Chalcédoine. — Tous les conciles œcuméniques ont demandé la confirmation de leurs actes aux pontifes romains. — 2° Le
— 6ii —
siège de Rome principe d'action et de vitalité clans tout le christianisme. — Actes de primatie exercée par les papes sur les Eglises d'Orient, et sur celles d'Occident. — Appels faits de toutes les parties du monde chrétien au Saint-Siège. — Les causes majeures, les légations, les vicaires apostoliques. — Multiplicité de leurs actes dans l'Eglise universelle. — Le pontificat romain est la clef qui nous ouvre l'explication de l'histoire de l'Eglise. — Sans lui on ne pourrait se rendre raison des événements qui s'y sont accomplis. — Le pouvoir pontifical est indépendant de la condition politique de l'ancienne Rome. — La suprématie du pontificat romain confirmée par un autre argument irréfutable.
L'identité de l'Église romaine avec l'Église catholique ou universelle a sa source dans la divine institution de cette glise. Jésus-Christ, en la fondant, a voulu qu'elle fût une dans sa nature, et par conséquent, qu'elle demeurât ou continuât d'être une dans tous les siècles à venir, c'est-à-dire jusqu'à ce que vînt pour elle le moment de passer de cet état de combat, de luttes et de souffrances, à celui d'une paix inaltérable et d'une éternel repos. Alors, comme le dit l'Apôtre, toutes choses seront soumises à Jésus- Christ; et Jésus-Christ lui-même, en sa qualité de chef de son corps mystique, sera soumis à celui qui lui aura assujéti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous (1). Ainsi, l'unité de l'Église, commencée ici-bas, sera perfectionnée et consommée dans le ciel. En attendant cet heureux terme, Jésus-Christ,
(1) I Cor. xv, 27,26.
comme chef de l'Église même, doit régner dans le temps et dans l'espace , suivant ce qu'enseigne le même apôtre, pour donner à ses élus de tous les siècles et de tous les pays les moyens d'entrer un jour en possession de la gloire bienheureuse ; il doit abattre toute principauté, toute puissance, toute vertu; il doit mettre à ses pieds tous les ennemis de son empire : et c'est ce qu'il fait incessamment en donnant à la pierre placée comme fondement inébranlable au milieu de son Église la vertu de résister à tous les assauts des puissances de l'enfer; et cette pierre, c'est Pierre lui-même, toujours vivant dans ses successeurs.
Or, par là même que Jésus-Christ a voulu que ce fut sur Pierre que son Église fût fondée, qu'il l'a établi pour être à sa place chef visible de son royaume visible et de son corps mystique, il s'ensuit nécessairement, et par une conséquence évidente, que Pierre, ou sa primauté se perpétuant dans ses successeurs, est essentiel à la règle de foi, comme étant essentiel à l'institution et à la nature de l'Église même, qui, comme nous l'avons vu, a été établie dépositaire, gardienne et vengeresse de la révélation divine, ou des vérités enseignées par ce divin maître pour le salut de tous les hommes. Car il faut de toute nécessité, ou nier que ce soit sur Pierre que Jésus-Christ a fondé son Eglise, ou subir toutes les conséquences qui résultent logiquement de cette insti-
tution. Les protestants, pour ne pas être forcés d'admettre ces conséquences, ont préféré de s'en tenir au premier parti. Mais tous leurs efforts sont vains pour anéantir un fait attesté non-seulement par les paroles claires et explicites du Sauveur que nous ont rapportées les évangélistes, mais encore par tout le dessein, le plan et le but de son ouvrage, et par les promesses qu'il a faites; fait en faveur duquel dépose le témoignage uniforme de toute l'antiquité chrétienne; fait rendu évident par les actes de l'Église les plus solennels; fait qui trouve sa confirmation dans le principe d'action et de vitalité qu'il communique à l'Église universelle; fait, enfin, qui seul donne la clef pour expliquer l'histoire, qui sans lui serait inintelligible; ou comme le fil pour sortir d'un labyrinthe auquel, sans lui, il n'y aurait pas d'issue. Or, pour nous convaincre que tel est le fait dont nous parlons, nous n'avons qu'à parcourir chacun des points que nous venons d'énoncer : et c'est ce que nous allons faire avec toute la brièveté et toute la clarté possibles.
Et, premièrement, que les témoignages bibliques déposent ouvertement en faveur de la primauté conférée à l'apôtre saint Pierre par le divin fondateur de l'Église, c'est une chose si évidente que, pour ne pas la voir, il faut avoir un voile épais ou plutôt comme un mur devant les yeux. Les protestants de toutes sectes font profession de s'attacher exclusivement à
lire la Bible, rien que la Bible et toute la Bible ; ils Font sans cesse entre les mains, l'analysent, la commentent, et jamais cependant ils n'y lisent, ou du moins n'y remarquent l'institution de la primauté conférée par Jésus-Christ à son apôtre en des termes si solennels. Ils savent parfaitement trouver les passages où il est parlé des pouvoirs accordés à tous les apôtres en commun, et ils n'aperçoivent jamais ceux où l'apôtre Pierre est mis au-dessus de tous ses collègues par des privilèges qui lui sont conférés exclusivement aux autres, et tout cela dans l'intention de ne faire de lui que l'égal de ses collègues, et de nier sa primauté. Et, cependant, les livres saints rapportent avec une parfaite exactitude, non-seulement ce que Jésus-Christ leur a donné collectivement à tous, y compris saint Pierre, comme le pouvoir sacerdotal, le pouvoir épiscopal et le pouvoir apostolique, mais aussi ce qu'il a donné à Pierre seul, savoir le pouvoir primatial, ou la dignité de chef suprême de son Église.
Nous trouvons parfaitement, en effet, que Jésus- Christ a conféré à tous les apôtres réunis ensemble tout le pouvoir sacerdotal proprement dit, c'est-àdire le pouvoir de consacrer, d'offrir le sacrifice et d'absoudre des péchés. Il leur donna, dans la dernière cène, pouvoir sur son corps réel par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi (1). Il leur
jl) Luc, xxit, 19; I Cor. Il, 24.
donna, après sa résurrection, pouvoir sur son corps mystique lorsqu'il leur dit : Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, etc. (1). Jusqu'ici Pierre est égal aux autres apôtres.
Ensuite, pour le pouvoir épiscopal, Notre-Seigneur n'a de même fait aucune distinction entre Pierre et ses collègues, puisqu'il leur a donné à tous en commun le pouvoir de baptiser les peuples : Allez, baptisez, etc. (2); celui d'enseigner et d'administrer les sacrements comme tout ce qui tient au culte religieux, avec l'autorité nécessaire pour en procurer l'observation : Leur enseignant à observer toutes les choses que je vous ai prescrites (3) ; de porter et de lever les censures, et de donner à leurs règlements une force obligatoire : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, etc. (4) ; leur promettant en même temps son assistance dans l'exercice de leurs fonctions par sa présence avec eux jusqu'à la fin des siècles : Voilà que je suis avec vous, etc. (5).
Enfin, pour ce qui regarde l'apostolat en tant que distingué du pouvoir épiscopal, et par conséquent en ce qu'il avait d'extraordinaire et de limité au temps
(1) Joan. XX, 22-23.
(2) Matt. xxviit, 19.
(3) Ibid.
(4) Matt. xvm, 18.
(5) Matt. ult.
de la vie des apôtres , nous voyons également que Notre-Seigneur le leur a conféré à tous en commun et sans distinction de personnes. Ainsi leur a-t-il donné à tous la mission immédiate : Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie (1) ; la mission universelle : A liez donc par tout le monde (2). En tout cela nous voyons Pierre simplement égal aux autres apôtres, et c'est en ce sens aussi que le mot fameux de saint Cyprien se trouve vrai : « Assurément les autres apôtres étaient, eux aussi, ce que Pierre était, élevés au même honneur, munis du même pouvoir » (3) ; c'est-à-dire, tout aussi bien que Pierre, prêtres, évêques et apôtres.
Mais il faut voir également ce que les livres saints nous ont appris de ce qui ne se rapporte qu'à Pierre. Trois évangélistes ont eu soin de nous en rendre compte. Saint Mathieu nous apprend qu'à la suite de la célèbre confession que fit de la divinité de Jésus- Christ, par révélation divine, le premier des apôtres, le Sauveur lui adressa ces paroles : « Vous êtes heureux, Simon, fils de Jean ; car ce n'est ni la chair ni le sang qui vous ont révélé ces choses, mais c'est mon Père même, Celui qui est dans le ciel. Et moi.
(1) Joan. XX, 21.
[2] Matt. ult.
(3) Lib. De unit. EccL, édit. des bénéd., p. 195 : « Hoc erani « utiqaeet cœteri apostoli, quod fuit Petrus, pari consortio prw- « dili et honoris et potestatis. »
je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (1). Saint Luc, à son tour, raconte que, pendant la dernière cène, le Sauveur, se tournant vers Pierre , lui dit : « Simon , Simon , Satan a demandé à vous cribler tous, comme on crible le froment ; mais j'ai prié pour vous en particulier, afin que votre foi ne défaille point. Lors donc que vous aurez été converti , ayez soin d'affermir vos frères » (2). Enfin, saint Jean nous a laissé par écrit que Jésus-Christ après sa résurrection , dans une de ses apparitions à laquelle se trouvaient Pierre , Jean et d'autres disciples, adressa la parole à Pierre seul, et l'interpella en ces termes : « Simon, fils de Jean, m'aimez-vous plus que ne m? aiment ceux-ci? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. Jésus lui dit: Paissez mes agneaux. 11 lui demanda encore une seconde fois : Simon, fils de Jean, m'aimez-vous ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes agneaux. Il lui demanda pour la