JOAN. XXI
* l\n Le pouvoir de retenir et de remettre les péchés, celui de porter et de lever les censures, celui d'établir des lois pour le gouvernement spirituel de l'Église, quoique conférés d'ailleurs à tous les apôtres ensemble, lui sont donnés ici personnellement : Et tout ce que vous lierez, etc.
« 5° A lui seul est donné le pouvoir de confirmer ses frères, parce que sa foi à lui-même ne doit pas défaillir : J'ai prié pour vous afin que votre foi. etc.
« 6° Le soin du troupeau entier de Jésus-Christ lui est recommandé comme au pasteur suprême : Paissez mes agneaux; soyez le pasteur de mon troupeau ; paissez mes brebis.
« En rapprochant ainsi ce qui a été donné aux apôtres en commun, et ce qui a été conféré à Pierre seul, on conclut de cette comparaison :
« 1° Qu'il a reçu bien des choses que n'ont pas reçues les autres, et que les autres n'ont rien reçu qu'il n'ait reçu lui-même;
« 2° Que ses pouvoirs ne peuvent être exercés que par un seul, tandis que ceux des autres peuvent l'être par plusieurs;
« 3° Que ses pouvoirs renferment ceux de ses collègues, au lieu que ceux de ses collègues ne renferment pas les siens ;
« 1° Que c'est de lui qu'émane le gouvernement ordinaire de l'Église ou l'office pastoral promis et fi-
garé sous le symbole des clefs du royaume des cieux, et conféré en même temps que signifié sommairement par ces paroles : Paissez mes brebis ; l'épiscopat est renfermé dans la primauté » (1).
Mais quelle a pu être l'intention du Sauveur en conférant à Pierre une telle primauté sur son Eglise, sinon de constituer en lui et par lui la souveraine unité de cette Église pour tous les temps à venir? C'est ce qu'a très bien expliqué saint Gyprien lorsque, après avoir dit, dans le passage rapporté plus haut, que les autres apôtres étaient égaux à Pierre quant au sacerdoce, à l'épiscopat et à l'apostolat, il ajoute immédiatement : « Mais cependant tout part de l'unité, et la primauté est donnée à Pierre , pour que Vanité soit assurée à l'Église » (2). Et ailleurs : « Elle est une, cette Église fondée sur Pierre, principe et raison de son unité » (o). Et ailleurs encore : « À Pierre premièrement , sur qui Notre-Seigneur a fondé son
(1) Allies, anglican récemment converti, dans son auYrage intit. La Chaire de Pierre fondement de l'Eglise, etc., où il développe parfaitement ce sujet. Cet ouvrage a été traduit de l'anglais en italien par le R. P. Costa de la C. de J., et cette traduction a été publiée à Naples en 1850. Voir en particulier la sect. ix de cet ouv. ayant pour titre : Preuves bibliques de la primauté.
(2) L. c. : " Sed exordium ab unitate proficiscitur, et prima- ••■ tus Petro datur utEcclesia Christi una monstretur. »
(3) Ep. 70 : « Una (est) Ecclesia à Clnïsto Domino super Pc- « trum origine unitatis et ratione fundata. » Edit. cit., p. J25.
Eglise, el dans la personne duquel il a constitué et fait voir le principe de l'unité » (1). Et c'est ce qui a fait dire au même saint martyr que la chaire de Pierre est « l'Église principale d'où l'unité sacerdotale est sortie comme de sa source » (2) .
Il résulte de là évidemment, qu'en conférant à saint Pierre la primauté sur l'Église entière, le Sauveur avait pour objet et pour but d'en organiser et d'en personnifier pour ainsi dire l'unité dans la personne de cet apôtre : je veux dire l'unité de foi, et aussi l'unité de charité et de communion, comme je l'ai déjà expliqué plus d'une fois dans le cours de cet ouvrage. L'Église, pour être une et se maintenir dans son unité, a besoin d'un chef, a besoin d'un centre : d'un chef, parce que autrement elle serait acéphale, sans guide, sans direction, sans gouvernement, comme le serait, privé de son pasteur, un troupeau dispersé ; d'un centre, pour rassembler dans un foyer commun tous les rayons qu'elle fait vibrer sur chaque point du globe où pénètrent ses enseignements , et où s'étend son autorité. Telle était aussi la pensée de saint Gyprien, lorsqu'il donnait de l'Église la définition suivante : « C'est (l'Église) le peuple uni à son
(1) Ep. 73 : « Petro primùm Dominus super quem sedificavit « Eeclesiam, et unde imitatis originem institnit, et ostendit. »» P. 131.
(2) Ep. 55 : « Eeclesiam principalem unde imitas sacerdota- «< lis exorta est. » P. 86.
pontife , le troupeau attaché aux pas de son pasteur » (1). Et puisque dans chaque Église particulière chaque pontife, chaque pasteur, c'est-à-dire chaque évêque, est le principe de l'unité particulière de cette Église, et qu'il forme et entretient cette unité en tant que le peuple entier de son Église lui est uni, que tout le troupeau qui compose son Église lui est attaché; ainsi l'unité de l'Église universelle doit-elle se former et comme résulter de l'union ou de l'attachement de tous les peuples, de tous les troupeaux avec leurs chefs ou leurs pasteurs respectifs, de toutes les Églises particulières, en un mot, au chef et au pasteur suprême, qui est Pierre, et qui ne saurait être que lui : attachement, union, si bien caractérisés par le mot latin gluten (glu) employé par saint Cyprien dans cet endroit même (2).
Si donc tels ont été le magnifique dessein, et l'objet comme le but du Rédempteur de tous les hommes dans l'institution de la primauté, il faut inférer de là, par une conséquence évidente, que, puisque cette unité synthétique de l'Église doit durer autant que l'Église elle-même, elle ne devait pas se terminer avec la courte existence du chef des apôtres, mais qu'il fallait de toute nécessité qu'elle se transmît à ses successeurs.
(1) Ep. 69 : « Plebs sacerdoti adunata, et pastori suo grex <• adhserens. » P. 122.
(2) « Sit u tique (Ecclesia catholica) connexa et è coheeren- « tium sibi invicem sacerdotum glutine copulata. » Ibid.
Personne ne niera, en effet, que l'épiscopat conféré aux apôtres par Jésus-Christ ne se soit transmis après leur mort à ceux qu'ils avaient établis pour régir et gouverner les Églises particulières. Donc, parla même raison, la primauté sur l'Église elle-même a du passer aux successeurs de Pierre. Autrement l'Église, à la mort de cet apôtre, aurait cessé d'être une ; dès lors un changement substantiel se serait opéré dans la constitution de cette Église : elle aurait cessé d'être l'Église fondée par Jésus-Christ.
Ainsi donc, les témoignages bibliques qui nous certifient l'institution de la primauté , avec ses droits et ses privilèges , dans la personne de Pierre, doivent s'appliquer avec la même étendue à tous ses successeurs, légitimes héritiers de son siège épiscopal ; et, par conséquent, tout ce qui appartenait à Pierre à raison de sa primauté doit appartenir de même aux évoques de Rome ou aux pontifes romains, auxquels reviennent de droit divin toutes les prérogatives conférées à Pierre.
Quoique cette conséquence ait toute l'évidence d'une déduction logique, et qu'elle ne puisse être révoquée en doute par aucun esprit sérieux , de crainte cependant qu'on ne dise que nous nous appuyons uniquement sur des raisonnements humains, et non pas en même temps sur des faits, nous allons maintenant développer et prouver par des documents irrécusables le second point que nous avions à établir.
Disons donc que la primauté de Pierre et de ses successeurs sur toute l'Église est un fait attesté par le témoignage uniforme de toute l'antiquité chrétienne. Pour éviter la confusion qui naîtrait de ces témoignages présentés sans ordre, je rappellerai à certains points culminants les diverses classes où l'on peut ranger ces témoignages.
La première classe se composera de ceux qui nous certifient que Jésus-Christ a voulu constituer la primauté à perpétuité dans la personne de Pierre et de ses successeurs pour l'avantage de son Église, ou comme moyen utile et nécessaire pour former et conserver l'unité de cette Église : ce qui confirmera parfaitement la vérité de tout ce que nous avons dit jusqu'ici. Or, de ce genre sont, outre l'éclatant témoignage de saint Cyprien que nous citions tout à l'heure, ceux de saint Ambroise, de saint Optât, de saint Jérôme, de saint Augustin, sans compter ceux des papes saint Innocent, saint Damase, saint Léon, Hormisdas et leurs successeurs. Mais, faisant abstraction de ces derniers, dont le témoignage, quoique bien à tort (1) ,
(1) Voici comment Bossuet lui-même répond à ceux qui voudraient faire valoir cette exception contre les souverains pontifes [Defens. DecL, 1. x, c. 5) : " Sed absit; pari enira jure « dixerint, ne episcopis quidem aut presbyteris esse adhibendam « fidem , cùm sacerdotii sui honorem prœdicant. Quod contra <* est : nam quibus Deus singularis honoris, dignitatisque prœ- « rogativam contulit, iisdem inspirât verum de sua potestate " sensum, ut câ in Domino, cùm res poposcerit, libère et con-
pourrait paraître suspect dans l'éloge qu'ils font de leurs propres prérogatives, je m'en tiendrai aux premiers, qui affirment tous d'une voix que la primauté de Pierre et de ses successeurs a été établie pour le bien de l'Église et pour la perfection de son unité. Tout le monde connaît le mot de saint Ambroise : « C'est à Pierre que le Christ a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Donc, Là où est Pierre, là est aussi l'Eylise » (1). Le saint docteur fait manifestement entendre par ces paroles que Jésus- Christ n'a pas fondé son Église sur Pierre dans un autre but que pour que tout l'édifice de sa religion reposât sur lui comme sur son fondement, et qu'après sa mort, dans toute la suite des temps, il continuât de même de porter tout entier sur ses successeurs, de sorte que partout où serait Pierre, c'est-à-dire dans telle communion où serait le pontife romain, là aussi on devrait reconnaître l'unique Église dont l'Homme-Dieu
« fidenter utantur, fiatque illud, quod ait Paulus (I Cor. II, 12) : « Accepimus spiritum, qui à Deo est, ut sclamus, quse à Deo « donata sunt nobis. Quod quidem hic semel dicere placnit, ut « temerariam ac pessimam responsionem confutarem, profiteor- « que me de Sedis Apostolicœ majestati, romanorum pontifi- « cum doctrinse et traditioni crediturum. Quanquàm eorum se- <• dem non ipsi magis, quàm reliqui ac tota Ecclesia, atque « Orientales haud minus quàm Occidentales prsedicant. »
(1) In Ps. xiv, n. 30 : « Ipse est Petrus cui dixit (Christus) : « Tu es Petrus , et super hanc petram sedificabo Ecclesiam « meam. Ubi ergô Petrus, ibi Ecclesia. »
est le fondateur. C'est ce qu'il déclare encore plus ouvertement lorsqu'il dit des hérétiques et des schismatiques que « ceux là n'ont point de part à l'héritage de Pierre, qui ne reconnaissent pas le siège de Pierre, qu'ils mettent au contraire en pièces par leurs divisions impies » (1) ; et comme après avoir dit ces paroles il parle aussitôt du schisme des novatiens, il est bien évident qu'il attribue l'unité de l'Église à l'unité avec le pontife romain, qu'il appelle Pierre par antonomase, comme succédant à sa primauté.
Saint Optât inculque cette même vérité dans plus d'un endroit de ses écrits contre les donatistes, particulièrement lorsqu'il affirme que, « pour procurer le bien de l'unité, le bienheureux Pierre a eu l'avantage d'être choisi de préférence à tous les autres apôtres » (2) ; et lorsque, pressant encore plus vivement le donatiste Parménien, il s'exprime de la manière suivante : « Vous ne sauriez nier ni prétendre ignorer que la chaire épiscopale de la ville de Rome ait été conférée à Pierre tout le premier, et que ce soit dans cette chaire qu'a siégé Pierre, chef de tous les apôtres, appelé pour cette raison Céphas, afin que tous respectant cette chaire unique, tous aussi gar-
(1) Lib. i De Pœnit., c. vu, n. 33 : « Non habent enim Pétri « hœreditatem, qui Pétri sedem non habent, quam impiâ divi- « sione discerpunt. »
(•2) Lib. vu Contm Parmen., c. ni : « Bono unitatis B. Petrum... « prœferri apostolis omnibus meruisse. »
classent l'unité, en sorte que quiconque prétendrait opposer sa chaire particulière, fût-elle celle d'un autre apôtre, à cette chaire privilégiée, fût dès lors considéré comme un schismatique et un rebelle. Sur cette chaire donc, qui par son unité figure la première de toutes les notes de l'Église, a siégé Pierre le premier, puis Lin, son successeur, puis Clément..., puis enfin Sirice, aujourd'hui notre collègue dans l'épiscopat, et avec qui tout l'univers est en communion, ainsi que nous, par le commerce que nous entretenons ensemble des lettres formées » (1).
Saint Jérôme ne s'exprime pas différemment, et il affirme de la même manière que c'est dans l'intérêt de l'unité que Pierre a été établi primat de toute l'Eglise : « Un seul, dit-il, a été choisi entre douze pour ôter, par l'établissement d'un chef, toute occasion au schisme » (2) . Et ailleurs : « Le salut de l'Église est
(lj ibîd., lib. il, c. il : " Negarc non potes scire te in urbe " Româ Petro primo cathedram episcopalem esse collatam, in « qnâ sederit omnium apostolorum caput Petrus, unde et Ce- " phas appellatus est, in quâ unâ cathedra imitas ab omnibus « servaretur; ne cseteri apostoli singulas quisque defenderent, « et jam schismaticus et peccator esset, qui contra singularem « cathedram, alteram collocaret. Ergô super cathedram uni- » cam, quseest prima de dotibus, sedit prior Petrus, cui suces- « sit Linus, Lino successit Ciemens... Shïcius hodie qui noster « est socius : cum quo nobiscum totus orbis, commercio forma- « tarum, in unâ communionis societate concordat. » Edit. d'Elie Dupin.
(2) Lib. i In Jovin., n. 26 : « Proptereà inter duodecim unus
attaché à la considération dont doit y être entouré le premier de Tordre sacerdotal. Si on refuse de lui reconnaître une autorité hors ligne et qui s'élève audessus de toute autre, il y aura bientôt dans l'Église autant de schismes qu'il y aura de prêtres » (1) : paroles qui ont pour chaque Église particulière, par rapport à son évêque, la même force que pour l'Église universelle par rapport au souverain pontife. Mais ici nous n'avons pas besoin d'ajouter notre commentaire, puisque l'auteur lui-même explique sa pensée dans sa célèbre lettre au pape Damase, où, sur la question alors agitée d'une ou de trois hypostases à reconnaître en Dieu, il dit ces paroles remarquables : « Je sais que c'est sur cette pierre que l'Église a été bâtie. Quiconque mange l'agneau pascal hors de cette maison est un profane. Quiconque se trouve hors de cette nouvelle arche de Noé périra... Quiconque ne ramasse pas avec vous dissipe; car qui n'appartient pas à Jésus-Christ appartient à l'Antéchrist » (2). Le saint ne pouvait employer de termes plus énergiques
« eligitur, ut capite constituto , sebismatis tollatur occasio. •» Ibid., édit. de Valois, t. h.
(1) Dial. cont. Lucif., n. 9 : « Ecclesiœ salus in summi sacer- « dotis dignitate pendet, cui si non exsors qusedam et ab omni- •' bus eminens tribuatur potestas, tôt in Ecclesiâ efficient ur « schismata, quot sacerdotes. » Ibid.
(2) Epist. xv Ad Dam. : « Super illam petram œdifica- « tam Ecclesiam scio. Quicumque extra hanc dorrum agnum » comederit, profaims est. Si quis in Noe arcâ non fuerit, pe-
pour exprimer la souveraine unité de l'Église provenant de la primauté de Pierre et de ses successeurs. A son tour, le grand évêque d'Hippone reproduit la même vérité et la croyance commune de son temps sur le même objet. Dans ses disputes contre les donatistes, les manichéens et les pélagiens, il n'emploie pas d'autre argument pour leur prouver qu'ils étaient hors de l'unité de l'Église, que de faire voir qu'ils ne pouvaient s'appuyer sur la pierre que Jésus-Christ a donnée pour fondement à son Église, puisqu'ils étaient séparés de Pierre, ou du pontife romain successeur de Pierre, fondement et centre de l'unité catholique. On ne saurait compter le nombre des passages de ses écrits qui pourraient être cités à l'appui de notre thèse; mais, pour ne pas trop m'alonger, je vais seulement en rapporter un ou deux. Dans son chant contre le parti de Donat, il exhorte les donatistes de la manière suivante : « Venez , mes frères, si vous le voulez bien , pour être grelïés de nouveau sur la vraie vigne; il nous est pénible de vous voir ainsi retranchés du cep. Comptez les pontifes à partir de Pierre , le premier de tous, et voyez qui lui a succédé, et à qui tel autre a succédé. C'est cette pierre, contre laquelle ne prévaudront point les portes orgueilleuses de l'enfer » (1). Ailleurs, parlant
« ribit... Quicumque tecum non colligit, spargit; hoc est, qui » Chiïsti non est, Antéchrist! est. » Ibid. t. I. (1) " Ven ite fratres, si vultis, ut inseramini in vite. Dolor est,
<— 639 — de l'Église romaine, il dit que « c'est là que s'est toujours maintenue la principauté de la chaire apostolique » (1). Et ce n'est encore ici qu'un échantillon de tous les textes que je pourrais citer pour prouver quels étaient les sentiments de l'antiquité chrétienne sur le but que Jésus-Christ s'est proposé en établissant la primauté à toujours dans la personne de Pierre et de ses successeurs, et qui n'a pas été autre que de constituer et de maintenir l'unité de son Église (2).
La seconde classe de témoignages qui nous montrent l'accord de toute l'antiquité chrétienne à reconnaître la primauté de Pierre et de ses successeurs dans la chaire de Rome, se compose de tous ceux qui nous affirment que F Église a été fondée sur la foi de Pierre , et non pas seulement sur la foi dont il a fait profession en confessant la divinité de Jésus-Christ, mais sur la foi même qu'il devait prêcher dans tous les temps. Sur la confession de Pierre, expliquée dans le premier de ces deux sens, la tradition n'est pas douteuse, à commencer à saint Hilaire de Poi-
« cùm vos videmus praecisos ità jacere. Numerate sacerdotes vel » ab ipsâ Pétri sede, et in ordine illo Petrum, quis cui succes- '< sit, videte. Ipsa est petra, quam non vincunt superbœ infero- « rum porta? . »
(1) Ep. 43, n. 7, édit. des bénéd. « Romanœ Ecclesise in quâ « semper apostolicse cathedra? viguit principatus. »
(2) On peut voir ces témoignages recueillis par Pierre Ballerini dans son ouv. cité, et par Bolgeni dans l'ouvr. Deli Episcopato, append. m, édit. d'Orviéto.
tiers et à continuer jusqu'à saint Thomas cTAquin ; et en général, tous ceux qui ont eu à disputer contre les ariens, qui, en niant la divinité du Verbe, niaient par là même celle de la personne du Christ , leur reprochaient d'avoir par leur hérésie impie ébranlé la pierre sur laquelle Jésus-Christ avait bâti son Église, et de l'avoir même détruite autant qu'il était en eu\ (1). Pour ce qui regarde l'autre sens dans lequel on peut expliquer la confession de Pierre, le sentiment des Pères n'est pas moins unanime; et c'est pour cela qu'ils appellent Pierre le fondement de la foi, la pierre ou la roche de la foi, la colonne de fa foi, la pierre fondamentale de la foi catfiolitjue (2).
De là vient que saint Léon le Grand dit en parlant de Pierre : « Et pour vous convaincre de la fermeté de la foi qu'il devait enseigner, écoutez ces paroles : Et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (3) . Saint. Grégoire de Nazianze dit de son côté : « L'un est appelé du nom de Pierre, et personnifie en lui-même les fondements de l'Église » (4) . Saint Ambroise à son tour : « La
(il On peut voir ces témoignages rapportés en détail par Ballerini, op. cit. c. 12, § 2.
|2j Ibidem, c. 13.
(3) Serm. 62, éd. Ballerini, n. 2.
(4) Orat. xxxn, édition des bénédictins, 1778, t. i, n. 18, al. Orat. xxvi, p. 453, De moder. serv. indisjmt. : Hic petra vocetur, atque Ecclesise fundamenta in fidem suam accipiat.
foi est donc le fondement de l'Église; car ce n'est pas de la chair corruptible de Pierre, mais de sa foi vivante qu'il a été dit: Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle » (1). Et ainsi de plusieurs autres, dont il serait trop long de faire rénumération (2).
Une troisième classe comprend la troupe innombrable de docteurs et d'écrivains ecclésiastiques qui se sont attachés à faire l'application des trois passages en question de saint Mathieu, de saint Luc et de saint Jean, à la primauté de Pierre et de ses successeurs. Or, l'accord est ici unanime, et il n'est possible d'y trouver aucune exception, soit dans les Pères ou auteurs ecclésiastiques d'Orient, soit dans ceux d'Occident. Il suffit de lire leurs homélies ou leurs commentaires sur les passages allégués, pour s'en convaincre jusqu'à l'évidence. Nous n'en allons pas moins présenter encore ici quelques-uns de ces témoignages en preuve de notre proposition, et par lesquels on pourra juger des autres. Saint Grégoire de Nysse dit de saint Pierre « qu'il est la pierre fondamentale de la foi , puisque le Seigneur lui-même a dit au prince des apôtres : Vous êtes Pierre, etc. » (3), Saint Jean Ghrysostôme dit de
(1) De incaru., c. 5, n. 34 : « Fides ergô est Ecclesise funda- « mentum : non enim de carne Pétri, sed. de fide clictum est : « Quia portée mortis ei non prsevalebunt. »
(2) Voir Ballerini, loc cit.
(3) De Trinil., c. ult. « Petra vero fulei ianquàm fundamen-
même : « Jésus-Christ ayant dit à Pierre : Vous êtes hienheureuv, Simon, fils de Jean, et ayant promis de poser sur sa confession les fondements de son Église, etc. » (i). Saint Épiphane : «Le prince des apôtres, Pierre... qui, comme une pierre solide, etc. » (2). Saint Cyrille d'Alexandrie : « Je pense, dit-il, que la pierre (dont Notre-Seigneur parle ici) n'est autre que la foi ferme et inébranlable de son disciple, sur laquelle est fondée et assurée pour toujours l'Église de Jésus-Christ, sans que les portes de l'enfer puissent jamais triompher d'elle » (3). Et ainsi des autres. J'ai cité de préférence les Pères de l'Église orientale, pour qu'on voie plus clairement leur accord sur ce point avec ceux d'Occident. Mais pour ne pas laisser de côté ces derniers, je vais rapporter quelques-unes de leurs paroles sur l'autre passage évangélique qui est de saint Luc. Voici de quelle manière ce passage
tum : ut ipse Dominus ait ad prmcipem apostolorum : Tu es Pet rus, etc. » Edit. de Paris, 1615, t. I, p. 994.
(1) In cap. 1 epist. ad Gai. t. x. Il avait déjà dit la même chose dans son hom. 34 sur S. Math , n. 2, t. vu, et dans l'hom. 82 sur le même évang., n. 3.
(2) Hœr. 59, n. 7, édit. du P. Pétau.
(3) Dial. iv, De Trinilate, édit. de Paris, 1638, t. v, p. 507, où après avoir rapporté les paroles de Jésus-Christ (Math, xvi), le saint ajoute: « Petrum , opinor, quasi denominatione nihil « aliud, quàm inconcussam et firmissimam discipuli fidem ap- « pellans, super quam etiam citra casûs periculum firmata est « ac fundata Christi Ecclesia, et ipsis inferorum portis perpétué «< manet inexpugnabilis. »
est commenté par saint Léon : « En Pierre donc est affermie la force de tous les autres, et le secours de la grâce divine est distribué de manière à ce que ce don de force, qui est communiqué à Pierre par Jésus- Christ, soit ensuite conféré par Pierre aux autres apôtres » (i). L'auteur des Questions sur le Nouveau Testament en donne aussi la raison : c'est « qu'il est manifeste que tous sont contenus dans Pierre; car toujours le peuple est ou repris ou loué dans la personne de son chef » (2). De là Bossuet, dans ses Méditations, explique de la manière suivante, avec beaucoup de force et de logique, la doctrine des Pères sur ce passage : « Parce qu'en réprimant l'ambition de ses apôtres, il avait parlé d'une manière qui eût pu donner lieu à ceux qui n'auraient pas bien pesé ses paroles de croire qu'il n'avait laissé aucune primauté dans son Église , et qu'il avait même affaibli celle qu'il avait donnée à saint Pierre, il parle ici d'une manière qui fait bien voir le contraire. Satan. dit-il, a demandé de vous cribler tous; mais, Pierre, j'ai prié pour toi, pour toi en particulier,
(1) Serm. 4 De natali ipsius, c. 3, éd. Bail. « In Petro ergô « omnium fortitudo munitur, et divinse gratise ità ordinatur « auxilium, ut firmitas, quseper Christum Petro tribu itur, pcr « Petrum apostolis conferatur. »
(2) Append. t. in. S. Atjg. col. 158. « Manifestum est in Pe- « tro omnes contineri ; semper enim in prseposito populus aut « corripitur aut laudatur. »
avec distinction : non qu'il ait négligé les autres; mais, comme l'expliquent les saints Pères, parce qu'en affermissant le chef, il voulait empêcher par là que les membres ne vacillassent. C'est pourquoi il dit : J'ai prié pour toi, et non pas : J'ai prié pour vous » (1). Terminons cette troisième classe par quelques citations sur l'autre passage évangélique, qui est celui de saint Jean. Saint Augustin, parlant de Jésus-Christ, dit « qu'il a recommandé l'unité dans le choix singulier qu'il a fait de Pierre. Bien qu'il y eût plusieurs apôtres, c'est à un seul qu'il est dit : Paissez mes brebis » (2). Qui ne connaît de même le commentaire de saint Bruno d'Asti sur ce passage? « Il (Jésus-Christ) lui a confié, dit-il, d'abord les agneaux, et puis les brebis, parce qu'il l'a établi non pas simplement pasteur, mais pasteur des pasteurs. Ainsi donc, Pierre paît les agneaux, et il paît aussi les brebis. Il paît les petits, et il paît aussi les mères ; il commande aux prélats comme aux simples fidèles; il est donc le pasteur de tous, puisque après les agneaux et les brebis, il n'y a plus rien dans l'Église » (3). De là vient que Tertullien appelait le
(1) Médit, sur VEvang., La Cène, lxx° jour, Primauté de S. Pierre, édit. de Versailles, t. x.
(2) Serm. 46, c. 13, n. 30 : « In ipso Petro unitatem com- « mendavit. Multi erant apostoli et uni dicitur : Pasce oves •• meas. »
[3] Ilom. in vig. {'est. S. Pétri.
pontife romain le Grand Pontife, ïévèque des évé- (jiies (!).. D'après ces témoignages, et bien d'autres encore des temps primitifs de l'Église que nous pourrions citer (2), on voit l'accord unanime de l'antiquité chrétienne au sujet non-seulement de la primauté en général de Pierre et de ses successeurs, mais de leur primauté d'autorité, d'honneur et de juridiction en particulier sur l'Église entière.
Cette troisième classe amène naturellement la quatrième, qui va confirmer admirablement la même vérité, et qui se compose de tous les documents où le pontife romain n'est pas appelé d'un autre nom que de celui de Pierre et de Successeur ou de Vicaire de Pierre. Un fait incontestable pour quiconque a seulement une légère connaissance de l'histoire ecclésiastique, c'est qu'il a. toujours été reçu de dire : Pierre a parlé, Pierre a ordonné, Pierre enseigne, etc. , pour dire un pape quoiqu'il soit. Donnons pour exemple ce qu'écrivait saint Pierre Chrysologue à Eutychès : « Le bienheureux Pierre, lui marquait-il, qui vit et préside dans son propre siège, présente à ceux qui la cherchent la
(1) Lib. De Pudiclt., c. I. Quoique ce ne soit que ironiquement que Tebtullien, déjà montaniste, donne ces titres à i'évèque de Rome, ou plutôt qu'il les mette dans la bouche du pape saint Zéphyrin, il fait voir toutefois par là que cette manière de désigner l'évèque de Rome était reçue dès son temps.
(2) On peut lire ces témoignages dans les auteurs que nous avons déjà cités, et dans beaucoup d'autres encore qui 1rs ont recueillis.
vérité de la foi » (1). De là cette formule reçue même par les conciles œcuméniques : Pierre a parlé par Léon, comme le disait par acclamation le concile de Chalcédoine (2), ou par Agathon, comme le disait le sixième concile œcuménique, ou iroisième de Gonstantinople, par ces paroles : « Ce qui était visible, c'était le papier et l'encre ; mais celui qu'on ne voyait pas, c'était Pierre qui parlait par Agathon» (3). Et il faut observer que ces conciles étaient composés presque exclusivement d'évêques orientaux. De là encore cet usage de dire la chaire de Pierre, pour signifier l'Église romaine, dont l'antiquité chrétienne nous fournit tant d'exemples ; et cet autre usage de dire fondées par Pierre les Églises qui l'ont été par quelque pontife romain. Je pourrais ajouter encore plusieurs autres classes d'autorités, qui toutes conspirent pour la même fin ; mais il suffit de celles que j'ai énumérées pour convaincre les esprits même les plus difficiles du concert uniforme et unanime de tous les siècles à rendre témoignage du fait que nous avons signalé, savoir, que Jésus-Christ a fondé son Église sur Pierre et ses successeurs à perpétuité, à qui par conséquent la primauté est également assurée pour tous les siècles à venir.
(1) Ep. ad Eutych. : « B. Petrus, qui in propriâ sede et vivit « et prsesidet, prsestat quserentibus fîdei veritatem. »
(2) Act. 21, t. il Conc. Harduini, col. 306.
(3) In Serm. Prosphonelico, Conc. Labbe, col. 1057-1058.
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Disons maintenant quelques mots de ia troisième preuve que nous nous sommes proposé d'établir, et qui va résulter de tant d'actes publics et solennels qui ont eu lieu dans l'Église. Or, parmi ces actes solennels, on doit avec beaucoup de raison mettre au premier rang ceux des conciles œcuméniques. Ils représentent l'Église entière, et par conséquent tout ce qu'ils font ou décrètent doit être considéré comme la voix de l'Église elle-même. Eh bien, si nous parcourons ces conciles, à commencer par le premier, qui est celui de Nicée, et à finir par celui de Trente, nous trouverons sur chacun d'eux qu'ils ont non-seulement reconnu, mais professé ouvertement la suprématie du pontife romain sur toute l'Église en sa qualité de successeur de Pierre, à qui Jésus- Christ l'a conférée immédiatement. Olïrons-en quelques témoignages.
Le concile de Nicée, dans son célèbre canon vi, tel qu'il a été lu par le légat du Saint-Siège Paschasin devant plus de six cents Pères réunis au concile œcuménique de Ghalcédoine, s'est exprimé en ces termes : « L'Église romaine a toujours eu la primauté » (1) ; et aucun des Pères de Ghalcédoine ne dit rien pour combattre ou pour désavouer cette leçon. Nous avons donc ici les témoignages réunis de deux
(J) Voir les collections des conciles, comme celles d'Hardouïn, t. il, col. 638 : Quàd Ecclesia Romana semper habuit primalum; de Labbe, t. il, col. 46, 72.
— 6i2 — conciles œcuméniques en faveur de la primauté de l'Église romaine, ayant pour origine l'épiscopat de saint Pierre fixé par lui dans la ville de Rome. Mais, comme on a élevé diverses questions critiques au sujet de la leçon la plus authentique et du sens le plus légitime de ce canon, c'est une nécessité d'établir ici avec certitude la véritable pensée du concile par rapport à la primauté. Or, cette pensée nous est manifestée par le fait que rapporte saint Cyrille d'Alexandrie, que le concile de Nicée, après avoir décrété qu'on célébrerait chaque année la fête de Pâques au dimanche qui suivrait le quatorzième jour de la lune de mars, chargea à la vérité l'Église d'Alexandrie du soin de faire le comput lunaire, mais en statuant en même temps que cette Église donnerait avis chaque année à l'Église de Rome du jour où tomberait la pàque, pour que celle-ci à son tour, en vertu de Y autorité qu'elle a sur toutes les Eglises de l'univers* leur enjoignît à toutes ensemble le jour où il faudrait célébrer la fête. Voici les paroles de saint Cyrille : «11 fut arrêté. du commun avis des Saints du synode assemblé du monde entier... que chaque année (l'Église d'Alexandrie) ferait savoir par lettres à l'Église de Rome le jour fixe de la pâque,afin que Y Église universelle, répandue en tous lieux, en fût instruite péremptoirement par l'intimation que lui en ferait l'autorité apostolique » (1).
(]) Dans le prologue paschal qui se lit dans BUCHERIUS, de
Mais est-ce que l'Église d'Alexandrie n'aurait pas pu faire cette intimation à tout le monde par elle-même ? Non, puisqu'elle n'avait pas autorité sur l'Église universelle, autorité qui, comme le déclare le concile de Nicée, appartenait à l'Église de Rome. L'attention du concile à reconnaître cette primauté a été rappelée par l'empereur Yalentinien dans la Novelle ht, où nous lisons ces mots : « Le mérite de saint Pierre, qui est le prince du collège épiscopal, aussi bien que le rang qu'occupe la ville de Rome, et l'autorité même du saint synode, ont assuré la primauté au siège apostolique» (1). La véritable pensée du concile de Nicée, dans le canon précité, ne saurait donc être douteuse. Nous avons rapporté les paroles par lesquelles le concile œcuménique d'Éphèse avait déclaré qu'il était
cette manière : « Sanctorum. totius orbis synodi consensione de- « cretum est ut... per annos singulos Romance Ecclesiee litteris « (Eccl. Alex.) intimaret, unde apostolicâ auctoritate universa- « lis Ecclesia per totum orbem defînitum paschœ diem sine <• ullâ disceptatione recognosceret. » Puisque cette autorité apostolique sur l'Eglise universelle, que le concile attribue ici au siège de Rome, était de nature à lever tout doute, à prévenir toute contestation [sine ullâ disceptatione), cette autorité a donc une force coactive et obligatoire pour toutes les Eglises du monde.
(1) Dans Sirmond, opp. t. iv, in Censura dissertât, secund. de Eccl. suburbic, c. n,col.27 : « Cùm sedis (ce sont les paro- « les de l'empereur) apostolicee primatum, sancti Pétri meri- « tum, qui princeps est episcopalis coronse, et Romana? digrii- » tas civitatis, sacra? etiam -synodi firmavit auctoritas.»
forcé par l'autorité du pape Célestin d'en venir à la condamnation de Nestorius. Pour le concile de Chalcédoine, nous venons d'en parler; mais il y a quelque chose de plus à dire sur ce dernier concile : c'est que, dans leur lettre synodale adressée au pape saint Léon, les Pères lui témoignent hautement qu'il est celui « à qui le Sauveur a confié la garde de sa vigne (c'està-dire de toute l'Église) , et qu'il les a présidés dans la personne de ses légats, comme un chef préside à ses membres » (1). Et, en effet, ce pape leur montra bien qu'il avait sur eux tous cette autorité suprême, en cassant et annulant le xxvnr3 des canons qu'ils avaient portés et qui, pour cette raison, a été regardé comme nul dans l'Église (2).
Je ne dirai rien des conciles qui ont suivi, tant pour plus de brièveté, qu'à cause que je me suis proposé uniquement de présenter les témoignages de l'antiquité chrétienne. Qu'ai-je besoin d'ailleurs de parler et du concile de Sardique, qui fut comme un appendice- de celui de Nicée, et des cinquième et
(1) Conc. Hardouin, t. n, col. 655; Labbe, t. iv, col. 833- 834. Voici les paroles du concile : « Quibus (episcopis) tu qui- « dem, sicut membiïs caput, prœeras in his qui tuum tenebant « ordinem benevolentiam praoferens... cui vineœ custodia à Sal- « vatore commissa est. »
(2) Ce canon 28 avait été décrété dans l'absence des légats, qui n'en eurent pas plus tôt acquis la connaissance, qu'ils protestèrent contre; on y attribuait à l'Eglise de Constantinoplc la seconde place après celle de Rome.
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sixième conciles œcuméniques, ou deuxième et troisième de Constantinople, puisque tout le monde sait que ces conciles professèrent la plus parfaite soumission au pontife romain, comme à leur primat d'institution divine.
Les conciles œcuméniques nous offrent une autre preuve de fait de la primauté d'institution divine qu'ils reconnaissaient au siège de Rome sur toute l'Église, dans la confirmation qu'ils lui ont tous également demandée de leurs actes, de leurs décisions dogmatiques et de leurs règlements de discipline. Car, en commençant encore par le concile de Nicée pour finir par celui de Trente, nous trouvons qu'ils ont tous demandé cette confirmation pour imprimer à leurs actes leur force et leur valeur. Disons quelque chose aussi de ce que les premiers des conciles tenus nous offrent de particulier sous ce nouveau rapport, puisqu'il n'y a pas même matière de doute sur les autres tenus depuis.
Pour commencer toujours par le concile de Nicée, en supposant même que les deux lettres (1) annexées à ce concile, et par lesquelles les Pères demandent et obtiennent du pape saint Sylvestre la confirmation de leurs décrets, ne soient pas authentiques, il est
(1) Ces deux documents peuvent se lire dans la collection du P. Hardouin, t. i, col, 343 et 344, et dans celle de Labbe, t. il, col. 58 et 50.
— 6^6 — certain du moins, par le témoignage de Félix III, ou, pour mieux dire, du concile romain où se trouvèrent quarante-deux évêques sous la présidence de ce dernier pape , que les Pères de Nicée demandèrent cette confirmation à saint Sylvestre, puisque ce concile de Rome l'atteste en ces termes : « Les trois cent dix-huit Pères réunis à Nicée, obéissant à cette voix : Tu es Pierre, s'adressèrent, pour obtenir la confirmation de leurs actes, à l'autorité de l'Église romaine » (1). La lettre synodale du concile Ier de Constantinople, rapportée par Théodoret(2) , prouve de même qu'une semblable confirmation a été demandée aussi par ce second des conciles œcuméniques ; et Photius lui-même en fait l'aveu manifeste, lorsqu'il dit que « le pape Damase avait effectivement confirmé la profession de foi (du concile de Constantinople) » (3). Le concile d'Éphèse ensuite non-seulement demanda la confirmation de ses actes au pape Célestin, mais de
(1) Ep. iv : « Domino ad Petrum dicente : Tu es Petrus. Quam <• vocem sequentes trecenti decem et octo sancti Patres apud « Nicseam congregati, confirmationem rerum ad auctoritatem « sanctse romanse Ecclesiœ detulerunt. » In epist. synod. Rom. un. 485, collect. de Venise, t. vu, col. 1141; Labbe, t. rv, col. 1126.
(2) Hlst. EccL, 1. v, c. 9, édit. de Valois.
(3) Ep. De Synod. ad Michaelem Bulgar. principem : « Da- « masum pontificem reipsâ professionem fidei illorum confirma- » visse, Ta aura xparvîvwv syvM'fr.Çzro aua^wva. » Epist. Photli ,
edit. Montacutii, Londres, 1651, ep. i, p. 6.
— <U7 — plus lui rendit compte dans trois lettres consécutives de tout ce qu'il avait fait, et on voit par la réponse de ce pape aux deux dernières que, tout en confirmant ce concile, il y avait indiqué des choses à réformer, et prescrit en même temps avec autorité la manière dont ils auraient à en exécuter les décrets ; ce que fit en effet avec une ponctuelle exactitude l'empereur Théodose le Jeune (1). Quant au concile de Chalcédoine, je n'ajouterai rien à ce que j'ai déjà dit duxxvinc canon de ce concile, qui fut réprouvé par le pape saint Léon. J'observerai seulement, à l'adresse de ceux qui, comme Planck (2), pour ne parler que des plus modernes, voudraient attribuer au prince la confirmation des conciles , que l'empereur Marcien supplia saint Léon de confirmer les actes de ce dernier, pour lever toute difficulté sur ce qui y avait été défini : « Afin, dit le prince, que ceux qui aiment les discordes ne puissent élever aucun doute sur le jugement porté par "Votre Sainteté » (3) . Et telle était l'importance attachée , dans ces beaux siècles du chris-
(1) Voir Lupus, not. au ch. i Synodici contra tragœdiam Irenvei; Pagi, not. sur Baronius, an. 332, n. 2 et 3; Bianchi, Délia polizia ecclesiast., t. iv, p. 568.
(2) Voir Roskovani, De primatu Rom. Pont., Angsbourg, 1834, p. 339.
(3) Epist. ex, parmi celles de S. Léon, édit. de Ballerini, ■col. 1184 : « Quamobrem tua veneranda dignitas decretum quàm
« celerrimè emittat, quo confirmare ipsam Calchedonensem sy- « nodum manifestissimè ostendat, ut si qui exoptant invia di-
tianisme, à ces actes de confirmation des conciles par les pontifes romains, que, faute de cette formalité, on regarda toujours comme des conciliabules le deuxième concile d'Éphèse et celui de Rimini, et qu'on ne consentit à admettre comme œcuménique le cinquième concile général , ou deuxième de Gonstantinople, que lorsqu'on le vit confirmé par le pape Vigile. J'aurais la même chose à dire des conciles venus depuis, mais sur lesquels je ne crois pas nécessaire de m' étendre (1).
De nouvelles preuves seraient superflues pour démontrer la vérité de ce troisième point, où nous avions pour objet d'établir le sentiment et les témoignages de l'antiquité ecclésiastique par les actes publics et solennels de l'Église en faveur de la primauté de saint Pierre et de ses successeurs.
Pour trouver, en quatrième lieu, une nouvelle confirmation dans le principe d'action et de vitalité que la primauté du siège apostolique communique à l'Église universelle, il nous suffira de parcourir rapidement les diverses manières dont ce principe se produit dès les premiers temps du christianisme. Et comme ce champ est très vaste à parcourir, nous in-
« verticula, nullam haberc possint suspicionem de judiciis tua? « sanctitatis. »
(1) Ceux qui désireraient voir présentés, dans un ordre chronologique, les documents relatifs à cette matière, n'ont qu'à lire Zaccaria, 4niifebronius9 1. iv, p. 2, c. iv.