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même de la foi y manquent en partie : c'est que ces mêmes détails , qui peuvent renfermer des instructions morales ou servir à l'histoire, auraient été certainement perdus s'ils n'avaient été insérés dans les livres saints ; au lieu que, pour les vérités qui intéressent la foi, Dieu y avait déjà pourvu par l'enseignement oral et traditionnel. On voit enfin que, bien que les Écritures ne contiennent pas en particulier toutes les vérités de foi , on ne doit pas pour cela les appeler imparfaites, puisque, si cette raison pouvait avoir quelque force, il faudrait appeler de même imparfait chacun des livres sacrés, qui n'étaient composés qu'à mesure et attendaient ainsi toujours leur supplément, comme ne contenant pas encore toutes les vérités que les livres subséquents devaient recueillir. Il faut plutôt y reconnaître à la fois une perfection absolue et une imperfection simplement relative. Chaque livre de l'Écriture, pris à part, a sa perfection absolue, parce qu'il ne lui manque rien de ce qu'il doit contenir, quoiqu'il soit imparfait par rapport au corps entier des livres saints, puisqu'il ne contient pas seul tout ce qui se trouve dans le reste. Et de même la Bible entière est parfaite, absolument parlant, en ce qu'elle renferme tout ce que Dieu a voulu qui y fût renfermé, et elle est imparfaite par rapport à la tradition, en ce qu'elle ne contient pas, malgré cela, tout ce que la tradition contient.
Et par là encore est levée une autre équivoque qui
fait illusion à nos docteurs d'Oxford. Il est aisé de voir par ce que nous venons de dire combien est misérable et ridicule le parallèle établi entre la tradition divine, prise dans son sens catholique, comme nous l'avons expliqué, et des nouvelles portées de bouche en bouche de Londres à Oxford , et qui s'altèrent et se dénaturent en chemin par les commentaires que chacun y ajoute. Gomme on voit aussi ce qu'il faut penser de cet horrible monstre qui s'appelle papisme ou romanisme, auquel la tradition, dans les ténèbres du moyen-âge, a donné naissance, et des mérites signalés qu'ont acquis par leur travail de réforme Henri VIII et la bonne Betk auprès de l'Église d' Angleterre (1), si l'on ne veut encore faire part des mêmes mérites à ce parlement qui a sanctionné la forme nouvelle et le symbole de cette Église réformée en la rendant légale (2) . Ce qui fait voir clairement
(1) Expression qui selit dans William Cobbett, Hist. de la Réf.
(2) Le Dr Newman, qui connaît bien à fond l'Église anglicane, puisqu'il en était un des membres les plus illustres, nous donne dans sa sixième Conférence, p. 198-199 (traduction de J. Gondon) une idée nette de cette Eglise, dont il parle de la manière suivante : ■< On n'aperçoit en elle (l'Église anglicane) qu'un établissement de l'État, un département du gouvernement, une fonction publique , une administration sans substance , une agrégation de fonctionnaires dépendants du pouvoir civil et payés par l'État. Elle n'a ni unité, ni personnalité, et, par suite de ce défaut, elle a perdu la puissance d'exciter des sentiments d'aucune espèce... Cette prétendue Église n'est qu'un des rouages du gouvernement, ou un des modes d'administration
en quelles méprises on est sujet à tomber, quand on ignore la chose même dont on parle.
Reprenant maintenant tout de nouveau le fil interrompu de notre raisonnement, par rapport à l'idée véritable et légitime de 1§ tratlition prise au sens catholique, nous disons qu'à peine l'enseignement oral des vérités chrétiennes eut été communiqué à l'Église formée par la prédication des apôtres, qu'il lui fut incorporé et comme incarné ; de manière que la tradition devint une seule et même chose avec l'enseignement toujours vivant de l'Église elle-même. L'Église à son tour s'infiltra cet enseignement divin, se l'incorpora et l'incarna dans tous ses actes, je veux dire, dans l'administration des sacrements, dans ses prières, dans ses liturgies, dans son culte, dans ses catéchèses, dans ses rites, dans ses fêtes, dans ses conciles, dans ses formules ; il pénétra dans les écrits des Pères, dans les actes des martyrs, dans les peintures, dans les sculptures, dans les pierres mêmes sépulcrales, dans les inscriptions, clans l'histoire : en un mot, la vie intérieure et extérieure de l'Église même n'est devenue qu'une continuation et une manifestation de la tradition. Ainsi, la tradition n'a jamais péri, et elle ne pourra périr jamais, pas plus que n'a pu ou
civile; elle n'est responsable de rien; elle ne peut mériter ni blâme ni éloge; les sentiments qu'elle excite, quels qu'ils soient, doivent être attribués au pouvoir suprême qu'elle représente, et dont la volonté est sa loi et sa vie. ••
que ne pourra périr l'Église, dont elle est comme la pensée intime, l'âme qui l'inspire et lui donne la vie (1). Et non -seulement elle ne pourra périr ; mais elle ne pourra même jamais s'obscurcir ou se confondre avec les fausses traditions, parce que, comme elle circule dans tant de canaux, dans tant de veines, il est impossible qu'elle éprouve jamais aucun changement; ou, si elle venait à s'altérer ou à se corrompre par quelqu'une de ces veines, bientôt toutes les autres restées saines empêcheraient par leur influence cette altération ou cette corruption d'avoir des suites funestes.
Joignez à cela l'infaillibilité promise, comme nous l'avons prouvé (2) , à l'Église de Jésus-Christ, et cette
(1) Voir, dans l'ouvrage latin de l'auteur intitulé : Prselectiones iheologicse, le traité De Lotis theologicis, pars n, sect. il; De Traditione, cap. n; De medlis generalibus quibus transmissa est primitiva dogmatlca Traditio; et cap. ni, De medlis singidaribus, où ce que nous ne faisons que toucher ici se trouve développé en détail.
Voir aussi Mœhler, Symbolique, t. n, § 38 (lre édition), où cet auteur traite parfaitement le sujet de la tradition subjective, qui constitue le caractère particulier d'une nation, et l'empêche de se confondre avec les autres. Il applique ce principe à l'Eglise catholique et aux sectes séparées d'elle ; puis il ajoute : « Ce sentiment commun, cette conscience de l'Eglise « est la tradition dans le sens subjectif du mot. Qu'est-ce donc « que la tradition considérée sous ce point de vue? C'est le « sens chrétien existant dans l'Eglise, et transmis par l'Eglise. »
(2) L'auteur a traité au long ce sujet dans la dissertation qui
assistance même qui, de l'aveu des protestants, a été indispensable pour empêcher l'altération des saintes Écritures (1) , comme de tout le reste des vérités chrétiennes, qui de leur nature sont bien plus sujettes à être altérées que la tradition prise dans le sens que nous avons exposé. Eh quoi ! Dieu aura pu veiller à la conservation et à l'intégrité de la Bible, de manière à ce qu'elle ne subît aucun changement qui en altérât le fond, et il n'aura pas su ou pu veiller sur sa tradition, de manière à l'empêcher de se corrompre, et de tomber dans cet état de décomposition cadavéreuse que lui supposent aujourd'hui nos adversaires ? Le penser, ce serait pécher contre la foi, et c'est ce que reconnaît Palmer lui-même (2). Dieu aura
a pour titre ; Délia Denominazione che la Chiesa catholica (là aile communionida lei divise di eretiche e dlscismatiche, Bologne, 1851, Naples, 1851, part. I et n, avec l'appendice.
(1) Plusieurs protestants, comme Scrivenerus, Je wel, Thorndyke, Collier, Samuel Parker, Bramwall, Dodwell, Waterland, Beveridge, Jarvis, Bull et d'autres, ont reconnu les traditions primitives, et s'en sont servis avec avantage ; et beaucoup d'entre eux avouent que l'assistance de Dieu n'a pas été moins nécessaire pour conserver l'Ecriture que pour conserver la tradition.
(2) Ouvr. et pass. cités, p. 20. Voici ses paroles : « Il ne semble pas contraire à la nature de la tradition que quelques vérités révélées se transmettent par son moyen à l'aide de la grâce divine. Car si nous insistons sur l'incertitude de la tradition en général, cela peut avoir des conséquences très sérieuses, attendu que l'authenticité et l'intégrité des livres de
su maintenir dans son intégrité l'Écriture, règle éloignée et partielle de notre foi, et il n'aura pas su ou pu y maintenir cette autre règle qui est la tradition ? 11 aura pu réussir dans le premier cas, et il ne l'aura pas pu dans le second ? Je le répète, ce serait pécher contre la foi que de le penser.
Joignez à toutes ces considérations la vitalité de l'Église tenue sans cesse en haleine par toutes les hérésies , contre lesquelles il lui a fallu soutenir de rudes combats, des luttes terribles, et qui l'ont obligée à relire ses documents et à repasser ses titres qu'elles cherchaient à lui disputer. Joignez de plus l'enseignement journalier qu'elle distribue pacifiquement à ses enfants, et contre lequel n'a jamais manqué de s'élever chaque hérésie partielle, qui, si on le remarque bien, a toujours été une attaque contre quelque partie de cet enseignement.
De là vient que l'Église dans ses conciles n'a pas eu bien de la peine à démêler l'erreur et à la condamner :
l'Ecriture reposent à un assez haut degré sur le témoignage de la tradition primitive. C'est ce qui est affirmé par Hooker, Whitaker, Lardner, Paley, etc., etc. (tous auteurs anglicans). Mais si la tradition peut absolument suffire pour transmettre un Credo de peu d'articles..., il ne s'ensuit nullement qu'elle serait suffisante pour transmettre une révélation aussi étendue que la révélation chrétienne. » De sorte que Dieu, avec Vaide de sa grâce 7 n'aurait pu conserver que quelques vérités rèlées, mais non toutes ces vérités. N'est-ce pas là raisonner à rebours !
elle n'avait pour cela qu'à consulter son enseignement du jour, sûre qu'il était le même que celui de la veille, transvasé pour ainsi dire dans l'âme de ses enfants. De là vient encore que les hérétiques eux-mêmes servent malgré eux à constater clairement quelle était la croyance de l'Eglise, ou quelles étaient les vérités qu'elle admettait à l'époque où ils se sont élevés pour les combattre ; et plus les sectes sont d'ancienne date , plus est précieux le témoignage qu'elles leur rendent même en les niant. De là le parti que savent en tirer les catholiques dans leur polémique contre les hérétiques , en confondant les nouveaux par les anciens, en se servant de leurs ennemis mêmes pour combattre d'autres ennemis. De là, enfin, l'argument invincible et irréfutable qu'opposent les catholiques aux protestants, à qui ils prouvent ainsi l'identité de la doctrine actuelle de l'Église catholique avec celle des siècles passés. En effet, les protestants ne faisant autre chose par leurs symboliques positives et négatives que renouveler les erreurs des hérétiques qui les ont précédés, il s'ensuit que la doctrine de l'Église actuelle n'est pas autre que n'était celle de l'Église des temps précédents. On prouve ainsi que l'altération ou le changement de la foi et de la doctrine n'est pas du côté de l'Église, comme le veulent nos docteurs d'Oxford, mais tout simplement du côté du protestantisme, et par là même de l'Église anglicane dont ils font partie.
N'avons-nous pas après cela raison de reprocher aux protestants leur crasse ignorance par rapport à l'idée qu'ils se forment de la manière dont nous entendons la tradition ? Mais tout ne se borne pas là : leur ignorance se trahit encore en ce qu'ils confondent l'objet de la tradition, savoir les vérités transmises, avec les moyens par lesquels ces vérités parviennent jusqu'à nous. Ce n'est que dans un sens large et figuré que l'on peut appeler tradition ces moyens, de même que ce n'est que dans un sens large qu'on appelle testament l'acte notarié où sont consignées les dernières volontés de quelqu'un , puisque, à parler à la rigueur, le testament de cette personne, ce sont ses dernières volontés mêmes. Ainsi, la tradition ne consiste ni dans les Pères, ni dans les conciles, ni dans les liturgies, ni dans d'autres documents semblables ; mais les Pères et le reste que nous venons de dire ne sont que les instruments , que les canaux , que les moyens enfin , par lesquels nous parvient ou nous est connue la tradition, c'est-à-dire les vérités de foi admises et professées de tout temps par l'Église. A l'aide de ces notions ainsi rectifiées, on voit plus clairement et on se convainc davantage que la tradition n'est autre chose au fond que l'enseignement de l'Église même, ou les vérités qu'elle enseigne.
De là on doit inférer que, lorsque les Pères opposaient aux innovations des hérétiques l'enseignement actuel et la doctrine actuelle de l'Église, ils ne leur
opposaient ni plus ni moins que la tradition, et par là ils rendaient un témoignage solennel à la tradition même : observation qui s'applique également aux autres moyens de tradition que nous venons de rappeler. Mais nous avons nommé les Pères de préférence, pour faire voir avec quelle connaissance de cause les docteurs d'Oxford nous ont objecté quelques-uns de leurs témoignages détachés par-ci par-là contre la tradition de l'Église catholique : témoignages qui prouvent simplement que les Pères ont rejeté certains écrits apocryphes, ou certaines traditions secrètes vantées par les gnostiques ; ou que, pour tenir compte des dispositions de leurs adversaires, ils se contentaient quelquefois de leur opposer les Écritures sans avoir besoin de faire recours à d'autres preuves ; ou qu'ils avaient quelque autre fin particulière en vue; outre qu'il y a de ces passages des Pères que les docteurs d'Oxford nous objectent sans ombre de raison, ou par pure mauvaise foi (1).
Le véritable sentiment des Pères par rapport à la tradition doit se conclure de l'ensemble de leur doctrine , de la méthode qu'ils ont suivie pour combattre les novateurs de tous les temps , du système entier de leurs écrits et de leur conduite même, et non de quelques termes ambigus pris çà et là et détachés du
(1) Ces passages se trouvent discutés dans les Prxlectiones theolog. de l'auteur, foc, cit.
contexte à dessein, sans le détail des circonstances de lieu, de temps et d'objet qui les expliquent. Les présenter ainsi, ce serait les mettre sous un point de vue étroit, mesquin, sophistique. Mais portons dans cette étude des Pères des vues plus larges, des vues grandes, générales , nous verrons précisément sur ce sujet qu'ils sont unanimes à exalter l'autorité de l'Eglise, à opposer ses croyances, son enseignement public de leur temps , à toutes les assertions ou négations des hérétiques contemporains, et que c'est par cette méthode qu'ils ont constamment triomphé des hérésies. Or, qu'est-ce que cela, sinon proclamer le principe de. la tradition, et la règle de foi fondée sur elle (1) ?
Les deux Pères de l'Église en effet qui ont les premiers proclamé la tradition en termes formels, et Font opposée comme un principe ferme et inébranlable à tous les hérétiques passés, présents et futurs, saint Jrénée et Tertullien, qu'ont-ils fait valoir autre chose
(1) En effet, à l'époque où S. Irénée et Tertullien rappelaient avec tant de fermeté les hérétiques à la tradition de l'Église, les écrits des Pères étaient bien peu nombreux. En les rappelant à la tradition, c'était donc comme s'ils les eussent rappelés à l'enseignement de l'Église. A plus forte raison devrions-nous dire la même chose au sujet de saint Ignace cité par Eusèbe, 1. ni, c. xxxvi, et de saint Polycarpe [ad Philipp., c. vu), qui en appellent tous les deux à la tradition en confirmation de leur doctrine. Ce point a été très bien traité par Neercassel, Bossuet, Bergier et Klappel.
contre les hérésies qu'ils avaient en vue, que la doctrine traditionnelle et le véritable enseignement de l'Église? Les cinq livres de saint Irénée Contre les hérésies , et celui des Prescriptions de Tertullien contre les hérétiques, sont des monuments impérissables qui, de siècle en siècle, accableront les hérétiques de toutes sectes et leurs erreurs avec eux, et sans autres armes que celles de la tradition contenue dans l'enseignement de l'Église. Tertullien donne pour défi aux hérétiques de son temps, et dans leurs personnes aux hérétiques futurs, l'enseignement des Églises apostoliques, c'est-à-dire des Églises fondées par les apôtres, et de celles qui, quoique fondées depuis eux, étaient en communion avec les premières, et spécialement avec l'Église de Rome (1). Mais saint Irénée, dont ce livre des Prescriptions de Tertullien n'est en
(1) Tertullien, dans son livre des Prescriptions, commence au chapitre xv à prouver sa première prescription contre les hérétiques, savoir, qu'ils ne sont pas recevables à nous opposer les Écritures. Il continue à traiter le même sujet jusqu'au chapitre XX, où il établit, pour seconde prescription, qu'on doit s'en tenir à la foi qui a été enseignée par Jésus-Christ à ses apôtres, et par eux aux Églises qu'ils ont fondées, et qui se maintient par le moyen delà tradition. Voici ses paroles : Dehinc in orbem profecti [apostoli) eamdem doctrinam ejusdem fidei ,'h'rfionibus promulgaverunt , et proindè Ecclesias apud unam- (fitumque civitatem condiderunt , à quïbus traducem fidei et semina doctrines cxterse exinde Ecclesix mutualx sunt, et quotidiè mutuantur ut Ecctesise fiant. Dans les chapitres qui viennent après, il développe admirablement cette doctrine.
son entier que la pensée originaire pleinement développée, exprime la même idée encore plus clairement, en présentant l'Église de Rome comme l'organe principal, et comme le centre conservateur de l'unité et de l'enseignement ecclésiastique et traditionnel; il fait voir l'indispensable nécessité pour tous les fidèles du monde de s'en tenir à sa doctrine et à sa communion, sous peine de ne plus faire partie de l'Église de Jésus-Christ (1). C'est vainement que Grabe, Fell et tous les autres ennemis de l'Église romaine et de l'enseignement traditionnel, jusqu'à Shuttleworth, ont tenté d'éluder la force de ce témoignage par mille arguties et mille subtilités, et disonsle aussi, par des interprétations ridicules et forcées (2).
Tenons donc pour certain que l'enseignement journalier et toujours vivant de l'Église est une même chose avec la tradition prise dans son sens formel , pour les vérités enseignées de vive voix par les apôtres , même avant qu'il y eût un seul livre écrit de tout le Nouveau Testament. Tenons pour certain que la tradition s'est propagée d'âge en âge avec l'Église elle-même. Tenons pour certain que la tradition ne doit pas être confondue avec les moyens ou
(1) Lib. nr, cont. hœres., c. ni.
(2) Voir Massuet, Diss. prœlim. ni, De doctrina sancii Irenxi. Mais nous en parlerons plus au long dans la suite.
les instruments qui ont aidé à sa propagation et qui aident encore à la connaître pour les temps passés où était en vigueur cette tradition même. Tenons pour certain que détruire la tradition, ce serait détruire le vrai christianisme. Tenons pour certain enfin que les docteurs d'Oxford, ainsi que leurs adhérents, n'ont pas connu ni voulu connaître la tradition, qu'ils attaquaient et repoussaient.
Pour en venir maintenant à l'application, il est aisé de prouver que la règle de foi de l'Église catholique est celle qui s'appuie sur toute la parole révélée de Dieu, c'est-à-dire tant sur sa parole écrite que sur sa parole traditionnelle. En effet, si la véritable règle de foi doit comprendre toutes les vérités que Dieu nous a révélées et qu'il nous propose à croire , il est évident que si ces vérités ne se trouvent pas toutes renfermées dans la sainte Bible, elles doivent nécessairement se retrouver dans la tradition divine, c'està-dire faire partie de cet enseignement qui s'est transmis de bouche en bouche, et que nous appelons oral ou acromatique : enseignement qui dès son origine avait reçu toute sa perfection ; enseignement antérieur aux livres saints, et qui suffit à lui seul pour former l'Église et la diriger pendant plusieurs années. Pour prouver que cela n'est pas, les protestants auraient besoin de démontrer que toutes les vérités déjà contenues dans ce saint dépôt, et dans renseignement oral commencé avec les apôtres et
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continué depuis leur mort , ont été consignées par écrit. Or, c'est ce que, avec leur système et leur règle, les protestants ne démontreront jamais, et ne pourront jamais démontrer. Pour y parvenir, il leur faudrait avoir à produire quelque texte clair et décisif qui en fît la déclaration expresse, puisqu'ils veulent avoir pour unique règle la Bible seule et toute la Bible; mais c'est bien vainement qu'ils chercheraient dans toute la Bible un pareil texte : donc les protestants ne démontrent pas et sont dans l'impuissance de démontrer que toutes les vérités révélées de Dieu soient renfermées dans l'Écriture, ou qu'on y trouve enregistrées toutes les vérités sans exception que les apôtres ont enseignées de vive voix à l'Église indépendamment des livres saints.
Je pourrais ajouter que, supposé même , quoiqu'il n'en soit rien, que les protestants pussent produire un texte semblable, ils n'auraient pas pour cela gagné leur cause , puisqu'un nouveau texte leur deviendrait alors nécessaire pour les assurer que celui qu'ils produiraient ferait partie authentique de l'Écriture sainte, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. Mais si les protestants - ne peuvent alléguer aucun texte qui affirme ce qu'ils voudraient, les catholiques au contraire leur en opposent plus d'un où il est dit ouvertement que l'Écriture ne contient pas tout l'enseignement oral. C'est un passage fameux que celui où l'apôtre recommande aux fidèles de Thessalonique
de tenir aux traditions qu'ils avaient reçues de lui, tant de vive voix que par écrit (1). On a observé avec justesse sur ce passage que non-seulement l'apôtre distingue la tradition orale de la tradition écrite, mais que de plus il attribue à l'une et à l'autre la même autorité, la même valeur. C'est un texte connu que celui où le même apôtre recommandait à Timothée de garder le dépôt qu'il lui avait confié (2) ; et il est hors de doute que l'apôtre en parlant ainsi ne faisait pas allusion à la Bible , qui n'était pas même achevée à cette époque, mais seulement à la doctrine qu'il lui avait enseignée, en l'avertissant, immédiatement après les paroles que nous venons de citer, que quelques-uns s'étaient éloignés de lui, et entre autres Phigelle et Hermogènes ; et immédiatement avant, il lui avait recommandé de prendre pour modèle les saines instructions qu'il avait reçues de lui par la foi. Ce sont des passages connus que ceux des épîtres de saint Jean où cet apôtre déclarait ne vouloir pas confier au papier quelques-unes de ses instructions , qu'il se réservait de donner de vive voix (&).
Qu'on ne dise pas qu'au moins se trouvent dans la Bible les vérités nécessaires ; car ce serait encore là
(2) n Thess. il, 14.
Il) II Tim. i, 14.
(I) II Joan. xii ; III Joan. xm.
une allégation que les protestants ne sauraient justifier avec leur règle bornée à la seule Bible, puisque la Bible n'en parle pas. Et puis, ce ne serait après tout qu'une misérable équivoque, puisque, si l'on entendait par ces vérités nécessaires à connaître et à croire celles-là seulement qui sont indispensables au salut, et qu'on ne saurait ignorer sans se rendre coupable, on pourrait alors faire disparaître de la symbolique protestante bien des vérités qui effectivement peuvent être ignorées sans préjudice du salut, et que pour cette raison on n'est pas obligé de croire explicitement. Que si par ces vérités nécessaires à savoir et à croire on entend toutes celles qu'il a plu à Dieu de nous révéler et de nous proposer à croire lorsqu'elles viennent à notre connaissance, il n'y a pas un seul article dans toute la révélation qu'il ne soit nécessaire de croire dans ce dernier sens.
Si donc les vérités révélées ne sont pas toutes renfermées dans la Bible seule, mais se trouvent aussi dans la tradition ; si de plus toutes les vérités sont contenues dans la tradition, et qu'il n'y en ait qu'une partie qui soit contenue dans la Bible, il est évident que la véritable règle de foi est celle qui s'appuie en même temps sur l'Écriture et sur la tradition ; et telle est, à l'exclusion de toutes les autres, la règle de l'Église catholique, fondée sur toute la parole de Dieu, écrite et traditionnelle. J'ai dit : la règle de
l'Église catholique à l'exclusion de toutes les mitres , parce qu'il n'y a que cette Église qui puisse avoir une pareille règle, étant la seule qui n'ait pas souffert d'interruption dans sa durée, ni par conséquent clans son enseignement, par la chaîne continue qu'elle offre de ses pasteurs depuis les apôtres dans tout le cours des âges : avantage que ne saurait avoir toute autre communion séparée d'elle, puisqu'il n'en est aucune dont on ne puisse fixer le commencement et indiquer l'origine. Et voilà le motif de cette aversion vraiment native que toutes les sectes ont pour la tradition. Il n'y en pas une qui ne l'abhorre , parce que chacune d'elles sait et sent qu'elle en est privée, comme ces filets d'eau qui, coupés et séparés de la source, se changent en eau putride et boueuse , sans plus recevoir l'eau vive qui continue à couler dans son lit principal (1).
(1) Déjà saint Irénée reprochait aux gnostiques l'horreur qu'ils avaient de la tradition, ou de la doctrine propagée dans toutes les Églises apostoliques. Nous retrouvons le même sentiment anti- traditionnel dans les ariens. Saint Basile écrivait d'eux, dans son livre De Spiritu Scmcto, c. x : Id qnod impugnatur fides est, isque scopus est commuvis omnibus adrersariis et sanx doctrinœ inimicis, ut solidUatem fidei in Chrislum concutiant, apostolicam traditionem solo /equandam abolendo. Saint Augustin, Cont. Maximin., 1. n, c. xxvu, fait parler ainsi l'arien Maximin : Si quid de dirinis protulerh quod commune, est ewn omnibus necesse est vt audiamus. Ha> rero roces, qute extra ScripUiram s/n/t, nullo casît a nobis
Après cela, les protestants n'excitent-ils pas la pitié, lorsqu'ils demandent de chacun de nos articles de croyance qu'on le leur montre clairement contenu dans la Bible, et qu'à moins de l'y trouver écrit en toutes lettres, ils l'effacent du symbole comme si ce n'était qu'une invention humaine, tandis qu'au contraire ils devraient eux-mêmes prouver la Bible par la tradition? Plus on examine le protestantisme, plus on s'en démontre à soi-même la nullité, la témérité, l'exravagance , et tout l'amas des contradictions qu'il renferme. On acquiert alors la preuve que l'hérésie est un cadavre que la science qui en fait l'autopsie chercherait vainement à galvaniser; le scalpel n'y rencontre partout que lésion, que désorganisation, que principe de mort. Tenez pour sûr que, s'il n'y avait un intérêt terrestre pour la soutenir au moins matériellement , et des passions pour l'alimenter de nouveau, depuis longtemps il en serait disparu jusqu'à la trace. On acquiert l'expérience qu'autre chose est la science, et autre chose la foi,
suscipiuntur. Prœiereà, cum ipse Dominus moneai nos, et dicat: Sine causa, colunt me, docentes mandata et prsecepta hominuyn. N'est-ce pas là aussi le langage des protestants ? Le même saint docteur rapporte de Pelage [De nature et gratiâ, c. xxxix] qu'il disait : Credamus igitur quod legimus, et qnod non legimus, ne/as credamus adstruere. On peut voir d'autres passages semblables cités dans Mœhler [Symbolique, t, n, p. 50).
puisqu'on ne peut nier qu'il n'y ait eu et qu'il n'y ait encore aujourd'hui dans les diverses communions protestantes des hommes distingués pour la doctrine sous tous les rapports, et qui pourtant n'ont pas découvert jusqu'ici ce qu'en toute autre matière ils apercevraient au premier coup d'œil, en s' étonnant même qu'il puisse venir à l'esprit d'hommes raisonnables un système si monstrueux et si incohérent. Tant il est vrai que, si la science peut s'acquérir par le travail de l'homme, la foi est un don tout gratuit que Dieu n'accorde qu'aux humbles, et aux humbles qui le demandent par la prière.
Au surplus, la règle de foi catholique ayant été pratiquée dans tous les siècles, c'est-à-dire depuis les apôtres jusqu'à nous, ainsi que nous l'avons démontré invinciblement , il suit de là , conformément à ce que nous avons entrepris de prouver, que c'est la seule règle qui ait pour fondement et pour objet toute la parole révélée de Dieu. La règle protestante ayant été au contraire constamment rejetée par toute l' antiquité ecclésiastique, comme souverainement favorable à l'hérésie, comme le manteau dont aiment à se couvrir tous les novateurs qui ont jamais existé pour détruire la vraie foi à l'aide d'un masque hypocrite, comme le bouclier dont s'est constamment armé l'orgueil pour combattre contre l'Église avec moins de danger, il suit de là pareillement qu'on ne peut en aucune manière la considérer comme venant de Dieu,
et qu'elle n'a plutôt jamais eu d'autre but que de démolir, s'il était possible, l'édifice construit par la divine sagesse, en abusant de la Bible, c'est-à-dire de l'œuvre même de Dieu, pour combattre l'œuvre de Dieu (1).
(1) Il est bon de rapporter ici des paroles de Tertullien qui viennent tout-à-fait à notre sujet : « Ergo non ad Scripturas « provocandum est, nec in his constituendnm est certamen, in « quibus aut nulla, aut incerta Victoria est, aut parùm certa. « Nam etsi non ità evaderet collatio Scripturarum, ut utramque « partem parem sisteret, ordo rerum desiderabat illud priùs « proponi quod nunc disputandum est : quibus competat Mes « ipsa; cujus sint Scripturse; a quo, et per quos, et quandô, et « quibus sit tradita disciplina, quâ fiunt christiani. Ubi enim " apparuerit esse veritatem disciplinée et fidei christianœ, illic « erit veritas Scripturarum, et expositionum, et omnium tradi- « tionum christianarum. » De Prxscript., c. xix. Il ne faut donc pas en appeler aux Écritures, ni hasarder un combat où la victoire sera toujours incertaine, ou du moins le paraîtra. Mais quand même ce ne serait point là l'issue de toutes les disputes sur l'Écriture, l'ordre des choses demanderait encore qu'on commençât par examiner à qui appartiennent les Écritures et la foi ; par qui, quand et à qui a été donnée la doctrine qui fait les chrétiens. Car, là où nous verrons la vraie foi, là indubitablement se trouvent aussi les vraies Écritures, les vraies interprétations, les vraies traditions chrétiennes. [Bibliothèque choisie des Pères de l'Église , t. iv, p. 88-89, par M. N.-S. Guillon.)
ARTICLE III
La règle catholique, considérée au point de vue biblique, est la seule qui garantisse à la Bible son divin caractère, sa sainteté et sa dignité.
Notion de l'inspiration de l'Écriture. — Le fait de l'inspiration des livres saints ne peut être certifié que par l'Église catholique. — Diverses hypothèses imaginées par les protestants pour rendre raison de l'inspiration des livres saints. — Toutes ces hypothèses sont vaines. — Les protestants ne peuvent, d'après leur règle, alléguer aucun texte biblique pour prouver l'inspiration de l'Écriture. — Inconvénients où sont tombés Turretin et Michaëlis , en voulant prouver l'inspiration des livres du Nouveau Testament. — Les rationalistes ont fini, en suivant la règle protestante, par rejeter toute inspiration divine. — Parti désespéré qu'ils ont pris sur cet article. — On ne saurait prouver que par l'autorité de l'Église l'inspiration des livres saints. — Analyse du procédé mis en œuvre pour prouver cette inspiration. — Double témoignage rendu par l'Eglise aux livres saints : — témoignage nécessaire en tout temps. — C'est contre toute raison que les protestants nous accusent de commettre, en usant de ce procédé, une pétition de principe ou un cercle vicieux. — Combien les sentiments qu'éprouve le catholique pour les livres saints, en les recevant de l'Eglise, diffèrent de ceux du protestant, qui les dégrade, les mutile, les détruit en vertu de sa règle de foi.
Il n'est plus question ici du canon ni du nombre des livres qui le composent, puisque nous en avons suffisamment parlé dans notre première partie, mais uniquement du caractère divin de ces livres, de leur
sainteté et de leur dignité. La divinité du caractère de ces livres, appelés la Bible dans leur ensemble, dépend de la divinité de leur inspiration. S'ils ne sont que le produit de l'esprit humain et de la sagesse de l'homme, il est évident qu'ils perdent la dignité comme la qualité de livres saints, ou de livres divins, et par conséquent, comme nous l'avons dit ailleurs, toute autorité divine, qu'ils retiennent au contraire et conservent pleinement si nous pouvons obtenir la certitude qu'ils soient divinement inspirés. Or, c'est de cette certitude absolue, de cette assurance exempte de doute sur un article si important, que j'affirme que l'Église catholique peut seule nous la donner, et qu'ainsi, par une conséquence nécessaire, il n'y a que l'Église qui garantisse à la Bible son divin caractère, sa sainteté et sa dignité. C'est ce que je vais démontrer par toute sorte d'arguments pris de la nature même de la chose, de la règle catholique, de la règle protestante au point de vue tant positif que négatif, et du fait comme du droit , après avoir mis en avant quelques notions relatives à l'inspiration ou au sujet même que nous avons à traiter.
Quoique les auteurs mêmes catholiques ne s'accordent pas pleinement entre eux sur la portée de ce mot inspiration, que les uns étendent jusqu'à chaque parole de l'Écriture, tandis que les autres la restreignent aux choses mêmes et aux pensées, tous cependant conviennent d'un commun accord que telle doit
avoir été l'action surnaturelle de Dieu sur les écrivains sacrés, qu'on puisse et qu'on doive dire que c'est Dieu qui est l'auteur de ces livres, suivant l'expression du concile de Trente (1). Pour donner une notion plus exacte de cette action surnaturelle qui fait qu'on peut à bon droit appeler ces livres divins, la plupart des théologiens enseignent de concert que Dieu assiste tellement les écrivains sacrés, que c'est lui qui leur donne la pensée d'écrire, qui les éclaire ensuite de ses lumières pour les préserver de toute erreur, et qui les dirige de manière à ce qu'ils écrivent tout ce qu'il a en vue, et rien de plus. Nous devons avertir, en outre, de ne pas confondre la révélation avec l'in-
(1) Section rv. Voici les paroles de ce concile : Omîtes libros tam Veterls qnam Novi Testamenti, cum utriusque mais Deus sit auctor [sancta synodus), suscipit ac veneratur. Cette expression : Cum utriusque Testamenti librorum unus sit Deus auctor, avait été employée avant le concile de Trente, par Eugène IV, dans son décret adressé aux jacobites; et ce pape lui-même l'avait prise dans le pontifical romain, où le prélat ordonnateur ou consécrateur dit à l'ordinand : Credis etiam Novi et Veterls Testamenti, legis et prophetarum et apostolorum anum esse auctorem Deum ac Dominum omnipotentem ? Et celui qui doit être ordonné ou consacré répond : Credo. Cette profession est très ancienne , comme ayant pour objet de réprouver les erreurs des marcionites et des manichéens, qui enseignaient que le Démiurge était l'auteur de la loi et l'inspirateur des prophètes, et rejetaient, en conséquence, tous les livres du Vieux Testament. Ce pontifical remonte jusqu'au Ve siècle de l'Église. Et voilà comme tout se tient dans l'Église ffltholique.
spiration, l'une de ces deux choses pouvant avoir lieu sans l'autre. Ainsi un auteur non inspiré peut rapporter une révélation , une divination ou une prophétie, par exemple, ou quelque mystère au-dessus de la raison humaine. Dans ces cas, il y aurait révélation sans inspiration.
Après avoir ainsi déterminé la notion de l'inspiration divine dont nous avons à parler, nous allons prouver notre proposition d'abord par la nature de la chose en elle-même. Que Dieu ait exercé ou non une action surnaturelle sur les écrivains sacrés, qu'il leur ait inspiré ou non ce qu'ils ont fait entrer dans leurs écrits, c'est là une question de fait. Or, le fait ne peut se prouver que par le témoignage ou la déposition de ceux qui en ont connaissance. Qui donc nous attestera, ou pourra nous attester un fait d'une si haute importance, de manière à ne nous en laisser aucun doute, et nous l'attester comme article de foi ? Qu'on imagine toutes les hypothèses possibles, et on verra qu'il n'y a que l'Église qui puisse fournir un témoignage de cette espèce.
Parcourons brièvement ces hypothèses l'une après l'autre, et nous allons nous en convaincre jusqu'à l'évidence. Ce ne sont pas les écrivains sacrés euxmêmes qui nous rendront ce témoignage, puisqu'il peut fort bien arriver qu'ils aient été sans le savoir sous l'influence de l'inspiration divine, comme cela arrive en ceux qui font le bien surnaturel sous l'm-
fluence de la grâce : ils peuvent bien avoir été assurés que c'était Dieu qui leur parlait, comme Font été Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, les prophètes et d'autres encore ; mais ils n'ont pas été toujours certains, et peut-être même ne l'ont-ils été jamais, qu'ils écrivissent ces révélations mêmes, et moins encore les instructions morales ou historiques que contiennent leurs livres, sous l'inspiration de Dieu, qui est une chose trop imperceptible à l'esprit humain, à moins que cela même ne leur ait été expressément révélé. Ce n'est pas non plus la nature des choses contenues dans ces livres qui nous prouvera qu'ils sont inspirés ; car s'ils contiennent, par exemple, des prophéties, ou des miracles, ou des mystères au-dessus de la raison humaine, toutes ces choses rendent, il est vrai, évidemment croyable la religion soutenue par de tels appuis ; mais ne prouveront pas encore , ainsi que nous l'avons observé plus haut, que le livre qui les rapporte ait été écrit sous l'inspiration divine. Mais si ce livre ne traite que d'instructions morales, ou de récits historiques que l'écrivain aurait absolument parlant pu savoir ou composer par sa propre sagacité ou son esprit naturel, on pourrait encore bien moins en arguer une action divine. Or, beaucoup de livres, soit du Vieux Testament, soit du Nouveau, ne présentent pas d'autre caractère.
Ce ne sera pas non plus le style qui pourra fournir un témoignage suffisant; car, outre que c'est une
chose purement accessoire, ce style varie presque d'un livre à l'autre, et sert même à distinguer les écrivains entre eux, et à marquer leurs différents degrés de culture, comme peut s'en assurer sans peine quiconque veut en faire l'essai. Je laisse de côté les difficultés intrinsèques que peuvent de plus présenter ces livres, soit par leurs antilogies apparentes, soit par leurs indications de dates, soit par la nature des sources où leurs auteurs ont puisé : difficultés dont nous avons parlé ailleurs, et qui ont fourni aux rationalistes une ample moisson d'arguments pour refuser cette inspiration même aux livres saints (1).
Ce ne sera pas l'Écriture elle-même qui nous attestera qu'elle est inspirée, soit parce que ce serait tourner dans un cercle, en supposant certaine l'inspiration de l'Écriture dans le moment où il s'agit de prouver son inspiration ; soit aussi parce que les passages qu'on a coutume d'alléguer pour prouver cette inspiration divine ne s'appliquent par eux-mêmes qu'à quelques-uns des livres qui composent la Bible. En effet, le passage où l'apôtre saint Paul affirme que
(1) Il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à lire sur ce sujet les prolégomènes mis en tête de chaque livre par les deux Rosenmtjller, ceux de Kuinoel, les ouvrages de Bauer, de Lardner, et d'autres semblables ; mais, par-dessus tous les autres, Wegscheider a ramassé toutes les difficultés des rationalistes contre l'inspiration divine des livres saints, dans ses Instit. fkeol. christ., § 42 et 43.
toute l'Écriture divinement inspirée est utile pour instruire, pour reprendre, pour corriger et pour conduire à la justice (1), est trop vague, et ne nous dit pas quelle est cette Écriture, ni quels sont les livres qui la contiennent ou quelles en sont les parties : il résulte même clairement du contexte que l'apôtre n'y parle que du Vieux Testament, en louant Timothée de ce qu'il s'y était instruit dès son enfance (2), dans un temps où peut-être pas un seul livre du Nouveau Testament n'était composé. On doit raisonner de même de cet autre passage, tiré des épîtres de saint Pierre, qu'on a coutume d'alléguer, et où cet apôtre déclare que ce n'est point par la volonté des hommes, mais par le mouvement du Saint-Esprit, que les saints hommes de Dieu ont parlé (3) , puisqu'il n'y parle que des livres, ou même que des saints personnages de l'Ancien Testament, et qu'il ne fait mention que de leurs prophéties, sans expliquer dans quels livres et dans combien de livres elles peuvent être contenues. Et pourtant ce sont là les seuls textes péremptoires qu'on puisse alléguer pour prouver l'inspiration des livres sacrés, tous les autres étant beaucoup plus vagues et encore moins concluants, comme par exemple cette manière de parler : afin que ÏÉ-
(1) II Tim. m, 16.
(2) II Ibid. v, 15,
(3) II Petr. I, 21.
criture soit accomplie, et d'autres semblables. Je ne parle pas des différentes interprétations de ces deux passages données en grand nombre par les protestants eux-mêmes ou par les rationalistes, et d'où il faudrait conclure qu'il y est question de toute autre chose que d'inspiration proprement dite (1). Gomment donc prouver par les textes bibliques l'inspiration des livres du Nouveau Testament, lorsqu'on ne saurait trouver ces textes mêmes ?
Peut-être qu'on aura recours avec Turretin et Michaëlis, comme à la dernière planche pour se sauver du naufrage, aux promesses que le Sauveur fit aux apôtres de les assister et de les rendre les organes de F Esprit-Saint, ainsi que nous l'avons vu dans la première partie de cet ouvrage. Mais, outre qu'il serait très difficile et peu sûr de fonder une conclusion de ce genre sur ces promesses , à cause des exceptions presque sans nombre auxquelles elles sont sujettes et qu'on pourrait y trouver, il s'ensuivrait de toute nécessité l'un ou l'autre de ces deux graves inconvénients, savoir : ou d'éliminer du nombre des livres saints deux Évangiles qui n'ont pas des apôtres pour auteurs, mais seulement deux de leurs disciples, et de même les Actes des apôtres, et aussi, s'il faut en
(1) Nous avons déjà rapporté, dans notre première partie, les explications données de ces textes par divers protestants anciens et modernes.
croire Michaëlis lui-même, l'épîtreaux Hébreux, celle de saint Jacques et quelques autres (1) : ce qui serait contredire directement le sentiment général de tous les chrétiens, y compris les protestants de toutes sectes, qui tiennent unanimement pour canoniques et par là même pour divinement inspirés tous les livres que nous venons de dire ; ou, si les promesses de Jésus-Christ ne doivent pas se restreindre aux seuls apôtres chargés, soit d'enseigner, soit d'écrire, mais s'étendre aussi à leurs disciples immédiats, on s'en va heurter de front contre l'autre inconvénient, qui serait d'admettre comme livres inspirés une foule d'écrits que l'antiquité ecclésiastique a exclus de ce nombre aussi
(1) Inlrod., t. 1, p. 129-145; m, 281-285. Voir, sur cette opinion de Michaëlis, Y Essai d'une introd. au Nouv. Testament, par Cellérier, Genève, 1823, p. 380 et suiv., où l'auteur réfute avec Hug une telle opinion. Cette réfutation, toutefois, ne me paraît pas solide, comme ne s' appuyant en grande partie que sur de faibles conjectures , telles en particulier que celle-ci : qu'il est probable que les apôtres ont communiqué à ces deux disciples, saint Marc et saint Luc, les dons surnaturels dont ceux-ci avaient besoin. Mais il ne s'agit pas ici de probabilité, il s'agit de certitude ; et il ne s'agit pas non plus de simples dons surnaturels, mais d'inspiration d'écrivain sacré, ce qui demande l'action immédiate de Dieu même. Si les apôtres avaient pu communiquer à leurs disciples le don de l'inspiration, comment prouvera-t-on qu'ils ne l'eussent pas également communiqué à d'autres qu'à saint Luc et à saint Marc, à saint Barnabe, par exemple , à Hermas, et à d'autres hommes de ce mérite. Je passe sous silence les autres conjectures, qui n'ont pas plus de force q\ie celle-là.
bien que l'Église des temps modernes. Tels sont la lettre du pape saint Clément, le Pasteur d'Hermas, et peut-être encore la lettre de saint Barnabe, pour ne rien dire des autres.
Les protestants ne sauraient non plus s'assurer le moins du monde de l'inspiration des livres saints par certaine propriété inhérente à ces livres, ou certaine qualité intime qu'ils appellent goût. Hypothèse absurde , déjà réfutée dans la première partie de cet ouvrage, et qui n'offre rien que de relatif, de subjectif et de tout-à-fait incertain. Hypothèse ou abandonnée, ou jetée aux antiquailles par la généralité des protestants, si l'on fait exception de quelques piétistes fanatiques (1). Hypothèse qui justifierait le
(1) Turretin, ouvr. cité, q. vi, § 2, a aussi recours à ce prétendu goût, à défaut de mieux, pour prouver la divinité de l'Écriture. Ut objecta sensuum facultatibus benè dispositis applicata, écrit-il, dijudicantur statïm et cognoscuntur, absque ullo alto argumento externo , propter arcanam proportionem et propensionem facultatif ad objectum ; lux proprio splendore, gibus propriâ dulcedine, odor propriâ fragrantiâ, etiàm, nemine testante, statïm à nobis cognoscitur certissimè; ità Scriptura, quse nobis respectu nom hominis et sensuum spiritîiatium.... per se ipsamà novl hominis sensibus statïm atque Mis objicitur, facile internoscitur , et propriâ luce, suavitate et situai* cognoscendam se prxbet, nihil ut opus sit argumentum aliundè quxrere, qux hoc esse lucem, vel cibum, vel bonum odorem doceant. Après cela, disons que Luther avait les sens obtus par rapport aux livres deutero-canoniques du Nouveau Testament, puisqu'il ne les reconnaissait pas pour divins, et que
goût qu'ont ou croient éprouver les musulmans pour le Coran, et les infidèles de l'Inde et du Japon pour leurs livres sacrés.
Ce ne sera pas non plus la critique monumentale, ou qui s'appuie sur les monuments de l'antiquité, qui nous attestera l'inspiration des livres saints, et cela pour plus d'une raison. La première, c'est que ces monuments sont disparates et sans accord entre eux, attendu qu'il y en a de sectes très anciennes, qui jamais ne se sont accordées ni entre elles ni avec l'Église catholique pour reconnaître l'inspiration de plusieurs livres exclus par elles de la liste des livres sacrés (1). Or, si vous faites abstraction de l'autorité de l'Église
Turretin à son tour avait de même ses sens en défaut par rapport aux livres deutero -canoniques de l'Ancien Testament. Dans quelles inepties on s'expose à tomber, quand on est sorti de la bonne voie !
(1) C'est un fait notoire que les anciens hérétiques ne s'accordèrent jamais sur les livres à tenir pour inspirés. Les gnostiques n'admirent jamais comme tels les livres de l'Ancien Testament ; et par rapport au Nouveau, ils rejetaient tantôt un Évangile, tantôt l'autre, tantôt quelques épîtres, tantôt toutes les épîtres de saint Paul, et ainsi du reste. Il y eut des Pères à admettie comme divins certains écrits que personne ne regarde aujourd'hui comme tels. Telle était l'opinion qu'avaient, entre autres, saint Irénée, Tertullien, Clément d'Alexandrie, de la lettre de saint Barnabe, du Pasteur d'Hermas, et de quelques autres livres. Nous avons fourni (c'est l'auteur qui parle) les preuves de ces faits dans nos Prxlectiones theoloy., au traité De locis theolog., part, ii, c. i, aussi bien que dans la première partie de cet ouvrage, où nous avons déjà touché ce point.
catholique, qui les condamna, le témoignage de ces sectes a la même valeur que celui de tout autre , soit écrivain, soit Église particulière. L'hérésie n'est qu'une opposition du jugement privé à l'autorité légitime; et par conséquent, si vous supprimez l'autorité, l'hérésie n'est plus possible, et il ne reste plus que diversité d'opinions. Or , tel est le système du protestantisme. Il suit de là que les protestants doivent tenir également compte, et des documents qui nous viennent des anciens Pères, et de ceux qui nous restent des anciens hérétiques : mais ces documents s'annullent les uns les autres ; on ne peut donc en tirer aucune conséquence. Une autre raison, c'est que les Pères pas plus que les Églises particulières ne s'accordent sur le nombre des livres sacrés, aussi bien de l'Ancien que du Nouveau Testament. Nous en trouvons la preuve, non-seulement dans la distinction établie entre des livres proto-canoniques et d'autres deutero-canoniques pour l'Ancien comme pour le Nouveau Testament , mais dans les canons particuliers, qui pèchent tantôt par excès et tantôt par défaut ; enfin, dans l'usage que font les Pères les plus anciens de tels ou tels livres, qu'ils citent comme Écritures divines et par conséquent inspirées, et qui sont aujourd'hui généralement rejetés ou comme apocryphes, ou comme non canoniques (1).
(lj De 131 canons recueillis par Mgr Malou, parmi les ou-»
Cette même vérité se trouve confirmée par l'observation de ce qui se passe parmi ceux des protestants qui s'exercent à la critique scientifique, et qui ne s'accordent nullement entre eux par rapport aux livres inspirés; en même temps que les rationalistes modernes sont venus à leur tour exclure même toute inspiration de tous ces livres sans exception, prétendant que c'est là une notion qui nous vient des peuples barbares à leur état d'enfance et de grossièreté native (1). Au reste, la Bible n'est pour eux que le produit de la raison humaine élevée à un haut degré de puissance dans des hommes doués d'un génie extraordinaire, et suscités de temps à autre par la divine Providence pour faire progresser le principe moral, politique et religieux. Car, disent-ils, Dieu est après tout le principe de tout le bien qui est dans l'homme, ou qui vient de l'homme. C'est de cette manière, et non d'une autre, que doit s'entendre l'inspiration divine des livres sacrés (2). Lesprophé-
vrages des Pères, les actes des conciles et les monuments des Églises particulières, si vous en exceptez environ 57, qui répètent le canon de l'Église romaine , il n'y en a peut-être pas un qui ne pèche par excès ou par défaut, ou qui s'accorde pleinement avec un autre. Il suffira, pour s'en assurer, de jeter les yeux sur la table synoptique de l'illustre auteur, dans son ouvrage cité, Lecture de la sainte Bible, t. u, p. 120 et suiv.
(1) Ainsi parle Wegscheiber, ouvr. cité, § 41.
(2) Sur ce point s'accordent : Baumgarten, dans sa Dogmatique, t. m, p. 35-37: Tœtxnf/r, dans son ouvr. intit, la
ties ne sont autre chose que l'œuvre des poètes sacrés qui, cédant à l'enthousiasme lyrique, ont publié leurs chants à peu près comme les Bardes, ou comme le chantre de Y Iliade ou de Y Odyssée, qui, pour cette raison, sont à juste titre appelés divins (1). Yoilà l'idée que sont venus à se former de l'inspiration , par l'usage qu'ils ont fait de leur criticisme biblique , les nouveaux rationalistes sortis du protestantisme.
Ainsi les protestants ont passé d'une hypothèse à une autre, et de l'incertitude à la négation absolue de l'inspiration divine de la Bible, ou du caractère divin des livres sacrés. Frappés de cette impuissance où ils se trouvent en vertu de leur système d'établir un point d'un si haut intérêt, d'où tout le reste dépend, quelques-uns, comme Ghillingworth , ont nié qu'on dût
sainte inspiration des Écritures; Reinahard, Leçons sur la dogmatique ; Dœderlein, Instit. theol. christ., t. i, p. 9; Augusti, Dogmatique, p. 104 ; l'auteur de l'ouvrage Nouveaux aphorismes au tombeau de la théologie, Genève, 1801, etc.
(1) Voir Frid. Fritsche, De revelationis notione biblicâ, Leipsick, 1828. Ce but est celui que se propose Bahrdt dans ses divers écrits : Confession de la foi, Hall, 1779 ; La petite Bible, Berlin, 1780, 2 vol.; Système de la religion morale; Lettres sur ta Bible en style populaire, publiées d'abord à Hall, et puis à Berlin, de 1784 à 1793, sous ce nouveau titre : Exécution du plan et du birf de J.-C. Dans cet ouvrage, l'impie écrivain est allé jusqu'à vouloir prouver que Jésus n'était que l'agent d'une société secrète politique, qu'il n'avait pu échapper au crucifiement!... Voir Amand Saintes, Hist. crit. du rationalisme , p. 89.
tenir pour article de foi l'inspiration des livres saints, prétendant qu'on peut bien se sauver sans croire que la Bible contienne la parole de Dieu (I) ; d'autres ont dit qu'il fallait l'admettre comme un postulatum et un préambule de la foi (2) ; d'autres enfin ont imaginé qu'il fallait abandonner toute recherche à cet égard, par la raison que ces livres sont ce qu'ils sont (3). Or, n'est-ce pas là le cri du désespoir? Eh bien, ce sont ces mêmes hommes qui proclament si haut la Bible comme l'unique règle de foi; ce sont ces hommes qui prétendent que chaque fidèle doit régler sur la Bible ses articles de foi ; ce sont ces mêmes hommes qui distribuent la Bible aux fidèles et aux infidèles, sans pouvoir s'assurer pour euxmêmes si ce qu'ils distribuent est la parole de Dieu ou la parole de l'homme. C'est ainsi que Dieu punit l'orgueil de l'homme qui veut se faire son guide à soi-même (à). Voilà l'idole devant laquelle les sages
(1) Grégoire, Hisl. des sectes, t. îy, p. 434; Hooker aussi en convient au moins implicitement, en confessant que la Bible ne peut se rendre témoignage à elle-même. Ecoles, polit., 1. 3, sect 8.
(2) Ibidem.
(3) Nous avons donné les preuves de tout cela dans notre première partie, lorsque nous avons examiné la règle de foi protestante au point de vue biblique , et si nous y revenons ici, c'est parce que le sujet que^nous avons à traiter le demande.
(4) Pour confirmer tout ce que nous avons dit jusqu'ici de
du monde, les faux politiques, voudraient offrir leur encens, et plier révérencieusement leurs genoux. Après avoir parcouru rapidement les diverses hy-
l'incertitude où se trouvent les protestants par rapport à l'inspiration des livres saints, et par conséquent du peu de cas qu'ils en font, de l'irrévérence avec laquelle ils en parlent, nous allons rapporter quelques traits des protestants modernes. Pour ne rien dire de Schérer, qui a nié l'inspiration de la Bible entière, ni de CheneviÈre qui la restreint aux seules choses essentielles, Cellérier, dans son Manuel herméneutique, p. 335, attribue au Sauveur le principe ou le système d'accommodation par ces paroles : « J'ai la conviction qu'on trouvera dans les enseignements de Jésus-Christ des concessions faites pour un temps aux erreurs vulgaires ; » et il en donne pour preuve les possédés du démon, qui n'étaient affectés que de maladies nerveuses, en sorte que Jésus-Christ feignait seulement de commander aux démons de quitter les possédés.
Néander, dans son Histoire du siècle apostolique, t. n, p. 25, soutient que la seconde lettre de saint Pierre est apocryphe, et par conséquent non inspirée, et pour les livres mêmes qu'il retient, il en supprime plusieurs parties. Voici ce qu'il dit en parlant de l'Évangile de saint Mathieu, t. î, p. 52 : u Nous ne garantissons pas la vérité du récit de saint Mathieu sur la manière dont les mages furent instruits du lieu où était né Jésus. » Et t. n, p. 13 : «Mathieu nous dit que Jésus- Christ guérit les aveugles et les estropiés qui vinrent à lui dans le temple ; mais cette allégation nous paraît peu conforme à l'histoire, et insuffisante pour établir la vérité du fait.» Et à la page 197, il dit encore : « Le second miracle de la multiplication des pains n'est pas historique. Il nous paraît invraisemblable qu'un tel miracle ait été opéré deux fois. » A la page 398 : « Selon saint Mathieu, Judas demanda à Jésus : Serait-ce moi? Mais peut-être ne faut-il voir dans ce passage qu'une amplification ajoutée par le narrateur. » Néander ne
pothèses imaginées pour s'assurer de l'inspiration des livres saints, et en avoir montré la nullité, en même temps que le résultat où elles conduiraient leurs
traite pas autrement l'Evangile de saint Luc. « Il est évident, écrit-il page 130, que Luc a ajouté à certains endroits. Ainsi les malédictions [qui viennent à la suite des béatitudes ne sont qu'un ornement ajouté par l'historien. » Page 369 : » En reproduisant les discours de Jésus-Christ sans les avoir bien compris, les écrivains sacrés ont confondu ce que Jésus-Christ avait distingué. » Page 449 : « Il serait étrange que Jésus- Christ eût annoncé sa résurrection d'une manière aussi précise et aussi claire, et que les apôtres ne l'eussent pas comprise. Les paroles des écrivains sacrés sur cet objet sont l'effet d'un commentaire ajouté involontairement après l'événement. » Le même auteur ne se montre pas plus respectueux pour l'Evangile de saint Jean. « Jean, dit-il, a pu expliquer par l'amour du gain la conduite de Judas ; mais il a pu se tromper. » Page 40 : « Nous pouvons être obligés de nous éloigner en certains cas de l'opinion du disciple bien-aimé, et donner un autre sens aux paroles de Jésus. » Page 464 : « Le dernier chapitre ajouté à l'Évangile de Jean après sa mort a tous les caractères de la vraisemblance : ce qui ne veut pas dire qu'il reproduise exactement les paroles de Jésus, celles en particulier sur lesquelles s'appuie le récit fabuleux de la fin. »
Madame de Gasparin, dans son ouvrage Le mariage au point de vue chrétien, Paris, 1834, ouvrage couronné par l'Académie, t. i, p. 50-51, donne un démenti à saint Paul, pour avoir préféré, I Cor. vu, le célibat à l'état conjugal, au lieu que cette femme préfère le mariage chrétien, qui est le plus favorable au développement intime et à la manifestation de la vie féminine.
Le professeur Reuss, dans YHistoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, t. n, p. 149, accuse aussi l'apôtre d'une autre bévue au sujet de la prédestination. Voici ce qu'il
partisans, il ne nous reste donc que le témoignage de l'Église pour pouvoir obtenir cette certitude. Et comme ce sujet touche à une question vitale, nous croyons bien faire d'exposer analytiquement ici toute la suite de nos preuves.
Notre point de départ, c'est l'établissement de l'Église d'abord promis par notre divin Sauveur, puis inauguré solennellement par la descente visible de l'Ësprit-Saint sur les apôtres réunis dans le cénacle. A peine l'Église est-elle établie de cette manière, qu'elle ouvre sa carrière par la prédication, par l'administration des sacrements, par l'exercice du culte, pour ne l'achever qu'à la fin des siècles. Gomme un courant électrique qui se communique à tout un cercle de personnes assemblées, elle s'étend avec la rapidité de la foudre parmi les peuples voisins et jusqu'aux nations les plus lointaines. On la voit dès ses commencements se partager en deux classes, l'une chargée d'enseigner, l'autre astreinte à recevoir l'enseignement de la première. Or, en tant qu'enseignante,
dit : « L'apôtre, pour toute réponse, ne sait que réduire l'homme à la dignité de la matière brute, afin de justifier la logique. Comme tout autre homme, en abordant un pareil sujet, il heurte un écueil, contre lequel il doit se briser, et auquel il aurait mieux fait de ne pas toucher. »
Je néglige d'autres exemples dont surabonde le protestantisme, cette religion de la Bible, par rapport au peu de cas qu'il en fait. Voir les Annales catholiques de Genève, 3e livraison, 1853, p. 253 et suiv.
cette Église a dû obtenir avant tout de ceux qu'elle voulait attirer à elle du judaïsme ou de la gentilité, pour les recevoir dans son sein, la foi à sa mission divine, c'est-à-dire à la mission que Dieu lui avait confiée de convertir le monde : ce qu'elle fit par les miracles , par les prophéties et par toute autre sorte de faits surnaturels, appelés motifs de crédibilité. Sans les preuves manifestes de cette mission divine, on n'aurait pas pu ajouter foi à sa prédication, quelque auguste qu'en fût la source, et admettre avec certitude les articles de croyance qui en faisaient l'objet.
Que si la foi à la divinité de la mission des apôtres ou de l'Église enseignante était, comme cela est évident, le premier pas à faire, la première condition sans laquelle il eût été inutile d'entrer dans le détail des vérités enseignées; d'un autre côté, cette condition remplie, cette foi établie de manière à écarter tout doute , tout le reste suivait et découlait de luimême. Car du moment où il était prouvé, et prouvé évidemment , que celui qui se présentait aux peuples pour leur enseigner une nouvelle doctrine avait reçu à cet effet sa mission de Dieu, il s'ensuivait que ces peuples devaient avoir une confiance sans bornes dans ce divin envoyé, et admettre avec une foi entière tout ce qu'il leur annonçait sous une telle recommandation. Or, cette confiance, cette foi pleine et entière, n'est possible qu'autant qu'on se tient assuré que cet
envoyé divin , dans ce qu'il propose à croire de la part de Dieu et comme révélé de Dieu pour arriver au salut , ne peut ni se tromper lui-même ni tromper les autres, en donnant une fausseté pour une vérité révélée de Dieu. Et c'est ainsi que le don ou le privilège d'infaillibilité en matière de foi est inhérent, intrinsèque et identique, pour ainsi dire, à la divine mission donnée solennellement par Dieu à son Église.
Forte de cette mission divine et de la prérogative d'infaillibilité dans son enseignement qui en était la conséquence, l'Église, après s'être autorisée auprès des peuples juifs ou gentils , à qui elle avait à annoncer l'Évangile, par les moyens de conviction qu'elle leur mettait sous les yeux, leur proposait méthodiquement la croyance de tout ce qu'elle avait appris de son divin fondateur ; et les peuples, aidés de la grâce divine, fortifiés intérieurement par sa lumière céleste, formaient sans peine leur acte de foi surnaturelle en croyant toutes les vérités et chacune des vérités qui leur étaient prêchées.
Or tout cela était fait et accompli bien des années avant qu'aucun des livres du Nouveau Testament eût été composé ; et par conséquent, l'existence de l'Église et ses divines prérogatives, aussi bien que toutes les autres vérités qui constituent le sacré dépôt de la foi, sont tout-à-fait indépendantes de l'Écriture (1). Quel-
(!) Bien qu'il puisse paraître superflu de prouver cette vérité,
qu'un vuudra-t-il croire qu'à mesure que les livres saints s'écrivaient sous l'influence d'une impulsion divine, l'Église dût perdre quelque chose de ses prérogatives auxquelles ces livres mêmes rendaient témoignage, ou du droit de proclamer les vérités qu'on pourrait y lire désormais, et que jusque-là elle avait enseignées de vive voix et conservées vivantes par la tradition orale? Personne, que je pense, ne sera assez insensé pour le soupçonner seulement. Mais, et les prérogatives de l'Église, et les vérités qu'elle enseignait, demeurèrent ce qu'elles étaient, avec cette seule différence, qu'outre qu'elles continuèrent à se conserver vivantes dans la tradition , elles trouvèrent un moyen de conservation de plus dans l'existence monumentale de ces livres divins.
Bien loin que l'apparition de ces livres dût faire cesser l'autorité dont l'Église jouissait jusque-là pour
et de la 'confirmer par des aveux explicites d'auteurs protestants, nous allons en reproduire un des plus récents, qui est celui de Lessing, ce célèbre écrivain. Voici ce que nous lisons de lui dans ses OEuvres posthumes de théologie : « Non solùm Jesu « Christi historia cognita erat priusquàm vulgaretur in Evan- » geliis, sed universa christiana religio jam tenebatur et exerce - « batur cùm nullum adhùc Evangelium scriptum fuerit. Reci- " tabatur Pater (oratio dominica), quinlegi possetin Evangelio « S. Matthœi. Adhibebantur in collatione baptismi vcrba à « Christo Jesu prsescripta antequàm ea litteris apostoli consi- « gnassent. » On peut voir d'autres aveux d'auteurs protestants dans Oei.léiuer, Essai, etc., p. 260.
l'instruction des peuples, cette autorité devenait plus nécessaire que jamais pour donner une sanction à ces livres mêmes à mesure qu'ils venaient à paraître. Car, encore bien que ces livres fussent divins en euxmêmes et continssent les enseignements divins, ceux à qui ils tombaient entre les mains n'en avaient pas par cela seul la certitude. Il fallait donc que l'Église, qui, comme je viens de le dire, était regardée comme infaillible dans ses enseignements par tous les fidèles, les assurât par son témoignage que ces livres contenaient les vérités mêmes qu'elle leur prêchait, qu'ils avaient réellement pour auteurs ceux dont ils portaient les noms, enfin que c'était Dieu qui les avait dictés, c'est-à-dire que leurs auteurs avaient été divinement inspirés. Un témoignage de cette force ne pouvait être donné que par l'Église, qui était éclairée de l' Esprit-Saint , et que Jésus-Christ avait établie pour servir à tous les peuples de maîtresse comme de guide dans la voie de la vérité.
Ce témoignage de l'Église était en outre d'autant plus nécessaire, qu'à cette époque, comme nous l'avons observé ailleurs, il courait parmi les fidèles plusieurs écrits qui n'étaient rien moins qu'exacts, et auxquels saint Luc fait allusion dans l' avant-propos de son Évangile : « Plusieurs, dit cet évangéliste, ayant entrepris d'écrire l'histoire des choses qui ont été accomplies parmi nous, suivant le rapport que nous en ont fait ceux qui, dès le commencement, les ont vues de leurs
propres yeux, et qui ont été les ministres de la parole, j'ai cru, très excellent Théophile, qu'après avoir été exactement informé de toutes ces choses depuis leur commencement , je devais aussi vous en représenter par écrit toute la suite, afin que vous reconnussiez la vérité de ce qui vous a été annoncé » (1). Il est bien clair que l'évangéliste, par ce mot plusieurs, n'a pas pu faire allusion aux deux Evangiles composés par saint Mathieu et par saint Marc, mais uniquement à ces récits ou à ces sortes de mémoires, partie vrais et partie altérés, que quelques-uns avaient cru bien faire de rédiger pour conserver le souvenir de ce qu'ils avaient, ou vu eux-mêmes, ou entendu raconter aux autres des actions de Jésus-Christ. C'est de là que tiraient leur origine les Évangiles si anciens des Égyptiens ou des Hébreux , et d'autres semblables (2) que saint Luc condamne tacitement comme
(1) Luc i, 1-4.
(2) Pour ce qui regarde Y Évangile des Égyptiens, il est bon de remarquer que c'est un livre très ancien et qui tire son nom de ce que les Égyptiens en faisaient usage. On ne sait quel en fut l'auteur. Quelques-uns pensent qu'il avait été écrit avant que saint Marc vînt à Alexandrie. Il est certain que saint Clément de Rome, qui est mort vers la fin du ier siècle, s'est servi de quelques expressions ou sentences extraites de cet Évangile. C'est ce qui nous est attesté par saint Epiphane (Hser. 62, § 2) : « Multa in eis ex personâ Salvatoris clàm atque occulte velui mysteria. » De là vient que saint Jérôme (Prosem. comment, in Matth.) range ces mystères parmi les choses gux à diversis auctoribus édita diversarum hœresium fuêre princlpia. En
inexacts et peu conformes à la vérité. Même, si l'on veut en croire les protestants, c'est de ces mémoires qu'ont été tirés les trois Évangiles synoptiques : assertion , il est vrai , absolument contraire à la vérité , mais qui, fût-elle fondée, ne ferait que justifier ce que nous affirmons ici. Outre cela, il parut dans ces mêmes temps plusieurs ouvrages apocryphes sous les noms supposés de quelques apôtres (1). Ajoutez que des mains téméraires commencèrent aussi vers ces tempslà à faire des additions ou des retranchements, des altérations, en un mot, ou des changements de plu-
effet, les premiers hérétiques furent aussi les premiers à en abuser, et à le mettre au rang des livres saints, comme l'atteste Origène, Hom. i in Luc. Quant à l'Évangile selon les Hébreux, dit aussi Y Évangile des Nazaréens, on sait que les savants s'accordent à le croire le même que celui de saint Mathieu en langue syro-chaldaïque, mais interpolé par les Nazaréens et par les Ebionites. Saint Jérôme fait voir dans plusieurs de ses écrits qu'il incline vers ce sentiment.
(I) Nous avons déjà parlé de ces pseudonymes dans notre première partie. On peut consulter là-dessus les auteurs qui en ont fait la collection, et dont Jean-Charles Thilo nous offre une riche notice dans les doctes prolégomènes mis en tête de son Codex apoci'ijphus Novi Test., Leipsick, 1832, p. i-xv, en commençant par Mich. Néander, et en finissant par Klewker, mort depuis peu, et par Birch. On peut voir aussi les doctes prolégomènes de l'ouvrage de Tischendoef intitulé : Acta apostolorum apocrypha ex triginta antiquis codicibus grgecis vel nunc primùm eruit, vel secundum atque emendatius edidlt ConslanMnus Tischendorf, Leipsick, 1851, 1 vol. in-8.
sieurs sortes, aux véritables écrits des apôtres (1). On sait enfin que tout le Nouveau Testament n'a pas été composé par les apôtres eux-mêmes , mais que plusieurs de ses parties sont l'ouvrage de leurs disciples. Tout cela fait voir combien le témoignage de l'Église était indispensable pour assurer les fidèles des livres qu'ils avaient à considérer ou non comme divins ou vraiment inspirés. D'autant plus que la plupart de ces écrits étaient adressés ou à des Églises particulières, ou même à des individus ; ce qui contribua à faire douter pendant un certain temps de leur inspiration comme de leur authenticité, dans diverses Églises particulières, tant de l'Orient que de l'Occident : telle est l'origine de la distinction établie par rapport à ces livres appelés deutero-canoniques, parce que ce ne fut que plus tard que toutes les Églises les reconnurent comme divinement inspirés.
Et c'est ainsi que l'Église a dû imprimer son sceau, pour ainsi parler, aux livres qui composent la Bible, en attestant leur origine et par là même leur autorité. Or ce témoignage auguste et infaillible n'a pas été nécessaire que pour ces temps primitifs; mais il l'est également pour toute la suite des âges, et à l'égard des fidèles comme des infidèles. Il l'est à l'égard des
(1) C'est l'accusation que font constamment peser sur les anciens hérétiques saint Irénée, Tertullien, Clément d'Alexandrie, Origene, comme on peut le voir dans Germon.
fidèles, parce que, comme je l'ai déjà fait entendre, il n'a jamais manqué d'hommes de mauvaise foi qui ont fait de ce genre de vérités ce qu'ils ont fait des autres, en niant ou révoquant en doute l'autorité soit de l'un, soit de l'autre de ces livres, ou en les interpolant , ou en les tronquant et les mutilant , ou même en leur associant comme également divins des livres supposés. Ce témoignage de l'Église a été de même toujours nécessaire à l'égard des infidèles amenés à la vraie foi par la prédication , pour qu'en recevant ces livres comme sacrés de la main de ceux qui les font passer des ténèbres de leur infidélité à la lumière de l'Evangile, ils leur gardent la vénération que revendique tout ce qui est divin. Jamais aucun particulier, quelle que soit sa réputation de science et de vertu, ne pourra, de sa seule autorité, ou en parlant au nom d'une secte particulière qui a interrompu le fil de la tradition en se séparant de l'Eglise, faire recevoir la Bible comme un ouvrage divin. Jamais il ne pourra lui rendre un témoignage de cette nature, parce qu'il n'aurait pas lui-même conscience d'un pareil fait, Que si un protestant s'avisait d'en faire la distribution au nom de l'Église ancienne et primitive, il ne ferait par cela même que se condamner, puisqu'il rejette le principe d'autorité et refuse de reconnaître comme inspirés une partie des livres que cette même Église admet et reconnaît comme tels; et l'infidèle serait toujours en droit de lui reprocher son apostasie
ou sa séparation d'avec cette Église, à laquelle seule il est donné de nous rendre certains de leur inspiration.
Par ce procédé, qui a son fondement et dans Tordre logique et dans l'ordre même chronologique, nous montrons avec évidence combien les protestants sont peu fondés à nous reprocher à nous autres catholiques, comme ils l'ont fait tant de fois, une pétition de principe ou un cercle vicieux dans notre manière d'argumenter, comme si nous prouvions l'autorité de l'Église par l'Écriture, en même temps que celle de l'Écriture par celle de l'Église (1). Par l'analyse que
(1) Il n'y a pas d'écrivain polémique protestant qui ne nous fasse cette sotte objection ; je me contenterai de rapporter les paroles suivantes de Turretin, qui est aux premiers rangs parmi les controversistes de la secte : Manifestus committitur circulus, dùm Ecclesiœ auctoritas probatur ex Scripturâ, et vicissim auctoritas Scripturœ ex Ecclesiâ (op. etloc. cit., § 10). Il dit en même temps pourquoi les catholiques lui paraissent en peine de prouver l'Ecriture par l'autorité de l'Eglise : Ut scilicet Scripturœ tribunal, in quo satis prœsidii ad errores suos tuendos non inveniunt, déclinent, et ad Ecclesiam, id est, Pontificem suumprovocent, atque ita inpropriâ causa judices fiant. Ainsi s' exprime cet apostat italien réfugié à Genève. Si cette raison était valable, il faudrait accuser l'Eglise primitive et les Pères apostoliques, qui dès lors renvoyaient les hérétiques à l'autorité et au témoignage de l'Eglise pour savoir quels étaient les livres divinement inspirés. Et puis, où sont ces erreurs que les catholiques sont dans l'impuissance de justifier en s'aidant des Ecritures] Elles ne se trouvent pas ailleurs que dans l'imagination des protestants, qui se constituent à la fois juges et
nous avons faite, nous avons réfuté d'avance cette objection, en mettant dans tout son jour l'antériorité de l'Église et de ses prérogatives à l'existence des saintes Écritures , la possession où elle était de son infaillible autorité, et l'exercice qu'elle en faisait indépendamment des livres saints, qui même n'existaient pas encore. Et, non content de cela, nous avons prouvé en outre que l'Église avait fait usage de cette même autorité en sanctionnant comme divins les livres qui devaient entrer dans son canon.
Reprenant maintenant la suite de nos idées, il nous est aisé de presser l'argument qui prouve notre proposition. S'il n'y a que l'Église qui puisse nous rendre un témoignage certain, irréfutable et infaillible même du fait de l'inspiration des livres saints, il s'ensuit qu'il n'y a qu'elle aussi qui garantisse à la Bible son divin caractère, et par là même sa sainteté et sa dignité. Sans doute l'Église ne confère rien àHct-Bible prise en elle-même, qui contient les oracles de Dieu, sa parole, la manifestation de ses éternelles vérités, et qui par conséquent n'a point à attendre un nouveau degré de dignité ou de perfection. Riche de ses pn> près biens, de ses inestimables trésors, elle n'a besoin pour elle-même de l'aide de personne. Toijt cela est très vrai, et nous le reconnaissons de bon cœur. Mais
parties à l'égard de l'autorité établie de Dieu. Mais nous reviendrons sur ce point quand le temps en sera venu.
disons en même temps que nous avons besoin, nous, du témoignage de l'Église pour être rendus certains, et certains de manière à ne pouvoir concevoir aucun doute, que ces livres, et non (X autres, en tel nombre et non pas davantage ou moins, sont ceux qui dans toutes leurs parties sont l'ouvrage de Dieu, écrits sous son inspiration et ne contenant que sa parole. Ainsi le témoignage de l'Église est extrinsèque aux livres sacrés, et n'est nécessaire que par rapport à nous et a la connaissance que nous devons avoir de ces livres, pour pouvoir les admettre , les croire et les vénérer pour ce qu'ils sont (1).
Or l'Église qui , comme je l'ai dit dès le commencement , a ouvert sa carrière par son inauguration solennelle le jour de la Pentecôte, pour la continuer
(1) Pour les choses traitées par nous dans ce chapitre, on fera bien de lire l'opuscule ingénieux publié récemment sous ce titre .- L'Église et la Bible, quels en sont les rapports mutuels, Londres, 1852. Cet opuscule est un recueil de cinq traités de Clifton, dont voici les titres :
1. L'Eglise gardienne de l'Ecriture, ou d'où et comment nous vient la Bible?
2. L'Eglise témoin de l'Ecriture, ou comment savons-nous que la Bible existe ?
3. L'Eglise interprète de l'Ecriture, ou comment savonsnous ce que veut dire la Bible?
4. L'Eglise dispensatrice de l'Ecriture, ou est-il permis aux catholiques de lire la Bible?
5. L'Eglise notre maîtresse dans la sainte Ecriture, ou les catholiques ne savent-ils rien de la Bible?
— 1,7 — sans interruption jusqu'au jour où elle s'absorbera dans l'éternité, toujours vivante, toujours animée de l'Esprit de vérité qui la pénètre de ses lumières, n'a jamais failli à la tâche qui lui a été imposée. Toujours elle a su protéger et garantir, en l'entourant de son auréole divine, le sacré dépôt tant de la tradition jue des Écritures dont la garde lui a été confiée. Grâce à l'infaillibilité de son témoignage , elle a fait connaître avec certitude à tous les fidèles, ainsi qu'aux infidèles qui lui ont demandé la vérité, quels étaient les livres écrits de la main de Dieu, et par lesquels il ne cesse d'instruire les hommes. Elle les a conservés dans leur intégrité, en les défendant contre les profanes qui auraient voulu de leurs mains sacrilèges les mutiler et les corrompre. Elle a veillé sans cesse sur ce précieux héritage avec un soin jaloux, pour l'empêcher d'être dilapidé ou diminué même d'une syllabe ou d'un point par une secte quelconque. C'est elle enfin qui en a assuré le véritable sens à tous les fidèles par une version authentique.
Par ce moyen, les fidèles, à leur tour, ont toujours regardé avec l'œil de la foi ces livres sacrés comme l'ouvrage de Dieu ; ils leur conservent toujours une vénération profonde , et aiment à se nourrir des maximes de piété, des saintes affections dont ils sont comme une mine inépuisable ; c'est dans ces livres qu'au milieu de leurs peines et des ennuis de leur exil, ils vont puiser la consolation et le soutien que Dieu