‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 2)Chapitre 7 sur 25 · LA RÈGLE CATHOLIQUE DE FOI CONSIDEREE AL POINT DE VUE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LA RÈGLE CATHOLIQUE DE FOI CONSIDEREE AL POINT DE VUE HISTORIQUE

ARTICLE PREMIER

La règle catholique de foi est la seule qu'ait fait profession de suivre l'antiquité chrétienne tout entière.

Exposé d'une difficulté. — Cette difficulté même donne gain de cause au catholicisme. — Les textes bibliques favorables à la règle catholique ont trouvé leur véritable explication dans l'enseignement et la pratique de l'Église, avant même qu'ils fussent consignés dans les livres sacrés. — L'Église, dès son premier établissement, a été en possession de résoudre les doutes des fidèles en matière de foi, de mœurs et de discipline, — de dirimer les controverses par des jugements sans appel, — de condamner les novateurs. — Difficulté résolue. — L'œuvre des apôtres dans le gouvernement de l'Église continuée par leurs successeurs. — Discipline de l'Église dans l'élection des évêques et dans les questions de foi. — 11 était impossible qu'il se fît aucune altération dans les matières de foi. — Pour connaître certainement quelle était la foi de l'ancienne Église, il suffit de consulter la foi de l'Église de notre temps. — Comment l'Église a exercé son autorité sans interruption dans tous les siècles. — Exemples de condamnations d'hérésies prononcées par l'Église, ou même par les seuls pontifes romains. ~- En se conduisant ainsi, l'Église ne faisait qu'agir conséquemment à son principe essentiel d'autorité. — Elle ne faisait qu'exercer son principe vital dans l'exercice de son pouvoir. — Les hérétiques, en s'opposant à l'enseignement de l'Église, se condamnent eux-mêmes par cela seul qu'ils contredisent l'enseignement de Jésus-Christ.

Les raisonnements et les diseussions qui remplissent le chapitre que nous venons de terminer pourraient;

avoir fait naître une difficulté dans l'esprit de quelque lecteur, qui nous objectera peut-être qu'en prouvant par l'Écriture la règle catholique de foi, nous avons pris la route suivie par les protestants, avec la seule différence que nous interprétons la Bible en notre faveur, tandis que les protestants l'invoquent en faveur d'eux-mêmes. Mais, outre que la marche que nous avons suivie ne peut autoriser une semblable objection , nous ne laisserons pas de répondre que si c'étaient les protestants qui nous la faisaient, ils nous donneraient par là même gain de cause. Car ils prouveraient par là que, si l'on faisait dépendre ces questions de la seule Bible , elles deviendraient interminables, et laisseraient dans le doute quiconque ne s'en tiendrait qu'à cette règle ; qu'il faut donc de toute nécessité, outre l'Écriture, un juge suprême de controverses, qui, par son autorité infaillible et sans appel, puisse lever toute incertitude sur la vraie et légitime interprétation des textes allégués, et ainsi mettre lin au débat. Mais si cette difficulté nous était proposée par d'autres que par des protestants, notre réponse serait alors bien différente, et, prenant la chose dès son origine, nons ferions voir à l'œil et toucher au doigt que le sens des passages allégués n'est et ne saurait être autre que celui qui favorise l'interprétation catholique. Et comme c'est de là que dépend la victoire sur ce point, nous voulons fortifier encore et rendre de plus en plus péremptoires les preuves bibliques déjà

présentées par nous en faveur de la règle catholique.

Nous avons démontré, comme fait historique qui n'est contesté par personne, que les vérités consignées dans les livres du Nouveau Testament par les écrivains sacrés avaient déjà été prêchées , crues et observées dans toute l'Église longtemps avant qu'elles fussent mises par écrit. Et pour ne pas répéter ici tout ce que nous avons dit de l'ordre successif dans lequel parurent, à des temps différents, les Évangiles de saint Mathieu, de saint Marc et de saint Luc, nous savons par les documents historiques que saint Jean ne se mit à écrire son Évangile que vers l'an 98 de l'ère chrétienne, c'est-à-dire soixante-cinq ans à peu près depuis l'ascension de Notre-Seigneur (1). Or,

(1) Il y a quelque différence d'opinions parmi les anciens, touchant l'année où saint Jean écrivit son Évangile ; et pour ne pas parler de saint Hippolyte , qui affirme (MS. Bodley) que l'apôtre a écrit son Évangile et son Apocalypse dans l'île de Patmos, beaucoup de MS. grecs s'accordent sur ce point avec saint Hippolyte, aussi bien que l'auteur de la Sïjnopse qui porte le nom de saint Athanase. La plupart néanmoins se rangent du côté de saint Irénée, qui affirme, 1. III, c. 1, que saint Jean a écrit son Évangile à Éphèse, comme l'avait affirmé avant lui. saint Poly carpe, dont le passage se lit dans Victor de Capoue. C'est le sentiment embrassé par S. Jérôme, dans son Catalogue; par S. Epiphane [hasr. 51, § 19), par Pierre d'Alexandrie , qui atteste, dans la Chronique dite Alexandrine , qu'on conservait dans cette ville encore de son temps le précieux autographe (Petau, Vranolog., p. 213). Et certes, saint

dans tout cet intervalle de temps qui s'écoula entre l'Ascension et cette soixante-cinquième année où fut écrit fc^ dernier des livres du Nouveau Testament, l'Église s\tait répandue dans toute la Palestine et la Samarie, avait pénétré dans toutes les provinces de l'empire romain, et porté l'étendard de la croix jusqu'au cœur de la ville reine du monde. Déjà elle avait organisé dans toutes leurs parties son culte et sa discipline, surtout vers la fin du premier siècle que mourut le dernier des évangélistes ; et, par conséquent, déjà étaient connues, par leur enseignement oral, toutes les vérités qui tiennent au dépôt de la foi. Non-seulement les maximes et toute la doctrine du Sauveur étaient déjà crues universellement; elles étaient de plus mises en pratique par la multitude des fidèles et par leurs pasteurs à leur tête secondés de leurs ministres. D'où il résulte que déjà l'Église était en possession du vrai sens de la doctrine de Jésus- Christ transmise uniquement par la prédication, comme , de leur côté , les simples fidèles étaient en possession de la saine intelligence des oracles et des

Irénée, disciple de saint Polycarpe et venu de l'Asie, pouvait être mieux informé d'un fait passé en Asie que saint Hippolyte, qui vivait en Occident, et que les grecs modernes. Or, ce ne fut qu'après la mort de Domitien, arrivée l'an 97 de l'ère vulgaire, que saint Jean, de retour de Patmos à Éphèse, put, à la prière des fidèles d'Asie, entreprendre cette année-là même ou la suivante d'écrire son Évangile.

maximes du Sauveur. De sorte que, quand ceux-ci reçurent consigné par écrit ce qu'ils avaient reçu et appris d'avance par l'enseignement oral, ils en avaient déjà la vraie interprétation.

Donc, puisque l'Église a été par le fait et par la pratique même la règle prochaine de la foi dès son berceau, il suit de là, par une conséquence évidente, que les oracles par lesquels le Sauveur l'a constituée maîtresse et juge suprême en matière de foi ne peuvent pas être entendus dans un sens différent ; il suit, de plus, que quiconque a entrepris de les détourner à un autre sens par ses interprétations violentes a contredit la pensée et les volontés de Jésus-Christ. Si donc nous prouvons que l'Église a dès ses commencements entendu dans le sens catholique et pratiqué de même l'autorité qu'elle a reçue de Jésus-Christ sur les objets de la foi, ce n'est plus en vertu de notre interprétation privée, comme cela se fait dans le système protestant, mais à cause du sens net et précis qu'a voulu y attacher Jésus-Christ lui-même, que les passages produits sont une preuve invincible de notre proposition. Or, c'est là précisément ce qui est établi par le fait historique que nous faisons valoir. Cela est démontré, non-seulement par tout ce que nous avons dit, dans le chapitre précédent, de la prédication de l'Évangile que l'Église a faite aux Juifs et aux Gentils, et sur quoi nous ne reviendrons pas, comme en ayant parlé suffisamment, mais encore par plusieurs autres

raisons non moins solides qui font voir que l'Église a été investie dès sa naissance de la plénitude de l'autorité suprême en matière de foi. C'est elle, en effet, qui a résolu les difficultés à mesure qu'elles s'élevaient sur le vrai sens de la doctrine de Jésus-Christ ; c'est elle qui a jugé en dernier appel les controverses sur la foi ; elle , qui a condamné et proscrit sans retour toute doctrine fausse et erronée en opposition avec son enseignement ; elle, qui en toute rencontre s'est montrée inflexible pour le maintien du principe d'autorité en s' opposant à tous les efforts des novateurs, chacun desquels a cherché constamment à secouer le joug de la dépendance, en substituant à ses décisions ses interprétations individuelles ou son sens privé. Or, telles sont les raisons qu'il nous reste à parcourir en détail : ce que nous allons faire avec toute la clarté et toute la brièveté possibles.

Et d'abord, que l'Église ait résolu les difficultés qui naturellement pouvaient s'élever et qui de fait se sont élevées sur son enseignement, les preuves en sont aussi nombreuses que sont nombreuses, je puis dire, les lettres écrites par les apôtres. Saint Paul, par exemple, dans sa première épître aux Corinthiens, répond à divers doutes sur des questions , tant de dogme que de morale, qui s'étaient élevés parmi ces premiers fidèles, et au sujet desquels ils l'avaient consulté par écrit, comme sur la virginité, sur le célibat, sur l'usage du mariage, sur la valeur ou la dissolubi-

lité du mariage contracté dans l'infidélité , pour le cas où, l'un des époux s'étant fait chrétien, l'autre persiste à rester infidèle ; sur les viandes immolées aux idoles, et sur d'autres points semblables. De même, il traite des observances légales dans son épître aux Golossiens ; de la venue de Jésus-Christ pour juger le monde, que quelques-uns croyaient prochaine, dans ses épîtres aux Thessaloniciens ; et ainsi des autres épîtres. De sorte que ce point ne semble pas susceptible d'être mis en question.

Il est de même indubitable que l'Église s'est attribué la décision des controverses, comme cela se voit par les Actes des apôtres , où il est rapporté que la dispute née à Antioche au sujet de l'obligation ou de l'abrogation des observances légales fut terminée dans un concile à la suite d'une discussion contradictoire, comme nous l'avons dit dans notre première partie. Joignons à ce premier fait un second semblable , celui de l'Église de Galatie, où quelques docteurs judaïsants avaient enseigné de même la nécessité d'associer les rites de l'ancienne loi à la pratique de l'Évangile. Aussitôt que l'apôtre en eut connaissance, il lança l'anathème contre ces fauteurs de troubles, déclara avec une pleine autorité que cet alliage d'observances n'était nullement nécessaire , et rendit ainsi le calme à cette Église agitée.

La conduite de l'Église n'a pas été moins nettement dessinée dans l'usage qu'elle a fait de sa su-

prême autorité en condamnant les doctrines erronées qui tendaient à altérer la pureté de ses doctrines. L'apôtre saint Pierre foudroie dans sa seconde épître les opinions perverses qu'on semait dès lors sourdement dans le champ de l'Église, désigne par le nom de sectes les ténébreuses assemblées de leurs partisans, et fait le plus sombre portrait de ces téméraires, qui osaient ainsi vicier et corrompre la saine doctrine prêchée par les apôtres. Même conduite dans l'apôtre saint Jude ; même conduite dans saint Jacques, à l'égard de ceux qui, abusant par leurs interprétations particulières de quelques expressions de l' épître de saint Paul aux Romains pour supprimer la nécessité des bonnes œuvres par rapport au salut, portaient les fidèles à ne pas s'en mettre en peine , mais à se reposer uniquement sur la foi (1) . La con-

(1) Michaelis, dans son Introduction, etc., déjà citée, t. iv, ch. 26, sect. 6, p. 298, nie que saint Jacques fasse allusion à l'épître de saint Paul aux Romains, et donne des raisons ingénieuses pour sauver la doctrine protestante de la foi sans les œuvres. Mais Cellérier, dans son Essai d'introduction que nous avons déjà cité aussi, div. 3e, sect. Jje, p. 455, montre jusqu'à l'évidence, en confrontant les deux épîtres, que celle de saint Jacques fait ouvertement allusion à celle de saint Paul , dont quelques-uns abusaient pour rejeter la nécessité des bonnes œuvres, en se servant des mêmes mots, des mêmes phrases, des mêmes exemples que cet autre apôtre. Cf. Rom. iv, 1 , et Jac. ii, 21 et seq. ; Rom. v, et Jac. i, 3, Rom. vin, 23, et Jac. iv, 1; Rom. vin, 7, et Jac. iv, 4; Rom. xiv, 4, et Jac. iv, 12. Et avant Hug et Cellérier, Wettstein, après avoir

duite de saint Paul ne fut pas différente à l'égard de ceux qui niaient la résurrection future des corps en métamorphosant la doctrine de la résurrection réelle en une pure résurrection spirituelle de la mort du péché; telle fut aussi celle de l'apôtre saint Jean, quand il combattit et condamna dans ses épîtres et dans son Évangile le docétisme alors en vogue, comme il résulte de l'histoire ecclésiastique et des témoignages des anciens, qui nous assurent qu'il a écrit son Évangile pour l'opposer aux cérinthiens, aux ébionites et aux gnostiques, qui niaient autant la di-

rapporté le reproche que faisait Luther à l'épi tre de saint Jacques de ce que « directe contra Paulum et omnem Scripturam " operibus justificationem tribuit, » comme ont fait Althamerus et les centuriateurs de Magdebourg, déclare » hoc judicium in- « justum falsumque. Si enim Jacobus Paulo contradiceret , uti- « que non Jacobus, qui id apertè docet, quod lex naturse, quod « Scriptura ubique, quod Paulus alibi inculcat, sed illœ^Pauli « epistolse in quibus dogma à reliquis dissidens continerentnr, « fuissent abjiciendœ. At si rem rectè consideremus, nulla inter « Jacobum et Paulum est pugna; quùm Jacobus loquatur do « lege naturae et de lege Christi, Paulus verô de lege et œcono- <« miâ Mosis » (cité par Rosenmuller, Prsef. in epist. Jacobij. Et soit dit en passant, que Turretin et les autres piétistes voient maintenant ce que signifie ce goût, cette lumière, cette nourriture, qui se manifeste de soi dans les Écritures, comme n'étant que la parole divine elle-même. Apparemment que Luther et ses pareils n'avaient ni la faculté de voir , ni le sens du goût , lorsqu'ils regardaient comme une lettre de paille cette épître de saint Jacques.

vinité de Jésus-Christ que son humanité (1). Et c'est ainsi que l'Église a su répondre à toute espèce de novateurs, en les accablant de son autorité, qu'elle leur a opposée avec confiance comme un rempart invincible. Elle ne s'est pas contentée d'empêcher les mauvaises herbes de prendre racine avec le froment ; mais elle les a arrachées, les a déracinées, en condamnant et les inventeurs impudents, et les propagateurs, et les partisans des nouvelles doctrines. C'est ainsi qu'elle a traité Hyménée, Philète, Alexandre, Simon, Cérinthe et tant d'autres.

Qu'on ne dise pas que les faits que nous venons d'alléguer se rapportent aux apôtres, ou seuls à part, ou assemblés et réunis en concile. Car puisque nous avions à parler de l'Église dans ses commencements, qui pouvions-nous citer, si ce n'est les apôtres, qui donnaient à l'Église par leurs actes la forme qu'elle devait ensuite conserver et développer dans les siècles à venir? N'étaient-ce pas les apôtres qui constituaient alors l'Église enseignante? N'était-ce pas la manière dont ils se conduisaient qui servait d'instructions ou de modèle à ceux qu'ils établissaient chefs et pasteurs des communautés chrétiennes nais-

(1) Eusèbe, 1. nr, c, 24; Clém. d'Alex, dans Eusèbe, 1. vr, c. 14; S. Jer, De viris, c. 9; Caius Rom., ou l'auteur très ancien du fragment recueilli par Muratori; S. Aug. De consens, evancj. 1. 1, c. 4; S. Epiph. Hxr. 51, et Petau, § 19, outre S. Irénée et d'autres encore.

santés : je veux dire, aux évêques qui, héritiers de ieur sollicitude pastorale comme de leur autorité, étaient appelés à prendre leur place et à continuer ainsi leur ministère ? Et en effet, quelles autres instructions l'apôtre donnait-il à Tite et à Timothée, ses disciples, que -de veiller attentivement à conserver pur et inviolable le sacré dépôt qu'il leur avait confié (1)? Quelle autre recommandation faisait-il aux évêques de l' Asie-Mineure réunis à Milet, que d'apporter la même vigilance à empêcher les loups ravissants de pénétrer avec leurs doctrines perverses et de dévaster leur troupeau (2) ? Or , comment ces évêques auraient-ils pu mettre à exécution cet avis de l'apôtre, si ce n'est en opposant aux novateurs dont il s'agissait la saine doctrine qu'ils avaient reçue de lui, et en condamnant les pernicieuses nouveautés qui cherchaient à s'introduire, c'est-à-dire, en usant de l'autorité que Dieu même leur avait communiquée par le moyen des apôtres?

Ne manquons pas d'observer ici que le corps épiscopal que les apôtres établirent s'étendit en peu d'années par toute la terre, et commença à exercer son action par le soin de propager et de maintenir intacte la doctrine apostolique , et parla condamna-

Il) I Tim. m, 15, iv, 1 et seq.; II Tim. m, 5; fit Tii, 10, etc.

(2) Jet. XX. 23 et seq.

tion des hérésies qui s'élevaient, avant même que disparût du nombre des vivants le dernier des apôtres, le disciple bien-aimé, puisque, comme nous l'avons dit plus haut, saint Jean mourut à Éphèse l'an 98 de l'ère vulgaire, c'est-à-dire vers la fin du premier siècle. Or, en exerçant cette action, l'Église enseignante des temps primitifs ne faisait autre chose que de manifester la vie qui continuerait à l'animer jusqu'à la fin du monde (1). Car la vie consiste dans la mise en action des principes, et c'est par là qu'elle se manifeste ; et, bien qu'il y ait différentes espèces dévie, chacune d'elles cependant apparaît dans un corps par l'action ou le développement des principes dont ce corps est composé. Chaque espèce de vie est conforme ou corrélative à son principe. Des principes différents les uns des autres ne peuvent prendre germe et se développer dans les corps auxquels ils sont étrangers. La vie des plantes n'est pas la même que celle des êtres animés; la vie des corps n'est pas la même que celle des esprits; la vie de l'esprit n'est pas encore celle de la grâce; la vie de l'Église n'est pas semblable à celle de l'État (2). Si donc le corps

(1) En effet saint Jean vivait encore, que déjà florissaient Hermas, saint Clément de Rome, saint Ignace, saint Poly carpe; et saint Irénée, Papias et saint Justin parurent peu d'années après la mort de cet apôtre.

(2) Voir Newman, Lectures on certain difficutties felt by anglicans in\submiiting to thé Catholic. Churcfr, London?1850,

épiscopal , en employant son activité à propager et à défendre les vérités qu'avaient enseignées les apôtres, ne fit que manifester et développer une vie dont le principe était l'autorité, il s'ensuit manifestement que ce principe était celui qui l'animait, qui le faisait vivre et prospérer, et auquel il devra toujours sa vie et ses progrès. Or, c'est dans ce principe précisément que consiste la règle de foi catholique.

En conséquence, et par l'effet de cette vitalité fondée sur le principe d'autorité, nous voyons condamnés et expulsés de l'Église, comme on expulse d'un corps les matières hétérogènes, les docètes, les simoniens, les ébionitesavec les nazaréens, les cérinthiens, les nicolaïtes. Ce même corps épiscopal, en se dilatant dans les siècles suivants à l'Orient et à l'Occident, au Nord et au Midi, non-seulement ne perdit rien de son existence matérielle, mais continua sa vie d'activité provenant toujours du même principe. Il est vrai qu'on voyait mourir successivement les hommes investis de l'épiscopat; mais l'épiscopat lui-même, comme personne morale toujours vivante, poursuivait sa marche ou son action constamment conservatrice et tutélaire. A peine quelqu'un de ses membres était- il enlevé par la mort, naturelle ou violente, que les évêques s'assemblaient pour lui donner un successeur. Ces évêques

lect. 3; Life in the move ment of 1853, p. 37-38, où cette pensée est parfaitement développée , comme le même auteur l'a fait encore dans son Histoire du développe ment, etc.

T. il. 8

ensuite, comme le rapporte saint Irénée, avant de revêtir le nouvel élu de la dignité épiscopale, examinaient si sa foi était pure, et ne le consacraient pas qu'il n'eût fait sa profession de foi dans des termes conformes à la croyance du reste de l'Église (1). Que si avec le temps un évêque venait à forfaire à sa promesse en s'écartant, en quelque manière que ce fût, de la doctrine dont il avait fait profession au moment de son élection, ou bien en répandant des nouveautés suspectes, aussitôt le métropolitain et les évêques de la province, ou même du diocèse entier (suivant la division civile (2) de l'empire romain d'alors) , commençaient par constater le fait, puis déposaient F évêque prévaricateur et mettaient à sa place un évêque orthodoxe (3) ; ou bien l'accusation était déférée à F évêque de Rome, qui prononçait la sentence de déposition , ou confirmait en cas d'appel la sentence déjà portée, ou l'annulait suivant les cas, après que

(1) L. m, c. 3, § 2. On peut lire Massuet, diss. 3, prélim., De ïrénaéi doct., art. 3, Detradit. auctor. et ftmdam.; Mœhler, Patrol., art. Irénée., et Lumper, Hlsï. tfieot'o'gt'cô-cHticà, etc.,

part. 3, Augsbourg, p. 318 et suiv., où il ajoute deux observations de Massuet, de doctes réflexions contre Deiling et les autres protestants. — Béraud-Bercastel, dans son Hist. de l'Eglise, emploie au féminin le mot diocèse pour signifier une division civile de l'empire romain. Le lecteur choisira. (Note du trad.)

(2) Cette question est savamment discutée par Sirmond, Censura conjeclurx anony mi script, de suburbicariis regionib. et Ecclesiis, tome iv de ses œuvres, Paris, 1696.

(3) Voir Massuet, 1. c, n. 19.

les preuves avaient été discutées. L'histoire ecclésiastique nous a laissé des monuments irréfragables de cette discipline dans le fait de Paul de Samosate, évêque d'Antioche (1), et dans celui du grand Denis d'Alexandrie qui, quoique soupçonné injustement et faussement accusé de nouveauté auprès de saint Denis, évêque de Rome, fut obligé de se justifier de cette accusation, et ne fut absous, en même temps que maintenu dans son siège si éminent, qu'après avoir fourni des preuves satisfaisantes de son orthodoxie (2). En outre, la discipline de ces temps, confirmée depuis par les canons formels des conciles œcuméniques, exigeait que les évêques d'une même province se réunissent en concile deux fois chaque année, pour conférer ensemble sur les besoins les plus pressants de l'Église, et particulièrement en ce qui intéressait la foi (3) . Par là était rendue impossible

(1) Ce sujet est traité au long par De Maestro, dans sa préf. mise en tête de l'élégante édit. rom. des œuvres de saint Denis d'Alex., p. 14 et suiv., à l'occasion de la lettre de ce saint dirigée contre Paul de Samosate, dont il soutient avec érudition l'authenticité contre certains critiques.

(2) Ibidem, et dans les œuvres de saint Athanase, t. 1, part. 1, De senientià Dion. Episl., p. 191-207, De Decretis nicaanœ fiel., n° 25, p. 181 et suiv., et t. m, § 3, epist. De synod. Jrimmen. et Seleuc. ,n<> 45. Ont encore écrit sur ce sujet Eusèbe, Hist. eccl. 1. 7, c. 26, et S. Jérôme, De ïlris, c. 69.

(3) Les évêques étaient anciennement obligés de rendre compte de leur doctrine et de leur conduite au synode de la

toute innovation capable d'altérer, en quelque chose que ce fut, la saine doctrine : d'autant plus que ces assemblées devaient envoyer ensuite des lettres dites formées, à chaque métropolitain des autres provinces, et principalement à l'évêque de Rome (1), pour rendre compte aux diverses Eglises de ce qui pouvait

province, et étaient unis avec le monde entier au moyen de lettres dites de communion. Voir Canones nicœnxprimx synod., can. 5, dans Mansi, Sacr. Conc. nova et ampl. coll., t. il, col. 670 ; et le canon 20 du concile d'Antioche de l'an 341, ibid., col. 1315, ainsi que le canon 19 du concile de Chalcédoine, ibid., t. vu, col. 420 (dans notre Dictionnaire universel des conciles, édit. Migne, t. n, col. 31 ; 1. 1, col. 144 et 422). Par ces canons, aussi bien que dans le canon 36 des apôtres, ibid., t. i, col. 35 (Dict. univ. des conc, t. n, col. 1318), il était prescrit aux évêques de chaque province de se réunir en synode deux fois par an pour maintenir l'intégrité de la foi. Nous nous contenterons de rapporter les paroles du concile de Chalcédoine : « Quemadmodùm antiqui Patres statuerai! t . . . quamobrem « visum est nobis ut synodus conveniat, et bis quotannis con- « gregetur... ut corrigantur quœcumque ad eum (metropolita- « num) corruptiones delata? sunt ; quemadmodùm Patres ante « nos prseceperunt. " lie même statut fut porté par le pape Innocent I, et recommandé de nouveau par saint Léon, epist. 16, c. 27, édit. Baller., t. i, col. 724, pro custod. concord. unit. Voir aussi le décret de Gratien, diss. .18. Avec cette discipline il était impossible qu'il se fît des innovations dans la doctrine. (1) S. Optât fait mention de ces lettres, De schism. Donati, 1. 2, en ces termes : « Siricius hodiè qui noster est socius cum « quo nobiscum totus orbis commercio formatarum, in unâ so- « cietate communionis concordat » (édit. Dupin, Anvers, 1702, p. 32). Voir aussi sur ces paroles les notes 38 et 39 de cette édition, et celles de Baudouin, ibid., notes 133, 134.

se passer de plus important dans leur province particulière. De cette manière , le corps épiscopal , toujours compacte, toujours en commerce réciproque, traversait les siècles avec gloire, et manifestait sa vie par son activité , commencée dès les temps apostoliques, en rapport avec son principe.

La succession des évoques, depuis le temps des apôtres jusqu'à nous, est donc comme une chaîne nullement interrompue dont les anneaux sont étroitement unis et engrenés les uns dans les autres , et qui embrasse toute l'immensité de l'espace comme toute l'étendue des temps. Gela posé, il suit, par une conséquence logique qu'on est forcé d'admettre, que le vrai sens traditionnel clés vérités d'abord enseignées de vive voix, et puis consignées dans l'Écriture, a dû se transmettre sans interruption des apôtres jusqu'à nous sans qu'aucun changement substantiel pût l'altérer. Et par conséquent, pour savoir quel était dès le principe, c'est-à-dire dès son origine , l'enseignement catholique, il suffit de consulter et d'interroger l'épiscopat actuel en union avec son chef, sur quelque article que ce soit de la doctrine chrétienne. Gomment l'enseignement oral de l'Église ou le légitime sens de cet enseignement aurait-il pu perdre de son autorité ou de sa pureté en passant dans les livres saints, si ces livres mêmes ont été mis par l'Église en confrontation avec son enseignement avant que leur authenticité et leur inspiration divine fussent sanctionnées

par elle? Soit, pour servir d'exemple, l'Évangile de saint Mathieu, au moment où il parut : avant de le mettre entre les mains des fidèles, l'Église a dû s'assurer que ce livre était vraiment l'ouvrage de cet apôtre; et à quels indices put- elle le reconnaître? Ne fut-ce pas, outre les motifs extrinsèques qui pouvaient s'offrir à elle, parce qu'elle retrouvait dans ce livre la doctrine même qu'elle avait apprise de cet apôtre, ou qu'il lui avait enseignée? Ce que nous disons de ce livre doit se dire également de tous les autres, sur plusieurs desquels même l'antiquité nous fournit, à ce sujet, des documents positifs (1). Or peut-on dire

(1) Pour ne rien dire de ce qu'a écrit à ce sujet Papias [Eitseb,, 1. 3, c. 39), Clément d'Alexandrie, dans ses Hypotyposes, dont des fragments nous ont été conservés par EusÈbe. 1. 2, c. 3, et 1. 6, c 13 et 14, nous atteste expressément que saint Pierre, après avoir examiné l'Evangile de saint Marc, l'approuva et en autorisa la lecture dans les églises. Voici les paroles d'Eusèbe: «Quod cùm Petrusper revelationem SanctiSpi- « ritiïs cognovisset... librum illnm auctoritate sua comprobasse '* dicitur, ut deinceps in Ecclesiis legeretur. Refertur id à Cle- « mente in sexto Institution am libre. » La même chose nous est attestée par saint Jérôme [De ï iris) : « Quod cùm Petrus " audisset, probavit, et Ecclesiis legendum sua auctoritate edi- '• dit. » Tertullien avait dit la même chose en d'autres termes, b 4 contre Marcion, c. 5; et nous allons rapporter ses paroles, parce qu'elles vont à notre sujet : « Eadem auctoritas Eccle- " siarum apostoiicarum cseteris quoque patrocinabitur Evan- « geliis, quœ proinde per illas et secundùm illas habemus, « Joannis dico et Mattha^i, licet et Marcus quod edidit, Pétri « nffirmetur, cujus intei près Marcus. » Ainsi ont parlé égale

que l'Église ait perdu le sens des oracles du Sauveur dont elle était primitivement dépositaire, du moment où ils eurent été mis par écrit de la main de l'évangéliste? Je ne pense pas que personne ose jamais le dire.

Qu'ensuite, depuis les temps apostoliques, l'Église, ou le corps épiscopal uni au pontife romain , ait continué de manifester sa vie en agissant conséquemment à son principe d'autorité, comme elle avait commencé de le faire dès l'époque de sa naissance, c'est de quoi l'histoire de l'Église, par tant de monuments publics et solennels qu'elle a élevés, nous fournit toutes les preuves désirables. Tels sont l'action incessante de son apostolat aux 111e, ive et ve siècles, pour ne rien dire des suivants, par rapport tant aux fidèles qu'aux infidèles; les instructions qui nous en restent encore adressées aux catéchumènes, les catéchèses, etc. Telles sont aussi les condamnations successives, et toujours immanquables, de ceux qui osaient même sur un seul article contredire la doctrine enseignée et professée. Au moment du péril , le corps épiscopal se réunissait en conciles, soit provinciaux ou nationaux, soit œcuméniques, et, après avoir examiné la nouvelle doctrine , la condamnait en ce qu'il y trouvait

ment Opjgène [Eitseb., 1. 4, c. 25); S. Epîphane, Haer., 51, §6; S. Jean Chrysostome, Nom, 19 in Jeta; S. Augustin, 1. 7, c. 3; De consensu Evang., et 1. 17 cont. Faust. , c. 3; Théodoret , Prœf. in hist. relig.

d'opposé à la sienne, ou à la doctrine primitive qu'il consacrait alors par de nouvelles formules, pour en rendre plus facile le discernement d'avec le langage trompeur et insidieux des novateurs. Ainsi les fidèles enfants de l'Église étaient-ils prémunis contre la séduction. Enfin le concile prononçait l'anathème contre les contumaces qui s'obstinaient à suivre les doctrines proscrites, et les fausses interprétations qu'ils auraient voulu faire passer pour oracles de l'Écriture. Telle est en abrégé l'histoire des dogmes, et à côté de cette histoire celle aussi de toutes les hérésies.

Nous trouvons en effet que c'est de cette manière qu'ont été condamnées : au concile de Jérusalem, la doctrine des judaïsants; au concile d'Antioche, celle de Sabellius et de Paul de Samosate ; à celui de Nicée, celle d'Arius; au premier de Gonstantinople, celles de Macédonius et d'Apollinaire; au concile d'Éphèse, la doctrine de Nestorius; à celui de Chalcédoine, celle d'Eutychès; au deuxième de Constantinople , Torigénisme ; au sixième concile général, le monothélisme; et ainsi des autres, jusqu'au concile de Trente , où furent condamnées à leur tour les erreurs de Luther, de Zwingle et de Calvin. Et, par la raison contraire, c'est ainsi qu'a été sanctionnée solennellement et garantie par des formules plus précises l'ancienne doctrine catholique touchant la Trinité, la consubstantialité du Verbe avec le Père , la divinité du Saint-Esprit, l'Incarnation et ses corollaires rigou-

reux, la justification , les sacrements et tant d'autres articles de la foi chrétienne.

Si les circonstances des temps exigeaient un autre procédé, on allait au plus court en déférant au souverain pontife les erreurs nouvelles ; et celui-ci , après avoir tout discuté avec cette maturité et cette prudence qui, de tout temps, ont caractérisé le siège de Rome, portait une sentence de condamnation contre la doctrine jugée condamnable, et faisait savoir sa décision h toute l'Église. C'est ainsi en effet qu'ont été condamnées jusqu'à près de cinquante hérésies avant même l'époque du concile de Nicée, comme depuis ce concile c'est encore ainsi qu'ont été proscrites les funestes opinions d'Aérius, de Pelage, et d'autres sans nombre. Quelquefois même, sans dénonciation expresse, sans formes préalables, certaines erreurs ont été étouffées ou réprimées dès leur naissance par la réprobation universelle, comme le socinianisme et le rationalisme.

Si donc, comme on le voit , il y a eu variété dans la forme suivie pour condamner les erreurs, comme pour sanctionner la vérité catholique, le principe des décisions a toujours été immuablement le même, je veux dire le principe d'autorité, ou le principe formel de la règle de foi de l'Église catholique. Et il ne pouvait, comme il ne devait pas en être autrement; et si Ton veut bien considérer la chose en elle-même, en procédant de bonne foi et sans esprit de contention, on

en conviendra sans difficulté. Car il s'agit ici d'une doctrine surnaturelle, révélée de Dieu dans son état concret, c'est-à-dire non pas seulement quant à l'énoncé matériel , mais de plus et principalement quant à son sens le plus intime, marqué avec précision par Dieu lui même, et intimé à la société qu'il a voulu en rendre à perpétuité gardienne et dépositaire. D'où il résulte, à proprement parler, que lorsque l'Église sanctionne une vérité mise en discussion, ou révoquée en doute, ou même formellement niée, et qu'elle condamne l'erreur qui la contredit, elle ne fait autre chose, comme nous l'avons déjà dit, que de rendre authentiquement témoignage de ce qu'elle a reçu et appris de son divin fondateur, ainsi que du sens dans lequel elle l'a toujours cru et entendu. Et par conséquent, la règle de foi ne pouvait être autre, ne saurait être autre, que l'autorité. En vouloir substituer une différente, telle que l'interprétation privée, individuelle de la sainte Bible, c'est une perturbation manifeste, un renversement complet de l'ordre voulu et réglé par le Christ pour la propagation et le maintien de sa céleste doctrine. C'est vouloir rendre tristement rationnelle et dépendante de l'intelligence humaine la doctrine de Dieu ; c'est réduire au niveau de la science purement humaine ou simplement naturelle une doctrine infiniment supérieure ; c'est dégrader la révélation, dont on ne ferait plus que l'esclave de la raison.

Que si l'Église, en tranchant les controverses, en consacrant un dogme, ne fait autre chose au fond que d'attester un fait , que de rendre un témoignage infaillible et authentique de ce qu'elle a reçu du Christ et cru invariablement en conséquence , c'est une nécessité d'en conclure que ceux qui s'inscrivent en faux contre un tel témoignage se condamnent eux-mêmes, par cela seul qu'ils se déclarent les ennemis de Dieu ou de sa doctrine révélée ; il faut en conclure en outre que, lorsqu'ils s'insurgent contre une doctrine déjà reçue de l'Église, et dont celle-ci était en paisible possession jusqu'au moment de leur révolte, ils se dressent impudemment contre un enseignement divin, auquel ils ont la folie de vouloir substituer une invention purement humaine.

Et comme c'est .un principe très fécond, on ne sera pas fâché de nous le voir mettre en lumière par quelques exemples. Quand Zwingle et Calvin entreprirent de substituer le sens figuré au sens naturel et obvie des paroles par lesquelles Jésus-Christ avait affirmé à ses disciples, en instituant l'Eucharistie, qu'ils y recevaient son corps à manger et son sang à boire, n'est-il pas évident qu'ils donnèrent un démenti à Jésus-Christ? Et comment cela? En ce qu'en même temps que le Christ avait prononcé ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, il en avait donné le vrai sens à ses apôtres, et dans leurs personnes à toute l'Église. Nous dirons de même de

Luther, quand il tenta d'introduire son nouvel élément de ïimpanation. De même, lorsque ces novateurs dénièrent à l'Église le pouvoir d'absoudre, au moyen du sacrement de pénitence, les fidèles de leurs péchés, ils contredirent simplement Jésus-Christ, qui, en disant à ses apôtres : Recevez le Saint-Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez, leur avait donné, et par eux à l'Église, la saine intelligence de ces paroles, que dès lors l'Église a mises en pratique, conformément aux intentions de celui qui les lui avait fait entendre, longtemps avant par conséquent que saint Jean les eût enregistrées dans son Évangile. Disons la même chose, par parité de raison , de tout autre article professé par l'Église. Ainsi, dans cette admirable institution du corps ecclésiastique, dans l'harmonique unité de son organisme, on trouve toujours une sûre garantie d'une identité parfaite de doctrine entre l'enseignement actuel et l'enseignement primitif. C'est donc bien justement que nous avons dit que, pour connaître ce que l'Église enseignait dans ses commencements, il suffit de voir ce qu elle enseigne aujourd'hui, parce que c'est en tout temps le même enseignement, plus ou moins explicite toutefois, suivant les circonstances qui ont pu exiger un développement plus ample de la doctrine.

Or, puisque chaque chose au monde a sa nature

propre, et que cette nature c'est son identité, l'Eglise, par l'usage qu'elle a fait de son autorité en définissant au besoin les questions de foi , n'a donc fait que manifester sa vitalité, en développant le principe qui avait présidé à sa formation. Elle est toujours restée identique à elle-même, et c'est ainsi qu'elle continuera de traverser tous les siècles h venir jusqu'à ce que vienne la fin de son pèlerinage sur la terre, alors que la vérité se découvrant sans nuage et sans qu'aucune ombre d'erreur puisse obscurcir son éclat, elle jouira en plein repos du fruit de ses victoires.

ARTICLE II

La règle catholique de foi, considérée au point de vue historique, est la seule qui ait maintenu l'intégrité de la foi contre toutes les sectes.

Méthode que nous voulons suivre dans cet article. — L'idée que nous présentent de la foi les saintes Ecritures. — Identité de la foi dans tous les temps. — Développement de la foi par la venue du Sauveur. — Comment Dieu a pourvu à la conservation des vérités révélées dès le commencement du monde. — Economie particulière de la divine Providence pour la môme fin à l'égard du peuple hébreu. — Jésus-Christ a fait entrer dans cet ordre de providence l'Eglise qu'il a instituée en lui confiant le dépôt de la révélation. — Combien de sectes se sont élevées dans le christianisme pour ravir et dilapider le dépôt confié à l'Eglise. — Cause du grand nombre de ces sectes. — Fermeté qu'a montrée l'Eglise à les rejeter et à les condamner. — Combien l'Eglise a eu à souffrir de la turbulence des sectes, qui toutes cependant ont fini par se dissiper. — Dans l'hypothèse protestante le dépôt des vérités de la foi serait anéanti. — Aperçu des contradictions des protestants sur l'article de Y Eglise, — comme sur tous les autres articles de croyance. — Il en résulte que le protestantisme n'est autre chose que l'œuvre de l'homme et de l'esprit de ténèbres, — et l'Eglise catholique l'œuvre de Dieu. — L'Eglise n'a pu être ébranlée par aucun des assauts qui lui ont été livrés. — Parallèle établi entre les païens et les hérétiques .

Il est à propos, pour rentrer heureusement dans notre sujet, d'exposer d'abord l'idée générale de la foi telle que la Bible nous la fournit , et qui est , après

tout, conforme à celle qu'en ont en général tous les hommes ; nous opposerons ensuite à cette idée celle qu'il faudrait y substituer logiquement dans l'hypothèse protestante ; et enfin nous mettrons le sceau à ces considérations par la preuve irrécusable des faits. En plaçant ainsi en regard l'un de l'autre les deux systèmes opposés, nous nous trouverons plus en état de juger l'extrême discordance de l'un, et le concert harmonieux, le parfait ensemble de toutes les parties de l'autre. Dans l'un, nous verrons la désunion et la ruine sortir de ses principes comme l'effet de la cause ; dans l'autre, la solidité du magnifique édifice dont il est la base : celui-là nous apparaîtra comme l'œuvre de l'homme, celui-ci comme l'œuvre de Dieu ; et par là même ce contraste fera ressortir davantage à nos yeux toute la beauté du système catholique, de même que la lumière paraît plus belle lorsqu'elle est sur le point d'être remplacée par les ténèbres. Quelle est donc l'idée que l'Écriture nous donne de la foi, quel est le tableau qu'elle nous en présente? Considérée d'abord dans son origine, la foi nous est offerte comme un don tout gratuit de Dieu , accordé à dessein par sa bonté infinie pour servir de contre-poids à l'infidélité de nos premiers parents (1). Ceux-ci, incrédules

(1) C'est ce que l'apôtre saint Paul inculque en plusieurs endroits de ses épîtres aux Romains et aux Galates, qui roulent en grande partie sur la nécessité de la foi, comme unique moyen pour obtenir la grâce de la justification ; mais plus expressé-

aux menaces que Dieu leur avait faites dans le paradis terrestre, avaient aspiré h devenir tels que lui , à posséder comme lui la science du bien et du mal , et par là s'étaient rendus coupables d'une honteuse prévarication. Par suite de ce crime, leur perte eût été irréparable aussi bien que celle de tous leurs descendants, sans qu'il leur restât aucune espérance de recouvrer leur félicité, si Dieu, dans son immense miséricorde , ne leur avait présenté le moyen de se relever de leur chute funeste. Ce moyen, c'est la foi , ou F assujettissement volontaire de la raison orgueilleuse à la croyance des vérités mêmes qu'on ne comprend pas : sacrifice de la raison qui honore Dieu , mais sacrifice indispensable , et par lequel seul l'homme a pu jamais et peut encore s'ouvrir l'entrée du ciel. Considérée ensuite par rapport à son objet, la foi comprend tout ce qu'il a plu à Dieu de manifester à l'homme. Sous la loi ancienne, l'objet de la foi se réduisait à peu d'articles : savoir, à la croyance d'un Dieu créateur et rémunérateur, et du futur libérateur promis. Dieu veilla constamment à ce que cette foi restât toujours vive et ne s'altérât en aucune manière, au moins dans le peuple qu'il s'était choisi parmi les descendants d'Abraham, comme déposi-

ment encore dans sa première épître aux Corinthiens, 1, 21, par ces paroles : « Plaçait Deo per stultitiam preeclicationis salvos « faceiv e-mlentes. »

taire et gardien de la précieuse promesse , en sorte qu'aucun mélange d'erreur ne pût en corrompre la pureté. Le caractère de la loi , tant cérémonielle que judiciaire, donnée à ce peuple, qu'elle séparait comme par un mur de tous les autres peuples de la terre , la forme toute providentielle et théocratique de son gouvernement , la succession des grands-prêtres , la mission extraordinaire des prophètes : tout était dirigé vers ce but suprême de conserver et de transmettre à tous les siècles qui suivraient la foi pure et entière du libérateur promis, de ce grand envoyé qui aurait pour mission de relever de sa chute l'immense famille humaine, et de lui rendre la dignité qui lui avait été primitivement conférée daijs la personne de nos premiers parents. Quand le Christ vint satisfaire et combler l'attente et l'espérance générales par son apparition dans le monde, lés articles qui comprenaient les choses à croire ne s'augmentèrent pas en eux-mêmes, à proprement parler ; ils ne firent que se développer, et ce qui n'était d'abord, pour ainsi dire, qu'à l'état de germe, passa à l'état de fruit venu à maturité, avec les proportions d'amplitude ou d.e grandeur voulues pour cette nouvelle forme. En un mot, on vit alors se produire au dehors ces mêmes articles qui avaient été jusque-là renfermés sous l'enveloppe des divines promesses (1).

(1) Saint Thomas, en effet, dans sa Somme. 1 , 2a r.q. 108, T. il 9

Si Ton considère avec quelque attention l'ensemble clés dogmes chrétiens, on verra sans peine la vérité de ce que nous venons de dire. Car ces dogmes se rapportent à la personne adorable du Fils de Dieu, soit en elle-même, soit dans ses relations avec les deux autres personnes, et à ce que le Fils de Dieu a fait pour l'homme, comme aux fruits que l'homme en a retirés, tant pour la vie présente dans les moyens de salut qui lui ont été procurés, que pour la vie future dans le salut éternel que ces moyens lui ont assuré. A la personne du Fils de Dieu se rapportent ses deux natures, divine et humaine, subsistant dans un même suppôt, qui est le Yerbe divin , fils de Dieu par nature, et sa double voloitfé comme sa double opération, conséquences nécessaires de sa double nature; à ce qu'il a fait se rapporte la sainteté de sa morale, qui contient l'idéal de la vertu et de la perfection élevée à sa plus haute puissance ; tout ce qu'il a souffert et enduré dans le sacrifice volontaire et douloureux qu'il a offert de lui-même sur le Golgotha, sa glorieuse résurrection , son ascension au ciel. Enfin, ce qui se rapporte aux moyens cle salut offerts aux

art. 3, se propose la question : IJtrùm lex nova in veteri coniineatur, et il répond affirmativement, non quant à l'acte, mais quant à \& vertu : « Sicut effectus in causa, vel completum in " completo, sicut genus continet species potestate et sicut tota « arbor continetur in semine, et per hune modum nova lex « continetur in veteri. »

hommes comme le fruit des mérites qu'il s'est acquis par sa passion et par sa mort, de la satisfaction que Dieu a reçue par lui pour nos péchés, et de la réconciliation qu'il a ménagée entre le ciel et la terre, ce sont les grâces actuelles nécessaires à la justification des adultes et à leur persévérance dans cet heureux état; la grâce sanctifiante qui rend l'homme formellement juste et agréable à Dieu ; le mérite des bonnes œuvres, prolongement et extension de ses mérites dans chacun des fidèles ; la vertu des sacrements, qui sont comme les canaux par lesquels la grâce découle sur nous des plaies du Sauveur comme de leur source intarissable ; la continuation du sacrifice sanglant dans l'oblation non sanglante qui s'en fait par toute la terre; l'institution de l'Église comme moyen extérieur de direction établi pour nous guider et nous protéger par la dispensation qu'elle nous fait de ses dons ; enfin la vie éternelle et la résurrection future et universelle de nos corps, qui rendront pleine et parfaite la réintégration de notre nature, perdue ou défigurée par le péché primitif.

Tous ces articles sont contenus implicitement, pour parler le langage cle l'école, dans les deux articles crus dès les temps anciens avant comme depuis la loi cle Moïse, touchant un Dieu créateur et rémunérateur, et touchant le Sauveur promis ; et maintenant que la grande promesse a été accomplie, les mêmes articles continuent d'être crus, mais d'une manière explicite,

c'est-à-dire développés, expliqués, dégagés en un mot de l'enveloppe mystérieuse qui, comme nous le disions tout à l'heure, les renfermait et les couvrait. Ainsi la foi , considérée par rapport à son objet formel, est toujours restée la même en soi, dans son unité, dans son identité immuable ; seulement son développement matériel est devenu plus entier, plus complet, et ce n'est qu'en ce sens que s'est augmenté le nombre des articles de notre symbole, outre le développement ultérieur qu'ils ont reçu dans le long cours des siècles des définitions dogmatiques de l'Église. Et qu'il nous soit permis d'observer ici en passant combien est maladroit , en même temps qu'injuste, le reproche que les protestants font à l'Église d'avoir accru, disent-ils, le symbole par tous ces nouveaux articles qui n'en faisaient pas partie primitivement , puisque ces articles n'ont de nouveau que le développement de tout ce que renfermaient en germe les articles anciens, qu'ils ne sont que les corollaires de théorèmes admis de tout temps, que des explications enfin rendues nécessaires par le nombre toujours croissant des hérésies, qui, en enviant à l'Église le dépôt de la foi que Dieu lui a confié, l'ont obligée à en assurer l'intégrité par ses définitions et ses formules (1).

(1) Les scholastiques, pour qui les protestants affectent tant de mépris, avaient prévenu cette difficulté et l'avaient résolue d'avance dans la question qu'ils s'étaient proposée : Dtriirti ar-

Lisez la Bible depuis la première page de la Genèse jusqu'à la dernière de l'Apocalypse, et vous vous convaincrez sans peine que l'idée ou le magnifique dessein de la foi n'est pas autre que ce que nous venons d'en tracer en peu de lignes. Une unité parfaite dans l'ensemble, un tout harmonieux en plein accord dans toutes ses parties, voilà ce qui vous y frappera tout d'abord, ce qui ravira votre âme, et que vous ne pourrez contempler sans admiration. Que si ensuite vous tournez vos regards vers les moyens multipliés dont Dieu s'est servi pour maintenir dans leur intégrité les articles de croyance confiés à nos pères en vue du salut de tous, votre surprise et votre étonnementne feront que s'accroître. Dieu voyant, en effet, qu'à mesure que la famille humaine, après avoir

ticuli fidei secundimi successionem temporum crever lut; et saint Thomas avait répondu pour eux tous, il, q. 1, art. 7 : «• Quôcl quantum ad substantiam articulorum fidei, non est fac- « tum eorum augmentum per temporum successionem ; quia « qusecumque posteriores crediderunt , continebantii r in fide « praecedentium patrum, licet implicite. Sed quantum ad expli- « cationem crevit numerus articulorum, quia quœdam explicité « cognita sunt à posterioribus, quse à prioribus non credeban- « tur explicité. »

Or, ce qu'a dit saint Thomas en termes concis, suivant sa coutume, mais pleins de sens, a été traité au long par les théologiens venus depuis, tels que le cardinal De Lugo, De virtute fidei divinse, disp. 3, sect. 5; Grég. de Valence, dans ses huit livres de Y Analyse de la foi catholique ; Su arez, De fide theol., disp. 2, sect. 6, etc.

échappé au déluge général, se multipliait de nouveau et se dispersait jusqu'aux contrées les plus lointaines, les vérités qu'il avait révélées à nos premiers auteurs oit étaient mises en oubli, ou se corrompaient insensiblement par des altérations plus ou moins pernicieuses, voulut, pour en prévenir la perte entière, qu'un peuple particulier eût la mission spéciale d'en conserver intact le précieux trésor. Il fit choix à cet effet de la postérité d'Abraham, qu'il avait fait passer de la Chaldée dans la Palestine. Il donna à ce peuple, en outre de la loi naturelle commune à tout le genre humain, une autre loi particulière, positive, et fit alliance avec ce même peuple en lui déclarant solennellement que son bonheur ou son malheur même temporel dépendrait de sa fidélité ou de son infidélité à lui tenir les engagements pris avec lui-même. Par là, Dieu séquestra, pour ainsi dire, et sépara ce peuple de tout autre peuple, pour l'empêcher de jamais se mêler ou se confondre avec le reste des nations. Il l'en sépara, en ce qui regarde le culte, par le rite de la circoncision et des autres observances légales ; en ce qui concerne la vie civile , par la différence de la nourriture, en lui dressant le long catalogue des animaux immondes dont il ne lui serait pas permis de manger ; en ce qui touche, enfin, la vie domestique, par la défense qu'il lui fit de s'allier par des mariages avec tout autre peuple. Il fit en sorte, de plus, que la partie cérémonielle de la loi fût symbolique ou

figurative du Messie promis et attendu, et qu'elle montrât comme à demi-jour par ses diverses prescriptions de rites et de sacrifices les circonstances particulières de la vie de l'Homme-Dieu , et spécialement le sacrifice expiatoire qu'il aurait à accomplir sur le Calvaire. De cette manière , ces articles de foi furent incorporés, pour ainsi dire , et incarnés dans la loi même, sans pouvoir s'effacer ou s'altérer jamais; et la foi dut s'en perpétuer invariablement dans la vie pratique et religieuse de ce peuple, où elle trouvait sa vie et son aliment journalier (1 ).

Mais comme ce peuple lui-même, entraîné tant par

(1) Cette économie , nous est admirablement exposée dans le Nouveau Testament. Jésus-Christ , après sa résurrection , Luc. xxiv, 23-27, déclara à ses disciples qu'il avait dû souffrir d'abord, et puis être glorifié selon qu'il était écrit dans Moïse et dans les prophètes. Or, aucune prédiction de ce genre ne se trouve dans Moïse, c'est-à-dire dans le Pentateuque pris dans le sens littéral : il est donc nécessaire de l'interpréter dans le sens mystique, ou dans les symboles qui figuraient prophétiquement la passion du Messie. Ces figures symboliques nous sont découvertes par saint Paul, Hebr. ix, 1-14 ; x, 1-16, et ailleurs; et par Jésus-Christ lui-même, Joan. m, 14-15; M att. xxvi, 28. Ces symboles se trouvaient encore dans les sacrifices, comme le déclarent S. Pierre, I Ep. il, 24; S. Paul, II Cor. v, 21. De là vient que Jean-Baptiste, dès la première fois qu'il vit notre Seigneur, l'appela V Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde, pour faire entendre que c'était là la victime préfigurée clans les sacrifices sanglants de la Loi. Ranolder traite ce sujet avec beaucoup d'exactitude dans son Hermeneut. Biblic, Quoique Ecclesiis , 1838, p. 4, c. 2, § 112.

son caractère dur et indocile que par l'exemple contagieux et continuel des peuples voisins, cédait fréquemment à la tentation d'abandonner le vrai Dieu pour le culte des idoles, et qu'ainsi les vérités qui lui étaient confiées auraient pu se perdre, Dieu, par une providence toute spéciale, le rappelait de sss écarts à l'observance de ses lois. Il permettait pour cela souvent que ce peuple tombât en captivité et dans une dure servitude , afin que ces châtiments le fissent rentrer en lui-même et revenir à de meilleurs sentiments ; dans ce même but, il lui envoyait des prophètes, avec la mission extraordinaire de le reprendre avec force, de lui reprocher ses transgressions et de le menacer de châtiments ultérieurs , en même temps qu'ils rappelaient la promesse faite d'un Messie et réveillaient son attente par des prédications de plus en plus claires. Au moyen de cette admirable variété d'événements tantôt heureux , tantôt malheureux, de ces avertissements répétés, de ces prophéties, de ces miracles, enfin, la race d'Abraham put traverser une longue suite de siècles jusqu'à la plénitude des temps où, selon les desseins de Dieu, devait paraître le grand Envoyé , et sut maintenir intact le dépôt des articles de croyance confié à sa fidélité.

La promesse faite par Dieu au genre humain ayant été accomplie par la venue du Sauveur, ce moyen exceptionnel de conservation des vérités révélées fut remplacé par l'institution d'une Église infaillible et

perpétuellement visible, ayant Jésus-Christ pour auteur, et destinée à maintenir inviolablement la même foi, mais d'une manière plus explicite et développée dans ses articles distincts. Telle a dû être, et telle sera toujours désormais la voie ordinaire , la voie unique pour transmettre et interpréter la vérité révélée. Dans ce but, le Christ a investi son Église de sa propre autorité, lui a promis sa continuelle assistance, et a fait pour tout le monde un devoir rigoureux de T écouter, en menaçant de sa réprobation quiconque oserait la contredire, et en rangeant d'avance ces rebelles orgueilleux parmi les infidèles et les publicains, parmi les séducteurs et les antechrists. Chargée de cette mission, revêtue de cette autorité et appuyée sur ces promesses, l'Église n'a pas discontinué d'accomplir avec confiance sa destinée depuis ses commencements jusqu'à nous. Toujours semblable à elle-même, toujours invariable dans son enseignement, elle a traversé les siècles comme un fleuve majestueux, et poursuit encore aujourd'hui son paisible cours, en attendant le moment où elle se précipitera tout entière dans l'immense océan, je veux dire dans le sein de Dieu, abîme mystérieux d'éternelle vérité, qui lui fera échanger les épreuves terrestres avec l'état triomphant d'une immortelle gloire.

Pendant la durée de ce cours, il s'est élevé pour tourner, s'il eût été possible, sa direction, des troupes presque innombrables, je ne dis pas seulement de novateurs

et d'hérétiques avec leurs bandes particulières, mais de familles nombreuses de ces sectaires sorties de souches communes, se divisant ensuite et puis encore se subdivisant, mais pourtant gardant toujours le caractère, le génie propre , l'erreur fondamentale , pour mieux dire, qui les distingue des autres familles issues de souches différentes. Ces sectes, ainsi subdivisées, n'avaient donc plus alors d'autre différence respective que certaines nuances dans le sens qu'elles attachaient à l'erreur originaire, adoptée d'ailleurs par toutes également. Nous ne voyons, pour en citer quelque exemple , que des hérésiarques individuels dans Cérinthe, Sabellius, Noët, Théodote, Tatien et autres semblables ; mais nous voyons des familles dans le docétisme, et surtout dans le gnosticisme des trois premiers siècles : secte la plus nombreuse, la plus féconde et la plus étendue , puisqu'elle allait jusqu'à rivaliser avec l'Église catholique (1). Puis, dans les

il) Newman, dans son llist. du dével. de la doct. chrél. traduite par M. Jules Gordon, Paris, 1848, dit, en parlant du gnosticisme : « Son hérésie (de Simon le Magicien, chef des gnostiques), quoique divisée en une multitude de sectes, fut répandue sur le monde avec une universalité qui ne le cédait pas à celle du christianisme. » Et le Dr Btjrton ajoute (Rampton, Lect. 2) : « Quand il (celui qui lit l'histoire du christianisme) arrive au ne siècle, il voit que les doctrines des gnostiques étaient professées, sous une forme ou sous une autre, dans toutes les parties du monde civilisé. »

siècles suivants, nous trouvons Parianisme (\) et Phérésie des iconoclastes , et, parmi les schismatiques, le novatianisme , le donatisme, le photianisme. Parmi les sectes hérétiques des temps plus modernes, en passant par-dessus les familles des cathares, des albigeois et des vaudois, nous arrivons à la grande famille du protestantisme , et, quant aux sectes schismatiques, à la famille de l'anglicanisme. Il serait inutile autant que fastidieux de dresser P arbre généalogique de chacune de ces familles. Il sera plus à propos d'observer ici, en passant, qu'on ne doit nullement être surpris de voir tant de sectes et de familles de sectes, soit hérétiques, soit schismatiques, naître du sein du christianisme et même de l'Église catholique. Ce phénomène s'explique sans peine pour peu que l'on considère, d'une part, le principe d'autorité, de soumission, et, par conséquent, de docilité et d'humilité, imposé par Jésus-Christ à son Église en dépit de l'orgueil humain ; et, de l'autre, le principe d'in-

(1) Par rapport au développement que prit i'arianisme, il suiiit de lire ce qu'en a écrit Mœhler {/îthanase-le-Grand7tvm\. de l'allemand par J. Cohen, Paris, 1840, t. ni, 1. 6), qui n'a pas fait difficulté de dire que l'Eglise se trouva à deux doigts de sa ruine par suite des violences exercées par Constance, et du remplacement des évêques catholiques dans leurs sièges par des évoques ariens en Orient comme en Occident. Encore n'ai-je rien dit des Goths, tous ariens, qui « régnèrent quatre-vingtsix ans dans les Gaules, cent vingt-quatre ans en Espagne, et à peu près cent ans aussi en Italie. »

dépendance, de liberté, et, par conséquent, de révolte contre toute autorité, inhérent à la nature humaine dans son état actuel, mais qui se manifeste surtout en présence d'une autorité qui exige, outre l'assujétissement de la volonté, celui de la raison. Le simple mot de liberté ou d'indépendance est comme l'étincelle électrique qui n'est pas plus tôt mise en contact avec l'orgueil humain, qu'elle le surexcite, l'ébranlé et l'agite. Il faudrait être bien novice dans la connaissance de F histoire, aussi bien que de la nature humaine, pour se pâmer d'étonnement à la vue de l'heureux succès que ne manque guère d'obtenir quiconque peut emboucher la trompette de l'insurrection, et faire parvenir aux oreilles de la multitude le son toujours doux et séducteur des mots d'indépendance et de liberté, en quelque ordre d'idées que ce puisse être. L'idolâtrie, le polythéisme, l'incrédulité, sont autant de preuves invincibles de ce fait historique. Si je devais m' étonner, ce serait de rencontrer quelque part le fait contraire.

L'Église donc, jalouse du riche et noble dépôt qui lui a été confié, voyant ces troupes si nombreuses d'agresseurs continuellement aux aguets pour l'en dépouiller, s'il était possible, ou du moins pour le souiller de leurs atteintes impures, a répondu à toutes leurs tentatives par le refus constant de toute concession de ce genre, si minime qu'elle fût ; fidèle à toutes les volontés de son divin époux, elle a repoussé loin

d'elle avec un généreux dédain tous ces téméraires séducteurs qui, à diverses reprises, auraient voulu lui ravir ce qui fait son bonheur et sa gloire. Elle les a séparés d'elle, les a expulsés de son sein, et, sans être arrêtée par la considération de leur génie ou de leur savoir, de leur rang ou de leur dignité, ou de leur force numérique quelle qu'elle pût être, elle les a retranchés de son corps et du nombre de ses enfants. Elle les a déclarés rebelles, novateurs, hérétiques, schismatiques , sans acception de personnes, et ainsi trappes de mort, elle les a abandonnés à leur réprobation complète, comme des cadavres en dissolution, qui, perdant toute forme humaine, se réduisent finalement à un je ne sais quoi, qui n'a plus de nom dans aucune langue (1).

L'Église a eu beaucoup à endurer et à souffrir de la part de ces rebelles, qui plus d'une fois ont réussi à prévaloir sur elle dans diverses contrées et à l'en expulser elle-même, à proscrire son culte, à bannir ceux de ses enfants qui lui étaient restés fidèles, à lui ravir ses biens, à répandre jusqu'à son sang, et à faire mourir ses ministres par légions dans les supplices les plus raffinés. Dans plus d'un pays et à plus d'une reprise, les rois et les empereurs, les princes souverains, en un mot, ont accueilli les doctrines mensongères, s'en sont faits les protecteurs, les ont fait asseoir avec

(1) Bossuet, Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans..

eux sur leurs trônes, et, par des lois cruelles, des édits féroces , par la politique la plus astucieuse et la plus perfide, ont fait tous leurs efforts pour exclure complètement de leurs États la seule vraie Église du Fils de Dieu (1). Les monuments de l'histoire nous montrent en caractères de sang les fatales époques de toutes ces atroces persécutions. Ne pensez pas pour cela que l'Église ait interrompu jamais sa mission sublime : tout en attendant un meilleur avenir dans le silence et dans l'espérance, elle continuait tranquillement l'œuvre qui lui était confiée. Et cette espérance n'a jamais été vaine : la plupart de ces sectes si nombreuses, malgré le soin qu'on prenait pour leur donner de la vie de les greffer sur quelque branche de l'administration politique ou civile, semblaient s'obstiner à mourir. Elles se sont dissipées, et ont disparu je ne sais comment de la scène bruyante du monde ; et vainement chercheriez-vous aujourd'hui les vestiges et les traces d'une grande partie pour le moins d'entre elles, dont l'existence a cessé totalement (2). C'est que l'œuvre de l'homme après tout

(1) A l'époque où régnait Clovis, sur six rois qui se partageaient le monde civilisé, il n'y avait que ce prince qui fût ca •■ tholique; tous les autres professaient l'erreur ou d'Eutychès, ou d'Arius, ou de Macedonius, et chacun de ces rois faisait dans ses propres Etats une guerre à outrance au catholicisme.

(2) Pour ne pas revenir sur le compte des ariens et des semiariens, qui ne le cédaient en nombre à aucune autre secte, pas

ne peut pas avoir plus de durée que l'homme luimême. Toute secte, quelle qu'elle puisse être, porte

plus que sur celui des gnostiques, tout le monde sait que la secte impure des manichéens occupa une vaste étendue des provinces tant de l'Orient que de l'Occident : elle s'était fait de nombreux prosélytes jusque dans la ville de Rome. En plein moyen- âge, comme on le voit par Y Histoire d'Innocent III de Hurter, t. m, liv. 13, ces sectaires couvraient sous divers noms la face de l'Allemagne, comme de la France et de l'Italie, et s'étaient répandus jusqu'à Viterbe, c'est-à-dire jusqu'aux portes de Rome. Nous aurions la même chose à dire des novatiens, qui avaient à Rome un évoque de leur faction, et occupaient toutes les provinces de l'empire; et la même chose aussi à dire des marcionites. En Afrique, les donatistes opposaient quatre cents de leurs évêques aux quatre cent soixante évêques catholiques. On pourrait en dire autant des apollinaristes, des montanistes, des origénistes, etc. Et pourtant toutes ces sectes sont disparues sans qu'il en reste de traces, bien qu'elles ne manquassent pas de défenseurs puissants, d'hommes savants et éloquents dans leur parti ; malgré cela, elles ont cessé d'être : rien n'a pu les sauver de la mort. Voir Newman, ouvrage cité, c. 4 et 5.

En résumé, aucun siècle n'a manqué de fous, ou pour mieux dire, chaque siècle en a fourni un contingent plus considérable qu'on ne saurait le croire, comme il n'en manque pas non plus aujourd'hui, et ils abondent même plus que jamais en Italie, où l'on cherche à propager le protestantisme, autre secte qui finira au temps venu comme celles qui l'ont précédée. Dans les siècles à venir, tous ces doctes protestants seront baptisés de leur vrai nom, c'est-à-dire du nom de fous, comme l'ont été les autres sectaires, leurs devanciers, qui n'étaient ni moins répandus ni moins puissants dans le monde qu'ils ne le sont euxmêmes aujourd'hui.

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avec soi dès en naissant sa sentence de mort , qui l'atteint plus tôt ou plus tard, mais immanquablement. Pendant ce temps , l'œuvre de Dieu poursuit son existence immortelle : elle passe sans danger à travers les décombres d'un monde politique qui s'affaisse ; sans lui garder rancune de ce qu'elle en a souffert parfois , elle le relève de ses ruines, en recompose l'édifice, en rassemble les pierres dispersées, et répare les pertes que lui ont fait essuyer les moments de délire et d'emportement, Elle s'incorpore et s'assimile, comme son propre sang, tous ces fils repentants qui se rejettent dans ses bras, et, grâce à une action tacite et lente, mais constamment progressive, elle se trouve , au bout de quelques cinquantaines ou centaines d'années, avoir reconquis les nations qui s'étaient jadis soustraites à son empire. Revenus de cette manière à résipiscence, ces peuples, ces individus, sont obligés d'accepter toutes les définitions qui leur sont formulées par l'Église : formules qui, dans leur rigoureuse précision , ne sont en fin de compte que comme des vêtements neufs ajustés à de vieilles vérités , pour les sauver des mains imprudentes qui voudraient leur en substituer de nouvelles. Et c'est ainsi que l'Église a su garantir de tout temps les vérités confiées à sa garde par son céleste époux.

Si l'Église, dirigée et soutenue par l'esprit de Dieu, a pu avec tant de fermeté et de sagesse con-

server toujours pur et inaltérable, malgré tant de contrariétés diverses, le dépôt sacré de la divine doctrine, que serait devenu au contraire ce dépôt en admettant même un seul instant pour vraie l'hypothèse du protestantisme ? C'est ce qu'on ne saurait dire : avec l'interprétation individuelle de la Bible donnée pour règle, il ne resterait pas une seule de tant de vérités révélées qui fût aujourd'hui debout, ou qui n'eût fait depuis longtemps naufrage. A la place du magnifique chef-d'œuvre de Dieu, nous n'aurions sous les yeux qu'une œuvre de destruction , de désordre et de scepticisme. Le christianisme, dépouillé de son caractère surnaturel, serait devenu une religion purement rationnelle et tout humaine. Il suffît de se rappeler , pour ne pas nous obliger à nous répéter, ce qu'on a déjà vu dans les chapitres précédents.

Pour donner simplement l'idée, ou pour présenter une légère esquisse du désordre qui serait la suite naturelle du système protestant, je vais me borner à un seul exemple des affirmations et des négations des divers écrivains protestants sur l'unique article de l'Église, que je choisis de préférence, parce qu'il tient de plus près à notre sujet. Qu'on demande aux protestants si Jésus-Christ a fondé une Église ; la plupart d'entre eux, il est vrai, répondront affirmativement; mais d'autres aussi le nieront nettement, et diront que Jésus-Christ a fondé le christianisme, mais

T. II. io

non une Église (1). Qu'on demande ensuite aux premiers si cette Église doit être catholique , beaucoup à la vérité seront pour l'affirmative ; mais on en trouvera d'autres qui seront pour la négative, et vous diront que Jésus-Christ n'a prescrit aucune forme déterminée (2). Qu'on les interroge encore plus à fond, et qu'on leur demande si cette Église est une, on en trouvera beaucoup qui l'avoueront, mais d'autres aussi qui traiteront cette unité de chimère (3). Si vous voulez de plus savoir d'eux si cette Église est visible, vous en trouverez beaucoup qui ne feront pas difficulté de l'affirmer, mais bien d'autres en revanche qui vous soutiendront qu'elle est tout-à-fait invisible (4). Demandez-leur après cela si elle ne se

(1) Ainsi le prétendait le calviniste Benjamin Constant, dans son ouvrage intitulé : De la religion considérée clans sa source et ses développements , Paris, 1826; et de même le luthérien Bretschneider, dans l'ouvrage allemand intitulé : Henri et Antoine, ou deux prosélytes de l'Église romaine et de l'Église évangélique.

(2) Comme Bretschneider, ouvr. cité, où il nie que Jésus- Christ ait donné à l'Église une forme quelconque, soit catholique, soit grecque, soit évangélique.

(3) M. Vinet, dans le Compte-rendu, parle des diverses formes d'unité, et affirme qu'il n'y a pas d'autre unité que celle du christianisme (voir Baudry, La religion du cœur, Lyon, 1840, p. 351) Malan aussi ne trouve pas d'autre unité que l'unité des ténèbres, p. 67, dans son ouvrage intitulé : Pourrais-je jamais entrer dan r Église romaine?

(4) Ainsi parlait Luther dans son ouvrage Von Papstthum,

compose que de justes , ou si elle renferme aussi des pécheurs, vous en trouverez plus d'un qui enseignent que les seuls justes la composent, mais en même temps plusieurs autres qui vous diront qu'elle n'est composée ni de tous les justes, ni des seuls justes, ni même des seuls chrétiens, mais de tous ceux, et de ceux-là seuls, soit chrétiens, soit gentils, soit turcs ou juifs , qui sont élus ou prédestinés (1) . Si vous vous avancez de là jusqu'à leur demander si l'on peut être sauvé hors de l'Église, les uns vous répondront sans difficulté que non, mais beaucoup d'autres vous répondront oui d'une voix unanime (2). Allez plus

ou Du Papisme, Jena, t. i, p. 266, Respons. ad librum Ambros. Catharini, 1521, et t. il, fol. 376. Ainsi le déclarait également la Confession d'Augsbourg, art. vu : Est autem Ecclesia congregatio sanctorum. De même , Malan , ouvr. et endr. cit., admet l'Église invisible et l'unité seulement dans l'Église invisible.

(1) C'est ce qu'ont dit Calvin, dans ses Institut., liv. 3, c. 2, § 8-11, et liv. 4, c. 1, § 2; Buscov. liv. 1, De regno Chrisli, c. 5; Tilmannus Herhusius, De erroribus Pontifie, 1. 12, comme on peut le voir dans Bellarmin, De Ecclesiâ, lib. 3, c. 2.

(2) Je m'abstiendrai de compter ici ceux qui sont pour la négative ; je nommerai seulement ceux qui sont pour l'affirmative. Le P. Bernard Meynier a recueilli les témoignages formels de quarante-huit des plus célèbres théologiens protestants, qui avouent qu'on peut se sauver dans l'Eglise catholique romaine. Joignez à ces témoignages ceux de la confession d'Augsbourg et de deux synodes nationaux des calvinistes français, dont l'un se tint à Charenton en 1631, et l'autre à Boudon en

loin, et demandez-leur si le protestantisme est une Église, ou du moins s'il y a des Églises dans le protestantisme, beaucoup vous parleront d'Église, et vous dirons de concert nos Églises; mais en même temps d'autres vous avoueront qu'il n'y a pas encore d'Église dans le protestantisme, et qu'elle reste toujours à former (1). Si, non content de ce merveil-

1638. Voir l'ouvrage intitulé : L'Église romaine reconnue toujours des luthériens el des prétendus réformés pour vraie Église de Jésus-Christ, en laquelle chacun peut faire son salut, 4e édit., Paris, 1680. Tout le monde sait que Henri IV se détermina à faire abjuration du calvinisme sur l'assurance que lui donnèrent les ministres protestants qu'il pourrait se sauver dans l'Église catholique. Et combien depuis cette époque pourraiton ajouter de témoignages semblables ! Voir Mgr Malou, La lecture de la sainte Bible, t. i, c. 3, p. 148 et suiv. Lorsque la princesse luthérienne Elisabeth-Christine, fille de Louis-Rodolphe de Wolfenbuttel, consulta les docteurs les plus habiles de sa secte avant d'accepter la main de l'empereur d'Allemagne, ceux-ci lui déclarèrent, dans un écrit authentique destiné à la publicité, que la religion catholique suffisait encore pour le salut. Voir les lettres du P. Seedoef, Rome, 1838.

(1) Planck, dans l'ouvrage intitulé : Situation du parti catholique protestant, dit ouvertement : « Nous n'avons pas une Église, mais des Églises. » Et Lehomau, dans son ouvrage : Ce que le protestantisme doit attendre et ce qu'il a à craindre, 1810, va plus loin et dit formellement : « On voit et on connaît le protestantisme, mais on ne saurait voir d'Eglise protestante. » Le célèbre Bunsen, celui-là même qui nia au Saint-Siège l'existence de la convention passée entre le gouvernement prussien et Mgr Spiegel, qu'il avait signée lui-même à Berlin, affirme dans son ouvrage allemand : Die Ferfassung der Kirche, etc.,

leux accord, vous voulez savoir d'eux si le protestantisme est au moins une religion, vous en entendrez bientôt la plupart s'emporter à cette demande qu'ils prendront pour un outrage ; quelqu'un d'eux cependant vous dira que le protestantisme n'est pas une religion, mais seulement le lieu d'une religion (!). Il y a plus : s'il vous prend envie de savoir d'eux si le protestantisme, comme Église ou comme religion, est autocéphale et autonome, vous les verrez se diviser en deux partis, dont l'un l'affirme et l'autre le nie (2). Et je pourrais ainsi pousser encore plus avant

c'est-à-dire, VÉlat de V Église, etc., que l'Église est encore à créer dans le protestantisme, et il trace lui-même le plan d'une Eglise future sur le modèle de l'Église établie d'Angleterre avec ses évoques sujets et dépendants de l'État. Sidow, ministre et prédicateur de Postdam, avoue de même que « les protestants n'ont pas et ne forment pas d'Église » [Revue catholique, t. ni, p. 608).

(1) C'est ce que dit Vinet dans son Essai déjà cité. Voici ses propres expressions : « Le protestantisme, quoi qu'on en dise, n'est que le lieu d'une religion. »

(2) Il serait trop long de rapporter, même par simples citations, les témoignages contradictoires des protestants, dont les uns affirment que l'Église est autonome et indépendante de l'État, et les autres le nient. Qu'il suffise de savoir que c'est là le sujet d'un grand débat qui partage en deux camps les protestants d'Allemagne, de France, de Suisse, d'Angleterre et d'Ecosse. Voir Baudet, ouvr. cit., La religion du cœur, 3e partie, c. 3, § 1 et suiv.; Martinet, Solution des grands problèmes, t. ni, c. 24; Malou, ouvr. cité, c. xi ; Newman, Conférences prêchées à l'oratoire de Londres, Paris, 1350, trad. de

sur cet article seul. Il résulte en attendant de cette simple investigation que, d'après cette diversité d'opinions entre les protestants, Jésus-Christ aurait fondé une Église, et n'aurait pas fondé d'Église; qu'il l'aurait voulue catholique, et ne l'aurait pas voulue catholique ; que cette Église serait une et noie serait pas ; qu'elle serait visible et invisible, composée de seuls justes et composée aussi de scélérats, d'infidèles, de juifs et d'hérétiques; qu'on ne pourrait se sauver hors de l'Église, et qu'on pourrait se sauver hors de son sein ; que le protestantisme aurait des Églises et n'en aurait pas ; qu'il serait Église et ne serait pas Église , religion et non religion , etc. Or, ceci n'est encore qu'un faible échantillon des contradictions formelles du protestantisme : on verrait le même fait se reproduire et d'une manière encore plus marquée sur tous les autres points de leur doctrine dogmatique et morale (1).

Jul. Gondon, conf. vi. C'est le sujet de la lutte entre les libéraux et les servilisles protestants, entre Vinet et Gaspabin, Monod, Pillet-Joly, etc., etc.

(1) Voir dans la Réforme contre la Réforme, par Hœninghaus, t. i, c. 1, p. 15-21, une longue liste d'écrivains protestants qui disent le oui et le non sur les points les plus importants, tels que le péché originel, le baptême, l'Eucharistie, le libre arbitre, la prédestination, la justification, l'éternité des peines, l'existence des anges et des démons, la résurrection des corps, le jugement dernier, l'autorité des évoques, la personne de Jésus-Christ, ses deux natures, la Trinité, etc., etc.

Après cela, qui pourra voir dans cette Babel, dans des contradictions si monstrueuses et si palpables, l'ouvrage de Dieu, c'est-à-dire de la sagesse et de la sainteté même, et non le légitime fruit des passions de l'homme, du caprice et de l'orgueil humains? Quoi! Dieu, qui est tout ordre, tout vérité, tout sainteté, serait l'auteur du désordre, du mensonge, de l'immoralité la plus effrénée? Et pourtant c'est ce qu'il en serait, si l'on supposait vraie la règle de foi du protestantisme, puisque d'une telle règle découlent naturellement, s'infèrent d'elles-mêmes, comme une conséquence nécessaire, toutes les aberrations que nous avons signalées, ou que du moins elles se trouveraient par là toutes justifiées en principe. Mais non, la seule pensée d'une telle supposition répugne, inspire l'horreur et renferme un blasphème. Il faut donc nécessairement conclure qu'elle est l'œuvre des ténèbres, de l'homme aveuglé, de l'homme en délire.

Que si l'œuvre de destruction est l'œuvre de l'homme, il s'ensuit par la raison contraire que l'œuvre d'unité, d'harmonie, de conservation, d'ordre et de vie, la règle en un mot de l'Église catholi: que, est l'œuvre de Dieu. Et que de fait, dans la nouvelle alliance, Dieu ait établi cette règle à l'exclusion de toute autre, comme moyen ordinaire et permanent de conserver intactes les vérités manifestées par lui à l'homme, en vue de lui procurer le salut éternel, c'est ce qu'on peut inférer par une analogie évidente de la

manière dont il lui a plu de conserver ces mêmes vérités dans la loi ancienne. Dieu avait veillé à la conservation de ce précieux dépôt confié au peuple choisi, en soumettant ce peuple à un gouvernement théocratique et tout providentiel ; c'est dans ce but qu'il Pavait rappelé par des voies extraordinaires de ses fréquentes infidélités, qu'il l'avait conduit par une suite de prodiges, qu'il l'avait favorisé d'un enseignement tout surnaturel par l'envoi successif des prophètes ; qu'il avait créé au milieu de ce même peuple un sacerdoce perpétuel et un tribunal souverain, pour le maintien de sa loi.

Et ce grand Dieu qui avait entouré sa révélation de tant de précautions, qui l'avait sauvegardée par tant de moyens, qui s'était montré si jaloux d'en perpétuer sans altération les articles si simples, si faciles à maintenir inaltérables, aurait ensuite voulu sous la loi de grâce, après que ces mêmes articles auraient reçu leur plein développement et leur accomplissement entier, les abandonner à la merci de quiconque trouverait intérêt à les mal interpréter, à les altérer, à les mutiler, à les anéantir? Oh ! non, Dieu ne change point, et par conséquent il a du mettre à l'abri de toute altération un moyen de salut si nécessaire à tous. On dira que ce Dieu, après avoir réussi à conserver sa loi pendant quarante siècles dans sa pureté et son intégrité première, n'aura pas pu, suivant le système protestant, la conserver ensuite

plus de trois ou quatre siècles, malgré toutes ses promesses les plus solennelles de la faire durer tant que durerait le monde? Non, je le répète, c'est ce qu'on ne dira jamais. Mais puisqu'il lui a plu de substituer l'Église dans cet office providentiel, il a dû la doter d'infaillibilité, et la rendre par là propre h remplir son but, comme elle l'a rempli jusqu'ici, et continuera de le remplir jusqu'à la fin du monde.

Tel est encore le motif pour lequel Dieu a soutenu cette Église parmi toutes les affreuses secousses qui lui sont venues de tous côtés comme en tous temps, et auxquelles il lui faut résister encore aujourd'hui ; c'est là le motif pour lequel il l'a fait sortir victorieuse de tant de persécutions qui lui ont été suscitées, et que lui suscitent encore au dedans d'ellemême ses enfants ingrats et dénaturés, et au dehors tant de milliers de schismatiques , d'hérétiques et d'infidèles, conjurés ensemble à sa perte ; c'est pour ce même motif qu'il n'a pas permis qu'elle fût engloutie, comme cela paraissait inévitable, sous les vagues soulevées contre elle avec tant de furie, mais l'a rendue supérieure à tous ses ennemis, victorieuse dans tous les combats, triomphante de toutes les tempêtes. Et quand elle a vu tomber à ses pieds sceptres et couronnes, disparaître en passant royaumes et peuples, périr les unes après les autres les sectes puissantes et orgueilleuses qui s'étaient promis de l'anéantir elle-même, s'en aller en fumée tous les

efforts d'une philosophie incrédule qui , sous les diverses formes de déisme, de matérialisme, de criticisme, de scepticisme , d'idéalisme, de panthéisme, s'est acharnée contre elle avec une opiniâtre persévérance , elle a reconnu, elle a senti, elle a expérimenté la main invisible du Tout-Puissant qui la soutenait et la soutient toujours, et qui, en dernier résultat, fait tout tourner à son triomphe; en sorte que chaque épreuve terminée, elle cherche ses ennemis, et ils ne sont plus. Et tout cela est justement ordonné pour le succès de la grande mission dont elle est investie de conserver fidèlement la sainte doctrine reçue du ciel.

Maintenant, comme dès le commencement de cet article, nous avons touché la manière dont Dieu s'est conduit pour conserver les vérités révélées en vue du salut des hommes, tant dans l'ancienne que dans la nouvelle alliance, la raison veut qu'avant de tirer notre conclusion, nous fassions un rapprochement entre le monde païen et le monde chrétien. Les sectes hérétiques nées du christianisme sont en un sens ce qu'était le paganisme ou les diverses nations idolâtres par rapport à la vraie religion, je ne dirai pas à la religion naturelle, puisque, par le fait, cette dernière n'a jamais eu d'existence que nous atteste l'histoire , mais à la vraie religion révélée dans les temps anciens. Ces nations s'étaient écartées de la vraie foi, ou par un oubli presque complet des vérités

révélées, ou par l'altération ou l'abus de ces vérités, qu'elles dénaturaient en les étouffant pour ainsi dire sous un bizarre mélange de fictions mythologiques , et en transportant à l'homme, et quelquefois à la brute, ce qui ne convient qu'à Dieu. Dieu a permis, au moins dans les commencements, l'aveuglement de ces nations , pour les punir de l'abandon volontaire et coupable qu'elles avaient fait de ses vérités révélées. Les sectes hérétiques , elles aussi , sont tombées dans l'égarement par l'abandon volontaire et coupable qu'elles ont fait, originairement du moins, de ces mêmes vérités, et pour tout dire, en s'insurgeant ouvertement contre elles; et Dieu a permis qu'elles s'aveuglassent, au point de ne pas apercevoir l'abîme où leur révolte les a fait tomber. Les Gentils se prévalaient de leur nombre ; et c'est ce qu'ont fait aussi, et ce que font encore aujourd'hui les sectaires, qui dans leur aveuglement font sonner bien haut les progrès et l'état prospère de leurs sectes, et insultent tous les jours à l'Église catholique, qu'ils persécutent et qu'ils oppriment (1). Mais le grand nombre

(1) Quand il est question de nombre, les protestants, quoique divisés entre eux presque à l'infini, s'unissent tous comme s'ils ne faisaient qu'une même communion, pour pouvoir rivaliser avec l'Église catholique... Ils exagèrent leur nombre, ils exagèrent l'étendue des pays qu'ils occupent; mais, malgré toutes ces manœuvres, ils ne sauraient arriver au tiers seulement du catholicisme.

Nous pouvons donner en preuve de ce que nous avançons ici

des païens ne les sauvait pas de la réprobation : seulement, quelques individus parmi eux pouvaient alors se sauver en faisant profession de la vraie foi, comme

la solennelle députation faite en octobre 1852, auprès du grandduc de Toscane, en faveur des époux Madiaï, si tristement célèbres, condamnés très justement à cinq ans de prison pour avoir, au mépris des lois, fait du prosélytisme en faveur du protestantisme. Cette députation était appuyée par les recommandations du roi de Prusse, de la reine Victoria et du prince Albert; elle se composait de Français, d'Anglais, de Suisses, d'Allemands, et du lord anglais Roden,qui,aunom de la tolérance religieuse, réclamaient la mise en liberté desdits époux. Or, il est bon d'observer que, parmi les membres de cette députation, il y avait des zwingliens, des calvinistes, des évangéliques, des luthériens, des anglicans, représentant tous ensemble le protestantisme européen, bien que chacune de ces sectes soit en guerre contre les autres. Ils réclamaient la liberté au nom de la tolérance religieuse, eux qui ne cessent de vexer les catholiques dans leurs propres pays où peut dominer le protestantisme, comme cela se voit par la Suisse, par les décrets d'intolérance récemment renouvelés en Prusse et dans d'autres États d'Allemagne, et par l'injuste sentence portée en Angleterre contre Newman, pour cette unique raison qu'il est catholique. Que penser donc du protestantisme, sinon qu'il se réduit à une conspiration toujours active contre la seule vraie Église, qui est l'Église catholique 1 Qu'est-ce que ce mot de tolérance dans le bouche des protestants, qu'un langage hypocrite et un impudent mensonge 1 Que le lecteur en juge. Voir la Civiltà catholica, n° lxiv, 2e samedi de novembre 1852.

Il est bon de savoir cependant que les Madiaï étaient des émissaires religieux et politiques de l'Angleterre ; que la femme avait passé seize années en Angleterre, où elle avait apostasie en embrassant l'anglicanisme et le protestantisme; que, de là,

le peuvent encore aujourd'hui parmi les sectes les individus qui partagent la croyance catholique, tout en y mêlant, par suite d'une ignorance invincible , quelques erreurs matérielles. Dieu se servait des infidèles pour punir son peuple prévaricateur, et le rap-

elle avait été envoyée à Florence pour y distribuer des Bibles où l'on compte jusqu'à seize cents altérations du texte original, et qu'effectivement, au moment de son incarcération, elle avait déjà distribué 11,600 exemplaires de ces Bibles falsifiées. Outre ces Bibles, les époux Madiaï répandaient, par des joueurs de vielles organisées, des images grotesques de la sainte Vierge, des âmes du purgatoire regardant à travers des treillis, et les prêtres en soutane faisant marché avec elles poui leur procurer leur délivrance à raison de deux scudi pour chacune. Ils distribuaient en même temps des libelles contre la confession, contre le pape, qui s'y trouvait traité d'antechrist, d'homme de péché, etc., etc., libelles tendant à insurger le peuple italien, comme le leur reprochait le Dr Cahil dans une lettre qu'il publia, et qui était adressée à lord Carlisle. Voir les Annales catholiques de Genève, 4e livr. 1853, p. 274 et suiv., où cette lettre est rapportée en entier. ' ue penser maintenant des tendres sentiments des protestants en fait de tolérance ? Que penser du protestantisme lui-même, quand il n'a pas honte de se porter à ces infamies 1 Que dire du grave parlement anglais, qui n'a pas rougi de délibérer en séance publique sur les moyens à prendre pour faire mettre en liberté les époux Madiaï, comme on le voit par le Tablet du 5 mars 1853 1 J'en abandonne le jugement au lecteur sensé.

Or, ces misérables époux Madiaï ont été relâchés à la requête des trois ministres de France, de Prusse et d'Angleterre, et renvoyés dans leur patrie adoptive d'Angleterre, où ils pourront professer, sans infester davantage la Toscane, ce fatras de religion qui leur plaît le plus.

peler ainsi à l'exacte observation de sa loi; et encore aujourd'hui , il se sert de même des sectes hérétiques comme de moniteurs rigides, pour rendre les catholiques plus exacts, plus vigilants et plus fidèles.

Je pense bien que de pareils rapprochements froisseront la susceptibilité de bon nombre de nos frères égarés ; mais je les prie de réfléchir avec calme et de sang- froid sur toute la suite de mes raisonnements. J'ose espérer que, s'ils font taire seulement pendant quelques instants les préjugés dont ils ont été imbus dès leur enfance, ils ne trouveront dans mes paroles, en les prenant de bonne foi dans leur ensemble, aucune exagération. Dieu veuille qu'ils cherchent de bonne foi la vérité, et je ne doute nullement qu'ils ne finissent par être pleinement convaincus. La foi est un don de Dieu tout gratuit, et qu'il accorde à qui il lui plaît sans doute, mais qu'il ne refuse jamais aux humbles de cœur, à ceux qui le prient sincèrement de les éclairer et de les aider de sa grâce.

Je me flatte d'avoir rempli ma tâche du moment, qui était de prouver que la règle de foi catholique , considérée au point de vue historique, est la seule qui ait sauvé l'intégrité et la pureté du dépôt confié par Dieu à son Église, tandis que ce dépôt précieux eut été entièrement perdu par l'adoption du système protestant, qui n'aurait pu avoir pour résultat que de l'altérer et de le dissiper.

ARTICLE IIL

Considérée au point de vue historique, la règle de foi catholique est la seule à laquelle on soit redevable de la conversion de tous les peuples à la vraie foi.

Prophéties multipliées annonçant l'appel de toutes les nations à former une nouvelle Église universelle. — Ces prophéties confirmées par Jésus-Christ. — Leur exécution et leur accomplissement par le principe d'autorité ou de la règle catholique. — On le démontre quant à la théorie. — On le prouve aussi par le fait. — Preuves tirées des anciens Pères. — Sagesse de Dieu dans le choix qu'il a fait, pour atteindre un pareil but, de la règle catholique d'autorité. — Si la règle protestante avait été introduite dès l'origine du christianisme , et qu'elle eût prévalu, le monde serait païen encore aujourd'hui. — En supposant que cette règle eût contribué à la conversion des peuples, elle ne les aurait pas unis, mais séparés et divisés. — La règle protestante est d'autant moins propre à convertir les peuples qu'elle fait perdre la foi à ceux qui l'avaient. — Donc la règle catholique est la seule que Dieu ait choisie pour amener la conversion des peuples.

Le rappel de tous les peuples à l'unité primitive d'une même famille, que le péché leur avait fait perdre, pour former tous ensemble une seule Eglise, était l'objet favori des psaumes de David et des prédictions multipliées des prophètes. Tandis que les Juifs orgueilleux, se croyant seuls destinés entre tous les peuples de la terre à jouir des faveurs du ciel, méprisaient dans leur cœur tous les autres, le saint roi célébrait dans des transports de joie le retour de

lous ces peuples vers Dieu : « La terre dans toute son étendue, disait-il, se souviendra de ces choses, et se convertira au Seigneur, et toutes les familles des peuples divers seront dans l'adoration en sa présence, parce que la souveraineté est au Seigneur, et que a est lui qui régnera sur les nations » (j). De là les invitations réitérées qu'il adresse à tous les peuples de l'univers de louer Dieu et de célébrer sa gloire ; de là l'exaltation de la vraie foi et son triomphe à venir sur l'idolâtrie vaincue ; l'expulsion des démons qui tenaient le monde en esclavage et la destruction générale des idoles lui fournissaient à tout instant le thème ravissant de ses sublimes cantiques.

Mais Isaïe fut encore plus explicite sur ce sujet , sans doute parce qu'il touchait de plus près à ce prodigieux renouvellement moral de la terre. Il vous représente les nations mues par l'esprit de Dieu qui agit en elles, s' acheminant vers la montagne mystérieuse de Sion, et s' excitant à l'envi l'une de l'autre à diriger leurs pas de ce côté , attendu que « la loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur de Jérusalem. Le Seigneur seul paraîtra grand en ce jour-là, et les idoles seront toutes réduites en poudre (2)... En ce temps-là chacun rejettera ses ido-

(1) Ps xxt, 28-29.

(2) Is. il, 2-3.

les d'argent et ses idoles d'or » (1). Dans tout le reste de sa prophétie, ce chantre sublime de Juda continue, comme il l'a commencé, à décrire sous divers emblèmes avec une noble éloquence la chute de l'idolâtrie, et la vocation de tous les peuples de la terre au culte du seul vrai Dieu. Il annonce clairement que Dieu « députera ses envoyés auprès de toutes les nations de l'Afrique, de l'Italie, de la Grèce, jusqu'aux îles les plus éloignées, à celles mêmes qui n'ont jamais entendu parler de sa gloire, et qu'ils manifesteront cette gloire aux yeux de tous les peuples» (2). Ces paroles d'Isaïe ont trouvé leurs échos clans tous les autres prophètes, et les traits les plus éclatants des prédictions divines sont précisément ceux qui se rapportent à la propagation future de la foi hors des étroites limites où elle était renfermée dans la Judée, à sa diffusion jusqu'aux extrémités de la terre, et par contre-coup à la concentration de tous les peuples en un seul royaume , une seule société , une seule famille, c'est-à-dire dans une même Église universelle qui devait les recueillir tous comme ses enfants dans son sein. Ces admirables prophéties, Jésus-Christ les a confirmées à plus d'une reprise ; c'est à elles qu'il a fait allusion, non-seulement en voulant que son Église fût une pour toutes les nations,

(1) Is. XXXI, 7.

12] Is, LXVI, 19.

T. II. il

appelées à se confondre dans le centre unique d'une seule et même société ; mais de plus , en prêchant au peuple ses belles paraboles d'un seul et même royaume, d'un seul et même troupeau conduit tout entier par un seul pasteur. Puis, il a confié l'exécution de ce grand et magnifique dessein à ses apôtres et à ceux qui dans la suite deviendraient leurs successeurs légitimes.

Cela même doit nous convaincre que, pour réaliser un plan semblable, il fallait un principe unitif, c'est-à-dire un principe qui réunît toutes les nations dans la même foi, dans le même culte, dans la même société enfin, sous un même chef. Sans ce moyen, il eût été impossible d'obtenir l'unité d'Église, de troupeau, de royaume ; mais des divisions et des divergences sans nombre eussent été inévitables. Il fallait en outre pour ce dessein un moyen d'exécution qui fût en rapport avec les dispositions, l'état , la condition, le génie de tant de peuples divers, qui se trouvaient dispersés dans l'univers entier, et auxquels devait se faire l'invitation divine. Or, ces deux propriétés indispensables n'appartiennent qu'à la règle catholique , unitive au souverain degré, et dans son principe même, et dans le moyen qu'elle présente. C'est ce que je puis prouver, tant à priori qu'à posteriori, par le droit comme par le fait, et en théorie comme par la pratique.

Et quant au droit, personne ne niera que l' autorité

ne soit un principe d'unité et de concentration, sous quelque rapport qu'on l'envisage. Dans l'ordre civil et politique, par exemple, sans autorité, quelle qu'en soit la forme ou quel qu'en soit le sujet, il n'y a pas de société possible ; mais il ne peut y avoir qu'anarchie et désordre, désunion et division. De même dans l'ordre religieux, sans autorité qui soumette les esprits et unisse les cœurs, il ne pourra jamais y avoir ni unité de croyances, ni accord, du moins constant et durable, des volontés; mais il y aura inévitablement anarchie dans les intelligences, autonomie, c'est-à-dire licence absolue dans les actions. C'est ce que nos adversaires ne se contentent pas d'avouer; mais, ainsi que nous l'avons vu plus haut (1), ils le donnent même pour principale raison de l'établissement du protestantisme (2). L'autorité est donc le principe qui par sa nature produit l'unité, et d'autant plus efficacement et plus universellement , qu'il soumet plus parfaitement la raison elle-même, comme cela a lieu surtout dans le cas où, sans voir la raison

(1) Voir t. Ier de cet ouvrage, ch. ni, art. i, p. 349.

(2) Contentons -nous ici de rappeler les paroles de Vinet, qui, tout ennemi qu'il est de l'autorité, lui rend hommage malgré lui en termes formels : « On nous parle d'unité, dit-il; le catholicisme seul, dit-on, possède l'unité ; le protestantisme en est privé : certes, je le crois bien ; il a pour principe la liberté; il se résout par conséquent à la diversité. » Cité par Baudry, La religion du cœur, p. 315.

intime de la chose, et tout en croyant même y voir des difficultés inconciliables, des contradictions apparentes, on n'en renonce pas moins de bon cœur, comme il convient à un être libre, à ses propres lumières pour les soumettre par amour à l'autorité qui en prescrit le sacrifice. Or, telle est l'autorité de l'Église catholique proposant, à croire au nom de Dieu, à tous indistinctement , les vérités révélées , sans distinction entre les grands et les petits, entre le savant et l'ignorant, entre les esprits cultivés et les esprits sans culture, entre l'homme civilisé et le sauvage. Elle les met tous au même niveau, les soumet tous à la même règle, et avec une telle précision, une telle exactitude, que personne n'est laissé libre de penser ou de croire ce qu'il veut, mais que tous sont dans une obligation étroite de repousser loin d'eux comme des tentations mauvaises toute pensée contraire qui se présenterait à leur esprit. Pour tous les articles de croyance, pour tous les dogmes, pour tous les mystères les plus difficiles et les plus profonds, les plus impénétrables à l'esprit humain, il n'y a, il ne peut y avoir, pour tant de millions de fidèles, qu'un seul amen général et le même pour tout le monde.

Quelle autre que l'Église catholique pourrait enseigner à toutes les nations la même foi? Personne hors de son sein n'est capable de ce travail, puisque tout novateur se séparant des autres hommes ou de

fait ou de droit, par cela seul qu'il substitue la règle protestante à la règle catholique, qui est celle d'autorité, il est immanquable qu'en le suivant pour maître, on ne se trouve bientôt divisé en matière de croyances. Ainsi, en se présentant aux peuples pour les évangéliser même de vive voix , chacun d'eux n'aurait à offrir aux infidèles qu'un Évangile de sa façon, c'està-dire l'Évangile commenté ou travesti par la secte dont il ferait partie. Maintenant, qu'on fasse le dénombrement des sectes, et on aura le nombre des Évangiles différents proposés à la croyance de ces populations, nombre qui s'élèvera sans peine à deux ou trois cents et même plus. De là, il résulterait qu'ils formeraient non une seule Église, mais autant d'Églises qu'ils seraient d'apôtres pour chaque Évangile. Je laisse d'autres considérations qui se représenteront plus tard sous ma plume. Bornons-nous pour le moment à tirer cette conclusion, qu'à la seule règle catholique appartient le principe unitif, qui, selon les desseins de Jésus-Christ, doit rapprocher les peuples, et les fondre, pour ainsi dire, ensemble sous ce rapport, pour ne constituer qu'un seul royaume, un seul bercail, une seule Église, un seul corps moral.

Maintenant, si nous consultons les faits, nous nous convaincrons également que l'Église n'a pas procédé autrement que par voie d'autorité dans la conversion des peuples au christianisme. C'est le mode d'enseignement qu'elle a suivi par rapport aux simples et

aux ignorants, et c'est aussi par là qu'elle a captivé les philosophes et les savants, tous tant que nous en offre la vénérable antiquité , et dont saint Jérôme a dressé un long catalogue dans son livre des écrivains ecclésiastiques, pour les opposer à la vanité païenne qui, enflée de son savoir, ne voulait voir que des idiots dans les chrétiens (1). Certes, les noms des Irénée, des Justin, des Ammonius, des Pantène, des Clément d'Alexandrie, des Origène, des Tertullien, des Cyprien, et de tant d'autres qui ont fleuri dans le christianisme et précisément dans l'Église catholique, sont tels, qu'ils ne nous laissent rien à envier à quelque école que ce soit de la Grèce ou de Rome. L'Église, ce grand corps qui s'étend sur toute la terre, n'a, disait saint Irénée, qu'une bouche, comme elle n'a qu'une âme, pour professer partout la même foi : c'est un même soleil qui répand par tous ses rayons la même lumière. Il n'y a pas de diversité

(1) Les écrivains dont S. Jérôme a dressé le catalogue dans son livre De viris illustribus ne sont pas moins de cent trentecinq. Il termine le prologue de ce livre par ces graves paroles : « Discant ergô Celsus, Porphyrius, Julianus, rabidi ad versus « Christum canes, discant eorum sectatores (qui putant Eccle- « siam nullos philosophos et éloquentes, nullos habuisse doc- « tores), quanti et quales viri eam fundaverint, extruxerint et >< adornaverint; et desinant fidem nostram rusticse tantùm sim- « plicitatis arguere, suamque potiùs imperitiam agnoscant. » D. Ilieron. Stridon. Epist. et libri cont. Iwret , Paris, 1578, col. 345.

de croyances entre les Églises d'Orient, comme de l'Asie, du Pont, de l'Egypte, de l'Afrique, et les Églises d'Occident, comme de l'Italie, des Gaules, de l'Espagne, de la Germanie, etc. (1).

De là s'inférait comme de lui-même l'argument employé par les anciens Pères contre les hérétiques de leur époque, et qui consistait à opposer la concordance et l'unité de la foi de toute l'Église à la variété, à l'inconstance et aux contradictions des doctrines et des sectes hérétiques. C'est ce même argument que saint Athanase a fait valoir depuis

|1) S. Irénée, après avoir, dans les chapitres précédents [lib. i cont. hseres.), exposé l'extrême diversité de doctrines et d'interprétations de l'Ecriture qui s'apercevait déjà parmi les hérétiques, poursuit dans les termes suivants, c. 10, n. 2, où il fait le contraste de l'unité parfaite de doctrines qui régnait dans l'Eglise catholique : « Hanc prsedicationem cùm acceperit, et « hanc fidem, quemadmodùm prsediximus, Ecclesia, et quidem « in universum mundum disseminata, diligenter custodit, quasi •« unam domum inhabitans, et similiter crédit iis, videlicet quasi « unam animam habens, et unumcor, et consonanter hœcprse- « dicat, et docet, et tradit, quasi unum possidens os. Nam etsi « in mundo loquelse dissimiles sunt, sed tamen virtus traditio- « nis una et eadem est. Et neque hse, quse in Germaniâ sunt, « fundatse Ecclesise aliter credunt... Neque hse quse in Hiberis « sunt, neque lise quse in Celtis, neque hse quse in JEgypto, « neque h se quse inLibyâ, neque hse quse in medio mundi (in " Palestinâ) constitutse. Sed sicut sol, creatura Dei in uni verso « mundo unus et idem est, sic et lumen, prsedicatio veritatis » ubique lucet et illuminât omnes homines, qui volunt ad co- » gnitionem veritatis venire. » Ed. Massuet.

avec tant d'autorité contre les ariens (1), comme Ta fait depuis aussi saint Hilaire de Poitiers (2), et contre les hérétiques en général , Yincent de Lérins, dans son Commoniloire si célèbre (3). Telle a été

(1) Voir la lettre de S. Athanàse à l'empereur Jovien, n. 2, où, après avoir fait rénumération des Eglises d'Orient et d'Occident qui professaient le dogme catholique, il conclut en ces termes : « Quœ sit omnium illarum Ecclesiarum sententia et « experientiâ novimus et earum habemus litteras. » Et dans sa lettre aux évêques d'Egypte et de Libye, n. 6, il reproche, au contraire, aux ariens de donner chaque année une nouvelle profession de foi différente des précédentes, et il conclut : « Si « enim quœ priùs definierunt confiderent, nollent profectô alia « definire; necrursùs illis dimissis, eanunc définirent quœ, ut « ipsi certè meditantur, post aliquod tempus sunt imita turi.» Nous trouvons ainsi dans l'arianisme sous ce rapport un type du protestantisme.

(2) Toute la lettre de S. Hilaire à l'empereur Constance roule sur ce point. Je mécontenterai d'en citer ce seul passage, n. 1 : « Qui postquàm nova potiùs cœpit condere quàm accepta « retinere, nec veterata défendit, nec innovata firmavit; et « facta est fides temporum potius quàm Evangeliorum, dùm et « secundùm annos describitur. » Ensuite il reproche aux ariens d'avoir changé de confessions de foi quatre fois dans une année, au lieu que la foi de l'Eglise est une et immuable.

(3) Quoique ce Commoniloire tout entier se réduise pour ainsi dire à cet argument, je cède malgré moi au plaisir d'en rapporter ce passage extrait du chapitre 21 : « Quœ cùm ità sint, iterùm « atque iterùm eadem mecum revolvensetreputans,mirari satis " nequeo tantam quorumdam hominum vesaniam, tantam ex- « cœcatœ mentis impietatem, tantam postremô errandi libidi- « nem, ut contenti non sint traditâ semel et accepta antiquitùs « credendi régula, sed nova ac nova in diem quœrant, semper

toujours la propriété caractéristique de la seule Église < catholique, et qui a toujours suffi pour la distinguer de toutes les sectes fausses. C'est l'argument qu'opposait, il y a près de deux siècles, Bossuet aux protestants dans son immortel ouvrage des Variations, comme déjà les anciens Pères de l'Église l'avaient opposé aux hérétiques de leur temps. Or, cette note caractéristique repose uniquement sur la règle de l'Église catholique, qui est le principe d'autorité.

Et c'est ainsi que le fait, comme le droit, conspire à prouver jusqu'à l'évidence que la méthode catholique renferme un principe d'union, et tout à la fois un moyen universel pour la conversion des Gentils. C'est donc à cette règle que nous sommes redevables de la propagation du christianisme, du règne de la vérité dans le monde, de la conversion de la Gentilité, et de la fusion de tous es peuples en un seul au point de vue religieux, de la formation enfin de la grande famille qui, bien que matériellement dispersée de l'orient à l'occident et du nord au midi, est moralement une par l'esprit qui l'anime, et par l'organe de la profession de sa foi. Principe et moyen vraiment

«« que aliquid gestiant religioni addere, mutare, detrahere : quasi « non cœleste dogma sit quod semel revelatum esse suffieiat, « sed terrena institutio, quse aliter perfici nisi assiduâ emenda- « tione, immô potiùs reprehensione non possit. » Dans tous ces anciens hérétiques ne retrouvons -nous pas le portrait des protestants de nos jours?

admirables, et seuls dignes de la divine sagesse comme de la divine bonté, seuls capables de remplir par rapport à toutes les conditions où l'homme peut se trouver le dessein miséricordieux formé par Dieu de toute éternité de rappeler le monde à la vraie foi, et à cette unité primitive que Terreur avait détruite. Ainsi se sont vérifiées à la lettre les paroles de David, dont les chants avaient pour objet , tant de siècles d'avance, cette unité de tous les peuples ; ainsi ont trouvé leur accomplissement exact les oracles des prophètes venus à la suite du saint roi, qui l'ont annoncée si clairement sous les formes poétiques les plus riantes, l'ont dépeinte sous tant d'emblèmes divers, et l'ont saluée de loin comme s'ils la voyaient de leurs yeux. Par la raison contraire, si la règle du protestantisme avait présidé à la fondation du christianisme , le monde serait encore aujourd'hui plongé dans ses anciennes ténèbres d'idolâtrie, de fétichisme, d'astrolâtrie et d'autres cultes absurdes. La preuve en est manifeste, puisque cette prétendue règle est toutà-fait impuissante et tout-à-fait nulle pour la conversion du monde, quand même on ne l'envisagerait que comme moyen de propagation de l'Évangile. Elle n'aurait été d'aucun usage, ni pour les savants, ni pour les ignorants. Les savants l'auraient rejetée comme contraire aux idées jusque-là reçues; ils l'auraient méprisée, comme ils le faisaient des livres saints, qu'ils trouvaient trop au-dessous de la litté-

rature grecque et romaine, et qui manquaient à leurs yeux de cette délicatesse de langage, de cette élégance et de ces ornements de style qu'ils admiraient dans leurs propres écrivains. Et en effet, quoique, comme beaucoup le prétendent, et non sans de graves motifs, les anciens philosophes connussent déjà les livres sacrés des Hébreux, surtout depuis qu'ils avaient été traduits en langue grecque (1), et que depuis dans l'empire romain beaucoup aient eu connaissance des livres du Nouveau Testament, on ne voit pas cependant que, par suite de cette lecture, aucun d'entre eux ait abandonné la religion de ses pères, ou se soit fait chrétien. Au contraire, tous les hommes d'un esprit plus ou moins cultivé, d'une littérature plus ou moins ornée, d'un génie plus ou moins élevé, qui se sont convertis au christianisme, en ont été redevables, tous sans exception, à l'enseignement oral, comme on le sait positivement de saint Justin, de saint Gyprien et de tant d'autres. Après cela, qu' est-il besoin de rien dire des simples et des ignorants? La chose parle assez d'elle-même. Gomment auraient-ils pu se convertir par la lecture de la Bible, eux qui n'avaient aucune teinture des lettres? Si l'on excepte les grandes métropoles où il se trouvait un nombre plus ou moins considérable d'hommes

(1) Voir Baltus, dans sa Défense des saints Pères accusés de platonisme, Paris, 1711, liv. i, c. 8,

instruits, tout le reste, moralement parlant, même parmi les peuples policés, ne savait ni lire ni écrire. Que dire ensuite des peuples qui passaient pour barbares, et en général l'étaient effectivement, des Gètes, des Sarmates, des Francs, des Bourguignons, des Hérules, des Vandales, etc., etc.? Que dire en particulier des peuples du moyen-âge? Qu'auraient pu faire un Boniface en Germanie, un Patrice en Irlande, un Augustin en Angleterre , s'ils se fussent contentés de présenter quelques Bibles, même traduites dans les langues de ces peuples? Et cependant la vocation à la foi, l'œuvre de l'apostolat, est de tous les temps et de tous les lieux, comme nous l'avons observé dans notre première partie à l'occasion des sociétés bibliques (c. iv, art. iv, p. 488). Il faut donc nécessairement avouer que, si les protestants s'étaient trouvés avec leur méthode à l'origine de la société chrétienne, nous serions encore païens, polythéistes, idolâtres. Il suffit de cette considération pour nous convaincre qu'une telle règle de foi ne peut venir de Dieu, de l'auteur du christianisme, du Sauveur du monde, et par conséquent que ce n'est qu'une invention humaine, contraire aux intentions et aux desseins divins.

Mais supposons pour un moment que le protestantisme, non-seulement ait existé dans ces premiers temps, mais même se soit employé avec quelque succès à la conversion du monde païen par le moyen

de sa règle de foi : cette règle eut-elle été un principe unitif ? aurait-elle réuni les peuples dans une même foi, et de manière à ce qu'ils n'eussent tous qu'une même vie, un même esprit, un seul cœur, l'unité enfin? Ce serait une absurdité que de le penser. Car si avec cette règle le protestantisme a eu pour effet de désunir, de diviser, de séparer ceux mêmes qui étaient d'avance unis dans le catholicisme, comment aurait-il pu jamais unir ensemble les peuples païens? Si, partout où a pénétré la Réforme, elle a produit la confusion des langues, brisé l'unité, et séparé non pas seulement les peuples d'avec les peuples, mais les individus d'avec les individus ; si c'est là ce qu'on a vu s'accomplir dans le cours seulement de trois siècles, que serait-il donc arrivé si ce travail de destruction avait commencé dès les premiers temps du christianisme (1) ?

(1) Il suffit de jeter un coup à" œil rapide sur l'état du christianisme tel qu'il est aux Etats-Unis. Là, tandis que les seuls catholiques, comme le déclare la relation d'une protestante témoin oculaire, ont su se préserver des divisions internes, les protestants sont divisés en un nombre presque infini de sectes. C'est l'aveu qu'a fait mistr. Trolope dans son ouvrage Domestic manubres of the Jmericans 1831. Burnier, à son tour, dans la Revue britannique religieuse, ou choix d'articles traduits des meilleurs journaux religieux de la Grande-Bretagne et des Etats- Unis, Genève, 1829, nous donne les détails suivants: "L'Eglise épiscopale séparée de l'Eglise anglicane compte 11 évêques, 486 ministres, et 240,750 membres; les wesleyens, 3 évêques, 1,465 ministres et 382,000 membres; les quakers, spécialement

Et le mal causé par cette règle ne se borne pas là encore ; mais il s'est étendu et s'étend bien plus avant, c'est-à-dire jusqu'à la perte totale de la foi, jusqu'à la destruction complète du christianisme, et jusqu'à lui substituer le panthéisme, l' autothéisme, l'anthropolâtrie, comme on l'a vu ailleurs (l,e partie, c. ni, art. m) . Tout ces monstres d'erreurs ne seraient que le développement naturel du principe protestant. Or, voici l'argument péremptoire que j'infère de ce résultat logique : Serait-on jamais parvenu à convertir les infidèles par un principe et un moyen destructifs du christianisme? Non, non, cela répugne ; l'absurdité est trop évidente (1). Eh bien, puisqu'il

dans la Pensylvanie, à New- Jersey et à New- York, comptent 750,000 membres ; les réformés allemands, 90 pasteurs et 30,000 membres ; lesswedenborgiens, 30 ministres et 100,000 disciples; les luthériens, 200 ministres et 800 communautés; les universalistes, 140 pasteurs et 250 communautés; les tremblants, 40 pasteurs et 5,400 disciples; les presbytériens de Cumberland, 60 pasteurs et autant de communautés ; les baptistes du libre arbitre, 242 pasteurs et 12,000 membres; les baptistes des six principes, 20 pasteurs et 1,500 membres; les baptistes de la libre communion, 23 ministres et 1,284 membres; les sabbatariens, 29 pasteurs et 2,862 membres; les marionites, 200 pasteurs et 20,000 membres; les juppers, 30 pasteurs et 3,000 membres, etc., etc.

(1) Cheyssièee, dans son Discours sacré contre les momiers, en 1825, a dit avec raison : « L'esprit de secte est diamétralement opposé à l'esprit de l'Evangile, et, bien loin d'édifier l'Eglise de Jésus, il tend à la détruire. » Et ce ministre était lui-môme sectaire! Samuel Vix, dans ses Considérations

répugne que ce qui a fait perdre entièrement la foi ou le christianisme positif à un si grand nombre de protestants puisse le procurer à d'autres, on doit conclure de toute nécessité que jamais Dieu n'a faitchoix d'un tel moyen pour l'accomplissement de ses desseins de miséricorde et de grâce, ou pour le grand ouvrage de la conversion et du salut du monde.

Mais pour rendre la chose encore plus sensible, faisons observer simplement qu'il suffirait de faire aux questions politiques l'application de la règle du protestantisme pour détruire en peu de temps la société dans ses bases mêmes, comme le socialisme, qui est dans la pratique la plus vive expression de cette règle, en fournit la preuve irrécusable. Comment donc la même règle pourrait-elle produire, par rapport aux questions religieuses, des effets tout différents? Concluons donc, sans hésiter, que la règle de foi de l'Église catholique est la seule qui réponde aux vues de Dieu pour la conversion de tous les peuples du monde à la vérité du christianisme.

(écrites en anglais) mr l'opportunité d'assembler un concile, 1829, p. 23, dit de même « qu'un trait caractéristique de la vraie religion est de recommander à tous l'unité et la concorde.» Et il était protestant! C'est ainsi que la vérité tire des aveux en sa faveur de la bouche de ses propres adversaires.

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