‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 2)Chapitre 8 sur 25 · LA RÈGLE CATHOLIQUE DE FOI CONSIDÉRÉE AU POINT DE VUE THÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LA RÈGLE CATHOLIQUE DE FOI CONSIDÉRÉE AU POINT DE VUE THÉOLOGIQUE

ARTICLE PREMIER

La règle catholique est la seule qui satisfasse aux conditions requises pour une règle de foi.

Conditions requises pour une règle de foi. — Ces conditions ne se trouvent que dans la règle catholique. — Aucune secte protestante, et en général aucune secte hérétique, ne s'est jamais arrogé l'infaillibilité. — L'Eglise catholique seule se l'est attribuée, et s'est conduite en tout temps d'après cette conviction. — Preuves de cette conduite de l'Eglise dans la définition des vérités dogmatiques et la condamnation des hérésies ; — ce qu'elle n'aurait pu faire sans injustice, si elle n'eût été infaillible. — La nature même de son ministère requiert l'infaillibilité. — Ce qu'on rend évident en prenant pour exemple l'article de la présence réelle dans l'Eucharistie. — On insiste sur cet argument. — La croyance de l'Eglise en sa propre infaillibilité est justifiée par l'Ecriture, — même dans l'hypothèse protestante, — mais principalement par le fait qui s'est continué depuis les apôtres jusqu'à nous. — Elle est donc rigoureusement démontrée. — La seconde condition de la règle de foi est qu'elle soit visible. — Or, telle est la règle catholique. — Elle est démontrée telle par les emblèmes bibliques dont le Christ s'est servi pour désigner son Eglise. — C'est ce que démontrent la fin, les moyens de sanctification, et le ministère confié à l'Eglise. — Les protestants n'ont été amenés que par la nécessité au parti désespéré de proclamer l'Eglise invisible. — Absurdité

de cette opinion. — La troisième condition de la règle de foi est qu'elle soit perpétuelle. — Les monuments bibliques prouvent que cette perpétuité convient à l'Eglise. — Cette vérité se confirme par la nature même de la chose, — et par l'embarras où se trouvent les protestants quand il s'agit d'assigner l'époque à laquelle l'Eglise aurait cessé d'être. — Si l'Eglise venait à tomber, qui la relèverait de sa chute? — Crimes d'infidélité et de blasphème renfermés dans cette prétention des protestants. — Tous les hérétiques qui les ont précédés leur ont ouvert la marche sur ce point. — Dans Vhypothèse protestante, tous auraient eu également raison. — Conclusion.

Dès les préliminaires de cet ouvrage, nous avons exposé les conditions indispensablement requises pour une véritable règle de foi ; les principales sont : l'infaillibilité, la visibilité, la perpétuité, qui comprennent et supposent l'autorité et l'activité dans le sujet qui les possède. J'ai dit que ces conditions sont indispensables à une véritable règle de foi, parce que, si cette règle n'était pas infaillible, nous laissant dans l'incertitude sur un point d'une si grande importance, il n'y aurait plus de raison de l'accepter ; car à quoi nous servirait-il de nous confier à un guide trompeur ou qui pourrait nous égarer ? Ensuite, si cette règle n'était pas visible, nous ne pourrions y avoir recours dans nos doutes, dans nos difficultés, dans nos controverses ; elle ne pourrait nous rendre ses oracles ou ses décisions, ni, par conséquent, nous servir de guide, et dès lors elle nous serait complètement inutile. Ent. h. 12

fin, si elle n'était pas perpétuelle, elle serait illusoire et inefficace, puisque tout novateur qui viendrait à être condamné par l'Église pourrait alléguer que la véritable règle de la foi aurait cessé de la diriger, et qu'ainsi la sentence portée par elle contre lui ne serait de nulle valeur. Et il n'y aurait pas de raison non plus pour que les fidèles d'un siècle fussent privilégiés sur ce point plus que ceux d'un autre, ou pour qu'ils possédassent une règle sûre dont les autres, sans leur faute, seraient privés. Tel a été cependant le sentiment de tous ceux des protestants qui ont imaginé de dire que l'Église s'était écartée de la vraie foi depuis le ive ou le ve siècle, qu'elle avait cessé d'être la vierge sans tache fiancée au céleste époux, parla même qu'elle se serait abandonnée à une honteuse idolâtrie et à d'autres abominations de ce genre. Hypothèse vraiment singulière! comme si ceux qui s'étaient couchés dans la nuit du 31 décembre 299 avec un guide sûr et infaillible, au moins de fait, n'avaient plus trouvé le lendemain matin premier de l'an 300, comme par enchantement et sans savoir pourquoi, pour guide de leur croyance, qu'une Église prévaricatrice et capable de mille erreurs.

Or, toutes ces conditions ne se trouvent que dans la règle de l'Église catholique. Et d'abord, l'Église catholique est la seule qui ait toujours prétendu et prétende encore à l'infaillibilité, tandis qu'aucune secte ne s'est jamais arrogé un semblable privilège,

— ' 179 — et que les protestants de toute race déclarent qu'aucun d'eux n'a la prétention d'être infaillible, ou que même chacun d'eux confesse de son plein gré qu'il peut être sujet à erreur, et non pas seulement comme individu, mais aussi comme communion ou société (1). Comment ensuite accorder cela avec le sentiment de ceux

(1) Entre cent témoignages que je pourrais citer, s'il en était besoin sur un point de cette évidence, je me bornerai à rapporter la déclaration expresse qu'en fait, comme d'un fait notoire, le luthérien De Wette dans le passage suivant : « Le vieil exemple d'un synode condamnant les consciences s'est renouvelé à Dordrecht, dans l'Eglise réformée. Ce synode ne fut pas animé par l'esprit du véritable protestantisme, mais bien par celui du caprice et de l'arbitraire » [im Protestanten, 1828). « Tous les docteurs de la Réforme, ajoute J. Uytenbogard {Réponses à la princesse Louise, veuve d'Oranieri), s'accordent en ce point que les synodes, quelque respectables qu'ils puissent paraître, peuvent se tromper en fait de croyance. D'ailleurs, la règle fondamentale de la vraie Réforme défend de se soumettre à aucun synode, si ce n'est sous la condition expresse que l'on trouve, après l'examen le plus sévère, ses décrets conformes à la parole de Dieu, notre unique règle de foi. Mais ceux qui repoussent ce principe, et qui veulent que chacun se soumette sans restriction aux décisions synodales, ne sont pas en état de dire pourquoi ils réfusent d'obéir aux conciles catholiques ; ils donnent gain de cause à leurs adversaires. » Voir La Réforme contre la Réforme, déjà citée, t. I, c. 3, p. 75 et suiv. Telle a été aussi dès le principe du protestantisme la doctrine de Luther, de Calvin et des autres coryphées de la soi-disant réforme. L'Eglise anglicane enseigne ouvertement, art. xxi, que les conciles œcuméniques peuvent errer, et qit'ils ont erré quelquefois : May erre, and sometyme hâve erred. Ainsi le porte le vieux texte anglais de l'an 1571, dont je me sers ici.

d'entre eux qui suivent la tendance théosophique , et qui prétendent être intérieurement éclairés par F Esprit-Saint? c'est à eux à le dire. En attendant, nous prenons acte de cet aveu de leur faillibilité , qui leur est arraché par la force des choses et par la nature de leur position, le courage leur manquant pour s'attribuer à eux-mêmes ce qu'ils ont constamment dénié à l'Église entière.

Du reste, c'est un fait que l'Église catholique, et l'Église catholique seule, a toujours fait valoir son infaillibilité comme son propre privilège, ou comme la propriété que lui a conférée son divin fondateur, et que dans tous ses actes elle n'a cessé d'agir en conformité à cette croyance. Constatons le fait avant tout, et puis nous prouverons le droit.

Ce fait repose sur des preuves nombreuses et des plus éclatantes, pour l'appréciation desquelles il est bon d'observer d'abord que, si l'Église n'avait pas été fermement persuadée de sa propre infaillibilité comme d'une vérité obligatoire , elle aurait agi injustement, et je dirai même tyranniquement, en proposant aux peuples des vérités à croire comme de foi divine et sous peine d'anathème, avec menace d'une éternelle damnation ; qu'elle aurait condamné injustement et tyranniquement comme hérétiques, et par suite retranché de sa communion et déclaré hors de la voie du salut, tant qu'ils ne se seraient pas repentis sincèrement et soumis à elle, les novateurs obstinés à résister à ses

enseignements; enfin, que ce serait de même injustement et tyranniquement qu'elle aurait imposéavec autorité ses doctrines, tant aux fidèles qu'aux infidèles. Donnons quelques développements à ce que nous venons d'avancer. Qu'à moins d'une intime conviction de sa propre infaillibilité, l'Église ne puisse pas sans injustice et sans tyrannie proposer des vérités à croire comme de foi divine et sous peine d'éternelle damnation, c'est ce qui est évident par la nature même de la chose dont il s'agit. Car si elle n'avait cette persuasion et cette conviction, cette croyance enfin , elle devrait nécessairement se tenir elle-même pour faillible ou sujette à erreur ; elle pourrait craindre de se tromper dans ce qu'elle croit et tient pour vrai, et en supposant même qu'elle eût de très fortes conjectures en faveur de sa doctrine, ne pouvant atteindre, quoi qu'il en fût, à la certitude absolue, l'illusion serait toujours possible pour elle. Mais, en ce cas, comment pourrait-elle proposer comme article dogmatique ce qui pourrait être une erreur ? Non, jamais il ne pourrait lui être permis de le faire (1). Beaucoup moins pourrait- elle dans cette hypothèse condamner comme hérétique une opinion nouvelle quelle qu'elle fût , et

(1) C'est ce que plusieurs protestants ont non-seulement reconnu, mais formellement avoué, comme on peut le voir dans La Réforme contre la Réforme, cI'Hœninghaus, en. ni, tout entier consacré à ce sujet, et dans Baudry, La religion du cœur, 3« partie, ch. ni.

chasser de son propre sein ou retrancher de sa communion ceux qui la soutiendraient, puisqu'il pourrait se faire, absolument parlant, que cette opinion fût vraie et révélée de Dieu. Tout au plus pourrait-elle exprimer son jugement comme le feraient des docteurs particuliers, dire sa pensée , sa croyance intime sur la chose dont il s'agirait, et déclarer que telle proposition mérite à ses yeux telle qualification, telle censure ; censure qui serait certainement d'un grand poids, eu égard à l'autorité dont elle émanerait , et par la présomption qu'elle aurait en sa faveur ; mais qui n'aurait jamais la force d'une décision dogmatique ou d'une condamnation définitive, au point d'obliger chaque fidèle à considérer la proposition condamnée comme une hérésie formelle, et la vérité opposée comme un article de foi. C'est de quoi le jansénisme nous fournit la preuve. Sous prétexte que le pape tout seul n'est pas par lui-même infaillible, et que ses définitions et ses censures ne sont censées indéformables que lorsque le consentement des évêques est intervenu, les jansénistes s'étaient renfermés dans le silence respectueux, sans se croire obligés de captiver leur entendement, jusqu'à croire ou que la doctrine proposée par le pontife fût un véritable article de foi, ou que la doctrine condamnée par lui fût une hérésie formelle (1). De même, comme suivant leur

(1) Voir OEuv. de Fénelon, éd. Versailles, 1821, t. x, aver-

opinion l'Église n'est pas infaillible par rapport aux faits dogmatiques, les jansénistes refusèrent constamment de s'engager à admettre ou que les cinq propositions se trouvassent dans le livre de Jansénius intitulé Augustinus, ou qu'elles y eussent le sens qui avait été condamné comme hérétique (1) , ou, enfin, que ce fût le sens de l'auteur.

De plus, l'effet ne saurait être plus grand que la cause qui le produit. Si donc l'autorité qui prononce n'est pas infaillible, comment peut-elle, sujette qu'elle serait à l'erreur, rendre infailliblement vrai l'article qu'elle déclare obligatoire comme de foi? Tout le monde sait que tout ce qui est défini comme de foi doit être cru avec une telle fermeté d'assentiment, qu'elle surpasse toute autre certitude. Et par conséquent il est de la dernière évidence que, sans le sentiment intime et la foi qu'elle a de sa propre infaillibilité, l'Église ne pourrait qu'injustement ou définir une vérité dogmatique, ou proscrire comme hérétique un seul point de doctrine.

Mais il ne serait pas moins injuste de sa part d'im-

tissement de l'éditeur, où se trouvent rapportées succinctement toutes les manœuvres employées par les jansénistes pour se soustraire à la condamnation portée contre la doctrine de leur maître.

(1) Voir 77e ordonnance etinst. pastorale de Mgr l'archevêque de Cambrai sur le cas de conscience, avec les autres sur la même matière dans les volumes suivants.

poser sa doctrine, soit aux fidèles, soit aux infidèles, si elle manquait d'une telle prérogative. Car, renseignement de l'Église est dans son genre d'une tout autre nature qu'un ministère purement humain, quel qu'il soit. Il ne s'agit pour elle de rien de moins que de proposer ses dogmes comme de la part de Dieu , et non dans un sens impropre, dans un sens large , mais dans le sens le plus étroit et dans toute la force du terme, comme tenant la place de Dieu, comme envoyée de Dieu expressément à cette fin, avec toute l'autorité de Dieu. Il s'agit d'obliger les hommes à tenir pour vérités révélées de Dieu, pour vérités fondamentales et infailliblement certaines, pour source première de toutes vérités, des doctrines qui, en grande partie composées de mystères, surpassent tout entendement humain, et sur lesquelles en même temps la plus légère méprise serait fatale. 11 s'agit de faire croire ces articles avec la certitude la plus absolue, sous peine pour ceux qui s'y refuseraient de se rendre coupables du crime d'infidélité envers Dieu même, et de s'exposer par conséquent à sa colère ei, à la perte éternelle de leurs âmes. Si donc il y avait même une simple possibilité que l'Église enseignât l'erreur, qui ne voit qu'en se conduisant ainsi l'Église outrepasserait les limites qui lui seraient imposées, et exercerait par là même sur les esprits comme sur les consciences de peuples et de nations innombrables une tyrannie dont on pourrait à peine

se former l'idée? De quel droit pourrait-elle astrein dre l'entendement humain à s'assujétir, de la manière que je viens de le dire, à des doctrines qu'on ne comprend pas, et qui pourraient absolument être fausses ou mal entendues?

Donnons pour exemple l'article de la présence réelle dans l'Eucharistie. L'Église a toujours enseigné et proposé à croire à tous les fidèles, comme article de foi, que Jésus-Christ est réellement et substantiellement présent sous les symboles du pain et du vin consacrés. Elle a frappé d'anathème quiconque oserait nier, ou seulement mettre en doute un tel article; et cela, en vertu de ces paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps , ceci est mon sang, qu'elle a toujours entendues dans leur sens obvie et naturel (1). Si l'Église avait pu se tromper dans l'interprétation qu'elle a donnée à ces paroles, et qu'elles dussent se prendre au figuré au lieu d'être entendues dans leur sens propre, qui ne voit qu'elle aurait jeté le peuple de Dieu, qu'elle était chargée d'instruire,

(1) Il suffit pour nous en convaincre de lire les savants écrits de Bellarmin, De Eucharistie, particulièrement tout le livre m, contenant 39 chapitres, où l'auteur rapporte d'éclatants témoignages de chaque siècle de l'Eglise, à partir du Ier jusqu'au XVIe; ceux du cardinal Duperron, t. il de ses OEuvres, Paris, 1628, composé de 1024 pages in-fol.; enfin le grand ouvrage de la Perpétuité de la foi, en cinq grands volumes. Tous ces ouvrages sont restés sans réplique.

dans le danger éivdent d'une idolâtrie ou matérielle ou formelle perpétuée déjà depuis plus de dix-huit siècles? En convertissant les peuples, qu'aurait-elle fait autre chose, que de les faire passer d'une idolâtrie à une autre? Ne serait-ce pas injustement qu'elle aurait condamné tous ceux qui ont pris ces paroles dans le sens figuré, et qui peut-être n'auraient pas eu tort de les entendre ainsi, et n'auraient été coupables au fond que d'avoir mieux atteint la vérité? Ce que nous disons de cet article, disons-le de tous les autres, puisque la même raison s'y applique également , et nous aurons à tirer la même conclusion.

Il n'est pas moins évident que tout ce que nous disons de l'enseignement de l'Église par rapport aux fidèles doit se dire également de ce qu'elle enseigne aux infidèles devenus catéchumènes, par rapport aux mystères de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption, et aux autres vérités dont elle exige qu'ils fassent profession pour les accueillir dans son sein. Donc l'autorité avec laquelle l'Église instruit les peuples, la stricte obligation qu'elle leur fait d'admettre ce qu'elle leur propose comme autant de vérités divines, l'anathème qu'elle fulmine contre ceux qui refusent de lui obéir en ce point, le droit d'enseigner qu'elle ne cesse de mettre en pratique, pour ne pas être ou tyranniques ou injustes, et, disons-le franchement, absurdes même, supposent nécessairement l'infaillibilité. Si donc nous trouvons dans les fastes de

l'Église qu'elle a toujours agi de cette manière, c'est une preuve irréfragable que l'Église a revendiqué l'infaillibilité comme son privilège, autant de fois qu'elle a manifesté son existence par ses actes solennels, qui tous requièrent et supposent cette infaillibilité.

Or, il est certain qu'en tout temps l'Église a enseigné avec autorité ses catéchumènes convertis de l'infidélité aussi bien que les fidèles; qu'en tout temps elle a porté des définitions pour dicter ce qu'il y avait à croire sur les points controversés ; qu'en tout temps elle a lancé l'anathème contre les esprits contumaces, rebelles à ses décisions. Toute l'histoire ecclésiastique est là pour l'attester. Qui voudra mettre en doute que l'Église, et l'Église seule, n'ait évangélisé toutes les nations de l'univers? Qui niera que l'Église ait sanctionné solennellement dans ses conciles, et principalement dans les conciles œcuméniques, tous les articles de foi attaqués ou contredits par les novateurs? Les volumineuses collections des conciles en sont des monuments incontestables, et nous y trouvons du concile des apôtres tenu à Jérusalem à celui de Nicée, et du concile de Nicée à celui de Trente, les définitions dogmatiques portées à toutes les époques par l'Église sur les plus importantes vérités de notre foi, avec les anathèmes lancés par elle contre les erreurs opposées. Qui osera affirmer que l'Église ait autrefois tenu dans ses enseignements une voie différente de celle qu'elle suit aujourd'hui:

je veux dire de la voie de l'autorité ; ou qu'elle ait jamais permis qu'on discutât comme incertaines et douteuses les vérités dogmatiques enseignées et sanctionnées par elle? Nous avons donc toutes les preuves historiques désirables que l'Église, par de tels actes, commencés avec elle et continués sans interruption dans toute la suite des temps, s'est supposé à ellemême l'infaillibilité, attestant ainsi par sa conduite uniforme que cette noble prérogative lui a été communiquée par son divin fondateur.

Il nous reste maintenant à voir si cette conviction, cette persuasion, cette foi que l'Église témoigne avoir de son infaillibilité, est justifiable en droit, et si elle n'est pas plutôt une prétention vaine et une usurpation. En nous en tenant au principe établi plus haut, il ne nous sera pas difficile de justifier encore l'Église sur ce point. Ouvrons la Bible, et nous y trouverons que Jésus-Christ a assuré à son Église cette propriété, ce privilège. Sans revenir sur les textes déjà cités, nous pouvons faire valoir en faveur de notre thèse tous les passages où notre Seigneur affirme qu'il sera avec ses apôtres, et par là même avec leurs successeurs, instruisant les peuples jusqu'à la fin du monde ; que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre son Église bâtie sur Simon Pierre, ou comme l'expose saint Ambroise (1), sur la foi de cet apôtre;

(1) De Incarnat., c. 5, n. 34 : « Fides ergo, y lisons-nous,

qu'il enverra à ses apôtres le Saint-Esprit, l'Esprit de vérité, qui demeurera avec eux pour leur suggérer, en les préservant d'erreur, toutes les choses qu'il leur avait apprises lui-même, et pour leur enseigner toute vérité. Confiant dans ces promesses, l'apôtre saint Paul ne se bornait pas à assurer les fidèles que Jésus- Christ parlait en lui (1), et que les Gentils, convertis par lui à la vraie foi, avaient reçu ses paroles comme celles de Dieu même, ainsi qu'elles l'étaient véritablement (2) ; mais il déclarait de plus que l'Église, maison du Dieu vivant, est la base et le soutien de la vérité (3).

Ces témoignages bibliques et d'autres semblables sont les preuves que l'Église donne de son droit à s'attribuer l'infaillibilité ; ce qui suffirait, suivant le système ou la règle des protestants. D'après cette règle, chacun est en droit d'interpréter la Bible et de se former sur cette interprétation individuelle son symbole de foi. Or, par la même raison, et en vertu

est Ecclesix fundamentum, non enim de carne Pétri, sed de fide dtclum est, quia portœ mortis et non prœvalebunt. " Cette même interprétation se retrouve dans beaucoup d'autres Pères, particulièrement du ive siècle, signalés par leurs combats contre les ariens, comme saint Hilaire, saint Grégoire de Nysse, saint Epiphane : mais nous en reparlerons dans son lieu.

(1) II Cor. xin, 3.

(2) I Thess. m, 13.

(3) II Tim. m, 15.

du même droit dont s'autorise chaque individu protestant pour voir dans l'Écriture les articles de sa croyance, l'Église peut également y lire les articles de la sienne, d'autant mieux que c'est elle tout entière, prise collectivement, et non un simple individu, qui s'accorde à entendre les passages mentionnés de l'infaillibilité conférée par le Christ. Si l'Église procédait de cette manière, qu'est-ce que les protestants auraient à lui répliquer? que pourraient-ils lui opposer? Diront -ils que, d'après les lois ou les canons de l'herméneutique et de l'exégèse biblique, ces passages peuvent et doivent admettre un autre sens? Maisles catholiques pourraient faire la même réplique aux protestants par rapport à l'interprétation que donnent ceux-ci aux passages qu'ils produisent pour justifier leurs prétentions. Et les catholiques seraient d'autant plus fondés à le faire, que leurs adversaires ne s'accordent pas du tout entre eux là-dessus, et que les mêmes textes qui, aux yeux de quelques-uns, ont une force invincible pour prouver leur thèse, sont écartés par les autres comme de nulle valeur. Nous avons déjà eu occasion, dans le cours de cet ouvrage, de citer plusieurs exemples de textes qu'invoquaient de commun accord les premiers auteurs de la Réforme en preuve de leurs doctrines, et qui maintenant sont mis de côté par leurs successeurs, avec un accord non moins unanime, comme ne prouvant rien, ou comme devant s'entendre tout autre-

ment que ne les entendaient leurs devanciers. Au lieu que le sens donné par les catholiques aux passages allégués pour prouver le don d'infaillibilité accordé à T Église est celui de toute l'antiquité ecclésiastique, sans variation qui puisse l'infirmer.

Et puis, quelle est donc cette prétention qu' auraient les protestants de jouir seuls du monopole de la vraie herméneutique et de la vraie exégèse? Eh quoi ! n'y a-t-il pas toujours eu, et n'y a-t-il pas encore aujourd'hui , dans l'Église catholique , des hommes instruits sous tous les rapports en matière d'exégèse, d'herméneutique, de philologie, qui, s' aidant des règles ou des canons de la science, ont prouvé que le sens de l'Église, c'est-à-dire le sens qu'elle a donné à ces passages, est le vrai, le seul qui le soit? Car que le catholicisme ait à se glorifier d'avoir produit de tout temps des hommes très habiles dans l'exégèse biblique, c'est ce dont ne disconviennent pas nos adversaires eux-mêmes; et, s'ils le niaient, non-seulement nous leur opposerions, pour leur donner le démenti, les volumes sans nombre qui enrichissent nos bibliothèques; mais de plus, mettant en regard des uns des autres les exégètes catholiques et les exégètes protestants , nous leur prouverions sans réplique que tout ce que les commentaires des exégètes protestants renferment de mieux a été pris par eux d'un bout à l'autre dans les exégètes catholiques, et non pas seulement quant au sens, mais

encore quant aux paroles (1), sans que jamais ou presque jamais ils en avertissent leurs lecteurs. Gomment donc les protestants peuvent-ils prétendre que leur interprétation est la seule vraie, à l'exclusion de celle de F Église catholique ou de ses interprètes de toutes les époques? Qui ne voit qu'avec des prétentions semblables on en viendrait à des débats sans fin, à des discussions sans raison et sans résultat possible? Nous pouvons donc conclure que, d'après la règle protestante elle-même, l'Église, en faisant valoir les passages allégués, se trouverait en état de justifier victorieusement son droit , ainsi que sa croyance à sa propre infaillibilité.

Mais l'Église a bien d'autres raisons, bien d'autres appuis que la règle des protestants pour s'autoriser dans sa croyance. Suivant les principes exposés plus haut, l'Église, avant même que les oracles que nous avons rapportés du Sauveur fussent consignés dans la Bible, en était déjà en possession, et n'en possédait pas seulement le contenu matériel, mais de plus le sens véritable, l'interprétation légitime qu'elle avait reçue de la bouche même de Jésus- Christ, ou, si l'on veut encore, des inspirations de l' Esprit-Saint, conformément à la promesse qui en

(1) Voir Ranolder, ouvr. cit., Hermeneuticœ biblicœ generalis principia rationalia, chrisiiana et catholica, Quinquc Ecclesiis, 1838, part. 3, Hermeneutica catholica, cap. 2, § 60 et seq.

avait été faite aux apôtres : longtemps avant qu'ils fussent écrits, elle les avait mis en pratique, en faisant connaître, tant aux catéchumènes sortis de l'infidélité qu'aux néophytes déjà reçus dans son sein, l'infaillibilité qui lui était assurée par ces oracles du Sauveur, pour qu'ils sussent certainement que tout ce qu'elle leur proposait à croire était la doctrine de Dieu même, dans le sens où elle l'entendait, et qu'ils pussent, en conséquence, former là-dessus leur acte de foi. De là vient que l'Église, qui a suivi immédiatement, si l'on peut parler ainsi, l'Église des temps apostoliques, n'a pas fait autre chose, en interprétant ces mêmes passages, que d'attester un fait, savoir, que le sens de ces textes, tel qu'il avait été enseigné aux apôtres par Jésus-Christ ou par la lumière intérieure de l' Esprit-Saint, était l'infaillibilité promise et garantie à l'Église pour tous les siècles. Par conséquent, les âges qui ont suivi n'ont fait que continuer le même témoignage jusqu'à nous (1). Telle est la véritable raison du sens uniforme qu'on a toujours attaché à ces textes dans le christianisme. Que les protestants voient à présent si la base de la croyance catholique est ferme et solide. L'exégèse scientifique ne peut avoir d'autre objet que de servir d'instrument aux savants pour justifier F enseigne-

Il) Voir le beau traité des frères de Wallembourg, De Prohai. ver testes.

t. II. 13

ment de l'Église sur ce point comme sur tout autre. Quant à l'Église elle-même, elle en est indépendante. Nous avons dû insister quelque peu sur ce sujet, à cause de son importance, puisque de cette infaillibilité dépend non-seulement la vérité catholique, mais aussi la fausseté et l'absurdité du dogmatisme protestant. En effet, si l'Église est infaillible dans son enseignement dogmatique, on sera forcé d'avouer qu'il n'y a qu'erreur dans tout ce qu'elle condamne ou qu'elle réprouve. Le premier soin d'un protestant, comme d'un catholique, devrait être d'examiner si l'Église a été véritablement investie par Jésus- Christ d'une telle prérogative, puisqu'il est évident que, si elle la possède, il serait illogique et absurde de vouloir encore discuter tout autre point de doctrine enseigné et proposé par elle. Je sais qu'il a été dit par quelques protestants : « Qu'on nous prouve l'infaillibilité de l'Église, et nous nous confesserons vaincus. » Eh bien, non-seulement cette infaillibilité est prouvée , mais elle est démontrée, et démontrée avec une telle évidence, que le fidèle même le plus dénué d'instruction peut en saisir et en apprécier la valeur. C'est une démonstration péremptoire et sans réplique, appuyée sur le fait constant de l'Église elle-même et sur le droit dont un tel fait tire son origine (1). Mais en voilà assez sur ce premier sujet.

(1) Voir la dissertation de l'auteur sur ce sujet, intitulée :

Quant à la seconde condition, qui est que la règle de foi soit visible, par la raison déjà indiquée qu'elle doit être accessible à tous, et rendre ses oracles et ses réponses à tous ceux qui la consultent, proclamer la vérité, condamner l'erreur, ce qu'elle ne pourrait si elle était invisible, c'est ce qui paraîtra évident, pour peu qu'on y réfléchisse. Car une règle de foi invisible, inanimée, muette, ne serait plus une règle, du moins une règle prochaine, comme doit l'être celle dont il s'agit ici, c'est-à-dire une règle qui soit en même temps témoin, interprète et juge par rapport à nous de tout ce que Dieu nous a révélé , et du sens dans lequel il l'a révélé. Une règle muette, comme celle que voudraient les protestants, ne serait, ainsi que nous l'avons déjà observé, qu'un écho passif de tout ce que l'homme voudrait lui faire dire. Sans doute que la Bible par elle-même n'est pas l'écho de toutes les erreurs, ou, pour mieux dire, qu'elle n'est l'écho d'aucune erreur, puisqu'elle n'est qu'un organe de vérité, comme contenant la pure parole de Dieu; mais ce sont les hommes qui la faussent, en l'adaptant

Sul litolo di ereticheodi scimatiche sette, che dà la Chlesa cattolica aile communioni dalei divise, Bologne et Naples, 1851, part. 5, avec l'appendice en réponse à l'anglican Stanley Faber. L'auteur y prouve sa thèse contre le soi-disant archevêque anglican Wharnley par des raisons à priori, et contre Faber par d'autres raisons à posteriori, ou par les documents que fournissent les Pères et les écrivains ecclésiastiques de tous les siècles.

par des interprétations violentes à leurs propres idées, et en lui prêtant un sens qu'elle n'a ni ne saurait avoir. Or, ce n'est pas à l'homme à se former à luimême ses articles de foi, mais il doit les recevoir tout formés, puisque la foi vient de rouie; mais si l'ouïe doit être frappée, il faut donc quelqu'un dont la voix la frappe, et telle est précisément la règle que nous offre en elle-même l'Église visible et parlante.

Notre tâche est maintenant de prouver qu'effectivement l'Église catholique ou l'Église de Jésus- Christ est visible, pour qu'elle puisse remplir ou renfermer en elle cette seconde condition inhérente à la règle de foi. Mais quoi de plus certain que la visibilité de l'Église? Jamais personne n'en a douté jusqu'à ces derniers temps. Tout le système de l'Évangile, tout l'ensemble du plan du Sauveur, l'ordre entier de ses desseins réclame la visibilité de l'Église qu'il a fondée. En effet, tous les symboles, tous les emblèmes sous lesquels il nous l'a représentée renferment l'idée de la visibilité : c'est une cité bâtie sur la montagne et exposée à tous les regards ; c'est un royaume avec son monarque qui le gouverne; c'est un troupeau que son pasteur conduit ; c'est une terre où se trouve un trésor; c'est un filet qui contient de bons poissons et d'autres mauvais; c'est une aire où la paille est mêlée avec le bon grain ; ce sont les dix vierges dont les unes sont sages et les autres folles; c'est un champ où l'ivraie germe et croît à

côté du froment ; tous ces symboles sous lesquels F Église nous est dépeinte avec ses propriétés, que nous manifestent-ils autre chose, sinon que le Sauveur a voulu que son Église fût visible pour tout le monde, et palpable, pour ainsi dire, pour tout le genre humain?

Outre cela, sa haute destination, les moyens de l'atteindre, son mode de gouvernement nous révèlent sa visibilité. Car quelle est sa destination, sinon celle de sanctifier l'homme en le détachant du soin superflu des choses terrestres, de le disposer à quitter volontairement l'enveloppe matérielle qui l'appesantit, d'élever ses désirs vers le ciel, de le mettre en rapport continuel avec le monde invisible, de l'approcher de Dieu par la pratique des plus sublimes vertus qu'il puisera dans l'imitation de la Sagesse même incarnée? Quelle est sa destination, sinon de conduire l'homme à travers les vicissitudes du temps, de le faire sortir avec avantage de toutes ses épreuves, et de le mettre en état de posséder un jour l'éternité bienheureuse? Tel est en effet l'objet de la mission conférée par Jésus-Christ à ses apôtres, et dans leur personne à l'Église enseignante : de renouveler le monde par la foi, et par la sainteté des œuvres dont la foi doit être accompagnée. Vers ce but, et vers ce but unique, ont été dirigés les moyens d'atteindre une fin si sublime, la prédication, le culte, les sacrements, canaux bienfaisants qui doivent porter l'eau

salutaire et fertilisante de la grâce, puisée à la source intarissable des plaies sacrées et du cœur enta*' ouvert de F Homme-Dieu, dans le cœur aride de l'homme, pour alimenter sa foi, relever son espérance, raviver sa chaî*ité, le fortifier dans ses faiblesses, le consoler dans ses afflictions, essuyer ses larmes, réparer ses pertes, le guérir de ses infirmités, le ressusciter à la vie; mais par-dessus tout, verser dans son âme les ineffables délices du ciel, et lui donner comme l'avant-goùt de l'éternelle possession de Dieu, vérité et charité par essence, dans l'aliment mystique de la divine Eucharistie, foyer brûlant, abrégé des merveilles d'amour opérées pour le bien des mortels par le Rédempteur du monde, par l'ami incomparable des hommes.

Enfin cette grande famille, cette société, ce royaume fondé par l' Homme-Dieu, comme une société parfaite et même la plus parfaite de toutes, ce chef-d'œuvre de la divine Sagesse, devait avoir sa constitution, son organisme, ses lois, ses moyens de gouvernement ; et il fallait par conséquent que quelques-uns fussent chargés de veiller au maintien et à l'exécution de ces lois, d'en venger les transgressions, de les interpréter au besoin, d'en tempérer la rigueur, de dispenser de leur observation suivant l'exigence des cas, en un mot, de gouverner la société chrétienne avec l'autorité nécessaire. Mais comment exécuter ce dessein sans une société visible, sans une société accessible

aux sens, sans une société vivante? Supposer la chose autrement, serait une hypothèse inconcevable et toutà-fait absurde, surtout si l'on fait attention à l'obligation imposée par Jésus-Christ aux uns de gouverner, comme le déclare l'apôtre (1), et aux autres de se soumettre et d'obéir, suivant ce que le même apôtre écrit aux fidèles : « Obéissez à vos supérieurs, et leur soyez soumis, afin qu'ainsi qu'ils veillent pour le bien de vos âmes, comme ayant à en rendre compte à Dieu, ils s'acquittent de ce devoir avec joie, et non en gémissant, ce qui ne vous serait pas avantageux » (2). L'apôtre saint Pierre écrivait de même aux évêques : « Je vous en prie avec instance, paissez le troupeau de Dieu qui vous est commis » (3). Et aux fidèles : « Soumettez-vous aux prêtres » (à), c'est-à-dire aux évêques, suivant sa manière de s'exprimer. Enfin, ce serait une hypothèse absurde, si l'on fait attention à l'ordre intimé par Jésus-Christ à tous les hommes d'entrer dans son Église , et à ceux qui y sont déjà d'y demeurer. Car tout cela serait vain et illusoire, si l'Église était invisible, et par là même hors d'état d'être discernée des sectes qui en usurpent le nom et en sont comme la parodie. Je pourrais pousser plus loin

(1) Jet. XX, 28.

(2) Hebr. xin, 17.

(3) I Petr. v, 1 et

(4) Ibid. V, 5.

mes preuves en les déduisant du mystère même de F Incarnation ; mais je crois la chose superflue sur un point d'une si grande évidence, et dans un temps où ceux-là mêmes qui soutenaient autrefois ce paradoxe l'ont à peu près abandonné (1).

Après tout, ce n'est pas de leur plein gré que les premiers novateurs du xvr siècle en étaient venus à imaginer cette monstrueuse théorie de l'invisibilité de l'Église; mais ils y avaient été amenés malgré eux par la dure nécessité de se soustraire à une difficulté toujours incommode que leur faisaient les catholiques. Car comme ces prétendus réformateurs prêchaient à leurs dupes que l'Église était toute corrompue, et qu'ils étaient venus pour la réformer, la reconstruire et

(1) « Les intellectualistes , écrit le protestant' Pustkugiien Glanzow, comme les mystiques, ont tellement rêvé à une Eglise invisible, que l'Eglise visible est devenue comme invisible, avant qu'une seule colonne de l'Eglise invisible se montrât à l'intelligence. L'Eglise invisible ne peut pas plus subsister sur la terre sans l'Eglise visible, que l'âme sans le corps. Le Christ lui-même a établi l'enseignement des pasteurs. » Voir la Restauration du vrai protestantisme, 1827. Bellarmin, lib. m, De Eccl., c. il, observe que, dès son temps, les luthériens étaient convenus d'abandonner la doctrine de Y Eglise invisible à cause des absurdités qui en résultaient. Mœhler, cependant, dans sa Symbolique, § 46, t. n, fait voir que cet article n'était qu'un corollaire de la doctrine des luthériens concernant l'inspiration immédiate de chaque fidèle et l'inutilité de l'Eglise et de son enseignement. Il relève les contradictions de cette doctrine.

la refondre, en la rappelant à la pureté native dans laquelle elle avait été établie par le Christ, les catholiques leur répliquaient de leur côté : S'il en est ainsi, où sera donc allée se réfugier la véritable Église de Jésus-Christ? Serait-elle anéantie? Et si elle est anéantie, comment nos réformateurs pourront-ils rappeler à la vie une institution déjà morte et restaurer ce qui n'est plus ? Comment, sans mission aucune, peuvent-ils s'arroger le pouvoir de faire un tel miracle, ces hommes d'un jour, et qui ne sauraient appartenir à l'Église, puisqu'à leur dire elle n'existe plus sur la terre ? Alors, pour se tirer d'embarras, ces soi-disant réformateurs ne trouvèrent rien de plus expédient que de recourir à une Église invisible, composée des seuls justes ou des seuls prédestinés, qui ne sont connus que de Dieu : Église à laquelle appartenaient précédemment les vaudois, les albigeois, les partisans d'Àërius, de Vigilance, de Jovinien et autres grands précurseurs des protestants (1) ; Église vraiment singulière et de structure parfaitement originale, où se trouvaient les hérétiques de tous les temps à l'exclusion des seuls catholiques ; Église de telle nature que, comme quelqu'un l'a dit, on n'aurait guère pu déter-

(1) Ce sujet a été traité au long par nos anciens controversistes, tels que Bellarmin, lib. cit.; les frères de Wallembourg, tract, m, De Ecclesiâ, et tract. Ubi Ecclesia fueritante Lutherum; Coccius, Thesaur., t. i, lib. 8, art, 1-4; Suarez, Contra Regem AngL, etc.

miner si c'était saint Etienne qui en faisait partie ou bien ceux qui le lapidaient, si c'étaient les martyrs ou leurs bourreaux , etc. (1).

Mais de plus, ou l'Église reconstruite et réformée par ces hommes était toujours invisible comme celle qu'elle remplaçait, ou elle était devenue visible. Si elle restait invisible, comment la distinguer de l'autre ? comment la reconnaître ? Ce qu'ils faisaient était donc absolument inutile. Et puis, d'ailleurs, comment réformer une chose invisible? Si, au contraire, elle était devenue visible, force était de conclure que leur Église différait essentiellement de celle qu'avait fondée Jésus-Christ, ou, en d'autres termes, qu'elle n'était pas l'Église de Jésus-Christ. Dans leur hypothèse, en effet, l'Église de Jésus-Christ serait invisible de sa nature ; la leur, au contraire, était de sa nature visible, et, par conséquent, substantiellement différente de la première. Tels sont les paradoxes, les absurdités, les partis désespérés où conduit quelquefois l'esprit de parti, ou la passion de vaincre (2)!

(1) Voir Moore, Voyage d'un Irlandais à la recherche d'une religion.

(2) Pour se tirer d'embarras, les protestants distinguèrent l'Eglise composée Rappelés d'avec l'Eglise composée des seuls élus, comme on peut le voir dans leurs confessions de foi et par leurs écrits, cités par les frères de Wallembourg, ouvr. et pass. ci-dessus. Mal an, pasteur de Genève, écrivain vulgaire, dans son opuscule intitulé : Pourrai- je jamais entrer dans l'Eglise romaine, etc., comme homme de vieille trempe et piétistear-

La troisième condition de la règle de foi est qu'elle soit perpétuelle, comme devant être la règle à suivre dans tous les temps , ou tant qu'il y aura des fidèles et des infidèles, des hommes enfin à régler. Les infidèles en ont besoin, pour savoir quelle est la vraie foi qu'ils ont à embrasser; les fidèles en ont besoin aussi , pour se maintenir dans la foi sans se laisser égarer par de fausses doctrines, ou par des doctrines différentes de celles enseignées par F Homme-Dieu. Puis donc que la règle de foi ne doit faire défaut aux uns ni aux autres d'ici à la fin du monde, il s'ensuit qu'elle doit être perpétuelle, et n'avoir d'autres limites que celles du temps.

Mais l'Église elle-même serait-elle d'une égale durée? Sera-t-elle perpétuelle et indéfectible? Eh î qui pourrait en douter? Pour s'en convaincre, il suffit d'avoir foi à la Bible et au but de la mission de l'Église. Aucune de tant de promesses qui lui ont été faites par le Sauveur n'est restreinte à un temps limité, ou, pour mieux dire, il n'en est aucune qui n'exclue toute limite ou toute interruption dans son cours. Nous avons vu que l'assistance que Jésus-Christ lui a assurée embrasse toute l'étendue des temps, jusqu'à la consommation des siècles; que l' Espritdent, nous donne tout bonnement la théorie de l'Eglise invisible, de l'Eglise des appelés et des élus; il ne reconnaît dans l'Eglise romaine ou catholique que l'unité de volonté des démons, r unité des ténèbres, etc., p. 60-80.

Saint doit toujours demeurer en elle : // sera avec vous à toujours ; que tous les efforts de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle : Et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Ces promesses sont explicites, elles sont formelles, absolues, et sans condition qui les restreigne. Il faut donc dire, ou que Jésus-Christ n'a pu ou n'a su maintenir sa promesse et sa parole donnée, ou que l'Église, en vertu de sa promesse, doit rester ferme et inébranlable dans les conditions où elle a été établie tant qu'elle n'aura pas achevé sa carrière, c'est-à-dire tant que se déroulera la scène de l'univers. Mais quel est le chrétien qui ose jamais affirmer de Jésus-Christ qu'il manque du pouvoir ou de la volonté de tenir ses promesses (1) ? On en a vu cependant, parmi ceux-là mêmes qui prétendent suivre la seule Bible et toute la Bible pour règle de foi, qui ont osé donner ce démenti au Christ et à ses promesses. Ce sont les nouveaux réformés, qui ont eu le courage de dire que l'Église de Jésus de Nazareth, après une courte durée, avait cessé d'être vierge et sans tache, et qu'en devenant infidèle à son divin époux, elle s'était changée en une vile prostituée par l'adoption d'une multitude d'erreurs, et par sa chute dans la plus abominable

(1) Ce sujet a été traité ex professo par tous les anciens controversistes. Voir entre autres les frères de Wallembourg , t. h, De controv. ftdei, tract, n.

comme la plus grossière idolâtrie. Il est vrai qu'ils ne s'accordent pas beaucoup entre eux lorsqu'il s'agit d'assigner avec précision l'époque d'un si horrible méfait et d'une si honteuse prévarication : la plupart se sont arrêtés à dire que cela arriva après les trois premiers siècles de l'ère chrétienne (1) ; d'autres cependant ont compté aussi le ive siècle parmi les beaux jours de l'Église (2) ; d'autres ont soutenu que cette lugubre catastrophe avait éclaté vers le milieu du Ve siècle (3) ; d'autres n'ont pas fait difficulté de prolonger ce temps jusqu'à la fin du vie siècle, quand saint Grégoire-le-Grand, sous l'empire de Phocas, déploya pour la première fois l'étendard de l'antechrist, étendard fatal 'qui , à partir de cette époque, a flotté sur le siège de Rome et en a pris pour toujours posses-

(1) Priestley, dans l'intérêt de sa cause, regarde tout le temps qui s'est écoulé jusqu'à la mort d'Adrien, c'est-à-dire jusqu'à l'an 138 de Jésus-Christ, comme celui qui renferme l'ère de la pureté et de la virginité de l'Eglise. Selon Blondel, « la religion chrétienne a gardé sa pureté et prolongé son âge d'or jusqu'au temps de Constantin, ou jusqu'à l'an 324. » Moore, ouvr. cit., c. 2.

(2) C'était la prétention deBEAUSOBRE, Hist. crit. dumanich., t. il, p. 662, où il disait que l'introduction de V idolâtrie chrétienne avait eu lieu au ive siècle.

(3) D'Aubigné, dans ses Mémoires, p. 131-160, propose, de l'aveu des ministres huguenots de France, les quatre premiers siècles pour servir de règle de foi aux catholiques. Le cardinal Duperron demanda quarante années de plus, qui lui furent libéralement accordées.

sion (1) ; d'autres étendent à tout le vne siècle le règne de Jésus-Christ, et rapportent au vme siècle ce fatal bouleversement (2). C'est-à-dire, que les protestants ont ou réduit ou allongé les beaux jours de l'Église selon l'intérêt du moment et les exigences de la controverse du jour, ou le caractère des adversaires particuliers qu'ils avaient à combattre (3).

(1) Hospinien, par horreur pour le culte des saints et des re liques, considère saint Grégoire -le-Grand comme la source d'où a découlé le torrent de la superstition et de l'idolâtrie. Les centuriateurs de Magdebourg ne sont pas d'accord entre eux sur ce point.

(2) Le ministre Claude, dans sa controverse, ou pour mieux «lire, la honteuse défaite que Bossuet lui fit essuyer, fait entrer \e vue siècle dans les beaux jours de l'Eglise.

(3) David Hume, dans son Essai, t. ni, p. 474, cité par Gibbon, porte son attention sur le flux et le reflux naturel du polythéisme et du trithéisme. Gibbon lui-même, dans son Histoire de la décadence de l'empire romain, ch. xv, accuse l'Eglise catholique comme coupable d'innovation, par rapport au culte des saints et des reliques, à partir de la fin du IVe siècle ; selon lui, elle eut pour correcteurs l'hérétique Vigilance et Fauste le manichéen. Il est indubitable cependant que le ne siècle môme nous présente des documents très certains de ce culte, comme le prouve la lettre de l'Eglise de Smyrne sur le martyre de saint Poly carpe, rapportée par Eusèbe, 1. iv, c. 15, Voir Ruinart, préface générale de ses Acia martyrum slncera, et Mamachi, Orig. etantiquit. christ., t. i, 1. i, § 27; De Vert, t. n, p. 18, préface à la lettre de Jurieu. Depuis cette époque si reculée, ce culte n'a jamais été interrompu dans l'Eglise, tellement qu'il a été approuvé par Wiclef et par Jean Huss. Henri VIII en sanctionna solennellement la pratique,

Quoi qu'il en soit de cette variété et de ces contradictions, presque tous s'accordent à affirmer que neuf ou dix siècles entiers ont été témoins de cette défection universelle de l'Église, qui aurait duré encore bien plus longtemps s'il ne s'était élevé tout-àcoup, pour la retirer de ce profond abîme où elle était ensevelie, des réformateurs habiles et d'un courage intrépide. Tels ont été Luther en Allemagne, Zwingle en Suisse, Calvin en France, et Henri VIII en Angleterre, dont l'œuvre fut continuée et amenée à sa perfection par la bonne Betk, digne fille d'un si bon père. Tous, d'accord sur la fin, quoiqu'ils ne le fussent pas également sur les moyens, se sont dévoués à cette grande entreprise. Il ne s'agissait de rien moins que de relever et de reconstruire en entier le chef-d'œuvre de la divine Sagesse, l'Église de Jésus-Christ, qui, bien qu'elle dût, en vertu de ses promesses solennelles et réitérées, se conserver jusqu'à la fin des temps dans son inviolable pureté et dans toute sa sève de vie, était , soit oubli ou distraction , soit impuissance, tombée en dissolution malgré toutes ces promesses, et n'offrait plus qu'un amas

comme le prouve BossTet, Histoire des variations, 1. vu, § 26, 37, et 1. xi, § 157, 165, bien que depuis lors les modernes anglicans y aient renoncé. Donc, le flux et le reflux de l'idolâtrie ne s'est pas arrêté aux catholiques ; mais chez les protestants eux-mêmes de toute couleur il y a flux et reflux pour assigner l'époque delà défection imaginaire de l'Eglise de Dieu.

informe de décombres et de débris inutiles. C'est dans cet état de désolation que l'Église est restée plusieurs siècles, et son malheur eût été irréparable, si ces vaillants hommes ne se fussent montrés pour la relever de ses ruines.

Telle est dans ses termes les plus simples la prétention du protestantisme, prétention qui le porte à s'adjuger à lui-même, comme à une Église renouvelée et sortie de ses cendres, les titres d'Église de Jésus- Christ, d'Eglise évangélique. Or, je le demande, le protestantisme peut-il sans infidélité et sans blasphème maintenir une telle prétention? Et cependant, à moins de proférer ce blasphème, à moins d'accuser l' Homme-Dieu de ce manque de fidélité à sa parole, il ne peut plus ni vivre ni subsister, sa substitution à l'Église ne pouvant avoir lieu qu'autant que l'Église elle-même aurait cessé d'être.

Les soi-disant nouveaux réformateurs ne s'étaient sans doute pas aperçus que beaucoup d'autres avant eux s'étaient donné la même prétention. Iln'a pas paru un seul hérétique, dans tout le temps écoulé depuis les apôtres jusqu'au xvie siècle, qui n'ait prétendu relever l'Église de son époque de l'état de défection et de ruine où, d'après lui, elle était tombée. Car personne aurait-il jamais pris la tâche de réformer la doctrine, le dogme, les pratiques et les rites de l'Église catholique , s'il avait cru que ces articles s'y fussent conservés tels qu'ils avaient été confiés par Jésus-

Christ et ses apôtres aux générations suivantes? Non, très certainement. Donc, ce fut pour réparer l'Église tombée dans l'erreur et dans les abus, que chacun d'eux put avoir la pensée de lui substituer un nouvel enseignement, ou, comme ils le disaient, de rétablir la véritable et pure doctrine, perdue par l'enseignement corrompu de l'Église catholique. Ainsi, pour ne pas parler de tant d'autres, les donatistes, à la fin du ine siècle et au commencement du ivc, voulurent réparer l'Église catholique devenue coupable d'infidélité et toute souillée, en mettant à la place leur propre faction, qu'ils prétendaient être restée seule la vraie Église de Jésus-Christ (1) , de la même manière qu'encore aujourd'hui la soi-disant Église anglicane le prétend d'elle-même en s' attribuant le titre d'Église catholique (2). Ce travers qu'ont les hérétiques de

(1) Ils appelaient l'Eglise catholique du nom de prostituée, comme on le voit dans saint Augustin, Serm.ad pleb. Cxsar., n. 8; ils la disaient une invention humaine (ibid., Gest. cura Emerito, c. 33) ; ils soutenaient qu'elle était anéantie dans tout le reste du monde, et qu'elle ne subsistait plus que chez eux (lib. n, cont.Epist. Parmen., ri. 2); que l'Eglise de Jésus-Christ avait cessé d'être dès le temps de saint Cyprien (lib. V, De Bapt., c. 1, etc.).

(2) On ne peut être que frappé de la singulière ressemblance, ou plutôt de l'espèce d'identité que le cardinal Wiseman relève admirablement, dans son cinquième article contre les puséistes, entre le schisme donatiste et le schisme anglican, quant à l'origine , quant aux progrès , quant aux actes , quant à la dénomination même d'Eglise catholique qu'ils se sont attribuée

déclarer l'Église catholique souillée et corrompue, et de se croire appelés à la réformer, remonte à une date encore plus ancienne. C'est un fait avéré, que les gnostiques affirmaient aussi que l'Église, dès le temps des apôtres, s'était écartée de la vraie doctrine de Jésus-Christ, parce que les apôtres eux-mêmes avaient mal compris ses enseignements, et qu'ainsi l'Église avait avorté dès sa naissance (1), et c'est pourquoi

les uns comme les autres, quant aux violences, quant aux calomnies contre l'Eglise romaine, quant au caractère, etc., etc. Tellement que Newman fit l'aveu verbal, et publia par écrit qu'il était frappé de cette ressemblance entre les donatistes et les anglicans, et ce fut une des raisons qui l'ont porté à se convertir à la religion catholique.

(1) Dès le temps des apôtres, c'est-à-dire à commencer par Simon et par Menandre, les gnostiques s'appelaient eux-mêmes spirituels , et accusaient l'Eglise de s'être corrompue, d'être devenue animale, etc. Voir saint Irénée, 1. in, c. xv, n. 2, éd. Massuet.

On a renouvelé de nos jours cette accusation contre l'Eglise de s'être corrompue dès sa naissance. Langi, par exemple, qui en 1844 a succédé à Strauss dans la chaire de théologie à Zurich, où il avait un auditoire d'à peu près 200 individus des deux sexes, s'est attaché à tracer le tableau du christianisme primitif. Or, il en borne l'existence à la vie du Sauveur, et il nie qu'il ait pu passer aux âges suivants. Dans les écrits mêmes des apôtres, elle ne se montre plus dans sa pureté native, de sorte que l'histoire du christianisme primitif a été close dès l'ère apostolique. Voir Y Univers, 4 janvier 1844.

Les valentiniens appelaient les catholiques charnels.

Les montanistes les appelaient psychiques, c'est-à-dire livrés à la vie animale.

ils se mettaient en devoir de rectifier ses pernicieuses erreurs, de la restaurer et de lui rendre la vie.

Pour moi, je fais le sincère aveu que, si j'admettais une fois le principe du protestantisme, ou que l'Église eût pu périr au iv% au ve, au VIe ou au vne siècle, malgré les promesses de son divin fondateur, je ne saurais comment donner tort à ces anciens hérétiques. Je suis persuadé que quiconque raisonnera logiquement conviendra avec moi, ou que les anciens gnostiques et les donatistes ont eu également raison avec tous les autres, ou qu'ils ont eu également tort. Mais que dira le bon sens ? que dira la conscience ? Ah ! l'un et l'autre diront sans balancer que tous ces préten-

Les manichéens les appelaient simpliciens ; les novatiens sa plaisaient à les appeler apostats; et ainsi des autres. De sorte que l'Eglise, depuis le temps des apôtres jusqu'à nous, s'est vue ignominieusement accusée de corruption par toutes les sectes hérétiques et schismatiques, et chargée par chacune d'elles des quolibets comme des imputations les plus infâmes. Peut-on désirer une plus belle preuve de l'identité de la vraie Eglise dans tous les siècles î Voir Mamachi, Orlg. et antiq. christ.1 t. il, lib. î, c. 1 et 2.

De nos jours, c'est-à-dire en 1852, le protestant Sander d'Elberfeld s'est écrié de toute la force de ses poumons au synode de Brème: Rome, ou la religion catholique, n'est qu'une excroissance de l'enfer ! Le système infernal du papisme mérite toute notre haine. Voir Annales catholiques de Genève, lreliv., décembre 1852, p. 40. Tant il est vrai que les hérétiques de tous les temps et de tous les âges se ressemblent par les sentiments et par le langage !

dants sont également coupables, également insensés, également infidèles, pour n'avoir pas craint, dans l'aveuglement de leur orgueil, de donner un outrageux démenti au Fils de Dieu, à la Sagesse incréée, au Sauveur du monde, et s'être érigés en réformateurs et en restaurateurs d'une Église sortie du flanc en tr' ouvert de cette victime d'amour.

Mais il est temps de conclure. Trois conditions principales, qui sont l'infaillibilité, la visibilité et la perpétuité, étant indispensablement requises, d'après la nature des choses, pour une règle prochaine de foi proprement dite, et ces conditions ne se trouvant réunies que dans la règle catholique, ou dans la règle de l'Église catholique, il s'ensuit, par une conséquence nécessaire, qu'elle est seule la vraie règle de foi, puisqu'elle en remplit seule les conditions, ainsi que nous nous sommes attaché à le démontrer ; ce qui se confirmera encore mieux par cette simple observation, qu'aucune des communions protestantes ne prétend à l'infaillibilité, aucune à la perpétuité, et que plusieurs encore aujourd'hui ne prétendent pas même à la visibilité.

ARTICLE II

Considérée au point de vue théologique, la règle catholique est la seule qui soit propre à conserver efficacement l'unité de foi et de communion dans l'Eglise.

L'unité de foi voulue par Jésus-Christ découle du principe d'une autorité infaillible ; — et c'est par la même autorité qu'elle se conserve. — Le principe d'une autorité infaillible est le seul propre à produire et à conserver l'unité de la foi. — La règle de foi des protestants porte, de leur propre aveu, à la division.— Réflexion sur un aveu de cette nature. — Donc la règle de l'Eglise catholique, la seule qui puisse constituer et maintenir l'unité de foi, est la règle voulue par Jésus-Christ. — Perplexités où se trouvent les protestants. — Comment ils cherchent à se tirer d'embarras. — Il est faux que les catholiques n'aient que l'unité de formules. — Il est faux que les catholiques n'aient pas d'unité. — Leurs disputes domestiques sont même la plus belle preuve de leur unité dans la foi. — Paradoxe de Vinet attribuant l'unité au protestantisme. — Réfutation de ce paradoxe. — L'unité de communion se forme et se conserve par la règle catholique. — Exposé et solution d'une autre difficulté objectée par l'anglican Palmer contre l'unité de communion de l'Eglise catholique. — Objection de Jewel et de Leslie résolue. — La règle catholique, la seule qui soit propre à conserver la double unité de foi et de communion, est la règle voulue par Jésus-Christ. — Confirmation de cet argument et conclusion.

Nous avons joint ensemble l'unité de foi et l'unité de communion, parce qu'elles concourent toutes les deux à former l'unité synthétique et absolue, telle que Jésus-Christ, comme nous l'avons prouvé ailleurs,

a voulu qu'elle existât dans son Église. Nous avons prouvé, dans notre première partie, que le protestantisme détruit. cette unité; mais ce n'était là que la partie négative de notre thèse. Il nous reste maintenant à en construire la partie positive, en démontrant que par la règle catholique seule se forme , se développe et se maintient dans son entité l'unité voulue par Jésus-Christ; et cela par la raison que la règle catholique s'appuie tout entière sur l'autorité, et sur une autorité infaillible. Cette infaillibilité est la condition la plus indispensable à une règle de foi , ainsi que nous l'avons prouvé dans l'article précédent.

En partant de ce point, voici de quelle manière nous développons notre preuve. Que le principe d'une autorité infaillible, tel qu'il a été professé de tout temps et qu'on le professe encore dans l'Église catholique, soit propre à produire et à conserver l'unité de foi , c'est ce qui est évident aux yeux de tous. Par ce principe, en effet, tous ceux qui veulent embrasser et suivre la religion chrétienne doivent assujétir leur esprit et leur cœur, leur entendement et leur volonté, aux vérités mêmes qui sont proposées par cette autorité. Refuser un tel assentiment à une autorité infaillible serait le refuser à Dieu même, de qui seul cette infaillibilité peut émaner. De là vient que les protestants, qui ne veulent pas de cet assujétissement de l'esprit commandé par la volonté, nient en même temps que l'Église soit infaillible. Donc, par la raison

contraire, si l'Église est réellement infaillible, on lui doit un plein assentiment; et, par une conséquence naturelle, tous ceux qui suivent ce principe comme règle de leur foi doivent nécessairement s'accorder dans une même croyance sur tous les articles, tant en général qu'en particulier, que propose à croire au nom de Dieu cette autorité infaillible : et c'est ainsi que découle de ce principe l'unité objective de foi dont il est question dans cet article. Or, l'Église catholique a toujours fait valoir une semblable autorité, connue lui étant inhérente, pour proposer à tous les mêmes vérités qu'elle dit avoir reçues de Dieu, et sa conduite sera toujours la même dans la suite des âges ; elle a donc maintenu et maintiendra toujours, en vertu de sa règle, l'unité de foi parmi ses enfants. Et quant à ceux qui lui refusent cet assentiment plein et parfait, quel que soit leur nombre ou leur mérite, elle n'a jamais, par considération pour eux , fait fléchir sa règle en aucune manière ; mais, la conservant toujours intacte, elle retranche sans pitié ces malheureux, et n'en resserre que plus fortement les liens de son unité avec ceux de ses enfants qui lui demeurent fidèles.

Il ne suffit donc pas pour notre thèse de prouver que la règle catholique constitue et conserve l'unité de foi; mais il faut faire voir de plus, qu'elle seule est capable de la conserver comme de la produire. Et c'est ce qu'il nous sera très facile de démontrer ;

car, comme l'a observé saint Augustin (1), il n'y a que deux voies qu'on puisse suivre en matière de religion : savoir, la raison et l'autorité; c'est-à-dire, par rapport à notre sujet, ou l'examen entrepris sur la Bible par la raison individuelle de chacun, ou l'autorité de l'Église, qui se porte pour infaillible. 11 n'y a pas de milieu entre ces deux voies, puisque le piétisme ou le sentimentalisme est la négation de toute foi positive, une illusion placide, une complète insouciance par rapport à tout ce que Dieu a révélé, ou, si l'on veut, un acte de désespoir où l'on se jette par suite de l'impuissance absolue qu'on rencontre dans le protestantisme de trouver jamais la vérité. L'inspiration intérieure particulière, ou l'enseignement individuel de l'Esprit-Saint, tel qu'il est admis dans le théosophisme par les anabaptistes, les quakers et autres sectaires, n'est, comme nous l'avons démontré ailleurs (lre partie, lre section), qu'un enthousiasme dangereux, trompeur, contradictoire, et capable de produire une infinité de maux. Il ne reste donc à choisir qu'entre les deux voies que nous avons indiquées. Or, certainement on ne peut pas dire que l'unité de foi se maintienne et se conserve par la voie de l'examen, ou par l'interprétation individuelle, le contraire n'étant que trop clairement démontré par l'expérience (2). Ce

(1) Lib. De ver a religione, c. 24, n. 45.

(2) Saint Augustin développe à merveille cette vérité, non-

qui est si vrai, qu'à la vue de tant de discordances et de divisions amenées par le principe dont il s'agit, beaucoup de protestants de notre siècle, après d'inutiles efforts pour sauver dans le protestantisme quelque semblant d'unité, ont fini par y renoncer comme à une illusion, et quelques-uns même en sont venus à se vanter de cette variété de doctrines, qu'ils assimilent à la beauté de l' arc-en-ciel produite par la diversité des couleurs (l).

seulement dans le livre, cité tout à l'heure, De la vraie religion, mais plus encore dans le livre De utilit. credendi ad Honoratum, et spécialement du ch. 6e au 14e. Je vais en transcrire la fin du ch. 8 et le commencement du ch. 9. Après avoir prouvé combien c'est un travail difficile et ingrat que de chercher et d'examiner par soi-même la vérité entre tant de sectes, lesaint docteur adresse à Honoratus l'exhortation suivante : « Si diù te quoque affectvm vides, et si jam salis tibi jactatus videris, finemque hujusmodi laboribus vis imponere ; sequerc viam catholicse disciplinée, qux ab ipso Christo per Jpostolos, ad nos usquè manavit, et abhinc ad posteros emanalura est. Ridiculumy inquis, istud est, ciim omnes hanc se profiteantur tenere et docere. Pro filent ur hoc omnes hœretici, negare non possum ; sed ità ut eis, quos illectant, rationem se de obscurissimis rébus polliceantur reddituros eoque Catholicam maxime criminantur , quod illis qui ad eam veniunt prœcipitur ut credant (c'est là précisément le crime dont l'accusent aussi les protestants); seautem nonjugum credendi imponere, sed docendi font em ape rire gloriantur. » Voilà l'examen privé, la conviction que chacun veut se former chez tous les hérétiques, et de là leurs divisions sans fin.

(1) Malan, ouvr. cit., p. 67.

Mais il est bon de confirmer tout ce que nous disons ici par les aveux irrécusables des protestants eux-mêmes. Voici comment nous sont dépeints au vif la nature et les effets du protestantisme par un de ses organes les plus accrédités. Quel est le principe constitutif du protestantisme? « C'est le principe de liberté, répond Vinet, et de l'individualité, appliqué aux matières religieuses. » Ce principe d'individualité est exposé de la manière suivante par le Nouvelliste vaudois :« L'Église des professants (1), c'est le protestantisme, mais le protestantisme pur, vrai, logique, conséquent; l'Église qui repose sur le libre examen, sur la conviction, sur la conscience (2). Qu'on impose à la raison l'autorité de la Bible, ou qu'on l'affranchisse de toute gêne, le libre examen, dans le point de vue protestant, a toujours un caractère individuel, et, qui plus est, individualiste. C'est le moi qui se pose, qui examine, qui se forme une conviction; car la conscience, prise comme point de départ, comme critérium, c'est le moi au superlatif.

il) On appelle aujourd'hui professants ceux des protestants qui veulent l'Eglise libre, autonome et indépendante, non-seulement de l'Etat, mais même de tout symbolisme, ou de toute profession de foi obligatoire.

(2j Qu'on rapproche ces paroles de celles que rapporte saint Augustin dans son livre De vfilitate credendi, et qu'on dise ensuite si les hérétiques modernes diffèrent en quoi que ce soit de ceux d'autrefois, et spécialement des manichéens, dont parle Je saint docteur.

Aussi M. Vinet a-t-il parfaitement défini l'Église dans ce point de vue qui est le sien, quand il a dit que c'était une confédération des consciences. Gela suppose que chaque conscience est un être à part, libre de rester isolé ou de s'associer. En s' alliant à d'autres consciences qui partagent la même conviction, elle reste toujours elle ; comme les cantons confédérés, elle prétend demeurer indépendante, souveraine, inviolable. Si les conditions du contrat sont violées, elle se retire de la confédération, et, suivant la pratique de l'individualisme, c'est elle seule qui juge de cette violation.

« Le protestantisme ne prétendait d'abord que réformer quelques abus de l'Église catholique, à laquelle il voulait rester uni ; mais le principe de souveraineté individuelle, qui l'avait engendré et conduit à s'insurger contre les abus, le poussa à se séparer de l'Église, puis à se diviser et à se subdiviser à l'infini. Par l'intermédiaire du socinianisme et d'autres sectes de ce genre, ce même principe le jeta dans la philosophie ; avec celle-ci, il fallait parcourir l'idéalisme, le matérialisme, le scepticisme, le rationalisme, l'éclectisme, et je ne sais combien de systèmes divers, le panthéisme enfin

«D'abord l'Église de professants comprenait tous les protestants, parce qu'il y a des principes négatifs communs qui les rallient contre Rome. Mais comme ils ne professaient pas tous les mêmes doctrines sur

des points essentiels, ils ont dû se partager en luthériens, zwingliens, calvinistes, anabaptistes, quakers, etc. , etc. , et se morceler ensuite sur des articles plus ou moins insignifiants. Les Églises de professants ont embrassé des pays entiers, essentiellement sous la forme presbytérienne; mais en Angleterre et en Amérique, la liberté religieuse n'a pas tardé à produire des Églises congrégationnelles, c'est-à-dire des Églises isolées, des paroisses indépendantes les unes des autres, composées chacune des personnes qui professent la même doctrine, ou plutôt qui admettent certains articles de foi; Églises dont les unes ont leur ministre, dont les autres n'en ont point, parce que chaque fidèle y est docteur et animé du Saint-Esprit. Il n'est cependant pas rare de voir ces congrégations se dissoudre, et ce n'est qu'un progrès de plus ; car c'est la loi du protestantisme, la destinée qui lui est réservée dans tous les pays où la liberté religieuse lui permettra d'être lui, c'est-à-dire de secouer le joug de l'autorité. En effet, comme, dans le domaine des idées, le protestantisme repose sur la souveraineté individuelle, il doit arriver à cette souveraineté dans la réalité. Comme parmi les hommes qui examinent, il n'y en a pas deux qui voient de la même manière en tous points, qu'il n'y a donc pas deux convictions et deux consciences qui se ressemblent, et qu'une vraie Église de professants ne peut se composer que de personnes qui partagent

en tous points la même manière de voir, à défaut de quoi surgit la dissidence, ne fût-ce que sur des vétilles, on est inévitablement conduit à des Églises individuelles. Tôt capita, tôt sensns : autant de clochers que de bonnets.

« C'est la dernière logique et le dernier terme du protestantisme, l'individualisme ; c'est sa justification aussi bien que sa condamnation, son triomphe autant que sa défaite ; c'est sa destinée providentielle : réduire l'Église en poudre et en atomes, la dissoudre; car l'individualisme est un dissolvant si actif, un agent tellement corrosif, qu'il finit par se dévorer lui-même après avoir tout renversé, tout démoli, tout détruit

«L'Église de professants est donc une société libre de personnes qui se rattachent aux mêmes convictions religieuses. Tout s'y élève d'en bas. S'il y a des ministres, ils sont les fonctionnaires, les serviteurs de l'Église. On ne les croit qu'autant qu'ils prêchent les croyances pour lesquelles on s'est associé : leur doctrine et leur conduite sont soumises à un contrôle sévère, les fidèles exercent les uns sur les autres une surveillance qui dégénère quelquefois en inquisition. C'est que les membres de la société sont parfaitement égaux entre eux et tiennent à s'assurer que leurs associés et leurs commis ne les trompent pas. Ici chacun est successeur de Jésus-Christ et des apôtres, chacun est docteur. On rirait au nez de celui qui

prétendrait que les membres de l'Église qui n'ont pas étudié la théologie, l'hébreu, le grec, sont incompétents pour discuter et trancher les questions de doctrine; on croirait plutôt à leur infaillibilité, car chacun est pape. Dans cette Église, ce sont les troupeaux qui conduisent les bergers, les écoliers qui prescrivent la tâche du maître.

« Ce qui constitue essentiellement les Églises des professants, c'est la doctrine ; ce qui les caractérise, c'est qu'elles sont protestantes par excellence, qu'elles ne reconnaissent d'autre autorité que la Bible, d'autre interprète de la Bible que leur conscience ; quelquesunes ont un formulaire ou une liturgie qui est l'expression vivante de la doctrine ; mais cela suppose toujours le consentement des membres de l'Église. En dernière analyse donc, c'est à l'individualité, au moi de chaque coreligionnaire que toute l'autorité ecclésiastique se rapporte, et, comme nous l'avons vu, cette individualité, quand elle est logique, c'està-dire imbue de sa propre manière de voir, et par conséquent exclusive, arrive à n'avoir d'autre Église que sa conscience; congrégation qui, tout atomistique qu'elle soit, finit ordinairement par se contredire, se diviser, se séparer et se dissoudre » (1).

(1) Le Nouvelliste vaudois, no 27 de Tannée 1838, article l'Eglise des Professants, rapporté par Baudry, La religion dit cœur, p. 346 et suiv.

J'ai voulu rapporter en entier cet article d'un protestant, et, qui plus est, d'un organe public du protestantisme, non-seulement parce que je n'aurais pas pu retracer avec de plus vives couleurs la nature et les effets de la Réforme, mais encore parce que, si je l'avais tenté, je n'aurais peut-être pas échappé au reproche d'exagération. Que de réflexions n'y auraitil pas à faire là-dessus î Mais je les passe sous silence, pour me borner à mon sujet. Nous voyons par cet extrait où conduit l'examen de la Bible : à légitimer toute espèce d'erreurs et d'extravagances, au point que, pour me servir de l'image très juste de M. Vinet, bien qu'il prétende lui-même sauver l'unité de doctrine avec le principe protestant, tous les oiseaux de l'air, depuis le chantre funèbre des nuits jusqu'à l'aigle que réjouit la grande lumière du jour, font leurs nids sur cet arbre immense qui s'appelle la Bible (1). De l'aveu donc des protestants eux-mêmes, comme par la preuve expérimentale qu'ils nous fournissent, il est démontré qu'avec la méthode de l'examen individuel, dont ils font leur règle de foi, l'unité de foi n'est nullement possible. Ce qui est la même chose que d'avouer que le Christ, ni ne s'est proposé, ni n'a voulu cette unité de foi, et par là même que les apôtres se sont trompés lourdement quand ils ont enseigné que la foi est une, et que tous les

(1) L'Eglise et les confessions de foi, p. 29,

fidèles devaient penser et dire la même chose en matière de foi ; que d'avouer que la vérité religieuse est introuvable, puisque là où il n'y a pas d'unité, il ne saurait y avoir de vérité déterminée. Yoilà où sont arrivés logiquement, presque sans s'en apercevoir, les protestants avec la règle qu'ils ont voulu soutenir et défendre, c'est-à-dire à perdre toute foi, et à confesser ouvertement qu'on s'est écarté de la pensée des apôtres, qui ont enseigné, prêché et pratiqué tout le contraire.

Il ne reste donc plus qu'à dire que le Christ, ayant voulu l'unité de foi, a voulu par là même se servir pour la constituer et la maintenir de l'unique voie qu'il soit possible d'admettre dans l'ordre actuel de la Providence, c'est-à-dire de la voie de l'autorité, et d'une autorité infaillible. Je dis une autorité infaillible, parce que toute autre qu'on pourrait supposer ou imaginer est insuffisante en matière de croyances, comme nous l'avons prouvé en son lieu, et c'est une chose qui, du propre aveu des protestants, parle assez d'elle-même (1). Mais une autorité infaillible,

(1) Ces aveux font presque exclusivement le thème entier du chapitre troisième du premier volume de l'ouvrage si souvent cité d'HŒNiNGHAUS, La Réforme contre la Réforme. Les protestants avouent que la Bible seule est insuffisante, et qu'interprétée dans le sens de chacun, elle ne peut produire que des divisions sans fin; ils avouent que la substitution des confessions de foi, faites sans autorité et sans mission divine, est

c'est là précisément la règle de F Église catholique ; donc la règle de cette Église est la seule qui puisse, comme le prouvent du reste les faits, constituer et conserver l'unité de foi.

Accablés sous le poids de ces preuves invincibles, que renforce encore le contraste significatif de la variété et de la mobilité perpétuelle de leurs sectes avec la constance invariable et la parfaite immobilité des croyances de l'Église catholique, on ne saurait dire les efforts et les mouvements que se donnent les protestants, les expédients auxquels ils ont recours, pour en éluder, s'il se pouvait, la force. Tantôt ils s'avisent d'affirmer qu'il n'y a dans la communion catholique d'autre unité qu'une unité matérielle, fictive, bornée à des paroles, et à de simples formules, sans unité de pensée (1) ; tantôt ils s'avancent jusqu'à nier formellement qu'il existe par le fait cette

une substitution d'an papisme protestant au papisme catholique. Ils avouent qu'à un seul pape ils ont substitué une multitude de petits papes sans dignité, et d'autant plus tracassiers, comme parle J. G. Von Herder, dans son Jdrastée, qu'ils n'ont pour se faire obéir ni pouvoir ni droit. Us avouent enfin que leurs confessions de foi, comme celles d'Ausbourg, de Dordrecht, etc., sont arbitraires, et des papes de papier qui, pour obtenir l'obéissance, ont mis à l'ordre du jour les destitutions, les bannissements, etc.

(1) C'est ce qu'ont soutenu entre autres Bretschneider, dans son ouvrage intitulé Henri et Antoine, ou des prosélytes de l'Eglise romaine et de l'Eglise évangélique; Vinet, Essai, etc., p. 371, etc.

unité si vantée chez les catholiques, divisés entre eux non moins que les protestants (1) ; d'autres fois enfin, que le protestantisme, si l'on prend la chose comme il faut, n'est pas moins en possession de l'unité que la religion catholique (2). Mais tous ces

(1) Ainsi ont parlé entre autres Renault, dans son ouvrage intitulé Histoire des variations de l'Eglise gallicane; Du Moulin, dans son ouvrage La nouveauté du Papisme; Basnage, dans son Histoire de l'Eglise ; Edgar, dans ses lariations du papisme, par quoi on a voulu répondre à Y Histoire des variations de Bossuet, mais le tout en pure perte.

Si ces ouvrages avaient réfuté celui de Bossuet, comme le voudraient nos adversaires, d'où vient qu'ils sont tous aujourd'hui ensevelis dans la poussière, tandis que l'ouvrage de Bossuet offusque toujours les yeux des protestants? D'où vient que, pour sauver l'unité, ils l'ont renfermée exclusivement dans une Eglise invisible, comme l'a fait Mal an dans son ouvrage déjà cité,

(2) Vinet, dans son Essai, p. 371, avoue qu'il y a uniformité dans l'Eglise catholique, et que cette uniformité y exclut les divisions et les sectes ; mais il ajoute que cela même est la preuve du manque de vie de notre Eglise, attendu que» vie et diversité sont, dans ce domaine, étroitement corrélatives, et qu'il n'y a point de vie où il n'y a point de sectes; l'uniformité est le symptôme de la mort. » Ce même écrivain avait dit plus haut (p. 181) : « On a beaucoup parlé de l'anarchie protestante, mais c'est de l'unité protestante qu'il fallait parler. L'accord frappant qui règne entre les symboles des différentes Eglises protestantes, cet accord (qui fait qu'elles sont divisées les unes d'avec les autres et qu'elles s'anathématisent à qui mieux mieux), cet accord né dans la liberté , dont elle constate la réalité, cet accord est la véritable unité, dont le catholicisme n'est que le fantôme. »

efforts sont impuissants, et, pour nous en bien convaincre, nous allons prendre la peine de les discuter l'un après l'autre.

Serait-il donc vrai, comme quelques protestants le prétendent, que la règle catholique ne produirait qu'une unité verbale ou qui se réduirait à des formules, et non pas en même temps une unité de pensées? Non, non, mille fois; mais nous avons par elle cette double unité : l'unité intérieure, ou celle de croyances, et l'unité extérieure, ou celle de profession de foi. Et pour mettre cette vérité dans tout son jour, observons qu'il faut distinguer dans les formes de langage deux sortes de pensées qu'elles font naître dans l'esprit, les unes, dirons-nous, fondamentales et essentielles, les autres accessoires et, pour ainsi parler, complémentaires. Pour admettre de commun accord celles de la première espèce, il suffit d'entendre les termes qui les expriment; mais quant aux autres, on s'en pénètre plus ou moins, selon qu'on a plus ou moins de pénétration, d'intelligence, de sagacité et de culture intellectuelle. Donnons pour exemple le mot Dieu. Quant à son concept fondamental, tous sont d'accord, et entendent signifier par là l'Être suprême, le créateur de toutes choses, etc. Mais tous n'en ont pas pour cela l'intelligence que j'ai appelée accessoire et complémentaire, parce que, entre le degré de force de conception que peut avoir par rapport à Dieu un esprit sans culture et

celle d'un philosophe, il y a une distance presque sans bornes. Disons la même chose de ce mot Jésus- Christ, par lequel tous les chrétiens entendent le Fils de Dieu fait homme, le Rédempteur et le Sauveur du monde, et c'en est là l'idée fondamentale ; mais quant aux notions accessoires, l'esprit d'un profond théologien en est tout autrement fourni que celui d'un simple fidèle. Ainsi en est-il de toute autre expression, de toute autre formule : on pourra toujours y observer identité de conceptions parmi tous les esprits quant au fond et à la substance de l'idée, et en même temps degré plus ou moins élevé d'intelligence selon la capacité particulière et la culture plus ou moins avancée de chaque esprit (1) .

Qu'on applique maintenant cette théorie aux formules de foi proposées par l'Église, par rapport aux articles ou aux dogmes à croire, et on trouvera dans tous les catholiques la même notion fondamentale, et en même temps une très grande variété quant à la profondeur de la connaissance, ou à ce qu'il y a d'accessoire et de complémentaire dans cette notion. Et ce que nous venons de dire des formules de foi , disons-le également de tout autre objet non-seulement scientifique et philosophique, mais même simplement relatif à l'usage de la vie. Et en vérité, s'il n'en était*

(1) VoirMANZONï, Morale catholique, c. 17, p. 255, édition de Rome.

ainsi, nous ne nous comprendrions jamais les uns les autres dans nos entretiens même familiers, dans les affaires de commerce, de politique, dans les besoins de la vie et dans tout le reste. Qui osera soutenir ce paradoxe? Si Ton admettait dans toute sa généralité le principe de nos adversaires, on détruirait dans ses bases la société humaine. Et d'ailleurs, comment ne voient-ils pas qu'une pareille difficulté, si elle avait quelque force, serait un démenti visible donné à Jésus-Christ et à ses apôtres qui, comme nous l'avons vu, n'inculquent rien plus fortement que l'unité de foi et de doctrine ? Et comment cette unité pourraitelle s'obtenir sans formules déterminées, pour en offrir avec précision le véritable objet, et faire que la même profession de foi soit sur toutes les lèvres? Sans ce moyen, nous nous trouverions dans le vague, dans l'équivoque, dans l'incertitude, comme on le voit dans ceux qui n'ont qu'une foi négative, c'est-àdire qui n'ont pour règle que la Bible seule et toute la Bible, ce qui est la même chose que d'être sans foi positive et déterminée. De plus, n'est-ce pas l'Apôtre qui a écrit à Timothée : Proposez-vous pour modèle les saines instructions que vous avez entendues de moi touchant la foi (1), sans doute pour exprimer avec justesse et exactitude les choses qui y ont rapport? Or, à quoi serviraient ces saines in-

str notions dans l'hypothèse des adversaires, suivant lesquels elles n'exprimeraient que des formules matérielles sans unité de sens? Enfin, si ces formules ne sont qu'un vain assemblage de paroles sans rien qu'elles signifient, qu'est-ce donc que les protestants ont à combattre avec tous leurs volumes contre les vérités catholiques formulées en des termes si précis par le concile de Trente ? Pourquoi se mettre tant en peine d'attaquer un fantôme, qui n'aurait rien de saisissable pas plus que de réel ? Ainsi sont-ils les premiers à démentir leurs théories. On peut voir par là à quelles extrémités sont réduits ceux qui nient l'unité de foi, dans le désespoir où ils sont de pouvoir jamais l'obtenir avec la règle qu'ils font profession d'admettre. Il leur faut se mettre en contradiction ouverte avec cette même Bible qu'ils ont la prétention de suivre entièrement et uniquement ; avec le bon sens lui-même , comme avec toute l'antiquité; avec eux-mêmes enfin, en annulant par leur propre fait la difficulté qu'ils objectent en théorie.

Mais est-il bien vrai qu'on trouve par le fait cette unité de foi et de doctrine si vantée dans le sein du catholicisme, et qu'il ne se manifeste pas dans l'Église catholique des dissentiments, des divisions , des disputes éternelles entre ses membres, qui ne le cèdent en rien aux divergences en fait de doctrines que les catholiques reprochent aux protestants, tandis qu'ils sont eux-mêmes continuellement en guerre les

uns contre les autres? On connaît les débats si opiniâtres des gallicans et des ultramontains entre eux par rapport à la supériorité du pape sur le concile, ou du concile sur le pape , et à l'infaillibilité de ce dernier, indépendante ou non du consentement de l'épiscopat. On n'ignore pas les controverses qui divisent les scotistes d'avec les thomistes, les thomistes des molinistes, par rapport à l'Eucharistie, à la grâce, à la prédestination et à d'autres semblables matières. Encore veut-on bien s'abstenir de rappeler tant de questions agitées au moyen-âge. Comment donc oser dire qu'en vertu de sa règle, l'Église romaine est une en matière de doctrine et de foi ( 1 ) ?

Mais cette objection est elle-même, j'ose le dire, une preuve irréfragable de l'unité qui règne dans l'Église catholique en matière de foi et de doctrine, et la preuve, en outre, de la faiblesse des protestants dans ce qu'ils ont à nous opposer. Voyons, en effet. En faisant avant le reste la part de la nature humaine, qui est la même dans les catholiques que dans les protestants, c'est-à-dire portée à s'enticher de ses propres idées, de ses propres opinions sur chaque chose, mais particulièrement sur les objets de science et de religion, il nous suffira de cette première considération pour nous convaincre que, si les catholiques n'a-

(1) C'est ce que nous a objecté entre autres Palmer dans son Traité de l'Eglise, p. 1, c. 5, sect 4.

vaient pour frein l'autorité de Dieu, dont l'Église est l'organe, ils seraient au même point que les protestants ; mais l'habitude de la foi qui est en eux, avec la grâce divine qui vientà leur aide, fait qu'ils ne s'en soumettent pas moins d'esprit et de cœur à tout ce que l'Église leur propose de défini comme étant de foi. Ainsi donc, pour tous les articles de croyance en général, comme pour chacun de ces articles en particulier, tous les catholiques ensemble n'ont qu'une même pensée et un même langage ; il n'y a pas de différence sous ce rapport d'une extrémité à l'autre du monde catholique. A la voix de l'Église, publiant avec son infaillible autorité ses définitions de foi, chacun fait sur-le-champ le sacrifice des opinions particulières qu'il pouvait avoir d'abord. Toutes les différences d'opinions qui peuvent exister entre les catholiques ou nos corporations religieuses ne peuvent donc commencer que là où les décisions de l'Église s'arrêtent. Bien plus, chaque catholique ou chaque corporation, prenant pour ces sortes de polémiques son point de départ dans les doctrines de la foi, s'appuie, en les invoquant en sa faveur, sur les dogmes définis d'avance; assuré que ces dogmes sont admis comme tels par tous les partis opposés, on tâche de s'en faire un rempart que rien ne pourra ébranler, et tout à la fois une machine de guerre à laquelle il faudra que tout cède. Observons enfin que, si une vérité définie vient à être attaquée par quelque hérétique, tout aussitôt,

quelque divisés qu'ils soient entre eux par rapport à des opinions particulières, franciscains, thomistes, bénédictins, jésuites, se lèvent comme un seul homme pour en prendre la défense.

Maintenant, je le demande, y a-t-il une preuve plus belle de notre parfaite unité de foi que ces divisions intestines mêmes? Quand a-t-on vu les anglicans s'unir de même avec les wesleyens pour combattre les baptistes, ou les luthériens venir au secours des calvinistes contre les épiscopaux, ou les calvinistes se joindre aux luthériens pour soutenir l'impanation contre les zwingliens, et ainsi des autres? Donc il y a une différence fondamentale entre les disputes des théologiens catholiques et les dissensions qui séparent les unes des autres les communions protestantes. Quand nous disons unité de foi et de doctrine, nous parlons de points de dogme sur lesquels il y a entre les catholiques non-seulement unité, mais identité parfaite ; or, les dissidences qu'on leur reproche ici roulent sur des opinions au sujet desquelles l'autorité n'a pas prononcé, et qu'elle abandonne à l'activité de l'esprit humain ; et plus ces disputes entre coreligionnaires sur des questions libres sont vives et animées, plus est forte et frappante la preuve de l'unité qui règne dans le catholicisme relativement au symbole de foi (1). C'est ainsi qu'est non-seulement an-

I) Ce sujet a été supérieurement traité et développé par

nihilée, mais de plus tournée en preuve de l'unité de nos croyances cette difficulté apparente, opposée avec tant de chaleur aux catholiques non-seulement par les controversistes vulgaires, mais même par les chefs les plus renommés de la polémique protestante.

Après cela, les protestants pourront-ils de bonne foi se dire en possession de l'unité au même titre que les catholiques? Rien que la proposition de cetie question serait absurde, à la suite de ce que nous venons de dire et des aveux contradictoires des protestants eux-mêmes; et pourtant, comme pour nous fournir une preuve de plus de l'accord merveilleux qui existe entre nos adversaires, voilà ce que prétendent établir plusieurs d'entre eux avec un aplomb merveilleux. De ce nombre est le célèbre Yinet, écrivain distingué, je l'avoue, et même jouissant d'une grande considération parmi les siens. Or, c'est cet homme même qui se fait fort de prouver qu'on ne peut contester l'unité au protestantisme, qu'autant qu'on se forme une idée fausse de l'unité même. Il nous assure, dans son écrit publié il y a quelques années, que « ce n'est pas au protestantisme qu'il faut demander l'unité, qu'il y aurait à cela presque contradiction dans les termes. L'unité, poursuit-il, est

Newman clans sa troisième conférence, trad. de Gondon, Paris, 1851

dans le christianisme, et nous n'en voulons point d'autre» (1), Il développe encore mieux sa pensée dans un autre écrit plus récent ; mais puisque nous avons suffisamment parlé de ce dernier dans la première partie de cet ouvrage (2) , bornons-nous ici à examiner quelques instants les affirmations qu'il pose dans le premier en date de ces deux écrits. Il dit donc qu'il y aurait, ou peu s'en faudrait, contradiction formelle dans les termes à demander l'unité au protestantisme, attendu que Vanité est dans (e christianisme* A ce propos, observons premièrement que notre auteur ne revendique pas l'unité précisément au protestantisme, mais au christianisme. Observons en second lieu qu'il ne peut pas prendre le protestantisme pour le christianisme, h moins de supposer comme principe incontestable l'identité du christianisme avec le protestantisme, de sorte que pour êtrechrétien il faille faire profession de protestantisme, et même de protestantisme helvétique, dans le sens de notre adversaire ; ou, ce qui est plus vraisemblable, à moins qu'il n'entende par christianisme l'agglomération et l'universalité de tous ceux qui se disent chrétiens.

Or, si nous entendons la chose dans le premier sens, en accordant même qu'il y ait unité dans la

(1) Cité par Baudry, La Religion du cœvr, p. 316.

(2) CUap. ni, art. i.

confession helvétique, quoique cette unité n'y existe certainement pas, comme, après tout, cette confession n'est qu'une fraction de tout le corps du protestantisme, il s'ensuit de cela seul qu'il n'y a pas unité dans le protestantisme , puisque chacune de ses deux cents fractions diverses fait bande à part, comme la confession helvétique. Ce sont bien là les oiseaux qui tous se tiennent perchés sur l'arbre immense de la Bible, et qui, à commencer par la chauve-souris et le chathuant, sans oublier dans le compte l'aigle, ami du soleil, font un concert singulièrement harmonieux en sifflant et criant chacun à sa manière, concert qui assurément n'est pas trop agréable à l'oreille de notre écrivain lui-même. Si, ensuite, nous prenons le mot christianisme dans l'autre signification, nous avons alors devant les yeux toutes les sectes passées, présentes et futures, qui toutes sont non-seulement en désaccord entre elles, mais en contradiction flagrante sur les mêmes articles de foi, soutenant l'une contre l'autre le oui et le non sur chaque point : unité donc qui résulte de l'anarchie , ou qui porte à l'anarchie et au scepticisme ; unité qui n'est certainement pas cette unité demandée par Jésus-Christ et enseignée par les apôtres ; unité qui est le tombeau de toute croyance ; unité qui met le bandeau sur les yeux à tous les chrétiens et les laisse errera l'aventure. Avouons que les préjugés sont bien forts chez les protestants, quand ils vont jusqu'à aveugler à ce point ceux-là mêmes

d'entre eux qui ont en fait d'esprit la réputation la mieux établie (1) !

Après avoir ainsi écarté ces objections relatives à F unité de foi, passons à l'unité de communion, qui ne peut de même naître et subsister que par la règle de foi catholique. Et, en effet, comment en douter, si l'autorité en est l'unique sauvegarde, même sous ce rapport? Quoique, absolument parlant, l'unité defoi puisse exister sans unité de charité ou de communion, comme il arrive dans le schisme pur et simple (2), il est certain, d'un autre côté, que l'unité de

(1) Le nombre de ces derniers est aussi grand que l'est celui des partisans et des défenseurs des livres symboliques, et qui d'un côté voudraient l'unité, et de l'autre tiennent à y faire entrer tout ce qu'il y a de communions dissidentes, comme faisait le roi Jacques, réfuté parDuperron, et comme font encore aujourd'hui tous ceux qui mettent l'Eglise anglicane dans l'Eglise catholique, en la considérant comme faisant partie de l'Eglise universelle, tels quePALMER entre autres, passage cité, etc., etc.

(2) Saint Jérôme [Comm. in Ep. ad. TU.) établit en ces termes la différence de l'hérésie d'avec le schisme : « Inter hsere- « sim et schisma hoc esse arbitrantur, quod haeresis perver- » sum dogma habet; schisma propter episcopalem discessio- « nem ab Ecclesiâ separatur. Cseterùm, nullum schisma non « sibi aliquam confingit hœresim, ut rectè ab Ecclesiâ reces- « sisse videatur. » Saint Augustin dit à son tour: « Schisma « (est) recens congregationis ex aliquâ sententiarum diversitatc « dissensio; hseresis autem schisma inveteratum. » [De fi de et symb. c. 10). Le S. docteur reconnaît cette autre différence entre l'hérésie et le schisme dans sa lettre 93 (al. 48) ad fine. Rogat. : « Nobiscum estis (Donatistse) in baptismo, in symbolo,

charité ne peut subsister sans unité de foi. Par conséquent, la même chose qui engendre l'unité de foi doit pareillement engendrer et maintenir l'unité de charité dans l'Église, et, par contre, tout ce qui tend h détruire l'unité de foi tend par là même à détruire l'unité de charité dans l'Église. Aussi, aucune hérésie ne s'y est -elle jamais élevée sans y produire la division et le schisme. Le schisme peut bien subsister, au moins pendant quelque temps, comme je l'ai déjà dit, sans hérésie ; mais l'hérésie ne saurait jamais subsister sans schisme ; ce qui prouve manifestement que le même principe qui produit l'unité dans la foi produit l'unité dans l'Église , et l'y maintient également par le lien de la charité. Or, l'unité de foi s'engendre et se conserve par le principe d'autorité, qui constitue la règle catholique ; donc l'unité de charité elle-même naît et subsiste en vertu de cette même règle.

Le fait, c'est-à-dire la mise en pratique des deux règles catholique et protestante, confirme à merveille cette théorie. Mettons-les en regard l'une de l'autre, et nous ne tarderons pas à nous convaincre que l'une produit le renversement, et l'autre le maintien de cette unité. En effet, c'est une vérité de fait histo-

« in cœteris dominicis sacramentis; in spiritu autem unitatis, - i ■ in virtute pacis, in ipsâ dcnique catholicâ Eeclesiâ nobis- •• cum non estis. »

rique, que le protestantisme, en jetant dans le monde chrétien son principe de l'interprétation individuelle de la Bible, a par là même semé les divisions dès sa naissance, les a augmentées à mesure qu'il a fait des progrès, les a multipliées de plus en plus jusqu'au moment de son déclin, ou jusqu'à ce qu'il tombe pulvérisé par l'excès de ces divisions mêmes (1). D'où il résulte évidemment que c'est lui qui en est la cause. L'Église catholique, au contraire, comme elle a, en vertu de son principe même, pos-

(1) La preuve de toutes ces assertions nous est fournie dans un écrit américain intitulé : An original history of the religions dénominations at présent existing w the United States, projected, compiled and arrangea by L. Daniel Rupp, Philadelphie, 1844, vol. in-4°; c'est-à-dire, Histoire des origines des dénominations religieuses qui ont cours actuellement dans tes Etats-Unis. Cet auteur, qui est protestant, comme il le déclare lui-même dans sa préface, a entrepris ce recueil pour répondre aux plaintes que faisaient les diverses communions d'être mal comprises ou présentées sous de faux jours par les autres. Il avait dans ce but recommandé le soin aux principaux ministres de chaque communion d'exposer eux-mêmes l'origine, les progrès, la statistique et les doctrines de leurs sectes respectives. Or, mettant de côté la religion catholique, il résulte de ces divers exposés qu'il y avait en 1844, pour former le protestantisme des Etats-Unis, environ quarante communions différentes et contraires les unes aux autres, sans compter les subdivisions de chacune d'elles. Et depuis 1844 jusqu'à l'année dernièrement écoulée (1853), l'auteur a appris par des renseignements certains que ce nombre s'était encore beaucoup augmenté. Et voilà ce que l'écrivain en question appelle toute V Eglise ! Quel monstre d'Eglise qu'une Eglise de cette espèce !

sodé l'unité dès son origine, s'y est maintenue toujours invariablement depuis, et conservera son unité dans tous les siècles à venir, tant que dureront les siècles. L'histoire de l'Église et celle du protestantisme, écrites en caractères ineffaçables, nous en fournissent la preuve invincible.

Mais voici que quelques-uns de nos adversaires, soit par ignorance de la vraie notion de l'unité, telle qu'elle est professée dans l'Église catholique, soit par manque de sincérité , s'ingèrent de rétorquer contre nous notre argument, en essayant de prouver que l'unité de l'Église catholique, sous ce même point de vue, est plutôt nominale que réelle. C'est sur ce terrain que s'est placé , à la suite de plusieurs autres, William Palmer, de l'école d'Oxford, dans son Traité de l'Eglise. 11 a cru prouver sa thèse en nous objectant la petite Église et la secte janséniste, qui ont continué, dit-il, de faire partie de l'Église catholique malgré la différence de leurs doctrines et les condamnations qui en ont été portées (1). Nous laisserons ce qui regarde la petite Eglise, comme étranger à notre sujet, puisque, du moment où elle a fait schisme, elle a cessé de faire partie de l'Église catholique ; d'ailleurs, cette secte a à peu près cessé d'être.

Pour nous borner donc h la faction janséniste, dont

la question se rattache davantage à celle de l'unité qui nous occupe, nous allons commencer ce sujet tant soit peu obscur par quelques observations préliminaires, afin de le mettre dans son véritable jour. Ces observations se rapportent, les unes à la doctrine janséniste, considérée abstraitement en elle-même, les autres aux personnes qui l'ont professée ou qui la professent ; et ces dernières, à leur tour, peuvent se rapporter, soit au corps de la faction, soit aux individus qui en font partie. Quant à la doctrine en ellemême, elle ne peut être l'objet d'aucun doute, puisqu'elle est condamnée par l'Église entière, comme notre adversaire lui-même en convient. Par rapport ensuite à ceux qui l'ont professée, ou ceux-ci ont lait corps et se sont formés en secte, ou ils sont restés sans union les uns avec les autres comme purs individus. Dans le premier cas, ils ont été entièrement séparés de l'unité de l'Église, et sont mis au rang des autres sectes hérétiques, telles que les protestants, comme il est facile de le voir de l'Église d'Utrecht, qui a toujours été l'objet des anathèmes des souverains pontifes auxquels ces évêques intrus ont pris à tâche de s'adresser pour en être reconnus et reçus en communion (1) . Et, par conséquent, de

(1) Voir Mozzi, Délia scismatica Chiesa di Utrecht. Aujourd'hui cette soi-disant Eglise est sur le point d'expirer, puisqu'elle ne compte plus guère que 5,000 membres. Le feu roi de Hollande avait empêché le sacre d'un nouvel évêque janséniste

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