‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 2)Chapitre 9 sur 25 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

même que l'existence des autres sectes séparées ne nuit en rien à l'unité de l'Église catholique, ainsi en est-il de ce parti janséniste. Si ensuite on veut parler de ceux d'entre eux dont l'existence est restée purement individuelle, on conviendra que chacun de ces hommes est bien coupable d'être ainsi rebelle envers Dieu et son Église. Gomme cependant il n'y a pas eu, du moins d'ordinaire, de procédure solennelle contre chacun d'entre eux, et qu'en conséquence ils ne sont pas nommément excommuniés, ils continuent de faire matériellement partie du corps de l'Église. Ainsi donc, ils se nuisent à eux-mêmes, mais sans nuire à l'unité de l'Église , qui condamne toujours leurs erreurs.

Tout ce que nous venons de dire des jansénistes pris individuellement doit se dire pour la même raison des déistes, des matérialistes, des incrédules, des athées et de tant d'autres de cette espèce qui peuvent se trouver dans le corps de l'Église. Tant

à la mort du précédent ; de sorte que cette secte a commencé dès lors à se fondre comme la neige aux rayons du soleil. Le pape Pie IX lui adonné le coup mortel par le rétablissement de la hiérarchie catholique en Hollande, ou par son bref du 4 mars 1853, qui érige en métropole l'église catholique d'Utrecht, en donnant au nouvel archevêque quatre suffragants Par un bref postérieur, il a frappé d'excommunication révoque intrus du parti janséniste, qui avait renouvelé la comédie de ses devanciers en écrivant à Sa Sainteté pour lui faire part de sa promotion sacrilège.

qu'ils ne sont pas personnellement condamnés et excommuniés, ou qu'ils ne font pas corps ou secte séparée de l'Église, leur condition reste la même. Les mêmes principes sont applicables à tous. Et cela est toujours vrai, quand même la doctrine qu'ils admettent en particulier se trouverait condamnée par l'É-

glise.

Après cela, ce n'est pas la peine de nous arrêter à ce qu'on nous objecte encore des dissentiments qui se sont élevés quelquefois entre divers ordres religieux, ou entre telles ou telles parties du clergé , pour s'en faire un argument contre l'unité de communion (1) . Qui pourrait prendre au sérieux une diffi-

(1) Pour donner un échantillon de la manière dont les protestants s'ingénient à prouver qu'il n'y a pas d'unité parmi nous, il suffit de rapporter les misérables tirades lancées par Jewel et Leslïe, tous deux anglicans bigots, comme on appelle en Angleterre les entêtés et les fanatiques. Jewel, pour établir qu'il n'y a pas d'unité chez les catholiques, allègue entre autres arguments non-seulement les disputes des thomistes avec les scotistes, mais de plus l'usage qu'ont les uns de se raser tout-à-fait la tête, et les autres de ne se la raser qu'à moitié; les uns de faire toujours maigre, et les autres de se permettre quelquefois le gras; les uns de porter le cordon, et les autres d'être sans ceinture; les uns de s'habiller en blanc, et les autres en noir, etc. Puis il conclut avec tout l'accent de l'amertume : « Les catholiques n'ont jamais été d'accord entre eux, excepté lorsqu'il s'est agi de persécuter Jésus-Christ ; alors seulement ils s'entendaient comme autrefois les pharisiens et les sadducéens, ou Hérode et Pilate. » (Rapporté par Newman, Conférences préchées à l'oratoire de Londres, Paris, 1851,

culte de ce genre? Ces dissentiments, qu'on voudrait faire valoir contre nous, ne prouvent que la pénurie d'arguments à laquelle se trouvent réduits nos adversaires, qu'on nous pardonnera de comparera ces animaux qui se retournent pour aboyer contre ceux qui les poursuivent. Ou, s'ils prouvent quelque chose de plus, ils prouvent la faiblesse de la nature humaine, qui se trahit toujours jusque dans ceux qui font profession d'un état de vie plus parfait. Ils prouvent qu'il peut y avoir entre les diverses corporations des rivalités de privilèges, de titres, de supériorité, comme il y en a entre les différents peuples et les différentes villes. Ces rivalités ne nuisent en rien à l'unité de l'Église, qui embrasse toutes les nations diverses dans son sein, pas plus que les contestations des villes entre elles ne nuisent à l'unité d'un royaume : contestations, rivalités dont nous trouvons des exemples jusque dans les apôtres, qui disputaient entre eux lequel d'eux tous était le plus grand, et que notre divin Sauveur fut obligé de réprimer, comme l'Église les réprime encore aujourd'hui, du moment où elles s'écartent visiblement des limites de la cha-

p. 86-87.) Leslie, à son tour, grossit ces accusations des dissidences qui existent entre les gallicans et les ultramon tains, par rapport à l'infaillibilité du pape, de la rivalité qui met aux prises les uns avec les autres les divers ordres religieux, ou les divers ordres du clergé. ïVoi'ks, 1832, t. ni, p. 371. Cela signifie simplement la manie qu'on a de parler des choses qu'on ignore.

rite (1). Du reste, ces rivalités mêmes, quand elles sont bien dirigées, ont pour avantage d'exercer les esprits, et de mettre en relief la science et la vertu (2).

Pour reprendre notre discussion après ces difficulcultés qu'il nous a fallu résoudre, nous disons que l'Église catholique, par sa nature même ou par l'institution qu'elle a reçue de Jésus-Christ, a dû, comme elle le devra jusqu'à la fin des temps, se maintenir dans l'unité de foi et de communion. Or, puisqu'il est maintenant prouvé que toute autre voie que celle de l'autorité ne peut servir au maintien de cette unité, il s'ensuit, par une conséquence directe et nécessaire, que l'autorité ou la règle catholique est la seule voie qui ait pu être suivie, ou qu'on puisse encore diriger vers ce but. Il s'ensuit en outre que l'unité étant, d'après la volonté de Jésus-Christ, une propriété essentielle de l'Église considérée en elle-même, et une de ses notes ou de ses caractères par lesquels elle se distingue de toutes les communions qui ont

(1) A cette fin se rapportent tant de constitutions des pontifes romains ayant pour objet, ou de laisser à chaque école la liberté de soutenir ses opinions et ses sentiments particuliers, tant qu'il n'était pas intervenu à ce sujet quelque décision du Saint- Siège, ou encore d'empêcher que personne, au préjudice de la chanté, ne censurât les sentiments d'autrui en désaccord avec le sien.

(2) Voir Newman, ouvr. et pass. cit., p. 65-102.

voulu ou qui voudraient encore s'attribuer à ellesmêmes le titre et les avantages de la vraie Église ; il s'ensuit, disons-nous, que la règle catholique a donc Jésus-Christ pour auteur. Car qui veut la fin doit vouloir les moyens indispensables pour y atteindre ; et par conséquent, si Jésus-Christ a voulu que l'unité se conservât toujours, il a voulu aussi que l'autorité seule fût la règle que l'Église mît constamment en pratique pour la maintenir et la conserver.

Tout ce que nous avons dit empruntera un nouveau degré de force de cette autre observation qu'il est à propos d'ajouter, qu'il ne s'agit pas seulement d'une unité matérielle, telle qu'elle peut se trouver même dans une fausse secte quand il y a concours de volontés; mais d'une unité formelle, c'est-à-dire d'une unité qui renferme dans sa notion le principe en vertu duquel elle existe, et doit toujours se maintenir et se conserver telle. Or un principe de cette portée ne peut s'offrir à nous que dans la règle catholique; et toute secte qui s'est formée en se séparant de l'Église catholique ne s'est formée que par la violation flagrante de ce principe, puisque, si l'on s'était toujours maintenu dans la soumission d'esprit et de cœur aux décisions de l'Église, jamais aucune secte n'aurait été possible , et que par conséquent , s'il s'en est élevé en si grand nombre, ce n'a pu être que par la violation de cette règle, ou par suite de la résistance et de la révolte contre l'autorité légitime

établie par Jésus-Christ en vue de l'unité. Il faut donc conclure qu'aucune secte, quelle qu'elle soit, et quelle que soit la forme qu'elle se donne après s'être séparée de l'Église, sa mère, ne saurait jamais trouver en soi le principe de l'unité conçue et ordonnée par Jésus-Christ (1).

Voilà ce qui explique pourquoi l'Église grecque, l'Église de Russie, l'Église jacobite, et d'autres semblables communions, encore bien qu'elles aient maintenu parmi elles une sorte de hiérarchie tout en se séparant de l'Église catholique, qu'elles se soient donné des patriarches, des primats, des chefs quelconques, n'en sont pas moins privées d'unité, mais conservent tout au plus entre leurs propres membres une union telle quelle , par la raison que ces Églises, en se séparant de l'unité catholique, l'ont dès lors rompue, et ont méconnu l'autorité qui la constituait. Ces communions ne peuvent avoir maintenant ni l'unité de foi, ni l'unité de communion, ni par conséquent l'unité qui convient à l'Église, d'autant plus que, de même que les premiers auteurs de leur hérésie et de leur schisme l'ont rompue de leur côté, ils ont par cela seul conféré à leurs successeurs et à leurs

(1) Un fait matériel sans principe qui en donne la raison est de nulle valeur. Le même Palmer avoue, dans l'ouvrage cité, que l'unité matérielle ne suffit pas pour constituer la note d'unité de l'Eglise. Or, c'est ce principe qui manque à toute communion séparée de l'Eglise romaine.

partisans le droit d'en user de même à leur propre égard, ou de rompre avec eux-mêmes l'unité qu'ils avaient les premiers rompue avec l'Église. Si ces patriarches ou ces primats ne sont qu'une fraction, comment peuvent-ils prétendre que leurs adeptes composent un entier? Le premier anneau qui tenait la chaîne une fois supprimé, celle-ci a dû tomber nécessairement. Ainsi les évêques de Moscou ou de Saint-Pétersbourg ont pu se séparer légitimement des patriarches de Constantinople, puisque ceux-ci s'étaient eux-mêmes séparés depuis longtemps du chef suprême, qui est l'évêque de Rome. Ainsi des autres qui se trouvent dans le même cas. De là est né le besoin pour ces patriarches de chercher un soutien à leur unité postiche dans quelque appui- extérieur, tel que celui des gouvernements politiques ou des administrations civiles (1). Du reste, portant la peine

(1) C'est comme une loi constante, que tous les schismes et toutes les hérésies, en se séparant de l'Église romaine, aient cherché un appui et un secours dans le gouvernement civil. Prenons-en pour exemple Photius lui-même, qui, en même temps qu'il rompait avec le siège de Rome, se jetait dans les bras de l'empereur de Byzance en faisant entendre ces paroles adulatrices: «Dominus imperatorem nostrum sanctum custodiat « in multos annos, ut Gregorius et nos similiter oramus. Im- « peratori nostro sancto, vicariis autem (Rom. Pontificis) ratio- » nem non pra?bemus. » (Conc. Cp. iv, gêner, vin, act. vu, collect. ven. t. xvi, col. 97.) Cet exemple fut suivi par Michel Cérulaire , et de même par Luther, par rapport à l'électeur de

de leur schisme, de leur révolte originaire, ces communions schismatiques sont réduites à l'impuissance d'obtenir jamais la vraie unité, qui ne saurait être la

Saxe, puis par l'Eglise anglicane, par l'Église de Russie, etc. Chacune de ces Églises est devenue une branche de l'administration civile de son gouvernement. Mais cette allure des sectes est de bien plus vieille date. Déjà les ariens, en même temps qu'ils niaient la divinité de Jésus-Christ, avaient ravalé la dignité de son Église en essayant de la fondre avec F État. Ils déclaraient Constance chef de l'Église, et ce faible empereur, trouvant ce compliment de son goût, publiait dans ses actes que sa volonté était pour l'Église la seule loi à suivre. (Voir Mœhler, Jthanase-le~ Grand, t. m, p. 5-6 et p. 15.) NU sub sole novum.

Après tout ce que nous avons dit dans ce chapitre de l'unité de foi et de communion ayant pour principe celui d'autorité, qui seul la produit et la maintient, les anglicans ne paraîtront -il s pas ridicules en déclamant comme ils font contre le grave péché du schisme, eux qui sont coupables eux-mêmes du schisme le plus criminel? Qu'on lise le petit traité intitulé : The yovng churchman armed, Londres, 1840, et on y trouvera au chapitre v : On the sin of schism, c'est-à-dire Du péché de schisme, une tirade contre cet énorme crime, c'est-à-dire contre celui de se séparer de l'Église schismatique d'Angleterre !

Et ici la pensée me vient fort à propos de rapporter ce magnifique passage dans lequel le rév. lord Carl Thynne, oncle du marquis de Bath et vicaire, au moment de son abjuration, de Longbridge-Deverill, en même temps que chanoine de Cantorbery, expose comme motif de sa conversion au catholicisme la doctrine de l'Écriture sur Y unité de l'Église, passage que j'extrais de sa lettre adressée à ses ex-paroissiens, en date du 2 février 1853 : « Je lis dans la Bible, leur écrivait-il, que l'unité est le sceau que Dieu a imprimé à toutes ses œuvres.

fille légitime que de l'autorité divinement établie ; ce qui fait voir le ridicule de tous ces petits traités publiés au sein de l'Église anglicane pour signaler avec

Quand le monde se fut plongé dans le crime et que Dieu le punit par le déluge, il sauva une famille, la famille de Noé. Depuis, il appela encore et bénit une famille, la famille d'Abraham. Ensuite il choisit une nation, et fonda une synagogue. Plus tard il envoya son divin Fils sur la terre pour sauver le monde, et Jésus-Christ n'a pas pu être un auteur de confusion ou de désordre ; mais il a maintenu le principe d'unité. Il a fondé une Église : il l'a fondée sur une pierre ; il l'a appelée un bercail d'#n seul pasteur, une vigne, un royaume. Il a institué un baptême et une Eucharistie. Comme l'Église judaïque était l'ombre de cette Église plus parfaite, destinée à lui succéder, et qu'elle était une, ainsi la vérité qui a remplacé l'ombre, la grande réalité qui a succédé à la figure, est une également. Aussi voyons-nous par la suite que les apôtres ne parlent que d'une

Eglise, d'une société du Christ, d'un corps, d'une maison

L'Eglise est une colombe ; c'est une arche du salut, et sa foi est une. Elle est visiblement ici-bas le corps mystique du Seigneur, qu'elle représente, et elle est une comme l'Eternel. Elle a pour destination de conserver le christianisme ou la révélation divine, unique principe de salut pour tous les âges; et comme la révélation est une, ainsi l'Eglise, qui en est la gardienne, est une. On ne saurait donc admettre la théorie d'Eglises nationales indépendantes, d'Eglises renfermées dans les limites d'un territoire et séparées des autres. Le principe d'Églises nationales est dissolvant de l'unité, et destructif de la catholicité. L'Écriture sainte m'a appris à croire que l'unité est une note de l'Église du Christ. L'Église anglicane possède-t-elle une note semblable? Est-elle taie avec le reste de la chrétienté? Que dis-je ? est-elle une en elle-même? 1\ 'est-elle pas plutôt la maison divisée contre elle-même! Voilà aujourd'hui trois cents

emphase les torts énormes des dissidents qui avaient fait schisme avec leur propre Église ! ! !

Il semble donc évident que nous pouvons conclure avec toute vérité que la règle catholique de foi est la seule qui soit propre à maintenir efficacement l'unité de foi et de communion dans l'Église.

ans qu'elle a perdu cette note de vraie Église, et elle ne la recouvrera qu'en revenant, touchée de repentir, à ce centre d'unité, dont elle s'est séparée à cette fatale époque. »

ARTICLE III

Considérée au point de vue théologique, la règle catholique de foi est la seule qui soit inflexible en ellemême, et propre à maintenir dans son immutabilité le dogme chrétien.

L'immutabilité et l'inflexibilité sont des attributs de la vérité.

— L'Eglise, en vertu de sa règle, est immuable et inflexible dans son enseignement dogmatique. — Et cela parce qu'elle jouit d'une autorité infaillible. — On trouve dans presque tous les anciens monuments chrétiens des preuves plus ou moins explicites de la doctrine catholique. — Rapprochement, sous ce rapport, entre le christianisme en général et le catholicisme en particulier. — La fermeté et l'inflexibilité de l'Eglise ont triomphé des plus dures épreuves. — L'Église fait preuve de sa fermeté en ne permettant jamais qu'on remette en discussion les points déjà définis. — Plutôt que d'abandonner ce principe, elle a mieux aimé faire le sacrifice de royaumes entiers. — Reproche mal fondé, fait à l'Église par les protestants, d'avoir changé en matière de foi. — Cette accusation se détruit par les contradictions mêmes où elle les fait tomber,

— par l'inspection du symbole, — par la preuve que présentent les dogmes définis par le concile de Trente. — Mauvaise foi des controversistes protestants. — Qui sont ceux qui accusent l'Eglise de nouveauté, comment ils s'accordent euxmêmes entre eux. — Nouvelle comparaison entre la règle catholique et la règle protestante par rapport à leurs effets, et conclusion.

L'inflexibilité et l'immutabilité sont les attributs propres de la vérité, les prérogatives qui lui appartiennent exclusivement. Dieu est l'immutabilité même, précisément parce qu'il est la vérité essentielle. L'er-

reur est changeante et variable, flexible en tous sens, mobile et dans une fluctuation continuelle. C'est à ces caractères qu'on la discerne de la vérité. Or l'Église, selon l'Apôtre, est le soutien de (a vérité; elle est l'organe de Dieu, dont elle porte la vérité à la connaissance de la terre entière : il faut donc qu'elle soit toujours une dans son enseignement, toujours la même, toujours identique, parce que la vérité qu'elle annonce l'est aussi. Si elle variait dans un seul article, dans un seul point de doctrine, elle démentirait par là même sa divine mission, elle ferait voir au monde qu'elle aurait cessé d'être l'oracle de Dieu et de la vérité par conséquent, et qu'elle ne serait plus que celui du mensonge et de l'erreur, parce qu'elle serait en contradiction avec elle-même. Mais dans le système catholique, un pareil phénomène ne se produira jamais. Car, comme Dieu ne peut pas se démentir ou se contredire lui-même, que cela répugne à sa nature et à son essence, il doit en être de même de l'Église, qu'il a choisie pour être l'instrument et le moyen de la manifestation de ses vérités à tous les peuples de la terre, et à qui il a dû communiquer pour cela le privilège nécessaire de l'infaillibilité. L'Église, comme nous l'avons démontré plus haut, n'aurait pas le droit d'enseigner les vérités de foi jusqu'à obliger chaque intelligence à s'y soumettre intérieurement, si l'infaillibilité n'accompagnait les enseignements qu'elle distribue.

Étant donc infaillible dans ce qu'elle enseigne, et imposant sa doctrine aux peuples avec une autorité de cette nature, il est impossible qu'elle se départe jamais d'une vérité qu'elle aura définie une fois comme article de croyance. Avec la conscience qu'elle a de sa prérogative, de son privilège et de son droit, elle ne souffrira jamais que personne attaque impunément un point, quel qu'il soit, de ses doctrines. Aussi voyonsnous que, toutes les fois qu'on a osé l'accuser d' erreursur quelques points de ses enseignements, quand même il n'y aurait pas eu antérieurement là-dessus de définition expresse et solennelle de sa part, elle a toujours condamné ceux qui lui adressaient ce reproche," les a rejetés de son sein, les a voués à l'anathème comme de téméraires novateurs. La définition solennelle qu'elle a coutume de porter dans ces cas n'est au fond qu'une solennelle protestation de la possession où elle est, une confirmation, en un mot, de la vérité qu'elle enseignait d'avance, un symbole enfin destiné à garantir de toute surprise et à sauvegarder les fidèles. Et comme l'enseignement de l'Église est nécessairement toujours identique à lui-même, de là cette ardeur qui se remarque dans les controversistes à dérouler les vieux documents, pour y trouver la preuve péremptoire contre ses ennemis actuels, que tout ce qu'elle croit et enseigne aujourd'hui, elle l'a cru et enseigné dans tous les temps.

La présomption qu'on a de découvrir ces sortes

de preuves est telle, que tout controversiste studieux et diligent les cherche avec confiance, sûr que ses travaux ne resteront pas en pure perte. Que si certaines conjonctures empêchent de trouver dans les anciens monuments des témoignages positifs en faveur d'un article particulier de doctrine, sans doute parce que l'occasion ne s'en sera pas offerte aux anciens, on est assuré du moins de ne rien y trouver de contraire. J'ai dit tout controversiste ; car pour l'Église elle-même, elle n'en a pas besoin ; elle a dans sa seule croyance actuelle toutes les preuves désirables de sa croyance primitive et, pour tout dire, de sa croyance de tous les âges. Le plus souvent, au reste, le document cherché se découvre plus tôt ou plus tard, pour venir ainsi en confirmation de la vérité contredite. Il n'arrive presque jamais que les archéologues sacrés étudient quelque nouvelle pierre, quelque inscription, quelques vitraux, quelque pierrerie ou d'autres semblables objets, sans y voir une preuve de plus de l'identité de la croyance primitive avec celle qu'ils ont à défendre contre les nouvelles hérésies (1). Les seuls cimetières chrétiens de

(1) C'est ce qu'a prouvé, par le fait, Gêner, dans son ouvrage en six volumes in-4°, intit. Theologia dogmatico-scholastica sacrée antiquitatis monumentis illustrata, Rome, 1777, où l'on voit presque tous les dogmes contestés par les protestants prouvés par l'explication des inscriptions antiques. Voir aussi Zaccaria, Dissert, de veterum christianarwn inscriptiênum

l'antique Rome suffisent pour confondre les protestants par rapport au culte des saints, à leur invocation, à la vénération due à leurs reliques, au purgatoire, au soulagement des âmes des défunts par les prières des vivants, à la vénération des saintes images (1). Nous dirons la même chose du dépouillement des écrits anciens où, avec la physionomie catholique qui s'y fait remarquer, il est immanquable qu'on ne trouve la preuve de quelque dogme ou de quelque pratique de l'Église actuelle (2).

Le même phénomène qui s'observe tous les jours dans le christianisme, ou la vérité chrétienne en général, se reproduit ici dans la foi catholique en particulier. Les objections cherchées spécialement dans les sciences, dans la chronologie, dans la numismatique,

in rébus theologicis usu; et De usu librorum liturgicorum in rébus theologicis, dans le 1er vol. de son Thesaur. theolog.

il) Nous en trouverons la preuve dans les volumineux ouvrages de Bosius, d'Arringhi, de Bonarotti, de Marengoni, et de tant d'autres habiles archéologues sacrés, enfin dans l'ouvrage récent du savant P. Marchi, intit. Monumenti primitivi deir arte christiana nella metropoli del cristianesimo, Rome, 1845. Ce travail a été interrompu par la révolution, et s'est arrêté à sa 17e livraison.

(2) Nous avons pour preuve de cet autre point les deux riches collections du card. Maï, intit. Scriptorum veterum nova col- Jectio è codicibus Vaticanis édita, Rome, 1831, dix vol. in-4°, et Spicilegium Romanum, Rome, 1844, dix vol. in-8°, où se trouvent de précieux documents à l'appui des dogmes catho- ;;/;ues.

dans les arts, dans l'histoire, contre les vérités chrétiennes et la religion révélée, paraissaient dans le principe presque insolubles. Les faibles enétaientébranlés; mais les chrétiens solides se tenaient tranquilles, assurés qu'ils étaient que tôt ou tard on trouverait la pleine solution de ces difficultés. Leur attente n'a point été trompée. A mesure que les sciences ont acquis des développements nouveaux, et que del'âge d'enfance elles ont passé à l'état viril, toutes ces objections se sont évanouies comme par enchantement (1) . Et c'est ainsi que l'étude plus approfondie des antiquités, l'inspection d'antiques monuments, ont fini toujours par procurer à la religion une confirmation plus éclatante de ses doctrines, à la honte de ses ennemis. Pour passer sous silence les découvertes faites en Egypte par Ghampollion et par Rosellini (2) , les fouilles plus ré-

(1) Voir l'ouvr. intit. La religion constatée universellement à l'aide des sciences et de l'érudition moderne, en 2 vol., 2e édit., Paris, 1843, et particulièrement le chap. vu de cet ouvrage, où Fauteur passe en revue toutes les sciences auxquelles on a emprunté des difficultés contre le christianisme.

(2) / monumenti delV Egitto e délia Nubia, per Rosellini, Pise, 1832-1833, en 2 vol. in-8°. Voir Wiseman, Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée, dise, iv, part, il, où l'auteur cite, outre Champollion, plusieurs autres archéologues. Joindre à tout cela les travaux de Léon de Laborde , Comment, géograph. sur l'Exode et les Nombres, Paris, 1841, in-fol., et la relation de son voyage dans l'Arabie Pétrée, où il éclaircit divers passages des livres saints qui prêtaient matière à de graves objections delà part des incrédules.

centes encore des ruines de Ninive et de Thèbes sont une démonstration de plus de la vérité des livres saints (1) , Eh bien ! les vérités exclusivement catholiques trouvent de même leur démonstration dans toute découverte nouvelle qu'on peut faire de manuscrits, ou d'autres objets de l'antiquité ecclésiastique.

Qu'y a-t-il donc à s'étonner, si l'Église s'est toujours montrée si rigide et si inflexible pour le maintien de ses décisions solennelles une fois portées, puisqu'elle n'a jamais rien changé dans ses enseignements même avant qu'ils fussent formellement définis? C'est un fait notoire, que l'Église s'est toujours attachée invariablement à tous les points de dogme qu'elle a une fois décidés ; et dans le long cours de bientôt dix-neuf siècles on ne saurait citer un seul cas où l'Église ait, je ne dirai pas changé, mais seument modifié en cette matière quelqu'une de ses décisions. Ajoutez qu'il lui a fallu souvent endurer

Dans ces dernières années, il a paru un ouvrage intéressant pour servir à l'histoire de l'Amérique, intit. Cartas para servir de hiti oduction à la hisloria primiHva de las naciones civilizadas de la America Setentrional, par el Abaîe Don E. Carlos Brasseur de Bourbourg, en caslellano y frances, Mexico,

(1) Voir les ouvr. intit. Niniveh audits remains- Researçhes and discoveries in ancient Assyria, by A. Layard, Londres, 1349; et Monument de Ninive découvert et décrit, par M. P.-E. Botta, mesuré et dessiné par M. C. Flandrin, Paris, 1850.

des contradictions, des traverses, des menaces, des persécutions violentes, opiniâtres, persévérantes, et quelquefois durant des siècles entiers, de la part de la puissance politique. Mais tous ces moyens essayés contre elle ont été en pure perte !

Elle avait des obligations toutes particulières envers le grand Constantin. Or, on sait que ce prince, s' étant laissé circonvenir et surprendre par la faction arienne, commença à protéger le malheureux Arius, et s'employa activement, et en particulier par une lettre conçue de la manière dont la politique a coutume de le faire pour les questions religieuses, c'està-dire avec le ton du dédain et de Y indifférence , pour qu' Arius et Alexandre cédassent chacun quelque chose de leurs prétentions, et qu'ainsi l'Église achetât une paix ignominieuse par le sacrifice qu'elle ferait de la vérité (1). Puis il ordonna que saint Alexandre, évêque d'Alexandrie, rendît la communion à cet hérésiarque, déjà condamné au concile de INicée (2) ; mais ce fut en vain, attendu qu'un acte

(1) Cette lettre a été rapportée par Socrate, 1. 1, Hisl. eccL, cli. 7 ; l'empereur y écrivait entre autres choses : « Istud quod » levem inter vos excitavit contentionem, quandoquidem ad to- « tius religionis summam non pertinet, non est cur ullum inter « vos dissidium, ac seditionem faciat. Atque hœc non eô dico, « ut vos de ineptâ , qualiscumque demùm vocanda est, quœs- « tione, idem omninô sentire cogam, etc. »

(2) Ibid. c. 27-38. Cf. Sozom, 1. II, c, 29-30; S. Athan. in Epist. ad Serapionem.

de cette nature aurait pu porter atteinte, au moins indirectement, à la définition de ce concile. Combien l'Église a eu ensuite à souffrir de vexations et de persécutions de toute espèce sous le long règne de Constance, fils et successeur de Constantin ! C'est ce que personne n'ignore, et ce qui a donné à Mœhler le droit de dire que, si l'Église n'avait eu Dieu avec elle, elle aurait couru un grand danger de périr (1). La condition de l'Église ne fut pas meilleure sous l'empereur Yalens. Eh bien, elle a tout enduré; beaucoup de ses évêques et de ses prêtres, beaucoup de ses simples fidèles ont été frappés d'exil, punis par la confiscation de leurs biens, condamnés à mort : l'Église a enregistré dans ses fastes leurs noms glorieux, et n'en est devenue que plus ferme à soutenir la définition de Nicée. Combien de fois ces scènes d'horreur, ces terribles épreuves, n'ont-elles pas été renouvelées presque de siècle en siècle pour l'obliger à revenir sur les formules consacrées dans ses décrets dogmatiques, ou à en adoucir du moins quelques expressions? Quelle guerre n'eut-elle pas à soutenir contre l'empereur Anastase, ennemi du concile de Chalcédoine; contre Héraclius, contre Constant,

\1) Histoire d' Athanase-le-Grand, pass. cité, p. 61, où l'au teur écrit que, par suite des violences de cet empereur, « l'Eglise catholique était sur le bord d'un abîme prêt à l'engloutir, » si Dieu ne l'eût bientôt secourue et fait triompher, comme '1 a coutume de le faire dans ces extrémités.

plutôt que de céder seulement par le silence dans l'affaire du monothélisme ? Que n'a-t-elle pas eu à souffrir de cette longue suite d'empereurs dégénérés du bas-empire de Byzance pour la question de la vénération des images? Et de même de tant d'autres cas semblables, où la constance de l'Église a été tentée et mise aux dernières épreuves. Il ne s'est, pour ainsi dire, presque pas tenu de concile œcuménique à l'occasion duquel l'Église n'ait compté un grand nombre de martyrs mis à mort pour le soutien de ses définitions. Elle a vu quelquefois le monde, pour ainsi dire, tout entier conjuré contre elle, sans que jamais elle ait consenti à céder un seul pouce de terrain. Admirable fermeté, dont aucune institution humaine ne nous offre d'exemple ! La politique s'est vue à bout de ses astuces raffinées, les tyrans se sont lassés de dresser l'appareil de leurs supplices ; mais l'Église n'a jamais pu l'être de souffrir pour la garde fidèle du dépôt qui lui était confié.

Ce n'est pas tout : avec la même constance et la même inflexibilité, l'Église a toujours refusé de jamais consentir même à la discussion d'un seul de ses articles définis. Si cependant, par suite de circonstances particulières, elle a permis quelquefois que certains points fussent soumis à un nouvel examen après avoir été définis solennellement, ce n'est pas qu'elle permît alors un examen dubitatif, comme parle l'école, par lequel on aurait remis en discus-

sion et révoqué en doute ses doctrines définies; mais elle ne permettait qu'un examen confirma tif, pour convaincre avec moins de peine les dissidents, comme elle fit au concile de Florence, où furent traités de nouveau plusieurs points déjà discutés et définis contre les grecs au second concile général de Lyon, afin de rendre plus facile le retour de ces derniers à l'unité catholique (1). Parfaitement instruit de ces faits, l'illustre Bossuet, dans la correspondance qu'il eut avec Leibnitz et d'autres chefs luthériens pour traiter de la réunion de cette communion avec l'Église, ne consentit jamais à la demande qui lui était adressée de discuter de nouveau comme douteuses les doctrines controversées entre les catholiques et les luthériens, déjà définies par le concile de Trente. Tout ce qu'il put accorder, ce fut une discussion amicale pour arriver à la confirmation de ces mêmes doctrines (2).

(lj VoirORSi, De irrefoi mabili Rom. PouUficis indefiniendis fidei co7itroversiis judicio, Rome, 1771, où l'auteur en présente plusieurs preuves invincibles,

(2) En effet, les défenseurs de la confession d'Augsbourg avaient demandé, comme condition préliminaire de la réconciliation des luthériens avec l'Eglise : « Ut concilii Tridentini " anathematismis ac decretis absque sua? opéras interventu « editis in antecessum suspensis, qusestiones de fide iterùm « recudantur, novumque concilium eâ de re institutum cele- « bretur. » Or, jamais Bossuet ne voulut consentir à cette demande1, et c'est sur ce point que roule la plus grande partie des

Pour prix de son inflexibilité, l'Église a essuyé la perte de royaumes entiers et des plus florissants, qu'elle a vus se détacher de son sein, à cause du refus qu'elle faisait de céder un seul article, un seul point de ses doctrines. Car, pourquoi a-t-elle perdu le royaume entier de la Grande-Bretagne, sinon parce qu'elle n'a voulu en aucune manière permettre à Henri VIII de contracter mariage avec Anne de Boulen, du vivant de Catherine d'Aragon, sa légitime épouse , la doctrine catholique de l'unité et de l'indissolubilité du mariage chrétien s'y opposant invinciblement (1). Que l'on compare maintenant cette immutabilité de doctrines, cette fermeté inflexible de l'Église catholique, avec le sable mouvant du protestantisme, avec ses variations continuelles, avec les fluctuations, les complaisances, les molles concessions de Luther, de Mélanchthon et des autres principaux réformateurs, relativement à la bigamie scandaleuse du landgrave Philippe de Hesse, dans l'unique but de ne pas perdre l'appui de ce prince, dont ils avaient un si grand besoin à cette époque du

lettres qui furent échangées de part et d'autre. Voir OEuvres de Bossuet., édit. de Versailles, 1817, t. xxvi, Recueil de dissertations et de lettres composées dans la vue de réunir les protestants (V Allemagne de la confession d 'Augsbourg , etc.

(1) Voir Bossuet, Histoire des variations, liv. 7, § 1-14; Audin, Histoire de Henri y III, t. i; Lingakd, Histoire d'Angleterre, trad. du chev. de Roujoux, t. vi, c. 3.

premier établissement de leur réforme (1) , et on reconnaîtra à ces seuls traits la divine origine de la règle catholique, d'une part, et l'ouvrage ou l'invention de l'homme dans la règle protestante, de l'autre.

Je sais bien que les protestants n'ont rien de plus habituel que d'accuser l'Église d'une infinité de variations, ou même de corruptions dans la doctrine, et en aussi grand nombre qu'il y a d'articles rejetés par les protestants, qui, pour purifier l'Église de ces corruptions abominables, l'ont rappelée à la pureté et à la simplicité des premiers siècles de son existence ! A leur dire, l'Église, à mesure qu'on a vu se succéder les siècles, a fait de nouvelles additions à son symbole, et multiplié outre mesure le nombre de ses articles. L'Église moderne a tellement changé par rapport à l'ancienne, qu'on ne la dirait plus la même. Il faut donc avouer que cette immutabilité tant vantée, en fait de dogmes, de l'Église catholique, est purement nominale et apparente, sans rien de vrai ni de réel. Ici les faits sont en opposition trop ouverte avec la théorie... Ainsi raisonnent les protestants.

Oui , telles sont leurs accusations dirigées contre l'Église romaine; et il faut bien que je m'y arrête quelque peu, puisqu'ils veulent ou prétendent justifier par là auprès des peuples le crime de leur révolte,

11) Bossuet, ouvr. cité, liv, vi, § 1-10.

ou, pour mieux dire, s'en servir comme d'un bouclier pour couvrir leur défection de l'unité catholique. Remarquez d'abord avec soin le vague de ces accusations. Si vous leur demandez quelles sont en particulier les corruptions dans le dogme dont l'Église s'est rendue coupable, ils ne sauront vous le dire. Si vous insistez pour savoir quand et par qui s'est introduite cette corruption dans l'enseignement dogmatique, ils ne pourront rien vous en faire connaître. Si vous poussez ces recherches pour connaître l'année et le jour où Jésus-Christ, oubliant ses promesses, s'est endormi de manière à ce que les portes de l'enfer aient pu faire irruption et prévaloir contre son Eglise jusqu'à la faire périr, toutes vos recherches seront vaines. Enfin, si vous leur demandez qu'ils vous disent avec précision par qui, en vertu de quelle protection, par quel miséricordieux dessein ont été ramassés les débris de l'édifice ruiné pour le faire reparaître plus beau que la première fois, plus ferme, plus solide que n'avait su ou pu le faire le Fils de Dieu, ils ne pourront vous satisfaire. Les uns vous donneront pour premier auteur de ce grand ouvrage Jean Wiclefî, d'autres Jean Huss et Jérôme de Prague. Si vous prêtez l'oreille aux luthériens, ce sera sans doute Luther; si vous écoutez les réformés, ils vous répondront que ce n'en a pas été un autre que Calvin; si vous vous adressez aux anglicans, ils vous diront à l'unisson que c'était une gloire réservée au grand Henri, ou.

si vous l'aimez mieux, à sa fille la bonne reine Bess9 comme ils rappellent, puisque, malgré l'infériorité de son sexe, elle a surpassé en habileté, en constance, en violence et en astuce, son père lui-même. Si ensuite vous ne craignez pas la peine d'interroger les deux cents petites sectes du protestantisme , chacune d'elles vous assurera qu'aucun des sus-nommés n'était de taille pour un exploit de cette force, mais que le principal honneur en était réservé à son chef respectif.

Remarquez en second lieu l'évidente contradiction des protestants du siècle actuel , ou de leurs principaux représentants. Les uns accusent l'Église d'additions successives faites au symbole, comme lés docteurs d'Oxford (1) ; tandis que les autres lui reprochent d'être stationnaire et d'arrêter dans son libre vol l'essor de l'esprit humain, tellement qu'en plein xixe siècle elle enseigne les mêmes vieilleries qui s'enseignaient au Ier siècle de l'ère chrétienne : ainsi les rationalistes d'Allemagne (2). En même temps que la plupart des protestants prétendent que la tyrannie

(1) C'était l'accusation que nous adressaient Shuttleworth, dans son ouvrage cité : Scripture not tradition, et Newman, encore anglican, dans son ouvr. Lectures on the propheiical office of the Church, Londres, 1837, p. 244-245; mais ce que celui-ci, devenu catholique, a réfuté lui-même dans ses derniers ouvrages.

(2) C'est ce que disent Hase, Wegscheider, etc.

des papes, le purgatoire, le culte et l'invocation des saints, ou l'idolâtrie, sont de fraîche date ou ne datent que du moyen-âge, d'autres avouent au contraire qu'on trouve dès les premiers siècles de l'Église tous les germes du papisme moderne , et que le dogme de la Trinité a commencé à s'introduire précisément à l'époque où l'Église se montrait déjà portée et se livrait par le fait à l'idolâtrie, c'est-à-dire que le culte des saints a commencé à se développer et à se propager dès le 11e ou le mc siècle : ainsi Gibbon, Wegscheider et d'autres de ce parti (1). Outre cela, tandis qu'ils veulent pour la plupart que l'idolâtrie de l'Église catholique ou romaine consiste dans l'invocation des saints, dans la vénération de leurs images ou de leurs reliques, d'autres, et non en petit nombre, et même plusieurs de leurs sectes entières, la voient aujourd'hui dans l'invocation de Jésus-Christ même (2) , dans l'adoration de l'Eucharistie, et dans celle de

(1) Gibbon, Hist. de ladécad. de l'emp. rom., c. 15 ; Wegscheider, Prœlect. theol. christ., 6e édit. , § 79 et suiv.; Middleton, Letters froniliome; Beausobee, Hist. deManichée, etc., t. ii, liv. 9, c. 51, p. 679 et suiv.; Newton, Dissertations on the prophecies, t. m, c. 10, p. 148.

(2) Les sociniens accusent d'idolâtrie et de christolâtrie les protestants orthodoxes. Les disciples de Langi, en Suisse, traitent de polythéistes et d'idolâtres les zwingliens, parce que ceux-ci admettent encore la Trinité, et en même temps la divinité de Jésus-Christ. Voir V Univers, 4 janvier 1844.

Jésus-Christ lui-même hors du sacrement (1). En outre, beaucoup de protestants, ou, pour mieux dire, tous à peu près, en même temps qu'ils affirment et protestent avec assurance qu'ils se sont séparés et éloignés de l'Église romaine, comme de la grande prostituée et de l'impure Babylone , à cause de son abominable idolâtrie et de toutes les additions qu'elle a faites au symbole contrairement à la Bible, non-seulement se gardent bien d'accuser de cette idolâtrie ou de cette innovation l'Église grecque, l'Église gréco-russe, la nestorienne, la jacobite, l'arménienne, mais ont été jusqu'à rechercher leur alliance, et jusqu'à prétendre former avec ces communions une seule et même Église ou société (2) .

(1) Comme font les sacramentaires par rapport aux luthériens.

(2) Pour ne rien dire des luthériens de la confession d'Augsbourg, qui, vers la fin du xvie siècle et le commencement du XVIIe, ont recherché l'alliance des grecs , en quoi ils ont été imités par les calvinistes, qui gagnèrent à prix d'argent, mais à leur confusion et pour leur opprobre, cette âme vénale, Cyrille Lucar, patriarche intrus de Constantinople, les anglicans montrent un zèle tout particulier à entrer en communion avec les sectes orientales; entre autres l'archevêque Bramhall, qui a dit : « Je ne vois pas de raison pour ne pas admettre dans notre communion les luthériens et les grecs, et même les arméniens, les abyssiniens, les moscovites, les nestoriens, etc. » [Works, t 1, p. 178 etsuiv.) jurieu lui-même n'aurait pas pu reculer davantage les bornes de l'Église chrétienne avec sa distinction des articles fondamentaux et non fondamentaux.

Et pourtant, c'est un fait notoire que ces communions , si l'on excepte les erreurs particulières pour lesquelles elles sont séparées d'avec l'Église romaine, et qui se rapportent à l'Incarnation ou à la Trinité, suivent et professent avec elle et le même symbole et les mêmes pratiques religieuses. Qui ne sait que tant l'Église grecque proprement dite ou photienne que F Église gréco-russe admettent et pratiquent l'invocation et le culte des saints, la vénération de la croix et des images, aussi bien que des reliques, que toutes les communions d'Orient s'accordent avec l'Église romaine sur ces divers articles; que tant les unes que les autres sont d'accord avec l'Église romaine pour la liturgie, et pour le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, pour le saint sacrifice de la messe, pour les sept sacrements, et surtout pour la confession et l'institution divine d'une hiérarchie (1)? Il n'y a pas longtemps qu'un membre de l'université d'Oxford s'est transporté en Russie pour y faire reconnaître l'union des deux Églises russe et anglicane, sans pouvoir toutefois réussir dans son projet (2), et que plusieurs ministres protestants d'Amérique ont déclaré en Perse avoir la même foi que les nestoriens de ce pays (3) . Tant il est vrai que

(1) Voir Renaudot, t. v de la Perpétuité de la foi.

(2) C'est un certain Palmer, autre cependant que William Palmer, auteur de l'ouvr. intit. Traité de V Eglise.

(3) Les feuilles publiques ont rapporté que des ministres pro-

souvent l'iniquité se ment à elle-même , et que les prétendues variations ou innovations de l'Église romaine, ou de l'Église catholique, ne sont rien de moins que des vérités de tous les temps, comme l'idolâtrie qu'on prétend lui reprocher n'est qu'un prétexte dont se servent ses ennemis auprès du peuple, pour en empêcher le grand nombre d'entrer dans son unité (1). Remarquez en troisième lieu que les protestants, qui accusent l'Église catholique d'additions sans nombre faites au symbole dans le cours des siècles, confondent le développement du dogme avec Y addition ou la création d'affirmations dogmatiques. L'Église

testants de la Société biblique de Boston, pour se faire des prosélytes parmi les nestoriens, leur déclarèrent dans une assemblée publique qu'ils professaient avec eux une même croyance, sauf quelques superstitions, comme la messe, le culte des saints, etc , qu'on pouvait laisser, et qu'à peine les nestoriens présents eurent ils entendu ces paroles, que tous se retirèrent à la hâte, laissant seuls ces ministres bibliques tout couverts de confusion. Voir V Univers, 1er février 1845.

Le concile soi-disant œcuménique de Prusse avait écrit au patriarche arménien non uni pour faire alliance avec sa communion. Mais il en reçut pour réponse que l'Église d'Arménie n'était pas séparée, pas plus qu'elle ne l'avait jamais été, de l'Église de Rome. Puis le patriarche lança l'excommunication contre les protestants, comme contre une secte nouvelle, impie, et composée de corrupteurs de la Bible. Voir V Univers, 24 mars 1846.

(1) Cela se trouvera confirmé de plus en plus par l'aveu de tant de protestants qui, comme nous le verrons, ont déclaré le culte des saints pur de toute superstition.

n'a jamais ajouté une seule croyance aux vérités qu'elle a reçues de Jésus-Christ et des apôtres, et qu'elle a crues et professées dès son origine : il n'était pas d'ailleurs en son pouvoir de le faire. Mais elle n'a fait avec le temps, comme je l'ai dit plus haut, que développer les germes qui contenaient ces vérités , qu'elle a revêtues, pour ainsi dire, de nouvelles formules, afin d'en fixer la croyance contre ses contradicteurs. Et pour prouver sans réplique ce que nous affirmons ici, faisons appel à nos accusateurs euxmêmes. Bien que, comme nous l'avons déjà dit, nos adversaires, selon que l'exigent la diversité des circonstances et les discussions qu'ils ont à soutenir pour le moment , soit contre les catholiques, soit contre les sectes avec lesquelles ils sont en guerre, ne varient pas peu pour assigner l'époque où l'Église aurait cessé de se conserver pure et exempte d'erreur, tous cependant s'accordent à dire, ou du moins c'est parmi eux le sentiment commun, que l'âge d'or de l'Église a duré tout le temps des trois premiers siècles. Et même les anglicans, qui sont les plus ardents de nos adversaires à nous reprocher les additions du prétendu Credo, comme ils l'appellent, ou de la profession de foi de Pie IV, veulent bien reconnaître que l'Église s'est maintenue dans sa pureté, et en possession de toutes ses prérogatives, jusqu'à l'époque du schisme de Photius, c'est-à-dire jusqu'au ixe siècle, que se déclara pour la première fois le schisme for-

mel qui a presque toujours divisé depuis l'Église d'Orient d'avec l'Occident; et, par conséquent, ils tiennent pour œcuméniques les six premiers conciles généraux (1). Je ne dis rien des opinions mitoyennes de ceux qui comptent le ivc, le v% le vic et même le vir siècle parmi les beaux jours de l'Église (1). Mais qu'on s'arrête à telle époque qu'on voudra, cela nous est indifférent , notre preuve conservant en toute hypothèse sa force absolue, et n'acquérant que des degrés comparatifs de plus par rapport à ceux qui prolongent davantage la durée de cet état primitif.

A nous en tenir donc au sentiment de ceux qui bornent aux trois premiers siècles ces heureux jours, voici le raisonnement qu'il nous laisse en droit de faire. Il est certain que le symbole pris matériellement,

(1) Tel est le sentiment commun des anglicans. Neavman, en effet, dans son ouvr. déjà cité of the prophetical office of the Church, publié du temps qu'il était puséiste , après avoir déclaré que les protestants admettent de concert les quatre premiers siècles de l'Eglise comme purs et possédant la vraie doctrine, ajoute (p. 247) que la division commença au concile de Sardique tenu l'an 347, ou du moins pas plus tard que le second concile de Nicée de l'an 787, où furent sanctionnées, selon lui, diverses erreurs, telles que le culte ou la vénération des images, etc. Palmer aussi, dans son Traité de l'Église, établit, ch. 7, p. 150 et suiv., avec les anglicans dits orthodoxes ou de son parti, qu'on doit regarder comme œcuméniques les six premiers conciles généraux, parce qu'ils ont été reconnus pour tels par l'Église universelle.

(2) Dont on a parlé plus haut.

c'est-à-dire en tant qu'il contient la profession explicite des articles formulés, était beaucoup plus restreint au ier siècle que dans le suivant. Or, la plupart des critiques protestants s'accordent à dire que le symbole dit des apôtres n'a pas été composé par les apôtres eux-mêmes, mais qu'il a pris ce nom, parce qu'il contenait comme en abrégé les principales vérités enseignées par les apôtres (1); qu'ainsi il n'était originairement qu'une sorte de formulaire généralement admis pour l'instruction des catéchumènes, et comme moyen de rendre l'enseignement uniforme. Nous trouvons, en effet , dans les symboles de diverses Églises parvenus jusqu'à nous, grâce à plusieurs monuments de l'antiquité chrétienne où ils se sont conservés, avec l'identité de la doctrine quant à la substance, des différences remarquables soit pour le nombre des articles , soit pour l'ordre ou la forme de leur énoncé (2) : ce qui n'aurait pas eu lieu, si c'eût été

(1) Voir Ger. J. Vossius, Dis s. prim. de trib. symbolis, Amsterdam, 1701, vol. vi, p. 503 et suiv.; Dupin, Bibliot. des aut. eccl., Paris, 1725, t. il, § ix, du symb. des ùp., p. 308 et suiv. ; Madrisius, Diss. v de Symb. fidei, dans l'édit. de Venise, 1735, des œuvres de saint Paulin d'Aquilée, p. 229 et suiv.; Massuet, 1. m S. Iren., c. 3, not. O.

(2) Tous ces divers symboles recueillis de l'antiquité et collationnés entre eux sont rapportés par TJsserius, Diatrib. de Rom. Eccl. symbol. apost. vetere, ad calcem Annal, f '. et N. T., p. 5 et suiv. Voir aussi l'ouvrage remarquable intitulé : Bibliotheca symbolica vêtus de Ch. Guill. Franc. Walchius, vol. i, in-8°, Lemgoviœ, 1770.

T. il. 18

partout le même symbole puisé à la même source. Mais quoi qu'il en soit de cette question de critique, qui en ce moment ne fait rien à notre sujet , il est certain que ce symbole manquait primitivement de quelques-unes de ses formules les plus explicites, qu'on y a surajoutées pour les opposer aux erreurs des gnostiques. Par exemple, les mots Créât orem cœli et terrœ manquaient au symbole que nous ont rapporté saint Irénée et Tertullien (1). N'est-il pas clair d'ailleurs que, si ces mots s'y étaient trouvés, ces habiles adversaires des gnostiques n'auraient pas manqué de les leur opposer? D'autant plus que Tertullien donne au symbole le nom de règle, et que ces hérétiques attribuaient la création du monde visible au Démiurge, né du dernier des iEons, de Sophia, d'Enthymesis ou d'Achamoth (2). Or, cette clause se trouve dans les symboles parus depuis, tels que nous les ont conservés Ruffin et autres (3). Il en est de

[1) S. Irénée, 1. i, cont. Hœr., c. 10, rapporte ainsi le premier article du symbole : « F ides qux in vnum Deian Patrem omnipotentem,» et y ajoute par manière d'explication le verset 6 du Ps. 145, Jet. iv, 24, et xiv, 14. Tertullien, de son côté, nous donne ce même symbole tant dans son livre des Prescriptions, c. 13, que dans son livre contre Praxeas, c. 2; et dans ces deux endroits le premier article se trouve conçu en ces termes : Vnum omnino Denm esse, ou unicum Deum.

t2) Voir Iren., 1. i, c. 4, et Tertull. adv. ï'alentinianos} c 19, 20.

(3) Voici la plus ancienne formule de symbole qui se trouve

même de la formule vitam œternam, qui ne se trouve pas dans les symboles les plus anciens, mais seulement dans d'autres plus nouveaux (1). Dans le symbole de l'Église d'Aquilée, pour combattre l'erreur des origénistes, on avait exprimé ces mots : kujus carnis remrreclionem (2).

Mais comme ce mot symbole, ou livre symbolique, est employé par les protestants dans le sens général de profession de foi, donnons-lui, nous aussi, cette signification plus étendue. Il n'est personne tant soit peu versé dans l'antiquité chrétienne qui ne sache que le nom de Trinité n'était pas encore usité dans la première moitié du second siècle de l'Église, ou que du moins rien ne nous prouve qu'il le fût à cette époque, et que ce n'est que vers la fin de ce siècle qu'on

rapportée par Usserius, ouvr. cité : « Credo in Deum Patrem « omnipotentem, et in Christum Jesum filium ejus unicum, •• Dominum nostrum, qui natus est de Sphïtu Sancto et Maria " Virgine, qui sub Pontio Pilato crucifixus est et sepultus, ter- •' tiâ die resurrexit à mortuis, ascendit in cœlum, sedet ad « dextram Pat ris, indè venturus est judicare vivos et mortuos. < Et in Spiritum Sanctum, sanctam Ecclesiam, remissionem m peccatorum, carnis resurrectionem. » C'est ce symbole qui a été expliqué par S. Maxime de Turin, hom. 83, De traditione symboli, Rome, 1784, p. 267 et suiv.; et par S. Augustin, De (ide et symbolo, t. vi, édit. Maur.

Il) Comme on peut le voir dans Usserius, op. et 1. cit.

(2) C'est ce qu'on peut voir dans Ruffin, Comment, in Symb. ■Ipost., n. 43, Vérone, 1745, t. i, p. 108; et Apolog. ad inastas.j n. 4.

le voit apparaître pour la première fois dans les écrits de Théophile d'Antioche (1) ; puis on sut l'opposer à l'erreur de Sabellius et de Paul deSamosate. Voilà donc encore une autre addition. Je me contente, pour n'être pas trop long, de ces exemples pris dans les trois premiers siècles de l'Église; car je pourrais en joindre bien d'autres. Mais c'est assez pour faire voir comment le dogme catholique s'est développé peu à peu et n'a pas cessé de s'enrichir de nouvelles formules , qui ne faisaient après tout qu'exprimer la foi ancienne , mais dans des termes de plus en plus précis. Le même travail de développement s'est poursuivi au ive siècle, comme nous le voyons par le symbole de Nicée et celui de Gonstantinople (2) ; il s'est continué au ve, et de même dans les siècles suivants,

(J) L. il ad Jutolycum, n. 15; Cf. Maran, Divinitas Domini nostri Jesu Chrisii, 1. îv, c. 8. Il fut le septième évêque d'Antioche, vécut sous Marc-Aurèle et mourut vers l'an 188. Voir Galland, t. II.

(2) Nous trouvons, en effet, qu'à la formule rapportée tout à l'heure, on a inséré peu à peu, jusque dans le symbole de l'Église romaine, qui, au rapport de Ruffin et de S. Ambroise, a résisté le plus à toute addition, les autres mots qu'on y a lus depuis : Creatorem cœli et terrse — mortuus — descendit ad inferna ou inferos — Del omnipotentis — catholicam — vitam veternam. Ces additions sont bien plus nombreuses dans les symboles des Eglises d'Orient, comme dans celui de Jérusalem rapporté par S. Cyrille de Jérusalem; dans celui de l'Église d'Alexandrie rapporté par Socrate, et surtout dans ceux de Nicée et de Constantinople, plus étendus que les autres.

sans qu'on ait pour cela le droit de prétendre que l'Église ait créé de nouveaux dogmes (1). Or, si l'Église a été louable de le faire, du propre aveu de nos adversaires, aux in% iv% ve et vie siècles, pour mieux combattre les novateurs de ces temps anciens, comment l'accuser ensuite d'avoir altéré la foi , ou grossi le symbole de nouveaux articles, pour s'être attachée à la même méthode dans les siècles qui ont suivi, et particulièrement au xvie dans la profession de foi de Pie IV, venue à la suite du concile de Trente ? Émettre une telle assertion, n'est-ce pas se contredire ouvertement ? J'en appelle au bon sens des protestants eux-mêmes, et en particulier des professeurs ou docteurs d'Oxford. 11 est donc démontré qu'autre chose est d'ajouter de nouveaux dogmes, autre chose de revêtir les dogmes ou les vérités anciennes de nouvelles formules, et que si l'Église a recouru à ce moyen dès l'origine de son établissement, pour s'en faire un rempart contre les innovations des hérétiques, elle n'a jamais pour cette raison ajouté à sa symbolique une seule vérité, un seul dogme, qu'elle n'ait cru dès le temps des apôtres (2) . Par là même, il est

(1) Voir Lazeri, De antiquis formulls fidei earumque usu.

(2) Bossuet a observé avec raison, dans sa correspondance avec quelques protestants d'Allemagne de la confession d'Augsbourg pour la réunion dont nous avons parlé, que la règle de l'Église, pour ce qu'elle doit croire, est très simple, puisqu'elle

également prouvé que l'Église catholique est toujours demeurée inflexible dans ses enseignements, aussi bien qu'immuable dans sa croyance à toutes les époques.

Remarquez , en quatrième lieu, le procédé des protestants dans les accusations qu'ils intentent à l'Église catholique romaine. Ils accusent cette Église d'avoir altéré, souillé, corrompu le symbole évangélique par de nouvelles doctrines, inconnues à l'antiquité chrétienne. Pour répondre à ce reproche, les docteurs catholiques ont démontré l'un après l'autre chacun de nos articles de croyance, par des témoignages clairs, multipliés, irréfutables, tirés des Pères, ou des écrivains ecclésiastiques, ou des monuments de la plus haute antiquité, en mettant à contribution toutes les ressources de la critique, ainsi que les liturgies sacrées, unanimes dans tout l'univers chrétien à témoigner que les dogmes taxés aujourd'hui de nouveautés corruptrices ont été crus, enseignés et professés dès les premiers temps. Ainsi, les controversistes catholiques ont-ils prouvé la présence réelle et substantielle de Jésus-Christ dans la divine Eucharistie, et la vérité de la transubstantion ou du changement du pain et du vin dans le corps et le sang du Sauveur, en produisant des extraits de saint Ignace,

consiste à croire aujourd'hui ce qu'elle croyait hier, et ainsi à remonter jusqu'aux apôtres.

de saint Justin, de saint Irénée, de Tertullien et de tant d'autres venus depuis ces premiers ('!). Ainsi ont-ils prouvé la vérité du sacrifice eucharistique en faisant valoir l'autorité de saint Justin, d'Origène, de saint Jérôme, de saint Jean Chrysostôme, des deux saints Cyrille (de Jérusalem et d'Alexandrie), de saint Augustin et des autres Pères et écrivains de ces temps-là et des siècles suivants, et, de plus, toutes les liturgies, y compris celles qui sont en usage parmi les sectes séparées de l'Église depuis des milliers d'années (2). Ainsi ont-ils justifié le culte ou la vénération des saintes images, le culte et l'invocation des saints, celle de leurs reliques, par les actes anciens des martyrs, par les documents irrécusables qu'ont fournis les catacombes romaines,

(1) Voir Perpétuité de la foi, etc.

(2) Pour ne rien dire de ce qu'ont écrit sur ce sujet le cardinal Bona, le B. Tommasi, Renaudot, Mtjratori, Ips deux Assemani, et tant d'autres savants hommes, bornons-nous à citer le témoignage si explicite de Grabe dans son édition des OEuvres de saint Irénée, Oxford, 1702, p. 373, eh. 32duliv.rv, où il avoue ingénument que non-seulement saint Irénée, mais de plus tous les Pères apostoliques avant lui, ceux qui lui étaient contemporains ou qui ont paru depuis, s'accordent à reconnaître dans la célébration de l'Eucharistie un sacrifice véritable et proprement dit. Puis il reprend ses coreligionnaires d'avoir imprudemment aboli ce sacrifice, et il exprime avec quelques autres protestants le désir de le voir rétabli. J'omets ses paroles textuelles pour ne pas rendre cette note trop longue, et d'ailleurs chacun peut les lire à l'endroit indiqué.

par les inscriptions lapidaires, par les écrits des Pères, par les reproches mêmes que les manichéens faisaient aux catholiques (1). Ainsi ont-ils démontré la primauté de juridiction de droit divin du pontife romain sur toute l'Église, par la production de faits publics et solennels, par quantité de témoignages des Pères , par les actes et les décrets des conciles œcuméniques, par une foule de monuments de tout genre (2) . Ainsi ont-ils procédé par rapport à la tradition divine, aux livres deutero-canoniques, à la confession auriculaire, à tous les dogmes enfin définis par le concile de Trente.

Eh bien ! qu'ont fait les protestants? D'abord, comme des disputeurs rusés et subtils, ils ont essayé d'éluder ces preuves, de les atténuer, de les récuser.

(1) Effectivement Fauste le manichéen, comme on le voit dans S. Augustin, accusait ainsi les catholiques : J'ertitis idola in martyres, accusation qu'ont répétée depuis Middleton, Beausobre, Gibbon, et en général tous les protestants et tous les incrédules. D. Ruinart [Jeta Mart. sincera, Prœf. gêner.) et Mama- CHI [Antiquit. christ., t. 1, 1. I, § 37) ont prouvé sans réplique que dès le premier et le second siècle de l'Eglise on était dans l'usage de baiser les chaînes des martyrs; or, Beausobre a reconnu (ouvr. cit., p. 663), que le baiser « était le plus haut degré de l'adoration et la plus profonde humiliation où une créature raisonnable pût descendre. » Voilà donc l'idolâtrie portée au plus haut degré dès le premier et le second siècle du christianisme.

(2) On en trouvera le détail dans le dernier chapitre de cette seconde partie.

Mais, forcés à la fin de se rendre à l'évidence des faits, ils ont rompu d'un coup toute controverse, en disant que l'autorité des Pères, celle des liturgies et autres semblables n'étaient rien de plus que, des autorités humaines, et qu'à la parole et au témoignage des hommes on devait préférer l'autorité divine et la seule parole de Dieu, entendue et interprétée, comme cela se suppose, à leur manière. Or, qu'est-ce que tout cela signifie ? Que si les catholiques omettent de produire ces sortes de preuves, ils seront tenus pour coupables d'innovations funestes, d'opposition à l'enseignement de l'Église primitive, d'hostilité à l'égard de l'antiquité chrétienne, de corruption du dogme, de papisme, de romanisme et de mille semblables monstruosités ; que si , au contraire , ils produisent ces preuves, et de manière à ce qu'il soit impossible de les éluder, alors ces preuves ne méritent plus qu'on en tienne aucun compte , comme venant d'hommes sujets à erreur, d'une autorité humaine qui doit céder à l'autorité divine. Et ne sommesnous pas en droit de conclure de tout cela que l'erreur de ces protestants (je parle de ceux d'entre eux dont l'hérésie est formelle) n'est pas dans leur entendement, mais dans leur volonté, et qu'ils sont par conséquent coupables de cet énorme péché contre le Saint-Esprit qui consiste à contredire la vérité connue, à lui opposer sciemment une résistance ouverte ?

Remarquez, en dernier lieu, la vaine présomption des protestants de toute secte dans le reproche qu'ils ont adressé à l'Église catholique d'avoir introduit des nouveautés. Lorsque les soi-disant réformateurs entreprirent de troubler l'Église dans la paisible possession où elle était d'instruire les peuples, ils traitèrent d'innovations tous les points de sa doctrine qui avaient le malheur de ne pas leur convenir. Ils dressèrent un catalogue, plus ou moins long et comme il sembla à chacun, des doctrines, tant spéculatives que pratiques, qu'ils jugeaient à propos de trouver fausses et erronées. Et, comme si la chose eût été démontrée et désormais hors de doute, et passée, pour ainsi dire, au rang des vérités évidentes par elles-mêmes, avec ce catalogue en main, ils invitèrent les princes et les magistrats à rompre une fois pour toutes avec une Église si gâtée, si corrompue et si corruptrice.

Mais, de grâce, qui faisait ce discernement entre le vrai et le faux, entre ce qu'on pouvait conserver et ce qu'il fallait rejeter? qui portait ce jugement? qui prononçait cette sentence décisive, péremptoire, définitive et sans appel? C'étaient les réformateurs euxmêmes, qui se constituaient ainsi de prime abord et tout à la fois parties et témoins, accusateurs et juges. Mais pour prononcer cette sentence avec un tel empire, se disaient -ils au moins infaillibles? Eh ! non : ils confessaient leur faillibilité et se décla-

raient sujets à l'erreur, pour ne pas s'attribuer à eux-mêmes, avec une inconséquence trop visible, ce qu'ils refusaient à toute l'Église enseignante et au corps entier de la société chrétienne. Étaient-ils, du moins, d'accord entre eux, ces témoins qui portaient contre l'Église une semblable accusation? Bien loin de là, ils ne se furent pas plus tôt produits sur la scène du monde, qu'ils donnèrent le spectacle public, sur ces niêmes points, de leurs querelles intestines les plus violentes , enseignant , les uns que l'Église avait tort sur tel article, mais qu'elle avait raison sur tel autre; les autres, qu'elle avait tort sur celui-ci et raison sur celui-là; puis se débattant, s*e faisant la guerre, se décriant mutuellement (1), au point que les témoins de la chaste

(1) Et puisque nous parlions tout à l'heure du culte et de l'invocation des saints, comme de l'argument le plus populaire dont se servent les protestants contre les catholiques, Bost, cet écrivain trivial, du genre de Malan, et ministre, comme ce dernier, à Genève, a écrit, dans son Jppel à la conscience, qu'il y a dans l'Eglise romaine, non-seulement idolâtrie, mais une idolâtrie au-dessous de celle des païens de Rome, au temps des Césars: ce sont ses propres expressions, qu'on peut lire à la p. 78. Or, Geotius, cet homme si érudit et d'un tout autre mérite que ces écrivains vulgaires, après avoir discuté dans ses Annotata ad Consultai. Cassandri les diverses explications que donnent les Pères ainsi que nos théologiens, touchant la manière dont les saints peuvent connaître nos besoins, conclut ainsi : «Ita inique faciunt protestantes, quôd idololatriœ damnant " eos, qui multornm vetc-rum sententiam secuti putant nos'tra-

Suzanne se fussent, en présence de tels émules, confessés vaincus. Mais seront-ils, du moins, d'accord ou conséquents avec eux-mêmes ? persisterontils dans leurs accusations une fois formulées? n'auront-ils point d'errata à apposer au catalogue des erreurs de cette Église? Au contraire, mainte et mainte fois ils convenaient de leurs bévues, et se prenaient à combattre comme faux et impie ce que tout à l'heure ils avaient déclaré vrai ou indifférent (1) ; et à mesure qu'ils allongeaient leur catalogue des erreurs prétendues, selon l'intérêt du moment et le succès de leur cause (2) , presque aussitôt leur propres partisans, ou les accusaient d'erreur dans le contenu de leur catalogue , ou leur reprochaient d'avoir laissé échapper bien d'autres erreurs, qu'ils recueillaient à leur tour. Mais en se présentant comme

" rum necessitatum et precum notitiam aliquam ad martyres « pervenire aut Dei revelatione, aut angelis internuntiis. » (Opp. Grotii, Amsterdam, 1679, t. iv, p. 624.) Nous avons vu un peu plus haut ce que pensait Grabe du sacrifice de l'autel, taxé encore aujourd'hui d'horrible idolâtrie par les protestants, ainsi que de beaucoup d'autres points. (Voir Perpétuité de la foi, t. v, liv. 7.) Quant aux furieuses disputes des protestants entre eux presque sur chaque point de doctrine, il suffit de lire làdessus le célèbre ouvrage de Dœllinger, intitulé La Réforme, que nous avons déjà souvent cité.

(1) Ibld.

(2) On peut consulter les frères de Wallembourg, Controv. spec.

ils le faisaient avec la Bible en main, ils avaient sans doute à faire valoir des textes des plus clairs, qui prouvaient jusqu'à l'évidence la fausseté des doctrines traitées par eux d'erreurs abominables? Nullement; mais avec une exégèse tout arbitraire, ils torturaient l'Écriture, prêtaient aux passages qu'ils alléguaient un sens tout opposé à celui qui s'en présente de luimême à l'esprit; si bien que, ce genre de science ayant fait des progrès, les exégètes protestants euxmêmes ont été réduits à mettre ces passages de côté, comme ne prouvant pas ce qu'on avait voulu leur faire prouver, comme y étant étrangers ou prouvant même tout le contraire, ainsi que nous l'avons démontré en son lieu (1) ; ou, s'il n'y avait pas moyen pour eux de faire violence à ces textes , ils les falsifiaient et les altéraient sans scrupule, comme ils ont été convaincus de l'avoir fait plus d'une fois, et en ont été repris par les protestants eux-mêmes, ainsi qu'on l'a vu pareillement. Disons enfin, par surabondance de droit, que la doctrine des premiers réformateurs est actuellement surannée, et que pourtant elle paraissait solide, et que c'est pour cela même qu'ils avaient abandonné l'Église, leur mère.

Qu'il demeure donc établi et clairement démontré que l'Église catholique n'a jamais, soit accru, soit diminué d'une seule ligne le dépôt des vérités dont elle

(1) Part. ï, sect, n, ch. n.

a la garde ; que tout ce qu'en ont dit et publié avec tant d'assurance les soi-disant réformateurs n'a été qu'assertions téméraires , pleinement démenties par les faits (1) ; que, par conséquent, l'Église s'est toujours maintenue immuable dans son enseignement, et qu'elle a su le conserver avec une fermeté invincible, dans toute sa pureté, dans sa parfaite intégrité, contre toute la multitude des sectes, contre tous les efforts de la politique humaine, armée de son astuce comme de sa puissance, et liguée avec l'hérésie pour la dépouiller de son trésor, ou du moins pour y porter quelque funeste atteinte. Qu'on compare maintenant cette inflexibilité de l'Église, cette fermeté qu'elle a montrée dans toutes les péripéties de son existence, avec les variations et les phases toujours changeantes du protestantisme, qui, comme un autre Protée, n'a cessé de prendre toutes les formes qu'on a voulu lui donner, ou dans lesquelles il se métamorphose de luimême, au point de n'être plus reconnaissable , au bout seulement de trois siècles, par rapport à ce qu'il

(1) On ne saurait croire jusqu'à quel point les protestants dénaturent les croyances de l'Eglise catholique. Marheineke, dans son Système du catholicisme, 3e partie (Heistet, 1810-1811), écrivait qu'il s'était déterminé à composer sa symbolique, » parce que le catholicisme avait été méconnu et défiguré de manière à faire pitié, non-seulement par les laïques, mais même par les théologiens et les canonistes protestants. » Toutefois, lui-même à son tour défigure un nombre assez considérable de dogmes catholiques.

fut dans son origine, ni à ce qu'il a été dans les époques subséquentes, ni à ce qu'il sera ; et on ne pourra s'empêcher de voir dans la première le caractère incommunicable de la vérité, et dans le second celui de l'erreur (1). Quiconque sera de bonne foi fera sans

(1) Il serait fort utile de lire sur ce sujet la belle et sublime préface de Bossuet à son Histoire des variations. Après y avoir montré la ressemblance du protestantisme avec l'arianisme sous le rapport de la mobilité de leurs doctrines, et les points de rapprochement des hérésies combattues par Tertullien avec les hérésies modernes, Bossuet conclut ainsi : « Mais pendant que les hérésies, toujours variables, ne s'accordent pas avec elles-mêmes et introduisent continuellement de nouvelles règles, c'est-àdire de nouveaux symboles, dans l'Eglise, dit Tertullien, la règle de la foi est immuable et ne se réforme point. C'est que l'Eglise, qui fait profession de ne dire et n'enseigner que ce qu'elle a reçu, ne varie jamais; et, au contraire, l'hérésie, qui a commencé par innover, innove toujours et ne change point de nature. De là vient que saint Chrysostôme, traitant ce précepte de l'Apôtre : Evitez- les nouveautés profanes dans vos discours, a fait cette réflexion : « Evitez les nouveautés dans vos discours ; car les choses n'en demeurent pas là : une nouveauté en produit une autre, et on s'égare sans fin, quand on a une fois commencé à s'égarer. »

A cet extrait d'un auteur catholique, et pour confirmer davantage tout ce que j'ai dit dans cet article, je joins le beau témoignage que rend à notre Eglise le plus célèbre, peut-être, des écrivains protestants de nos jours, le docteur Léo, de Berlin, qui, pour avoir parlé avantageusement de l'Eglise catholique, dans son Histoire d'Italie, s'est vu accusé de tendance au catholicisme par le journal de Halle, dont Nathusius est le rédacteur. Or voici avec quelles armes il combat son adversaire : « Ma réponse consistera uniquement à montrer que mon ad-

peine ce discernement. Cette différence de caractère et de succès est due, après l'assistance divine, à la règle de foi propre à l'Église catholique ; comme, au contraire, la mobilité indéfinie du protestantisme est l'effet de la règle qui le constitue dans un état de transition perpétuelle, qui n'a de stable que son instabilité même.

La règle de foi de l'Église catholique n'étant en effet que celle d'une autorité infaillible , enseignante et toujours vivante, il répugne jusqu'à l'idée qu'elle puisse changer ou fléchir. Ce serait un véritable contre-sens, puisque être infaillible, c'est être incapable d'erreur. Or, ce qui est incapable d'erreur ne peut avoir pour objet que la vérité, et la vérité ne peut

versaire ne m'a pas compris ; car, évidemment, il parle d'une Eglise catholique tout autre que celle que je connais. Il est donc naturel qu'il dise oui, tandis que je dis non. Il parle d'une Eglise catholique dans laquelle l'autorité du pape a plus de valeur que celle de Jésus-Christ ; tandis que, pour ma part, je n'en connais qu'une dans laquelle l'autorité du pape n'a pour fin que de servir de véhicule à la lumière du Christ. Il parle d'une Eglise catholique et romaine dans laquelle on se prosterne devant les images, au lieu d'adorer l'unique médecin; et moi je n'en connais qu'une, dans laquelle on vénère la croix de Jésus - Christ, et dans ses saints ce qu'ils ont fait et supporté avec courage et patience pour le salut de leurs frères et la glorification de l'Eglise du Christ, etc. * On peut lire le passage entier dans les Annales catholiques de Genève, 4e livraison 1853, p. 270-273. Et les protestants y trouveront matière à confusion.

pas changer, ne peut pas cesser d'être elle-même. Donc, puisque toute variation suppose un changement, toute variation est incompatible avec l'infaillibilité. Mais l'Église catholique est la seule de toutes les communions chrétiennes qui s'attribue l'infaillibilité. Donc sa règle est la seule qui soit inflexible , ou qui ne soit sujette à aucun changement : ce que nous avions à démontrer.

ARTICLE IV

Considérée au point de rue théologique, la règle de foi catholique est la seule qui justifie l'institution de l'Église.

L'institution de l'Église est déjà en soi la condamnation de toutes les hérésies et de toutes les sectes. — Amour perpétuel de Jésus-Christ pour son Église et union indissoluble qu'il a voulu contracter avec elle. — Prérogatives dont il lui a fait part dans ce dessein. — La règle protestante rend inutile l'institution de l'Église. — Il en est de même de la règle théosophique. — Celle-ci rend de plus inutile l'Écriture ellemême. — Le sentimentalisme rend de même inutile l'institution de l'Église. — Il est contre toute logique d'admettre comme vraie une communion ou une secte, quelle qu'elle soit, qui se porte pour rivale de l'Église de Jésus-Christ. — Objection des sectaires. — Réponse. — En quoi consiste le tort des non-catholiques. — Dans l'hypothèse protestante, l'institution de l'Église ne serait pas seulement inutile, elle serait en outre pernicieuse. — On le prouve par la nature même de la chose, — par le fait. — Confirmation de cette vérité par le procédé qu'ont suivi les apologétiques protestants.

Le seul fait de l'institution de l'Église fondée par Jésus-Christ est en soi, et comme à priori, la condamnation décisive de toutes les hérésies, de toutes les sectes et de tous les schismes avant même qu'ils s'élèvent. Par cette seule institution, Jésus-Christ a ôté à tout jamais aux sectaires l'espérance de pouvoir justifier devant Dieu et les hommes leur séparation,

ou, pour mieux dire, leur révolte, la secte enfin dont ils se font les auteurs, les promoteurs ou les membres. Par cette seule institution, son divin auteur a imprimé à chacune âes communions ou des sociétés séparées de l'Église la marque ignominieuse, le caractère ineffaçable, le signe éternel de la réprobation et de la malédiction divines. Que les sectaires se donnent tous les mouvements, qu'ils s'indignent, qu'ils frémissent (je parle, comme on le voit, des sectaires ou des hérétiques formels, ou qui sont par leur faute hors de l'Église catholique); ou bien, qu'ils se rient, qu'ils se moquent , ils n'empêcheront pas que ces redoutables paroles, semblables à la foudre, ne leur soient un jour adressées par le Sauveur : Je ne sais qui vous êtes. Car c'est là une conséquence nécessaire de l'institution de l'Église; c'est ce qu'exige la fin pour laquelle elle a été fondée ; c'est ce que requiert la mission qui lui a été confiée ; c'est ce que supposent les privilèges qu'elle a reçus de Jésus- Christ; c'est ce que réclame enfin l'autorité qu'il lui a communiquée. Développons brièvement chacun de ces points; la vérité de nos assertions en résultera d'elle-même, et nous pourrons en inférer comme conséquence indubitable que la règle de l'Église catholique est la seule qui justifie l'institution de cette Église même.

Commençons par prouver ce que nous avons dit en premier lieu. Que Jésus-Christ ait institué et fondé

une Église , je ne pense pas que cette vérité puisse être niée, ou même seulement révoquée en doute, par un seul de tous ceux qui ont lu la Bible. Ces paroles rapportées par saint Mathieu : Je bâtirai mon Église, sont si remarquables, qu'il n'y a pas de sceptique si impudent qui puisse ou qui veuille en éluder la force. Je ne m'en tiendrai pourtant pas encore là; mais je serai bien aise de faire voir aussi que l'Église de Jésus-Christ a toujours été l'objet de son amour tendre et généreux. Je dis généreux, puisqu'il se l'est acquise au prix de son sang au jour de ses douleurs et de ses opprobres, comme l'Apôtre nous le déclare (1) ; je dis tendre, puisqu'il l'a aimée comme son épouse chérie ; tellement que le même apôtre a présenté cet amour de Jésus-Christ pour son Église comme le type de l'amour conjugal (2). Et cet amour n'a pas été en Jésus-Christ un dévoûment passager, mais une affection constante, comme doit l'être jusqu'à la mort celle que se portent l'un à l'autre des époux chrétiens. C'est pour cela que l'union de Jésus-Christ avec l'Église a reçu les dénominations analogues de fiançailles et de mariage, le Verbe divin se l'étant physiquement unie en ne faisant des deux natures divine et humaine qu'une personne unique, comme il se l'unit tous les jours moralement par la grâce sanctifiante.

(1) Jet. xx, 28.

(2) Eph. v, 25.

Et cet amour ou cette union de Jésus-Christ ne s'est refroidie ni ne se refroidira jamais, au moins de son côté à lui-même, et de la part aussi de son Église prise dans son universalité morale (1). Le divorce n'a jamais lieu que par rapport aux individus qui la com-

(3) Cette indissolubilité de l'union de Jésus-Christ avec son Église nous est positivement déclarée dans plusieurs endroits des saintes Écritures. Dans le prophète Osée, ii, 19-20, Dieu annonce en ces termes sa future alliance avec l'Église : « Sponsabo te mihi in sempiternum, et sponsabo te mihi in justitià et judicio, et in misericordiâ et in miser ationibus, et sponsabo te mihi in fide. » Et dans Isàie, lix, 31 : « Hoc fœdus meum eum eis, dicit Dominus, spiritus meus qui est in te, et verba mea quse posui in ore tuo, non recèdent de ore tuo, et de ore seminis lui, amodô usquè in sempiternum. » Le même oracle est répété par Jérémie. xxxiii, 14 et suiv. : « Ecce aies venient, dicit Dominus, etsuscitabo verbum bonum, quod locutus sum ad domum Israël et ad domum Juda. In diebus illis, et in tempore illo germinare faciam David germen justitix : et faciet judicium etjustitiam in terra. In diebus illis salvabitur Juda, et Jérusalem habitabit confidenter ; et hoc est nomen quod vocabuni eum : Dominus justus noster... Et factumest verbum Domini ad Jeremiam dicens : hœc dicit Dominus : Si irritum potest fieri pactum meum eum die, et pactum meum eum nocte, ut non sit dies et nox in tempore suo; et pactum meum irritum esse poterit eum David servo meo, ut non sit ex eo filius, qui regnet in throno ejus, et levitx et sacer dotes mi~ nistri met. Sicut enumerari non possunt stellœ cœli, et metiri arena maris, sic mulciplicabo semen David servi met, et levitas ministros meos. » L'ange qui annonça à la Vierge le divin mystère qui allait s'opérer en elle dit de même de Jésus-Christ et de son royaume, c'est-à-dire de son Église : « Hic eri maçnus, et filius Altissimi vocabitur, et dabit illi Dominus

posent , et encore ne vient-il pas de Jésus-Christ luimême, mais de l'àme infidèle, qui, en se souillant d'un crime quel qu'il soit , rejette la grâce qui l'unissait à son divin époux. Ce que nous venons de dire de l'union et de l'amour qui existent entre Jésus-Christ et son Église n'est pas une simple conjecture ascétique ; mais tout cela trouve son fondement biblique dans les épîtres de l'Apôtre. Voici ses paroles : « Le mari est le chef de la femme, comme Jésus-Christ est le chef de l'Église, qui est son corps, et dont il est aussi le Sauveur. Comme donc l'Église est soumise à Jésus-Christ , les femmes aussi doivent être soumises en tout à leurs maris. Et vous , maris , aimez vos femmes, comme Jésus-Christ a aimé l'Église et s'est livré lui-même pour elle , afin de la sanctifier après l'avoir purifiée clans le baptême de l'eau par la parole de vie, pour la faire paraître devant lui pleine de gloire, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais dans l'état de sainteté et de justice. Ainsi , les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps. En effet, celui qui aime sa femme s'aime lui-même : car nul ne hait sa propre chair ; mais on la nourrit et on l'entretient, comme Jésus-Christ fait à l'égard de l'Église, parce que nous sommes les membres de son corps, formés de

Deus sedem David patris sui, et regnabit in domo Jacob in seternum, et regni ejus non erit finis. » Luc. i, 32-33.

sa chair et de ses os. C'est pourquoi l'homme abandonnera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme : ils deviendront tous deux une seule chair. Ce sacrement est grand : je dis en Jésus-Christ et dans l'Église. » Tel est le langage de l'Apôtre écrivant aux Éphésîens (1). Que si Jésus-Christ s'est uni pour tous les siècles d'un lien indissoluble avec son Église devenue son épouse, s'il la nourrit, s'il l'entretient, il nous fait donc voir, par ce seul fait, que c'est par l'Église qu'il veut que ses enfants spirituels lui soient engendrés, que c'est à elle que ceuxci doivent être soumis comme à leur mère et à leur reine, que c'est à elle qu'ils devront demander l'aliment de leurs âmes, l'instruction, la règle des mœurs. Il nous fait voir que c'est sous la direction de cette Église qu'il veut que ses enfants ou ses disciples soient unis entre eux dans une même communion par une mutuelle charité. Et, pour empêcher que personne ne vînt à perdre, à son égard, ces sentiments de confiance que des enfants doivent avoir pour leur mère, il a enrichi et orné son Église des dons les plus propres à lui concilier leur estime et leur respect, tels que le privilège d'infaillibilité, dû à l'assistance continuelle qu'il lui a promise, et à l'assistance également de son divin Esprit, et les prérogatives semblables à cette première d'indéfectibi-

Ephes. v, 23-32.

lité, de perpétuité, comme nous l'avons démontré il n'y a qu'un instant. Mais, par-dessus tout, afin qu'elle pût remplir efficacement sa mission d'appeler et de conduire ses enfants à l'éternelle félicité, au moyen de la foi et des bonnes mœurs, il lui a conféré toute l'autorité nécessaire pour qu'elle puisse, au besoin, punir et rejeter de son sein ses enfants rebelles et opiniâtres. Qui osera nier que ces principes ne soient formellement contenus dans la Bible, ainsi que les conséquences qui en découlent (1)?

Eh bien ! une institution si digne de la sagesse de Dieu, et qui a coûté à notre divin Rédempteur tant de peines et de souffrances, serait tout-à-fait vaine, aussi bien qu'inutile, dans le système protestant ; car si , en vertu de ce système, chacun est en droit d'interpréter l'Écriture, sans égard à quelque autorité que ce soit ; si chacun peut et doit préférer à tout autre symbole celui qu'il se sera formé à lui-même d'après son interprétation individuelle et privée ; si chacun a toute liberté de l'étendre ou de le diminuer

(1) Il est à regretter que le Dr Léo, dont nous parlions tout à l'heure, dans sa réponse à une lettre du pasteur Krummacher qui a été insérée dans le Folksblatt, de Halle, au commencement de 1852, ait laissé échapper l'expression suivante : « Si la doctrine de l'autorité est le point faible du côté des romains, celle de l'Église et de sa tradition est le nôtre » (c'est-à-dire le point faible des protestants). Bien loin que l'autorité soit le point faible des romains, c'est leur côté le plus fort, le plus invincible, et duquel dépend tout le reste.

comme il l'entend ou en n'obéissant qu'à ses propres convictions ; en un mot, si chacun est juge suprême de sa propre foi, à quoi pourra servir l'institution de l'Église ? Dans l'hypothèse dont nous nous occupons, chacun serait son Église à soi-même, ou, ce qui revient à la même chose, il n'y aurait plus d'Église au monde (1) . A moins donc de dire que Jésus-Christ se serait mis en contradiction avec lui-même, c'est une nécessité d'en inférer qu'il n'a pas donné pour règle

(1) On peut voir des aveux formels de plusieurs auteurs protestants sur cette vérité dans Hœninghaus, t. i, c. 3, p. 65 et suiv. Mais passant tous ces témoignages, je me contenterai de rapporter les paroles suivantes de Vinet extraites de son écrit intitulé : L'Église et la confession de foi, p. 27 et suiv. : « Le sens de la Bible pour chacun, c'est la Bible elle-même; et il est bien impossible que la Bible, invoquée à la fois par des opinions qui s'accusent mutuellement d'être anti-bibliques, puisse servir de symbole à personne, excepté aux individus et aux communautés qui réduisent le nombre des éléments positifs de la religion au minimum relatif, je veux dire à un plus petit nombre que toute autre communauté... Quand je parle d'un symbole à vous, je n'entends pas ce symbole tout négatif, tout vide, qui rend impossible toute unité même partielle, et qui n'est, en d'autres termes, que la négation de l'Église. » Et à la page 41 : « Anarchie ou tyrannie, voilà le nom du nouveau système... La seule unité qui reste est celle du salaire des pasteurs. Oui, l'unité de l'Église consiste en ce que tous les ministres sont payés de la même bourse, et les grands dignitaires de l'Église, ce sont les receveurs du district. Telle est notoirement la pensée de quelques esprits vigoureux et conséquents. Je ne les blâme que d'une chose : c'est d'appeler cette anarchie vue institution, et ce chaos une Église. •

ou pour principe régulateur de foi l'interprétation individuelle de la Bible ou la règle du protestantisme. Mais si Jésus-Christ n'a pas établi cette règle, s'il fa même exclue et réprouvée par le fait en instituant l'Eglise, c'est une conséquence nécessaire que le protestantisme, avec la règle qui lui a donné vie, est réprouvé et condamné par Jésus-Christ. Et, en effet, ces deux idées d'autorité en matière de foi et de liberté en matière de foi s'excluent réciproquement, puisque, l'autorité puisant son principe, comme dans sa source, dans l'institution de l'Église, dont le fait ne saurait être révoqué en doute , il est clair que cette institution est la condamnation anticipée et la plus formelle du protestantisme, comme elle l'est en même temps de toute autre secte qui se met en antagonisme avec l'Église de Jésus-Christ.

La même conclusion est applicable aux communions qui suivent, non la règle proprement dite du protestantisme, qui est celle de l'interprétation individuelle de la Bible, mais le système de l'illumination intérieure et particulière à chacun de F Esprit-Saint, et qui admettent, par conséquent , cet enseignement intérieur privé comme règle de foi, à l'exclusion de toute règle extérieure quelconque : règle que nous avons appelée théosophique, et qui est en faveur parmi les petites sectes protestantes. Car si c'est ce divin Esprit qui dirige chaque fidèle en matière de foi par son enseignement intérieur ou sa lumière immédiate ;

s'il nous instruit tous par lui-même, il est évident que nous n'avons plus besoin de l'Église. Et, de bonne foi, est-ce que F Esprit-Saint, nous instruisant ainsi immédiatement par lui-même, ne serait pas pour nous un bien meilleur maître que tout maître extérieur? Dans cette hypothèse, qui est exactement celle des anabaptistes, des mennonites, des quakers, chacun ne serait-il pas en droit de récuser tout maître extérieur, comme faisant outrage à Dieu, ou à l'Esprit-Saint, dont les enseignements seraient supposés ainsi avoir besoin des leçons supplémentaires de l'homme (1)?

Mais non-seulement l'Église, dans cette hypothèse, devrait être rejetée comme inutile; il faudrait écarter au même titre l'Écriture sainte elle-même. Car à quoi servirait cette lettre morte, dès là qu'on aurait un maître intérieur infaillible qu'on pourrait suivre en toute assurance, sans le moindre danger de tom-

(1) Voir Mœhler, Symbolique, t. H (lTe édit.), liv. 2, ch. 1 et 2. Qui croirait qu'encore de nos jours un homme de tendance rationaliste, Cougnaed pour tout dire, dans la conférence tenue à Genève dans l'église de la Madeleine au commencement de 1853, sur le libre examen, ait soutenu cette illumination immédiate de l'Esprit-Saint, sans doute pour attribuer à FEsprit- Saint toutes les interprétations diverses que les individus, chacun de leur côté, donnent à la Bible? Il en est pourtant ainsi, comme si les protestants avaient juré de ne nous faire grâce d'aucune extravagance. Voir Annales catholiques de Genève, 5e livraison 1853, p. 345 et suiv.

ber dans l'égarement? Il n'y a rien à répondre à ce raisonnement, avec lequel les anabaptistes mettaient aux abois les luthériens, leurs adversaires (1). Or, c'est un fait cependant que non-seulement il existe une Écriture sainte, qui nous vient de Dieu, mais qu'il existe aussi une Église, qui nous a été donnée à tous pour guide et maîtresse par notre divin Rédempteur; et ni les anabaptistes ni les quakers n'ont envie de nous le contester. Donc il faut en conclure que le théosophisme ne vient pas de Dieu, puisque Dieu ne peut pas être en contradiction avec luimême. Donc, en instituant l'Église, Dieu a d'avance donné l'exclusion au théosophisme, et l'a condamné longtemps avant sa naissance; et il a condamné en même temps toutes les sectes qui adopteraient le théosophisme pour règle de foi.

Appliquons de même ce raisonnement au sentimentalisme, et nous arriverons toujours à la mêmeconclusion, au même résultat. Cette fraction du protestantisme doit son origine au désespoir qui a pris plusieurs de trouver sûrement la vraie foi en suivant la règle de leur communion; et au lieu de dire : Revenons donc à notre ancienne mère ou maîtresse, qui seule nous offre la vraie foi avec une pleine assurance, emportés par les préjugés contraires à l'Église catholique, qui, dès leur enfance, ont envahi

(11 Symbolique, t. n, § 55 et suiv.

leurs âmes, ils ont préféré faire abandon de toute croyance, ou du moins ne plus s'en occuper ni s'en mettre en peine. Ils se sont persuadé que l'essence de la religion ne consiste tout entière que dans l'amour, dans l'accomplissement de la loi morale, dans un certain sentiment de piété et de dévotion, sans qu'il soit besoin de foi précise, de symbole ou de formulaire, comme ils disent, déterminé (1). Mais, s'il en était ainsi, ni Jésus-Christ ni les apôtres n'auraient prêché la foi et son absolue nécessité, et Dieu n'aurait point donné de révélation aux hommes, si ce n'est tout au plus pour leur servir de règle de conduite. Et pourtant c'est un fait que rien , dans l'Écriture, ne nous est plus recommandé ni plus inculqué que la foi. « Celui qui ne croit pas est déjà

11) Ce piétisme remonte à Spener, né en Alsace en 1635. Cet homme, après avoir achevé le cours de ses études à Strasbourg et à Baie, passa à Francfort, puis à Berlin et à Dresde, où il établit les conférences connues sous le nom de collèges de piété, d'où est venu à la secte le nom de piétiste. Il publia une préface sous le titre de Pia desideria, et un opuscule intitulé : Science générale de Dieu. On le voit dans ces ouvrages, dégoûté de la polémique protestante, abandonner tout symbole de foi pour s'en tenir à la pratique seule. Puis est venu le système que j'appellerais ft indifférentisme pratique , développé par Jacobi et par d'autres, et qui a fini par se résoudre dans le sentimentalisme de Schleiermacher, de De Wette, de Jwesten et autres de cette trempe dont le système n'est qu'un rationalisme sentimental.

condamné, » a dit notre Seigneur (1). « Celui qui ne croira pas sera condamné, » a-t-il dit encore (2). « On croit dans son cœur pour être justifié, » a dit à son tour l'Apôtre (3). Mais il serait superflu d'entreprendre la preuve d'un fait qui se retrouve presque à toutes les pages tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, c'est-à-dire que nous atteste l'Écriture sainte tout entière, au point que les premiers protestants avaient fait de la foi la cause immédiate et formelle de la justification, à l'exclusion des bonnes œuvres. Mais laissant ce paradoxe pour ce qu'il est, il est du moins certain que Jésus-Christ a chargé l'Église d'enseigner à toutes les créatures, c'est-à-dire à tout le monde présent et à venir, les vérités à croire, avec obligation par conséquent, pour chacun, une fois instruit de la divine mission de l'Église, d'ajouter foi à ses enseignements. Si donc Jésus-Christ a établi l'Église en qualité de mère et de maîtresse pour enseigner à tous les hommes, non-seulement à bien vivre, mais aussi et surtout à en poser le fondement , qui est de bien croire , comme le dit Bossuet, puisque, sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu (4), et que le juste vit

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