‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 11 sur 52 · IIS · texte numérisé non relu

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roi (1). Catholique sur l'article de l'Eucharistie, par la raison que Henri soutenait la présence réelle ; luthérien plus tard dans son catéchisme dédié à Edouard VI, il se déclara calviniste quelques mois après, sous la régence de Somerset. A peine se vit-il délivré de ses craintes par la mort de Henri, qu'il s'employa de tout son pouvoir, sous Edouard, à faire embrasser la Réforme. Comme Edouard n'avait encore que neuf ans et trois mois quand il monta sur le trône, Cranmer se servit du nom du roi enfant pour répandre à son aise et soutenir en tous lieux ses doctrines favorites. Homme sans caractère et rampant jusqu'à l'abjection, il se faisait un jeu de toutes les religions ; homme sans conscience et sans foi, lui qui, en qualité d'exécuteur des dernières volontés de son ancien maître Henri, qui avait désigné pour lui succéder, après Edouard, ses deux filles Marie et Elisabeth , aurait dû, par conséquent, soutenir ces princesses après la mort d'Edouard et défendre leurs droits, on le vit conspirer dans le dessein de les dépouiller toutes les deux , en faisant proclamer reine Jeanne Cray, qui n'en garda le titre que l'espace de neuf jours.

Relégué pour toute punition, malgré l'énormité de ses crimes, dans le palais de Lambeth, il paya la magnanimité de la reine Marie en conspirant avec les traîtres soudoyés par la France pour renverser son gouvernement. .1 ugé enfin et condamné comme hérétique et comme traître, il n'eut rien de plus pressé que de se

|1) Voir AroiN. ouvr. cité, t. n. c nxtti. p. 308 et suiv., édit. de 1850.

rétracter. On lui donna six semaines de répit, pendant lesquelles il signa six rétractations différentes, toutes plus absolues les unes que les autres. Il y déclarait que la religion protestante était fausse, que la religion catholique était la seule vraie; qu'il croyait maintenant tous les dogmes qu'elle enseignait ; qu'il avait horriblement blasphémé contre le Saint-Sacrement ; qu'il était indigne de pardon ; qu'il suppliait le peuple, la reine et le pape d'avoir pitié de lui, et de prier pour sa pauvre âme ; qu'il avait fait et signé cette déclaration sans crainte et sans aucun espoir de grâce, uniquement pour soulager sa conscience et donner un bon exemple à son prochain (1). On mit en question au conseil si on lui ferait grâce comme on avait déjà fait à d'autres individus qui s'étaient rétractés. Mais on décida qu'il serait injuste de le soustraire au châtiment que méritaient ses crimes monstrueux. Condamné à faire la lecture publique de sa rétractation, et, voyant que le bûcher était préparé et qu'il ne lui restait plus qu'à mourir, il retrouva encore assez de force dans sa scélératesse pour rétracter sa rétractation, pour étendre lui-même au milieu des flammes la main qui l'avait signée, et pour expirer de la sorte en protestant de nouveau contre cette religion à laquelle, quelques heures auparavant, il s'était encore déclaré fermement attaché, en prenant Dieu à témoin de la sincérité de ses serments (2). Qui

(1) LlNGABD, Hist. d'Jugl., t. vif, c. 3. Ces rétractations de Cranmer sont rapportées nu long par Waterworth, ouvr. cité, p. 307 et suiv.

(2) Cobbett, Hist. de /a Réf. d'Jngl., lett. vin, n. 251, p. 303 et 304, in-8°, édit. de Louvain, 1826; Waterworth, ouvr. cité, p. 313 et suiv.

dirait, après cela, qu'un homme d'un caractère si infâme et si odieux ait été proclamé saint et martyr par la Réforme? Eh bien, en récompense d'avoir favorisé et protégé le protestantisme, il occupe un des premiers rangs dans son martyrologe, et se trouve représenté avec l'auréole dans ses tableaux (1). Qu'on juge de cette religion par de tels saints !

§ II. — ELISABETH ET LES CONTINUATEURS DE SON OEUVRE ET DE CELLE DE HENRI VIII.

Caractère des autres promoteurs de la Réforme d'Angleterre. — Règne trop court de Marie. — Sa clémence. — Caractère odieux d'Elisabeth. — Sa dissimulation. — Son parjure. — Alternative où elle se trouvait. — Résolution qu'elle prend d'exterminer de toute l'Angleterre la religion catholique. — Noire trahison commise par cette reine contre sa cousine la reine d'Ecosse. — Sa profonde hypocrisie. — Infamie de la vierge Elisabeth. — Caractère abject du parlement anglais sous cette reine. — Son code pénal et inquisition qu'elle établit. — Nouvelle symbolique d'Elisabeth. — Fluctuation de croyances et de cultes sous les règnes subséquents. — Résumé du caractère moral des auteurs, fauteurs et protecteurs de l'anglicanisme. — Vains efforts tentés pour faire disparaître la religion catholique du royaume de la Grande-Bretagne.

Après avoir retracé le tableau des deux principaux héros de la réforme anglicane, Cromwell et Cranmer. la logique demande que, pour rendre ce travail complet , nous disions aussi quelques mots de ceux qui

I Peu de temps avant Cranmer furent également exécutés deux de ses complices, Ridley et Latimcr. Sur le caractère de ceux-ci consulter LlNGABD, 1. c. Ces trois saints ont à Oxford un monument public élevé à leur honneur, et appelé le monument tics martyrs!!!

ont conduit à sa perfection l'œuvre commencée par Henri VIII. Ce prince, comme je l'ai dit plus haut, se flattait de pouvoir maintenir dans son intégrité le symbole catholique, même après avoir rejeté la suprématie du pape ; mais la suite démontra combien était vaine cette espérance. Quand on a ôté la digue qui retenait les eaux frémissantes d'un torrent impétueux, il est bien impossible d'empêcher le ravage que causera leur débordement sur les plaines envahies. Henri vivait encore, qu'en dépit des bûchers et des gibets mis en œuvre pour sauver la foi menacée, grand nombre d'hérétiques cachés se couvraient de la protection de Cranmer, et n'attendaient que la mort du monarque redouté pour lever le masque et faire irruption de tous côtés. Et, en effet, bien qu'Edouard VI eût été proclamé et couronné roi en qualité de catholique (anglican) et de défenseur de la foi, sous son règne, qui ne dura que six ans, l'Angleterre se vit inondée d'hérétiques de toute dénomination, sous la direction et la protection de Cranmer et de Somerset, son digne associé, connu par ses rapines, et qui subit le châtiment de ses crimes en vertu d'une sentence du parlement, qu'approuva et signa Edouard lui-même. Sous ce roi , Cranmer publia son Livre de Prières, VEglise /égale s'établit, et de cruelles exécutions eurent lieu par tout le royaume (1).

Il sembla, sous le règne de Marie, que le catholicisme allait reprendre son antique splendeur. Mais ce règne se réduisit à un moment d'intervalle lucide, sem-

U) Lingard, ouvr. et liv. cit., c. 1.

blable à cette vive lumière que jette une lampe près de s'éteindre. C'est cette vertueuse et infortunée princesse que le parti devenu dominant a réussi à diffamer en lui donnant le surnom calomnieux de sanguinaire, uniquement parce qu'elle fit mettre à mort, dans la personne de Cranmer, le plus affreux de tous les scélérats, et avec lui d'autres pareils monstres, coupables nonseulement d'hérésie , mais aussi de crimes énormes contre les lois de l'État; encore, de tels exempl» réduisent-ils à un très petit non ,re, grâce à la clémence peut-être excessive dont la reine voulut bien user à l'égard de beaucoup d'autres coupables, mais surtout si l'on compare ce nombre à celui des victimes des deux règnes précédents (1). Si ensuite on les met en parallèle avec les horreurs de tout genre qui se commirent en fait d'exécutions sanglantes sous le règne de sa sœur Elisabeth, digne fille d'Anne de Boleyn, il n'y aura plus même matière à comparaison.

La dissimulation, l'hypocrisie, l'astuce de cette reine, surnommée à juste titre par madame de Staël le Tibère féminin, peuvent à peine se décrire. Chacune des quarante-cinq années de son règne a été signalée par des proscriptions et marquée de sang. Elle avait feint d'être catholique, et même simulé la dévotion sous le règne de Marie; mais cette affectation de piété n'empêcha

[1] Voir Cobbett, lett. IX, n. 258-259, où il met ce point dans le plus grand jour, et démontre avec une telle évidence Tinjustice drs acevisations portées contre l'infortunée reine d'Ecosse, qu'il y a à faire rougir quiconque conserve quelque sentiment de pudeur. Waterworth a prouvé de même la calomnie par des pièces authentiques et des faits qu'on no saurait contester, dans son ou- .c déjà cite-, p. 317 et suiv.

pas Marie de concevoir sur elle de graves soupçons : invitée à s'expliquer franchement sur ses sentiments religieux, elle jura qu'elle ne reconnaissait pas d'autre religion que la religion catholique, et souvent encore elle se confessait et communiait dans sa chapelle privée. Quand elle monta sur le trône, elle fut couronnée en qualité de reine catholique; mais dans l'acte même du couronnement, elle laissa enfin échapper quelques manifestations qui trahirent les dispositions intimes de son âme. La complication ensuite des affaires politiques fit qu'elle se trouva dans la terrible alternative, ou de perdre la couronne, ou de faire profession du protestantisme. Car, déclarée par le souverain pontife fille bâtarde de Henri, comme née d'une union adultère, elle n'aurait guère pu conserver un trône dont les bâtards étaient exclus par les lois; au lieu qu'en*se proclamant par l'apostasie indépendante du siège de Rome, elle affermissait par là même sur sa tête la couronne royale. La nation elle-même craignait de devenir une province de la France par suite du mariage contracté depuis peu entre le duc d'Anjou et la reine d'Ecosse, héritière présomptive du trône d'Angleterre. Elisabeth n'hésita pas sur le choix, et sacrifia la religion à la politique (1). Irritée d'ailleurs contre le pape, qui, à la face de l'Europe, l'avait déclarée illégitime, et par là même inhabile à posséder la couronne, elle forma le dessein d'exterminer de ses États la religion catholique, et d'en effacer jusqu'aux dernières traces.

1 Waterworth, The substance of sixth Lectures, p. 327 et sxiiv., où on peut lire tous les menus détails de cette affaire.

Le ministre Cecil, qui lui aussi avait feint d'être catholique sous le règne de Marie, fut le principal instrument dont l'adroite princesse se servit pour venir à bout de son projet.

Cette malheureuse reine fut donc déterminée à rétablir le schisme par des raisons politiques. Sa délicatesse de conscience nous est révélée en particulier par deux faits principaux : l'un, qui est la noire trahison dont elle s'est rendue coupable envers la reine d'Ecosse sa cousine; l'autre, son incontinence effrontée dans le moment même où elle se faisait gloire de garder la virginité. Qui pourrait rapporter sans horreur et de sens rassis la trahison la plus odieuse dont il soit fait mention dans l'histoire? Après avoir offert l'hospitalité avec une affectation de loyauté admirable à l'infortunée reine d'Ecosse, Elisabeth la consigne dans une prison, l'y tient renfermée pendant dix-neuf années entières, et après l'avoir calomniée par mille fausses imputations, cherche à la faire périr en secret par un assassinat ; pui> la fait accuser en forme et juger par des hommes vendus et conjurés contre l'infortunée victime, et termine le drame en lui faisant trancher la tête sur un billot dans le cachot même de la prison. Puis, couronnant le reste par la plus perfide hypocrisie , à peine a-t-elle appris que son ordre cruel a été exécuté, qu'elle fait la désespérée, et commande un deuil public par toute l'Angleterre. Or, elle s'est couverte du sang de sa cousine, pour satisfaire une basse jalousie de femme, parce que Marie la surpassait par la grâce de ses manières (1) !

(1) COBBEIT, Hist. dt la Réf., etc. Voudrait-on comparer Elis;i-

Par rapport à l'autre point, ou à la prétention d'Elisabeth h la virginité , titre dont elle se montrait si jalouse, qu'elle avait plus d'une fois manifesté le désir qu'on mît un jour sur sa tombe cette simple inscription : Reine vierge, il résulte de documents authentiques et publics qu'elle n'eut pas simplement un mari, mais qu'elle en eut huit (1), qui, comme ceux de la Samaritaine, n'étaient pas ses maris, mais d'infâmes concubinaires ; de sorte que, dans la seizième année de son règne, elle fit porter une loi qui assurait la couronne à ses enfants naturels, quel qu'en fût le père. Un autre paragraphe de cette étrange loi déclarait coupable de haute trahison quiconque oserait révoquer en doute le droit des bâtards à hériter du trône. Rien que cet acte, qui subsiste toujours dans le livre des statuts (2), est un monument éternel du cynisme où peut atteindre une femme dissolue, et « il est bien étonnant, ajoute Cobbett, qu'un acte aussi infâme et aussi honteux pour la nation soit resté jusqu'à ce jour écrit au milieu des autres actes qui composent le corps de notre droit civil et politique » (3). Ces deux traits tout seuls suffisent pour donner une juste idée du caractère moral de cette nouvelle fondatrice de la Réforme en Angleterre (h).

Ijeth à Jézabel ! Elle surpasse autant la femme d'Achab en impiété et en hypocrisie, qu'une montagne surpasse un grain de sable par sa masse.

il) Lrs'GARD, Hist. d'.iiujl., t. vm, e. 7.

|2] Elisabeth, xvi.

(3) Ouvr. cité, lett. x, p. 294.

(4) Une dame anglaise, protestante, a, de notre temps, fait justice d'Elisabeth dans les J ies des Reines d'Angleterre, qu'elle a

Il est inutile après cela que je m'étende sur le caractère de ceux qui composaient le parlement d'Angleterre sous un tel règne, et qui montrèrent tout empressement à seconder les vues de leur digne souveraine : hommes esclaves de tous les caprices de cette nouvelle papesse, et sacrifiant tout à la soif du sang, de l'argent et des honneurs. Pour les peindre au naturel, il suffît du trait que nous venons de rapporter, ou de l'acte légal par lequel ils ont autorisé le droit de succession au trône d'Angleterre pour tout enfant naturel né de la vierge leur maîtresse.

Depuis ce temps, le culte catholique fut constamment proscrit par les lois ; Elisabeth se déclara le chef spirituel de l'Église d'Angleterre ; on mit en œuvre tous les moyens qu'on crut les plus propres à lui asservir sans exception les consciences de ses sujets. Un code pénal et cruel menaçait de ses rigueurs tous ceux d'entre eux qui refuseraient de renoncer à la religion de leurs pères. D'énormes amendes étaient imposées à ceux qui étaient surpris à entendre la messe, à se confesser ou à pratiquer tout autre acte de la religion catholique; les évêques et les prêtres étaient bannis: on déclarait coupables de haute trahison tous ceux qui

publiées. Voir The lires of the qveens of England, by miss Agnès Striklaxd, dont il a paru déjà plusieurs éditions, preuve de l'impression profonde qu'a produite cet ouvrage. Les reines catholiques y jouent le plus beau rôle, et les reines protestantes en font la contre-partie. Je sais que cette même dame s'occupe maintenant d'écrire les J les des Heines d'Ecosse, et je ne doute pas qu'elle ne prenne à tâche de venger la mémoire si outragée de l'infortunée Marie Stuart, martyre, il faut le dire, de son attachement à la religion catholique.

refusaient de reconnaître à la reine sa prétendue suprématie spirituelle ; on condamnait à mourir d'un supplice infâme tous ceux qui osaient contredire un article quelconque de sa nouvelle symbolique. Elisabeth ne se contenta pas de persécuter dans l'enceinte de son royaume ses sujets catholiques; elle les poursuivit jusque dans les pays étrangers. Elle fit dissoudre le séminaire anglais fondé dans les Pays-Bas , et qui était destiné à former des missionnaires catholiques; elle établit une inquisition incomparablement plus odieuse que celle que les protestants ont tant de fois reprochée avec un acharnement si aveugle à l'Italie ou à l'Espagne. Les supplices les plus affreux, les instruments de torture les plus cruels, furent inventés et mis en œuvre sur tous les points de son royaume pour tourmenter les catholiques. Le sang inonda la Grande-Bretagne. En une seule année, la bonne Bess immola trois fois plus de victimes, coupables seulement de fidélité à leur Dieu, que Marie n'en avait envoyé à la mort pour leurs méfaits dans ses six années de règne. Et cependant Marie a été représentée dans l'histoire, grâce aux calomnies des protestants, sous le titre odieux de Marie la Sanguinaire . tandis qu'on a affecté d'appeler Elisabeth la bonne reine ou la bonne Bess (1). Telle est l'injustice du monde; tel est l'effet des partis.

(1) Je puis attester, pour en avoir été moi-même témoin en Angleterre, que le peuple ne distingue pas les deux reines autrement que par la qualification de Bloody Mary pour l'une, et de Good Qtteen Bess pour l'autre. Ce qui a surtout influé sur cet étrange usage, c'est que le goût de la bonne littérature, après avoir d'abord pénétré en Italie et en France, ne s'est introduit en Angleterre

On connaît assez quelle était la nouvelle symbolique d'Elisabeth. A l'exception du seul article de la suprématie royale, elle renversa et détruisit tout ce que son père avait tenu à conserver, et dont le maintien lui avait fait allumer tant de bûchers et élever tant de gibets. Maintenant ces supplices n'étaient plus destinés par la fille qu'à ceux qui oseraient encore professer les articles conservés par le père. Le pur calvinisme formait la base, ou, pour mieux dire, l'âme de son culte, sauf la hiérarchie qu'elle maintenait toujours, en exerçant sur cl!'' une domination tyrannique. Par ses ordres furent publiées neuf nouvelles versions de la Bible, accommodées les unes plus que les autres au nouveau symbole. On ne conserva des sacrements que le nom, si f on fait abstraction du baptême et de la cène. La cène ellemême fut dépouillée non-seulement de sa qualité de sacrifice, mais encore du respect dont l'entourait jusque-là la foi à la présence réelle. On refit en entier le livre des prières, on substitua de nouveaux articles aux anciens. On abolit, en un mot, tout ce qui retraçait l'image de l'ancien culte, de ce culte qui pendant tant de siècles avait fait le plus bel ornement de la Grande-

que conjointement avec la Réforme. Ce fut sous Elisabeth que parurent Shakespeare, Spencer, Sidnev, Raleigh, Bacon etllooker, (pii ont fait comme le siècle d'or de la littérature anglaise. Or, tous ces écrivains étaient dévoués à Elisabeth, qu'ils élevaient jusqu'au ciel, en même temps qu'ils dépréciaient le règne de Marie. Les écrivains qui sont venus à la suite ont hérité ainsi de cette fausse tradition, qu'ils ont transmise à leur tour à leurs successeurs. Voir Kkwman, Lectures on the présent position of catholics in England, Londres, 1851, Iect. 2, p. 66 et suiv. Ce sont ses dernières conférences prêchées à l'oratoire de Londres.

Bretagne, en y alimentant la source de tant d'actes de sainteté et de vertu , que dis-je ? la source de sa grandeur même temporelle , à laquelle avaient si puissamment contribué les rois catholiques, et particulièrment le grand Alfred. Et n'est-ce pas à Alfred que l'Angleterre doit encore aujourd'hui cette constitution et cette liberté dont elle est si fière (1) ?

Tels ont été les fondateurs, les fauteurs et les promoteurs principaux de l'anglicanisme substitué à l'antique religion ; car quant à ceux qui sont venus depuis continuer l'œuvre ou la reprendre en sous-œuvre de cent façons différentes, ce n'est pas la peine de nous en occuper. Une fluctuation perpétuelle d'une part, une main de fer de l'autre, n'ont discontinué de faire sentir plus ou moins leur action pendant toute la durée des deux siècles suivants, et ce n'est qu'à dater de la première moitié du siècle actuel, que l'anglicanisme, lassé enfin d'écarteler et de pendre, a fait faire halte à ses sanglantes proscriptions, en concédant enfin l'acte d'émancipation; ce qui n'empêche pas l'aristocratie et les masses de conserver toujours à peu près toute leur haine avec leurs absurdes préjugés contre la religion catholique (2).

Si nous résumons maintenant tout ce qui concerne le caractère moral des auteurs, fauteurs et continuateurs de la Réforme, le peu que nous en avons décrit suffira pour faire voir qu'elle n'est l'ouvrage que d'individus

(1) Cobbett, ouvr. cité, lett. V, n U7.

(2) VoirNEWMAN, ouvr. cité, Lect. firsi ': Protestant vit/c ofthe Catholic Chvrch.

destitués de toute dignité morale. Elle est l'ouvrage premièrement de Pimpudicité de Henri VIII, ensuite des atroces cruautés d'Edouard VI, puis de la politique d'Elisabeth et des menées d'avides et ambitieux ministres, d'un Oomwell, d'un Cranmer, d'un Somerset, d'un Cecil, et d'autres personnages de cette trempe qui sont l'opprobre de l'humanité. Yoilà en peu de mots tout ce qu'on peut en dire. Qu'ils exhument tant qu'ils voudront leur Burnet, leur Hume, leur Fox, pour embellir l'histoire de leur Réforme, pour enjoliver leurs martyrologes, jamais ils ne parviendront à effacer la tache indélébile imprimée dès le commencement à une Eglise de date récente, à une secte qui ne doit son origine qu'aux passions les plus abjectes, ou aux trois concupiscences dont nous parlent les livres saints, et qui toutes trois ont concouru, chacune pour sa part, à en former le dessein, à en diriger l'exécution, à en assurer la durée. Certes, il est bien impossible de voir en tout cela l'ouvrage de l'esprit de Dieu, ou d'attendre de bons fruits d'un aussi mauvais arbre.

Malgré la malice la plus raffinée, malgré les efforts les plus persévérants mis en œuvre sous toutes formes pendant trois siècles pour déplanter et déraciner l'Église romaine du sol britannique, comme du cœur des peuples, on n'a pu encore y parvenir. Les spoliations, les bannissements, les chevalets, les potences, la hache du bourreau, les vexations, les calomnies, les oppressions de toute sorte, rien jusqu'ici n'a pu l'abattre. Loin de là, la patience et la constance qu'elle a montrées, les sacritices de toute espèce auxquels elle s'est résignée, lui ont assuré la victoire. Peu à peu se dissipent, quoique encore

trop lentement il est vrai, les absurdes préjugés dont on avait nourri contre elle l'esprit des peuples. Un mouvement ascendant et progressif a commencé pour elle à son tour, et tout fait présager comme prochain son jour de triomphe. Destituée de tout appui terrestre, mais forte d'elle-même et de son unité, elle se rit des sectes qui se font entre elles la guerre et se disputent leurs prosélytes. Le protestantisme et l'anglicanisme perdent tous les jours de plus en plus dans l'opinion, et ne trouvent plus que quelques malheureux prêtres ou religieux apostats et corrompus pour grossir leurs rangs clairsemés. La religion catholique s'étend et se fortifie sous tous les rapports, comme nous ne tarderons pas à le démontrer, et il n'est pas donné à l'homme d'en arrêter les progrès. Elle est comme la nature, qu'on a beau écraser sous d'énormes constructions qui encombrent momentanément le terrain et en arrêtent les produits spontanés; au temps marqué, on la voit surmonter tous les obstacles que lui a opposés la main de l'homme, et couvrir d'herbe, de gazon et de productions de tout genre, les murs, les toits et les décombres déserts. Le nombre des catholiques romains dans les trois royaumes surpasse déjà chaque communion priie à part, y compris la soi-disant Église légale (1). Plaise à Dieu que le

(1) Sur les espérances et les craintes à concevoir an sujet de la conversion de l'Angleterre, il a. paru un bel article dans le Rambler, numéro d'octobre 1848, sous le titre : Will England ever be acatholic country ? c'est-à-dire : L'Angleterre redeviendra-t-elle un pays catholique! Tel a été aussi le sujet du discours prononcé par NEWMAN au concile tenu à Oscott par la nouvelle hiérarchie anglaise. Ce discours est intitulé : The second spring, le deuxième printemps.

triomphe complet de la vraie foi soit proche, et qu'on voie bientôt refleurir cette Église jadis l'objet de l'admiration du monde entier !

Parmi les Clifton tracts déjà mentionnés, il s'en trouve plusieurs où l'on met sous les yeux en style populaire et fort élégant ce que nous avons raconté dans ce chapitre des agents et des moyens mis en œuvre pour introduire la Réforme en Angleterre, et l'on établit un beau contraste entre les moyens d'introduction de l'anglicanisme et ceux du catholicisme. Voici les titres de ces traités : " Comment l'Angleterre est-elle devenue catholique? — Comment l'Angleterre est-elle devenue protestante? — La reine Marie et son gouvernement; comment a-t-elle rétabli le catholicisme' — La reine Elisabeth et son peuple ; comment a-t-elle rétabli le protestantisme? — Nos églises paroissiales; ce qu'elles étaient et ce qu'elles sont. ••

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