CHAPITRE IV
CARACTERE DES PRINCES ET DES GRANDS QUI ONT IMPOSÉ V LEURS SUJETS LA NOUVELLE REGLE DE FOI.
La raison veut qu'après avoir traité, dans les chapitres précédents, du caractère moral de ceux qui ont entrepris l'œuvre de la nouvelle réforme, nous examinions aussi en particulier maintenant celui des princes, des seigneurs et des magistrats qui l'ont imposée aux peuples.
§ T. — QUELS ÉTAIENT CEUX QUI IMPOSÈRENT LA RÉFORME EN ALLEMAGNE, EN SUISSE, A GENÈVE ET EN FRANCE.
Inconséquence des chefs de la Réforme. — Les deux protecteurs de Luther, l'électeur de Saxe et Ulric de Hutten ; quelle était leur conduite. — Quelle était la vie dissolue des autres princes ou nobles qui se déclarèrent pour la nouvelle Réforme. — Quelle était celle des premiers ministres de la nouvelle religion en Allemagne. — Quels étaient les juges de la nouvelle croyance établis par Zwingle en Suisse. — Mariages sacrilèges de prêtres et de religieuses ; principal mobile qui a poussé les familles nobles de Berne à embrasser le nouvel Evangile. — Par quels moyens les magistrats ont aboli le culte catholique, d'abord à Berne, et ensuite dans les autres cantons suisses. ■ — Caractère de ceux qui propagèrent le protestantisme dans la Suisse. — Par quels hommes le pur Ecangile fut imposé à Genève. — Licence de leurs mœurs. — Quels furent les premiers patrons et soutiens du calvinisme en France. — Quel était le libertinage de leur vie.
Et d'abord, nous ne devons pas laisser passer sans observation une inconséquence impardonnable et une
contradiction évidente par laquelle chacune des principales sectes de la prétendue réforme du xvic siècle s'est condamnée elle-même. Celle inconséquence et cette contradiction consistent en ce que leurs coryphées ont bassement prostitué à de simples laïques, à des princes et à des magistrats politiques, la discussion et la déclaration définitive des articles doctrinaux en matière de foi, après en avoir refusé le droit au pape et aux évêques. Avec un appât de cette espèce, il ne fut pas malaisé aux chefs et aux artisans de la Réforme d'engager dans leur parti des hommes de ce caractère, à qui ils présentaient le nouvel Évangile sous un point de vue aussi séduisant.
Pour commencer par l'Allemagne, quel fut le premier protecteur de Luther? Quels ont été ses principaux partisans parmi les princes et les seigneurs ? Deux hommes avant tous les autres se mirent en tête de favoriser le novateur : ce furent Frédéric, électeur de Saxe, et le baron Ulric de Hutten ; le premier, parce qu'il était outré de ce que le pape avait refusé d'accorder sur sa demande une dignité ecclésiastique à un de ses bâtards (1), et le second, parce qu'il trouvait dans le nouveau dogmatisme un puissant moyen de justifier la vie épicurienne et déréglée qu'il menait depuis bien des années, atteint d'une maladie honteuse, juste peine de ses désordres, dont il finit par mourir victime, littérateur ordurier, ennemi déclaré des moines et des couvents (5). Ce furent ensuite les seigneurs d'Allemagne.
(1) VoirRoHRiUCHKR, JJist. lotir, de V Eylhe catholique, Paris, 184C), t. xxiii, p, 7a (2 Avdin, Jlist. de la vie de Ltd/i^r, jiassim.
princes et barons qui se valaient tous les uns les autres, c'est-à-dire descendus tous tant qu'ils étaient au dernier degré de corruption; ce furent ceux-là à qui Luther, voyant contre lui la meilleure partie du clergé, et surtout le pape, s'adressa dès l'an 15i20 par un écrit, où il en appelait à eux pour la justice de sa cause (1). Dans cette pièce il avait recours à la plus fine astuce et à l'adulation la plus abjecte, enfin à tout ce qui pouvait chatouiller leur amour-propre et exciter leur cupidité, pour les toucher en sa faveur et les attirer à son parti. Aussi ces seigneurs dissolus et avides des biens ecclésiastiques ne tardèrent pas à se ranger sous la bannière de Luther. Entre eux tous se signala le landgrave Philippe de Hesse, qui conclut le k mai 1526 une ligue avec l'électeur de Saxe à l'effet de prendre ensemble sous leur défense les innovations du moine de Wittemberg ; puis, dans la diète de Spire tenue le 25 juin de la même année, outre l'apostat Albert de Brandebourg, qui était d'avance entré dans la ligue, plusieurs autres princes et seigneurs d'Allemagne embrassèrent publiquement le luthéranisme et s'en firent les champions. Pour prime d'encouragement, les théologiens du parti accordèrent au landgrave de Hesse, comme je l'ai déjà dit ailleurs, la faculté de prendre une seconde femme, du vivant de la première ; Albert de son côté, pour prix de sa double apostasie de l'état religieux et de la religion catholique, devint duc de Prusse ; et c'est de ce moine défroqué que descend en droite ligne la dynastie actuelle des rois de Prusse, qui ont secondé et secondent encore aujourd'hui si bien la cause du protestantisme. (1) Rohrbacher, I. c. , p. 76 et suiv.
Pour nous former ensuite une idée du caractère moral de ces princes luthériens devenus tout d'un coup juges de la foi, il suffira de rappeler ce qu'a écrit M. Audin de ceux qui, venus ù Àugsbourg pour la diète convoquée dans cette ville par Charles-Quint, se firent scrupule d'assister à la procession du Saint-Sacrement. « C'était d'abord l'électeur de Saxe, un des princes les plus gloutons de son siècle, dont le ventre, chargé dès le matin de vin et de viandes, avait besoin, pour ne pas tomber, d'être retenu par un cercle de fer; amoureux fou d'une symbolique qui avait aboli le jeûne, le Carême, et permettait de faire gras le vendredi et le samedi. Son buffet électoral passait pour le plus abondamment garni de l'Allemagne de vases de toutes sortes, dérobés au réfectoire des moines, ou à la sacristie des églises. C'était son fils Frédéric, qui usait son temps et sa santé à table ou à la chasse, et, comme son père, joyeux convive, ami du vin et de la bonne chère, savait à peine son catéchisme. C'était le landgrave de Hesse, dont la paillardise était devenue proverbiale, adultère effronté qui, pour résister aux assauts de la chair, demanda et obtint plus tard la permission de prendre deux femmes... C'étaient Ernest et François de Lunebourg, qui, ne voulant pas laisser à leurs valets le soin de piller les églises, volaient de leurs mains les vases sacrés » (1). Joignez à ces princes le ducd'Anhalt Georges, consacré par Luther évèque de Mersebourg, et qui se vit forcé, quelques années plus tard, de retracer avec de vives couleurs dans ses sermons l'immoralité mise à l'ordre
■]) Audin, t. u, p. 402; 4eédit. abrégée, p. 10:5-404.
du jour parmi son peuple réformé (1). Tel était le caractère de ces princes, qui, non contents d'avoir embrassé la Réforme et de lui avoir asservi leurs peuples, se liguèrent à Smalcade en 1530 à l'instigation de Luther, et s'engagèrent ensemble à s'insurger contre l'empereur pour défendre et propager les nouvelles doctrines (2).
A ces épicuriens se joignirent comme auxiliaires pour comble d'opprobre, de tous les côtés de l'Allemagne, des essaims de moines et de religieux apostats, et de prêtres dont la vie était un scandale public. Tous ces esclaves de la chair se montraient les plus zélés contre l'Église catholique; ils ne se lassaient pas d'élever jusqu'au ciel, et de vive voix, et par leurs écrits, une religion qui les délivrait du joug trop pesant du célibat. Aussi furent-ils les plus solides appuis de la Réforme, quand une fois ils se virent ministres de l'Évangile luthérien (3). Cette esquisse, si légère qu'elle soit, doit suffire pour faire apprécier le caractère moral de ceux qui imposèrent aux peuples d'Allemagne les nouvelles doct^nes. Il est inutile de nous étendre davantage sur ce point, puisque la suite des événements n'a fait que confirmer cette première annonce, et que jusqu'à nos jours les caractères ont été à peu près les mêmes.
Voyons s'il en a été autrement de ceux qui en Suisse ont imposé aux populations renseignement deZwingle, après s'être constitués juges, eux aussi, entre la nou-
(1) Dœllinger, La Réforme, t. n, p. 120 et suiv. 2] Rohrbacher, 1. c, p. 339 et suiv.
3] Att>ix, t. F, p. 201 et suiv.
vclle et l'ancienne symbolique. C'étaient toujours des laïques, des magistrats civils, d'une crasse ignorance en ce qui concerne la religion, et dont plusieurs môme ne savaient ni lire ni écrire (1). Voilà les hommes que Zwingle établit juges suprêmes des controverses religieuses. La municipalité de Zurich fut la première qui accueillit l'enseignement du novateur sur le sens figuré des paroles de la consécration, et en 1525, contrairement à la doctrine professée jusque-là par leurs ancêtres, ou plutôt par tout l'univers catholique, ces magistrats publièrent un décret en vertu duquel ce qui
(1) Nous avons pour garant de cette assertion le protestant Hallam, anglican, qui, dans son ouvrage déjà cité [Introduction t<> the literature of Europe in the fifteenth, si.rteent/i and sevententh centuries, Londres, 1837-1840, 4 vol. in-8o), t. i, p. 497, nous raconte la manière dont se traitaient, à cette époque dont nous parlons, les questions théologiques; il nous apprend que ce qui caractérisait en particulier les réformateurs , c'était l'appel qu'ils faisaient aux ignorants. Les questions les plus abstraites de dogme, de discipline et de morale, les difficultés les plus compliquées du droit canonique et de l'histoire ecclésiastique, étaient livrées à la décision d'une multitude ignorante en fait de lettres. M. Hallam, nous donnant ensuite la description de la dShière dont était composé ce tribunal, nous apprend que le président était le bourgmestre du village ou de la ville où le tribunal se tenait. Rien ne nous indique que ce fût pour le président, et moins encore pour les autres juges ordinaires, une condition indispensable que de savoir lire et écrire. Tout ce qui était exigé pour • comme président se réduisait a la qualité de bourgmestre. Or, les bourgmestres de ces temps-là étaient les personnages eunuques les plus ridicules qu'on puisse représenter sur la scène. Les femmes n'étaient point exclues du nombre des votants, et malheur à qui se serait mis à dos ces théologiennes ! Eh bien ' c'est de ces ignorants, de ces théologiennes, que dépendait le sort de toute une cité, sa constance dans la religion catholique, cm Bon passage au protestantisme.
avait été cru depuis le commencement du christianisme comme vrai et comme article de foi devait cesser d'être tenu pour tel par le peuple de Zurich ; et le peuple de Zurich le crut ainsi, et a continué de le croire jusqu'à nos jours sur la parole de ses magistrats. Plus tard, s'attachèrent de même à Zwingle, après quelque hésitation, les conseils et les municipalités des autres cantons suisses qui se déclarèrent pour la Réforme. Quoique les douzes cantons, demeurés d'abord fidèles à l'antique foi, eussent formellement condamné les nouvelles doctrines, l'exemple et l'influence du canton de Berne ne tardèrent pas à entraîner une bonne partie des autres, et une suite de décrets abolit en quelques années la profession publique de la religion catholique dans plus de la moitié de la Suisse.
Mais comment le canton de Berne fut-il lui-même déterminé à l'apostasie? Par des mariages sacrilèges célébrés entre les religieuses de Kœnigsfeld et des prêtres renégats. Plusieurs familles nobles et puissantes dont les noms s'y trouvaient compromis se virent placées dans l'alternative, ou de considérer à leur propre honte ces unions sacrilèges comme des concubinages incestueux, ou de rompre avec l'Église pour venger leur honneur aux yeux du monde ; et c'est à ce parti désespéré qu'elles s'arrêtèrent. Toutefois ce n'était encore qu'une première étincelle; mais bientôt l'incendie se déclara après s'être fait annoncer par divers signes funestes. Déjà les magistrats de Berne avaient porté la main à l'arche sainte; déjà, se laissant aller aux suggestions de Zwingle et du chanoine de Waltemberg Bertold Haller, rappelé de l'exil auquel l'avaient fait con-
damner ses téméraires assertions, ils avaient lancé, comme de sinistres préludes, des édits injurieux à l'Église. Déjà ils avaient commis plusieurs actes d'hostilité contre leur évêque, lorsque tout-à-coup, au mépris de tous leurs serments de rester fidèles à la doctrine catholique, ils défendirent par un édit à tous les prédicateurs, et sous des peines graves, d'enseigner aucune doctrine qui ne put se prouver clairement par la seule Écriture interprétée, bien entendu, selon leur propre sens particulier.
Ce fut là le signal de l'apostasie pour une partie de la municipalité de Berne. Uniquement pour sauver les apparences, on ordonna une conférence générale à Berne pour le 17 novembre 15127, entre les catholiques et les protestants, sur les points controversés : conférence à laquelle les catholiques refusèrent avec raison de se présenter, parce qu'elle était présidée par ceux-là mêmes qui avaient déjà fait abdication de la foi antique ; conférence qui par cela seul ne pouvait avoir aucun résultat heureux, comme les faits ne tardèrent pas à le démontrer, puisque, malgré les arguments péremptoires et vraiment victorieux qu'opposèrent aux avocats de la Réforme les quelques catholiques qui parurent à la conférence contre la défense de leurs évêques, le conseil municipal de Berne, s' érigeant en juge suprême de la Bible, n'en donna pas moins son approbation aux dix thèses proposées à discuter dans le conseil zwinglien, ordonnant à tout le monde d'y conformer sa croyance, et défendant également à tous de rien professer ou enseigner de contraire. Il abolit la messe, il démolit les autels, il brûla les images. Il dépouilla les
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quatre évêques de toute juridiction spirituelle, et délia les doyens et les trésoriers des chapitres du serment d'obéissance prêté à leurs évêques respectifs. Ainsi fut consommé l'acte d'apostasie de ce canton par rapport à la foi catholique, et l'exemple de Berne et de Zurich fut bientôt suivi par les autres cantons, à l'exception des cantons fondateurs de la liberté suisse, qui demeurèrent fidèles à leur Dieu et à leur religion (1). Pourtant cette révolution ne dut pas s'effectuer sans de fortes résistances, comme la suite pourra nous en convaincre.
Pour résumer ce qui concerne le caractère de ceux qui imposèrent aux populations suisses la réforme de Zwingle, nous voyons que ce ne furent que des laïques, des magistrats et des conseillers politiques; des hommes tourmentés du désir de l'indépendance religieuse et d'une liberté effrénée, et qui, malgré leur extrême ignorance, s'attribuèrent la qualité de juges suprêmes en matière de foi; des hommes qui n'avaient d'autre pensée que de s'emparer des biens des églises et des couvents; des hommes qui mirent enjeu toutes les passions, et qui eurent pour instigateurs et pour complices de leurs innovations, ici comme ailleurs, des prêtres et des moines libertins, ainsi que des religieuses relâchées et infidèles à leurs vœux; des hommes enfin qui, au moment de conclure la paix avec les catholiques à la suite de la défaite complète qu'ils avaient essuyée , en dépit de la prédiction de leur nouveau prophète Zwingîe, victime lui-même de son fanatisme, avaient reconnu que le catholicisme était la vraie et antique foi dire-
|1] Rohrbacher, 1. c, p. 272 et sniv.
tienne (1). Y a-t-il, clans tout ce tapage des passions soulevées, ombre seulement de l'esprit de Dieu?
C'est le même caractère moral à décrire dans ceux qui introduisirent la Réforme à Genève, et dans ceux aussi qui semèrent en France les doctrines nouvelles de Calvin. Les véritables auteurs de la révolution religieuse imposée au peuple de Genève furent les soidisant Eidgnots (d'où est venu le nom de huguenots donné aux calvinistes de France), c'est-à-dire confédérés, qui n'étaient au fond qu'une association de jeunes gens débauchés et livrés à toute sorte de vices. Ils s'engagèrent en secret par serment à se soutenir les uns les autres contre tout déploiement de la force légale, pour commettre impunément toute espèce de crimes. Tls secouèrent non-seulement le joug des ducs de Savoie, qui avaient des prétentions sur Genève, mais encore celui de l'évêque, prince temporel de cet état particulier. Plus tard, le conseil ou le magistrat du lieu, après avoir cherché à diverses reprises à contenter successivement les deux partis mis en présence, en modifiant comme bon lui semblait les articles de foi, finit par succomber à l'influence de Berne en se déclarant pleinement pour la Réforme. L'apostasie une fois consommée, on suivit le procédé constamment pratiqué par les nouveaux apôtres, c'est-à-dire qu'on organisa le vandalisme en détruisant les statues, les images, en dépouillant de leurs richesses les églises et les couvents; on persécuta los catholiques restés fidèles au culte de leurs pères, et on les réduisit à la dure nécessité, ou
(1) l',bL
d'apostasier, ou de prendre le chemin de l'exil. Il arriva en effet que Genève perdit à ce compte plus de la moitié de ses anciens habitants. Il est vrai que ces derniers s'y trouvèrent bientôt remplacés par la lie de tous les pays du monde, ou par une tourbe de gens expulsés de leurs propres pays pour crime d'hérésie ou d'immoralité, et surtout de prêtres et de moines apostats amenant avec eux leurs enfants naturels (1).
Comme le tableau que nous venons de présenter pourrait paraître trop chargé à quelques-uns, pour lever encore ici tout soupçon d'exagération, nous allons rapporter les paroles mêmes d'un des apôtres de l'apostasie genevoise, celles du protestant Froment, qui s'en est expliqué de la manière suivante : « Tu trouveras des gens de bien dans Genève, qui ont été prêtres ou moines, autant et plus qu'il n'y en avait au temps des messes, qui sont mariés, vivant honnêtement en travaillant de leurs mains; mais il y est venu et il y vient encore journellement un tas de moines cafards, séduisant de pauvres filles et servantes, en les prenant et les plantant là, elles et leurs pauvres enfants. D'autres, le premier et le principal Évangile qu'ils demandent, c'est une femme, et pendant que durent les calices et les reliquaires qu'ils ont dérobés, ils font grande chère avec la femme, se donnent pour des gens de bonne maison,
(1) Le savant Magnin, dans son ouvrage intitulé : Histoire de /'établissement de la Réforme à Genève, in-8°, Paris, 1844, a mis ce sujet- dans tout son jour. Cette histoire est divisée en deux livres, dont le premier traite de l'origine de la Réforme jusqu'à son établissement définitif à Genève, et le second comprend tous les événements qui se suivirent depuis la première entrée de Calvin à Genève jusqu'à la mort de ce tyran réformateur.
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des gentilshommes, dissimulant soigneusement leur qualité de moine et de prêtre, et, après s'être livrés à tous les désordres, s'en retournent, laissant femmes et enfants au grand détriment et charge de l'hôpital. D'autres amènent des concubines qu'ils donnent pour leurs femmes légitimes, et, après avoir tout consumé, les laissent là comme les premiers et s'enfuient secrètement. Il y en a aussi d'autres qui, sortis des mêmes ordres religieux, achètent leur silence entre eux par des ménagements mutuels, et ceux-là ont été cause, dans la Réforme, de grands scandales et de violentes divisions. Enfin d'autres encore plus rusés, après avoir ruiné par la banqueroute beaucoup d'honnêtes ménages et de bons marchands, se promettent de tout pouvoir faire sous la couleur de l'Évangile » (1).
On trouvera, comme je l'ai déjà fait entendre, la même physionomie morale aux propagateurs de la Réforme de Calvin pour la France. Calvin commença . comme nous l'avons dit, par s'insinuer dans la confiance de Marguerite, reine de Navarre et sœur de François Ier, à sa cour de Nérac, dont elle avait fait comme un rendez-vous de gens perdus des deux sexes et une véritable école de corruption. Cette reine débauchée, et avec elle la duchesse d'Étampes, concubine du roi. furent les deux qui contribuèrent le plus à propager l'hérésie. Antoine de Bourbon et le prince de Condé. qui hantaient la même cour, et le marquis de Poët,
(1) Froment, Des actes et gestes merveilleux de la cité de Genève nouvellement convertie a l'Evangile, ch. 6, cité par M. Romt- BA< HEB, ffisl. unir, de l'Eglise, t. xxiii, p. 150, î<* édit.
turent, avec plusieurs ecclésiastiques de marque impatients du célibat, ceux qui devinrent dans la suite les principaux fauteurs du nouvel Évangile. 11 suffît de rappeler Montluc, évoque de Valence en Dauphiné, le même qui négocia l'alliance entre le roi de France et les Turcs contre les chrétiens. Ce prélat n'avait pas craint de violer les canons par un mariage, ou, pour mieux dire, par un concubinage secret. L'historien anglican Burnet, tout en comptant ce prélat parjure parmi les grands hommes, sans doute parce qu'il avait protégé les hérétiques, avoue cependant qu'il avait ses défauts; et quels défauts? ceux d'avoir cherché à violer la fille d'un seigneur irlandais qui l'avait reçu dans sa maison ; d'avoir eu avec lui une courtisane anglaise qu'il entretenait; c'est que cette malheureuse ayant bu sans réflexion le précieux baume dont Soliman avait fait présent à ce prélat, « il en fut outré dans un tel excès, que ses cris réveillèrent tout le monde dans la maison, où l'on fut ainsi témoin de ses emportements et de son incontinence » (1). A ces premiers soutiens de la Réforme s'en adjoignirent avec le temps beaucoup d'autres de lamême force, qui, avec un fanatisme de secte, répandirent tellement le venin de l'hérésie en France, qu'ils plongèrent ce royaume dans un. déluge de maux qui le mirent à deux doigts de sa ruine.
C'est ainsi qu'en France, comme à Genève, comme en Suisse, comme en Allemagne, la même licence de mœurs, la même perversité caractérisa à peu près également tous les propagateurs de la Réforme. Et cepen-
(li Bossuet, ffist. des var., t. vu. $ 7.
dant nous n'a\ons donné de ce tableau qu'une légère esquisse, qu'une faible ébauche, notre objet n'étant pas de faire l'histoire de la propagation de cette Réforme avec ses mille métamorphoses ou nuances, mais uniquement de donner quelque idée du caractère moral de ceux qui l'ont imposée aux populations.
S II. — CARACTÈRE MORAL DE CEUX QUI ONT IMPOSÉ LA RÉFORME DANS LA GRANDE-BRETAGNE ET DANS LES ROYAUMES DU NORD.
Par qui la nouvelle religion a été imposée en Angleterre. — Les propagateurs de la Réforme en Ecosse, le comte Murray et l'exmoine Knox. — Par qui le nouvel Evangile a été propagé en Suède et en Danemarck. — Christiern II, monstre de cruauté et de parjure. — L'hérésie consolidéeen Suède et en Danemarck par Frédéric, fils et successeur de Christiern, et par quels moyens. — Christiern III et Gustave Wasa, despotes avides des biens des églises. — Réflexions sur ce genre de propagateurs de sectes. Les propagateurs du nouvel Evangile comparés avec ceux de la religion catholique.
Nous n'avons rien à dire de mieux du caractère des rois et des parlements d'Angleterre qui, après avoir apostasie les premiers , engagèrent , ou pour mieux dire, entraînèrent et forcèrent les peuples malgré eux à partager leur apostasie. Nous ne reviendrons pas sur Henri VIII, sur Edouard VI, sur Elisabeth et sur les odieux instruments de leur despotisme , dont nous avons déjà parlé suffisamment.
Nous aurions à faire le même portrait du fameux comte Murray, bâtard de naissance et apostat de choix, conspirateur contre le trône et tout à la fois contre la vie de sa sœur Marie Stuart, et par cela seul digne
instrument de l'introduction en Ecosse de la réforme de Genève. Nous aurions bien aussi la même chose à dire des perfides complices de ce monstre, sous le patronage duquel l'apostat Knox, venu de Genève, put librement protestantiser le pays. Cet homme se rendit infâme par son commerce incestueux avec sa bellemère, et par ses impudicités avec une troupe de dévotes séduites qu'il traînait à sa suite. Eh bien ! ce fut là le digne apôtre, comme l'appelle Bèze, qui évangélisa l'Ecosse, en la parcourant en tous sens accompagné d'une multitude de fanatiques qu'il excitait par ses violentes déclamations à expulser les prêtres et les évêques, à saccager les monastères, à profaner les églises, à commettre mille excès inouïs de cruauté sacrilège. Il ne lui fut pas difficile d'amener à son parti les nobles, avides de s'emparer des biens ecclésiastiques et de dépouiller les églises (1).
Dans le Nord, les peuples du Danemarck, de la Suède et de la Norwége reçurent de la même manière la nouvelle réforme des mains de semblables scélérats, qui la leur imposèrent par violence. Le sanguinaire Chrétien) II, surnommé justement le Néron du Nord, l'introduisit le premier en se déclarant contre cette même Église à laquelle il devait son élévation au trône. Ce monstre, qui, au mépris de l'amnistie promise, fit mettre à mort, en un seul jour, de soixante-dix à quatrevingts tant sénateurs et seigneurs qu'évèques, sans jugement préalable, et après leur avoir refusé même la consolation de se confesser à un prêtre, et cela unique-
(1) Voir Felleb, Dictùmn-, art. Kmox.
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ment pour s'assurer tous les moyens d'exercer un despotisme absolu; cet homme qui, à son retour de Suède en Danemarck, fit élever partout sur son passage des échafauds sanglants ; qui, après avoir été reçu avec de très grands honneurs dans le monastère de Nidal. n'en fit pas moins arrêter, au moment où ils sortaient pour célébrer la messe, l'abbé et les moines, les fit jeter à la rivière les mains liées derrière le dos, et fit briser le crâne à l'abbé à coups de lance, parce que cet infortuné avait réussi à se dégager de ses liens; ce monstre, disons-nous, était bien fait pour goûter le nouvel Évangile de Luther, et pour propager sa réforme. En effet, sans se mettre en peine du serment solennel qu'il avait fait naguère de maintenir dans ses États la religion catholique dans sa pureté et son intégrité, il fit de lui-même, dès l'an 1520, la demande d'un prédicant luthérien, et lui assigna une église à Copenhague pour prêcher le nouvel Évangile. Après ce premier pas, il en fit un second l'année suivante, celui d'intimer à l'université de sa capitale la défense de condamner les écrits de Luther; puis il déclara par une loi tous les évoques, prêtres et moines incapables d'acquérir des biens à moins qu'ils ne se mariassent, et les détacha ainsi de Rome, afin de pouvoir plus aisément les amener à ses vues.
Mais, arrêté au milieu de ces projets tyranniques à demi exécutés, il en laissa l'accomplissement à ses successeurs. C'est ce que firent aussi Frédéric et Gustave Wasa. Frédéric, n'étant encore que duc de Holstein. oncle du tyran Christiern électeur de Danemarck et de Suède, avait juré, comme ses prédécesseurs, de main-
tenir et de défendre la foi catholique et les droits des évoques. Mais, au moment où il prétait ce serment, il était déjà luthérien dans le cœur. Il lui fallait bien dissimuler ses sentiments intimes et feindre même du zèle pour le catholicisme, jusqu'à ce qu'il se vît affermi sur le Irùne, et qu'il eut peu à peu prédisposé les esprits aux innovations qu'il méditait. L'année donc qui suivit son élection au trône, c'est-à-dire en 15*26, il commença par prendre sous sa protection un prédicant de la nouvelle hérésie, moine apostat dont il fit son chapelain. En 1527, il alla plus loin, et, dans la diète d'Odensée, tout en rappelant le serment qu'il avait fait de maintenir dans son royaume la foi catholique romaine, il déclara qu'il ne le garderait pas, attendu que le frère Martin Luther avait trouvé beaucoup d'abus dans l'ancienne religion du Danemarck et de la Suède, comme de tout le reste du monde chrétien ; et qu'en conséquence sa volonté royale était que les deux religions, la nouvelle de Luther et celle de saint Anschaire, l'ancien apôtre de ce royaume, fussent sur le pied d'égalité, en attendant la convocation d'un concile général. Malgré l'opposition des évêques et d'une partie de la noblesse, il prit les résolutions suivantes : 1° qu'à l'avenir les évêques demanderaient la confirmation de leur élection, non au pape, mais au roi ; 2° que le clergé, les églises et les monastères conserveraient les biens dont ils se trouvaient actuellement en possession, tant qu'ils n'en serment pas dépossédés par les lois du pays; 3° que les ecclésiastiques et les moines ne seraient plus empêchés d-"1 se marier (1). Ainsi, comme l'observe un illustre ] Schreck, Hist. de la Réformât., t. n, p. 77-79.
historien, an roi effrontément parjure enleva au peuple la foi de ses pères, à l'Église ses biens, au pape sa primauté, aux évêques leur mission divine, pour ne faire de ces derniers et du reste du clergé que des fonctionnaires civils, dos employés de la police, qui se conso • laient de leur apostasie et de leur dégradation entre les bras crime femme qui n'était pas la leur et ne pouvait l'être (1).
Je ne dis rien de Christiern III, fils de Frédéric, qui, en 1533, consomma l'œuvre de son père à l'aide de la violence, comme nous le dirons dans son temps. Et quant à l'autre apostat Gustave Wasa, il prit goût, comme il demeurait à Lubeck, à la révolution religieuse de Luther, et entretint une correspondance secrète avec le réformateur. Parvenu au trône de Suède par ses succès militaires qu'il devait à l'appui des catholiques, il paya ces derniers de leurs services en travaillant à teur ôter la foi. Il commença, comme d'habitude, par favoriser trois mauvais prêtres, venus en Suède pour prêcher les hérésies de Luther. Il fit l'un professeur à l'université d'Upsal, le second prédicateur dans la grande église de Stockolm, le troisième chancelier du royaume. Il visait par là à s'approprier les biens des églises et des monastères, et à s'aplanir la voie à l'absolutisme spirituel et temporel pour lui-même et ses descendants; car jusque-là les rois de Suède, comme ceu\ de Danemarck, étaient électifs. Cependant l'un des trois nouveaux évangélistes, Olai'is Pétri, ce prédicateur de la grande église de Stockolm, se maria publiquement, et
l RohR] ichek, ouyt. cité, t. x.xiu. p. 296, 2e édit.
le roi assista à son mariage. Bientôt, cet exemple fut imité par un grand nombre de moines et de religieuses qui foulèrent aux pieds leurs vœux par des mariages solennels. C'est par de telles menées et par un stratagème digne d'un fourbe de profession, que Gustave parvint à introduire et à affermir dans ses États la nouvelle réforme et à se jouer des réclamations du peuple, qui en murmurait tout haut et le menaçait de le renverser du trône 1).
Pour résumer maintenant les documents que nous fournit l'histoire sur le caractère moral de ces individus qui ont et favorisé et introduit ou imposé aux peuples la prétendue réforme dans le courant du xvie siècle, il est manifeste que c'est pour tous le même, c'est-à-dire celui que l'apôtre saint Jacques nous dépeint avec ces simples traits : terrestre, animal, diabolique, ou ambition, lubricité, désir d'avoir. Non-seulement on n'aperçoit dans leur œuvre aucune trace d'intention droite, d'amour vif et sincère d'une vraie réforme, par un nouvel élan donné à la vertu, par l'extirpation des vices, par des travaux entrepris à la gloire du Christ et de son Église ; mais on les voit tous, sans exception, prendre la voie opposée, et ne suivre d'autres errements que ceux qui pouvaient favoriser les vues ou les penchants déréglés de leur propre cœur. Un esprit de vertige troublait leur intelligence, et produisait en eux la manie de se constituer juges en matière de religion ; tout ce qui sentait la nouveauté flattait le goût dominant de ce siècle; c'était pour chacun comme un point d'hon-
ili ROHEBACHKR, 1. C, T). 300, 2« édît.
neur de se signaler par quelque doctrine nouvelle; s'en faire le promoteur, c'était être progressif; rester fidèle à l'ancienne religion, c'était être rétrograde, tomber dans Y obscurantisme et aimer les ténèbres (1). A tous ces mobiles se joignait dans les princes l'esprit d'absolutisme, qui les faisait aspirer à la domination dans Tordre spirituel comme dans l'ordre temporel, et sur les corps comme sur les âmes de leurs sujets, en s' arrogeant à eux-mêmes les droits de la tiare. La rapacité n'était pas leur faible le moins marqué dans l'empressement qu'ils montraient à s'emparer des biens de l'Eglise ; le libertinage enfin le plus effronté était comme la devise de leur conduite, et, pour ne pas en essuyer de honte, ils n'avaient rien tant à cœur, sous ce plastron de réforme, que de l'inoculer à tous les autres.
Tout mouvement d'innovation était particulièrement secondé par tout ce qu'il y avait d'évêques, de prêtres et de moines oublieux de leur sublime vocation, esclaves de leurs passions brutales, portés aux plus honteux désordres, empressés de couvrir du voile du mariage leurs commerces incestueux et sacrilèges. En retour de cette concession faite à leur convoitise grossière, ils faisaient volontiers aux princes et aux seigneurs le sa-
li) Voir Aidin, Hlst. de Lut/ter, t. II, p. 55. Tant il est vrai «ju'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Les anciens hérétiques aussi accusaient les catholiques de simplicité, d'ignorance, d'obscurantisme, et d'aimer les ténèbres, comme la même accusation était encore répétée ces dernières années par une faction démagogique, qui tendait à la destruction du christianisme, et par dos gens dont on no saurait dire ce qui dominait le plus en eux, de l'ignorance la plus crasse ou de la perversité la plus profonde. Et pourtant combien de tiens s'y sont laissé prendre!
crifice des biens et des richesses de l'Église. S'ils se prêtaient à enseigner des doctrines absurdes autant qu'immorales, c'est que leurs désirs corrompus y trouvaient tout-à-fait leur compte. C'est ainsi qu'en se faisant les propagateurs de cet Évangile nouveau, ces hommes tarés faisaient servir les princes, les seigneurs, les magistrats et toute la plus vile populace à couvrir leur ignominie. Le protestantisme, en tant qu'il a été imposé aux peuples, pourrait se formuler ainsi : Le manteau destiné à couvrir l'ignominie des ecclésiastiques débauchés, la rapacité des seigneurs et l'ambition des grands. Voilà, dans toute la rigueur des termes, à quoi on a fait servir l'apostasie des peuples séduits et attirés au protestantisme, comme nous le verrons tout à l'heure, par toute sorte d'astuces, de duperies et de violences dans chacun des divers États que nous avons passés en revue.
Qu'on ne taxe pas de fausseté ni même de témérité ce que nous venons de dire : ce sont là des faits notoires et publics, des faits dont les documents subsistent toujours vivants, des faits que nous attestent même des auteurs et des historiens du parti. Or, les faits sont des preuves qui résistent, et qu'on ne peut pas détruire ou éluder comme on le ferait de raisonnements humains ou de théories purement spéculatives.
Ces prémisses une fois admises, et qui pourrait les contester? que tout hétérodoxe de bonne foi jette seulement, et comme à la dérobée, un coup d'œil rapide sur ceux que Dieu a choisis pour instruments de sa gloire et pour propagateurs de sa religion, sur l'esprit do piété et de sainteté dont ils étaient animés; puis,
qu'il mette en regard cette tourbe de gens perdus, d'hypocrites scélérats, de politiques ambitieux, d'impurs propagateurs de cette invention humaine appelée la Réforme, et qu'il dise s'il se peut concevoir une opposition plus formelle, un contraste plus tranché. Les véritables envoyés do Dieu portaient le cachet de leur mission dans la régularité de leurs mœurs, dans le calme de leurs démarches, dans leur conduite admirable et sans reproche, dans l'ingénuité et la simplicité de leurs manières, dans la pureté et la sainteté de leurs enseignements, dans la paix dont ils étaient comme les messagers et qu'ils introduisaient, dans l'ordre tant spirituel que temporel. Les maximes de la morale la plus sévère et les plus contraires aux passions humaines, aux tendances vicieuses et déréglées de l'homme corrompu, comme le renoncement à soi-même, la mortification, la pénitence, l'amour de la croix, l'assujétissement de la chair à l'esprit, la pratique de toutes les vertus enseignées par eux à toutes les époques, faisaient bien voir que leur doctrine ne venait pas de l'homme et qu'elle ne pouvait venir que d'en haut. Au lieu que la doctrine enseignée par les réformateurs, accommodée dans tous ses points aux plus basses inclinations de l'homme déchu, et toute favorable aux penchants grossiers de la cupidité, de l'orgueil et de l'ambition; doctrine qui, ne se bornant même pas à décharger l'homme de la pratique des conseils évangéliques, le délie encore de l'obligation d'observer les lois divines, puisqu'elle déclare les bonnes œuvres inutiles pour le salut : cette doctrine qui proclame innocent et également cher à Dieu, exempt en un mot de toute peine à subir, celui-
là même qui se souillerait de toutes les turpitudes et se rendrait coupable de tous les crimes, pourvu qu'il conserve la foi; une doctrine si avidement accueillie, si activement propagée, si chaudement patronée par les membres les plus gangrenés de la société chrétienne, porte avec soi la preuve assez évidente de l'œuvre de l'homme mise en opposition avec l'œuvre de Dieu (1).
Or, ce qui a été purement humain et mauvais dans le principe pourra-t-il jamais avec le temps devenir divin ou salutaire? Le temps a-t-il fait autre chose au contraire que d'en développer les conséquences, en les faisant aboutir à la négation la plus explicite et la plus complète de la révélation et du Christ? Comment un cœur droit peut-il donc consentir encore à faire partie de la Réforme? Que chacun s'examine dans l'intérieur de sa conscience, et se décide ensuite sans se faire illusion à soi-même, sans s'arrêter aux considérations de
(1) Voir l'ouvrage cité de M. Roisselet de Sauclières intitulé : Coup d'œil sur F histoire du calvinisme en Fiance, dans la note : « Le protestantisme est-il une œuvre de la divine Providence? •• — Troisième question : « Quels sont les caractères auxquels on peut distinguer la véritable Eglise de Jésus-Christ de celles qui s'attribuent faussement ce titre î — La Réforme est-elle une œuvre de Dieu? » Pages 135-608.
L'abbé Polge a aussi de fort bonnes choses sur ce sujet dans son ouvrage : De la Réforme et du catholicisme aux hommes de bonne foi, in-8° Paris, 1847.
Nous aurions à faire le même éloge de l'ouvrage de M. Franz de Champ agny intitulé : in mot d'un catholique sur quelquestravaux protestants, in-8o, Paris, 1644, où l'auteur prend à tâche d'examiner différents ouvrages de M. Agéxor de GasparïN, de Vinet et de Stapfer,
Voir aussi la Divinité du catholicisme démontrée a un docteur d'Oxford avec la Bible cl les Pères des premiers siècles, pai M l'abbé Robert. Paris, 16 i-„\ lett. sx,p. 349 et suiv.
la chair et du sang, ou à tout autre obstacle que pourrait susciter le respect humain, ou l'intérêt fugitif d'une \ie passagère. Pour faire profession de protestantisme quand on sait bien ce que c'est, il faut n'être rien de moins qu'un athée pratique.