II. - CONVERTIS DU PROTESTANTISME
Profonde observation du comte de Maistre vérifiée par le fait. — Conversions illustres qui ont eu lieu dans ce siècle en Allemagne. — Le duc de Saxe-Gotha. — Henri-Edouard, prince de Scbœnbourg. — Le comte d'Ingenheim. — Le duc A. -Frédéric de 3Iecklembourg. — Le prince F. -A. -Charles de Hesse-Darmstadt. — Le duc Ferdinand et la duchesse Julie d'Anhalt-Cœthen. — La comtesse F.-G.-L. Solms-Bareuth. — La princesse Chârlotte-Frédérique, sœur du prince Frédéric de Mecklembôurg.
— Qualités de tous ces divers personnages. — Conversion de savants illustres. — F.-L. comte de Stolberg; — ses Sentiments. — Werner. — Le baron de Starck. — Frédéric Schlegel.
— Clément Brentano. — Le baron d'Eckstcin. — Goerres. —
— Adam Muller. — En Suisse, C.-L. Haller; — ses dispositions. — Esslinger. — Pierre de Joux. — F. Hurter. — Motifs <|ui l'ont déterminé à embrasser le catholicisme. — En France, le ministre Laval. — Petitpierre. — Bernay ; — ses motifs.
C'est une observation du comte de Maistre aussi vraie que profonde que, parmi les catholiques, la foi
est toujours eu proportion directe de la moralité: en sorte que plus la conduite est régulière, plus la foi est ferme, et que moins elle est régulière, plus la foi est faible et vacillante; au lieu que, dans les communions séparées, telles que les sectes protestantes, ce sont précisément les cœurs les plus droits qui éprouvent le doute et l'inquiétude, comme ce sont les plus corrompus qui montrent le plus d'attachement à leur secte (1). En s'avançant les uns et les autres dans cette voie réciproquement inverse, ils finissent , les uns par perdre entièrement la foi, les autres par la posséder tout entière; ceux-là en se faisant protestants ou incrédules, ceux-ci en devenant de fervents catholiques. Je sais que toute règle générale a ses exceptions ; mais par là môme que ce sont des exceptions, elles servent à confirmer la justesse de la règle. Le paragraphe qui précède nous a fait voir quel est le caractère de ceux qui passent du catholicisme au protestantisme ; le caractère de ceux au contraire qui passent ou qui reviennent du protestantisme à la religion catholique va faire le sujet de celuici. Il serait long de vouloir rendre, même simplement, compte des principales conversions de protestants de toute communion qui ont eu lieu à la fin du siècle dernier et au commencement de ce siècle-ci jusqu'à nos jours dans les diverses contrées de l'Allemagne, de la Suisse, de la France, de l'Angleterre et de l'Amérique, Plusieurs écrivains se sont d'ailleurs chargés de traiter ce sujet (2).
(1) Lettre a une princesse russe {Mémorial cathol., juillet 1824), déjà citée.
2 Citons ici en particulier BfiCNATO, qui a i!onné en Italie, il
L'Allemagne, que nous avons nommée la première, comme celle qui a imprime le mouvement et donné naissance au protestantisme, est celle aussi qui nous fournit les exemples les plus édifiants de conversions à la religion catholique. Les familles souveraines, princières et nobles, se sont, dans le siècle actuel surtout, signalées dans cette partie. Dès Tan 1817, le duc de Saxe-Gotha, proche parent du roi d'Angleterre, s'est converti à la religion catholique, et est devenu par sa tendre piété l'édification des catholiques comme des protestants. En 1822 a eu lieu la conversion du prince Henri -Edouard de Schœnbourg, veuf de la princesse Pauline de Schwarzenberg ; en 1826, celle du comte d'Ingenheim, frère du feu dernier roi de Prusse.
Le duc Adolphe-Frédéric de Mecklembourg-Schwérin, né le 18 décembre 1785, et quatrième fils de Frédéric-François, grand-duc de Mecklembourg, et de Louise de Saxe-Gotha, sentit dès ses premières années beaucoup de penchant pour la religion catholique ; mais il ne put obtenir de son père la permission d'embrasser cette religion qu'après de dures épreuves. Car il lui fallut voyager sous la conduite d'un gouverneur chargé
y a quelques années, un long catalogue de conversions de personnages illustres, pris en grande partie dans Y Ami de la religion. Mais un ouvrage en ce genre bien plus considérai 4e est celui que Rohrbacher a publié en deux volumes sous ce titre : Tableau général des principales conversions (/ni ont eu lieu parmi les protestants et autres religionnaires depuis le commencement du JOS* siècle, 2e édition, 28 vol. in-12, Paris, 1841. A ce même but se rapporte un autre ouvrage du même écrivain, intitulé : Motifs (pii ont ramené a l'Eglise catholique un grand nombre de protestants, 2 vol. in-18, Paris, 1832. Voir aussi AlZOG, Ilist. unir, de FEglise, trad. de c;<>sculkk et d'AUDLET, Paris, 1837, 3 Mil. in-8o, i. m, î; 406 et suiv.
de veiller à ce qu'il n'eût d'entretien avec aucun prêtre catholique, et encore plus à ce qu'il ne lût aucun livre catholique. Sa persévérance triompha cependant de tous ces obstacles, et V Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique de Bossuet lui étant tombée entre les mains, il se détermina à se convertir sur la lecture qu'il en fit (1). Il surmonta toutes les résistances de son père et fit son abjuration à Genève. Il alla ensuite à Fribourg. en Suisse, où il mena la vie la plus édifiante. Sa piété, son assiduité aux pratiques de la religion, ses entretiens qui annonçaient assez la vivacité de sa foi, tout chez lui était d'un grand exemple. Plus tard, il se rendit à Rome, où il ne se fit pas moins estimer ; mais bientôt la mort de son père et celle aussi de son frère l'ayant rappelé dans sa patrie, il y est mort de maladie à l'âge de trente-sept ans. L'exemple de ce prince fut imité par le prince Frédéric-Auguste-Charles , troisième fils du grand-duc de Hesse-Darmstadt, né le k mai 1788. Pour le féliciter de son retour à l'Église catholique, le pape Pie VII lui adressa, le 6 janvier 1818, un bref plein d'une tendresse paternelle. Ces conversions furent suivies de celles du duc et de la duchesse d'Anhalt-
(1) Lorsque le célèbre ouvrage de Bossuet de l'Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique parut pour la première fois, les protestants, qui ne connaissent pas la véritable doctrine catholique et s*en forment une idée arbitraire, en furent tous stupéfaits. Le ministre Néguier entre autres, après en avoir pris lecture, alléguait pour défaite que le prélat leur avait donné le ebange. Mais le fait est, au contraire, qu'il s'était borné à exposer la pure doctrine du concile de Trente, et que cet immortel opuscule fut applaudi par les cardinaux Bona et Lauria, et par tous les savants rie l'époque, en même temps qu'honoré de deux brefs du pape Innocent XI. Voir l'avertissement qui précède l'ouvrage lui-même.
Cœthen, qui abjurèrent à Paris le 2/i octobre 1825. De retour dans leurs États, ils firent profession publique de la religion qu'ils avaient embrassée. La mort du duc étant survenue peu de temps après, la duchesse, qui était sœur du feu roi de Prusse, se retira à Vienne où elle fixa sa demeure, et elle s'y signala par des œuvres de bienfaisance et de piété, comme elle fit aussi à Home dans un voyage qu'elle entreprit, et qui a donné à l'auteur de cet ouvrage l'occasion d'admirer de près ses vertus. Elle est morte, il y a peu d'années, dans la capitale de l'Autriche, emportant avec elle les regrets de tous les gens de bien.
La comtesse Frêdérique-Guillelmine-Louise Solms- Bareuth, veuve du comte Burgheven deSilésie, n'a pas laissé à Tivoli, où elle se fixa en 1812, des exemples moins illustres de vertu et de piété. Venue à Rome en 1789, et plus tard, comme nous venons de le dire, Wxée à Tivoli, elle fit de sérieuses réflexions sur la religion, compara à loisir l'Église catholique avec les sectes protestantes. Elle eut à cette occasion de rudes combats à soutenir; mais les motifs humains ne purent l'arrêter, et, docile à la grâce, elle fit abjuration le jour du Sacré- Cœur, en 1821, et embrassa la religion catholique. Depuis ce moment jusqu'à celui de sa mort arrivée le 27 décembre 1832, elle ne cessa de faire du bien dans cette ville, où elle soulageait les indigents par toute sorte d'aumônes, et était comme leur refuge universel ; aussi sa mort fut-elle universellement regrettée.
Terminons la série des conversions de familles illustres de l'Allemagne par celle de la princesse Chaiiotte- Frédérique, sœur du prince Adolphe- Frédéric de
Mecklembourg, dont nous avons rapporté tout à l'heure la conversion et la sainte mort. Cette princesse aussi s'affectionna à la religion catholique dès son enfance ; mais elle fut éprouvée par des peines cruelles. Mariée au prince royal de Danemarck, et déjà mère d'un fils, elle fut séparée de son époux au bout de quelques années, reléguée d'abord à Altona, puis dans le Jutland, où sa seule consolation fut d'implorer le secours de Dieu. La divine Providence voulut qu'elle passât en Italie. Arrivée à Vicence, où elle fixa son séjour, elle implora l'assistance de la sainte mère de Dieu, et confia enfin à Mgr Peruzzi, évêque de cette ville, la résolution qu'elle avait formée de quitter le luthéranisme. Encouragée par ce sage prélat, qui lui conseilla de s'instruire dans la religion catholique et de faire beaucoup de bonnes œuvres, elle reçut cet avis comme lui venant du ciel. Mais ses affections de fille, d'épouse et de mère, les suites qu'aurait sa démarche, les réflexions qu'on lui suggéra, les menaces mêmes qu'on lui lit, tout cela était pour elle autant de pénibles assauts. Constante néanmoins dans son dessein, elle s'appliqua à la prière et se donna tout entière aux bonnes œuvres, particulièrement dans l'hiver de 1829 à 1830, où elle assista de ses biens une foule immense d'indigents. Enfin, elle reçut de Dieu la récompense de ses bonnes œuvres comme de ses prières, et elle fit son abjuration , le 27 février 1830, dans la chapelle épiscopale. Cette céivmonie fut des plus touchantes, et des larmes de consolation et de joie coulèrent des yeux de tous les assistants. Le reste de sa vie, jusqu'en 18^0 qu'elle mourut, ne fut qu'un tissu d'actions charitables , et les peines
de toute sorte qu'elle eut encore à éprouver du côté de sa famille, achevèrent de purifier une vertu si éminente (1).
A la même époque, un grand nombre de littérateurs du premier ordre en Allemagne se sont réconciliés à l'Église. Une des plus remarquables de ces conversions est celle du comte Frédéric-Léopold de Stolberg, homme très versé dans la littérature et dans la connaissance des langues et intimement lié avec les savants de cette nation, tels que Klopstock, Cramer, Gleim, Voss, Goethe, Lavater et autres. Il s'appliqua à l'étude de l'Écriture, des Pères et des controversistes, et comme il cherchait la vérité avec un cœur droit, il ne lui fut pas difficile de la trouver. Il reconnut bientôt que la religion catholique en présentait seule les titres et les caractères. Malgré les obstacles presque sans nombre qui traversaient son dessein, il sut les surmonter tous, et après avoir renoncé aux postes honorables qu'il occupait auprès du duc d'Oldenbourg, il rendit un hommage public à la vérité par l'abjuration qu'il fit de l'hérésie
(1) Tout ce que nous avons rapporté ici a été pris dans l'ouvrage de Rohbbacher intitulé: Tableau général des conversions, etc. Pour ce qui regarde les conversions antérieures des familles princières, on n'aqu'àlire le bel ouvrage du P. Seedorf , de la Compagnie de Jésus, intitulé : Lettres sur divers points de controrerse contenant les principaux motifs qui ont engagé S- i. Sle prince Frédéric coude palatin du Rhin, etc., à se réunir a /'/■(/lise catholique, apostolique, romaine, t. i, p. 157 et suiv. de la traduction italienne imprimée à Rome en 1628, où se trouve une longue liste de princesses qui ont abandonné les erreurs de Luther et île Calvin pour se réconcilier à l'Eglise. .V ces conversions de personnes princières ajoutons celle du frère du roi actuel do Wurtemberg, accomplie à Paris en 1851.
à Munster en mai 1800. Deux fragments de lettres qu'il écrivit dans cette circonstance montrent bien quelles étaient les dispositions intimes de cette grande âme. Dans la première, en date du 16 mai 1800, il s'exprimait de la manière suivante : « Mon coeur et ma chair ont tressailli de joie dans le Dieu vivant. Le passereau trouve sa demeure, et la tourterelle se fait un nid pour y déposer ses petits : vos autels, Dieu des vertus, vos autels, ô mon roi et mon Dieu, sont l'asile où maintenant je repose en paix et dans l'allégresse. Voilà, madame, voilà les sentiments dont mon àme devrait être pénétrée. Inondé d'un torrent de sainte joie, mon cœur devrait être un temple où la louange du Dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob, la louange du Dieu et du Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ se fit entendre sans cesse ; car il a fait miséricorde à moi et à Sophie, et il la fera à mes enfants. Il a regardé avec une complaisance indulgente le désir de connaître la vérité, désir que lui-même avait fait naître. Il a exaucé les prières ferventes que plusieurs saintes personnes lui adressaient pour moi. 11 est tombé de mes yeux comme des écailles dans le moment où mon cœur opposait une disposition d'amertume et de dégoût à la douceur d'une manne céleste que Dieu me faisait offrir. » Dans la seconde, en date du 16 août 1803, il disait : « Je ne saurais vous exprimer combien je suis pénétré de la grande idée que Dieu a bien voulu nous faire, à Sophie et à moi, la grâce de nous faire entrer dans son Église; c'est un bonheur toujours nouveau pour nous. Que notre louange de son nom ne tarisse pas, jusqu'à ce que nous entonnions le nouveau cantique ! Il est bien juste que ce
bonheur soit mêlé de quelque amertume : la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment n'en manque pas. On nous fuit, on nous abandonne... Je voudrais déjà être à Munster; car notre situation ici est au delà de ce que je pourrais vous dire. Je sens cependant qu'il ne tient qu'à moi de cueillir des roses immortelles de ces épines. Que celui qui a bien voulu se faire couronner d'épines m'en donne la grâce ! Qu'il veuille dompter ma nature rebelle et lui faire subir volontiers le saint joug de la croix ! Quelle grâce Dieu nous a faite! que son nom en soit béni éternellement ! » La conversion du fameux littérateur AVerner n'a pas été moins éclatante. Né à Rœnigsberg, en 1768, il fit sa philosophie sous le célèbre Kant, devint chanoine honoraire de Raminiek, et fut élevé à Berlin aux plus hautes charges. Après plusieurs voyages dans diverses contrées de l'Europe, ce fut à Rome qu'il eut le bonheur de reconnaître la vérité de la religion, et qu'il eut en même temps le courage de l'embrasser à la suite de plusieurs conférences qu'il eut avec l'abbé devenu plus tard le cardinal Ostini. De retour en Allemagne, il se fit ecclésiastique, puis liguoriste. Une fois converti, il ne s'occupa plus jusqu'à sa mort que de l'étude de la religion et des exercices de son ministère. Il publia plusieurs ouvrages. On raconte de lui que, se trouvant à dîner dans la compagnie de quelques hauts personnages protestants, l'un d'eux, qui ne pouvait lui pardonner d'avoir abandonné la prétendue réforme, lui dit devant tout le monde, qu'il n'avait jamais pu estimer un homme qui avait changé de religion. « C'est pour cela précisément, lui répliqua sur le champ Werner,
que je n'ai jamais pu estimer Luther. » 11 fut aussi, comme tant d'autres, purifié par les calomnies et par les persécutions de ses anciens coreligionnaires.
On croit communément que le baron de Starck, auteur de l'ouvrage intitulé Entretiens on le Banquet de Théodule, et qui s'est fait un si beau nom par cet ouvrage, est mort dans la communion protestante. Mais ce qu'on ignore, c'est que, dès l'âge de vingt-cinq ans, il s'était déterminé à quitter sa secte, sur la lecture de V Histoire des variations de Bossuet, et par suite du dégoût qu'il avait éprouvé à lire les ouvrages de Luther. A cette époque, on le vit renoncer à la chaire de langues orientales qu'il occupait à Pétersbourg, et venir à Paris, où il fit en secret son abjuration dans l'église de Saint-Sulpice, le 8 février 1766. On conserve à Paris l'acte de son abjuration, signé de lui, de l'abbé de Bausset, de l'abbé Joubert, savant orientaliste, et d'un vicaire de Saint-Sulpice. La conduite qu'il tint depuis en acceptant des postes incompatibles avec l'abjuration qu'il avait faite prouve la faiblesse et l'inconséquence de l'homme, et rien déplus. Il mourut en 1816, après avoir ordonné qu'on l'enterrât sans aucune cérémonie dans un lieu où il existait autrefois un couvent de religieuses (1).
Une conversion, opérée en Allemagne dans ces derniers temps, qui mérite une attention particulière, c'est celle de Frédéric Schlegel, né à Hanovre, en 1772, d'un pasteur luthérien. Doué du génie le plus rare, et instruit dans toutes les branches de la littérature, il se fit bientôt connaître dans toute l'Allemagne par ses pro-
(1] Voir la Biographie univers., art. Starck.
ductions, et s'acquit l'admiration et la sympathie de ce peuple savant. Nous ne le suivrons pas dans sa longue carrière littéraire, qui n'est pas de notre objet. Nous dirons seulement que son goût artistique pour les monuments du moyen-âge ne contribua pas peu à le désabuser des préjugés anti-catholiques dont il avait été nourri dans son enfance. Et il ne s'en tint pas là ; mais allant plus avant, il entrevit que Luther et Calvin, avec leur littérature superficielle et pédantesque, avaient méconnu la grandeur et la beauté du christianisme, en ne le considérant que partiellement au lieu de le voir dans son ensemble. Il sentit bien vite et profondément, comme le dit un illustre écrivain, que si l'œuvre de la création et de la rédemption ne devait aboutir qu'à l'infâme réforme du moine défroqué de Wittemberg, la Providence divine et l'histoire humaine ne seraient au fond qu'une ignoble caricature, qu'une moquerie sacrilège de Dieu et des hommes (1). Alors il se fit dans l'esprit de Frédéric un combat violent entre la vérité qui commençait à l'éclairer et les vieux préjugés de son enfance. Son épouse Dorothée Mendelssohn, fille du célèbre juif et profond philosophe de ce nom, douée elle-même de beaucoup d'esprit et auteur de plusieurs ouvrages, se trouvait dans un état de lutte semblable au sien. Elle vit sans peine que, depuis dix-huit siècles, le judaïsme n'est plus qu'un corps sans âme, une lettre morte; elle eut donc la pensée d'embrasser le christianisme protestant. Mais son mari lui fit observor que ce n'était pas pour elle la peine de changer, si elle s'arrêtait à la moitié de la route à suivre. Ce fut dans
de telles dispositions qu'ils se rendirent tous les deux à Paris en 1802. Ils n'y séjournèrent pas plus d'une année, revinrent en Allemagne, et ce fut là que, dans la magnifique cathédrale de Cologne, ils firent tous les deux, en 1803, abjuration du protestantisme.
L'exemple de Frédéric Schlegel fut bientôt suivi par d'autres savants de la même nation, comme Clément Brentano, le baron d'Eckstein, le célèbre Goerres et le conseiller aulique Adam Muller. On peut dire de Frédéric Schlegel qu'il devint comme le point central ou la cheville ouvrière du mouvement catholique en Allemagne, tant était grande son activité pour propager partout la vérité qu'il avait reconnue et embrassée. Tous les ouvrages dont il est l'auteur sont empreints du sentiment religieux. Etant venu s'établir à Vienne, il travailla à l'œuvre d'une véritable restauration sociale en subordonnant la politique à l'autorité directive du pontife romain. Les principaux ouvrages qu'il a publiés, et qui nous révèlent le mieux la largeur de ses vues, sont la Philosophie de la vie et la Philosophie de l'histoire, dont M. l'abbé Guénot et M. l'abbé Lechat nous ont donné les traductions françaises. 11 ne cessa de travailler au bien de la religion qu'en cessant de vivre, et il mourut à Dresde le 12 janvier 1828, frappé d'apoplexie, entre les bras de sa nièce la baronne Butlar. La nouvelle de cette mort produisit une telle impression sur Adam Muller, qu'il mourut lui-même subitement de serrement de cœur. Quel éloge funèbre pouvait être plus éloquent? Nous poumons ajouter, si nous en avions le loisir, beaucoup d'autres conversions, opérées ces dernières années en Allemagne, d'hommes