‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 32 sur 52 · EN VERTU DE SA RÈGLE DE FOI · texte numérisé non relu

EN VERTU DE SA RÈGLE DE FOI

11 est juste qu'après nous être longtemps entretenus du sujet ingrat que nous a présenté l'état dégradant où est progressivement descendu le protestantisme pour avoir abandonné l'ancienne règle de foi, nous puissions nous récréer maintenant en fixant quelques instants nos regards sur l'état prospère où se trouve l'Église en vertu de la règle qu'elle ne cesse de proclamer. Mon intention n'est pas de parler ici de son unité compacte en matière de foi, ce qui serait inutile après ce que nous en avons déjà dit, et bien moins encore de la majesté esthétique de son culte, ce qui serait également superflu. Tout ce que je me propose dans ce chapitre, c'est de mettre sous les yeux du lecteur l'action du catholicisme , son attitude, sa force toujours pleine de vigueur au milieu de la société en combustion et, pour ainsi dire, à deux doigts de sa ruine. Il nous suffira, pour cet effet, de jeter un coup d'œil sur les manifestations publiques et récentes de l'esprit catholique, et de là sur le progrès sensible et matériel du catholicisme même dans les contrées où il n'est pas dominant. D'après cela, nous pourrons juger de l'état actuel de l'Église catholique, et nous nous contenterons, si l'on veut, de nous en rapporter là-dessus au jugement des protestants sensés eux-mêmes, que

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l'évidence des faits a forcés de rendre dans leurs écrits ce glorieux hommage à la vérité.

[f I. — RÉCENTES MANIFESTATIONS DE L'ESPRIT CATHOLIQUE.

Providence que Dieu a déployée de nos jours en faveur de son Eglise. — Folles jactances des protestants et des socialistes à l'époque de la fuite de Pie IX. — Manifestations du sentiment catholique. — Tributs volontaires envoyés de toutes les parties du monde à l'illustre exilé de Gaéte. — Attitude générait évéques et des fidèles à l'égard du souverain pontife. — Autre preuve du concert unanime de l'épiscopat catholique. — Union des laïques en divers royaumes pour lu défense du catholicisme et de la papauté. — Conciles catholiques. — Le concile national d'Allemagne tenu à Wurtzbourg. — Mémorandum de ce concile. — Le concile de Salzbourg. — Le concile de Vienne. — Le vue concile de Baltimore. — Autres conciles tenus en France, en Italie, etc. — Ces conciles sont autant de manifestations de la vie et de la force du catholicisme, — et de son indépendance par rapport au pouvoir civil. — Antithèse entre l'Eglise anglicane et l'Eglise catholique. — Différence des conciles catholiques d'avec les synodes protestants. — Récentes manifestations de l'esprit de force que possède exclusivement l'Eglise catholique; — de l'esprit de charité qu'elle possède également. — Souffrir et faire du bien, caractères de l'Eglise. — L'esprit d'unité, de force et de charité du catholicisme mis en contraste avec le protestantisme.

Si le soin paternel et vigilant de la divine providence sur l'Église de Jésus-Christ a fixé de tout temps l'attention des esprits sérieux, on peut dire qu'elle s'est manifestée ces dernières années d'une manière si admirable et si surprenante, qu'il n'y a que les aveugles volontaires qui pourraient ne pas l'apercevoir. Le pontife romain, forcé de chercher hors de Rome un asile contre une faction ingrate et déloyale, s'échappe de cette ville à la

chute du jour, sans être aperçu, sans être escorté, privé de moyens de subsistance, incertain de la direction qu'il doit prendre dans sa fuite : il tourne ses pas vers Gaëte, et là, grâce à des circonstances imprévues, il s'arrête et y fixe sa retraite, accueilli avec une joie indicible par le pieux, le magnanime, le religieux monarque des Deux - Siciles. La première nouvelle qu'on eut dans le monde de ce grand et subit événement y excita des sentiments divers et même contraires, selon la disposition des esprits. Les socialistes insultèrent à l'illustre exilé dans l'ivresse de leur joie ; quelques protestants enthousiastes et fanatiques de l'Angleterre proclamèrent d'un air de triomphe la chute de la papauté (1). Mais les uns comme les autres n'ont eu qu'à rougir en face des événements publics et notoires qui out suivi dans toute l'Europe.

Tous les vrais catholiques jetèrent un cri d'horreur. L'Autriche et la France, l'Espagne et Naples s'unirent d'une voix unanime pour répondre à l'appel du père commun des fidèles, et prirent de concert la résolution d'abattre la faction usurpatrice, et de rétablir sur son siège, dans ses États, le souverain pontife rendu à sa liberté et à son indépendance. Cette détermination des puissances catholiques fut accueillie avec applaudissement par le monde entier et éveilla la sympathie des gouvernements hétérodoxes eux-mêmes. Et, par conséquent, on doit voir dans cet acte solennel une manifestation publique des sentiments de tout le monde civilisé pour la papauté romaine. Jamais assurément manifes-

(1) Voir dans le Rambler, juillet 1849, l'art. Protestant prophecies of the fait of the Papaci/.

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tation semblable n'eût eu lieu, s'il se fût agi d'une Becte ou d'une communion protestante.

Tout cela cependant est encore peu de chose auprès de la manifestation spontanée de toutes les populations catholiques en faveur de leur père commun. On voit que je veux parler de l'empressement que les fidèles montrèrent de toutes parts pour subvenir de leurs pieuses largesses aux besoins actuels de l'exilé de Gaëte. De toute la France, de toute la Belgique, de toute l'Allemagne, de toute l'Espagne, du Portugal, des deux Amériques, de l'Angleterre et de l'Irlande, affluèrent en quelques mois à cet unique point central les contributions volontaires de tous. Preuve non équivoque, preuve de fait et irrécusable que, bien loin que le sentiment catholique lût éteint ou du moins affaibli, comme s'en llattaient de fanatiques sectaires, jamais peut-être il ne s'est montré si intense, si fort, si unanime. Les enfants eux-mêmes, et jusqu'aux mendiants, voulurent donner une obole pour une cause si méritoire.

Ce n'a pas été un moins beau spectacle que celui qu'a donné de lui-même au monde ces dernières années l'épiscopat catholique, étroitement uni avec tout le troupeau fidèle comme avec le clergé inférieur. Outre que les évêques, dans les circonstances critiques qui semblaient menacer l'Église, se serrèrent plus étroitement autour du souverain pontife, et ordonnèrent dans leurs diocèses respectifs des 'prières publiques et solennelles pour Pie IX, ils réveillèrent la piété des fidèles par des lettres pastorales dirigées vers ce même objet, afin que dans leurs prières même particulières, ils recommandassent à la protection toute puissante de Dieu leur commun

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père et leur suprême pasteur, comme cela s'était déjà pratiqué une fois à l'occasion de la captivité d'un autre pape homonyme de celui-ci. Et les évêques ne s'en tinrent pas encore là ; mais de tous les points de l'univers catholique, des contrées même les plus reculées, ils adressèrent au chef souverain de la hiérarchie catholique des lettres de congratulation autant que de condoléance (1).

Ainsi les événements qui semblaient les plus contraires et les plus hostiles au catholicisme ne servirent qivà lui donner plus de vie et qu'à le rendre plus fort, plus compacte que jamais. En parcourant les annales de l'Église entière, il serait difficile de trouver une époque où tout l'épiscopat se soit montré plus unanime à resserrer les liens qui l'unissent à son chef suprême, qu'on ne l'a vu dans ces dernières années. Une autre preuve de cet accord et de cette harmonie se puise dans le zèle empressé avec lequel tous les évêques du monde catholique ont répondu, comme par enchantement, à l'invitation, ou pour mieux dire, à l'appel que leur a adressé

[1) Il suflit de jeter un coup d'œil sur l'ouvrage intitulé : L'Orbe catlolico a Pio IX Pontifice Massimo esulante do Roma, 2 gros vol. in-8°, Naples, 1850. On y trouve plus de 300 lettres avec plus de 10,000 souscriptions adressées au souverain pontife par les communautés religieuses et laïques, par les ordres religieux, par les assemblées, les associations, les académies, par les patriarches, les primats, les archevêques, les évêques, par les personnages les plus distingués et les plus renommés de toute l'Europe. Toutes ces adresses ont été envoyées dans je ne sais combien de langues, des points les plus éloignés entre eux des diverses parties du monde, et toutes ne font entendre qu'une voix, n'exprimeni qu'un même sentiment d'amour et d attachement filial pour le père commun des fidèles. Ahl s'il est un triomphe glorieux pour la papauté, c'est là certes un des plus beaux.

le souverain pontife par son encyclique du 2 février 18/i9, relativement à la question, si délicate à décider comme article de foi ou comme faisant partie du dogme, de l'immaculée conception de la sainte mère de Dieu. Partout on les a vus se concerter à cette occasion sur la délibération qu'ils avaient à prendre ; partout on les a vus recommander l'affaire aux prières des fidèles, prendre avec empressement l'avis de leur clergé, et ne rien omettre, ne rien négliger de ce qui leur avait été prescrit par le père commun. Preuve vraiment péremptoire de l'harmonie et de l'étroite union qui existent entre le pasteur suprême et toute la hiérarchie catholique.

Et quant aux simples fidèles eux-mêmes, ce n'est pas un spectacle moins touchant que celui qu'ils donnèrent à leur tour, en se prenant d'une louable émulation et en joignant leurs efforts pour le maintien de l'unité et le triomphe de l'Église catholique. Les laïques de France. d'Allemagne, de Suisse, d'Angleterre et d'irlandr. se formèrent en comités, en cercles, en associations sous des titres divers, pour défendre de tout leur pouvoir la cause de la religion. Eux-mêmes ils entrèrent en lutte sans sortir de la légalité, pour repousser les mesures vexatoires ou oppressives prises en certaines Localités contre la liberté de l'Église. Ils n'ont rien épargné pour atteindre.ee but, ni veilles, ni travaux, ni voyages, ni dépenses, ni discussions, ni pétitions, ni moyens oratoires, ni tous autres de quelque espèce qu'ils soient; et leur dévoûment est encore aujourd'hui le même. Ils ont concerté ensemble les lois à proposer, leurs rôles à jouer dans les assemblées politiques ; ils ont fixé les

points à discuter, les moyens à employer pour obtenir un résultat avantageux. Bien plus, étendant leurs vues plus loin, ils se sont mis en communication avec les comités d'autres nations pour agir avec encore plus de vigueur. Plusieurs de ces associations ont envoyé des adresses solennelles au souverain pontife pour lui témoigner de leur soumission et de leur dévoûment. En un mot, il s'est réveillé dans cette classe de fidèles un esprit de vie, de jeunesse et de vigueur, tel que jamais peutêtre il ne s'en était encore montré ; de sorte qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître la main de la divine providence qui, au milieu de l'effervescence des esprits et des agitations politiques dont l'Europe est affligée et qui la menacent d'un complet bouleversement, a inspiré à des hommes de bonne volonté et de haute distinction la pensée et le courage de prendre en main la défense de la religion contre les factions impures qui cherchent à la détruire. Et tout cela, notons-le bien, dans le temps même où les divers partis protestants se divisent, se partagent, se séparent de plus en plus et s'avancent à grands pas vers un complet isolement, ou tendent, pour mieux dire, à un individualisme absolu, en cherchant à s'affranchir de l'influence des gouvernements et de toute profession de foi qui soit obligatoire.

Une autre preuve éclatante que nous offrent ces derniers temps du contraste qui existe entre l'Église catholique et les diverses sectes protestantes ou anti- catholiques, c'est le bon résultat des conciles qui se sont tenus dans beaucoup de provinces ecclésiastiques. Nous avons vu que les protestants ont singé l'Eglise catholique en se formant en assemblées plus ou moins nom-

breuses, auxquelles il leur a plu d'attacher le nom de conciles, et même de conciles œcuméniques. Mais ces assemblées n'ont fait qu'obéir à l'influence et aux inspirations des gouvernements politiques qui les dominaient. Jamais elles n'ont pu aboutir à un résultat satisfaisant, jamais elles n'ont pu s'accorder dans une confession de foi ; elles ont même protesté que ce n'était pas leur intention d'imposer rien d'obligatoire , et elles n'ont pu s'accorder ni par rapport au culte, ni par rapport à une loi quelconque de discipline. Elles ont commencé et fini par des banquets solennels, et elles n'ont eu d'autre avantage que de figurer une transaction ; et cette transaction même apparente, quelque insignifiante qu'elle fût, a été l'objet des reproches d'un parti furieux qui l'a désavouée, en se plaignant hautement et avec tapage d'y voir un envahissement ou un effet de l'influence du pouvoir séculier, contraire à l'esprit et à l'essence du protestantisme. En conséquence, ce parti démagogique s'est déclaré indépendant, et de là de nouvelles divisions et de nouvelles ruptures. En un mot, ces assemblées n'ont servi qu'à rendre beaucoup plus évidentes aux yeux de tout le monde les discordes intestines du protestantisme, ses incertitudes, son impuissance, et à retracer en petit le tableau de l'antique confusion des langues.

Mais en voici un autre bien diilérent. Vers la fin de 1848, on a vu, sur la simple invitation de l'évêque de Wurtzbourg ou de l' Union catholique, se réunir dans cette ville en concile national et comme un seul homme quatre archevêques et seize évêques, réprésentant quinze millions de catholiques, tous disposés d'ft-

vance à prendre en main la défense de cette auguste assemblée. Depuis le concile œcuménique de Trente, l'Europe n'avait rien vu qui fût comparable à la grandeur du spectacle que lui offrait en ce moment le concile national de Germanie. 11 est impossible de décrire l'immense effet qu'a produit dans toute l'Allemagne ce concile de Wurtzbourg. Les habitants de cette cité avaient d'abord eu l'intention de saluer la vénérable assemblée par une de ces processions aux flambeaux si fréquentes en Allemagne ; mais on jugea qu'une manifestation de cette nature, étant trop banale , répondrait mal aux intentions de la ville. On se décida donc à faire célébrer dans la capitale un office divin solennel, auquel l'assemblée des évêques promit de participer pour rendre grâces à Dieu de si grands événements. La fête se termina par un banquet de cent couverts offert aux pauvres. Il parut parfaitement juste, tandis que les banquets politiques que l'Anglererre et la France ont mis en vogue commençaient à pénétrer en Allemagne, que la charité catholique offrît des agapes plus belles et plus touchantes au Sauveur clans la personne des pauvres (1).

Tout se passa dans ce concile avec tant d'ordre et d'ensemble, avec tant de calme et de dignité, avec une telle unanimité d'avis et de sentiments, qu'il ne restait rien à désirer. Le 5 novembre, le concile fit une procession solennelle à laquelle assistèrent tous les prélats. Cette pieuse cérémonie fut suivie d'une grand' messe au Dôme, célébrée par Son Éminence le cardinal-archevê-

I imi de la. religion, 9 novembre 1848.

que de Salzbourg. Dans deux séances préparatoires, le concile avait déterminé toutes les questions dont il avait l'intention de s'occuper; elles avaient été préalablement confiées à l'examen des consulteurs pour qu'ils en fissent le rapporta l'assemblée. Le concile tint chaque jour, les dimanches exceptés, deux séances qui l'occupaient ordinairement pendant sept heures (1). Car les sujets des délibérations se multipliaient à mesure que l'on entrait dans les détails des objets qui se rattachaient à l'indépendance de l'Église; et ce fut avec beaucoup de raison que cette vénérable assemblée n'en voulut pas laisser un seul sans l'avoir éclairé sur toutes ses faces (2).

Une lettre pastorale du concile fut adressée au clergé et au peuple catholiques de l'Allemagne par l'épiscopat réuni ; et un Mémorandum sur les droits imprescriptibles de l'Église, ainsi qu'un rapport détaillé sur toutes les mesures prises, fut envoyé pour être soumis à l'approbation du Saint-Siège. Tel a été le résultat final el écrit de ce concile. Aucune assemblée n'avait depuis longtemps déployé un plus grand esprit de charitable liberté dans ses délibérations, et si quelquefois des diversités d'opinions s'y sont manifestées, elles n'ont sen i qu'à faire éclater davantage l'unité du principe catholique, qu'aucune dissidence n'a jamais troublée (3).

Quoiqu'il n'entre pas dans notre dessein de reproduire au long ces documents tant soit peu prolixes, on

(1) Ami de la religion, 14 novembre.

(2) Ibid., 16 novembre.

(3) Ibid., 28 novembre.

nous permettra cependant, pour donner quelque idée de l'esprit qui a toujours animé l'Église catholique, de rapporter ici un faible extrait de ce Mémorandum émané du concile même. « Les évêques, y est-il dit, crurent devoir prendre assez de confiance dans les lumières des gouvernements allemands pour espérer que, là où ils annonçaient la résolution d'élever de concert, et avec la coopération de leurs peuples, un nouvel édifice constitutionnel qui assurerait aux habitants des pays allemands la jouissance et le développement naturel de tous les droits qui leur compétaient, ils ne voudraient pas, dans leur sagesse, refuser à l'Eglise le salutaire développement pour la parfaite exécution de sa haute mission et la liberté qu'elle exige... Les évêques catholiques d'Allemagne crurent pouvoir se livrer à la confiance que leur inspiraient ces déclarations avec d'autant plus de raison, que leur Église a pour elle le témoignage de dix-huit siècles d'une activité non interrompue. Dix-huit siècles, en effet, rendent témoignage qu'aux époques les plus orageuses, lorsque le flot des passions désordonnées s'élevait en vagues tumultueuses, lorsque les nations se levaient les unes contre les autres dans des combats à mort , et que les fondements de tout ordre civil et politique chancelaient de toutes parts, l'Église seule, immobile et tranquille sur le roc que la puissance d'aucune tempête ne saurait vaincre, et élevant son regard confiant vers celui qui a voulu être son chef et sa pierre angulaire, son guide et sa lumière jusqu'à la fin des temps, instruisit et moralisa les peuples, cultiva et ennoblit les sciences et les arts, ouvrit en tous lieux aux nécessités publiques et

privées les inépuisables sources de la charité chrétienne, suffisant à toutes les œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle. Alors elle s'efforça de réunir dans la justice les peuples et leurs princes, et elle sut établir l'ordre et la liberté dans toutes les relations de la vie publique et privée sur leur seul véritable fondement, qui est la foi. Partant de la conviction que cette vocation de l'Église a été la même dans tous les temps, les soussignés évêques d'Allemagne se sont assemblés afin de désigner et de proclamer ensemble la position qu'il appartient à l'Église de maintenir dans la vie publique et sous le nouvel ordre de choses, d'après son antique et traditionnelle constitution. Leur but est de fixer les lignes capitales de la situation de l'Église envers l'État, comme envers d'autres agrégations religieuses, et de tracer la démarcation des droits de l'Église quant à l'ordre de ses affaires intérieures, c'està-dire quant au gouvernement de l'Église » (1).

Les principaux points dont le concile s'était occupé de préférence étaient : 1° la liberté d'enseignement dans l'Église; liberté de communication des évêques avec Rome, des évêques entre eux, et avec le clergé inférieur et le peuple; liberté de l'éducation ecclésiastique; abolition du placet; 2° liberté d'influence pour l'Église c'est-à-dire sur les établissements d'éducation, liberté dans la cure des âmes et la collation des charges, etc.; 3° liberté pour l'administration des biens ecclésiastiques, sans aucune surveillance de l'État.

Ces articles avaient déjà été proposés à la conférence

Il Ami de la religion, 7 décembre 1 :

de Salzbourg, où les évêques réunis avaient projeté une adresse à la diète de Vienne pour réclamer les droits et la liberté de l'Église dans ses rapports avec l'État, ou sa délivrance des chaînes qui pesaient sur elle depuis le règne de Joseph II. Cette conférence avait décidé, en outre, qu'une lettre pastorale devait être adressée au peuple catholique de la province ecclésiastique de Salzbourg, c'est-à-dire du Tyrol, de la Styrie, de la Carinthie, de la Carniole et du diocèse de Liniz. Cette lettre pastorale avait été signée de tous les évêques présents à la conférence (1).

Outre ces deux conciles, un autre animé du même esprit devait se tenir en Hongrie, où les évêques, jaloux de suivre l'exemple donné par l'épiscopat allemand, avaient pris également la résolution de s'assembler. Comme le siège primatial d'Erlau se trouvait encore vacant en ce moment, les évêques hongrois adressèrent au pape la prière d'approuver la convocation de ce concile et d'en nommer le président. Il fut répondu à ces prières par un bref pontifical qui, approuvant complètement cette réunion et louant le corps épiscopal de Hongrie de son respectueux dévoùment au Saint-Siège, préposait au prochain concile, en qualité de délégué apostolique, F archevêque-primat d'Erlau, déjà nommé, mais qui n'était pas encore préconisé (2). Mais les événements politiques qui survinrent en Hongrie empêchèrent ce projet d'avoir lieu, et le concile fut remis à d'autres temps plus favorables.

|1] Ami de la religion, 16 novembre 1848. (2j Ibid., 9 novembre 1848.

Quand la tempête eut été apaisée et que le calme fut rentré dans les provinces d'Autriche, il se tint un concile solennel à Vienne, où se trouvèrent réunis, le 30 avril 1849, jusqu'à trente-cinq archevêques ou évêques, pour délibérer d'un commun accord sur les intérêts de l'Église dans cet empire. L'invitation en était venue de l'empereur lui-même. Là aussi tout se passa avec une parfaite harmonie. Après la messe solennelle et la cérémonie d'usage de la profession de foi, les conférences commencèrent. Voici en abrégé le résumé des travaux du concile présenté par les prélats eux-mêmes dans la lettre pastorale que chacun d'eux, au nom de toute l'assemblée, adressa à ses diocésains : « Sachant bien, y disaient-ils, que nous, avec les diocèses confiés à nos soins, ne formons que quelques points de l'ensemble de l'Église de Dieu, laquelle embrasse le monde entier, nous nous sommes empressés de nous adresser au centre établi de Dieu, le siège apostolique, et de protester de notre profond respect et de notre fidèle soumission au Saint-Père, représentant spirituel de Jésus-Christ, et d'appeler humblement sa bénédiction sur nos travaux. — Nous devions également à l'empereur, comme souverain chef de l'État, le tribut de notre hommage ; et nous le lui avons offert en même temps que nos actions de grâces pour notre convocation , afin de rendre témoignage avec gratitude à l'intention sincère de Sa Majesté d'être juste envers l'Eglise. Ces préliminaires accomplis, nous nous sommes occupés avec zèle et fidélité à pourvoir aux besoins de l'Église dans nos délibérations assidues et journalières. Ne perdant pas de vue que nous n'avions pas, selon la folle présomption de

nos jours, à ériger une nouvelle Église, mais que nous sommes établis pour gouverner celle instituée par notre Rédempteur Jésus-Christ, acquise au prix de son sang, guidée par son Esprit-Saint, qui habite au milieu d'elle jusqu'à la fin des siècles, nous nous sommes proposé pour but principal de chercher à écarter les obstacles qui jusqu'à présent s'opposaient à son libre et bienfaisant développement » (1).

Vers ce même temps se célébrait dans les Etats-Unis d'Amérique le septième concile national de Baltimore, où s'étaient réunis plus de .trente archevêques ou évêques de ces provinces. Ce concile aussi, comme ceux d'Europe, manifesta le même esprit de piété et d'union des évêques entre eux, le même accord, le même attachement et la même vénération pour le siège apostolique de Rome. Ces évêques ont exprimé eux-mêmes leurs sentiments dans la belle lettre synodale qu'ils adressèrent à tous les fidèles d'Amérique confiés à leurs soins: voici entre autres choses ce que nous y lisons : « Conformément aux canons sacrés, nous nous sommes encore une fois assemblés pour délibérer sur les intérêts généraux de la religion dans les États-Unis, sous l'invocation de l'Esprit divin, dont l'assistance est spécialement promise aux pasteurs de l'Église. Le vœu manifesté par notre Saint-Père le pape Pie IX a d'abord dirigé notre attention sur l'organisation plus complète de notre hiérarchie, qui sera portée à votre connaissance quand elle aura reçu de lui la sanction nécessaire. L'absence temporaire qui éloigne le pontife de son siège n'occasion-

[1] Univers, 17 juillet 1649.

nera probablement aucun délai extraordinaire à la confirmation de nos actes, attendu que son énergie personnelle et toute la vigueur inhérente aux fonctions apostoliques se sont manifestées d'une manière frappante dans le lieu même de son exil. Et ici, frères bien-aimés, nous ne pouvons retenir l'expression de nos sentiments par rapport aux événements qui ont marqué la courte période qui s'est écoulée depuis son élévation au souverain pontificat. Bien que le royaume du Christ ne soit pas de ce monde, et que le successeur de Pierre n'ait, de droit divin aucun domaine temporel, cependant, par la munificence des princes chrétiens et par les actes spontanés d'un peuple racheté de la servitude, grâce à l'influence paternelle de l'évèque de Rome, une petite principauté a été attachée au Saint-Siège pendant plus de mille ans sous le nom de patrimoine de saint Pierre. Se trouvant ainsi chargée des devoirs de souverain temporel, par suite de son élection à l'office d'évêque universel de l'Église catholique, Sa Sainteté ouvrit son administration civile par des actes de clémence...

« Nous devons en même temps proclamer notre conviction que la principauté temporelle des États romains a servi, dans l'ordre de la Providence, à l'exercice libre et non suspect des fonctions spirituelles du pontificat et au développement des intérêts religieux, en contribuant à l'entretien d'institutions de science et de charité. Si l'évèque de Rome était le sujet d'un souverain politique ou le citoyen d'une république, il y aurait à craindre qu'il ne jouît pas toujours de cette liberté d'action qui est nécessaire pour que ses décrets et ses mesures

soient respectés par les fidèles dans tout l'univers» (1). On inférera sans peine de ces documents, en premier lieu, quelle est la vitalité, et en même temps la force de l'Église catholique. Depuis longtemps il n'avait été célébré autant de conciles provinciaux et nationaux qu'il en a été tenu à cette époque, du reste si orageuse et si agitée ; car, outre ceux dont il a été question jusqu'ici, on en a vu s'assembler beaucoup d'autres sur tous les points de la France, à Paris, à Soissons, à Lyon, à Aix, à Rennes, à Alby, à Toulouse , etc. , et de plus en Irlande et en Angleterre; et quant à l'Italie, dans l'Emilie, dans la Toscane, dans la Marche, dans l'Ombrie ; puis en Savoie, en Sardaigne, et jusqu'à Sidneydans l'Océanie, jusqu'au Canada, etc. , sur lesquels il serait trop long de nous arrêter en détail. On doit inférer ensuite de ces mêmes faits ce que c'est que l'Église catholique du moment où elle peut déployer son activité à l'ombre d'une vraie liberté : liberté qu'elle n'a jamais cessé de réclamer en toute circonstance comme son propre bien, parce qu'elle est indépendante de sa nature en vertu de l'institution divine, et que la servitude qu'on lui a trop souvent imposée n'a jamais été que l'effet de la violence sous le beau nom de protection. Et si elle a dû quelquefois se contenter de gémir sous le poids qui l'opprimait, jamais cependant elle n'a laissé prescrire contre ses droits légitimes. Cet esprit est le même en France, en Espagne et partout ailleurs ; et ce n'est pas sans un sanglant outrage pour l'Église catholique qu'une feuille anglaise a osé naguère assimiler l'état de cette Église, dans plusieurs

1 f 'Hivers, 8 juillet 1849.

royaumes ou provinces, à celui de l'Église anglicane, asservie, ou pour mieux dire, esclave par condition et par choix.

Ce même journal anglican, parlant du projet du cabinet et du parlement de doter le clergé catholique irlandais en vue d'en faire son esclave, comme il y a réussi en dotant richement le clergé anglican, fait les réflexions suivantes, que je vais rapporter au long, pour que chacun puisse juger de la différence de l'esprit qui dirige la vraie Église de Jésus-Christ ou l'Église catholique d'avec celui dont est animée cette Église dite légale ou l'Église schismatique d'Angleterre. « Quels qu'aient été les procédés du gouvernement au xvie et au xvne siècle et dans presque tout le xvmc, il est certain qu'au moins depuis soixante ans nos premiers hommes d'État auraient voulu doter l'Église catholique romaine d'Irlande, et la mettre en conséquence sur le même pied que l'Église légale en Angleterre. La seule difficulté à ce projet, c'est que les évêques catholiques romains de l'Irlande préfèrent leur état présent à celui de l'Église anglicane, ainsi qu'à celui de l'Église catholique romaine en Allemagne, en Italie et ailleurs. Ils veulent être absolument indépendants, et il paraît que la cour de Rome approuve leur détermination.

« En Angleterre, l'État a la nomination de tous les évêchés et de la majeure partie des dignités. L'État est législateur dans l'Église même et administre ses lois, préside à ses tribunaux, et si on peut le dire sans offense, a la haute main sur ses décisions. Éole ne pourrait tenir ses vents plus en respect que l'Angleterre politique n'a l'habileté d'y tenir les ambitions cléricales.

Ses ministres (ecclésiastiques) pourraient être pieux comme Hammond, érudits comme Barrow, sages comme Hooker, élégants comme Taylor, spirituels comme South, subtils comme Thomas d'Àquin ; si par malheur ils ont laissé échapper un souffle contre la primatie royale et le parlement, là où l'arbre sera tombé il y restera. Us ne verront pas d'autre promotion que celle qu'ils pourront voir dans les nues. Tel est sans exagération, et nous sommes plutôt ici au-dessous de la vérité, tel est l'état de l'Église en Angleterre. Tel est aussi à peu près son état en Ecosse... , en France également : ou plutôt, à en juger par les plaintes que l'Église fait entendre, elle y est encore plus humiliée et plus dépendante : et de même en d'autres pays.

« Les évêques catholiques romains d'Irlande voient tout cela, et par l'effet de leur propre choix, je ne dirai pas de leur sagesse, ils déclinent pour eux-mêmes une semblable condition. Ils savent ce que veut dire Église établie légale, et c'est pour cela qu'ils ne veulent pas tenir leur nomination de sir Robert Peel ou de lord John Russell, ni que ces ministres nomment leurs archidiacres, leurs abbés et la meilleure moitié de leur clergé, ainsi que les juges de leurs tribunaux spirituels. Us ne veulent pas de lord Brougham pour arbitre de leurs différends. Us ne veulent rien de cette dépendance invétérée qui, à cette heure, est passée en seconde nature dans l'Église anglicane. Us préfèrent être populaires, démocratiques et libres. C'est là le parti pris (nous ne voulons pas décider s'il est ou non bon et sage) ; mais c'est le parti pris, non du gouvernement anglais, mais de l'Église catholique romaine d'Irlande. La chose donc ne dépend pas

du parlement, mais du choix des catholiques romains d'Irlande eux-mêmes. La Chambre des communes pourrait avec autant de raison passer une nuit entière à discuter si l'automne prochain sera pluvieux, qu'à vouloir décider si la hiérarchie catholique romaine voudra être une Eglise établie. Une seule chose est claire en cela : c'est que dans ce cas le gouvernement anglais commettrait un véritable suicide, s'il lâchait un seul point des conditions que les gouvernements exigent invariablement des Églises établies dans leurs États. Il suffit de ne pas être tout-à-fait aveugle pour voir ce que deviendrait l'État, s'il accordait à l'Église anglicane cette liberté et cette indépendance que voudraient avoir quelques ministres (ecclésiastiques). Peu à peu, l'Église deviendrait tout, et le pouvoir de l'État s'évanouirait. La même chose arriverait sans aucun doute en Irlande, si la hiérarchie catholique romaine était dotée avec tous les avantages de l'Église anglicane sans aucune restriction mise à son indépendance. Charles-Jean Fox, ayant appris un jour que des ministres anglicans voulaient garder leurs revenus et leurs bénéfices sans tant d'embarras d'articles et de formulaires, opposa à leur prétention, avec plus d'empire que nous ne savons le répéter, que puisqu'ils avaient leur plat de viande, ils devaient aussi en avoir la sauce, c'est-à-dire les avantages d'un Côté et les inconvénients de l'autre. Il est indubitable que, si l'Église anglicane est vêtue de pourpre et de fin lin, si elle est tous les jours en festin, elle doit accepter de l'État le tailleur et le cuisinier, et porter la livrée et le plat d'une honorable servitude. Aucun homme d'État tant soit peu habile n'oserait accroître à ce point la

liberté de l'Église. Or, c'est sur ce même pied qu'il faudrait traiter avec l'Église catholique romaine d'Irlande ; mais c'est à quoi celle-ci se refuse. Il est donc inutile que le gouvernement prenne l'initiative dans cette affaire, surtout dans les circonstances comme celle-ci où toute offre de sa part serait repoussée avec dédain, et dans cet état de transition où se trouve présentement l'Irlande »» (1).

Cet article ne démontre pas seulement la force intime et la véritable vitalité de l'Église catholique en Irlande, tout-à-fait indépendante du gouvernement et tout-à-fait libre ; il nous révèle, de plus, la condition honteuse et abjecte de l'Eglise anglicane. En reconnaissant en droit et en fait la suprématie royale du chef de l'Etat et du parlement, l'Église anglicane porte et traîne les chaînes ignominieuses de son esclavage. En retour de cette servilité, l'État lui jette des lingots d'or et l'engraisse de gros revenus, à peu près comme on engraisse les animaux pour qu'ils servent bien leurs maîtres. Elle ressemble au mauvais riche de l'Évangile qui s'habillait de pourpre et de lin, et qui se traitait tous les jours magnifiquement, sans penser que, par ce ce genre de vie et par sa dureté pour les pauvres, il se préparait le triste sort des Sardanapales : Mortuus est dives... Si c'était les catholiques qui eussent ainsi jugé l'Église anglicane, ces paroles leur seraient reprochées comme un outrage intolérable ; mais non : ce sont les anglicans eux-mêmes qui écrivent cela de leur Église. Du reste, il est absolument faux que l'Église catholique,

il! EveningMail, 12 juillet 1849.

soit en France, soit en Allemagne, ou en Italie, ou ailleurs, soit assujétie à la même servitude, comme le suppose l'auteur de l'article qu'on vient de lire. Nulle part l'Église ne reconnaît en droit cette suprématie spirituelle dans les gouvernements ou dans le chef de l'État, qu'il soit roi ou que ce soit une reine : ce n'est là un article que du Credo anglican. En fait, cette assertion du journal est fausse, ne serait-ce que parce que, dans aucun des États dont il est ici question, le gouvernement ne règle ou ne domine, en matière spirituelle, les décisions de l'Église, et qu'aucun magistral ne s'y ingère d'en juger les différends, d'en réglementer la discipline, ou autres choses semblables. Toute l'oppression dont se plaignaient, il n'y a pas encore bien longtemps, et avec raison, quelques-unes de ces Églises, consistait donc dans certaines entraves que leurs gouvernements prétendaient mettre à leur action extérieure, dans certaines vexations masquées du beau nom de protection, comme nous l'avons déjà dit, mais rien de plus. Or, l'Église catholique a toujours et partout protesté contre ces envahissements du pouvoir civil, comme contre autant de violences et d'attentats à sa liberté, et elle a su, à l'occasion, par ses paroles et par les faits, leur opposer une résistance énergique. Et ils ne sont pas rares les exemples soit anciens, soit modernes, de personnages haut placés dans l'Église, qui, pour conserver intacte sa liberté, n'ont pas craint de s'exposer à tout genre de vexations, à l'exil, à la confiscation de leurs biens, à la mort même. Elle cite avec orgueil dans ses annales les noms glorieux de ces illustres et nombreux martyrs de son indépendance.

Quels noms plus célèbres que ceux d'un Anselme, d'un Thomas de Cantorbery ? Et, parmi les papes mêmes, combien n'y en a-t-il pas qui ont souffert pour une si belle cause? Qu'il nous suffise de rappeler ici cet Hildebrand, set immortel Grégoire VII, dont le nom vivra toujours pour la lutte qu'il soutint contre les despotes (l'Allemagne jusqu'à endurer l'exil et même la mort, s'il l'eût fallu, plutôt que de souffrir l'oppression qu'ils voulaient à cette époque faire peser sur l'Église : pour ne rien dire d'Alexandre III, d'Innocent III et de tant d'autres papes célèbres qui les ont précédés ou suivis, et dont le pontificat n'a été qu'une lutte perpétuelle et un perpétuel triomphe. Rien de semblable ne s'est jamais vu dans l'Église anglicane, chez qui la servitude que lui a imposée l'État est passée en seconde nature ; et je n'en veux pas d'autre preuve que la molle conduite de l'évêque d'Exeter, dans une question où il s'agissait d'un article de foi ; car à peine ce faible prélat s'est-il vu menacé par le gouvernement, qu'il a renoncé à faire plus longtemps opposition, qu'il s'est plié à tout ce qu'on a demandé de lui, qu'il a installé dans une paroisse de son propre diocèse l'hérétique Gorham, mettant ainsi le troupeau sous la garde du loup, et provoquant par là les risées de l'Europe entière. Observons, enfin, qu'à peine les circonstances des affaires politiques sont devenues tant soit peu favorables, que l'Église, en Allemagne, en Autriche et en France, s'est mise en devoir de revendiquer ses imprescriptibles droits. Que dis-je? le pieux empereur d'Autriche est allé lui-même au devant de l'Épiscopat comme du Saint- Siège en abolissant le code de Joseph II, en tout ce

que cette législation avait de contraire à la libertt- de l'Église. Nous savons que d'autres souverains et d'autres princes catholiques sont sur le point de suivre ce généreux exemple, et nous avons vu le gouvernemeni prussien lui-même rendre une liberté presque complète à l'Église catholique de ses États. Tel est le triomphe qu'assure à l'Église son infatigable et invincible patience.

Quant aux diverses communions protestantes, la condition de chacune d'elles en particulier n'est pas différente de celle de l'Église anglicane, puisque, identifiées avec l'État ou avec leurs gouvernements respectifs, elles lui sont tellement asservies, que leurs soi-disantpastcurs ne sont autre chose au fond que de purs agents du gouvernement dans les affaires de religion ou de culte. 11 est vrai que les protestants ont tenté, dans ces derniers temps, de s'affranchir de ce joug; mais c'a été toujours en vain, attendu que pour vivre et subsister comme Eglises, ils ont besoin de l'appui de l'autorité civile, et qu'autrement ils se fractionneraient jusqu'à tomber dans un complet individualisme, ce qui anéantirait la secte môme. L'Eglise catholique est la seule aussi qui vive exclusivement de sa propre vie, et par conséquent la seule aussi qui soit essentiellement libre et indépendante.

Mais pour revenir à notre obj^ - cette utile

digression, inférons en troisième lieu des conciles que nous avons cités quelle immense différence se trouve entre la majesté, la dignité, l'accord parfait de ces augustes assemblées, et les assemblées ou conventicules des protestants, décorés par eux du nom de concilc<

œcuméniques. Quelle conviction profonde les évêques catholiques réunis en concile ne montrent-ils pas de la foi qu'ils professent ! quel attachement dévoué et affectueux de leur part pour le souverain pontife, qu'ils vénèrent comme le centre de l'unité catholique! Comme l'esprit de paix et de charité universelle respire dans tous leurs actes, dans toutes leurs paroles! Au lieu que, dans les protestants et leurs ridicules contrefaçons, nous ne voyons qu'incertitude, confusion et chaos: nous ne saurions y démêler l'accent de la vérité, de la dévotion ou de la piété, et leurs réunions n'ont de sérieux que leurs festins ou leurs banquets, avec les pots de bière et les libations de vin qui les couronnent. Quel contraste ! Encore est-ce là le plus heureux résultat que puissent avoir leurs conférences, puisque le plus souvent on les voit finir par des altercations, par des scissions réciproques, par des haines mutuelles entre dissidents, par de vives protestations de ceux qui en ont le dessous contre ceux qui ont le dessus.

On doit voir, au contraire, par tout ce que nous avons dit, que l'esprit d'union et de chanté qui est dans le catholicisme s'est manisfesté de nos jours plus que jamais, et a par là même fourni la preuve éclatante de la vie et de la force de l'Eglise catholique. Mais une autre preuve non moins belle de cette même vérité nous est offerte dans les exemples d'héroïsme chrétien qu'ont produits ces dernières années. 11 semble que la divine sagesse n'ait permis qu'il s'élevât çà et là de violentes persécutions contre l'Église, que pour donner au monde le spectacle de la fermeté et de la force d'âme que montrent en toute occasion les vrais catholiques, non-seule-

lenient dans le clergé, mais encore dans les rangs des simples fidèles. Le souvenir des souffrances endurées par l'archevêque de Cologne et l'évêque de Posen, pour n'avoir pas voulu condescendre aux injustes exigences du feu roi de Prusse, Guillaume 111, dans la question des mariages mixtes, est encore tout vivant dans les esprits. Ces princes de l'Eglise ont été incarcérés, exilés, vexés de toute manière, et avec eux nombre de curés et de prêtres vertueux, entre lesquels on nous permettra de citer, à titre d'honneur comme d'amitié, le pieux et savant Binterim ; mais jamais leur constance n'en a été ébranlée, jamais de tels moyens ne leur ont fait trahir leur devoir. Et dans la Suisse, que de vexations les radicaux de ce pays n'ont-ils pas exercées, n'exercent-ils pas encore contre l'héroïque évêque de Lausanne et de Fribourg? L'incarcération et l'exil ont été impuissants pour arracher à Mgr de Maiïlley une seule parole de condescendance à leurs criminels desseins. Disons la même chose à la louange de tant de curés, de prébendiers et de religieux des deux sexes de cet infortuné pays, qui, pour prix de leur fidélité à leurs engagements, sont tombés victimes de la faction révolutionnaire. Non moins violente a été la persécution excitée dans le Piémont, où les archevêques de Turin et de Cagliari ont encouru la peine d'exil, qu'ils subissent encore aujourd'hui, pour la constance de leur zèle à défendre les droits de l'Église. Et dans les États pontificaux, quand la démagogie s'y est vue quelque temps maîtresse, quelle fureur n'a-t-elle pas montrée contre le corps ecclésiastique? C'est à Rome surtout que s'est plu à se décharger la rage des persécuteurs. Poussés

qu'ils étaient par l'esprit d'impiété depuis longtemps comprimé dans leur cœur, à peine l'occasion leur futelle offerte de lui donner l'essor, qu'ils répandirent à grands flots l'outrage, la calomnie, versèrent l'amertume dans le cœur des ministres du sanctuaire, et dirigèrent la persécution la plus atroce contre tout ce qui tenait à la religion. Alors tombèrent sous le poignard des assassins, ou sous leurs coups de pistolet, une foule de prêtres et de religieux, qui n'étaient pas coupables d'autre crime que d'être la plus noble portion de cette Église contre laquelle ils nourrissaient une haine mortelle. Encore n'était-ce là que les prémices d'autres victimes sans nombre que les démagogues avaient déjà désignées pour être immolées, si Dieu, dans sa miséricorde, n'était venu à temps faire avorter leurs projets sanguinaires. A quoi donc s'est réduit ce qu'ils ont fait? A deuxchoses : tout simplement à démasquer, d'une part, l'hypocrisie dont ils couvraient d'abord leurs desseins perfides, et la haine profonde qu'ils nourrissaient contre l'Eglise catholique; et à démontrer, de l'autre, la force invincible de cette Église, contre laquelle les portes de l'enfer ne prévaudront jamais, grâce aux divines promesses.

Les communions non catholiques auront-elles des preuves semblables à nous opposer en leur faveur? En ont-elles seulement l'ombre dans leurs fastes, qui puisse être mise en parallèle ? Passé quelques moments de fanatisme, qui rappellent les fureurs désespérées des anciens circoncellions, on voit chacune de ces sectes courber bientôt une tête servile sous le joug capricieux du pouvoir. Les douceurs du repos, d'un côté, et la per-

sévérance de l'agression, de l'autre, leur font bientôt oublier leurs fanfaronnades d'indépendance. Aussi suffîtil souvent d'un coup de vigueur pour dissiper ces sectes comme la poussière qu'on jette au vent. Elles portent avec elles tous les caractères, tous les traits de leur origine et de leur institution purement humaines. Bien loin d'être en butte aux persécutions des impies, elles sont l'objet de leurs caresses; ils en font leurs alliés les plus fidèles, et s'appliquent même à les propager, bien qu'ils les méprisent dans leur cœur, assurés qu'ils sont que, lorsqu'une fois ils auront atteint leur but, il leur sera aisé de s'en débarrasser. L'Église catholique est la seule qui soit toujours et partout en lutte, la seule vers laquelle toutes les batteries de l'impiété soient constamment dressées ; mais la seule aussi qui en tout temps, en tout lieu, combatte avec une intrépide constance, et remporte constamment la victoire.

11 est un autre caractère qui ne prouve pas moins invinciblement la force comme la vitalité de l'Église catholique : ("est l'esprit de charité dont on la voit toujours animée. Je ne me propose pas ici pour objet de rappeler tant d'établissements de charité, tous exclusivement propres à l'Église catholique ; j'en ai dit déjà quelque chose ailleurs. Je ne veux parler ici que de cette action persévérante qui se montre à nos yeux, ou dont le souvenir tout récent est encore présent à notre mémoire. Le fléau du choléra, qui nous visite depuis plusieurs années, et qui multiplie ses victimes par milliers en Asie, en Amérique, et dans toute notre Europe, va nous fournir notre chef de preuve. Une horreur naturelle nous fait prendre toutes les précautions que nous

pouvons juger les plus propres à nous faire échapper au danger qui nous menace de près, tant nous sommes éloignés d'avoir la pensée d'aller nous-mêmes au devant ; il faudrait, en effet, que nous fussions bien prodigues de notre vie, pour tenir une conduite différente. Eh bien, voici la charité catholique que rien n'épouvante : non-seulement elle ne fuit pas le danger, mais elle l'affronte même avec un courage intrépide. Depuis une vingtaine d'années ou un peu plus que le fatal fléau a envahi nos provinces, on a vu en tout pays les prêtres catholiques s'empresser de porter eux-mêmes, avec les secours spirituels, le soulagement corporel aux cholériques les plus abandonnés du monde, les plus destitués de toute ressource. On a vu plusieurs d'entre eux se renfermer, jour et nuit, dans les hôpitaux, et y demeurer jusqu'à ce qu'ils tombassent eux-mêmes victimes de leur charité, ou jusqu'à ce que disparût enfin de ces lieux la fatale épidémie. On en a vu porter les malades dans leurs bras au lieu destiné à les recevoir, et quelquefois les cadavres mêmes, sur les civières, pour le lieu destiné à leur sépulture. Il semblait qu'ils eussent des ailes pour voler partout où pouvait les appeler le besoin des victimes. C'était un spectacle bien édifiant pour le peuple alarmé et glacé d'épouvante, que de voir tant de sollicitude et tout à la fois d'abnégation dans un si grand nombre de prêtres qui se dévouaient ainsi au soulagement de l'humanité souffrante. Mais 1<; spectacle devenait encore bien plus attendrissant, quand c'étaient des personnes d'un sexe faible et timide qu'on voyait se consacrer de même à ce pieux devoir : religieuses de toutes congrégations, dames même séculières; la vue

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de leurs compagnes qui expiraient sous leurs yeux, atteintes de la même maladie contractée au service des malades, n'était pas capable de refroidir leur zèle. Et ce même spectacle se répétait en tous lieux, partout, d'un bout du monde jusqu'à l'autre, où le fléau faisait ses ravages, au point de forcer l'admiration des protestants eux-mêmes. Voilà ce dont l'Italie a été témoin en 1835 et 1836, la France en 1832, etc. (1).

Puis, en 1849, ce même fléau ayant recommencé ses ravages des extrémités du Missouri jusqu'aux bords de la Tamise et de la Seine, et le long des rives du Danube où il moissonna de nouvelles victimes, le même esprit se fit remarquer dans les ministres catholiques. On vit alors de nouveau se mettre en mouvement non-seulement les prêtres et les religieux, mais les évêques euxmêmes, qui passaient en personne les jours et les nuits dans les galetas les plus repoussants par leur extrême pauvreté, au service spirituel et corporel des malades. Que dirai-je des sœurs de la Charité ? Pour donner une idée de leurs dispositions, de l'emploi de leurs veilles, et de la paix de l'àme qu'elles savaient conserver au milieu des ravages et des horreurs de la mort, il me suffira de rapporter ici au long un passage d'une lettre

|1] Cet empressement de pieuses dames à venir au secours des cholériques a donné occasion dans la ville de Brescia à l'établissement de l'association religieuse des dames dites .Invelle délia carita. La comtesse de Rosa a consacré à cet objet son riche patrimoine avec sa personne elle-même, et a donné à cette institution qu'elle a fondée des règles très sages, qu'elle a eu la consolation de voir, il y a deux ans, obtenir l'approbation canonique du Saint-Siège pour son institut exclusivement destiné au service des hôpitaux et aux autres œuvres de charité.

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qu'écrivit à cette époque une sœur de Charité de Paris à une de ses amies de Limoges, sous la date du 15 juin 18^9. Voici avec quelle candeur elle s'y exprimait : « Depuis le mois de mars jusqu'à ce jour, quarante et une de nos sœurs ont succombé dans nos différentes maisons. Nous venons d'assister à l'inhumation de la quarante-deuxième. Mais il y a bien des consolations : nos pauvres malades nous manifestent tant de soumission, ils accueillent avec tant d'amour les paroles de la religion et les sacrements de l'Église ! Loin de repousser le ministère des prêtres, ils le demandent au contraire avec empressement, malgré tout ce qu'on a dit et fait pour le leur rendre odieux » (1).

Telles sont les inspirations de la religion catholique, tels* en sont les effets.

Que si, comme l'enseigne le Sauveur, l'arbre se connaît par ses fruits, sans rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs du caractère d'unité, ces deux seuls caractères de force et de charité qui, depuis plus de dix-huit siècles, ont constamment et sans interruption distingué le catholicisme, suffiraient par eux-mêmes pour le faire reconnaître et apprécier comme l'ouvrage de Dieu. Souffrir et faire du bien, voilà ce qui de tout temps a caractérisé l'Église catholique. Les sectaires ne souffrent sans résistance que lorsqu'ils se voient dans l'impuissance de repousser la force par la force, et à peine se trouvent-ils en état de combattre et de résister en face, que le moment de souffrir est passé pour eux. Ils aiment

(1) Voir Y. 4771/ de la religion, 23 juillet 1S49, p 788, et le Tablet, 30 juin 1849.

mieux faire souffrir que souffrir eux-mêmes : l'histoire nous l'atteste d'un boul à l'autre, et les cas que l'on pourrait nous opposer comme une exception à leur procédé habituel sont extrêmement rares (1). Les moments du premier enthousiasme une ibis passés, leur semblant de force les abandonne et ne donne plus signe de vie, Je ne parle pas de s'employer à des œuvres de charité là où il peut y avoir du péril, chose inouïe chez les protestants qui, à l'exemple de Luther et de Calvin (2), ne savent jamais que fuir et se cacher quand la peste se déclare parmi eux (3), tandis que partout et toujours

1] Ce sujet se trouve parfaitement traité dans l'ouvrage de M. Franz de Champàgny intitulé : Un mot d'un catholique sur quelques travaux protestants, Paris, 1844, p. 36 et suiv.

(2) Luther a offert dans sa personne même la différence des attitudes que gardent en face du péril le prêtre catholique et le ministre protestant. Comme il était encore catholique dans un tempe où la peste ravageait la ville de Wittemberg, il se dévouait tout entier au service des pestiférés. Devenu hérétique et hérésiarque, non-seulement il tremble à la vue du péril, mais il va jusqu'à refuser la communion aux pestiférés par crainte d'être infecté île leur maladie. Voir MlCHELET, Mémoires de Luther, t. n. p. 342, et Audin, lie de Luther, t. i, c. 3, p. 45 et suiv. Calvin n'a pas fait autrement. Comme la peste sévissait à Genève, il dit aux magistrats : >< Nobles seigneurs, dispensez-nous de nous occuper des pestiférés, car la peste nous fait peur. » Et ces ministres à qui la peste faisait peur étaient Calvin, Enoch et Cop. Ce lait se trouve consigné dans les registres de. la Réforme. Voir Aidin, Hist. de Calvin, t. il et 1. c.

(3) En Irlande, au temps du choléra, l'archevêque protestant de Dublin défendait à ses ministres d'approcher des malades, en même temps que l'archevêque catholique enjoignait à tous s. > piètres de porter leurs secours aux personnes atteintes de l'épidémie. Ce sont là deux faits notoires dont les monuments sul estent et subsisteront autant que le peuple d'Irlande. En 1847, tant à Liverpool que dans d'autres villes d'Angleterro, vingt-quatre

le catholicisme donne des exemples tout contraires. Il semble pour cela que ce soit une des lois générales établies par la divine providence, que l'Église ne manque jamais d'occasions d'agir d'un côté et de souffrir de l'autre, en sorte qu'elle ne jouisse jamais à l'extérieur d'une paix absolue sur cette terre d'épreuve et de pèlerinage. C'est cet état de continuels combats à soutenir tantôt dans un pays et tantôt dans un autre, combats qui n'ont d'intermittence dans un lieu que pour reprendre ailleurs avec plus d'acharnement, qui a fait prendre à l'Eglise le nom de militante. Par tous ces moyens, Dieu éprouve ses élus, les purifie et les prépare au repos éternel. Aucune secte n'a jamais offert un pareil spectacle, comme si les grandeurs et les biens de la terre, les prospérités temporelles, en un mot, leur étaient réservés et formaient leur héritage. Mais si Dieu a voulu, dans son infinie sagesse, que son Église soit ainsi en butte aux dérisions, aux calomnies, aux persécutions des impies, soit de ses propres rangs, soit pris dans les rangs des hérétiques et des infidèles, jamais il ne permet à ses ennemis de l'emporter définitivement sur elle. Elle en a pour gage aussi bien les promesses de son Dieu que l'expérience, qui ne s'est jamais démentie depuis le commencement jusqu'au siècle actuel. La force de l'Église catholique est invincible. Sa charité ne l'est pas moins : elle embrasse tout le monde, elle s'étend à tout, aux plus éloignés comme aux plus proches, à ses ennemis comme à ses amis, à ses persé-

prétres et un évêque sont morts victimes de leur charité exercée envers les personnes infectées de l'affreux typhus.

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cuteurs comme à ses protecteurs; et cette charité se perfectionne continuellement dans les sacrifices de toute sorte qu'elle s'impose, sacrifices de son repos, sacrifices de ses aises, sacrifices de ses biens, comme de son sang et de sa vie.

Maintenant je le demande, d'où dérive cette force? d'où dérive cette charité? quelle en est la source? La foi, la fermeté, l'unité de la foi, mais de la foi vive qui opère par la charité. C'est elle qui lui donne sa sécurité, son calme, sa force; c'est elle qui nourrit et entretient son espérance; c'est elle qui lui fait envisager le monde comme un champ de bataille, et lui fait prendre sa direction vers cette cité dont les fondements n'ont pas été jetés de main d'homme, mais ont été posés par la main de Dieu. Cette sécurité fait absolument défaut à toutes les sectes, parce qu'elles manquent d'un guide infaillible, que ne saurait remplacer la persuasion subjective qu'on se forme individuellement par une interprétation de la Bible toujours incertaine et trompeuse, surtout si cette interprétation vient à être contredite par celle qu'en donne l'Église, comme le démontrent les fluctuations et les variations sans fin du protestantisme. Voilà pourquoi les sectes visent de préférence au bien-être de la vie présente ou au monde sensible, comme si elles pressentaient que le monde des esprits, la patrie du ciel, ne sera jamais leur patrie. Je parle, comme chacun le voit, du protestantisme à prendre ce mot dans le sens formel, quoi qu'il en puisse être des individus qui en font partie, et dont j'abandonne le jugement à Dieu, qui saura rendre à chacun selon ses œuvres.

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