‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 33 sur 52 · PROGRES GENERAL DU CATHOLICISME · texte numérisé non relu

PROGRES GENERAL DU CATHOLICISME

Progrès du catholicisme hors d'Europe et en Europe ; — en Amérique, en particulier dans les Etats-Unis , — dans l'Orégon, — dans le Canada, — dans les Antilles; — dans l'Océanie orientale , occidentale et australe ; — dans l'Asie , en particulier dans la Chaldée, dans la Perse, etc., — dans le Thibet et dans l'Indostan, — dans le Tonquin, dans la Cochinchine, dans la Chine et dans la Corée , — dans les trois patriarchats du Levant , — parmi les Arméniens, les Melkites de Syrie, les Maronites, etc.; — en Afrique, dans l'Algérie, dans l'Abyssinie et ailleurs. — Progrès du catholicisme dans les Etats non catholiques et mixtes de l'Europe : — en Grèce et en Russie ; — dans l'Allemagne; — dans la Suisse, particulièrement à Genève; — dans l'Angleterre, dans l'Ecosse, dans la Hollande, dans la Norwége. — Nombre des catholiques. — La hiérarchie catholique.

Ce que nous sortons de dire des manifestations publiques et récentes de l'esprit catholique aidera à faire comprendre que le catholicisme, malgré les défections dont il a à gémir, est, à tout prendre, dans un état florissant et, comme on dit aujourd'hui, en voie de progrès. Mais cette vérité deviendra encore plus sensible, si nous rassemblons comme dans un tableau synoptique l'état progressif et ascensionnel du catholicisme dans les diverses parties du globe. Il est bien vrai que l'Église n'a que des larmes à répandre si elle fixe ses regards sur certaines contrées ; mais elle trouve d'abondantes consolations si elle les étend sur tout l'univers catholique.

On voit bien que nous ne pourrons qu'effleurer tout ce qui a rapport à cet intéressant sujet, et qu'ainsi c'est une nécessité pour nous de nous resserrer dans des limites fort étroites. Le peu néanmoins que nous en di-

rons suffira pour faire concevoir une juste idée du progrès du catholicisme; et pour garder un certain ordre, nous commencerons par les pays autres que ceux d'Europe, et nous finirons par l'Europe elle-même, et plus particulièrement, par les lieux où la Réforme domine le plus.

Les États-Unis d'Amérique sont les premiers qui se présentent à nous. On sait combien ont été faibles les commencements de cette Église inaugurée dans le principe par l'émigration de lord Baltimore, que la cruelle persécution d'Elisabeth força d'aller chercher avec sa suite quelque contrée lointaine de l'Amérique septentrionale, pour y professer sa religion avec plus de liberté que dans sa patrie. Il se fixa dans le Maryland et y fonda la ville h laquelle il a attaché son nom. Toutefois, comme l'Union américaine était assujétie à la Grande-Bretagne, les catholiques, s'ils y étaient moins persécutés, n'y jouissaient pas toutefois d'une liberté véritable, jusqu'à ce qu'une lutte pénible et courageuse les eût émancipés de la mère-patrie. Jusque-là, la religion catholique ne fit guère dans ces pays de progrès sensibles ; mais à partir de cette époque elle a grandi dans des proportions immenses.

A la demande des catholiques, Pie VI leur donna . 1789, un premier évêque dont il fixa le siège à Baltimore, et cet évêque fondateur fut le R. Jean Caroll de la compagnie de Jésus, supérieur de la mission d'Amérique (1) , qui dans la suite en devint aussi le premier

il) La biographie de cet illustre prélat a été écrite par J. Caroli. n sovis !e titre de Biograpliical sketch ofthe most R>e Jolu:

archevêque, lorsqu'en 1808, Pie Vil érigea Baltimore en siège métropolitain, en lui donnant pour Buffragants quatre nouveaux diocèses de la même création, dont les sièges furent fixés à Boston, à New- York, à Philadelphie et à Bardstowu dans le Rentucky. En 1830, le Saint-Siège en ajouta deux autres, ceux de Richmond et de Charlestown. Ce qui contribua en particulier à accroître et à propager le nombre des catholiques aux États-Unis, ce fut l'émigration des ecclésiastiques de France, persécutés dans leur patrie au nom de la liberté. Ces pays ont été également le refuge de beaucoup d'Irlandais, forcés de s'expatrier par la persécution et par la faim. Peu à peu les diocèses s'y sont multipliés ; de sorte qu'aujourd'hui on y en compte jusqu'à trentetrois. D'autres métropoles aussi y ont été créées outre celle de Baltimore. En 18/i.G, l'église d'Orégon est devenue le siège d'un archevêque ; en 1847, celle de Saint- Louis dans le Missouri a obtenu le même honneur, et en 1850, trois nouveaux archevêchés ont été établis à New- York, à la Nouvelle-Orléans et à Cincinnati.

Et pour faire apprécier encore mieux ce mouvement de progrès, observons qu'à mesure que la religion catholique s'est étendue dans les États-Unis, on y a multiplié prodigieusement les moyens les plus propres à y propager avec succès la croyance catholique. En 1822, le diocèse de New- York comprenait 16,000 milles carrés d'étendue, quoiqu'on n'y comptât que 8 églises et 12 prêtres pour les desservir. Celui de Baltimore n'avait

Caroll first archblshop of Baltimore witft sélect portions of his writings, Baltimore, 1843.

en tout que 3(5 églises ; celui de Boston 6 ; celui de Philadelphie 15. Or, en 1850, le diosèse de New- York, quoique diminué d'étendue par la création des nouveaux diocèses d'Albany et de Butîalo, comptait 67 églises, 5 chapelles et plus de 100 prêtres; celui de Baltimore, 67 églises, outre h autres en construction , 9 chapelles et plus de 100 prêtres; celui de Boston, 63 églises, 3 chapelles et 63 prêtres, en même temps que dans ces deux derniers diocèses on construisait dans le moment plusieurs nouvelles églises; et ainsi à proportion dans tous les autres diocèses, comme le rapporte, dans une relation assez récente, le Dr Fulgence Villanis, curé de l'église de Notre-Dame-de-Lorette à Coldspring, dans le diocèse de New- York, qui a accompagné à Rome l'archevêque Mgr Hugues (1).

Ce même auteur, parlant des missions de l'Orégon, dit qu'elles ont été particulièrement l'objet du zèle des pères de la compagnie de Jésus, qui y ont planté la foi dans ces dernières années, et ont converti plusieurs milliers de ces peuples. Leurs sueurs, leurs souffrances, leurs tribulations de toute sorte, avec les usages et les coutumes des Indiens, ont été décrites par le P. de Smet (42), qui, au dire de l'auteur, peut à bon droit

( 1 ) Cet opuscule est intitulé : Cenni storici del progresso del cattolicismo di America, etc., Rome, 1851.

(2) Cet infatigable missionnaire a publié ses relations d'abord en un volume écrit en anglais sous le titre : Letters and Skelches with a narrative of a year's résidence among the Indians Tribes ofthe Rocky Mountains, Philadelphie. 1843. Depuis elles ont été publiées en français sous ce titre : J'oyages aux montagnes Rocheuses ou une année de séjour chez tes tribus indiennes du vaste territoire de l'Orégon, Malines, 1844. Cet ouvrage a été tra-

être appelé l'apôtre de FOrégon. Ce nouveau diocèse compte déjà plusieurs églises, un collège pour les jeunes gens et une académie pour les petites filles que dirigent les sœurs dites de Notre-Dame.

II y avait dans les États-Unis, en 1842, 21 évoques (comme il y en a aujourd'hui 53), 551 prêtres. 1,300,000 fidèles, 541 églises, 50 autres en construction, 470 stations, 180 clercs, 21 écoles catholiques avec plus de 1,700 étudiants, 48 pensionnats pour les demoiselles qu'on y comptait au nombre de 3,000. Le nombre des établissements de charité était de 77 ; les orphelins des deux sexes élevés par les sœurs de Charité étaient au nombre de 1,200. En moins de dix années, ces mêmes chiffres ont été doublés et même triplés, puisque en 1850 on y comptait 34 diocèses et 2 vicariats apostoliques, 585 églises, 1,146 prêtres en exercice, 157 établissements ecclésiastiques, 328 élèves ecclésiastiques, 35 établissements religieux, 36 d'éducation pour les garçons, 65 maisons religieuses, 87 académies ou écoles pour les demoiselles, 108 établissements de charité (1). Quant au nombre des catholiques, dès 1839 que Mgr Kenrick, archevêque de Philadelphie, publia sa Théologie, ce prélat en faisait monter le nombre à près d'un million (2). Or, voici ce que nous

duit en italien par Louis Prevete, Palerme, 1847. Enfin on en a publié un volume plus considérable en anglais sous le titre : Oregon Missioiis and Travels orer the Rocky Mountains, 1845-

(1) The Metropolitan catholic Jhnan, for the year of our Lord, 1851. Et ce nombre s'est encore accru depuis.

(2) Theol. Dogm. Tractatus très, Philadelphie, 1839, t. i, de EccL, Tr. n, lab., p. 117. Il faut de plus observer qu'au concile

a appris depuis lors une correspondance particulière : « Grâce aux nouveaux émigrés qui nous arrivent tous les jours, et grâce aussi aux nombreuses conversions de ceux qui reviennent à la foi de leurs pères, le nombre des catholiques se multiplie de plus en plus. Quoi qu'en disent les journaux américains, quelqu'un qui s'y connaît un peu mieux par rapport à ce qui se passe aux États-lmis (m'a dit une personne bien informée) est persuadé que le nombre des catholiques s'y élève aujourd'hui à près de quatre millions » ({). Tout le monde reconnaît que le nombre des catholiques aux États-Unis surpasse toute autre communion prise séparément.

Le même mouvement en faveur de la religion catholique se fait remarquer dans le Canada, où les diocèses sont actuellement au nombre de sept sans compter les vicariats apostoliques ; et le concile provincial tenu à Québec en 1851 a prié le Saint-Siège d'y ordonner l'érection de deux autres nouveaux diocèses, attendu les progrès continuels du catholicisme dans ces pays. L'évèque-coadjuteur de Québec, venu à Rome en 1852 pour y soumettre les actes du concile, m'a assuré (dit l'auteur) que le haut Canada où, il y a peu d'années, on ne trouvait pour ainsi dire que des anglicans, es! aujourd'hui aussi peuplé de catholiques que de ces premiers, et que le nombre des catholiques y devient de plus en plus considérable.

national tenu en 1852 on convint de demander au Saint-Siège !'. •'■«■•ction de douze autres évèchés, dont plusieurs sont déjà érigés, et il en sera de même bientôt des autres.

il) Extrait d'une correspondance des Etats-Unis, New- York I"' juillet 1851. Voir la Civilto coltolicn, no xxxiv. j>. 488.

Je passe sous silence les missions i'aiies parmi les sauvages des montagnes Rocheuses, le nombre toujours croissant des catholiques du Texas et des autres pays de l'Amérique septentrionale, aussi bien que de l'Amérique méridionale, dont la population est presque tout entière catholique (1).

Le même mouvement catholique peut s'observer dans les Antilles anglaises, qui, en 1821, n'avaient qu'un vicariat apostolique, et qui aujourd'hui forment un archevêché et un évêché, auxquels ont été adjoints bientôt d'autres nouveaux évêchés, l'un dans la Guyane anglaise, l'autre à la Jamaïque. En douze années, la population catholique de l'ancien vicariat apostolique des Antilles s'est accru de 30,000 âmes, et partout les catholiques s'y distinguent par la ferveur de leur piété. Dans l'île de la Trinité, sur 70,000 habitants, 60,000 sont catholiques ; 18 églises paroissiales et 12 chapelles suffisent à peine pour les contenir. A la place d'un édifice en ruines, on a élevé une magnifique cathédrale à Port-d'Espagne, de 240 pieds de long, qui a été consacrée en 1851 et a coûté à peu près 25,000 livres sterling. A la Barbade, on a bâti de même une nouvelle église avec un presbytère. Et tous ces progrès se sont accomplis au milieu des imprécations lancées de tous les prêches protestants contre les catholiques; ce

jl) Dans l'ouvr. cité de Dan. Rupp, An original history, etc., publié en 1844 à Philadelphie, art. cité, Catholic. Roman., le nombre total des catholiques du continent américain est de 25 millions et demi. Huit ans plus tard, Alzog, ouvr. cité, p. 669 (trad. ital.j, en comptait 30 millions avec 80 évêchés, outre les vicariats apostoliques, et tous ces chiffres se sont élevés encore depuis.

qui n'a pas empêché beaucoup d'ouvriers protestants d'offrir leurs bras pour aider à construire cette église, en ne demandant que moitié prix de leur salaire journalier. On dirait qu'aux Antilles, comme en Angleterre, une force occulte pousse les protestants vers l'Église catholique (1).

Jetons à présent un regard sur l'Océanie. Cette cinquième partie du monde, découverte depuis peu d'années, se divise, suivant les plus modernes et les plus habiles géographes, en trois grandes parties , savoir l'Océanie occidentale ou Malésie, le continent austral ou Australie, l'Océanie orientale ou Polynésie, et contient une population totale de 20 millions d'âmes. Lue grande partie de l'Océanie occidentale est au pouvoir des Hollandais; Batavia est la capitale de l'île de Java et de toutes les possessions néerlandaises. Au commencement de ce siècle, c'était à peine s'il s'y trouvait un catholique, et, dès 1843, un vicariat apostolique y était érigé pour plus de dix mille catholiques, sans que, depuis cette époque, ce mouvement d'ascension se soit arrêté. La même chose peut s'observer dans l'Océanie centrale ou l'Australie, occupée en grande partie par les Anglais. C'est en 1788 que l'Angleterre y a envoyé ses premiers colons, qui se sont établis dans la Nouvelle- Galles : c'étaient des individus condamnés au bannissement, et parmi eux il y avait des catholiques. Beaucoup de ces derniers, particulièrement parmi les Irlandais, n'étaient coupables d'autres crimes que de professer la religion de leurs pères. Jusqu'en 1805, il ne

(l) innulcs catholiques de Genece. décembre I-

fut permis à aucun prêtre catholique de leur porter les consolations de la religion. Mais à cette dernière époque, on laissa à deux prêtres, quoique sous certaines restrictions , la faculté d'y exercer leur ministère. Peu de temps après cependant, on les obligea sous divers prétextes à évacuer le pays, et les catholiques restèrent sans pasteur, comme la même scène se renouvela en 1817, qu'on contraignit un prêtre irlandais qui avait abordé sur ces rivages à chercher ailleurs un asile. Enfin, en 1820, le gouvernement y envoya deux prêtres, qui obtinrent par leur zèle apostolique une amélioration prodigieuse dans les mœurs de leur troupeau; ce qui engagea le gouvernement à continuer d'y permettre le libre exercice de la religion catholique. On augmenta bientôt le nombre des missionnaires, et la religion y fit de tels progrès, que le pape Grégoire XV] y établit en ÏSoli un vicariat apostolique , puis en fit une province ecclésiastique, en érigeant en métropole la ville de Sidney avec deux évêques suffragants, et en y adjoignant divers districts ^ecclésiastiques ; de sorte qu'en 18ft3, on comptait 1 archevêque, 2 évêques, 56 prêtres, 1 séminaire et une population de 50,000 catholiques, dont le nombre s'est beaucoup augmenté depuis, et qui forment une chrétienté florissante.

Le même esprit de vie s'est manifesté dans l'Océanie centrale, où fut érigé en I8Z|2 un premier évêché dans l'île de Van-Diemen , puis un autre, la même année, dans l'île Adélaïde. Les mêmes succès ont été obtenus dans l'Océanie orientale, où on vit s'établir, dès lS/io, 3 vicariats apostoliques avec 36 prêtres, 29 églises,

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50,000 fidèles ou catéchumènes (1). Pour le détail des progrès toujours croissants de toutes les nouvelles iïglises, on n'a qu'à consulter les Annales de la propagation de la foi.

Si de l'Océanie nous passons en Asie, nous trouvons sur tous les points la même marche progressive.

Pour ne pas nous absorber dans l'étude stérile de quelques noms géographiques de villes ou de lieux, donnons plutôt un aperçu du nombre des catholiques. Dans la Chaldée, où les chrétiens se trouvent infectés de nestorianisme et d'eutychéisme, on a vu naguère se réveiller d'une manière admirable le sentiment catholique. Bientôt les catholiques y ont formé un nombre de 150,000 âmes, avec un patriarche, quatre archevêques et cinq évêques. Mgr Jean de Hormes, archevêque nestoriende Mossul, s'étant converti en 1780 à la religion catholique, et ayant été ensuite confirmé dans ses titres par le Saint-Siège, reçut de plus en 1834 l'honneur du pallium en considéra Lion de ses mérites. 11 a ramené à la foi catholique les diocèses de Mossul, de la Médie et de Rookoux, presque tout entiers nestoriens; il a fait rentrer dans le sein de l'unité la plupart des prêtres de ces diocèses et a expulsé les plus obstinés. On ne saurait croire combien de persécutions ce prélat a dû endurer ; mais non-seulement il a su les surmonter, il les a fait servir de plus à la propagation de la foi ca-

|1) Voir l'ouvrage de Mgr Rosaxi intitule : Notûàa statittka

délie missioni cattoliche in tutto il monda, Rome. 1S43, imprimé aux frais de la S. C. de la Propagande. On peut voir, d'après oetti notice, que, dès l'an 1843, on comptait dans toute l'Océanie. y compris les î!es Philippines, jusqu'à 3.050, 000 caibeliqn

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tholique, qui depuis cette époque n'a cessé de faire de nouveaux progrès dans ces contrées. Mgr de Hormes est mort, il y a peu d'années, à l'âge de plus de cent ans, modèle accompli d'austérité et de toutes les vertus. De là, la foi catholique s'est répandue dans le pays de Selmas ou l'ancienne Médie, et dans toutes les régions circonvoisines, et elle ne cesse d'y faire des progrès, grâce aux efforts infatigables des pères dominicains, que le Saint-Siège a chargés de ces missions. On peut en voir les détails vraiment édifiants dans l'ouvrage de M. Eugène Bore (1) , qui donne des aperçus également précieux sur les progrès du catholicisme dans le Pont, à Césarée, à Tokat, à Sébaste en Perse, appelée aujourd'hui Siwas. En un mot, la religion catholique montre dans tous ces pays un esprit de vie qu'on y croyait à peu près éteint depuis plusieurs siècles.

Au Thibet et dans l'Indostan, il y a deux évêques catholiques, un évêque et un coadjuteur qui résident, tantôt dans la ville d'Agra, tantôt dans celle de Delhy. Une princesse indienne convertie au catholicisme y a bâti un séminaire, en même temps que le royaume de Lahore a offert aux conquêtes évangéliques une nouvelle carrière. Dans le Bengale, il y a un évêque avec un coadjuteur à Calcutta, un autre à Madras avec un coadjuteur; un dans l'île de Ceyian , avec 200,000 catholiques; deux évêques au Maduré, avec plus de 500,000 fidèles (2).

(lj Corresponde/ /ter et tnèinoires d'un voyageur en Orient, pai Eugène Bore.

(2] Voir La Mission du Maduré d'après des documents inédits*

Dans le Malabar on compte 210,000 catholiques, dont 150,000 du rite syro-chaldéen et les autres du rite latin, et tels sont dans ce pays les progrès du catholicisme que, dans ces dernières années et de 18^8 à 1850, il y a eu jusqu'à 5,118 conversions tant d'infidèles que de nestoriens et de protestants, et que le nombre en augmente tous les jours(l) : encore ne parlons-nous ici que du seul vicariat de Verapolis, dont la mission est confiée aux carmes déchaussés. Si l'on y joint les vicariats de Colombo, de Quilon, de Mangalore,de TafTna,deCoïmbetour, de Maïssor, de Hyder-abad, de Seringapatam, etc. , nous aurons pour les missions indiennes dans les États de l'Inde orientale dépendants de la compagnie anglaise 17 vicariats apostoliques, 3 pro-vicariats apostoliques, 2 vicaires apostoliques archevêques in parti- /ras, ISautres vicaires apostoliques évêques in partibus, avec une population catholique de 1,088,556 fidèles ; et toutes ces chrétientés sont actuellement en voie de faire des progrès nouveaux (2) .

Depuis les persécutions opiniâtres qui ont ensanglanté le Tonquin et la Cochinchine, où tant de palmes cueillies par de nouveaux martyrs ont acquis à l'Eglise un surcroît de gloire (3), la religion catholique a repris

par le P. J. Bertrand, de la Compagnie de Jésus, missionnaire du Maduré, 2 vol. in-8°, Paris, 1847.

(lj Voir les Annales de la propagation de la foi, mars 1852.

(2) L'auteur tient ces détails de la relation d'un missionnaire v.'nu à Rome de ces contrées en 1852.

(3) Les Annales de la propagation de la foi célèbrent presque à toutes les pages la gloire des nouveaux martyrs du Tonquin et de la Cochinchine sous le règne de Minh-Menh, particulièrement du n° 68 au n° 80. Grégoire XVI, dans le consistoire du 27 av ril J - "

sa vigueur, et rien n'arrête plus sa marche progressive, soit dans laCoehinchine, où elle se fortifie dans la paix, soit dans le Tonquin , dont le roi, s'apercevant à la fin que les persécutions sont impuissantes pour arrêter ses progrès, paraît décidé à lui laisser la liberté de conscience. Dès 1843, on comptait dans ces deux royaumes 6 vicaires apostoliques, 2 coadjuteurs, à peu près un demi-million de catholiques (1), et aujourd'hui ils approchent d'un million. Je ne parle pas de la Chine où, à la suite des derniers événements, la religion catholique a repris une nouvelle vie et élève chaque année de nouvelles chrétientés avec un nombre proportionnel d'enfants nouveaux. 11 y avait là, dès 18&3, o évèchés, 10 vicariats apostoliques avec k coadjuteurs, et aujourd'hui le nombre s'en est accru tant est abondante la moisson qui s'y trouve à recueillir, et des relations récentes m'ont appris qu'en ce moment les mandarins les plus opiniâtres commencent non-seulement à respecter la foi catholique, mais encore à incliner fortement vers elle.

Enfin, dans la Corée, en dépit des persécutions les plus atroces auxquelles les chrétiens, c'est-à-dire les catholiques, n'ont pas cessé jusqu'ici d'être en butte, l'Église y est de plus en plus florissante autant par les vertus que par le nombre de ses enfants. Elle y a son

a fait mention de plusieurs nouveaux martyrs du Tonquin et de la Coehinchine, et spécialement des quatre missionnaires français Marchand, Jaccard, Cornay, Dumolin-Borie, évêquc élu, et des trois missionnaires espagnols Ignace Delgado, Dominique Henarez et Joseph Fernandez, tous les trois de l'ordre des frères prêcheurs, et les deux premiers évêques. Le premier de ces sept a été martyrisé en 1837, et les autres en 1838. 1] Voir la Xo(iz-ia de Mgr RosÀTI, p. 1S9.

évèque, son clergé, et il suffira d'un peu de paix et de calme pour que beaucoup parmi ce peuple, qui n'osent encore se déclarer chrétiens, fassent une profession ouverte de leur foi. Malgré les plus douloureux sacrifices auxquels les chrétiens y sont exposés, leur nombre en peu d'années, c'est-à-dire de 1836 à 4845, s'y est élevé de Zi, 000 à peine qu'ils étaient jusqu'à plus de 30,000(1).

Laissons de côté les autres missions de l'Asie, pour ne parler ici que de cette partie que nous appelons le Levant.

D'après un document authentique publié en 1840, le nombre des Grecs catholiques du Levant est de beaucoup supérieur à celui des schismatiques de la même contrée. Voici ce document : « Les trois patriarches grecs schismatiques d'Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem, avec leurs coreligionnaires répandus dans toute la Syrie et dans toute l'Egypte, peuvent à peine former le tiers de la nation grecque catholique, ce qui ne les empêche pas de persécuter ces derniers à toute outrance » (2). Il en est de même des Arméniens qui, en 1829, ont montré à Constantinople une constance héroïque à l'occasion d'une violente persécution que leur suscita le patriarche schismatique ; on les vit alors au nombre de 30,000 partir pour l'exil avec leurs femmes et leurs enfants, abandonnant leurs biens, leurs maisons et leur commerce, plutôt que de communiquer avec le patriarche schismatique, qui avait provoqué

11) Voir les Annales de la propagation de la foi. (2| Mémoire sur l'état de t'Kq/ise tjrecque-caiholique dans lr Levant, Paris, 1840.

contre eux dans ce dessein cette mesure violente du sultan. Dieu a récompensé leur fidélité. Depuis cette époque, ils ont à Constantinople même un archevêque catholique pour leur nation ; ils ont de plus un archevêque catholique à Léopol et un patriarche catholique au mont Liban. Unis par leur intermédiaire à la source visible de la vie, qui est la chaire de Pierre, ils semblent destinés à servir d'instrument à la Providence pour la régénération de l'Orient, en commençant par leur nation chez laquelle les conversions se multiplient de plus en plus(l).

Qu'il nous suffise ici de rapporter en particulier la conversion récente de Mgr Artin, archevêque hérétique de Van en Arménie. L'éminence de ses talents, jointe à l'autorité d'une vie exemplaire, le faisait considérer comme une des plus fermes colonnes de sa secte, et ce fut ce qui détermina son patriarche à le faire venir auprès de lui à Constantinople, pour que par ses instructions il raffermit ses coreligionnaires, qui se laissaient ébranler par le prosélytisme protestant. Mais, arrivé à Constantinople et frappé de la différence qu'il remarquait entre les Arméniens schismatiques et les Arméniens catholiques, mais surtout docile aux mouvements intérieurs de la grâce divine, il commença à laisser voir la sympathie qu'il éprouvait pour les catholiques. C'en fut. assez pour déchaîner contre lui la haine du patriarche schismatique et de tout son clergé, et on le renvoya

(1) L'auteur tient d'un évêque arménien mékhitarisie. qui le lui a rapporté en 1852. que des villages entiers de ces pays passent tous les jours du schisme arménien à l'Eglise catholique.

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