‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 4 sur 52 · II. — ZWINGLE · texte numérisé non relu

II. — ZWINGLE

Zwingle émule de Luther. — L'envie est l'unique motif qui l'a porté à dogmatiser. — L'orgueil ne le dominait pas moins. — Ce vice lui a été reproché par ses apologistes eux-mêmes. — Le procédé qu'il a suivi pour persuader sa doctrine a été, outre l'emploi de la force armée, la falsification des livres de la Bible. — Il a eu recours à la fraude et à l'astuce. — Il est tombé dans de honteuses contradictions. — Son inconstance. — Son mariage sacrilège. — Les protestants eux-mêmes ont dit qu'il était damné pour sa méchanceté.

Ulrich Zwingle fut l'émule de Luther. Les luthériens et les zwingliens se disputèrent entre eux à qui est due la gloire d'avoir arboré avant les autres l'étendard de la révolte contre l'Église. Luther se donnait à lui-même le surnom d'Ërostrate (1); mais Zwingle prétendait que la palme devait lui en être adjugée. Quoi qu'il en soit, il est certain que ce ne fut point une intention droite qui porta Zwingle à entreprendre l'œuvre de la réforme ; mais hardi de son naturel et enflé du mérite d'une certaine éloquence populaire, cet homme, qui était alors curé à Zurich , se sentit blessé dans son amour-propre de ce que Léon X, pour faire publier les indulgences en Suisse, s'était servi d'un franciscain plutôt que de lui*même. Il s'éleva en conséquence contre ce franciscain, de même que Luther s'était élevé contre Tetzel;

(1) C'est ce que Luther, en 1516, écrivait d'Augsbourg à Mélanchthon : » Omnes cupiunt videre hominem tanti incendii He- « rostratum » [Epist., t. i, ep. 63. cité par Plaxck, t. i, 1. u, not. 20). Tout le monde sait qu'Erostrate fut cet homme qui incendia le superbe temple de la grande Diane d'Ephèse, uniquement pour immortaliser son nom. Ce seul rapprochement aurait dû couvrir Luther de confusion.

et, non content d'attaquer les indulgences, il prêcha en même temps contre l'autorité du pontife romain, contre le sacrement de pénitence, contre le mérite de la foi, contre le péché originel, contre l'efficacité des bonnes œuvres, contre l'invocation des saints, contre le sacrifice de la messe, contre les lois ecclésiastiques, et en particulier contre les vœux, le célibat des prêtres el l'abstinence des aliments gras : ce qu'il fit avec tout l'emportement de son caractère impétueux (1).

Si Luther et Zwingle ont eu le même mobile en se révoltant contre l'Église, s'ils ont déployé tous les deux la même fureur et la même audace, ils ont montré aussi que c'était le même esprit, ou l'orgueil, qui les animait également. Pas plus que Luther, Zwingle ne pouvait souffrir de rivaux. Voilà pourquoi il ne sut jamais s'accorder avec lui; idolâtre comme lui de ce qu'il s'imaginait avoir découvert lui-même, savoir, du sens figuré des paroles de la consécration, il ne consentit jamais à se désister de son opinion. Tandis qu'il accusait Luther d'orgueil , il trouva à son tour qui lui intenterait a lui-même la même accusation et le même reproche. Voici de quelle manière, tout en faisant l'apologie de Zwingle, Gualter rapporte le jugement qu'on portait communément sur ce nouveau réformateur : « On dit que, s'il a purifié l'épouse chérie du Christ, qui est son Église, du luxe et des souillures des superstitions pontificales, il ne l'a pas fait par la prédication légitime de la parole sainte, mais en se laissant

i Voir John Muv.u\:\.K\,Liifher's Life, Saint-Omer, 1524, 1 vol. m-4", c. 5; BOSSUET, l/ist. des iar.. 1. n, <i 19 et suiw: FEULER, D'ut, htet., art. Ztoingle.

aller à toute l'ardeur d'un esprit brouillon et fanatique..., en recourant à la violence et à l'emploi du glaive interdit par le Christ , pour forcer ses contradicteurs à adopter ses sentiments » (1). Osiandre de son côté ajoute : « C'est à Zwingle qu'il faut imputer la guerre inique (qui se fit alors) : poussé par l'esprit d'orgueil et de cruauté, il détermina le peuple de Zurich à se porter contre des alliés à un attentat inouï, en les réduisant par la famine et la détresse à la nécessité d'embrasser sou parti » ("2). Ce fut aussi cet orgueil qui finit par l'entraîner à sa propre ruine.

Le procédé qu'employa Zwingle pour accréditer sa doctrine nouvelle n'a rien non plus qui mérite l'éloge. Ne disons rien des moyens violents dont on vient de parler, et auxquels il eut recours pour contraindre les cantons récalcitrants à se soumettre à son nouvel Évangile; ne disons rien non plus des artifices perfides dont il fit usage ; bornons-nous à ce qui lui a été reproché par les protestants eux-mêmes, qui est d'avoir falsifié impudemment la Bible. Pour faire admettre le sens figuré, objet de sa prédilection, Zwingle, dans son

(1) « Cbristi, inquiunt, dilectam sponsam Ecclesiam à Pontificise " superstitionis luxu et sordibus non justâ et légitima verbi prae- « dicatione repurgavit, sed tumultuarioetfanatico spiritu per omnia » grassatus est . . violenter arma et à Christo prohibition gladium •■ compuit, utnimirùm in snî sententiam sibi contradicentes eom- •• pnlsurus. » GUALTEÉ. , Apologia pro Zwinglio et operibvs ejus, Zurich, 1851, fol. 16.

(21 Ostander, Epitomehist. eccL, cent. 5, p. 201 : «• Zwinglium " per iniquissimum belli auctorem , qui superbiâ et crndelitate im- •• pulsus, Tigurinis novi et exquisiti facinoris contra socios au- « dendi author fuit, victos inopiâ et famis necessitate, eos in partes •• suas concedere cogeret, ••

écrit De la vraie et de la fausse religion, affirme qu'on lit dans saint Luc que le Christ, ayant pris le pain, et puis l'ayant rompu, le partagea à ses disciples en disant : Ceci signifie mon corps (1). Et non content de cela, il inséra la même falsification dans toutes les Bibles publiées par lui-môme, mettant constamment le mot signifie à la place du mot est. Le docte protestant Conrad Schlusselburg s'exprime sur ce méfait de la manière suivante : « Cette forfaiture de Zwingle ne saurait s'excuser sous aucun rapport : la chose est évidente; ce n'est pas le mot signifie, mais c'est le mot est qui se trouve dans le texte grec » (2) . Et, adressant la parole aux Zwingliens, il poursuit de cette manière : « Vous ne pouvez nier ni dissimuler la chose, puisque les exemplaires dédiés à François Ier, roi de France, se trouvent entre les mains de bien du monde, ayant été imprimés à Zurich en mars 1525, dans un volume in-8° » (3). Le même auteur rapporte ce qui suit au sujet des Bibles zwinglionnes : « J'ai trouvé l'an 60, à Mundera, en Saxe, chez le maître d'école ITumbert, non sans en être beaucoup surpris et troublé, que les paroles du Fils de Dieu avaient été perverties à la manière du fantastique Zwingle. Car dans chacun des quatre endroits,

(1) Zwingle, De verà et falsà religione, Opp. t. n, fol. 210 a : - Sic ergo habet Lucas : Et accepto pane, grattas egit, l'regit et dédit eis dicens : Hoc sioxiFic.VT corpus moum. »

[2) Conrad Schlusselburg, Theologia Calvinist.,1. n, fol. 43 b : •■ Non potest hoc scclus Zw'mdii wllo colore excusari ; res est .. manifestissima. In graco textu non habetur signilicat, sed est. »

13) Ibid. fol. 4 1 a : •■ Ncc potestis rem inficiari, aut occultare, .. quia exemptais Francisco régi Galliarum à Zwinglio dedicata » surit in plunmorum bominum manibus, excusa Tigiiri, etc. •■

Matt. xxvi, Marc, xiv, Luc, xxn, 1 Cor. xi, où sont rapportées les paroles de l'institution du testament du Fils de Dieu : Ceci est mon corps, Ceci est mon sang, le texte s'est trouvé falsifié de cette manière : Ceci signifie mon corps, Ceci signifie mon sang » (1).

Joignons à tout cela l'artifice dont il se servait pour insinuer sourdement ses doctrines, afin qu'on n'en découvrît pas la malice et la turpitude dans leur nudité avant que son parti fût suffisamment affermi. Il nous suffira ici de rapporter ses paroles mêmes : « Il faut donc faire cela avec prudence, peu à peu et en ne s'adressant d'abord qu'à un petit nombre de personnes, à qui on puisse se fier pour cette affaire délicate » (2) . Il s'explique encore plus clairement là-dessus dans son principal ouvrage : De la vraie et de la fausse religion, qu'on a surnommé le chant du cygne, et où se lisent les paroles suivantes : « Nous revenons ici sur ce que nous avons dit ailleurs, à condition toutefois qu'on admette ce que nous écrivons dans la quarante-deuxième année de notre âge, de préférence à ce que nous avons écrit n'ayant encore que quarante ans, dans un temps, comme nous l'avons dit, où nous consultions plutôt Cin-

(1) Ibid. : « Ego in Saxonise oppido Munderâ, an. 60 apud scholœ

rectorem Humbertum, non sine insigni admiratione et animi

perturbatione, verba Filii Dti ad imitationem Zwinglii somnia-

toris depravata esse doprehendi. Nam in omnibus illis quatuor

'loeis Matt. 26, Marc. 14, Luc. 22 et I Cor. il, ubi verba ins-

: titutionis Testamenti Filii Dei reccnsentur : Hoc est corpus

i meum : Hic est sanguis meus, in hune modum textus erat falsa-

• tus : Hoc sigxificat corpus meum ■. Hic significat sanguinem

meum. »

(2)Inlib. Epist. OEcolampodii ei ZuHnglii} 1. iv, p. 869.

térêt du moment que la vérité..., crainte que les chiens et les pourceaux ne détruisissent notre œuvre à peine commencée» (1). C'est-à-dire qu'il s"était muni d'astuce pour dissimuler à propos un enseignement dont les monstruosités auraient révolté dans le principe des esprits non suffisamment disposés.

La conduite de Zwingle nous rendra palpables Yinconstance et la contradiction de ses doctrines. D'abord, se contentant de dogmatiser simplement, il n'avait rien innové dans le culte et la discipline catholiques, jusqu'à ce que, se sentant plus fort, à la suite d'une controverse qu'il avait eu à soutenir contre les catholiques devant le sénat de Zurich, il déterminât les magistrats à abolir par un édit une partie du culte. Bientôt, allant plus loin, il provoqua la destruction ôe^ images, l'abolition de la messe, et fit tant qu'à la fin l'exercice de la religion catholique fut entièrement prescrit (2). Outre cela, il avait d'abord enseigné le pur pélagianisme, en attribuant l'œuvre du salut éternel aux forces de la nature et du libre arbitre, au point de soutenir que Socrate, Aristide, Numa, Camille, les Seipions, Caton, Thésée, Hercule et d'autres héros ou demidieux du paganisme avaient obtenu la vie éternelle par

Dererâet fat su rel., fol. 202 : ■■ Retractamus iyitiir lui .. illic diximus, tali le^e, utquœ hic damus anno eetatis nostrse 42 .. propendeant eis, quœ quadragesimo dederaraus, quamlù, ut » diximus, tempori potiùs scripsimus quàm ici.., ne inter initia « canes et porci nos rampant. ■■

(2) Voir BBBOIEB, Dict. dethéol., t, iv, art. /.tringle; Haller, f/ist. de la réf. prol. dans la Suisse oceid.; BOSSUET, Hist. des variation*. I. n, S 19 et suivants; Tra m.hn. Disc. amie, lett aj>-

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leurs vertus morales (1); mais, plus tard, il ne fit pas difficulté de prêcher, concurremment avec les luthériens, l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut, et, en conséquence, de taxer d'hyperbole les paroles du Sauveur : Si vous voulez entrer dans fa vie. gardez les commandements (w2).

De même, dans le colloque d'Altembourg, il convint avec les luthériens d'enseigner à l'avenir que « quiconque attribue le salut éternel à la pratique des bonnes œuvres s'écarte de la parole de Dieu...; que c'est à la foi seule que le Christ a attaché la vie éternelle; qu'on ne lit nulle part que la vie éternelle soit l'effet des bonnes œuvres, parce que cette doctrine anéantirait le bienfait de la rédemption » (o). Et il ne s'en tint pas là ; mais il en vint jusqu'à prétendre en diverses manières que Dieu lui-même est l'auteur du péché ; qu'il met Fhomme dans la nécessité de pécher, qu'il le pousse à commettre les crimes les plus énormes, qui, par conséquent, sont l'œuvre de Dieu. Nous rapporterons plus ij;ts ses paroles mêmes. Qu'il nous suffise, en attendant, d'avoir indiqué ces points pour mettre sous les yeux

(l)Voir Echartcs dans le Recueil de controc, Leipsick, 1609. c. 19, p. 427.

[2 Zwixgle, De Provld. Dei, 1581, fol. 137 a vers la tin : <• Sed •• contra ista sunt hvperbola? ; et bvpcrbolce, Si vis ad vitam in- •• gredi, serra mandata... et qusecumque alia promissa nostris » operibus facta sunt, »

3] Colloq. Jltemb., édit. de l'an 1570, Respons ad excusât, corrupt., De comtpt. vin, fol. 180 a vers le milieu : » Quicumque « pro bonis operibus docet dari vitam œternam, is à verbo Dei '< deviat... Christus tribuit fidei vitam œternam, nusquàm iee-is « pro bonis operibus dari vitam setevnam, quia h<ec doctrina » Chvisti benpficium delet. -

l'inconstance et les contradictions de Zwingle dans son nouvel enseignement, qui, à l'exception de quelques articles, est tout-à-fait semblable à celui do Luther, tous les deux ayant également puisé à la môme source, c'està-dire dans les ouvrages de Wicleff et des hussites.

Et pour qu'il ne manquât rien à la ressemblance entre les deux hérésiarques, Zwingle, lui aussi, se maria quoique prêtre. Il épousa une riche veuve et mena une vie très licencieuse ; si bien que beaucoup même de protestants l'ont considéré comme réprouvé, et comme puni visiblement de Dieu. Donnons pour preuve de notre assertion quelques extraits de ces héros de la Réforme. Œcolampade, l'ami intime et le compagnon inséparable de Zwingle, l'accuse de s'être immiscé sans mesure dans les choses du siècle et les affaires de la politique (1). Gualter dit de lui dans son Apologie : « Nos habiles critiques n'ont pas honte de dire qu'il est mort dans le péché, et qu'ainsi il n'est qu'un enfant de perdition » (2). Schlusselbourg l'appelle un homme de triste mémoire (3). Hospinien écrit de lui :'« Luther affirme que Zwingle a été misérablement tué dans un combat par les papistes, et qu'ainsi il est mort dans ses

(1) Œoolamp., Epist- OEcolamp. ci Zwingl., 1. iv, p. 981 : « F ictus ego consuetudine nostrâ semel atquc iterùm dehortabar, .. ne se ingereret negotiis parùm evangelicis..". Jam esto, zelus illi « immoderatior fuit et parùm decorus. -

(2) Gualter, Apol. fol. 31 b : " Nostri illi perquàm egregii een- « sores ipsum iZwingliumt in peccatis mortuum, et proinde ge- » hennae filium esse pronuntiare non verentur. ■

(3) SCHLUSS. Theol. Calvin., dans l'avant-pe. vers la lin : * Infrlicis memorix virum. •■

péchés » (1) ; enfin « qu'il désespérait absolument du salut de son âme » (2). Telle est l'opinion que Zwingle s'était acquise, par sa vie déréglée, auprès des protestants eux-mêmes; tel est le jugement qu'ont porté de lui les chefs de la Réforme. Est-ce bien là un guide qui convienne pour nous conduire au salut ?

g III. -r- CALVIN.

Calvin, déjà ecclésiastique, eut pour maître un émissaire luthérien. — Il se détermina par vengeance à se faire novateur. — Convaincu de sodomie, il est condamné à être marqué d'un fer chaud. — Tous les écrivains du temps s'accordent à lui reprocher un orgueil et une arrogance intolérable. — Sa conduite justifie bien ce reproche. — Caractère dissimulé et odieux de ce nouveau réformateur. — Il corrompt la Bible pour la faire servir à son dogmatisme. — Inconstance et contradictions palpables de Calvin, relativement aux articles de foi. — Son mariage. — Sa conduite tyrannique.

Le troisième coryphée de la réforme du xvie siècle est Jean Calvin, dont la célébrité est égale sous tous les rapports à celle des deux premiers. Tout jeune encore, il avait été pourvu d'un bénéfice ecclésiastique à iNoyon en Picardie, sa ville natale, puis d'une cure un peu plus riche, non loin de cette même ville. Au moyen de ces sortes de revenus ecclésiastiques, il put faire ses études à Orléans et à Bourges, où il eut pour professeur de grec un certain Wolmar, qui n'était qu'un émissaire

(1) Hospix. Hist. sctcram., part, n, édit. de 1544, fol. 187 : « Lutherus dicit Zwinglium miserrimè in prselio à papistis inter- " fectum, ideôque in peccatis suis mortuum esse. »

(2) Ibid. : « Lutherus se de anima? Zvinglii salute omninô de- • sperare dicit. »

de Luther, envoyé comme tant d'autre- en divers pays

pour y propager les nouvelles doctrines. Ce fut par un tel maître que Calvin fut initié au nouvel Evangile. Il en avait déjà l'esprit et le cœur tout remplis, quand il se rendit à Paris. C'est qu'il aspirait à un autre bénéfice plus riche que celui dont il était dès lors en possession ; pour l'obtenir, il eut recours à la brigue, menaçant en même temps, si sa demande ne lui était accordée, de tirer de ce refus une telle vengeance qu'on en parlerait dans l'Eglise cinq cents ans et au-delà. Toutefois, le bénéfice lui fut refusé, et passa au fils d'un connétable de France. Il en fut tellement outré, qu'à partir de ce moment il se mit à exécuter sa vengeance préméditée, en semant les premiers germes de sa réforme (i). Ainsi donc, ce ne fut ni l'amour de la vérité, ni le zèle de la gloire de Dieu, ni la réforme des abus de l'Église réels ou supposés, qui furent les motifs de sa résolution ; mais un ignoble esprit fut uniquement ce qui le porta de même à innover dans la doctrine. Et pourtant il avait bien mérité le refus du bénéfice objet de ses désirs, par sa conduite immorale et par la dissolution de ses mœurs, qui l'avait fait condamner, comme convaincu de sodomie, par le magistrat de Noyon, a être marqué du fer chaud ('2): circonstance qui lui valut le surnom insultant de Stigmatise (3).

il) Voir Freudenfeld, Tableau analyt. de l'hist. »//>>.. Pari?. 1848, 2° part., Hist mod. — . (postasie des peuples. — Origine de i i Réformation Calvin., p. 369.

's disruto. ce fait on détail dans l'opusc. intit. : Consultât, de relia., c. 3, Utrùm Calvinus fuerit convicttts sodomise ( t ob liane causant stigmate inustus.

3 •!-• me bornerai à rapporter les p i i protestant Si hmts-

Que le caractère ensuite de Calvin, ou l'esprit qui dominait en lui, fût une arrogance et un orgueil insupportable, c'est ce que nous attestent unanimement les écrivains contemporains. En effet, pour ne rien dire du ton méprisant avec lequel il traite les anciens Pères, soit chacun à part, soit collectivement, toutes les fois qu'il les voit enseigner une doctrine contraire à celle qu'il avait inventée lui-même ; de la manière dont il parle de l'antiquité chrétienne, toujours pour la même raison : « Je ne puis pas, disait-il, excuser la pratique de l'ancienne Église » (1) ; laissant, dis-je, tout cela, qui montre en lui cependant un orgueil à peine croyable, essayons de fournir d'autres preuves non moins évidentes de son outrecuidance démesurée. Il s'arrogeait une dictature

sELBOURGqui, dans l'ouvr. cit. Theol. Calvin., publié l'an 1590, 1. il, fol. 72 a, s'exprime ainsi : « Hic publicis scriptis Calvino ob- •< jiciuntur (in quibus de ipsius aselgiâ, variis flagitiis, et libidini- <■ bus, oh quas stigma ferro candenti dorso Calvini impressum • fûerat) ad qiue non video solidam et luculentam aliquam refuta- « tionem. » Le même fait est confirmé par Bolsec (/ ie de Calvin et de Théod. de Béze, réimprimée à Genève en 1835). et n'a pu être nié, même par Whitaker, qui ne trouva rien autre ebose à répondre au P. Campiax, sur le reproche fait par celui-ci à Calvin dans ses Dix raisons d'avoir été xmprofiïgwn stigmaticum, sinon que : •■ Si stigmaticus fuit Calvinus, fuit etiam Paulus. fuerunt " alii. » Durco (contra Whitak.) releva la comparaison profane et sacrilège de Whitaker, qui n'eut plus rien à répondre. Les protestants modernes n'osent plus nier cette circonstance ignominieuse de la vie de leur père. Bost ne sait se tirer de ce pas que par une impertinente invective contre les catholiques. Mais que pouvait-on attendre autre chose de ce piétiste grossier et fougueux! Voir la Réponse à récrit de M. A. Bost, par M, Sucillox, Paris. 1841, avant-prop., p. 199.

1 Libell. de Cœnâ Domini, imprimé parmi ses traités théolog.. 1597, fol 7 b : « Neque tamen possum veteris Ecclesia? consue- « tudinem excusare. •

sans bornes et de tout point tyrannique, puisque, en même temps qu'il rejetait l'autorité de l'Église pour mettre à la place l'interprétation individuelle et le sens privé de chacun, il voulait que sa propre interprétation toute seule prévalût sur celles de tous les autres. Malheur à celui qui aurait été assez hardi pour contredire ses opinions! Les épithètes de pourceau, d'une, de chien, de taureau, d'ivrogne, d'enragé, ne lui coûtaient rien contre quiconque osait lui résister.

Westphale, luthérien, lui ayant reproché d'être un déclamateur, Calvin, pour lui prouver qu'il ne l'était pas, lui répondit en ces termes : « Ton école n'est qu'une puante étable de pourceaux... M'entends-tu, chien? m'entends-tu bien, frénétique? m'entends-tu bien, grosse bête? » Jean-Jacques a donc eu grandement raison d'écrire : « Quel homme fut jamais plus tranchant, plus impérieux, plus afïirmatif, plus divinement infaillible à sa manière ? La moindre opposition qu'on se hasardait à lui faire était toujours une œuvre de Satan, un crime digne du feu » (1). C'est ce qu' éprouvèrent entre plusieurs autres Gentiliset Servet, le premier trop heureux de n'être que banni, le second brûlé vif à petit feu avec d'horribles raffinements de cruauté, commandés par ce même Calvin, qui se faisait un bonheur du spectacle de ses tourments. Aussi le traducteur anglais de Mosheim, tout admirateur qu'il est de Calvin, est-il obligé d'avouer de lui que c'était un esprit opiniâtre, implacable et turbulent comme on en voit peu (2).

(1) Voir Feller, Dkt. hist., art. Calvin. T. iv, p. 91, note.

Calvin est la figure la plus sinistre que nous présente la prétendue réforme ; vrai monstre de corruption et d'hypocrisie qui se traîne dans l'ombre, tous ses pas sont calculés, et ses yeux étincelants d'une flamme impure semblent lancer des regards mortels comme ceux du basilic (1) : caractère odieux, qui certes ne saurait être celui d'un apôtre et d'un envoyé de Dieu. 11 vit bien lui-même qu'il s'était arrogé une autorité exorbitante, puisque, avant de mourir, il conseilla au clergé de Genève de ne pas lui donner de successeur (2).

Les procédés employés par Calvin pour justifier sa doctrine ne furent pas plus honnêtes que ceux des deux autres chefs de la Réforme, Luther et Zwingle, Comme eux, il osa falsifier et corrompre les saintes Écritures, qu'il ne donnait pas moins pour l'unique règle de foi. Charles Dumoulin, qui était lui-même calviniste, accuse Calvin d'avoir dans son Harmonie altéré de toutes manières le texte des Évangiles, comme la

(1) Voir Freudenfeld, op. et 1. cit.

(2) Spon, Hlst. de Genève, t. u, p. 3; voir aussi Beegier, Dict. théol., art. Calvin. Personne n'a mieux dépeint, ou pour mieux dire, stigmatisé Calvin, que le calviniste Galiffe, dans ses Notices généalogiques, t. m, Genève, 1836, p. 21 et suiv., où il ne fait pas difficulté de l'appeler un buveur de sang : <• Ce nom cri- « minellement fameux, cpii dressa l'étendard de l'intolérance la « plus féroce, des superstitions les plus grossières, et des dogmes « les plus impies; épouvantable apôtre, à l'inquisition duquel rien ne pouvait échapper ; qui dans les deux années 1558 et 1559 fit exécuter quatre cent quatorze jugements en matière criminelle, etc. » Et il prouve, chacune de ces assertions par les écrits mêmes de Calvin, par les archives publiques et authentiques de Genève. Malgré cela, Bost appelle Calvin un homme de Dieu ! Voir Sucillon, Réponse à l'écrit de M. Bost., Paris, 1841, Avant-propos, p. 180 et suiv.

chose est assez claire d'elle-même; d'avoir fait violence à la lettre, de s'être permis plus d'une fois des transpositions et des additions au texte sacré (1). Mais Calvin va nous fournir lui-même la preuve de la fidélité avec laquelle il traduit l'Écriture sainte sur le grec : nous n'en citerons que quelques exemples. On sait que Calvin, comme les autres réformateurs, avait en aversion le célibat. Pour faire entendre en conséquence que les apôtres avaient des femmes et vivaient avec elles, comme il avait ;i traduire le passage des Actes où saint Luc rapporte que les apôtres, retirés dans le Cénacle avec la multitude des disciples, y persévéraieat dans la prière avec les femmes, avec Marie, mère de Jésus, et avec ses frères (2), il travestit de la manière suivante le texte sacré : « Tous de concert persévéraient dans l'oraison et la prière avec leurs femmes» (3). Il ne pouvait cependant nier que saint Mathieu, wvii. 55, ne se fût servi de la même expression, en grec -, .-, "y-:?, qu'ici saint Luc, en parlant des femmes qui avaient accompagné le Sauveur depuis le pays de la Galilée. Autre exemple : c'est un article de la doctrine de Calvin, que les sacrements n'ont aucune vertu en eux-mêmes, mais que ce sont simplement des signes propres à exciter la foi. L'Ecriture enseigne cependant le con-

l Voici les paroles de Dumoulin dans sa Transktt. Test. Nov., fol. 110 : « Calvinus in sua Harmonie textum evangelicum desul- " tare lacit sursùm versùm, ut reeipsa indicat, vim infert litterse ■• evangelicœ, et illam multis in locis transponit, et insuper addit •• littcra?. »

- irt. i, 14.

3 Calvin, m (et. i, 1 1 : » Ili omnee perseverabant unanimiter h in nratione i < pr< catione cum uxoribus. ■•

traire, et l'Apôtre attribue au baptême ia communication de T Esprit-Saint dans son épître à Tite : // nous a sauvés par l'eau de la renaissance et par le renouvellement du Saint-Esprit qu'il a répandu sur nous avec une riche effusion (1). Calvin donc que fait-il? Il corrompt le texte sans scrupule, et l'adapte à ses opinions en faisant dire à l'Apôtre : Il nous a -sauvés par l'eau de la renaissance du Saint-Esprit, qu'il a répandue sur nous, faisant ainsi disparaître le motrenouvellement et s'accorder l'expression qu'il a répandue avec l'eau, au lieu de faire s'accorder cette expression qu'il a répandu avec le Saint-Esprit (2). Or, Calvin a rempli sa version de l'Écriture sainte d'altérations de cette espèce, afin de justifier ses nouvelles doctrines, et il les a de même glissées partout dans ses commentaires. Quelle est l'extravagance ou l'impiété qu'on ne puisse de la même manière appuyer de textes de l'Écriture, de cette unique règle de foi proclamée par les fondateurs du protestantisme ?

Pour passer à un autre point, l'inconstance et les contradictions les plus honteuses non-seulement abondent dans Calvin, mais ont donné occasion à ses partisans de se diviser entre eux, et de faire schisme les uns d'avec les autres. C'est là en effet ce qui a donné naissance aux divers partis des gomaristes, des arminiens, des antilapsaires, des postlapsaires, des calvinistes rigides et des calvinistes relâchés, que Bossuet nous fait connaître en détail dans son Histoire des

(1) ru. m, 5.

(2) voir l'ouvr. intit. : Errata on the protestant Bible, par Thomas W'ard, Dublin. 1»4J.

variations (1). Et de fait, quelles contradictions plus manifestes que d'admettre que Dieu est l'auteur du péché, qu'il force l'homme et le nécessite au péché, et en même temps de déclarer l'homme coupable et digne de damnation éternelle; que d'admettre un état de sainteté et de grâce, qui n'empêcherait pas de se damner celui qui mourrait dans cet état; que d'enseigner que la vraie foi est inséparable de l'amour de Dieu et des bonnes œuvres qui en sont le fruit nécessaire, et d'enseigner en même temps que la foi peut subsister sans les bonnes œuvres et même au milieu des plus grands crimes; que tous les enfants nés de parents chrétiens, et par conséquent, ainsi le veut Calvin, nés d'élus ou de prédestinés (tels que le sont sans doute les calvinistes), sont sanctifiés même avant le baptême, comme compris dans l'alliance faite par Dieu avec Abraham et avec tous ses descendants, et qu'ils sont par conséquent justifiés, avec l'assurance de l'inamissibilité de la grâce, et par conséquent tons élus, tous prédestinés , et de ne vouloir pas cependant que tous soient sauvés ou que tous soient prédestinés? Et de môme de tant d'autres contradictions semblables. Telle est pourtant la doctrine de Calvin, professée par toute la Réforme orthodoxe, définie en outre par le synode de Dordrecht contre les remontrants (2). Ce sont là des énormités qui sautent aux yeux même des plus aveugles. Je pourrais justifier chacun de ces articles par la citation des paroles mêmes de Calvin ; mais pour éviter

(1) Liv. xiv.

(2) Ibhl. § 52 et suiv.

d'être trop long, je renvoie le lecteur à l'ouvrage déjà cité de Bossuet ; peut-être aussi par la suite reviendraije sur quelques-uns de ces points, afin de dissiper toute ombre de doute sur ce sujet.

Enfin, pour dire un mot de la conduite morale de Calvin, outre ce que nous avons déjà rapporté de la dissolution de ses mœurs, antérieure même, comme on l'a vu, à sa prétendue réforme, c'est un fait connu qu'il s'éprit d'amour pour la célèbre anabaptiste Idelette. Après l'avoir attirée à son parti en lui faisant quitter sa secte, il se maria avec elle. Ce qu'il fit peutêtre pour vérifier le mot d'Érasme, que toutes ces belles réformes finissaient, comme les comédies, par des mariages. A son orgueil révoltant il mêlait une modestie affectée, et en faisait même ostentation ; il se vantait de son sang-froid et il était, comme le décrit Berault- Bercastel, d'après Bossuet, d'une malignité profonde et d'une amertume de langage mille fois plus odieuse que la colère impétueuse et insolente de son devancier Luther ; orgueil et malignité qui perçaient à travers tous les voiles dont il s'efforçait de les couvrir ; qui, malgré la bassesse de ses traits et de sa physionomie, se produisaient sur son front terne, dans ses regards altiers, dans la rudesse de ses manières, dans tout son maintien et dans l'intimité de ses entretiens, où, s' abandonnant à son humeur triste et superbe, il traitait les ministres ses collègues avec toute la dureté d'un despote entouré d'esclaves (1). Son maître lui-même, Melchior Wolmar,

(1) Hist. du christ-, liv. lxdœ, § Sô5, où l'auteur fait le parallèle de Luther et de Calvin,

en parle ainsi : « Calvin, je le sais, est méchant et emporté. Tant mieux ! c'est l'homme qu'il nous f;uit pour avancer nos affaires » (1). Bucer, qui fut depuis disciple de ce même Calvin, l'appelle « un écrivain possédé de la passion de médire, un chien enragé» (2). Baudouin protestait qu'il ne pouvait supporter Calvin, « à cause de sa soif insatiable de vengeance et desang » (3). Je pourrais composer une longue liste de témoignages semblables, tous d'auteurs protestants, qui s'accordent unanimement à nous faire le plus affreux portrait de ce monstre réformateur. j\Jais, pour ne pas excéder, je m'arrête ici, en laissant le lecteur à. même de juger par ces traits esquissés rapidement quelle pouvait être, la conduite morale d'un homme de cette trempe, que quelques Italiens voudraient nous proposer pour guide dans la voie de la vérité et du salut.

[1] Voir Fjreudenfeld, ouvr. et passage cités, p. 40, noto 1

(2j •• Scriptor maledicendi studio infectus, canis rabidus. ■ ïbid.

[3] Ibid. Voir de plus la Discussion amicale de feu Mgr d<' Tue VEBN, 1. c; Arniv llhl. <l< h, rie de Calvin, t. ir, c. ]<J.

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