‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 5 sur 52 · IV. — PARALLELE ENTRE LES CHEFS DE LA REFORME · texte numérisé non relu

IV. — PARALLELE ENTRE LES CHEFS DE LA REFORME

Vils motifs qui poussèrent ces réformateurs à se révolter contre l'Eglise. — Ils se proposèrent toute autre chose que de réformer les abus. — Jugement porté par un protestant sur leur conduite immorale. — Triste mort de Luther. — Fin tragique de Zwingle. — Mort ignominieuse et désespérée de Calvin. — Affreuses doctrines de ces chefs de sectes — sur Dieu et sur l'homme. — Réintégration de l'arianisme et du pélagianisme. — La manière dont ils se jugeaient eux-mêmes entre eux. — Guerre qu'ils se firent. — Corollaires.

Il est naturel d'inférer de ce que nous avons rapporté historiquement dans les paragraphes précédents, qu'aucun des trois chefs de la prétendue réforme n'a eu pour motif, soit la gloire de Dieu, soit le désir de purifier l'Église des abus réels ou supposés qui y auraient pris racine. Si tel avait été en effet le principe de leur détermination à cette grande entreprise, il leur aurait suffi de rappeler les fidèles à l'observance plus exacte de l'enseignement catholique, qui de sa nature porte l'homme au sommet, et même au beau idéal de la perfection comme de la vertu. C'est aussi ce qu'ont fait dans tous les temps ces véritables grands hommes qui , mus par l'esprit de Dieu, se sont élevés dans l'Église à diverses époques pour opposer une digue au relâchement de la discipline et des mœurs. Les fruits abondants de toute espèce qu'ils ont recueillis de leurs elïorts en sont la preuve évidente. Mais les chefs de la réforme du xvie siècle n'eurent pour mobile, dans les innovations et Ips troubles qu'ils suscitèrent, que des

T. lil t

ressentiments particuliers, que des désirs impuissants de vengeance pour des torts réels ou imaginaires qu'ils reprochaient à l'Église. Ils n'ont donc fait qu'obéir à une passion abjecte sous le séduisant prétexte d'une réforme à laquelle ils ne songeaient ni ne voulaient songer, comme le prouvent et leurs actes et leurs principes mêmes. Le protestant Cobbett a donc bien eu raison d'écrire que « jamais peut-être le monde ne vit dans un même siècle une collection de misérables et de scélérats tels que Luther, Zwingle, Calvin, Bèze et les autres célèbres réformateurs de la religion catholique. Tous, de l'aveu même de leurs propres sectateurs, étaient diffamés par les vices les plus honteux. Le seul point de doctrine sur lequel ils fussent d'accord entre eux était l'inutilité des bonnes œuvres. Leur vie sert à prouver combien ils étaient sincères dans leurs principes, et il n'en est pas un seul parmi eux dont les actions n'aient pas mérité toutes les rigueurs de la justice humaine(l). » Nous parlons plus loin de Bèze ; pour le moment, nous nous bornerons à justifier cette assertion de Cobbett, en faisant voir qu'il est encore resté en deçà de la vérité. JNous avons déjà fourni les preuves de leur orgueil et de la dissolution des mœurs de chacun d'eux, et le peu que nous en avons dit doit suffire pour faire concevoir sans peine à tout le monde combien ils se sont signalés en ce point.

Tous les trois aussi ont terminé leur carrière par une mort funeste, ou en rapport avec leurs principes. Luther,

(1) A History oj the protestant Reformation, bj Ç\ ( obbett,

Londres, 1829, c. vu, n. 200

après avoir passé le dernier jour de sa vie à tenir à table des propos bouffons et grossiers dans la société de ses amis et des compagnons inséparables de ses débauches ; après avoir gravé sur les murailles un monument de sa rage anti-papale (1) ; après avoir donné ses dernières instructions à ses disciples de cette manière : «Priez pour le Seigneur notre Dieu et son Évangile, afin qu'ils soient sauvés ; car la colère du concile et de ce misérable pape est allumée contre lui » (2) ; à peine eut-il terminé son joyeux banquet à Eisleben, son pays natal , où il se trouvait pour le moment, qu'il fut frappé tout-à-coup d'une apoplexie foudroyante, au jugement du médecin qui vint pour le visiter, et le trouva mort à son arrivée (o). Tels furent ses derniers moments, quoi qu'aient

(1) Il écrivit, sur la paroi delà chambre où il était, ce vers latin :

Pestis eram vivus, moriens ero mors tua, râpa. Voir Rarebeegius, hist. ms. Seckend., 1. ni, sect. 35, $ 134.

(2) De Wette, v, 778, 785; Keil, / le de Luther, m, 267.

[3] Voir Epist. germa»., cujusd civis Mansfeld. narratio hist, de tdtimis Mart. Luth, actis et ejus obitu, à la fin de l'Histoire de J. Cochlée De actis et script. Mart. Lutheri, Cologne, 1568, où on lit ces mots : « Ferifi quartà, in cœnâ rursùs valdè la?tus " fuit, et facetiis fabulisque recitandis dicax omnibus movens ri- " sum. At cireiter horam octavam conquestus est se aliquantu- - lùm malè babere... Post médium noctis repente vocati sunt ad » eum duo medici, quorum alter doctor, alter magister erat; qui « ubi advenerunt, non repérer unt in eo ullum ampliùs pulsum... .. Contenderunt autem inter se duo illi medici de génère mortis. » Doctor dicebat apoplexiam fuisse : visa est enim tortura oris, et .. dextrum latus totum obfuscatum. Magister vero, qui putabat » tàm sanctum virum non debere manu Dei per apoplexiam inte- ■< rimii dicebat esse catbarum suffocativum. w Outre les deux auteurs cités dans la note précédente, Aude*, Histoire, etc., t. m, c. 22, et Dœllixger, La Réforme^ t. m, p. 260 et suiv., donnent le mémo récit pour le fond de la mort de Luther.

pu en écrire ses panégyristes ou ses disciples, jusqu'à vouloir persuader au peuple qu'il n'était pas mort, mais qu'il avait été ravi au ciel comme Elie et Hénoch (1). La vérité est qu'il fit aux veux de la foi la mort la plus triste et la plus misérable.

Zwingle ne termina pas mieux ses jours. Une conférence générale avait été convoquée à Baden : Zwingle n'osa pas y paraître ; mais ses disciples y furent confondus. Cette défaite n'eut d'autre effet que d'augmenter l'audace des protestants, infidèles à leurs promesses; et comme ils ne cessaient d'insulter les catholiques, ceuxci eurent enfin recours aux armes. Une bataille sanglante eut lieu à Goppel, où il fallut que Zwingle prit part pour céder aux instances de ses partisans. Ce misérable y fut frappé à mort, et sur le refus trois fois répété qu'il fit de se confesser, un soldat catholique l'acheva : son corps fut livré aux flammes (2), et une mort sanglante termina ainsi la vie d'un homme qui a fait verser, et fera peut-être verser encore tant de sang.

Une fin non moins déplorable et non moins désespé-

(1) Ibid. fol. 332 : >• Vellent libenter omnibus persuadera, qiux] » mortem ille non gustaverit, sed velut Enoc aut Elias, aut Joanm nés Evangeliata, sine morte translatas sit. Allegant enim illud .. verbum Christi, Joan. vin : Si quis sermonetn meum servare- « rit, non gustabit aut videbit mortem in peter» uni. •• A quoi ne porte pas l'amour-propre de secte

(2) Il restait étendu sur Le champ de bataille, Lorsqu'un soldat d'Ùnterwald l'ayant reconnu : ■• Ulrich, lui cria-t-il par trois fois, veux-tu te confesser 1 •• Zwingle lit un signe négatif. •• Recommande ton âme à la sainte Vierge, » reprit le soldat; et sur un nouveau refus de l'hérésiarque, encore plus expressif que le précédent : " Eh bien, va-t-en au diable ! •• dit Le soldat, et il l'acheva. Voir la Biographie univers., par Michaud, art. Zwingle; I

DENFELD, Tah/rau. etc., p. 309.

rée fut celle de Calvin. Voici en quels termes elle a été décrite par le protestant Schlusselburg : « Tel fut le coup dont Dieu frappa cet hérétique de sa main puisante, qu'il exhala misérablement sa méchante àme en désespérant de son salut, en invoquant les démons et en proférant les jurements les plus exécrables et les blasphèmes les plus affreux. Calvin mourut de la fièvre pourprée , dévoré dans les parties honteuses par une fourmilière de vers, et consumé par un abcès ulcéreux dont l'odeur infecte ne pouvait être supportée par aucun des assistants » ( ! ). Ce récit se trouve confirmé par un disciple de Calvin lui-même, Jean Haren, qui fut témoin oculaire de sa mort, et qui l'a rapportée de la manière suivante : <> Calvin est mort dans le désespoir, d'une de ces morts honteuses et dégoûtantes dont Dieu a menacé les impies et les réprouvés, et après avoir été tourmenté par de longues et horribles souffrances : je puis l'attester en toute vérité, puisque j'ai vu de mes yeux sa fin funeste et tragique» (2). C'est-à-dire qu'il est mort en désespéré, lui qui avait enseigné la cer-

(1) Op. cit. Theol. Calvin., 1594, 1. n, loi. 72 a : •• Deus manu •• suâ potenti adeô l.iinc haereticum percussit, ut desperatâ sainte, « da?monibus invocatis, jurans, execrans, et blasphemans miser- •• rimé animam malignam exhalavit. Obiit auteni Calvinus morbo •' pedtculari, vermibus circa pudenda in apostemate, seu ulceie « fœtentissimo crescentibus, ità ut nullus assistentium fœtorem « ampliùs ferre posset. »

(2j Jo. Hahenitjs, De rit à Calvini : ■> Calvinus in desperatione •• flniens vitam, obiit turpissimo et fœdissimo morbo, quem Deus ■< rebellibus et maledictis comminatus est : priùs excruciatus et • consumptus : quod ego verissimè attestari audeo , qui fu- •< nestum et tragicum illius exitum his meiS oculis preesens « conspexi. »

titude absolue de sa justification et de sa prédestination à la gloire du ciel par la foi et en vertu d'une sainteté inamissiblc. Quelle leçon !

Pour ce qui concerne leurs doctrines, voici quels en furent les principes fondamentaux, et également admis par tous les trois : 1° le dogme de l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut (1) ; 2° l'horrible doctrine que Dieu est l'auteur du péché, qu'il pousse l'homme à pécher par une nécessité irrésistible, et qu'on doit lui attribuer toutes les mauvaises actions qui se commettent, aussi bien que les bonnes (2) ; 3° que, par suite du péché

(1) Voir plus liant. Je me contenterai ici de rapporter le blasphème suivant de Luther qui se lit dans son Comment, ad Gai., édit. d'Irmisher, l, 299 : « Si Christus specie irati judicis aut legis- « latoris apparucrit, qui exigit rationem transacta* vitse, certô scia- « mus eum i'uriosum esse diabolum, non Christum. »

(2) Luther, Assert. : ■• Nàm et mala opéra in impiis Deus ope- " ratur. •• Et alibi passim.

Zwingle, t. i, De Provid.j c. vi, loi. 366 : ■■ In legem peccave- •• runt, non quasi auctores, sed quasi instrumenta quibus Deus « pro suâ voluntate liheriùs uti potest, quàin pater familial aquaui « aut hibere, aut lmmi effundere... Neque instrumento l'acit inju- « riam, si nùnc limam in malleum, et contra, malleum in limam - convertat : movet ergo (Deus) latronem ad occidendum innocen- •■ tem... At, inquies, coactus est latio ad pecoandum; pennitto, < inquam, coactum esse... impulsore Deo trucidavit latro... Non •• sohunmodo movet et impellit Deus, usque dùm ille linnoccnsj • ooeisus sit , sed ultra quoque pergit... et qui impellit. agit sine •• ullâ criminis Huspicione; non enhn est Bub lege, • Il alihi passim .

CALVIN, Inslit., I. I, c. 18, § 3 : » Jam satis aparté ostendi, h Deuni vocari eorum omnium (peocatorum) auctorem, quœ isti « censores volunt otiosè tantum ejus permissu contingere. •• Et alibi jH/ssim. Que vous semble, lecteur, de cette doctrine impie? Eh bien, cette doctrine n'est que celle de leurs écrits que MAIS venons de vous mettre sous les veux.

primitif ou originel, Adam et toute sa postérité ont été dépouillés du libre arbitre; k° qu'il est devenu absolument impossible d'observer les commandements divins ; 5° que Dieu n'a créé la plupart des créatures humaines que pour les damner éternellement : 6° qu'il n'y a de justifiés que les élus, et que ceux-ci ne peuvent plus pécher, ou que leurs péchés ne leur sont plus imputables dès qu'une fois ils ont reçu le baptême; 7° que par la seule imputation extérieure des mérites de Jésus- Christ, au moyen de la foi toute seule, on se trouve saint à l'égal des anges et même de la sainte mère de Dieu, eût-on d'ailleurs la conscience chargée de tous les crimes du monde (1).

Voilà les belles vérités que ces novateurs ont prétendu substituer aux corruptions et aux abus de l'Église romaine : principes tels, que le paganisme lui-même aurait rougi de les enseigner, et que, s'ils étaient mis en pratique, ils suffiraient seuls pour faire du christianisme ou de l'école de Jésus-Christ une école d'impiété et de scélératesse qui mettrait les chrétiens au-dessous des idolâtres les plus dissolus; doctrine exécrable, qui attente à la liberté humaine jusque dans le sanctuaire de la conscience, qui transforme en article de foi la sujétion de tous les esprits au domaine absolu d'un Dieu qui prédestinerait, selon son bon plaisir, les uns à faire

(1) Pour ne pas trop nous allonger en rapportant l'une après l'autre les assertions de ces novateurs cpii justifient la vérité des nôtres, nous renvoyons le lecteur à la Symbolique deMŒHLER, où on les trouvera recueillies, ainsi qu'aux ouvrages de Bellarmix, de Bec an et des autres anciens controversistes, enfin au savant ouvrage de Dœllinger, intit. La Réforme, publiée à Paris en 1850, en trois gros volumes.

le bien et les autres à faire le mal (1). Furieux de l'anathème fulminé par Rome contre de telles excentricités, les novateurs font appel à toutes les mauvaises passions contre la si exécrable tyrannie d'une Église qui réprouvait le dogme de l'homme-machine, et d'un Dieu sans justice et sans entrailles, prenant plaisir à dévouer au feu éternel ses propres créatures! Disons néanmoins que ces doctrines ne sont pas pleinement suivies en général parmi les protestants eux-mêmes, soit parce que beaucoup d'entre eux les ignorent, soit parce que enfin le sentiment naturel ou la conscience y répugne invinciblement. Et de là il suit que les catholiques, qui

|l 11 sera bon de donner ici quelques extraits du cbef de* chefs

de la Réforme, c'est-à-dire de Luther: ils justifieront en partie tout ce que nous avons affirmé. Voici donc ce qu'il a écrit, Disp. in, thés. 28, opp, lat., Wittemberg, t. i. loi. 391 : • Ut justifieatio, ■ quantum potest fieri, magnificetur, peccatum est valdè magni- « fi'-andum et amplificundum. - Et t. nr, opp. lat., Iéna, fol. 353 : •• Qui anxiè laborant in operibus, faciunt sibi magnum negotium : •< eegrè enim revocari ad gratiam possunt. Animus autem et con- « scientia dùm parât opéra, nihil aliud facit, quàm ut se ad diffi- .. dendum Deo exerceat, et qu<> magis laborat, eô firmiorem habi- « tum gignit ad diflidendum Deo, et fidendum propriis operibus. « Hoc nunquàm facit scortum aliquod. Qui enim in apertis flagitiis « vivit, habet animum somper de peocatis saucium. ^."eque alla m mérita aut bona opéra habet, quibus niti possit. Faciliùs autem « salvatur, quàm sanctus aliquis. »

Ibid. c. 4 : « Est nunquàm longiùs bibendum, ludendum, n « dum, atque adeo peccatum aliquod faciendum inodium et conn temptum diaboli... Proindè si quandû dixeril diabolus. Noli bih berc, tu sic lac illi respondeas : Atqui ob eam oausam maxime •• bibam, quôd tu prohibes, atque adeb largiùs in nomine Chiisti - bibam. Sic semper contraria facienda sunt eorum que Satan .. vetat, etc. •• On trouvera un nombre presque infini d'autres iges Bemblables rapportés pai Dœllingeb dans Bon ouvr. cit., t m.

ont conservé les vrais principes dans leur pureté, n'ont besoin, pour réformer leur conduite morale, que de se rappeler ces saintes maximes et d'y conformer leur vie; tandis que les protestants n'ont, pour se pervertir euxmêmes, qu'a mettre en pratique les doctrines de leurs chefs et de leurs maîtres telles qu'ils les professent en théorie. Telle est aussi la cause de la sympathie que les mauvais sujets de tous les pays laissent entrevoir pour le protestantisme.

Mais reprenons notre marche après cette digression nécessaire. En retraçant le tableau du symbolisme protestant, tel qu'il a été formulé par ses trois principaux • chefs, je n'ai fait mention ni de l'arianisme soit de Luther (1), soit de Calvin (2), ni du pélagianisme de Zwingle (3), pas plus que d'autres doctrines par lesquelles ces trois réformateurs ont non-seulement ressuscité des hérésies éteintes, mais préparé la voie au socialisme et au rationalisme moderne. Je n'en ai rien dit , parce que tout cela m'aurait mené trop loin de mon principal sujet.

(1) Voici ce qu'écrit Zwingle sur cet article dans sa Respona. ad confess Luiheri, fol. 474 b : « Nec enim hune Lutheri sermonem •' immodestiùs vol ierociùs exagitabo quo sic, inquit, hic de solâ " et unicâ divinitate dicitur, quod illa triplex et trium sit gene- « rum, quemadmodùm et très personee... in quibus verbis gravis-

• simi errores latitant, etc. »

Luther, en effet, dans son Enchir. prec, 1543, s'exprime ainsi :

• Precatio vulgà trita, suraraa trinitas unus Deus miserere nostrî, mihi non placet, ac barbariem sapit- •• Et dans sa réplique contr. Latomum : « Anima mea, dit-il, odit bpoouaiov, et optimè exegerunt ariani. etc. «

(2) Brereley, The life of Calvin, sect. ni.

Ibid., The life of Zioingiius, sect. u.

Je vais, pour clore ce paragraphe, rapporter le jugement que ces chefs de la Réforme ont porté eux-mêmes les uns des autres : comme ils se connaissaient mieux que personne, ils se sont dépeints réciproquement sous leurs traits les plus naturels. Commençons par ordre, c'est-à-dire par Luther. Voici comme il nous est dépeint par Zwingle : « Quand je lis ce livre (de Luther) , il me semble voir un pourceau immonde grogner en flairant de ci de là les Heurs d'un beau jardin ; c'est avec la même impureté, la même ignorance de la théologie, la même inconvenance, que Luther discourt sur Dieu et les choses saintes» (1). «Voilà, s écrie-t-il ailleurs, comment Satan cherche à s'emparer de cet homme tout entier » (2). A son tour, Luther dit de Zwingle qu'il est satanisé, insatanisé, sursatanisé. Tous les deux s'envoient dévotement au diable à qui mieux mieux (3), et, dans la conférence tenue entre eux deux à Marbourg, ils se lancent l'un à l'autre d'effroyables anathènvtraitent de diables tous les deux, s'appellent l'un l'autre fils de Satan avec tout ce qu'ils ont de voix (&) , et je crois que tous les deux avaient raison. Calvin ensuite dit en parlant de Luther : « Il est sujet à de grands

(1) Zwingle, opp. t. n, Respons. ad conf. Lutheri, fol. -i~-i 6 vers la fin : ■■ Mihi oertè cùrn librum istum [Luthei irCum

" quemdam impurum in horto iloribus consito l'ragiantissimis bine « indé grunnire videre videor; tàm impure, tàm parùm thcolo- » gicè, tàm improprié de De<>, et sacris omnibus disputât Lu- .. therus. -

(2) ibid., fol. i"1? : « En >.'.( totum hominem islam Satan occupare conetur. ■

3 Voir Audin, Htst. de la vie de Luther, t. n, p. 376. (4) Ibid., p. 376-388.

vices » (1). Et dans une lettre adressée à Bucer, il accuse ce même Luther de faste, de médisance, d'ignorance, de grossières bévues où il serait tombé, et d'une fierté inexcusable (2). Enfin Calvin et Luther, tant qu'ils vécurent contemporains, se firent la guerre l'un à l'autre sur l'article de la Cène, et, pour ce sujet, ils se traitaient réciproquement d'hérétiques (o).

Tous les trois rejetèrent pareillement une partie des livres saints ; tous les trois traduisirent infidèlement et corrompirent dans leurs versions le texte sacré ; tous les trois enfin se déchaînèrent les uns contre les autres comme des furies ou comme des animaux pleins de rage, se chargeant mutuellement de reproches et de grossières injures, et cherchant à grossir leur propre parti aux dépens de leurs rivaux.

Après cette légère esquisse, dont les écrits mêmes aussi bien que les actes de ces chefs de la Réforme ont en grande partie fourni les traits, qui osera dire, à moins de vouloir renoncer au bon sens et trahir sa conscience, que de tels hommes fussent animés de l'esprit de Dieu ; qu'ils eussent en vue de procurer la sanctifi-

1 ScHLUSSEMBtJRG, 1. il, ouvr. cité, fol. 170 a : ■> Magnis vitiis laborat. »

(2) Bucer, Genevse, 9 janv. 1538 : " I\eque enim lustu modo, •• et malcdicentià deliquit, secl ignoranliâ quoque et crassissimâ ■• hallucinatione... Illum fœdissimè errare judico... Quis tamen ■• non excuset Zwinglium prae insolenti, qnam navrant. 31artini ■■■ ferocitate? »

•i Voir Audix, Hist. de Calvin, t. n, p. 14, 16.; Treverx, Dîscuss. amicale, où l'auteur, clans un appendice exprès, rapporte au long le portrait que ces chefs de la Réforme ont fait les uns des autres.

cation des aines; qu'ils aient eu la mission extraordinaire, comme ils se l'attribuaient à eux-mêmes, de réformer l'Église de Jésus -Christ? Certes, quiconque voudra être sincère et de bonne foi n'aura pas de peine à avouer que ces soi-disant réformateurs n'étaient que des chefs de sectes, dos hommes domines par les passions, des hommes sans probité, sans foi, et abandonnés à tous les vices. Il faudra avouer de même que leur œuvre n'a été autre chose qu'un acte de révolte contre Dieu et son Église, semblable à celle qu'ont tentée et en grande partie exécutée les autres hérésiarques leurs précurseurs. Et par conséquent, de même que les partisans de ces anciens hérésiarques n'étaient au fond que de malheureux sectaires séduits et entraînés dans l'erreur, ainsi doit-on considérer les partisans des hérésiarques nouveaux. De même encore que, dans les anciennes sociétés séparées ou retranchées de l'Eglise catholique, il se trouvait des hommes de talent et de science, ou qui faisaient profession de mener une vie honnête et vertueuse , de même il se trouve parmi les sectes modernes des hommes savants et des hommes aussi d'une régularité de mœurs digne d'estime et d'éloge. Mais comme les premiers, malgré tout cet étalage de génie, d'érudition et de probité, n'en étaient pas moins des hérétiques faisant partie de communions rebelles a l'Église, et aujourd'hui dissoutes, ainsi doiton porter le même jugement de ceux qui se trouvent dans les communions inaugurées par Luther, Zwingle et Calvin, et continuées ou propagées par ceux qui onl suivi les mêmes errements. Or serait-il possible qu'un homme de sens et de conscience aimât mieux

se mettre à la suite de ces monstres de scélératesse, et se croire avec cela en sûreté devant Dieu, que d'être le fils obéissant et soumis de l'Église fondée et instituée par Jésus-Christ pour la sanctification et le salut desàmes?

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