II. — MOTIFS D'INQUIETUDE DANS LE SYSTEME
Question que le protestait se fait naturellement à lui-même touchant la vérité de sa foi. — Il ne saurait trouver dans sa règle de foi une solution propre à le satisfaire. — Sa conviction peutelle l'excuser? — Nouvelles difficultés qui doivent augmenter son trouble. — Comment les protestants peuvent être, soit condamnables, soit excusables, de rester dans leur état. — Effets de cet état inquiet des protestants. — Un autre motif d'agitation poulies protestants est l'incertitude de la rémission de leurs péchés.
— Aucun de tous les moyens imaginés par les novateurs ne saurait donner la tranquillité de conscience. — Contradiction que renferment ces moyens. — Le peu de confiance en ces moyens que les protestants montrent aujourd'hui. — Ils ne peuvent se fier sur leur seul repentir, tel qu'ils l'admettent. — Il n'y a rien en eux qui puisse les tranquilliser. — Autre motif d'agitation : l'incertitude dans le système protestant d'un critérium facile et pratique pour connaître l'unique véritable Eglise.
— C'est là pour lui un problème insoluble, problème que Je catholique, au contraire, résout sans la moindre peine, soit qu'on considère là chose, en général, soit qu'on descende aux applications particulières. — Conclusion.
Un protestant a beau se flatter de posséder la vraie foi, se vanter d'en avoir l'assurance, même la certitude; il ne peut jamais se délivrer entièrement du ver qui lui ronge le cœur et qui peut à tout instant lui faire endurer un cruel supplice. Car il est naturel que quelquefois au moins il se demande à lui-même, dans le for intérieur de sa conscience : Qui te donne l'assurance que la religion ou la croyance que tu professes soit la véritable? Telle est l'épine qui le gêne, ou si on l'aime mieux, le dard qui s'enfonce dans son cœur. J'ai dit qu'il est naturel qu'il s" fasse cette question à lui-même ; car une ques-
tion de ce genre est comme le produit spontané de la règle de foi qu'il professe et qui le constitue protestant, qui est le libre 'examen. Car bien qu'il soit vrai, comme je l'ai démontré plus haut (t. i, p. 296-334), que personne dans la réalité n'est protestant en vertu de l'examen qu'il aurait établi lui-même, on n'en est pas moins protestant en tant qu'on s'attache au principe ou qu'on fait profession du protestantisme, ou qu'on s'en rapporte du moins à un autre qui affirme avoir examiné. Mais ici revient la même question, plus pressante que jamais : Quelle assurance peux-tu avoir que le premier protestant du monde ait possédé seul la vérité, connu seul la vraie religion ? Que le protestant fasse toutes les suppositions imaginables, jamais il ne pourra se délivrer de cette voix importune qui se fait entendre au fond de son cœur, et qui doit nécessairement lui causer de l'inquiétude.
Quelle sera donc la réponse qu'il pourra faire en luimême à cette demande ? Dira-t-il qu'il puise cette assurance dans la parole de Dieu, à laquelle il adhère uniquement ? Bien ; mais par là il ne satisfait pas à cette autre objection que lui fait la voix, que tous les hérétiques des temps passés faisaient la même réponse, quoiqu'il les condamne lui-même aujourd'hui comme ayant suivi l'erreur, comme s' étant écartés honteusement de la vérité ; que la même réponse est faite aussi par chacun de ceux qui actuellement même appartiennent à quelqu'une des mille sectes diiïérentes de la sienne. C'est un fait certain, lui dit la voix, que l'assurance que se promettent les neuf cent quatre-vingt-dixneuf sectes différentes de la tienne est une assurance
trompeuse et iliusoire, puisque, si une de ces sectes était assurée de sa vérité de préférence à toute autre, ce serait elle que tu suivrais plutôt que colle que tu suis. Or, qui t'assure que celle que tu suis soit Tunique vraie, et que ce ne soit pas là une illusion, une fausse persuasion que tu te formes comme ces neuf cent quatre-vingtdix-neuf autres?
il dira peut-être que, même dans le cas où cette assurance pourrait être illusoire, comme cependant il la tient pour véritable, Dieu ne le condamnera pas après qu'il a cherché sincèrement la vérité et qu'il se tient assuré d'en être en possession, supposé même qu'il s'égare. Mais la voix insistera et lui dira : Mais ne saistu pas qu'il y a une Église dont l'origine historique remonte aux apôtres, qui a condamné et condamne encore aujourd'hui toutes les sociétés qui se sont séparées d'elle, et par là même celle aussi dont tu fais partie ? Às-tu fait un sérieux examen des titres qu'elle produit en sa faveur, des réponses qu'elle donne aux raisons alléguées par chacune des autres sociétés pour justifier, si elles le pouvaient, leur séparation ? Si tu ne l'as pas fait, comment peux-tu être sûr qu'elle le prétende sans fondement? Et si par hasard ce fondement sur lequel elle s'appuie était solide, que deviendrait ta prétendue assurance ? Cette Église, de ton aveu, a raison au moins par rapport à toutes les autres sectes qui diffèrent de la tienne : pourquoi ne pourrait-elle pas avoir raison aussi par rapport à la tienne propre? Ton assurance pourraitelle se dire invincible, tandis que tu as devant toi cette Église qui, comme un phare lumineux, ou plutôt comme un torrent de lumière, répand sa clarté en tous lieux ?
Et pourquoi ne te mets-tu pas en peine de t' approcher d'elle pour essayer du moins de la connaître (1) ? Si tu négliges de le faire, ton assurance, eu pour mieux dire, ton ignorance pourra-t-elle se dire innocente ? Et pourtant il n'y a que l'ignorance invincible qui puisse excuser devant Dieu.
Un protestant formel aura beau mettre à contribution toutes les ressources de son esprit, jamais il ne pourra satisfaire pleinement à des questions si propres à le jeter dans l'inquiétude. Non, il n'y arien qui lui donne l'assurance de pouvoir dire, sans crainte de se tromper, que la secte où il est n'est pas dans l'erreur et, par conséquent, hors de l'unique voie de salut, à moins qu'il ne veuille s'attribuer follement à lui-même l'infaillibilité qu'il refuse à l'Église catholique, comme à tout autre rrai ne pense pas comme lui. C'est là un chameau si
(1) Au nombre de ceux qui déblatèrent contre l'Eglise sans la connaître, nous pouvons compter M. de Gasparin, auteur de l'ouvrage cité, Les écoles du doute et l'école de la fol, ouvrage dans lequel il ne rougit pas de répéter avec d'autres de ses pareils, et contre toute vérité, que l'Eglise méprise la Bible, et méconnaît Vaction de l Esprit -Saint ; que Rome prend l'Ecriture et la confisque ; que l'Eglise catholique cache hypocritement l'Ecriture. Quel rôle ignoble pour un écrivain grave ! Tant il est vrai que les protestants sont d'autant plus hardis dans leurs affirmations, qu'ils sont plus pauvres de preuves. La haine les aveugle ; et que cela soit vrai de M. de Gasparin comme des autres, c'est ce qui est visible par la manière même dont il débute dans son ouvrage : » Il n'est pas permis, dit-il tout d'abord, de haïr médiocrement le catholicisme. » Ainsi toujours la haine fait comme le fond des sentiments des hérétiques. La haine est la vie des l'éprouvés, comme la charité, comme l'amour est la vie des bienheureux. Voir sur ce mauvais opuscule un article fort remarquable dans les Annales cathol. de Genève. 2e série, Qe livraison.
difficile à avaler, que je défie qui que ce soit d'en faire l'essai.
Le cri de la voix intérieure deviendra encore bien plus fort, si le protestant se met à considérer qu'il ne saurait se rassurer lui-même sans condamner l'ouvrage même de Dieu. Si c'est le protestantisme qui a découvert le premier quel est le véritable christianisme institué par Jésus-Christ, il faut donc dire que cet Homme- Dieu a fondé sa religion de manière à ce qu'elle ait dû attendre quinze siècles pour se faire connaître, et qu'il lui ait fallu traverser l'espace de quinze siècles pour arriver à procurer le salut. Mais quel sera l'homme assez hardi pour affirmer que tel a été l'ouvrage de Dieu? Ainsi donc cette unique vraie religion aurait été ignorée de tous les âges précédents et de tous ceux-là mêmes qui, jusqu'au xvr siècle, se sont rendus célèbres ou par la constance de leur foi comme les martyrs, ou par l'excellence de leur doctrine comme les Pères, ou par l'innocence de leur vie comme tant de saints; tous sans exception auraient été enveloppés dans les plus épaisses ténèbres par rapport à la connaissance du véritable christianisme; tous n'auraient été que de misérables jouets de l'erreur? Quoi ! la vérité, jusqu'alors cachée, aurait été découverte pour la première fois par le moine saxon, qui le premier est venu annoncer au monde la nouvelle règle de foi? Ces réflexions et beaucoup d'autres semblables, qui se présentent d'elles-mêmes au protestant même malgré lui, l'empêchent de goûter le repos de fâme, à moins qu'il ne veuille résolument mettre de côté son affaire la plus importante de toutes, qui est celle de ses destinées éternelles; qu'il ne fasse comme
cet insensé qui se persuade follement que toute religion est également bonne, ou qu'il n'adopte pour s'étourdir quelque autre fausse maxime de conduite, dont il ne voudrait pas faire usage s'il s'agissait pour lui de garantir ses intérêts matériels, ou ses droits politiques, ou le bien de sa santé, ou le succès de son commerce : conduite indigne de l'homme, et qui emporterait la négation de la Providence, ou la négation de Dieu. Quiconque a des sentiments généreux ne peut s'accommoder d'une insouciance aussi blâmable par rapport a ce qui importe le plus.
Je sais bien qu'il y en a beaucoup qui restent protestants, comme d'autres restent turcs, païens, idolâtres, tout plongés dans les soins de la terre, sans jamais ou presque jamais élever leurs pensées vers le ciel, sans se demander à eux-mêmes pourquoi ils sont au monde, quelle est leur fin, et pourquoi ils sont doués d'intelligence. Ce sont là des êtres dégradés, plus semblables à des brutes qu'à des hommes, et dont la vie s'écoule sans qu'ils sachent pourquoi elle leur a été donnée. Ils s'occupent de la religion qu'on prêche devant eux comme ceux qui, renfermés dans leurs cabinets, s'occupent des voitures qui passent avec bruit sous leurs fenêtres ; la paix apparente de leur âme ne diffère que fort peu de celle des tombeaux. Il n'y a point à raisonner avec des hommes de cette espèce, comme nous n'avons point à parler non plus de ceux en si grand nombre qui tiennent de bonne foi pour vraie la religion dans laquelle ils sont nés ou ont été élevés, et qui la pratiquent avec simplicité de cœur, sans que jamais aucun doute se soit élevé dans leur esprit sur la
vérité de leur croyance. Ceux-ci ne sont protestants que matériellement, et appartiennent au fond à l'Église catholique, quoiqu'ils l'ignorent eux-mêmes. Quelquesuns d'eux donnent l'exemple édifiant d'une vertu et d'une piété pratiquées toute leur vie ou une grande partie de leur vie, et tous sont dans la disposition d'abandonner la communion dans laquelle ils vivent, s'ils doutaient seulement qu'elle fût la véritable voie pour parvenir au ciel. Or ne craignons pas de dire que le nombre de ces sortes de personnes est très considérable; et je sais de plusieurs d'entre elles, qui depuis se sont converties au catholicisme sur les cloutes qu'elles avaient conçus au sujet de leur communion et sur l'examen qui en avait été la suite, que jusque-là elles n'avaient pas éprouvé le plus léger doute ou la moindre inquiétude par rapport à la vérité de la religion qu'elles professaient auparavant.
Nous n'avons donc à parler ici que de ceux qui s'appellent protestants dans toute la rigueur du terme, c'està-dire de ceux qui professent sciemment la règle du libre examen en opposition avec la règle de l'autorité, telle qu'elle est suivie dans l'Église catholique. C'est de ceux-ci que j'affirme qu'ils ne peuvent jamais jouir d'une parfaite sécurité ou tranquillité d'esprit, mais qu'ils doivent plutôt éprouver malgré eux une agitation habituelle plus ou moins importune, résultat nécessaire de l'impuissance où ils se trouvent de s'assurer jamais de la vérité de leur propre religion. Quoi qu'ils fassent pour étouffer la voix intérieure qui dans certains moments surtout se fait entendre à leur âme, ils ne sauraient jamais y réussir complètement, parce qu'il leur
est impossible d'anéantir le cloute inhérent à leur règle de foi.
La preuve et en même temps l'effet de cet état, c'est, le mauvais vouloir avec lequel ils contemplent les progrès de la religion catholique, les tourments qu'ils se donnent et les expédients désespérés auxquels ils ont recours pour les arrêter, car toujours la lumière fait mal à des yeux malades : disposition qui ne convient, guère cependant à qui professe la tolérance religieuse, et qui soutient même que pour être chrétien et en voie de salut, il suffit de s'accorder dans les articles fondamentaux du christianisme ; h qui fait parade de modération et d'horreur pour les persécutions, qui ne vont plus à une civilisation avancée comme la nôtre; à qui fait, profession d'indifférence en fait de forme religieuse quelconque ; à qui se réjouit même des progrès que peut faire une communion hétérodoxe, quelque différente qu'elle soit de celle qu'on suit soi-même. Toutes ces théories n'ont plus de valeur pratique, dès qu'il s'agit de l'Eglise catholique, par la raison toute simple que la vérité est la seule chose que l'erreur ne puisse jamais tolérer (1). Elle est trop importune pour le malheureux qui ne peut se défaire du doute qui le déchire et ne lui laisse aucun repos, qui le met hors d'état de se dissimuler à lui-même sa fausse position.
(1) C'est l'aveu qui a été fait par un célèbre protestant. <• Il est vraiment fâcheux, dit Jean de Muller, de voir ceux qui se vantent de philosophie et de tolérance, et qui insultent si volontiers le clergé catholique, s'éloigner à ce point dans la pratique d'une sage philosophie comme de la vraie tolérance. ■• Cité par Alzog, loc. cit.
Une autre preuve, et tout à la fois un autre effet de cette situation incommode, c'est la facilité et même l'empressement avec lesquels on accueille toute nouveauté en fait de dogmes, tout système religieux qui présente une apparence tant soit peu séduisante. Tout faiseur de religion est sûr d'être bien reçu auprès des protestants même les plus chauds, et de trouver là le champ libre à un large prosélytisme. Nous en avons déjà rapporté en preuve des exemples assez nombreux dans les deux premières parties de cet ouvrage, sans qu'il soit besoin d'y revenir de nouveau. Or que signifient des changements si faciles et si inopinés, cet empressement avide pour tout ce qui est nouveau, sinon une défiance secrète de la religion qu'on professe? Tandis que le catholique, ferme et tranquille dans sa croyance, redoute et déteste les nouveautés, le protestant, qui vacille et est mal assuré dans la sienne, y trouve un attrait toujours séduisant.
Une troisième preuve et aussi un troisième effet de l'état de ces personnes, c'est l'essai ou l'expérimentation où se porte un si grand nombre d'entre eux en passant d'une secte dans une autre secte, comme pour voir s'ils trouveront mieux ou quelque chose de plus satisfaisant ailleurs que dans celles dont ils ont déjà fait l'épreuve. Mais le plus souvent il arrive qu'une fois familiarisés avec la nouvelle secte et parvenus à la connaître à fond, ils s'aperçoivent que cette écorce brillante qui les avait séduits n'était qu'une apparence trompeuse, et ils restent plus inquiets, plus agités qu'auparavant. J'ai connu moi-même quelques-unes de ces personnes, qui avaient passé ainsi par quatre ou cinq
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sectes différentes, toujours avec la confiance d'y trouver mieux, mais qui autant de fois avaient été désappointées en trouvant pis, jusqu'à ce qu'enfin Dieu, ayant pitié de leur sort, eût fait briller à leurs yeux sa lumière et les eût éclairés de sa vraie religion, en leur faisant embrasser la foi catholique, où seulement elles ont joui de la paix qui faisait l'objet de leurs vœux, dans la pratique fervente et édifiante de leurs nouveaux devoirs.
Une preuve enfin et un effet de leur état, c'est cette mélancolie et cette tristesse qui, de fois à autre et dans les intervalles, pour ainsi dire, lucides, s'emparent de leurs âmes, comme l'éprouvait Luther lui-même, lorsque son état habituel d'exaltation et de fureur lui laissait quelque relâche. On sait qu'il se disait alors à lui-même.: « Tu es donc le seul qui possèdes la vérité ? Mais, si tu t'étais trompé?» C'est qu'en dépit de cette sécurité affectée qu'il s'attribuait même dans les termes les plus hyperboliques, il savait bien, il sentait bien qu'il en était privé. La condition générale de ses partisans ne saurait être différente, quelque modifiée que puisse être la secte à laquelle ils appartiennent en particulier. C'est un vice radical et commun à toutes les sectes hétérodoxes. De là aussi cette mauvaise humeur, ce penchant au suicide, que laissent voir beaucoup de non-catholiques.
Outre le manque de sécurité qu'ils trouvent dans leur foi par le vice inhérent à leur règle, les protestants ont un autre motif de trouble et d'agitation dans l'incertitude où ils doivent vivre par rapport à la rémission de leurs péchés. Il est vrai que les premiers réformateurs ont essayé de plusieurs moyens pour obvier à ce
grave inconvénient; mais tous ces divers expédients n'ont fait qu'accroître les perplexités sur cet objet , \u conscience et le bon sens ayant fait prompte justice de toutes ces rêveries.
Luther a cru se tirer d'affaire par son système de la non-imputation des péchés pour le fidèle, qui s'assimile et s'approprie par la foi les mérites de Jésus-Christ (1) ; ou par le système de l'impulation des mérites du Rédempteur, qui fait que les péchés sont couverts et ne comptent plus aux yeux de Dieu, qui s'interdit de les punir comme ils le mériteraient. Par là, il encourageait, comme nous l'avons dit ailleurs, à pécher fortement pour obtenir un plus fort degré de foi (2).
(1) On peut voir les paroles de Luther qui se rapportent à exsystème dans l'ouvrage de Dœllinger intitulé : La Réforme, t. ni, p. 520 et suiv. Les extravagances et les impiétés qui s'y trouvent rapportées l'ont vraiment horreur. Voici ce qu'il écrivait à Mélanchthon en 1521 : « Si gratia? prsedicator es, gratiam non fic- « tam, sed veram prredica; si vera gratia est, verum non fictum « peccatum ferto. Deus non facit salvos, nisi peccatores. Esto pec- « cator, et pecca fortiter ; sed fortiùs fide et gaude in Christo, qui « victor est peccati, mortis et mundi; peccandum est quamdiùhic « sumus. Sufficit quùd agnovimus per divitias glorise Dei Agnum « qui tollit peccata mundi; ab hoc non evellet nos peccatum. » etiamsi millies, millies uno die fornicemur aut occidamus. » Comme ce passage est édifiant! Mélanchthon, formé à l'école de Luther, écrivait à son tour [Lac. theol., p. 92) : « Nibil liomini « fîcleli nocere posse, dummodo firmas teneat promissioncs, quas » fide apprehendit, qualiacumque sint opéra, comedere, bibere, " laborare manu, docere, addo etiam ut sint palam pcccala. " Luther disait encore (Serm. de pisc. Peiri, ass. 31) : » Quantô « sceleratior es, tantô vicinior gratia?. ••
(1) Voir Mœhler, Symbolique t. i, ch. îv. £ :?2: où sont rapportées les paroles suivantes de Luther, tirées de son Comment. sur l'Epitre aiixGalates : •• Nous disons que le vrai christianisme n'est pas celui qui n'a ni ne se sent aucun pécl.é, mais celui à qui
Calvin, à son tour, ayant adopté, comme nous l'avons rapporté aussi, lé système de l'inamissibilité absolue de la grâce, en inféra que celui qui avait une fois le bonheur d'être justifié ne pouvait plus souiller son àme par quelque péché que ce fût, et, par conséquent, qu'aucune action, quelque honteuse ou injuste qu'elle pût être. ne lui serait imputée à crime. C'était là comme un diplôme de sainteté accordé par privilège à toute per-
notre Seigneur Dieu, à cause de la foi dans Jésus-Christ, n'impute pas les péchés qu'il a et qu'il sent. Cette doctrine donne aux pauvres consciences de fortes et durables consolations, lorsque l'attente des jugements de Dieu les jette dans l'épouvante... Celui donc qui est chrétien comme on doit l'être est entièrement et pour toujours libre de toute loi ; il n'est soumis ? aucune loi, soit intérieure, soit extérieure. » Ainsi rien ne peut conduire à la perdition celui qui a la foi, que la foi soit vive ou qu'elle soit morte: car les novateurs ne reconnaissent pas cette distinction.
Les paroles de Mélanchthon sont encore plus explicites, Loc. theol., p. 115, lorsqu'il dit : « Usus verô signi (baptismi) hic est, « testari quôd per mortem transeas ad vitam; testari, quôd mor- « tificatio carnis tuse sit salutaris. » Mais qu'entend Mélanchthon par mortification ou vivification de la chair ! C'est ce qu'il va expliquer : « Terrent peccata, écrit-il à la page 146, terret mors, « terrent alia mundi mala : confide quia afpxytdy. accepisti mise- « ricordiœ erga te, futurum ut salveris, quomodocumque oppugne- « ris à portis inferorum. Sic vides et significatum baptismi et signi <« usum durare in sanctis per omnem vitam. » Et p. 149 : « Idem « baptismi usus est in mortificatione. Manet conscientia remissio- « nis peccatorum, et certum reddit de gratiâ Dei. Adeoque efficit •• ut ne desperemus in mortificatione. Proindè quantisper durât « mortificatio, tantisper signi usus est. Non absolvitur autem mor- « tificatio, dùm vêtus Adam extinctus fuerit. « Et encore p. 150 : « Sicut Evangelium non amisimus alicubi lapsi, ità nec Evange- « lii o-sozyt'ja baptismum. Certum est autem Evangelium non » semel tantùm, sed iterùm ac iterùm remittere peccatum. Quare » non minus ad secundam condonationem quàm ad primam bap- » tismus pertinet. - Tous ces passages ont été tirés par Mélanchthon du livre de Luther Decaptiv. Bah., opp. t. n.
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sonne baptisée pour pouvoir commettre le mal impuné ment. C'est bien là aussi quelque chose de plus que les indulgences pontificales, contre lesquelles les protestants ont tant déclamé sans les connaître (1).
Ils ont imaginé encore qu'avec le péché originel et tous les péchés personnels commis avant le baptême, la vertu de ce sacrement devait effacer en même temps et par anticipation tous les péchés à venir, et que, pour nous servir de leur manière de s'exprimer, les fidèles recevaient par le baptême un gage ou des arrhes de pardon ou de non-imputation de tout ce qu'il peut y avoir de péchés, tant du péché originel que des péchés actuels, qui ne sont, dans le système des novateurs, qu'autant de manifestations de ce qu'ils appellent péchépère p). Au lieu que, d'après les protestants fidèles à la doctrine fondamentale des premiers réformateurs, pour obtenir soit l'impunité de ses péchés, soit l'assurance de son salut, malgré toutes les fautes, toutes les actions immorales qu'on pourrait avoir commises, il suffirait de croire, de tenir pour certain, pour indubitable, qu'on est justifié ou que tels et tels péchés sont remis ou couverts par les mérites de Jésus-Christ, qu'on s'est appropriés au moyen de la foi.
1) Voici ses paroles, que je prends dans ses Institutions, 1.3, c. 2, § 11, p. 343, édit. d'Amsterdam, 1667 : "Ergoutsoloselectos « semine incorruptibili Deus in perpetuum régénérât, ut nunquàm - dispereat semen vitœ eorum cordibus insitum : ità solide in « illis obsignat adoptionis suse gratiam, ut stabilis ac grata sit. •• Tout le reste s'ensuit naturellement, et il en fait lui-même le détail dans la suite de ce même chapitre.
2] Voir dans Mœhler, Symbolique, 1. 1, p. 172etsuiv., les témoignages qu'il en rapporte de Luther lui-même.
Mais, pour ne rien dire de l'immoralité à laquelle Je tels principes, s'ils étaient adoptés dans la pratique, ouvriraient une large voie, comme nous l'avons démontré dans son lieu et comme l'a prouvé le développement interne de la Réforme depuis son établissement jusqu'à nos jours, d'après les documents certains qui nous en restent (1) ; indépendamment, dis-je, de tout cela, ces théories ne peuvent en aucune manière produire la paix et la sécurité que nous cherchons ici. En effet, la variété même de ces moyens trahit déjà leur incertitude, et empêche qu'on ne puisse s'attacher à l'un de préférence à l'autre avec une pleine sécurité. D'ailleurs, de l'aveu des réformateurs eux-mêmes, la foi, pour produire ces effets admirables, doit avoir certaines qualités, et beaucoup de fidèles, au dire de Luther, n'ont qu'une foi faible et impuissante, comme lui-même reconnaît et confesse publiquement qu'il en a fait l'expérience. Calvin affirme aussi, dans plus d'un endroit de ses Institutions, qu'il y en a beaucoup, et ce sont tous ceux qui sont exclus du nombre des élus, en qui la foi n'est qu'apparente et n'a nulle valeur (2).
Mais il y a plus : c'est que, dans le système protestant, les sacrements eux-mêmes n'ont de leur nature aucune efficacité et ne sont que de simples moyens pour exciter la foi, qui seule opère, qui seule fait l'application des mérites de Jésus-Christ, par lesquels nos péchés sont couverts, et qui sont en même temps des gages et des arrhes de la foi que nous pouvons avoir
(1) L'ouvrage entier de Dœllinger est dirigé vers cet objet. (21 Lib. m, c. m, § 12 et suiv.. édit. cit.
reçue et de la rémission des péchés qui en aura été la conséquence. Or, quelle foi le baptême peut-il exciter dans les enfants pour couvrir en eux le péché originel avec toutes ses manifestations futures possibles, je veux dire avec tous leurs péchés actuels à venir, si ces enfants sont incapables d'une telle foi (1) ? Comment ensuite, devenus adultes, peuvent-ils reproduire les effets opérés par le baptême au moyen de la foi, si cette foi n'a jamais été excitée par l'eau sainte versée sur eux dans un temps où ils étaient absolument incapables d'avoir une foi semblable? Et puisque, dans le système protestant, Y absolution, comme les novateurs ont coutume d'appeler le sacrement de pénitence, et la Cène, ne sont que de purs signes pour exciter la foi qui a déjà opéré dans le baptême, il s'ensuit pareillement que le baptême n'ayant été en eux d'aucun effet, aucun effet n'est atta-
(1) Qui des protestants admettrait aujourd'hui ce qu'écrivaient les centuriateurs de Magdebour g, Cent. 2, lib. 5, c. 4, que les enfants, au moment du baptême, font un acte de foi, « et fidei pul- « sus quosdam abditos intelligant, quoique in ipso tanto salutis « prsesidio quando eis cbristiana doctrina subvenitur, vocibus .. quibuspossunt, et motibus reluctentur, ut loquitur Augustinus.'» Luther aussi soutenait avec une telle assurance que les enfants ont cette foi actuelle au moment de leur baptême, qu'il était aile jusqu'à dire que, s'il n'en était ainsi, « prsestat amittere (baptis- « mum), quandoquidem nisi credat infans, nequicquam lavatur - [Contr. Cochl., et t. n, Ep. ad Melancht.). Ce mot de Luther devint un trait de lumière pour les anabaptistes.
Calvin, de son coté, écrivait sérieusement [Institut., 1. iv, c. 16, § 19) : - Quos (infantes) pleno lucis suœ fulgore illustraturus est •• Dominus, cur non iis quoque in pra?sens, si ità lubuerit, exigvâ « scintilla irradiaret , prsesertim si non ante exuit ipsos ignoran- » tia, quam eripit ex carnis ergastulis ? •• Si un catholique avait écrit ces paradoxes, quelles risées n'en auraient pas faites les protestants? mais comme c'est un Calvin qui l'a dit, il faut le croire.
ché non plus à ces signes employés pour reproduire ou exciter la foi, et, par suite, la rémission des péchés.
C'est aussi ce que paraissent sentir la plupart des protestants, comme ils le manifestent dans la pratique par leur indifférence pour ces moyens, qui trahit le peu de confiance qu'ils ont dans leur utilité. Qui, parmi les protestants, se met en peine d'obtenir l'absolution de ses péchés en ayant recours à la pratique sacramentelle destinée à cet effet? Qui d'entre eux songe à couvrir ses péchés en participant à la Cène? Ils y songent si peu, quMls ont aujourd'hui totalement oublié et même mis prudemment de côté la honteuse doctrine des chefs de la Réforme, qui, contre l'enseignement formel de l'Apôtre, qui prescrit à chacun de s'éprouver soi-même, c'est-à-dire d'éprouver sa conscience, pour ne pas s'exposer à recevoir indignement ou en état de péché mortel le corps et le sang du Sauveur (1) , avaient osé dire que la meilleure disposition pour s'approcher de la sainte Table était d'être disposé le plus mal possible ou avec une conscience chargée de péchés (2). Delà l'exhortation que les ministres protestants ont coutume aujourd'hui de faire avant de distribuer la Cène ; Que chacun, disent-ils, avant de la recevoir, purifie son âme. De là encore la cérémonie établie parmi eux
(1) ICor. xi, 28.
(2) C'est ce que Bellakmix, De Euchar., 1. IV, c. 17, art. 1, rapporte de Luther, qui n'a pas rougi d'écrire : » Optima dispo- « sitio, quô pessimè est dispositus. » A quoi CALVIN, dans ses Institut., 1. iv, c. 17, § 42, ajoute : •< Meminerimus has sacras .. epulas segrotis esse pharmacum, peccatoribus solatium, paupe- .. ribus largitionem ; quse sanis, justis et divitibus, si qui reperiri •< possint, nullum afferrent operœ pretium. ■
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de faire une confession générale au nom de tous les assistants, et l'absolution pareillement générale que ces ministres ont coutume de donner (1). Preuve évidente qu'ils n'ont pas pleine confiance, ou plutôt qu'ils n'en ont aucune dans la certitude qu'ils devraient avoir, d'après leur système, que leurs péchés sont entièrement remis ou couverts par la foi toute seule.
On dira peut-être qu'en tout cas il suffît de se repentir de ses fautes, attendu que Dieu n'a jamais rejeté un cœur vraiment contrit et humilié. Mais outre que les chefs de la Réforme dans leur système ont faussé la notion du repentir, en le réduisant ou au simple changement de vie, ou à la seule crainte des châtiments et à l'application ou appropriation des mérites du Sauveur par la foi (2), qui ne sait combien il est difficile d'avoir une contrition parfaite ! combien se flattent de l'avoir qui ne l'ont pas cependant ! Et d'ailleurs comment l'auraient tant de protestants, qui n'ont pas même l'idée de ce que c'est qu'une contrition parfaite? Ce n'est pas assez pour l'avoir que d'éprouver un dégoût, un remords naturel, inséparable de la conscience qu'on a d'une faute commise. Je pourrais pousser bien loin ces observations sur le système protestant, qui ne s'accorde guère avec la vraie doctrine de la Bible sur la contrition, seule doctrine cependant qu'ils prétendent admettre ; mais cela n'est ni nécessaire ni à propos pour le moment. 11 me suffit d'insister ici sur l'incertitude dans laquelle doit nécessairement être tout protestant sur un point d'une si grande importance.
Il Comme l'atteste entre autres Wegscheidek. 2] Voir Mu.hlkk. Si/mbuliqiif. t. i, c. ni, § 16.
Il ne reconnaît aucun moyen que Notre-Seigneur ait établi à cet effet; il n'a aucun signe extérieur, pour venir en aide aux dispositions intérieures de son âme, quoique, comme nous ne sommes pas des êtres purement spirituels, nous ayons tous besoin de signes qui agissent sur nos sens. Il n'a pas dans sa croyance le moyen d'épancher les sentiments de douleur et d'amour dont il devrait être pénétré, et de rendre ces sentiments en quelque sorte visibles et sensibles, conformément à notre nature. Lorsque l'àme est sincèrement et profondément touchée de repentir, elle éprouve en elle-même, elle sent un besoin de produire ce sentiment au dehors. Et de même qu'une nourriture malsaine altère la santé, vicie les organes et cause du tourment jusqu'à ce quelle soit expulsée du corps, de même le péché agite et tourmente le cœur de l'homme, tant qu'il ne s'en est pas déchargé par une confession sincère et spontanée, et c'est la similitude dont aimaient à se servir les Pères de ' l' Église (1). C'est ce que nous voyons se pratiquer même dans la société; lorsqu'on a offensé un ami, jamais on ne se croit pleinement et parfaitement réconcilié avec lui, tant qu'on ne lui a pas confessé ses torts (*2). Quels
(1) Ainsi Origèxe, Hom. n in Ps xxxvm,et Nom. m in Levitic; ainsi Tertulliex, De pœnilent-, c. 8. Les conciles ont également fait usage de cette comparaison, comme on peut le voir dans Scheffmacher, Lettres d'un docteur allemand de l'université de- Strasbourg a un gentilhomme protestant , t. I, lett. iv.
(2) C'est ce qu'a fort bien exprimé Mœhler, Symbolique, 1. i, § 23 : " Que deux ennemis désirent sincèrement se réconcilier, ils se sentent entraînés à confesser leurs torts, et ce n'est non plus que par cet aveu que leur réconciliation devient véritable, que la paix rentre dans le cœur. -
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doux moments que ceux que passe un pécheur, lorsqu'il confesse ses péchés dans l'amertume de son àme, qu'il s'en décharge auprès de celui qui tient sur la terre la place de l'IIomme-Dieu, et qu'il l'entend lui dire au nom de ce Dieu sauveur qu'il représente : Allez en paix ! vos péchés vous sont pardonnes. Courage, mon enfant, Dieu vous a remis tontes vos fautes ! Oh ! combien de fois le ministre de la réconciliation ne mêle-t-il pas malgré lui ses larmes à celles du pécheur pénitent, qui dans cet instant solennel se sent changé en un tout autre homme, qui se voit revêtu de la robe nuptiale dont le péché l'avait dépouillé, et se sent déchargé de ce poids énorme et insupportable qui avant l'accablait sans lui laisser de repos ! Qui pourrait exprimer la joie et le contentement dont est inondée l'âme de cet heureux pénitent, dont la conversion réjouit toute la cour céleste? Or, ce contentement, cette joie, le protestant y est toujours et totalement étranger; il se renferme en lui-même comme l'huître dans sa coquille; il s'assourdit lui-même, et reste plongé dans une mortelle incertitude. Et cependant combien de moments dans la vie où l'âme est saisie de crainte et jetée dans l'inquiétude à la pensée des redoutables jugements de Dieu ! Car il faut bien reconnaître avec l'Apôtre que c'est une chose effrayante que de tomber entre les mains du Dieu vivant (1). Non, non, les illusions auxquelles il n'est pas rare que l'homme s'abandonne ne donneront jamais une paix solide à l'âme à qui la conscience reproche les iniquités qu'elle a commises.
Il] lleb. x, 31.
Mais une autre source d'agitations cruelles et d'une désolante incertitude pour tout protestant, c'est la demande que naturellement il doit s'adresser à lui-même : Y a-t-il un critérium facile et simple, à la portée de tous, même des gens du peuple, pour discerner quelle est en fin de compte l'unique religion véritable, ou la vraie Église chrétienne, parmi tant de sectes qui ont la prétention de l'être? Nier l'existence d'un pareil critérium serait injurieux à Dieu, contraire au bon sens et par là même absurde. Qui se persuadera que le Sauveur des hommes, qui en s'immolant lui-même, en versant tout son sang, est venu établir et fonder sa nouvelle Église comme le moyen ordinaire, comme l'instrument universel du salut du genre humain, ait voulu après cela laisser les hommes dans l'incertitude et dar.s le doute, sans moyen de connaître avec certitude cette Église qu'il a fondée à si grand prix? Qui pourra se persuader que l'intention de ce divin Rédempteur ait été d'abandonner à la merci, au caprice ou au mauvais vouloir de chacun , le pouvoir de contrefaire ainsi son ouvrage, sans faire don en même temps aux hommes de bonne volonté, et qui cherchent sincèrement à le connaître, d'un critérium à l'aide duquel tous puissent le distinguer sans peine des contrefaçons des novateurs? Personne sans doute ne voudra le penser ou le dire. Or, si Jésus-Christ a donné à tout le monde, et pour tous les siècles, ce moyen de discernement à la portée de tous, quel sera-t-il enfin? Aucun protestant ne saurait se dissimuler à lui-même qu'à cette question ne se lèvent aussitôt mille prétendants, mille concurrents ou compétiteurs, dont chacun soutiendra que la
vraie Église instituée par Jésus-Christ, la seule qui soit légitime, le seul véritable christianisme, si l'on veut, c'est le christianisme qu'il professe lui-même. Chacun d'eux, la Bible à la main, les bras chargés de volumes, se mettra en frais de justifier ses prétentions et ses titres. Chacun d'eux fera l'apologie de son propre culte, de son propre catéchisme, des pratiques de sa secte, et si on le veut encore, vantera la pureté et la sainteté de sa propre communion. Ce ne sera pas trop du monde entier pour servir de champ de bataille à tant de prétendants. Ce que nous disons ici est déjà un fait notoire, public et général pour tous les pays de la Réforme.
Comment serait-il possible que tous eussent raison, s'ils sont divisés entre eux et ennemis les uns des autres comme autant de partis qui se font une guerre à mort ? Comment donc sortir de ce labyrinthe? Qui sera le juge, si chacun est juge autant que partie dans ce grand conflit? Quelles seront les données certaines pour la solution de ce grand problème? Nul moyen de le résoudre, nulle solution possible dans le protestantisme qui satisfasse à cette demande. Si quelque protestant s'avisait de la donner, il provoquerait contre lui-même autant de contradicteurs qu'il y a d'hommes qui, en fait de religion, pensent autrement que lui. Non, il n'y a rien pour le protestant qui puisse mettre là-dessus son esprit en repos. Et c'est ainsi que reviennent les agitations, les inquiétudes, les incertitudes qui doivent nécessaircment, au moins de fois à autre et dans les moments où l'on peut réfléchir, déchirer le cœur de quiconque M professe pas l'indiffërentisme religieux ou un athéisme pratique.
Mais autant ce problème, dont le résultat est si grave, est difficile et fâcheux, et disons la vérité, impossible à résoudre pour le protestant, autant il est facile, doux et consolant pour le catholique. A cette question : Quelle est, entre tant de communions diverses qui se disent l'Église de Jésus-Christ, la seule qui soit la vraie, et quel est le critérium sûr pour la reconnaître? le catholique a sa réponse toute prête, qui est de dire : C'est celle-là seule qui tire son origine de Jésus-Christ et des apôtres, ou ce qui revient au même : Celle-là seule qui précède toutes les autres clans l'ordre des temps. Cette réponse n'est pas seulement la seule facile et simple; elle est aussi la seule qui soit logique, la seule qui apaise les doutes, la seule qui réponde à tout, la seule enfin qui n'ait pas besoin de discussion, et qui soit à la portée de tout le monde, quel que soit le degré de connaissance , d'instruction et de culture. Sans en venir encore à l'application, chacun comprend que l'Église qui a tiré son origine de Jésus- Christ est la seule qui a reçu de lui la haute mission d'enseigner par toute la terre; chacun comprend que c'est à celle-là seulement que doivent avoir été faites les magnifiques promesses de l'assistance du ciel, nécessaire en tout temps pour une si difficile mission, et que doivent par conséquent appartenir toutes les propriétés de la vraie Église avec les notes qui en résultent, et qui sont l'unité, l'apostolicité , la catholicité et la sainteté ; chacun comprend qu'à elle seule conviennent les prérogatives d'autorité, d'indéfectibilité , d'infaillibilité, et les autres marquées dans les livres saints : et ainsi de tout Je
reste, comme nous l'avons déjà démontré au long dans notre seconde partie.
Cette base solide et inébranlable une fois posée, comme une roche qui s'élève du fond des eaux et qui domine sur le vaste Océan, il ne reste plus qu'à en venir à l'application, et à voir en particulier s'il existe une Église, et quelle est cette Église qui n'ait son origine que de Jésus-Christ et des apôtres. Mais qui ne sait avec évidence ; je parle d'une évidence historique, du reste complète et universelle; qui ne sait avec évidence, au moins comme fait, que cette Église, c'est la seule Église catholique, la seule Église romaine? J'ai dit évidence historique et connue de tous, au moins comme fait matériel et humain ; car, quand même on admettrait pour un instant toutes les corruptions prétendues, et même deux fois plus que celles que les protestants prétendent trouver dans cette Église; quand même on accorderait qu'il y a dans cette Église tous les abus, et même mille fois plus que ne lui en reprochent les communions séparées (1) , il n'en serait pas moins certain et indubitable que cette Église, comme fait matériel et historique, est la seule qui tire son origine de Jésus- Christ et des apôtres; qu'elle est la seule qui montre la succession non interrompue de ses pontifes depuis les apôtres jusqu'à nos jours, et que tous ceux qui ont formé des sectes, à commencer par les temps apostoli-
(1) Rappelons-nous toujours que les abus particuliers sont choses accidentelles, qui ne sauraient altérer l'essence de la chose en elle-même.
ques, ont commencé à une époque déterminée par se séparer de cette Église, et ont ainsi donné naissance à une communion qui n'existait pas auparavant; il n'en serait pas moins vrai que les communions schismatiques mêmes qui d'abord faisaient, avec cette Église, partie de l'unité catholique, s'en sont séparées pour former une nouvelle communion différente , et auparavant inconnue ; il n'en serait pas moins vrai qu'avant les réformateurs n'existait pas la Réforme. Observons ensaite avec soin qu'il n'est pas ici question de droit, mais simplement d'un fait (1). Or, que toutes les communions séparées de l'Église romaine nient tant qu'elles le voudront le droit de celle-ci, il n'y a ni secte ni individu, savant ou ignorant, rustre ou cultivé, appartenant à laquelle qu'on voudra de ces communions, qui révoque seulement en doute le fait de l'existence matérielle et historique de l'Église romaine ou de l'Église catholique depuis les apôtres jusqu'à nous.
Mais ce fait accordé, le droit découle de lui-même, puisqu'on ne saurait le nier sans tomber dans l'un ou
(1) Tous convenant que l'Eglise catholique a la priorité d'origine sur toutes les sectes, la question se réduit à déterminer l'époque où elle aurait perdu les titres et les privilèges dont elle a dû être investie par son divin fondateur. Or il est évident qu'elle ne les a pas perdus par la défection partielle de chaque secte, puisqu'elle a continué comme auparavant d'être ce qu'elle était, en dépit de ces défections partielles qui n'ont pu altérer sa constitution ou son essence. Toutes celles de ces sectes qui ont conservé quelque hiérarchie se glorifient de la tenir en principe de l'Eglise romaine, tandis que l'Eglise romaine n'est redevable de rien à aucune secte quelle qu'elle soit. Elle était en possession de tout ce qu'elle a avant que toutes ces sectes parussent dans le monde.
l'autre des deux inconvénients exposés dans le cours de cet ouvrage, savoir de supposer ou que Jésus-Christ a été infidèle à ses promesses, ou qu'il a été dans l'impuissance de les remplir. Que si Ton ne peut sans impiété faire l'une ou l'autre de ces deux suppositions, il s'ensuit en rigueur de logique qu'elles sont donc fausses, calomnieuses et tout-à-fait insoutenables, les accusations de corruption et d'abus qu'intentent à l'Église catholique avec tant de vivacité et de chaleur les protestants et les anglicans, à commencer par Luther, et à finir si l'on veut par le frivole Seymour (1), au moins dans le sens où ils prennent la chose. J'ai dit dans le sens où Us la prennent, c'est-à-dire dans le sens d'altérations essentielles, dogmatiques, morales, qui touchent aux principes et à la doctrine ; car notre intention n'est pas de nier que des hommes faibles ou mal inspirés aient pu introduire dans quelques Églises particulières des pratiques blâmables ou des abus, que l'Église en tout temps s'est appliquée à déraciner. Quand quelqu'un de tous ces ouvrages d'écrivains hétérodoxes, comme de Bull, de Porteus, de Mant et autres de cette espèce (2) , sur les prétendues
(1) Ce frivole écrivain, ex-ministre anglican, a publié un ouvrage sous ce titre : A pilgrlmage to Rome, c'est-à-dire un Pèlerinage à Rome, dont une seconde et brillante édition a paru à Londres en 1849. Dans cet ouvrage il a recueilli et entassé tout ce qu'il a cru trouver de rcprébensible dans les pratiques romaines en les exagérant, les travestissant, les interprétant en mal, pour donner l'idée la plus défavorable possible de cette Eglise à ses crédules anglicans, comme tant d'autres avaient fait avant lui. Mais que conclure de tout cela '. Rien que la malignité et la mauvaise foi de l'écrivain.
[2] Il v a en Angleterre une société de fanatiques qui a pris à
corruptions de l'Église de Borne ou sur la Papauté, vient à tomber sous mes yeux, sans daigner y jeter un regard, je dis à priori : Si cela était vrai, Jésus-Christ nous aurait donc trompés. Voilà toute la réponse que méritent ces libelles qu'on répand avec tant d' ardeur et de profusion parmi le peuple, pour l'étourdir ainsi et l'endormir stupidement dans la fausse Église où il se trouve, et nourrir en lui une haine aveugle contre l'unique Église véritable de Jésus-Christ (1).
tâche de multiplier tous les opuscules ou petits traites contre l'Eglise romaine sortis à diverses époques du cerveau de bigots anglicans, pour entraver ainsi le mouvement qui porte en ce moment tant d'esprits vers Rome. J'ai recueilli quelques-uns de ces petits traités, comme par exemple : Les cinq discours de Portées contre le papisme; Rome et ta Bible, de Faber ; Les Eglises de Rome et d'Angleterre comparées, par Mant; Les aberrations de V Eglise de Rome, par Bull; Le jeune ecclésiastique armé, etc.: et j'en ai ramassé jusqu'à 255 ! ! !
(I) Mgr Wisemax, clans sa Controverse catholique, conf. ix, vers la fin, a recours à une similitude ingénieuse pour peindre l'étatd'un homme qui cherche de bonne foi la vraie Eglise de Jésus-Christ. Celui qui attrait lu dans les livres saints la description du temple de Jérusalem, le seul nù l'on pût offrir à Dieu des sacrifices, avec ses dimensions, ses formes grandioses, la majesté de sa construction, n'aurait eu besoin ensuite que de le voir pour le distinguer des synagogues ou des simples lieux de prières qui pouvaient se trouver dans cette ville ou ailleurs. Sans chercher, par un examen et une comparaison minutieuse des diverses parties du monument, à s'assurer que c'était vraiment le temple auquel étaient réservés de si glorieux privilèges, la seule vue de ses formes majestueuses, de tant de prêtres et de lévites attachés à son service, et des sacrifices qu'on y offrait, lui aurait suffi pour faire ce discernement. De même, si l'on considère l'antiquité, la majesté de l'Eglise catholique, son imposante hiérarchie, son immense étendue qui embrasse l'univers entier, son unité compacte sous tous les rapports, on la reconnaît aussitôt pour l'unique Eglise du Sauveur entre toutes ces petites et mesquines sociétés qui ont chacune
Ce soin empressé, je dirai même cette affectation d'entasser raisons sur raisons pour se persuader à euxmêmes ainsi qu'aux autres qu'ils sont dans la bonne voie, toutes ces accusations accumulées contre l'Église romaine, sont autant de témoignages non équivoques de l'agitation qu'ils éprouvent en eux-mêmes et du soupçon qu'ils forment de n'être pas dans la voie de la vérité. Pour calmer leur propre esprit, il faut bien qu'ils cherchent à se distraire de cet objet qui les moleste.
Je pourrais multiplier les preuves de ma proposition ; mais, pour être court, je n'en dirai pas davantage sur cet article (1).
la prétention de l'être. Et pour cela il n'est pas besoin d'en venir à la discussion de chaque article en particulier.
(1) L'abbé Polge a fort bien développé ce sujet dans l'ouvrage intitulé : De la Réforme et du catholicisme aux hommes de bonne foi, Paris, 1842, ch. XI, dont le titre est : Tout tranquillise le catholique dans sa foi, et tout doit troubler le protestant dans la sienne.