‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 42 sur 52 · S II. — LE CATHOLIQUE A LA MORT · texte numérisé non relu

S II. — LE CATHOLIQUE A LA MORT

Aucun catholique, à son lit de mort, n'est passé à une secte non catholique pour assurer son salut. — Il y a au contraire des exemples sans nombre de non- catholiques qui, dans leurs derniers moments, ont abjuré leur secte pour se réconcilier avec Dieu en se réconciliant avec l'Eglise catholique. — La mort du catholique sincère: combien elle est douce. — Secours qu'il trouve dans sa religion. — Consolation qu'éprouvent au moment de la mort les protestants convertis. — Le comte de Stolberg. — Aucun protestant converti n'a songé dans les approches de la mort à quitter le catholicisme. — Quelles pensées de pareils faits doivent faire naître à un homme sage. — Imprudence du sectaire. — Péril où se jettent ceux qui, connaissant une la règle catholique, n'ont pas le courage de l'embrasser.

Une observation générale et fort importante se présente d'abord à notre esprit: c'est que jamais aucun catholique, aux approches de son agonie et de son trépas,

n'a abjuré le catholicisme pour embrasser le protestantisme ou toute autre secte. C'est plutôt le moment où il attache le plus de prix à sa qualité de catholique et témoigne le plus de reconnaissance à son Dieu pour l'insigne faveur qu'il sent plus que jamais qu'il a reçue de lui, de mourir dans le sein de son Église'. Je puis, avec la confiance certaine de n'être pas démenti, porter le défi à qui voudra l'accepter d'alléguer un seul exemple de catholique qui soit passé à quelque secte séparée, aux approches de sa dernière heure, pour assurer son salut. On ne saurait en produire un seul, parce qu'effectivement il n'y en a pas. Au contraire, les catholiques sont en état de citer des milliers d'exemples de non-catholiques de toute secte qui, voyant approcher la fin de leur vie, ont demandé et sollicité avec instance la visite d'un prêtre catholique pour faire entre ses mains abjuration de la secte dont ils avaient fait partie jusque-là, et obtenir par son moyen leur réconciliation avec Dieu et son Église.

A peine pourrait-on trouver un missionnaire ou un curé catholique, vivant parmi les protestants, qui ne puisse attester qu'il a été appelé par plus d'un protestant ou d'un anglican pour recevoir leur abjuration à leur lit de mort. Pour mon compte, j'ai entendu beaucoup de ces missionnaires, et de divers pays, me dire qu'ils avaient été assez heureux pour exercer ce ministère de réconciliation et pour voir mourir catholiques, dans les sentiments les plus édifiants, des gens qui jusque-là avaient paru les plus implacables ennemis de la religion catholique. Non-seulement ils les ont vus mourir réconciliés avec l'Église, mais ils ont été témoins de la paix

qu'ils goûtaient, de la joie et de la reconnaissance qu'ils ne pouvaient se lasser d'exprimer de se voir rentrés dans l'unité avant de rendre leur âme à leur Créateur. Et qu'on ne pense pas que ces heureuses conversions n'aient lieu que dans la classe du peuple; loin de là,c'est plutôt dans les hautes classes de la société que les exemples en sont, proportion gardée, les plus fréquents; et combien même de ministres n'ont pas, dans ce moment formidable, ouvert les yeux sur la fausseté et le vice radical de la secte dont jusque-là ils étaient les soutiens, et, cédant à la lumière de la grâce, ont eu le courage d'embrasser la vérité! Je sais aussi que bien d'autres ont désiré, dans leurs derniers instants, et demandé avec de vives instances un prêtre catholique, mais sans pouvoir l'obtenir, par un jugement impénétrable de Dieu, soit qu'il ne se trouvât pas de prêtre pour le moment, soit que les pasteurs, les voisins et les amis eussent empêché son accès avec une barbare cruauté. Or, cette double considération, qu'au moment de la mort aucun catholique n'a jamais douté de sa religion, mais que tous ont plutôt témoigné y être attachés plus que jamais, tandis que, dans ce même moment, tant de non-catholiques non-seulement ont douté de leur secte, mais l'ont quittée pour se réfugier dans le sein de l'Église comme dans un port tranquille et calme, afin d'assurer leur salut éternel, a été un des motifs pour lesquels le sage prince Antoine-Ulrich, duc de Brunswick, s'est déterminé à embrasser la foi catholique (1).

(1) Voir l'ouvrage intitulé Cinquante raisons qui ont engagé Antoine-Ulrich, duc de Brunswick, à embrasser fa religion ca-

Oh ! qu'il est beau le sort du catholique pieux, à sou passage de cette vie périssable h une vie immortelle! Par cela même qu'il s'en tient à croire ce que l' Eglise croit, il est déchargé de toute sollicitude et de tout souci. Enfant docile de cette Église que Dieu lui a

tkoliquej écrit qui a fait une profonde sensation en Allemagne au commencement du dernier siècle.

Le Dr Milner, vers la fin de sa lettre IXe, insiste sur ce point avec beaucoup de force; et après avoir dit que ceux qui, dans le céars de leur vie, éprouvent des doutes sur la vérité de leur religioa, doivent les éprouver encore avec un redoublement d'anxiété aux approches de la mort, il ajoute : « Aussi y a-t-il , je crois, bien peu de nos prêtres catholiques, exerçant un ministère étendu, qui n'aient pas été souvent appelés pour recevoir dans le sein de l'Eglise catholique des protestants mourants; tandis qu'on ne saurait citer aucun exemple d'un catholique désirant mourir dans une autre communion que la sienne, n Puis il cite en note l'exemple d'une grande partie de ces grands qui, après s'être montrés les plus ardents promoteurs de la prétendue réforme . comme Cromwell, comte d'Essex, vicaire ecclésiastique de Henri Vlll. revinrent à l'Eglise catholique lorsqu'ils se virent près de mourir. C'est ce que firent pareillement le principal protecteur de Luther, l'électeur de Saxe, la reine de Navarre, qui avait tant persécuté les catholiques, et plusieurs autres princes protestants. Quelques évêques de l'Eglise anglicane, tels que Goodman et Cheyney de Glocester, Gordon de Glascow, et probablement aussi Halifax de Saint-Asaph, sont morts catholiques. Le savant prélat dit encore qu'il pourrait citer, s'il était prudent de le faire, une longue liste de personnages titrés ou distingués d'ailleurs du temps où il a vécu, qui sont revenus à la foi catholique sur leur lit de mort, ou l'ont embrassée pour la première fois alors; et il conclut en disant que c'est une semblable considération qui avait ù terminé à se convertir Tobv Matbews, fils de l'archevêque d'York : Hugues Cressy, chanoine de Windsor et doyen de Laughlin; F. WaJainçham, et Antoine-Ulrich, duc de Brunswick. The End of religion» controversy, by the rev. J. Milner, London, 181S, ou La /in de la controverse religieuse, DémonsL évang., édit. de Migne, t. xvn coi. 633 et »'■ '

donnée pour mère, pour guide et pour maîtresse, il se soumet pleinement à ses enseignements et à sa divine autorité; il fait volontiers, avec toute la simplicité d"un enfant, l'humble sacrifice de sa raison à cette Église qui l'a reçu dans son sein par le baptême, qui, dès ses premières années, l'a pour ainsi dire allaité et nourri de la doctrine céleste, et l'a fortifié par l'usage des sacrements, ou qui, s'il était né dans une secte hétérodoxe, a été pour lui, en l'accueillant dans ses bras maternels, le puissant instrument de la miséricorde divine. Sa docilité même lui donne l'assurance de n'être pas dans l'erreur. Il se garde bien de secouer le joug de l'autorité que Dieu lui a donnée pour règle, et de prétendre se faire à lui-même, en conséquence de son examen privé, une foi meilleure que celle qu'il a trouvée dans l'Église. Il ne se traîne plus à la suite de quelque orgueilleux sectaire qui prétend substituer de nouveaux symboles au symbole ancien, et par cela même il est ferme dans sa foi, exempt de tout doute et de toute perplexité. Quel motif de confiance pour lui que cette pensée dans ce dernier moment î

Libre donc de tout soin comme de toute inquiétude, par rapport au compte qu'il doit rendre à Dieu de sa foi, le catholique fidèle ne peut avoir de sujets de perplexité que dans la conduite morale qu'il a menée. Et comme nous ne prenons pas ici pour objet de notre étude les héros chrétiens ou les saints proprement dits, mais plutôt les personnes qui ne s'élèvent pas au-dessus de la condition ordinaire de l'humanité, je puis bien accorder ici que le catholique ait à se reprocher plus d'une faute, et qu'il ait à répandre sur plus d'un égarement

de sa vie passée des larmes amères. Quoi qu'il en soit, il trouve d'heureuses compensations à sa douleur dans sa religion, qui ne contribuent pas peu à lui rendre le calme. Le prêtre catholique lui présente, contre les maux qui le font gémir, les remèdes les plus puissants, les plus efficaces; l'humble confession qu'il fait à ce prêtre de ses fautes passées ne tarde pas à être suivie du pardon sacramentel, et il entend prononcer sur luimême les paroles si consolantes de l'absolution, qui ont la vertu de lui remettre ses péchés au nom de Dieu, qui a conféré une telle autorité à ses ministres. Le saint viatique qui lui est administré, et dans lequel il croit fermement recevoir le corps adorable de son divin maître immolé pour lui sur l'autel de la croix, lui communique une force nouvelle, et lui fait naître une douce assurance du salut qui lui est offert. 11 n'est pas rare qu'un vif sentiment de joie pénètre dans l'âme du malade et lui fasse goûter de saintes délices, qui se manifestent jusque dans les traits de son visage. Les ministres de la religion catholique ont fréquemment le bonheur d'être spectateurs d'effets semblables, et quelquefois même celui de voir de douces larmes, que l'abondance des consolations que goûtent, au plus fort même de leur maladie, ces heureux pénitents, fait couler de leurs yeux. Enfin, ce qui met comme le sceau au calme et à la tranquillité que la religion leur procure, c'est l'onction sainte qui a pour effet d'effacer les restes de leurs fautes passées, d'apporter du soulagement aux douleurs qu'ils endurent, ou de leur donner la force de les supporter. Fortifié par tous ces moyens, le malade peut braver les assauts et déjouer les ruses de l'ennemi invisible, qui épie surtout ses der-

niers moments. Les sacrements qu'il a reçus lui donnent toute la force nécessaire pour lutter avec avantage dans le dernier combat qu'il lui reste à soutenir comme dernière épreuve de sa fidélité. L'Église n'en vient, pas moins à son aide par les sublimes prières dont elle entoure son agonie, et elle accueille et sanctifie les larmes déjà froides avec lesquelles il quitte la vie, cette vie qu'il avait commencée par les gémissements : double témoignage de l'exil qu'il termine pour rejoindre cette patrie, but suprême de sa foi, de son espérance et de son amour (1).

(1) On peut lire dans les Causeries du soir, ouvrage déjà cité de M. de Milly, p. 270, ou mieux encore dans l'ouvrage de Mgr Gerbet lui-même, ce beau morceau dans lequel Mgr Gerbet décrit si éloquemment la mort du chrétien catholique. Il est trop long pour que je le cite ici en entier; j'en rapporterai seulement ce court extrait : « La mort du chrétien est le chef-d'œuvre de la parole de vie ; et comme la confession, qui purifie l'homme, le prépare à recevoir tous les dons divins, elle a sa part, sa grande part dans la création des saintes morts. C'est alors surtout, c'est sur le seuil de l'éternité, que l'âme de l'humble chrétien apparaît dans ses magnifiques proportions, et, si je puis le dire, avec cette haute stature morale qui dépasse celle des plus sublimes mourants de notre ancien monde. Socrate, votre maître, Socrate dissertant en face de la mort pour prouver qu'elle n'est pas un mal, était-il aussi grand, dites-moi, était-il aussi beau que ce philosophe chrétien qui résumait toute sa sagesse en ce dernier trait de lumière : Je ne croyais pas qu'il fût si doux de mourir! Si vous aviez à faire le portrait de ces deux têtes, pour laquelle réserveriez-vous l'expression la plus inspirée! L'un pardonna à la mort, l'autre l'embrassa. « Pourquoi pleurez- vous .' Est-ce donc un péché que de mourir? » disait un jeune villageois expirant à sa famille agenouillée autour de lui. De pareils mots nous sont vulgaires. » Si ces pieux offices, ces secours spirituels que le prêtre catholique accorde aux mourants sont mis en parallèle avec le ministère glacé des pasteurs protestants, on n'aura que de la pitié

Ouoique ce soit là le table.iu que présente d'ordinaire la mort du pieux fidèle, il semble néanmoins que Dieu se plaise à faire goûter dans un degré encore plus éminent la douceur ineffable de pareils sentiments h ceux qui, à la suite de rudes combats, tant intérieurs qu'extérieurs, ont eu le bonheur de passer d'une communion non catholique à l'Église véritable. C'est une des récompenses de leur victoire, qui sert en même temps comme d'attrait pour engager les autres à suivre leur exemple. Ces heureux convertis ont coutume • de sentir plus vivement cette consolation qui accompagne le fidèle au départ de son exil. C'est une vérité confirmée mille fois par l'expérience , que ceux qui sont rentrés dans le sein de l'Église hors de laquelle ils étaient nés meurent inondés de délices et le cœur plein des sentiments de la plus vive gratitude pour ce Dieu. qui a signalé sur eux sa clémence et sa bonté en les appelant, des ténèbres de l'erreur où ils étaient plongés, à l'admirable lumière de la seule foi véritable.

Un exemple servira à prouver ce que j'avance , en montrant que le fait est ici au service de la théorie; et cet exemple, je le choisis de préférence dans l'histoire que je puis appeler contemporaine. J'ai parlé dans les chapitres précédents du célèbre comte de Stolberg, et

pour ces derniers. Ceux-ci se bornent à réciter on à lire à ! 'u :* »— nisant quelques passades de la Bible, comme on le voit par le fail que nous avons rapporté plus baut, et par Xewman dans la deuxième de ses conférences (pie nous citions tout à l'heure, et où il relève, p. 80-81, l'énorme différence qui se trouve entre la mort d'an protestant et celle même d'un mauvais catholique, sous le rapport des secours que celui-ci reçoit de la religion.

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