‹ Le protestantisme et la r`egle de foi (volume 3)Chapitre 7 sur 52 · III. — DE CEUX QUI ONT EMBRASSÉ LES PREMIERS LE PARTI DE LA RÉFORME · texte numérisé non relu

III. — DE CEUX QUI ONT EMBRASSÉ LES PREMIERS LE PARTI DE LA RÉFORME

Qualités, genre de vie et formes de doctrines des premiers partisans de la Réforme, — comme de ceux qui dans la suite en ont grossi le parti. — Honteux aveu qu'ils publient du feu impur dont ils brûlaient, et par là même de leur propre infamie. — Haine qu'ils se portaient les uns aux autres. — Portrait de ces hérétiques. — Désastres et insurrections dont ils ont été la cause. — Leurs guerres entre eux. — Récapitulation.

Je ne veux rien ajouter de particulier relativement à Bernardin Ochin, à Bugenhagen, à Buchanan, à Agricola, à Brentius, et à tant d'autres semblables héros qui se firent les premiers partisans, promoteurs et apôtres du protestantisme ou de la nouvelle règle de foi ;

(1) Lav athée, ibid., fol. 80; Hospin., op. cit., part. 2, fol. 250. 2) Theol. Calv., fol. 17 : « Bucerus an. 1551, Cantabrigiœ in - Angliâ rursùs parvâ cum honestate ad calvinistas defecit. >• (3) Voir Fellee, Dictionn., art. Bucer.

ce serait même chose à dire de tous, puisqu'ils n'ont différé les uns des autres que sur des points accidentels, qui pourtant ont été à leurs yeux des motifs suffisants pour se faire des guerres implacables. Tous également mobiles dans leurs articles de doctrines, les changeant ou les réformant sans cesse ; tous également lascifs et dépravés dans leurs mœurs : voilà l'abrégé de la vie comme de la symbolique de ces premiers sectateurs de Luther, de Zwingle et de Calvin.

Disons la même chose du vulgaire ou de la foule, comme on voudra l'appeler, de ceux qui vinrent à la suite grossir le parti de chaque communion. Ici encore s'offrent à nos yeux bien des prêtres et des moines, êtres immondes qui, ennuyés du célibat, furetaient à la recherche de quelque religieuse relâchée pour en faire leur proie s'ils pouvaient la trouver, et en finir avec elle par le mariage. Tous ces apostats, pour me servir de l'expression de Calvin lui-même, voyaient le nouveau Christ sous la forme d'une jeune fille (1); hommes tellement dégradés, qu'il ne leur restait pas même la pudeur de voiler leurs passions infâmes, el qu'ils ne rougissaient pas d'en faire l'aveu public, ou de déclarer qu'ils n'avaient pas la force de résister au feu qui les dévorait. On pourra lire dans la note cidessous la demande qu'ils adressèrent aux magistrats

] Parlant d'un gardien des franciscains qui avait apostasie et lui avait succédé à Genève dans le ministère pastoral, après que lui-même en avait été chassé, Calvin s'exprime ainsi : ■ C'est le gardien des franciscains qui, à l'aurore de l'Evangile, rejetait obstinément la lumière de vérité, jusqu'à ce que le Christ lui eût apparu bous 1 1 fomv d'une jeune tille, qu'il souilla et corrompit » Voir Audin, Hist, de Calvin, t t. p 286, 6* édition.

séculiers pour pouvoir contracter mariage, mais que la délicatesse des mœurs ne nous permet pas de traduire dans notre langue (1). C'était là, après tout, la véritable raison qui leur faisait embrasser la Réforme avec tant d'intérêt, la buona novella qui les faisait déclamer contre les abus de Rome, qui leur faisait trouver avec tant de facilité dans la Bible tant de doctrines aussi immorales qu'absurdes, et dont ils se servaient ensuite pour s'autoriser dans leurs dissolutions. On ne saurait croire avec quel zèle ces nouveaux apôtres se donnaient mille mouvements pour propager leurs rêveries, couvrant ainsi aux yeux des peuples du prétexte

1 Voici la supplique présentée à la république suisse au nom de Zwingle et des autres ministres ses partisans, tous prêtres et liés par des vœux, telle que nous la lisons dans les œuvres mêmes de Zwingle, t. i, fol. 114 et suiv. : •■ Piotate et prudentiâ insigni ■• Helvetiorum reipubliea? Hudelricus Zwinglius aliique evange- •■ licae doctrina? ministri gratiam etpacem à Deo... Hoc verô sum- ■• mis precibus contendimus , ne matrimonii usus nobis denege- • tur, qui carnis nostra? infirmitatem experti, castitatis studium « nobis à Deo non concessum esse sentimus. Si enim Pauli verba « consideremus, non aliam apud nos matrimoniorum causam. » quàm carnis ad libidinem calentem actum reperire licet, quam " in nobis fervere negare non possumus, cùm hujus ipsius opéra •• nos coram Ecclesiis infâmes reddiderunt, actum vero lihidinis .. eas carnis cupiditates et aflectus intelligimus. quibus bomo - tantùm non accensus carnis libidinosa studia animo suo versât, •• ut carnis furori satisfaciat... Hactenùs experti hoc donum nobis ■ esse negatum... Arsimus, prohpudor! tantoperù, ut multa <le- •■ décora gesserimus... ut citra jactantiam libéré loquamur, usque « adeii in civilibus moribus sumus, ut nullum ob flagitium maie .. audiamus apud gregem nobis creditum. hoc uno excepte •• Etait-il possible de faire avec plus de front et d'impudeur l'aveu de sa propre infamie! Vraiment Dieu, en punition de leur apostasie, les avait livrés m deskleria, in passiones ignommise, comme s'exprime l 'Apôtre au sujet des anciens philosophes païens.

d'annoncer ta pure doctrine l'unique motif foncier de leur apostasie.

Ces divers sectaires étaient tellement divisés entre eux, qu'ils se traitaient réciproquement d'hérétique», et s'anathématisaient avec une fureur incroyable. Les luthériens appelaient hérétiques les sacramentaires zwingliens et calvinistes; les zwingliens et les calvinistes en jetaient les hauts cris, et se vengeaient des luthériens en les appelant à leur tour enfants du diable.

C'est ce qui détermina Henri Loriti, surnommé Glaréanus, d'abord sectaire enthousiaste, à se détacher du parti de la Réforme, quand il en vit les désordres et les horreurs de tout genre, et à rentrer en même temps dans le sein de l'Église. Instruit par l'expérience de ce qu'étaient ces réformateurs, il exprimait ses sentiments à leur sujet dans les lignes suivantes, extraites d'une lettre adressée à Tscudi, son ami : « Je ne savais pas autrefois pourquoi on disait qu'il n'y a rien de plus difficile à convertir qu'un hérétique. J'ai eu besoin, pour le comprendre, de l'expérimenter moi-même. Sachez donc que les hérétiques sont des gens si durs , si revêches, si entêtés, qu'il serait plus facile d'avoir raison d'un morceau de bois. » Il disait encore que ce vers :

Os Evanyelium, cor dsemon, spirifits anguis,

exprimait à merveille le caractère de ces nouveaux croyants (1).

(1) Schrkibers, B'wgraph. Miltheilung nl>er ffeinrich Loriti

Je ne parle pas des horribles dévastations commises à leur instigation par les princes, et dont leurs doctrines d'ailleurs étaient la cause ; des insurrections qu'ils excitaient en tous lieux ; des maximes avec lesquelles ils rendaient non-seulement permise, mais même méritoire la résistance à main armée contre les chefs de gouvernements qui auraient voulu s'opposer au nouvel Évangile. Qui ne connaît les déclamations de Luther contre les princes (1)? C'est à lui qu'on attribue la cause de cette guerre si sanglante des paysans en Allemagne, dans laquelle périrent pour le moins cent mille d'entre eux, d'après les calculs les plus modérés, et où il se signala lui-même par des traits d'une vengeance implacable contre ces malheureux (2) . Zwingle professa la maxime que l'Évangile a soif de sang (o), et il en donna la preuve de fait en combattant lui-même en personne en bataille rangée contre les cantons catholiques de la Suisse, après les avoir réduits par la famine à la plus affreuse détresse. Je n'ai point à parler de Calvin et de son parti, dont la doctrine était que les princes étaient déchus de leur pouvoir par le seul fait de leur opposition à la vraie doctrine, c'est-à-dire à la réforme qu'il prêchait, et qu'on ne devait pas leur obéir, mais plutôt les traiter avec le dernier mépris (4). Par-

Glareanus, c'est-à-dire Notice biographique sur Henri Loriti Glaréanus, Fribourg, 1837, p. 89.

(1) Voir AuDrx, 1. c, p. 198, 2e édition.

(2) Ibid.j p. 90-125.

(3) Bullinger, dans sa préface In Semlerum de Filio Dei, écrit de Zwingle : « Dixit, fateor, Evangelium sitit sanguinem. »

(4) Calvin in Daniel., vi, v. 22-25 : « Abdicant se potestate

fout où son parti a prévalu, il s'est révolté contre les souverains : la France en a su quelque chose, aus-i bien que l'Angleterre sous l'infortuné Charles Ier.

Que dirai-je de la guerre intestine qu'ils se faisaient entre eux par leurs écrits? il suffira de rappeler que Cocceïus dans son Trésor catholique, et Hospinien dans son Histoire sacramentaire en ont formé, seulement pour leur temps, quatre volumineux recueils ou catalogues, distribués de cette manière : lre classe, comprenant les écrits des luthériens contre les luthériens; 2l classe, celle des livres publiés parles calvinistes contre les luthériens: oe classe, celle des livres des luthériens contre les calvinistes; l\° classe, comprenant les écrits des uns contre les autres en général sur la seule question du Sacrement, de l'an 157/| à l'an 1598 (1). Quant aux persécutions ou aux violences qu'ils exercèrent les uns contre les autres, j'en rapporterai brièvement quelques exemples, mais sans m'y arrêter, pour ne pas trop m' écarter de mon objet principal. Et d'abord, les universités qui ont embrassé ou

« terreni principes, dùm insurguitl contra Deum, imb indigni ■• sunt, qui censcantur in mimera liominum : potiùs ergo conspuere .. oportet in eorum capita, quàm illis parère. »

Or, ce sont ces mêmes luthériens et calvinistes qui ont lanl déc la m écontre les papes du moyen-âge pour avoir quelquefois délié du serment de fidélité tes sujets d'empereurs hérétiques et infidèles, quoique ces derniers n'eussent été élevés à l'empire et couronnés par les papes (pie sous la condition expresse île défendre l'Eglise.

(1) On peut lire aussi ces catalogues dans Bkkrklky à la fin de son ouvrage intitulé : ïh<j protestants ipologe for thr Roman Church, 1608, in-4°.

favorisé la Réforme ont toujours été en guerre entre elles, et leurs professeurs se sont toujours fait une guerre réciproque. C'est ce qu'on vit à Gottingue, à Zwinckau, à Wittemberg, àLeipsick, à Strasbourg, etc. Les ministres Àquila, Néogeorges, Arbiter, Bugenhagen, Cruciger, Forster, Eber, Georges Major, etc., ont vécu perpétuellement divisés. Agricola en vint jusqu'à rédiger cette formule de prière publique : « Priez encore contre ce vilain du Sud (Major), qui prétend que les bonnes œuvres sont nécessaires, etc. » 11 en fut de même de Menius, d'Érasme Sarcer, de Weller, de Belzius, de Gendenhaver, de Drakonites, etc., etc. Flaccius Jllyricus fut tantôt élevé jusqu'aux nues, tantôt honni, chassé d'un lieu à un autre avec sa femme et ses dix enfants, et il finit ses jours dans la misère, maudit par les siens avant et après sa mort, et enfin privé du viatique; tandis que d'autres, comme c'était la coutume, le proclamaient saint et rempli du Saint-Esprit. Christophe Lasius essuya plusieurs destitutions ; Irénée fut destitué et banni ; Musculus fut aussi destitué plus d'une fois; André Fabricius fut destitué et condamné à l'exil ; Conrad Porta le fut de même ; ainsi en fut-il de Thomas Gunther , de Barthélemi Gerhard, de Barthélemi Wolfhart, de Loner, de Reuscher, et de tant d'autres, dont les disgrâces n'eurent d'autre cause que des dissentiments de doctrine entre gens de même parti. Il semblait voir des animaux pleins de rage qui se mordaient les uns les autres, et se traitaient réciproquement, par ardeur de dévotion, $ infâmes hérétiques (!).

il) Pour les détails, je renvoie le lecteur k l'ouvrage savant et

Voilà un tableau raccourci et bien au-dessous de la vérité de ces fameux chefs de la Réforme et de leurs principaux disciples et associés. Telle est l'origine de cette Réforme si vantée, mais que les protestants ne sauraient envisager sans en rougir de honte et de confusion : origine où l'on ne voit en jeu que les passions les plus honteuses comme les plus désordonnées, où on ne démêle que le chaos, où on ne saisit que de palpables contradictions, non-seulement des uns avec les

profond de Dœllixger intitule : La Réforme, son développement intérieur et les résultats quelle a produits, traduit de l'allemand dans notre langue, en trois gros volumes, de 1847 à 1850, ouvrage précieux par l'abondance des documents rares et inédits qu'il contient, par la critique qui le distingue et qui le rend inattaquable, parce qu'elle se fonde partout sur les laits qui nous présentent l'idée la plus vraie de la Réforme.

Qu'on lui compare, par exemple, Merle d'Aubigné avec son Roman de la Réforme, convaincu de faussetés et de mensonges manifestes par Spalding, par Magxix, et par le savant cardinal Baluffi, l'ornement du sacré collège etdel'épiscopat italien, aujourd'hui évéque d'Imola, dans sa courte mais solide instruction pastorale publiée sous le titre : De la Réforme et des tentatives qu'on fait pour l'introduire en Italie, Imola, 16P0 ; enfin par d'autres savants. Et pourtant cet ouvrage mensonger est actuellement traduit en italien pour pervertir l'esprit catholique de ces contrées ! Dernièrement le D1" Merle d'Aubigné a reçu du roi de Prusse la décoration de la grande médaille d'or, accomp;.^iK V d'une lettre signée FRÉDKiuc-GriLLArME.et datée du château de Sans-Souci, 1 juin 1853, dans laquelle Sa Majesté exprime à l'auteur le vif intérêt qu'elle porte a vu outrage si opportun, ajoutant que son intention, en faisant l'envoi de cette médaille, est de reconnaître les solides recherches historiques dont le docteur a fait preuve: médaille et approbation que Sa Majesté aurait dû réserver aux savantes réfutations qui ont été laites de cet ouvrage, même, mais que Merle d'Aubigné n'a certainement pas méritées en faussant, comme il l'a fait, l'histoire par son système qui n'est qu'un jeu d'esprit.

autres, mais encore de chacun avec lui-même ; origine où se laisse voir une inconstance, une mobilité perpétuelle dans les nouveaux apôtres et dans leurs principaux adeptes, qui ne leur permettait d'avoir rien d'arrêté dans leurs articles de doctrine, et qui leur faisait prendre toutes les formes, selon les occurrences, comme de nouveaux Protées, sans cesser leurs variations autrement qu'avec leur vie; origine où se trahit l'esprit turbulent d'hommes factieux et dominés par un amour-propre inconcevable, au point non-seulement de se constituer juges en même temps qu'accusateurs de l'Église, de se préférer à elle, et de même à toute l'antiquité chrétienne, mais encore de témoigner un mépris sacrilège pour les auteurs sacrés tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, c'est-à-dire pour les auteurs divinement inspirés de cette même Bible, qu'ils ont donnée pour unique base de leur réforme ; origine où apparaît un dogmatisme absurde, blasphématoire, immoral, inacceptable aux yeux du simple bon sens lui-même, si bien que les protestants modernes semblent l'avoir presque entièrement répudié, en ne se contentant pas d'y avoir renoncé simplement, mais en y substituant en outre des principes tout contraires; car si ce fut autrefois un dogme fondamental parmi eux que la foi seule justifie et qu'elle rend inutiles les bonnes œuvres, aujourd'hui le rationalisme qui domine dans le protestantisme y anéantit la foi, à laquelle il substitue les bonnes œuvres comme l'unique condition nécessaire et indispensable à la félicité comme à la dignité humaine; si ce fut autrefois un dogme fondamental que la destruction totale des forces de la raison

et du libre arbitre dan? l'homme, le dogme fondamental aujourd'hui, c'est de croire que la raison est pleinement indépendante de la révélation, et que l'homme jouit de sa liberté absolue sans avoir besoin pour faire le bien d'aucun secours de la grâce; et de même de tout autre article; origine où la mutilation de la Bible, dont se trouvent retranchés des livres entiers, la corruption et l'altération des textes bibliques sont le crime commun des maîtres et des disciples, et le thème des accusations dont ils se chargent eux-mêmes les uns les autres; origine enfin où se montre la justice de Dieu infligeant à ces orgueilleux un châtiment .-emblable à celui dont il frappa autrefois les sages du paganisme, en les abandonnant à leur sens réprouvé, et 'les obligeant en même temps à en faire dans des écrits publicla confession la plus humiliante et la plus honteuse à la face de l'univers.

Je demande maintenant de nouveau si cette origine dénote l'esprit de Dieu; si un esprit bien fait ou un oœur droit peut voir dans toute l'entreprise de la Réforme l'œuvre de Dieu? Qu'on mette en regard l'une de l'autre l'origine du protestantisme et celle de l'Église de Jésus-Christ : y apercevra-t-on seulement un point de contact ou de ressemblance? Quelle humilité et quelle douceur, quelle simplicité et quel esprit de paix, quelle patience, quelles vertus enfin ne brillent pas dans les propagateurs du véritable Évangile, et non pas seulement dans les temps où il s'est établi, mais encore dans tous les âges subséquents! Que chacun voie ici par soi-même, et puis prononce; je ne veux pas prévenir ce jugement que chacun pourra porter.

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