HENRI VIII, CR03IWELL, CRANMER
Henri VIII ardent défenseur de la suprématie de droit divin du pontife romain. — Son dévoûmeut au Saint-Siège. — Quelle a été la vraie cause du parti que prit Henri VIII de faire schisme avec l'Eglise romaine. — Perfide conseil de Crormvell. — Caractère odieux de Henri à partir de son schisme. — Il conserve dans son entier la doctrine catholique, à l'exception de l'article de la suprématie du pape. — Illusion qu'il se fit sur ce point.
— Caractère moral de Thomas Crormvell, principe] instigateur du schisme. — Ses maximes. — Ses rapines. — Son supplice. — Caractère moral de Cranmer, autre propagateur de l'anglicanisme. — Désordre de ses mœurs. — Sa profonde hypocrisie.
— Sa conduite abjecte. — Homme sans religion, — traître à ses serments, — condamné comme coupable d'hérésie et do trahison. — Son supplice.
Henri VIII conçut-il le dessein de réformer l'Église d'Angleterre, ou pour mieux dire, d'élever cette nou-
velle Église sur les ruines de l'ancienne, en vue ou avec le désir de l'améliorer et de la réformer? Rien moins que cela. Il était si loin d'en avoir la pensée , que , dans son écrit composé contre Luther (1), non-seulement il avait hautement proclamé la suprématie du siège apostolique comme de droit divin, mais il l'avait encore défendue et garantie contre ce novateur par des preuves solides, en protestant que « rien n'égalait son dévoûment au Saint-Siège, et qu'il ne pouvait le lui témoigner en termes assez énergiques» (2). Offrons quelques extraits de ce livre à nos lecteurs. Gomme Luther avait affirmé que c'était des hommes que le pontife romain tenait sa puissance, Henri l'apostrophait en ces termes : « Ose donc nier que la communion chrétienne tout entière salue dans Rome sa mère spirituelle ! Jusqu'aux extrémités du globe tout ce qui porte le nom de chrétien, sur les mers et dans les solitudes, s'incline devant Rome! Si ce pouvoir que Rome s'attribue ne vient ni de Dieu, ni des hommes, Rome l'a donc usurpé, Rome l'a donc volé? Et quand? Voudrais-tu bien nous le dire? — Il y a deux siècles au plus! — Voilà l'histoire; ouvre-la. Mais si ce pouvoir est si vieux, que le principe en repose dans la nuit des temps , alors tu dois savoir qu'il est établi par les lois humaines, que toute possession dont la mémoire est impuissante à désigner la source est légitime; et que, du consentement una-
(1) .-Issertio septem sacramenionon. On connaît la traduction que Mgr de Villecourt, évêque de La Rochelle, a publiée de cet ouvrage. (Note du traducteur.)
(2) Voir AUDIN, Histoire de Henri 1 1IJ, t. r, p. 229, Paris,
nime des peuples, il est défendu de toucher à ce que le temps a fait immuable ! »
Luther avait soutenu que ces paroles du Christ : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel, s'adressaient non pas aux apôtres représentés d'âge en âge par leurs successeurs, mais à la communauté des fidèles, créant ainsi un sacerdoce que tout enfant recevait avec le baptême. Henri, pour réfuter le téméraire novateur, n'avait eu besoin que d'emprunter à l'histoire romaine le mouvement oratoire d'iEmilfus Scaurus : « Quintes, s'écriait le vieux Romain accusé par un misérable, Varus affirme et moi je nie : qui croirez-vous ? Et le peuple battit des mains. Je ne ne veux pas d'autre argument dans la question des clefs, ajoutait le roi. Luther dit que les paroles de l'institution s'appliquent aux laïques comme aux prêtres, et Beda dit non : qui croirez-vous? Luther dit oui, Ambroise dit non : qui croirez-vous? Luther dit oui, et l'Église tout entière se lève et dit non : qui croirezvous? »
Henri avait lu, selon sa coutume, quelques pages de son écrit à Thomas Morus, pour avoir son opinion. «Votre Grâce y prend-elle garde? lui avait dit le chancelier, qui ne flattait pas toujours le prince; mais le pape, souverain temporel, peut se brouiller avec l'Angleterre, et voilà un passage où vous exaltez outre mesure l'autorité du Saint-Siège, et que Rome vous opposerait en cas de rupture. — Non, non, avait repris vivement Henri : l'expression n'est pas trop forte ; rien n'égale mon dévouaient pour le Saint-Siège, et j^ ne
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saurais le lui témoigner en termes assez énergi ques. — Mais, sire, vous ne vous rappelez plus certaines dispositions du statut de Prcemuntre. — Et qu'importe, avait répliqué Henri, n'est-ce pas du Saint-Siège que je tiens ma couronne » (1)?
Mais rien de plus expressif que les paroles qui terminaient sa lettre adressée à Léon X, dans l'envoi qu'il faisait à ce pape (21 mai 1521) de deux magnifiques exemplaires, l'un manuscrit et l'autre imprimé, de son ouvrage dédié à Sa Sainteté : « Nous avons voulu faire entendre et faire voir clairement à tout le monde, y écrivait-il entre autres compliments , que nous saurons défendre et protéger en tout temps l'Eglise romaine, non-seulement par la force des armes, mais encore par les ressources de l'esprit et de la piété chrétienne. C'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir dédier à un autre qu'à Votre Sainteté ce fruit de notre étude et de notre faible érudition, tant à cause du respect filial que nous lui portons, qu'à cause de la sollicitude qu'elle étend sur toute la république chrétienne » (2).
Qui osera dire, après cela, que Henri ait entrepris sérieusement la réforme de l'Église anglicane ou par
(l) ibjd.
|2) « Innuere voluimus, omnibusque apertiùs demonstrare, nos " sanctam romanam Ecclesiam non solùm vi et armis, sed etiam •' ingenii opibus cliristianisque officiis in orane tempus defensuros « ac tutaturos esse. Primam ideô ingenii nostrseque medioeriseru- " ditionis feturam nemini magis quàm Vestrse Sanctitati dicandam •< consecrandamque esse diximus : tùm ob filialem nostram in •■ eam observantiam, tùm etiam ob sollicitam ipsius christianse ■ reipublicse curam. •• Ibid., p. 284-235 O livre, imprimé pour
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persuasion intime, ou par amour pour la vérité, ou par zèle pour la gloire de Dieu? Qui osera dire que ce soit le bien qu'il a eu en vue en opérant ce fatal bouleversement? Que les suppôts de l'anglicanisme s'appliquent tant qu'ils voudront à cacher la honte de son origine; jamais ils ne parviendront à montrer cette origine ailleurs que dans la luxure d'im prince débauché, dont la fureur fut portée à son comble par le refus qu'il essuya d'une concession de divorce avec sa légitime épouse, pour se marier avec une autre dont la beauté l' avait séduit. Il est bien vrai que, pour colorer sa demande, il alléguait les scrupules de sa conscience au sujet de son premier mariage, nul, disait-il, parce que la princesse qu'il avait épousée avait été mariée à son frère aîné Arthur, bien que ce prince fût mort avant qu'elle eût pu consommer son mariage avec lui. Mais quand est-ce que ces scrupules s'élevèrent dans l'esprit de Henri? Ce ne fut certes pas avant que sa vue eût rencontré les yeux d'Anne Boleyn, c'est-à-dire que ce ne fut qu'après dix-huit années de mariage, après avoir eu de sa vertueuse épouse plusieurs enfants, et depuis que Catherine, à raison de son âge avancé et de ses infirmités habituelles, avait cessé d'être l'objet de son amour et de sa tendresse. Malgré tout cela, il n'en serait pas venu encore à sa funeste résolution de faire divorce, si Anne s'était pliée,
la première ibis à Londres en 1521, portait en tète ee distique écrit de la main de Henri VIII :
Anglorvm nx Henricus, Léo Décime, mittit Hoc opus et fidei testem et amicitix.
Il se conserve toujours au Vatican.
à l'exemple de plusieurs autres, et comme Henri l'en sollicitait, à lui servir simplement de concubine, comme l'avait fait déjà Marie sa sœur aînée. Mais cette adroite et ambitieuse courtisane, trop bien instruite à l'école de Marguerite de France à la cour de François Ier, en même temps qu'elle employait tous les artifices dont est capable une femme de ce caractère à gagner le cœur du monarque, à l'enchaîner et à se l'asservir, se montrait ferme à ne vouloir céder qu'à une légitime alliance pour monter sur le trône avec le diadème royal sur le front (1).
Ce fut alors, et alors seulement, que le roi théologien vit dans le Lévitique, xvin, 16, qu'il était défendu à un frère d'épouser la sœur de son frère mort ; il ne voyait pas en même temps dans le Deutéronome, xxv, 5, que Moïse avait ajouté que, si ce frère était mort sans enfants, l'autre devait épouser sa veuve pour lui faire une postérité et ne pas laisser s'éteindre son nom. Or, tel était précisément le cas de Henri, d'autant mieux qu'Arthur n'avait jamais consommé son mariage avec Catherine. Mais, quand la passion, quand l'amour se fait théologien, il n'a des yeux que pour l'objet de sa tendresse. Le roi se met en tête d'écrire un traité sur le passage du Lévitique en question ; le pape Jules II, qui
(1) Mistr. Striklaxd, anglicane, dans ses Vies des reines d'Jn- (jlelerre, t. IV, p. 150, dit avec esprit, en parlant d'Anne de Boleyn, qu'elle ressemblait sous ce rapport à cette Poppcea de Tacite [rrncjx antiqux) qui traitait les affaires de cœur comme les affaires de la diplomatie. Anne avait été élevée et instruite dans cet art à la cour de François Ier. Voir Audix, ouvr. cité, p. 328.
Nous reviendrons sur l'ouvrage de Mistr. Strikland quand nous en serons à parler de la reine Elisabeth.
avait fulminé la bulle de dispense, axait excédé ses pouvoirs au jugement du prince; du moins la bulle n'était pas assez claire ni assez explicite pour lever tout doute, toute équivoque. Il consulte ses prélats et ses théologiens, dont plusieurs, comme il arrive en pareil cas, inclinent en faveur de la théologie de Sa Majesté. Il consulte les universités les plus célèbres de l'Europe, remue ciel et terre pour persuader à Clément VII la nullité de son mariage. Il met en œuvre promesses et menaces, tous les moyens en un mot, pour arriver à ce divorce et pouvoir donner sa main à la Boleyn. ' Bien qu'il eût à Borne d'ardents et rusés ministres qui n'épargnaient rien pour séduire le sacré collège des cardinaux, et par eux le souverain pontife. Clément ne se laissa point fléchir, et la majorité de^ cardinaux fut de même inébranlable. Le feu de l'amour cependant faisait de plus en plus sentir sa force au cœur de Henri; le prince s'irrita de tous ces refus, devint impatient de plus longs délais. Il ne convient pas à mon dessein de m'engager dans le vaste labyrinthe de cette affaire si compliquée, qui au reste a été mise dans tout son jour par d'habiles écrivains de ces derniers temps, appuyés des documents les plus authentiques et de l'autorité des anciens auteurs anglicans euxmêmes (1).
(1) Outre Lingakd, dans son Histoire d' Angleterre t Cobbett, dans son Hist. de la Réform.anglic., et Arnix, dans son Uist. de Henri f'III, Water'\vortii a publié un écrit in -8° fort remarquable intitulé : The substance of six historical Lectures on the origin and progress in this country of the change of religion called the lie/or mat ion, Newark, 1839, auquel on n'a opposé encore aucune réplique, L'Histoire du schisme d'Angleterre de Bernard
Ce que nous pouvons dire, c'est que Henri n'épargna ni argent, ni sorte de présents, ni collations de prélatiires pour se faire des adhérents et des complices du dessein qu'il avait formé de rompre avec Rome pour punir le Saint-Siège de ses résistances, suivant l'inspi-ration que lui fit naître enfin Thomas Gromwell, dans le désespoir où il était de triompher, même par ses menaces, de l'inflexibilité du souverain pontife. J'ai dit l'inspiration que lui fit naître enfin Cromwell de rompre arec Rome ; car le roi se sentait découragé et allait jusqu'à se plaindre d'avoir été trahi par ses conseillers, qui lui avaient donné à entendre qu'il était très facile d'obtenir du pape la dissolution de son premier mariage; il était consterné et tout mélancolique de voir qu'il s'était compromis et perdu dans l'opinion. Ce fut dans cette conjoncture que Cromwell entreprit de lui persuader qu'il n'avait aucun besoin de l'approbation de Rome pour ce divorce, en faveur duquel il avait les réponses affirmatives de plusieurs universités et d'habiles théologiens; et il lui suggéra deux idées qu'il n'avait pas encore conçues, l'une de s'arroger la suprématie spirituelle clans son royaume, l'autre de mettre tout le clergé dans sa dépendance par la collation des dignités et des bénéfices. Cette suggestion perfide fit sortir le roi comme d'une profonde léthargie et l'ébranla vivement. A partir de ce moment, il n'eut d'autre pensée que d'en venir à l'exécution, prit à son service l'aventurier Cromwell et lui conféra la charge de con-
Davanzati, dont une nouvelle édition a été publiée en 1S37. et Y Angleterre de Bartoli sont deux ouvrages italiens sur le même sujet qui méritent également d'être distingués sous tous rapports.
seiller privé, sur d'avoir en lui un habile coopérateur et un instrument actif pour son grand dessein (1).
Telle est la véritable et unique origine du schisme anglican, efïet de la flamme impure d'un roi voluptueux, orgueilleux, despote, qui l'entreprit avec une ardeur forcenée, l'exécuta avec une persistance opiniâtre, et trouva pour cet effet des complices dociles dans un clergé avili, et des instruments dans des hommes qui ne soupiraient qu'après la spoliation des églises et des monastères. Tous les historiens s'accordent à nous dépeindre Henri sous les traits odieux d'un monstre couronné, d'un roi qui, depuis ce premier éclat, ne mit plus de bornes à ses rapacités et à ses violences; qui fit périr sur l'échafaud, l'une après l'autre, plusieurs de ses femmes; qui remplit son royaume de sang, et sacrifia avec une noire ingratitude les deux plus grands hommes de son temps, Fisher et Thomas Morus, pour prix de leur courage héroïque à s'opposer à son attentat sacrilège (2).
i Voir Wateiuvorth, ouvrage cité, Second Lectures, p 1 et suivantes.
(2) Voici en peu de lignes le portrait que Davanzàti nous a tracé de Henri VIII dans son Histoire déjà citée : <• Il aima les lettres, favorisa les savants, adora le sacrement de l'autel, communia sous une seule espèce. Il aurait été catholique, s'il n'eût été libertin et dissipateur. Toute femme dont la beauté frappait ses n garda devait être sa proie. Il avait l'esprit pénétrant, une grande force de jugement ; mais, adonné aux plaisirs de la table et aux excès du vin, ce prince, qui dans sa jeunesse charmait les regards par ses formes élégantes, devint si replet, si démesurément chargé d'embonpoint, qu'il ne pouvait plua entrer par les portes ni monter les escaliers. Il vécut cinquante-six ans. Marié à l'âge dé dixhuit, il n'eut pendant l'espace de vingt-six années d'autres femmes
En séparant l'Angleterre du Saint-Siège, Henri, si Ton excepte l'article de la suprématie spirituelle du pape, ne prétendit faire aucune innovation en matière de foi; il fut même jaloux de conserver le titre de défenseur de la foi qu'il avait reçu de Léon X, se montra plein de zèle pour la conserver dans son intégrité à sa manière, et envoya plus d'une fois au gibet, attachés à la même chaîne et liés ensemble, catholiques romains, luthériens et sacramentaires. En deux mots, il prit à cœur de former une Église catholique, mais qui ne fût pas romaine. Il retint pour cette raison les articles du sacrifice de la messe, de la présence réelle, des sept sacrements, du culte et de l'invocation des saints, de l'usage et de la vénération des saintes images, enfin tout ce qui appartient au dogme et au culte catholiques (1). Il se trompa au reste, lourdement en pensant
que Catherine; mais il en eut six nouvelles dans les douze dernières de sa vie. Il fit trancher la tète à deux; la troisième mourut en couches; il divorça d'avec deux autres ; pour la sixième, il n'eut pas le temps de la faire mettre à mort. Avant son premier divorce il n'était point sanguinaire ; dans toute cette première partie de son règne, il n'avait fait mourir que quelques gens du peuple et deux gentilshommes seulement... A partir de son divorce et de son schisme, on ne saurait compter le nombre de grands personnages qu'il immola. Les registres puhlics font mention de trois ou quatre reines, de deux princesses, de deux cardinaux, dont l'un du moins fut exécuté ; de douze ducs ou marquis ou comtes avec leurs fils; de dix-huit barons ou chevaliers; de treize abbés et prieurs, de soixante-sept moines ou prêtres, et d'un nombre infini d'autres tant nobles que roturiers. »
(1) Voir WaterwohïH, ouvr. cité, p. 63, où cet auteur rapporte en abrégé les articles proposés à croire, parmi lesquels sont mentionnés expressément l'usage des images dans les églises, le nombre des sept sacrements, la présence réelle, en même temps que
pouvoir conserver longtemps la Toi dans son intégrité avec une Église séparée du centre de l'unité catholique» On commençacTyfaire brèche dès le règne <T Edouard^ I.
son successeur immédiat, et, après le règne si court do ^\]aiïe, la symbolique de cette Église fut tellement retouchée, remaniée, réformée par Elisabeth et les rois qui vinrent après elle, avec le concours des parlements, qu'il ne resta plus rien sur pied de l'ouvrage de Henri, sauf le schisme, il suffirait, pour le prouver, du procès intenté ces dernières années au célèbre Pusey et de la sentence de condamnation prononcée contre ce docteur d'Oxford par son évêque, pour avoir soutenu la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, bien qu'il l'eût fait d'une manière si faible et si imparfaite, qu'on ne saurait y démêler le véritable dogme catholique sur cet article de croyance.
Que dirons-nous maintenant du caractère moral des coopérateurs de Henri , et de ceux qui consommèrent son œuvre de réforme de l'Église anglicane? Les principaux comme les plus actifs auxiliaires de Henri, en mettant à part le célèbre cardinal Wolsey, qui ne seconda qu'indirectement les vues du despote, dont il
l'Eglise s'y trouve définie : Abody ofmen maintaining theunity
of jailli, ope and c/tarity, and also possessmg the right use and due administration of the sacrements ; c'est-à-dire: » Une société d'hommes qui maintiennent entre eux l'unité de foi, d'espérance et de charité, et possèdent aussi le droit, l'usage et la légitime administration des sacrements. » On voit bien qu'il n'y est dit mot de la suprématie du pontife romain. Et il est bon d'observer que le livre qui contient ces articles a été composé par le roi sous la direction de Cranmer pour être proposé à l'approbation d'uni' assemblée de laïques convoqués à cette lin sous la présidence de ce même Cranmer.
finit même par être victime, furent Thomas Cromwell, dont nous parlions tout à l'heure, et Thomas Granmer : le premier reçut le châtiment de sa félonie sous ce même Henri, le second subit le sien sous la reine Marie. Or on ne saurait dire lequel de ces deux hommes était le pire, tant ils étaient méchants tous les deux. Parlons d'abord de Cromwell. Non-seulement il fut l'instigateur et l'architecte du schisme anglican; mais il en fut de plus en grande partie le promoteur et l'exécuteur. Homme formé à l'école de Machiavel, dont il vantait les ouvrages comme manuel du courtisan, il faisait profession de croire que le vice et la vertu n'étaient que des mots, et que le grand art du politique consistait à pénétrer le voile sous lequel les souverains jugent prudemment à propos de cacher leurs véritables intentions, et à deviner ce qui est le plus expédient pour pouvoir contenter ses propres désirs sans paraître rien faire de contraire soit à la morale, soit à la religion (1). Son caractère était si détestable et en même temps si détesté, qu'on croyait généralement, à la suite de la disgrâce du cardinal Wolsey, que son avocat était jeté en prison, parce qu'effectivement il le méritait par ses vices (2). Le roi lui-même, lorsqu'il entendit pronon-
ilj Voir The history of the life of Reginald Polus, the second edit., London, 1767, vol. i, scct. i, p. 81 et suiv., où sont rapportées an long les maximes de Cromwell, ainsi que le discours qu'il tint au roi, enfin la manière dont le cardinal Polus pénétra longtemps d'avance les sentiments de cet homme.
2 Voici les paroles du cardinal Polus, telles qu'elles se lisent dans son Apolog. à l'empereur Charles-Quint : •< Hoc enim affir- » mare possum, qui Londini tùm adfui, et voces audivi, adeù •■ etiam ut per civitatem rumor circumtérretur eum in carcerem
T. Iil 8
cer le nom de Gromwell, dédaigna d'abord avec horreur de se servir d'un tel instrument, et sa répugnance ne put être vaincue que par la pressante recommandation du comte de Bedfort. Le comte fit surtout valoir en faveur de son protégé que personne en Angleterre n'était plus propre à servir les vues hostiles du roi contre le pape, et ce fut ainsi que le prince se laissa persuader de lui accorder audience pour le conseil que celui-ci s'était mis en tète de lui suggérer (1). Tel était l'homme qui, plus que tout autre, a contribué à la grande réforme d'Angleterre par le conseil qu'il donna, par ses instigations et sa coopération active : un homme que la voix publique déclarait digne du dernier supplice, un homme qui avait une soif insatiable non-seulement des honneurs et des dignités, mais encore des richesses dont il ne songeait qu'à dépouiller les monastères et les églises, comme il s'était exercé à le faire dès le temps où il était au service de Wolsey, en provoquant la réforme et la suppression d'un certain nombre de couvents; il commit à cette occasion de très grandes rapines et de violentes exactions, qui le rendirent l'objet de la haine publique et le firent juger digne de la prison et de la potence. Au fond, toute la suite de sa vie n'a été qu'une chaîne non interrompue de crimes et d'injustices. Le supplice auquel il avait échappé après la disgrâce de
•« fuisse detrusum, et prope diem productum hï ad supplicium... « Ut inter intimos ac primarios consiliarios cognosceretur ille » quem pojmlus paulô anto ad furcam poscebat. atque in carce- « rem atque vincula conjectum fuisse nemo dubitabat. Ha?c enim •■ communis vox omnium erat. » § 27 et suiv. (1] Voir Wateewoeth, ouvr, cité, Lect. n, p. 1.