‹ Le protestantisme et la r`egle de foiChapitre 16 sur 30 · HI · texte numérisé non relu

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autre moyen, la connaissance de tout ce qu'ils avaient à croire pour être sauvés. Dans toutes ces convexe il n'est dit mot de l'Écriture, si <•(■ n'est qu'elle a servi aux habitants de Bérée de motif de crédibilité pour croire à l'Évangile, en voyant l'accord des prophéties avec l'accomplissement qu'elles recevaient en Jésus-Christ, que Paul leur annonçait. Ils examinaient tous les jours les Ecritures, porte le texte sacré, pour voir si ce qu'on leur disait était véritable (1). Or, si un effet ne se continue qu'en vertu de la cause qui Ta produit, il faut dire que la toi n'a dû se maintenir dans sa pureté qu'en vertu de cette prédication même, ou de cet enseignement de vive voix dont elle a tiré son origine.

Cette vérité est, en outre, confirmée par les prescriptions générales faites, comme l'Écriture le rapporte, par Jésus-Christ et ses apôtres. Notre divin Rédempteur ne recommande jamais rien avec plus de force que la soumission due à ses envoyés, nonseulement pour les choses à faire, mais encore et surtout pour les vérités à croire. En voici des témoignages bien visibles : Celui qui vous écoute coule (2). Si quelqu'un n'écoute pas C Église, qu'il soit pour vous comme un païen et un publicain (3). Si quelqu'un refuse de vous rec

1 Act. xvii, il.

2 Lu» x. L6. MàTTH., xviii, I-

et d'écouter vos paroles, en sortant de cette maison ou de cette ville, secouez la poussière de vos pieds : en vérité, je vous le dis, les peuples de Sodome et de Gomorrhe seront traités avec moins de rigueur que cette ville au jour du jugement (1). Je prie non-seulement pour eux {c'est-à-dire pour les apôtres), mais aussi pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous ensemble ils ne soient qu'une même chose (2). De ces témoignages et d'autres semblables il résulte évidemment que Tordre voulu par le Sauveur dans son Eglise, par rapport à la propagation et au maintien de la foi, a été qu'elle reposât tout entière, non sur l'Écriture, dont il n'est jamais dit mot. mais uniquement sur l'autorité vivante de ceux qu'il envoyait comme ses députés et ses représentants. Cette mission, sans doute, ne se bornait pas aux seuls apôtres, mais elle s'étendait àtousleurs successeurs qui auraient à continuer leur œuvre jusqu'à la tin des siècles, comme il le fait entendre lui-même, et par les dernières paroles que nous venons de rapporter, par lesquelles il prie aussi pour ceux qui, à la parole des apôtres, croiraient en lui, et plus clairement encore par celles qui terminent l'Évangile de saint Mathieu : Voilà que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consom-

motion des siècles (1). Or, que ce ministère dût comprendre spécialement le maintien des véritéë de loi dans leur intégrité et leur pureté, la nature de la chose le dit asse2 d'elle-même, et les parères du Sauveur : afin que tous ensemble ils ne soient qiCunè même chose, e'est-à -dire qu'ils soient étroitement unis par les lions de la foi comme de la charité, ne nous en laissent aucun doute possible.

Les apôtres à leur tour nous le prouvent admirablement par tous leurs actes. La plupart de leurs écrits ont pour but do garantir la foi qu'ils avaient prêchée des explications maladroites, fausses et erronées des faux apôtres, des faux prophètes, des Antechrists, comme ils les appellent, ou des novateurs et ^\^> hérétiques, qui dès lors s'élevaient de tous côtés pour corrompre le sacré dépôt par les interprétations individuelles de leur sens privé.

(1) Mgr Wiseman, daus la quatiionie conférence de sa Cm* traverse catholique, analyse avec exactitudece texte de sainl Mathieu, et par la force du des observations philo-

logiques, par le parallélisme des mots el des choses, il fail voir clairement qu'il s'agit d'une manifestation plus spéciale de la divine Providence, à L'égard d mnes à qui Pieu dit dans

l'Ecriture : Je suis avec vous ou Je siiis une tu! e eque

U promet alors de veiller d'une manière toute spéciale leurs intérêts, et de faire que toutes leurs entreprises réussissent infailliblement. U démontre en outre que ces paroles: tous les jours jusqu'à ta fin des siècles, ne doivent s'entendre que du temps qui s'écoulera jusqu'à la fin de toi s. Nous

présentera s ■ • preuves dans notre seconde partie.

- I8i — Les preuves de cette vérité abondent, et sont on ne peut plus claires. L'apôtre saint Paul s'élève avec force contre ceux qui prenaient dans le sens d'une résurrection spirituelle et morale la doctrine de la résurrection future des corps (4 ) ; il se récrie vivement contre les faux docteurs qui permettaient l'usage des viandes immolées aux idoles (2) ; il prémunit les Thessaloniciens contre les vaines appréhensions que cherchaient à leur inspirer ceux d'entre eux qui, entendant à rebours ce qu'il leur avait écrit de la seconde apparition de Jésus-Christ, donnaient cette apparition pour imminente et répandaient ainsi parmi les simples de fausses alarmes (3); il tonne fréquemment contre les hébraïsants qui étaient parvenus à séduire beaucoup de fidèles, et particulièrement ceux de la Galatie, à qui ils faisaient envisager comme nécessaire au salut l'union des rites judaïques avec la loi chrétienne. Il avertit Timothée des temps fâcheux qui étaient arrivés ou imminents, où de faux docteurs répandraient des doctrines perverses en matière de foi comme de morale (4); en conséquence, il lui recommande avec instance de garder avec une fidélité inébranlable le précieux dépôt de la foi, et de le confier à des hom-

I I Cor. XV.

(2) Ibid. x, 11 et Buiv.

(3) II Thess- h. I *'t suiv.

(4) I Tint. iv. 1 el suiv.

mes fidèles qui sauront le conserver après lui dans son intégrité et instruire les autres à leur tour (1). 11 recommande à Tite de fuir la société des hérétiques, après l<s avoir avertis une ou deux fois (2). De môme l'apôtre saint Jean ne s'est pas contenté d'écrire son Évangile pour l'opposer aux erreurs des docètes et des cérinthiens ; mais dans ses épîtres encore, surtoui dans sa première, il s'applique à démasquer les faux docteurs (3). Saint Pierre, dans sa seconde épître, et saint Jacques dans la sienne, prémunissent les fidèles contre l'abus que quelques-uns faisaient des épîtres de saint Paul (h). Même chose à dire de l' épître de saint Jude. Il est clair, par tous

! I Ton. vi. 20, et TI Tim. h. 2.

2 /'■/. m. LO.

3 C'est ce qu'attestent sain! [renée I. m, c Ll, éd \ • M saint Jérôme dans son catalogue.

(4) II Pierre, m, L6; Jacq., ii. 11. Michaëlis, op. cit., t. iv. c. 26, sect. 6, nie que tel fût le but de l'auteur de cotte épître car il doute qu'elle suit de l'un des deux apôtres de ce m c'est-à-dire d'inculquer la nécessité des bonnes œuvres pour le salut contre ceux qui niaient cette nécessité en abusant de l'épître aux Romains. C'estcependant lesentim éré

de la plupart des interprètes. Mïchaélis s'appuie ici sur de pures conjectures. VoirCi.i lérder, /:$sai. 3e div., sect. 1. Èpitre de saint Jacques, où, d'accord avec Hug, il prouve avec beaucoup de force que l'hypothèse de .Michaëlis est inadmissible, et que l'apôtre saint Jacques fait visiblement allusion au chap. iv de l'épître aux Romains, dont abusaient étrangemenl certains faux docteurs.

ces exemples que, bien loin de donner les Écritures pour unique règle de foi et juge suprême des cont inverses, les apôtres se réservaient ce jugement à eux-mêmes, et après eux à ceux qu'ils avaient établis pour leur succéder dans le ministère de la prédication. Or, parmi tant d'instructions qu'ils leur laissent, ils ne disent jamais mot de cette règle, et au contraire ils ont agi et parlé précisément b rebours de ce que prétendent les protestants.

Mais voici un autre argument défait tiré des Ecritures, et qui démontre clairement que l'interprétation individuelle n'est pas la règle que nous cherchons. Il s'éleva parmi les nouveaux chrétiens d'Antioche une question qui troubla cette Église naissante et la tint très agitée: c'est la question des observances légales que quelques-uns croyaient nécessaires au salut. Dans le système protestant, tout fidèle aurait pu la décider seul par soi-même. Nul besoin d'avoir recours à une autre autorité, surtout si l'on eût admis l'inspiration particulière de l' Esprit-Saint , et il n'y aurait eu lieu à des dissentiments et à des discussions d'aucune sorte. Cependant il arriva tout le contraire. Les fidèles étaient divisés entre euv , les opinions internes et flottantes: tout était en combustion et en désordre. Dans cet étal de choses on ne pouvait faire appel aux seuls apôtres Paul et Barnabe, parc»' que les perturbateurs les axaient rendus suspects aux fidèles. On fut donc obligé d'avoir recours au collège

apostolique résidant à Jérusalem. et cette autorité trancha, comme on le sait, la question par une déci* Bon solennelle. Or, qu'on veuille bien remarque»

cette décision fut précisément tout oppoi l'interprétation individuelle de l'Écriture, sur laquelle s'appuyaient les nouveaux docteurs, qui y trouvaient d'un coté clairement exprimée l'injonction de telles observance dans toute la législation mosaïque H dans tous les écrits dos prophètes, tandis que d'un autre côté il u"\ était l'ait nulle part mention expresse dedérogation à ces observances, assez du moins pour l'aire cesser toute anxiété et tout doute sur un point d'une aussi grande importance que celui d'où dépendait à leurs yeux le salut éternel.

Lors doue qu'il s'élevait un doute ou quelque point difficile à résoudre entre l< chrétiens de l'Église naissante, ils n'en appelaient pas à la Bible comme à leur juge suprême et infaillible, mais à l'autorité vivante de leurs pasteurs et de leurs maîtres tels qu'étaient les apôtres. Preuve Irrécusable que ce n'étaient pas là les leçons qu'ils avaient reçues, ni la règle qui leur avait été imposée; autrement, eomment douter qu'ils n'en eussent l'ait usage? Les apôtres ensuite, ou chacun à part, ou réunis en concile, jugeaient ces questions portées à leur tribunal. Et il ne pouvait en être autrement, puisque cette époque, ou bien les livres du Nouveau Testament n'étaient pas composés, nu bien il en manquait encore une

bonne partie. Ainsi ridée que l'Écriture elle-même nous présente du juge suprême des controverses, ou ce qui revient au même, de la règle suprême de foi , dès les premiers commencements du christianisme , nous apparaît toute contraire à celle que voudraient en donner les protestants.

L'Écriture ne nous fournit pas seulement des arguments négatifs dans la conduite quelle nous présente des apôtres et des fidèles, pour renverser la prétention ou la machine élevée par le protestantisme : quelque forts et invincibles dans le système de nos adversaires que soient déjà ces arguments, l'Écriture nous en olïre aussi de positifs et d'une plus grande force encore. Tel est celui que nous suggère l'apôtre saint Pierre, qui attaque de front cette prétendue règle. Cet apôtre déclare dans sa seconde épitre que la prophétie de l'Écriture (soit qu'on entende par ce mot de prophétie les prophéties proprement dites ou les écrits des prophètes, soit qu'on entende l'Écriture entière) ne doit pas s'expliquer par une interprétation particulière; mais que cette explication doit se faire par le même esprit qui les a dictées. Et l'apôtre attache à ce principe la plus haute importance. Voici ses paroles : Persuadés avenu toutes choses que nulle prophétie de l'Ecriture ne s'explique par une interprétation particulière; car ce n'est point par la volonté des hommes que les piiophéties nous ont été anciennement apportées.

mais c'est par l'inspiration du Saint-Esprit <\uc 1rs saints hommes de Dieu ont parlé (1). Par ces paroles l'apôtre met en opposition l'esprit particulier, où ^interprétation individuelle de l'homme, avec l'esprit de Dieu qui a dicté les Écritures; et de plus, il le fait de manière à exclure l'inspiration privée que quelqu'un pourrait faussement s'attribuer. Car en opposant l'un à l'autre l'interprétation propre de chacun et l'esprit de Dieu qui a dicté aux saints leurs paroles, il suppose clairement que ce n'est pas le fait de chaque individu d'être inspiré de cette manière, comme le voudraient les quakers et les anabaptistes. S'il n'en était ainsi, le haut avertissement donné par l'apôtre n'aurait pas de sens, ou serait pour le moins vain et illusoire. De plus, ce même apôtre, et dans cette mêmeépître, dit au sujet desépîtres de l'apôtre saint Paul : qu'il s'y trouve des endroits difficiles à entendre, que des hommes ignorants et légers détournent en de mauvais sens, aussi bien que les outres Ecritures, dont ils abusent à leur propre raine (2). Si donc, au jugement de l'apôtre, les Écritures sont susceptibles d'être mal appliquées ou faussement entendues, soit par ignorance, soit par malice, comment pourront-elles jamais, interprétées au gré de chacun , constituer une règle , et une règle su-

li II Pierre, i, 20, 21.

(2) ibid. ni, 16.

prème? Qui voudra jamais accorder que l'interprétation à laquelle il s'attache est une interprétation mauvaise ou fausse? Et quel moyen aura-t-on de l'en convaincre? Chacun .soutiendra au contraire, et au besoin avec serment, que l'interprétation qu'il donne est légitime et la seule vraie, et il ne manquera pas, si on le presse , de revendiquer pour lui-même une inspiration particulière du Saint-Esprit. Et notez bien qu'il se trouvera mainte et mainte fois cinq, six et davantage encore d'individus en plein dissentiment entre eux, en contradiction flagrante sur le sens à donner à un seul et même texte. Force est donc de conclure que le système que nous combattons est en opposition directe avec l'Écriture, qui le réprouve et le condamne.

il nous semble à propos cependant de renforcer encore tout ce que nous avons dit jusqu'ici par une preuve de fait, que nous fournissent malgré envies protestants eux-mêmes, et cela avec les textes mêmes à l'aide desquels ils s'imaginaient donner quelque apparence de vérité à leur prétendue règle fondamentale. Dans les commencements de leur réforme . les protestants avaient entassé les textes pour prouver leur fcbèse; mais ces testes en passant de main en main furent successivement abandonnés, comme insuffisants et de nulle valeur pour leur cause. Par exemple, ce qu'on lit dans Isaïe : Je ferai... que

tous vos jils soient instruits par le Seigneur (1) ; I autre passage qui se lit clans Jérémie : J'imprimerai ma loi dans leurs entrailles, et je l'écrirai dans leurs cœurs , et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple, et nul d'eux n'aura plus besoin d'enseigner son prochain et son frère , en disant : Connaissez le Seigneur, parce que tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu'au plus grand (2); tout cela avail été allégué à l'appui de leur système par les premiers réformateurs. Or, la plupart de leurs successeurs ont reconnu, tes uns, à savoir les rationalistes, qu'il n'y est question que d'une plus grande diffusion du monothéisme parmi les Juifs de retour de le captivité de Babylone (o) ; les autres, qui sont les protestants dits orthodoxes, qu'il n'y est l'ait allusion qu'à la plus grande facilité qu'on aurait dan- le christianisme de connaître et de pratiquer la loi de Dieu (k). La même chose doit se dire de plusieurs lovtes du Nouveau Testament qu'ils avaient coutume de citer avec la plus grande confiance, tels

il) Ponam... universos ftlios tuos dodos a Domito u\, 13.

2) Dabolegem meam in visceribus eorwn,et in corde eorum scribam eom... et non docebit ultra vir proximum sinon, dict ns : ( 'ognosce Dominum ; omnês enirn cognoscent me a minimo eonon usque ad maximum. JÉR., xxxi. 33, -U. |3 Voir Rosenmuller sur ces p - -

l \ oir les Critiques sacrés

que ce passage du chapitre v de saint Jean, où le Sauveurdit aux Juifs : Ce n'est pas d'un homme que je reçois témoignage (i) , et celui du chapitre vu : .Sï quelqu'un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est de lui (2) , et cet autre du chapitre x : Mes brebis connaissent ma voix, et je les connais, et elles me suivent^»). Comme si le sens de ces textes était que les chrétiens seraient pleinement émancipés de toute autorité en matière de foi, et n'auraient d'autres guides qu'eux-mêmes avec la Bible en main, les protestants les avaient continuellement à la bouche dans leurs disputes contre les catholiques. Eh bien, il n'y a plus maintenant un seul exégôte protestant de quelque réputation qui en fasse usage. Ils reconnaissent, par rapport au premier texte, que Jésus-Christ n'y parle que de sa mission, pour laquelle il n'avait pas besoin du témoignage de Jean-Baptiste (!i) , puisqu'il avait celui de son Père dans les miracles éclatants qu'il opérait. Ils avouent, par rapport au second, qu'il n'y est question que du caractère de la doctrine de Jésus-Chri>t . qui prouvait la divinité de sa mission, parce qu'en

(1) Ego non ab homine testimon'nnn accipio. Juan. v. 94.

(2) Si quis voluerit volttntatem ejus facere cognoscet do riocirina utrum ex Deo sit. Ibid vu. 17.

(3) Oves meœ vocem meam audiitnt, et ego rognosco eos, et sequuntur me. Juan \. 27

(4) KuiNOELel Rosenmuller , aux endroits cités.

l'enseignant il cherchait, non sa propre gloire, mais celle de son Père qui l'avait envoyé. Ils admettent de même pour le troisième texte, que notre Seigneur y fait simplement entendre que ceux qui le suivaient le reconnaissaient pour le Messie, et lui obéissaient ou écoutaient ses enseignements en cette qualité.

Il en est de morne des autres textes que les protestants avaient coutume de faire valoir à F appui de la même thèse, mais qu'ils ne pourraient alléguer de même aujourd'hui sans s'exposer à la risée et aux moqueries des modernes exégètes. Tel était cet autre passage, qui leur faisait chanter triomphe, de la seconde épître aux Corinthiens, chapitre n : L'homme spirituel juge toutes choses, et il n'est jugé par personne (1) ; comme aussi ce (pfécrivait le même apôtre aux Thessaloniciens, première épitre , chapitre v : Eprouvez tout, et admettez ce qui est bon (2). Car le premier de ces deux passages, comme il paraît par le contexte, n'est qu'une antithèse par laquelle l'apôtre oppose l'homme spirituel à l'homme charnel; et après avoir dit de celui-ci, ("esta-dire de celui qui vit selon la chair, qu'il n'est pas propre à cause de ses vicieuses dispositions à juger comme il faut des choses spirituelles, qu'il ne saurait comprendre, il affirme par contre que l'homme spiri-

(1) Spiritvalis atttem judicat omnia, et l/>se a ncrnhie jtclicatar.

(2) Omnia auto» probate, qvodbonum est fevete.

tuel et parfait juge toutes choses comme elles sont , tant pour son propre profit que pour celui des mitres; mais il est loin de dire de l'homme même spirituel qu'il puisse s'arroger le droit de décider les questions en matière de dogmes, pour lesquelles, au contraire, il déclare ailleurs que Dieu avait laissé des pasteurs et des docteurs dans son Église (1). L'autre passage allégué concerne les divers dons que les théologienappellent gratuitement donnés, qui étaient alors communs dans l'Église, et dont l'apôtre recommande de ne faire usage qu'avec un sage discernement, pour qu'on puisse en retirer de l'utilité et du fruit (2).

Les textes sur lesquels n'ont pas cessé d'insister les protestants modernes sont principalement l'endroit de l'Évangile de saint Jean où le Sauveur dit aux Juifs : Vous lisez avec soin les Ecritures, parce que vous croyez y trouver la vie éternelle (o) ; et celui où le même apôtre écrivait : Vous n'avez pas besoin que personne vous enseigne; mais comme ronction de Dieu vous enseigne toutes choses et quelle est la vérité exempte de tout mensonge, demeurez dans ce qu'elle vous enseigne (h). Mais

(1) Voir Rosexnivller, scolie sur ce passage même. 2i Ibid.

Scrutamini Scripturas, quia vos putatis in ipsh vitam œternam habere. Juan, v, 39.

(4) Non necesse liabetis ut aliquis doceat vos; sed sicui

voici que cet appui biblique leur est encore enlevé par les exégètes protestante plus modernes, qui font observer que le premier de ces deux passages allégués n'a aucune force probante, attendu que le senttamini du texte latin ne doit pas se prendre dans le sens de l'impératif, mais au sens de l'indicatif, et ils le prouvent non-seulement par l'autorité des anciens interprètes, qui l'ont entendu de même, comme Ta fait, par exemple, saint Cyrille d'Alexandrie, mais beaucoup plus encore par le contexte, qui l'exige. Ils vent, en outre, que ce texte s'adresse aux pharisiens, c'est-à-dire aux maîtres de la loi, et par conséquent qu'il n'a rien de commun avec la présente question. Le Sauveur a voulu simplement convaincre ces docteurs de la vérité de sa mission, et après les avoir renvoyés au témoignage de Jean-Baptiste, à celui de ses propres miracles, à celui de son Père, il finit par en appeler aux Écritures, c'est-à-dire aux prophéties qui l'avaient annoncé, et c'est ce que démontrent évidemment les paroles qui suivent : Si vous croyiez à Moïse, vous me croiriez aussi ; car c'est de moi qu'il a écrit. 11 est clair par là que le Sauveur n'a voulu faire qu'un argument ad hominem pour ôter à ses adversaires tout moyen de répliquer ; mais ces paroles ne font pas la moindre allusion à l'interprétation des Écritures comme suprême

unctioejus docetvos de omnibus, et verum est et non est mendacium, et sicut docuit vos, ma ne te in eu. I Joan. u, 27.

— 1% — règle de foi, et ne regardent en aucune manière les fidèles, dont elles ne parlent pas plus que ce n'est à eux qu'elles s'adressent (1). L'opinion de nos adversaires est moins favorisée encore par l'autre passage, dans lequel l'apôtre n'a pas d'autre objet que de prémunir les fidèles contre les faux docteurs ou contre les hérétiques, qui, sous prétexte de leur donner une connaissance des vérités chrétiennes plus étendue, H plus profonde, séduisaient beaucoup d'entre eux, et après leur avoir fait perdre la simplicité de la foi, leur faisaient adopter leurs funestes erreurs. C'est

(1) Voir Kuinoel, Comment, in libros N. T. Jtistoricos, vol. ni, in h. /., comme aussi Rosexmuller, Schu/ia in h. I. Voir surtout "VYiseman, Co»/er.rx,où l'éminent controversiste fait à ce propos les six observations suivantes : 1° que, selon la Vulgate et les anc iennes leçons, les pharisiens disent de la même manière à Nicodème Joan. vu, 52): Scrutare Script aras, et vide quia de Galihra propheta non surgit, retournant ainsi les Écritures contre le Christ ; 2" que le mot putatis exprime une improbation, au lieu que quand on approuve on se sert du mot scire; -'3° qu'il n'est question que des Écritures de l'Ancien Testament; 4° qu'il n'y est question que d'un point particulier, au lieu que les protestants voudraient en inférer une règle unique sur tous les points en général ; 5" que le Christ n'a pas dit sufficiunt, mais testimonium perhibent : fi" qu'il y ;i une différence essentielle entre la conduite qu'a tenue Dieu dans L'Ancien Testament et celle qu'il tient dans le Nouveau : de sorte qu'on ne peut pas appliquer au Nouveau sous ce rapport ce qui se trouve ilit de l'Ancien. L'illustre auteur appuie en même temps de pieuves solides chacune de ces remarques

pour cela que l'apôtre de la charité les avertit de se tenir sur leurs garde- et de ne point écouter ces docteurs de mensonge, puisqu'ils étaient d'avance suffisamment instruits des vérités nécessaires au salut (1).

El ici s'offre d'elle-même à nous une observation qui va très bien à notre sujet. Nous avons vu que les premiers réiormateurs se fondaient pour leur thèse sur une multitude de témoignages bibliques, qu'ils opposaient aux catholiques comme autant d'arguments péremptoires. Par ce moyen, ils avaient su séduire et entraîner dans leur parti beaucoup de gens qui avaient cru pouvoir les prendre pour guides, de préférence à l'Église catholique, dans la recherche de la vérité. Et voilà que les protestants de nos jours, éclairés par une exégèse plus profonde, abandonnent ces témoignages comme ayant une tout autre signification que celle qu'on leur prétait. C'est une preuve de fait et évidente, s'il en fut jamais, de la fausseté du système de l'interprétation privée (2).

(1) Tel est le commentaire de Rosen.\ullkr lui-même dans si's sculies sur re passage; mais Bellakmix et d'autres controversisles ou interprètes l'avaient donné avant lui.

(2) Luther, l'inventeur de la règle de foi que nous discutons, nous ofl're lui-môme un moyen de plus de confirmer ce que nous venons de dire. En 1519, il citait en preuve de sa thèse de l'inutilité des bonnes œuvres pour le salut plusieurs textes de la Bible, et entre autres le célèbre passage d'Isaïe, LXIV, 6: Et facti sumus ut imnutndus omties nos, et quasi païuws menstruatœ

Gomment donc les protestants ne voient-ils pas que ce ne saurait être là une règle sûre, et encore moins la règle unique et suprême de notre foi?

On peut conclure, ce me semble, de cet exposé, à moins de vouloir fermer les yeux à la lumière, que bien loin que la Bible fournisse un appui quelconque au système protestant, elle lui fait tout-à-fait défaut et ne se prête d'aucune manière à le favoriser. Nous voyons, au contraire, quelle l'exclut formellement, et qu'elle s'oppose directement ;i ses prétentions. Nous voyons de plus que tant les apôtres que les premiers fidèles se conduisirent tout autrement , soit dans la prédication de la doctrine évangélique, soit à l'occasion des questions qui surgirent. Ils n'en appelèrent jamais à la Bible, pas plus qu'ils n'eurent recours à son interprétation privée ; et. tandis que les premiers réformateurs, après avoir abandonné la méthode reçue, voulaient imposer à leur tour leur nouvelle interprétation à Peflfet d'établir une règle

universœ justiUœ nostrœ, et il le présentait comme décisif, insultant en même temps les catholiques, à qui il reprochait leur aveuglement pour ne pas voir dans ce passade leur condamnation : llcec vel sala aiictorittis, leur disait-il, obstruit omit mm corUradictorum os et gulatn, eu m sit apertUshna {Op. lot.. Jenœ, r. 286). Eh bien, en 1584, ce même Luther reconnaissait que ce passage n'avait aucune force dans le sens où il l'avait pris d'abord. On peut en dire autant d'autres semblables textes, par exemple : Ecoles, vu, 21 ; Rom. vu, 15; Gai. v, 17. Voir 1)o;j.i.in(.i;i;. La Réforme, t. m. p. 1H.

opposée, voilà qu'aujourd'hui les interprètes mêmes

du parti ne les reconnaissent plus que pour des guides trompés les premiers, et qui ne feraient que tromper les autres. Tous ceux qui se sont fiés à cette réglé se sont fourvoyés en conséquence de leur règle même, comme les faits l'ont démontré, trop tard, hélas! pour beaucoup d'entre eux. L'histoire étant ainsi en parfait accord avec la théorie, c'est une nécessité d'admettre la vérité de notre proposition mise en tête de cet article, que la règle de foi introduite par le protestantisme pour être substituée à l'ancienne, considérée au point de vue biblique, n'a aucun fondement dans la Bible même, et qu'elle s'y trouve tout au contraire condamnée.

NTous pourrions confirmer cette vérité par d'autres considérations prises d;ms la nature, la disposition, l'espril même de la Bible, qui sont incompatibles avec cette règle de moderne invention ; mais comme nous y reviendrons dans la suite de ce travail, les preuves que nous venons de donner suffiront pour le moment à notre dessein.

ARTICLE III

La règle rationnelle de foi protestante, considérée au point de vue biblique, est défectueuse en ce qu'elle tronque et mutile la parole révélée de Dieu.

La règle des protestants est fausse de droit et de fait. — Fausse de droit, parce qu'elle s'appuie sur le caprice et sur le sens privé, — et parce que la véritable leçon du texte a dû dépendre des seuls protestants. — De fait, parce que de leur propre autorité ils ont scindé en deux le canon de la Bible. — Ce qu'ils n'ont pu faire pour ses caractères intrinsèques tant positifs que négatifs. — Cela se prouve par l'examen de ces caractères — Ni pour les caractères extrinsèques. — Perfidie qu'ils ont d'attribuer aux catholiques la mutilation de la Bible. — Ils ont fait de même par rapport à chaque partie des livres saints. — Arbitraire dont ils usent dans le choix des leçons variantes, — Dans leurs versions faites sur les originaux. — Ce qui se prouve par des exemples pris dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau. — Autre espèce d'altérations du texte dans les versions protestantes tant anciennes que modernes par la Société bi blique. — Exemples de ces corruptions et de ces altérations.

Quiconque aura pesé avec attention tout ce que nous avons dit dans l'article qui précède n'aura pas eu de peine à s'apercevoir que les protestants, pour établir leur règle de foi sur l'interprétation individuelle de la Bible, ont été clans la nécessité de se servir de cette même interprétation individuelle, qui es! précisément la chose mise en question. Ou se sera.

par conséquent, aperçu de môme que si l'interprétation, à laquelle ils s'en sont rapportés pour établir leur règle de foi, est douteuse, pour ne pas dire fausse, outre que tout leur raisonnement n'est qu'un cercle vicieux, la règle qui s'appuie tout entière sur cette interprétation vacille et tombe d'elle-même en ruines. comme manquant de solide base et fondée sur l'arbitraire, disons mieux , sur le faux, si nous devons en croire l'interprétation de leurs nouveaux exégètes.

Un lecteur, tant soit peu profond et pénétrant, verra tout cela sans peine ; mais nous voulons relever de plus un autre vice inhérent à cette règle : c'est que, par un tel procédé, la raison individuelle de chacun se constitue arbitre et juge de cotte même Écriture sainte, sur laquelle la règle prétendue a dû être fondée. Et, pour que tout lé monde comprenne notre pensée, disons que les protestants ont décidé et décident par eux-mêmes quels sont les livres et les parties de livres qu'ils doivent admettre ou exclure comme contenant ou non la parole de Dieu ; qu'eux seuls ont décidé et décident par eux-mêmes que toute la parole de Dieu révélée est contenue dans les seuls livres et dans les seules parties de livres qu'il leur a plu d'admettre comme canoniques et sacrés , et qu'ainsi ils ont exclu et excluent d'un trait toute la parole de Dieu transmise par tradition, ou toutes les traditions divines. Or, de tout cela que s'ensuit-il ? 11 s'ensuit que la nouvelle

règle est nécessairement trompeuse de droit à bien des titres, et qu'elle est de plus trompeuse et feu de fait à bien d'autres, et que, par conséquent, ellf* ne mérite la confiance d'aucune personne sensée et qui ait à cœur son salut éternel. Voilà l'important sujet que nous avons à développer dans le présent article.

Si les premiers réformateurs, tout en proposant leur règle d'interprétation privée de la Bible, avaient continué à recevoir le canon des Écritures sur l'autorité de l'Église, ils auraient pu de cette manière donner à la règle qu'ils proclamaient quelque apparence de vérité ; mais, ne voulant ni ne pouvant s'y soumettre, il ne leur a été possible d'élever, même de ce côté, leur édifice que sur l'arbitraire et sur le néant. J'ai dit : ne voulant ni ne pouvant adopter le canon des Ecritures sur V autorité de l'Église : ils ne l'ont pas voulu, pour ne pas faire acte de dépendance à l'égard de l'Église sur ce point fondamental , dans le temps même où ils ruinaient tout son enseignement pour le mettre à la merci du libre examen sur tous les points, et par conséquent aussi en tout ce qui concerne le canon des saintes Écritures. Ils ne l'ont pas pu, à moins d'encourir le reproche d'inconséquence et de contradiction, puisque, s'ils niaient l'infaillibilité de l'Église sur tous les autres points doctrinaux, ils devaient aussi la croire sujette à errera par rapport au canon des livres saints. \près avoir donc nié fin-

faillibilité del'Eglise sur ce point en question, ilsdurent, par rapport à rot objet, comme par rapport aux reS articles de croyance, reconstruire tout pareux-même§ ot m faire les soûls juges des livres qu'on retiendrai! comme inspirés de Dieu, et de ceux qui ne mériteraient pas cet honneur.

Or, c'est cette prétention de leur part que j'affirme, premièrement, être trompeuse de droit h plusieurs titres, et qui les a obligés à scinder en deux la parole révélée de Dieu. Elle est trompeuse, en effet , dans son principe je veux dire dans son origine ; car qui leur donnait cette haute mission de renverser d'un trait de plume, au xvi' siècle, ce canon qui était de commun accord par toute la chrétienté, par l'Église d'Orient comme par celle d'Occident ? Comme l'inspiration est un fait interne et qui ne pouvait être attesté que par l'Église même qui , en la recueillant <\r^ mains mêmes des auteurs inspirés ou des apôtres, la sanctionna par son autorité infaillible, personne, excepté elle, ne pouvait, pas plus qu'on ne le peut encore, être juge ou témoin compétent d'un fait de cette nature, De la vient que les réformateurs furent réduits, pour former leur nouveau canon, 'à s'en rapporter uniquement soit à une critique mal assurée sur ce qu'en avaient pensé les anciens, soit a de pures conjectures internes ou à leur jugement particulier dicté par le caprice du moment. Mais un choix de cette espèce, qui pouvait le sanctionner? N'était-ce

pas là renouveler tout ce que les anciens hérétiques, en 'vers temps et à diverses reprises, avaient fait contre toute règle? N'était-ce pas là donner à leurs disciples le droit illimité de faire la même chose à leur exemple, dès qu'ils viendraient à se persuader que le canon adopté ou, pour mieux dire, reconstruit par leurs maîtres, n'était pas établi sur des bases assez sûres ?

En résumé, ce canon était de nulle valeur, comme étant l'ouvrage d'hommes faillibles, c'est-à-dire sujets à erreur, ainsi que les réformateurs eux-mêmes faisaient profession de le reconnaître, et par là même, sous cet autre rapport, ouvrage sans fermeté, sans consistance : canon qui, étant l'œuvre, si on le veut, de la science et de la critique, a dû nécessairement en subir les épreuves souvent capricieuses, toujours incertaines; et c'est ce qu'ont prouvé de nos jours les succès du rationalisme, dont les efforts destructeurs n'ont pu être comprimés par aucune digue, et dont l'action dissolvante n'a pu être réparée.

Mais il y a encore quelque chose de plus. On sait que les écrits originaux du Nouveau Testament furent perdus dès le premier siècle, parce que les apôtres et leurs premiers disciples, pauvres comme ils étaient, se servirent, pour les composer, de membranes ou de papiers de peu de prix, et par conséquent de peu de durée. Les exemplaires et les copies s'en multiplièrent ■ ^pendant en nombre prodigieux; et comme la chose

était inévitable, on vit se multiplier en nombre égal les altérations, les leçons variantes, des additions qui passèrent de la marge dans le texte, des omissions ou des suppressions de passages entiers, causées par la ressemblance des premiers et derniers mots : toutes choses bien connues des critiques bibliques, qui en recueillant les leçons variantes ont réussi à en compter jusqu'à plus de trente mille. Quelques-unes de ces variantes ont de l'importance et intéressent même le dogme, en rendant incertaine la vraie leçon de plus d'un texte dogmatique. On a cherché à retrouver le vrai texte dans cette confusion au moyen de ce qu'on a appelé les familles des codex; mais outre que les inventeurs de ce système ne s'accordaient pas toujours dans la manière de les déterminer, le nombre des codex sans famille connue croissant de plus en plus, il fallut bien y renoncer (1). Au milieu donc de cette variété presque infinie de leçons , les réformateurs . qui avaient répudié l'autorité de l'Église, s'érigèrent à leur tour juges sans appel de la véritable leçon à admettre comme authentique. Or, ici reviennent les mêmes inconvénients d'incertitudes, de perplexités, à l'égard

1 Voir sur ces familles Y Essai d'une introduction critique, par Cellérier, Genève, 1838, 1*« partie, sert. 4. p. 68. On y voit l'auteur triompher de sa découverte comme d'un moyen infaillible pour lever toute incertitude par rapport aux textes. Le l'ait est que sou système est tombé dans l'oubli comme son livre.

de la véritable parole de Dieu, d'instabilité et de changements perpétuels dont le champ restait ouvci i aux critiques, et que nous signalions tout à l'heure à propos de la canonicilé de ces livres mêmes et de leurs parties. Eh! de quelle autorité les réformateurs se sont-ils arrogé le droit de donner la préférence à une leçon plutôt qu'à une autre? Et s'ils se sont trompés dans le choix, voilà que nous avons la parole de l'homme à la place de celle de Dieu, comme cela doit également être, s'ils ont retranché ou ajouté quelque chose au texte reçu. Ils n'ont pu donner aucune garantie de la bonté de leur choix, et c'est ce qu'ont bien démontré depuis lors les travaux des critiqu«

Tout cela ne se rapporte encore qu'à la question de droit : pour ce qui est du fait, voyons maintenant comment les réformateurs ont réellement scindé en deux la parole révélée, et l'ont mutilée sur plusieurs points. Et premièrement Luther, usant de son pouvoir dictatorial, a rayé d'un trait de plume de l'ancien canon, ainsi que nous l'avons déjà dit, tous les livres deutero-canoniques tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. Et cela, parce qu'il voyait que ces livres ne pouvaient s'accorder avec sa nouvelle doctrine de la foi seule justifiante à l'exclusion des bonnes œuvres (1). Ce n'est donc pas l'amour de la

(1) C'est ce que nous découvre le protestant Moulinié, de Genève, dans son ouvrage déjà cité : Votice sur les (ivres apocryphes, où il observe dans la préface qu'on prit le parti de sup-

vérité qui le détermina à l'aire cette suppression, mais l'esprit de système, comme cela s'était vu pratiquer déjà par les anciens hérétiques toutes les fois qu'ils ae pouvaient ramener à leur système préconçu et.' qu'ils lisaient dans les livres saints : ils avaienl trouvé plus expédient d'en faire disparaître tout ce qui leur créait des obstacles insurmontables. Or, que le docteur saxon ait été mal inspiré en ce point, et qu'ainsi il ait mutilé la parole révélée, c'est ce qu'ont fait voir les réformés proprement dits, qui, bien qu'ils adoptassent la mémo doctrine de la foi seule justifiante, trouvant cependant comme Calvin, leur chef, quelque moyen de la mettre en harmonie avec les li- \ ics deutero-canoniques du Nouveau Testament, conservèrenl ces livres dans le canon, et n'en rejetèrent que les deutero-canoniques de l'Ancien. Les Luthériens eux-mêmes suivirent en ce point les réformés, et remirent dans le canon les livres du Nouveau Testament rejetés par Leur maître. Dans la suite tous les protestants en général ont adopté ce canon, où il n'y

primer ces livres pour quelques passages dont la doctrine ne se trouvait pas conforme à Vanalogie de la foi. comme on l'entend dans le protestantisme. C'est cequ'il dit en parlant des livres deu oro-canoniques de l'Ancien Testament. 11 revient ensuite an même sujet dans ses Considérations générales, p. 164 etsuiv. Or, ce même principe est celui qui a l'ait rejeter à Luther les livres deutero-canoniques du Nouveau Testament, et particulièrement l'épître de saint Jacques.

a de retranchés que les livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament.

Par un reste de pudeur cependant, ils n'ôtèrent pas tout-à-fait de devant les yeux des fidèles ces livres, auxquels les avait accoutumés l'ancienne Église ; mais ils les publièrent en un même corps avec les autres livres de la Bible qu'ils avaient retenus, en forme d'appendice, sous le titre particulier de livres apocryphes. La Société biblique a fait un pas de plus, non toutefois sans de fortes oppositions et de violents débats, et elle a publié la Bible dans les diverses langues sans cette addition, faisant ainsi totalement disparaître ces livres du texte sacré.

Or, de quel droit les premiers réformateurs, comme ceux qui les suivirent, s'érigèrent-ils en juges, pour partager ainsi en deux le livre divin reçu et admis jusqu'à leurs jours par toute l'Église chrétienne? S'il y a du danger, comme ils affectent de le dire, à admettre la parole de l'homme comme si elle était parole de Dieu, y en a-t-il moins à rejeter la parole de Dieu comme si elle était parole de l'homme? Quels furent donc les motifs qui les firent agir? Furent-ils déterminés par des raisons intrinsèques, je veux dire par les caractères propres que ces livres leur présentaient ? ou bien, furent-ils déterminés par des raisons extrinsèques? Ils ne purent l'être ni par les unes ni par les autres; et par conséquent, ils n'eurent pour mobile que leur esprit de système, ou bien quelque chose de

— 20V> — purement arbitraire, c'est-à-dire un pur caprice avec des intentions hostiles à l'Église.

Disons un mot en courant de ces raisons intrinsèques ou extrinsèques, mais seulement autant que cela ne nous écartera pas de notre sujet. Car une étude approfondie de cette question demanderait un ouvrage à part, et, s'il plaît à Dieu, nous ne tarderons pas d'ici à quelque temps de l'entreprendre.

Pour exclure du canon, en considération des caractères intrinsèques, les livres deutero-canoniques, les protestants commencent par fixer le nombre de ces caractères, qu'ils portentcn tout à huit, quatre négatifs et quatre positifs. Or, les quatre positifs, pour commencer par ceux-ci, sont selon les protestants : 1° que les livres divins contiennent des prophéties ou des miracles opérés par la toute-puissance divine: "2" qu'ils enseignent des vérités de foi, des dogmes révélés, et non pas seulement des règles morales de conduite ; 3° qu'ils contiennent une doctrine sublime sur la nature de Dieu, sur la pratique des vertus chrétiennes, et sur les devoirs de l'homme envers la Divinité; k° qu'ils soient cités dans le Nouveau Testament, dans la supposition qu'ils appartiennent à l'Ancien. Les quatre négatifs ensuite sont : 1° qu'on n'y trouve enseigné rien de contraire à la doctrine contenue dans les livres certainement canoniques, ou à l'analyse de la foi; 2° rien de contraire non plus à la doctrine professée par l'Église primitive et par les an-

riens docteurs ; 3° rien qui contienne des erreurs manifestes en fait de sciences, d'histoire ou de chronologie ; 4° rien qui renferme des choses absurdes, incroyables, indignes de Dieu (1).

Je ne m'engagerai point ici à examiner un par un lous ces caractères, l'incertitude et la fausseté de plusieurs d'entre eux, leur insuffisance, l'incapacité où est le peuple soit de les discuter, soit de les apprécier, puisqu'il faudrait pour cela une connaissance approfondie non-seulement de l'Écriture, mais de l'archéologie, de la patristique, de la théologie, une critique saine, et d'autres qualités qu'il ne serait pas raisonnable d'exiger du commun des fidèles. Laissant donc toute discussion, je me contenterai de faire observer que les protestants, en fixant ces caractères, avaient leur propre doctrine pour point de mire, et qu'en conséquence ils insistaient sur l'analogie de la foi sans pouvoir dire encore quels en seraient les articles. Ils ont mis en avant les doctrines de l'Église primitive et des anciens Pères, dans la persuasion ({lie l'Église actuelle s'était écartée de la doctrine de l'Église primitive et des anciens docteurs. Ils se sont constitués eux-mêmes les arbitres de la vraie et de la fausse doctrine, de ce qui doit passer pour- absurde ou incroyable, des devoirs que l'homme peut avoir à

(1) Voir l'ouvragé déjà cité de Mgr MALOU, t. n, c. 8, art. 1. s ».

remplir envers la Divinité, et d'antres articles de cette espèce. D'où je conclus qu'ils ont inventé et posé' ces principes a priori pour atteindre le but qu'ils s' étaient proposé d'avance. Or, qui voudra leur accorder Oé privilège?

Mais ce qui montre encore mieux leur espril de système et leur aveuglement, c'est que sans s'en apercevoir ils ont fourni des armes aux incrédules pour enlever au canon de la Bible, sinon tous les livres, au moins une grande partie des livres mêmes dont se compose leur canon protestant. Pour une thèse de cette importance, passons en revue les caractères qu'ils ont eux-mêmes établis.

Si Ton doit retrancher du canon, d'après le premier caractère, tout livre qui ne contient ni miracles ni prophéties, il faudra par là même supprimer le livre de Rutli dans l'Ancien Testament, et l'épître à Philémon dans le Nouveau ; car on ne trouve dans l'un comme dans l'autre ni miracles ni prophétie.-.

En vertu du second caractère, lequel ne reconnaît comme livres divins que ceux qui contiennent des vérités de toi . et non pas seulement des règles morales de conduite, les protestants devront exclure de leur canon le Cantique des cantiques, qui, expliqué à la lettre, comme ils l'entendent, ne contient aucune vérité dogmatique, mais bien plutôt un épithalame; et ils feront de même de plusieurs psaumes qui sont purement moraux.

En vertu du troisième caractère, qui exige pour un livre divin qu'il contienne une doctrine sublime par l'apport à la Divinité, il seront obligés de supprimer , outre les livres déjà nommés , la seconde et la troisième épître de saint Jean, qui ne traitent d'aucun des divins attributs.

Insistant ensuite sur le quatrième caractère , qui demande que les livres de l'Ancien Testament soient cités dans le Nouveau, on les forcera, comme nous l'avons déjà observé dans l'article i de ce chapitre même, à effacer de leur catalogue au moins onze ou douze livres du premier dont il n'est fait aucune mention dans l'autre.

Je néglige d'ailleurs d'observer que chacun de ces caractères , et tous à la fois , ou du moins la plupart , se remarquent dans les livres deutero-canoniques, rejetés par nos adversaires, comme nous l'avons déjà fait voir dans l'article tout à l'heure cité ; et quiconque voudra examiner la chose sans préjugé de parti s'en convaincra sans aucune peine.

Pour ce qui regarde les caractères négatifs, admis tels aussi que les protestants les proposent, il n'esl personne qui ne voie qu'ils pourraient facilement se rétorquer contre les livres proto-canoniques, dans lesquels les rationalistes et les incrédules prétendent avoir trouvé des antilogics et des choses contraires à l'analogie de la foi , selon que chacun l'entend, c'est-à-dire, dans le système protestant, à sa

façon. 11 faut dire la même chose du second caractère négatif, qui esl que la doctrine du livre ne soit pas contraire à celle de l'Église primitive et des anciens docteurs : ce sont là des choses tout aussi bien relatives. Une légère connaissance des ouvrages publiés par les rationalistes et les incrédules convaincra sans peine quiconque le voudra des erreurs presque innombrables, soit historiques, soit chronologiques ou scientifiques, qu'ils ont prétendu trouver dans les livres proto-canoniques de la Bible. 11 faut porter le même jugement des choses absurdes, incroyables et indignes de Dieu, tout ce qui sort de la sphère de la raison de l'homme, ou du cours ordinaire de la nature, passant dans leur opinion pour absurde, incroyable et indigne de Dieu ; de même que tout ce qu'ils n'ont pu concilier avec ces principes, ils l'ont relégué parmi les mythes historiques ou poétiques. Tel est le résultat des prétendus caractères internes assignés par les protestants, dans le but de justifier la suppression qu'ils ont faite des livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament : caractères, comme je l'ai déjà dit, nuls, trompeurs et arbitraires, qui, s'ils étaient rigoureusement appliqués à chaque livre, conduiraient à taire disparaître la Bible entière. Que s'ils veulent conserver les livres admis par eux jusqu'à ce jour, ils ont à résoudre, eux aussi, les mêmes difficultés qu'ils opposent aux livres appelés par eux apocryphes, quand elles leur sont opposées par les

incrédules et les rationalistes contre la Bible entière, puisque la cause est lamùme, comme Tout avoué ingénument quelques protestants modernes plus sincères que les autres (1). Au reste, de savants catholiques ont complètement résolu toutes les difficultés élevées par les incrédules et les rationalistes contre la Bible en général , et contre chacun de ses livres en particulier (2), et celles en outre que les protestants ont opposées aux livres doutero-canoniques du Vieux Testament (3) .

(1) Nous avons déjà rapporté les aveux formels do Reuss, dans sa Dissert. pol. de libris N. T. apocryphis perperam plein negatis, p. 15. Moulinié a fait le même aveu dans sa Notice des livres apocryphes, où nous lisons, p. 7 de l'introduction : « Aussi ne craignons-nous pas de dire que tous les " Coups qu'on veut maintenant porter aux livres apon y plies •■ peuvent être dirigés avec succès par les incrédules contre le « canon sacré, et servir à ébranler l'édifice de l'Église. »

' est ce qu'ont fait entre autres apologistes VE1TH dans l'ouvrage intitulé: Script ura sacra contra inc redidos ; Duclot, dans sa Bible vengée; GoLDHAGEN, Inlrodactio in sacrant Scripturam, et / "tndicke harmonico-criticie et exegeticx iti sacra m Script uram.

(1) Outre l'ouvrage cité de Mgr Malou, l'ouvrage publié à Rome en 1841 par le professeur L. Yixcexzi sous le titre :Sessio iy CencUii Tridenlini, mérite une mention spéciale, aussi bien que les Annales rerum Sgriœ de Frœlich, qui ont pour objet de venger les livres des Macliabées contre le protestant Wernsdorf, travail continué et perfectionné par Khell dans l'ouvrage Comment a tio historico-critica de fide liisforica Ma- (■h'ibœorion: mais principalement par le savant Kckel dans sa

Voilà pour les caractères internes. Quant aux caractères externes, qui se puisent dans les témoignages des anciens Pères de l'Église et des écrivains ecclésiastiques, ainsi que dans les coutumes des Églises particulières , il est aujourd'hui démontré : 1» que, comme nous l'avons déjà fait remarquer, aucun des canons anciens ne s'accorde avec le canon adopté par les protestants, au point que de toute l'antiquité chrétienne ils ne peuvent pas en produire un seul qui leur soit favorable ; 2° que si, dans quelques canons de certaines Églises particulières, se trouve omis quelque livre deutero-canonique de l'Ancien Testament, on y trouvera omis également quelques livres proto-canoniques , et que par conséquent ces canons sont inachevés, et ne peuvent être objectés aux catholiques par les protestants sans nuire à la cause même de ces derniers ; o° que si l'on veut avoir è aux témoignages particuliers, c'esl une chose maintenant connue de tous les érudits, qui' la plupart des Pères qui reçoivent comme divinement inspirés les livres deutero-çanoniques de l'Ancien Testament, rejetés du canon protestant, rejettent au contraire ou révoquent en doute pour le moins les deutero-cânoniques du Nouveau, admis comme divins par le

Numismatique; Cibot, dans son commentaire sur le livre d'Eatlier, pour ne pas parler des plus anciens, tels que Sartorius, Bonfrerius.

canon protestant (1) ; Z|" enfin, que le canon reconnu et sanctionné par le concile de Trente a seul son type parfait, et même identique, dans le canon reçu et reconnu par l'antiquité au rv° siècle de l'Église, c'està-dire dans le canon de l'Église d'Afrique, qui est le premier qu'on sache avoir été reconnu solennellement, et par cette Église particulière , et par l'Église de Rome, et ensuite par toute l'Église occidentale et orientale (2).

Et cependant, comme si rien n'avait été répondu par les catholiques, non-seulement les protestants n'ont pas adopté le canon de l'Église; mais faisant un pas de plus dans cette voie de destruction, la grande Société biblique de Londres, poussée par les presbytériens écossais, exclua, par un décret tout exprès, des Bibles qu'elle publiait dans les diverses langues, tous les livres deutero-canoniques de l'Ancien Testament (3) , résistant en même temps à toutes

h C'est ce que je me propose de démontrer en particulier, à l'aide de bien des témoignages de ce genre que j'ai déjà recueillis. Voir en attendant l'ouvrage de Waterpobd, publié

assez récemment en Angleterre contre un certain Simpson, ministre anglican, sous le titre de An Examlnation, etc., ch. 3. 2j Voir le traité de l'auteur De Locis theologicis, part. n. sect. 1, c. 2.

(3) Ce décret émané de l'assemblée générale de la Société biblique parut d'abord en trois articles, auxquels vint s'adjoindre, en 1817, un quatrième article conçu en ces termes : « On n'accordera des exemplaires îles Ecritures aux sociétés qui font

les réclamations qui lui étaient "adressées par les sociétés partielles de l'Allemagne, de la Suisse et de la France. Ces livres n'ont plus du paraître dans le corps de la Bible, pas môme à titre d'appendices. Cet acte de la Société a été un jugement définitif, et le jugement rendu par elle est devenu irrélbrmable. Or, n'est-ce pas là s'arroger une autorité décisive, infaillible, qui interdit tout doute, tranche toute question? Eh bien, ces mêmes agents bibliques sont les mêmes qui déclament tous les jours contre le pouvoir despotique de l'Église catholique.

Mais plut à Dieu que ceux-ci se fussent contentés de publier et de distribuer ces Bibles tronquées, mutilées, scindées en deux, aux sectes protestantes seulement, ou tout au plus aux païens dont ils se portaient pour apôtres. Mais non, ils ne se sont pas contenir^ de si peu: ils ont voulu déplus, comme par fureur de prosélytisme, les publier et les distribuer pour les catholiques ; et ils n'ont pas cessé de les répandre de cette manière dans les pays catholiques qu'ils aspirent à pervertir, et cela sous l'égide et la protection du ministère politique. Eh ! n'a-t-on pas entendu naguère à la Chambre des communes d'Angleterre le ministre lord John Russell dénoncer, comme un grave délit, l'arrestation faite dans une ville d'Italie

circuler les apocryphes à leurs propres Irais, que sous la condition rxpresse qu'elles les vendront ou distribueront sans addition ni altération. ••

d'individus coupables d'avoir vendu la Bible en italien; ce qui voulait dire, d'avoir distribué les Bibles tronquées et falsifiées de la Société biblique (1) ?

Tout ce que nous avons dit des livres entiers doit se dire, pour la môme raison, des diverses parties des livres saints, que les protestants modernes ne cessent de mutiler et de supprimer à leur guise, de leur propre autorité, ou au gré de leur sens privé. Vous diriez que leur occupation journalière serait d'éplucher chaque livre, chaque chapitre et, pour ainsi dire, chaque verset, pour voir s'ils pourront faire disparaître du texte sacré tout ce qui, selon leur critique, ne résiste pas à l'examen , ou, pour mieux dire, tout ce qui ne s'accommode pas à leur point de vue (2). Il suffit de jeter un coup d'œil sur leurs diverses éditions soi-disant critiques du texte grec du Nouveau Testament publiées ces dernières années, à commencer par Griesbachet à finir par Tischendorf, pour se convaincre de leurs progrès dans cette œuvre de destruction. Mais, de crainte d'être trop long et de répéter ce que j'ai déjà dit, je m'abstiendrai d'entrer dans le détail minutieux de ce dernier sujet.

Cela même pourtant me rappelle à la pensée un

(1) Voir les journaux du temps, et particulièrement l'Univers dans l'affaire Madiai.

(2) MOULIMÉ, ouvr. cité, introd., p. 6.

autre goure dn mutilation que 1rs protestants se pertnettenl eu général, et qui est de la plus grave importance : c'est l'arbitraire avec lequel ils fonl le choix des

variantes, ou des diverses leçons d'un seul et même ige ou texte biblique. Tout le monde saii que, par rapport au Vieux Testament, les variantes <\u texte hébreu s'élèvenl I plusieurs milliers, comme on peut le voir par les travaux de Kennicott el de Rossi (1), et que celles du texte grec du Nouveau Testament sont encore beaucoup plus nombreuses (2). Je ne disconviendrai pas que ces variantes ne servent beaucoup à la critique, à l'exégèse, è l'histoire du texte, aux recensements, etc. (o). Je dis donc que. comme parmi ces variantes il s'en trouve beaucoup qui tombent sur des textes dogmatiques, ou qui se rapportent à des points de controverse et de polémique, les protestants, lorsqu'ils rencontrent quelqu'une d'entre elles qui favorise, ne fut-ce qu'en apparence, les opinions de leur secte, s'attachent aussitôt

(1) Voit- I ariiï lecliones if. T., opère et studio Joan. Beroardi de Rossi, Parme, 1784, en4 vol. in-4», Prolegomena historico-critica.

iili en a recueilli à lui seul phïs de trente mille. Voir D-stcwicntitHi cm» leetionilms rnriantibus, Oxonii. 1702. Werstein, Mutthai, Griesbaeh et d'autres protestante venus depuis en ont trouvé davantage encore.

■ Voir les Prolégomènes de Uossi, que nous citions tout à l'heure, et Michaëlis dans son Introduction au Xouveau Testament, traduite en français par Chénevière. t. i. p. 557-566.

à elle à l'exclusion de toutes les autres, comme à la seule vraie leçon à sui\ re, sans autre droit de le faire que leur propre volonté. De cette manière, bien des protestants réussissent à persuader à leurs adeptes que leur croyance est appuyée sur la pure parole de Dieu , tandis quelle ne s'appuie que sur ce qu'ils y ont substitué. Je ne dis rien des anciens sociniens el des modernes rationalistes, qui, par une telle méthode, ont presque fait disparaître des livres saints tous les textes qui servent à démontrer la divinité de Jésus-Christ.

Il y a en outre , pour les protestants, une autre méthode très commode et qui leur est comme naturelle de mutiler les Écritures : c'est celle dont ils font usage dans leurs versions. Elle se réduit à deux moyens : l'un, qui consiste dans des transpositions matérielles du texte original ; l'autre, que j'oserais appeler mutilation formelle, et dont le secret est une adresse toute particulière à y glisser, comme à la sourdine, des mots ou des particules qui prêtent à leur système et mettent aux abois la foi catholi'que. Et, comme si tout cela ne suffisait pas encore, ils font à découvert et sans détour des altérations et des changements à la substance du texte, en pliant hardiment les Écritures, c'est-à-dire la parole de Dieu, aux opinions particulières de la secte à laquelle chacun d'eux peut appartenir. Et comme cette matière est fort délicate, il convient de la traiter en détail et d'ap-

-~ 221 — puyer chacune de nos assertions par des exemples ou des faits particuliers.

Remontant d'abord à l'origine de la chose, il est bon de faire observer que, comme les protestants ne reconnaissent l'authenticité d'aucune version, chacun est en droit de se faire une version à lui-même sur l'original, soit grec, soit hébreu. De là vient que le texte se trouvant souvent fort ambigu, très obscur et difficile à rendre dans les idiomes modernes, qui s'écartent beaucoup des langues d'Orient et des locutions propres aux Hébreux , qui font usage d'idiotismes même dans la langue grecque où quelques-uns d'eux ont écrit (1), ce qui rend ces sortes de passages susceptibles d'être rendus en bien des manières différentes, les protestants, grâce à cette particularité des livres saints, se mettent tout-à-fait à l'aise dans leurs traductions. Chacun donne au texte sacré le tour qui l'accommode le mieux et le fait parler à sa façon.

Gomme j'aurais un trop vaste champ à vouloir parcourir la Bible entière, je dois me borner a quelques exemples qui seront comme la preuve abrégée de tout ce que je viens d'affirmer. Disons d'abord quelque chose de l'Ancien Testament. Rien de plus célèbre que la

[1] Voir sur ce sujet, outre les anciens auteurs catholiques, tels que Bonfrère, Sekrarius, etc., Vorstius, De HebraismisinN. T.; Pfochenius, De stylo X. 7".,e1 plusieurs autres parmi les protestants.

prophétie de Job sur la résurrection des corps, w. 25-27 ; mais elle ne fait pas plaisir aux protestants rationalistes. En voici le sens littéral, à ne consulter que l'hébreu : « Et je sais mon rédempteur vivant, et enfin je me relèverai de la poussière ; et alors ces (membres) que voici seront entourés de ma peau, et dans ma chair je verrai Dieu, que je verrai à part moi ; et mes yeux verront, et non un autre. » Or, Eichorn propose d'abord le sens que voici : « Dieu devra manifester encore l'innocence de Job avant sa mort, pour que ses ennemis soient confondus» . Puis. il donne sa version conçue de cette manière : « Je connais ou je sais que le défenseur de mon honneur est vivant, et qu'il descendra encore dans l'arène: <t quoique ma peau et mon corps même soient déjà tout rongés, c'est cependant dans ce corps que je verrai Dieu de nouveau. Tel que je suis, je me le verrai pu honneur : mes yeux le verront me favorisant tant et plus» (1). Et voilà de quelle manière un de nos principaux dogmes s'en va réduit en fumée par une telle version.

Toute la chrétienté, conformément à Fintetprétatiiui qui en a été donnée par saint Pierre (2), a toujours vu, dans le psaume w, une éclatante prédiction de la résurrection de Jésus-Chrisl : mais pour les ra-

1 Eichorn, Hiob., Gottiniren. 1&24.

(2) Jet. n, 25-28.

tionalistes, cette résurrection est un mystère. Us devaient donc, dans leur version, faire disparaître la prophétie, et c'est aussi ce qu'ils ont fait. Donnons d'abord la version littérale du verset 10, faite sur l'hébreu : « A cause de cela, mon cœur se réjouil et ma gloire (mon esprit) tressaille de joie ; ma chair elle-même a aussi kabilé dans la confiance (avec sécurité), puisque vous ne laisserez pas mon âme dans l'enfer, et que vous ne donnerez pas voire Saint (1) voir la corruption.» DeWettc, au contraire, après avoir, à sa manière, mis en tète l'argument du psaume, savoir : « qu'un pieux serviteur de Jéhovah exprime sa soumission envers Dieu, son protecteur, et qu'il est content de son sort,» traduit ainsi le passage en question : « C'est pourquoi mon cœur se réjouit et mon espril est dans la jubilation. Ma chair aussi se repose (s'en lient) sans inquiétude, puisque vous n'envoyez pas mon âme à l'enfer (dans l'enfer) ; vous ne permettez pas que vos Saints voient le sépulcre» (2). Avec cette traduction, adieu la prophétie.

Le psaume \\i selon la Vulgate est une prophétie manifeste de la passion du Sauveur et de son crucifiement, comme il parait par ces paroles du verset 17.

(1) Cette leçon est certaine. Voyez de Rossi.

[2] 11 met en note que le Keri porte votre saint ou celui qui vous est dévoué. De Wette, Version des Psaumes, Heidelberg, L823, Ps. \\i.

qui signifient d'après le texte hébreu : Ils ont transpercé {ou transperçant) mes mains et mes pieds (4). Mais cela ne plaît pas à notre écrivain protestant ; c'est pourquoi il traduit : lis me lient les mains et les pieds (2). J'omets d'autres exemples du même auteur, spécialement sur les psaumes xliv et cix selon la Vulgate, où il se donne les mêmes libertés.

J'aime mieux rappeler quelque autre exemple de ces versions que je vais prendre dans le célèbre Gesenius. Le chapitre lui d'Isaïe contient une prédiction du Messie très claire, et par son propre texte, et par l'autorité de Jésus-Christ et des livres agiographes du Nouveau Testament (3). Or, il plaît aux rationalistes d'entendre ce chapitre de la succession des prophètes ou d'une personne morale. C'est pourquoi Gesenius accommode à un pareil sens la version qu'il donne de ce chapitre, dont le verset 9, traduit de mot à mot, signifie selon le texte hébreu : « Son sépulcre à été donné près des impies (c'est-à-dire : les

1 Voir les variantes dans Kexnicott et dans DE R< «SI : quelques manuscrits portent : lis transpercent, c'est-à-dire ils ensanglantent.

[2] DeWette, Ibidem, sur le Ps.xxn (21), qui, pour justifier sa version : Ils me tient, en appelle aux témoignages de Kennicott et de Rossi; or, j'ai cherché dans ces auteurs, <'t j'ai trouvé tout-à-fait fausse L'assertion de Wette. 11 n'y a pas un seul manuscrit qui le favorise.

(3) Jo\x. xn, 38; Rom. x. 1(>: Marc, ix, 11; Math. vin. 17; 1 Cor. xv, 3; Math. XXV7,53; tri. VIU,32; 1 l'etr. i

— -22:, - Juifs lui mil marqué son sépulcre près des impies) ; mais son monument est près d'un riche » (ou, pires d'un riche il est dans sa mort). Gesenius traduit de cet h3 manière : « Son sépulcre lui a été donné près des impies, et près des méchants dans sa mort » (1). De plus, au verset H, où le texte signifie : « Pour la douleur de son àme, il verra et sera rassassié, » Gesenius tourne ce passage de cette manière : Exempt des douleurs de son àme, il se rassasié de voir. Le texte hébreu signifie, dans un autre endroit de ce même chapitre : « Et il portera leurs iniquités. » Gesenius traduit ainsi : Et il leur allégera le poids des péchés ("2). Il suffit de cel échantillon de leurs versions faites sur l'hébreu de l" Vncien Testament.

\ >>\ ons quelques autres exemples que je vais prendre maintenant dans leurs versions faites sur le grec du Nouveau. Je les recueille comnv au hasard, et selon qu'ils me tombent sous les yeux. Au chapitre vi de l'Évangile de saint Jean, le Sauveur, parlant de l'Eucharistie dont il fait la promesse, dit au verset 57 : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Kuinoel, qui donne une tout autre explication aux paroles de Jésus-

1 GESEN. Comment, in /*-., part. n. Lipsiœ, 1821, justement repris par Hengstemberg pour avoir, aussi bien que beaucoup d'autres novateurs, donné à ee mot très connu "pPN la signification inouïe de méchant.

2 Ibid.

t. i. IK

Christ, traduit ainsi ce passage sur le grec : « Celui qui mange ma chair e! boit mon sang est uni à moi et moi à lui, » c'est-à-dire, comme il l'explique, par rameur. Au verset 58, le Christ continue ainsi : «Comme mon Père, qui m'a envoyé, est vivant, et que je vis par mon Père, ainsi celui qui me mangera vivra aussi par moi. » Kuinoel traduit de la manière suivante : « Comme mon Père , qui m'a envoyé, peut donner le salut, ainsi je puis moi-même par la vertu de mon Père conférer le salut, par cela même que celui qui jouit de moi obtiendra par moi le salut» (4). Et ainsi a disparu la promesse de l'Eucharistie. De même, comme la divinité de Jésus -Christ déplaît à cet auteur, il traduit de la manière suivante ces paroles, qui se lisent au chapitre x de saint Jean, verset 38 : « Mon Père est en moi, et moi en mon Père... Sachez que je suis très uni à mon Père. «Ainsi l'identité de nature est détruite ; d'autant mieux qu'il ajoute immédiatement son commentaire : <j Je suis très uni à mon l'ère par la volonté. » Roscnmuller n'a pas non plus d'autre procédé. Le verset 9 du chapitre n de l'épitre aux Colossicns signifie à la lettre, d'après le grec : « Car en lui (Jésus- Christ) habite substantiellement toute la plénitude de la Divinité. » Or, voici comme il traduit ces paroles : « Car en lui il y a tous

(1] Kuinoel, Comment, in lib. hist. in Jo in. ad hune /oc.

les trésors de la sagesse divine en rérité. ou réellement » (1).

Par ces exemples, comme par une infinité d'aulivs semblables qu'on pourrait produire, il est facile de voir quel horrible abus les protestants avec leurs versions ont l'ait des Écritures, qu'ils p'rochuneni cependant la règle unique et suprême de leur croyance. On peut inférer par induction de ce faible aperçu quelles altérations ont t'ait subir aux Écritures Luther, Calvin, Bèzc et leurs autres disciples, qui ions, même en ne aidant que de leurs versions prétendues littérales, prises sur le texte, ont l'ait servir l'Kcriture au soutien de leurs erreurs (2).

Ici, comme sans m"en apercevoir, j'ai d'avance touché la seconde espèce de mutilation que j'ai appelée formelle, et par laquelle un traducteur ose

(1) Schol. in Vov. Test. Norimberg, 1806.

(2) Voir le P. Cherubino de Saint-Joseph dans son Jpporcttus criticus, où, t. m, diss. 2, il fait le recensement des versions des hérétiques, savoir relies de Munster, deC'hâtillon, de Léon de Juda, de Tremclius.'Puisil parle, au t. iv, de celle de Diodati, et il observe que ce traducteur est plutôt un paraphraste qui saisit toutes les occasions d'insinuer tout ce qui peut favoriser sa secte ; il démasque en même temps sa mauvaise loi.

Le P. CotOD a iail un travail tout semblable sur les versions en un volume in-folioqui a ; our titre : i plagiaire ou vérification des dépravations de la parole de Dieu , Paris. 16

introduire danssa traduction, avec une perfide habileté, tout ce qui peut favoriser la doctrine particulière de sa secte et contredire le doctrine catholique; et cela, non plus seulement en prétendant donner la version matérielle ou littérale, mais en se permettant des substitutions, des omissions et d'autres semblables falsifications du texte biblique.

Pour prouver ces falsifications, je ne reporterai pas le lecteur aux premières versions faites en langue vulgaire par les protestants pour l'établissement de leur réforme, et parmi lesquelles tient le premier rang celle que Luther a composée en langue tudesque (1), ni aux autres faites peu de temps après, soit en français (2), soit en anglais (3), ou dans

[1] Von- sur cette version Y Histoire de la vie de Lut lier par Ainlin, t. Ier, ch. 25, où l'auteur rapporte et- que pensaient les luthériens mêmes des falsifications que contient cette version; la longue dissertation du P. Chcrubino, t. iv de son Apparat critique. Emser y a relevé environ quatorze cents hérésies; Serrarius lui reproche jusqu'à deux mille erreurs. Dans Le Nouveau Testament seul, on a noté plus de mille altérations commises par Cochleus, etc. Bucer et Osiandre, quoique euxmêmes protestants, reprochent à Luther d'avoir falsifié la Bible. Je ne relève pas ces falsification- en particulier, parce qu'elles sont connues, et qu'on en iit une partie dans Les auteurs cités.

(2) Voir Cheeubino de Saint-Joseph, 1. c; Niqdet, Errores deprehensiingallica \- T. translatée generensi, Flexise, L670.

■ Voir MiLNEE, Fin de ta controverse religieuse , leit. XV, OÙ il traite doctement ce BUJel

quelque autre des langues modernes. Les protestants de nos jours pourraient dire que toutes ces

versions sont depuis longtemps abandonnées, pourquoi je me bornerai à celles que public pr tementla Société biblique, et qu'elle distribue comme exemptes de toute altération, tellement que prétendre le contraire est, au dire de ces messieurs, une grossière et infâme calomnie (1). D'autres ne craignent pas d'ajouter que cette objection de la falsification supposée de la Bible est une arme usée cl abandonnée par tous les théologiens qui se respectent (2). D'autres nous défient de montrer une seule falsification dans toutes les Bibles que nous offre la Société biblique (,°>). On voit par là quelle est leur conviction et leur parfaite confiance dans la bonté de leur cause. II ne sera doue pas inutile de donner au moins un aperçu de la justice de l'imputation que les catholiques font à la Société biblique d'avoir falsifié la Bible dans les versions qu'elle distribue en langue vulgaire.

Pour connaître la mauvaise foi et les perfides intentions de la Société, il est important d'observer

i Ainsi parle le ministre M. A. Monod dans l'ouvrage intitule Lucile, p. 322.

(2) Comme M. Âgénor de Gasparin, dans son ouvrage : Intérêts généraux dit protestantisme français, p. 5, Paris, L843.

3 Comme Girod, ministre à Liège, dans son (vertissement

aux catholiques, p. 62.

qu'elle s'est particulièrement attaquée à tous les passages du texte sâcïé qui pourraienl servit à décider les grandes questions controversées. Lés protestants nient qu'on puisse inVôqUer les saints comme médiateurs secondaires. Eh bien, qu'a fait la Société? Elle a adopté la version altérée où l'on fait dire à saint Paul ce qu'il n'a pas dit, pour donner l'exclusion à de tels médiateurs. En effet l'apôtre a écrit (I 77m. n, 5) : Un médiateur entre Dieu et tei hommes ; c'està-dire un par nature, comme l'indiquent ers mots qui viennent immédiatement après : Jésus-Christ homme. Or, la Bible de la Société y ajoute furtivement le mot seul, qui ne se trouve pas dans le texte {[).

C'est une sorte d'engagement pour les protestants d'enseigner que l'Église est invisible, pour se tirer d'embarras par rapport à la nouvelle Église fondée par Luther. De là le soin qu'ils prennent d'appuyer cette absurde doctrine sur des textes propres à prouver une défection totale. Et c'est ce qu'ils ont cru trouver dans Ézéchiel, ch. xx, v. 8, où le prophète reproche aux Juifs leur infâme idolâtrie: si ce n'est que le prophète se contente de dire en général : « Mais ils m'ont irrité, et ils n'ont point voulu m'écouter: cha-

(1) Ce mot n'avait pas été eflëeth vment ajouté dans les versions calvinistes imprimées dans les années 1555, 1503, 1564 et 1570.

cun d'eux n'a point rejeté ce qui souillait leurs regards. » Ce passage, dans les versions de Martin et d'Osterwald adoptées par la Société, esl rendu dans

un sens négatif qui embrasse non pas seulemeril la majeure partie, ou une grande partie du peuple, mais l'universalité de la nation. Dans la première on lit : Pas un seul n'a rejeté, etc.; dans la seconde : Aucun d'eux n'a rejeté, etc.

L'existence des traditions se trouve expressément al testée par l'apôtre dans sa seconde épitreaux Thessaloniciens, c. n, v. 14, où il dit : « Retenez les traditions que vous avez apprises ou par nos paroles, ou par nos lettres. » Mais ces traditions ne plaisent pas aux protestants; il leur convenait donc de les faire disparaître de leurs Versions, et c'est ce qu'à- fait la Société biblique, qui à Ce mot traditions a substitué de plein pied celle d'enseignements. Et que ce changement soi! l'effet d'une malice de leur part. <Y-i ce que prouve visiblement la manière dont ils rendent le même mot grec jrapxàxn; qui se trouve en saint Mathieu, c. w. v. 2 et 3, où le Sauveurcon damne les vaines traditions, les pratiques superslilienses {\o> pharisiens, ce qu'ils traduisent littéralement : « parce que vous transgressez le commandement de Dïeupûr votre tradition. »

Les protestants en outre rejettent, comme en le -ait. le sacrement de l'ordre et la hiérarchie ecclésiastique : on trouve cependant dans les Actes des apôtres, c. \iv.

v. "2*2, l'ordination de plusieurs prêtres, faite par l'imposition des mains, rapportée en ces terme- : < iyant ordonné (^«pp-rowa-avree) dcs prêtres en chaque église avec des prières et des jeûnes, etc. » Ce passage faisait mal à leurs yeux, il fallait donc l'ôter. Aussi, dans la version publiée par la Société, en ont-ils trouvé le moyen en traduisant de cette manière : « Et après que de l'avis de l'assemblée ils y eurent établi des anciens dans chaque église, etc. » Par cette version, qui contient autant de falsifications que de mots, ils ont supprimé d'un trait l'ordination telle qu'elle se pratique dans l'Église catholique, eu > substituant l'élection toute pure des assemblées calvinistes de leurs ministres (i).

In des points les plus saillants du protestantisme est l'horreur décidée qu'il inspire à ses adeptes pour le culte des saints, parce que c'est un argument à la portée du peuple, et au moyen duquel on représente sans veille l'Église catholique comme souillée d'une 1k iteuse idolâtrie, par le transport qu'elle ferait aux créatures du culte dû au Créateur, et on la rend ainsi gratuitement odieuse aux masses ignorantes. Les catholiques instruits ont repoussé vigoureusement cette imputation calomnieuse, en faisant ressortir la différence essentielle qu'il y a entre le culte absolu etsu-

ll) Chardon de Lugny, dans son ouvrage Recueil des falsifications de la IVible de Genève, p. 73. compte jusqu'à douze endroits où a été faite la même substitution.

prème dû à Dieu seul, et le culte relatif et inférieur par lequel on honore les amis de Dieu. Quoique ce soit le même mot qui exprime à la fois ces deux sortes de culte et quelquefois même un acte ou un signe matériel et extérieur tout, semblable qui sert à l'un et à l'autre . nous ne confondons pas pour cela ces deux cultes, attendu que ce même mot a des significations différentes, et que la valeur de l'acte ou du signe extérieur dépend de l'intention de celui qui l'emploie. Ils appuient ni outre cette théorie et cette pratique sur l'Écriture sainte, qui dit en plus d'un endroit qui» des hommes ont adoré d'autres hommes, et se sont prosternés devant eux, de la même manière ([(Telle rapporte qu'ils ont adoré Dieu, et se sont prosternés devant lui. 11 est clair pour tout le monde que l'adoration rendue h Dieu par ces saints personnages ;i dû être essentiellement différente de celle qu'ils rapportaient aux hommes, et l'on doit penser de même de l'acte de se prosterner que nous venons de dire. Cet appui que les catholiques trouvaient dans la Bible pesait aux protestants ; aussi réunirent-ils ton.- leurs efforts pour nous l'enlever, et étouffer dans notre bouche une réplique à laquelle eux-mêmes n'avaient rien à opposer. Comment ont-ils atteint ce but hostile? Par deux moyens qu'ils ont mis en œuvre, tant par rapport au mot adorer que par rapport au mot .se prosternerou s'incliner, qui exprime l'acte extérieur ou matériel de cette adoration.

Dans la Bible de la Société, à ce mol adorer, qui se trouve dans la Genèse^ c. win. 7, 12, ou il esl dil qu' Ybraham adora le peuple du pays, c'est-à-dire les fils de Seth ; clans le même livre, xix, \, à propos de Loth qui adora les anges, et \\\ni? o, de Jacob qui adora Esaù ; dans l'Exode, xvnr, 7, de Moïse qui adora Jéthro, de la même manière qu'il est dit d'Abraham, de Moïse, de David et du peuple de Dieu, qu'ils adorèrent le Seigneur (i), les ministres oui substitué dans tous ces passages avec beaucoup d'adresse les mots se prosterna, s'inclina, etc., et fait disparaître ainsi le mot trop odieux $ adoration en tant qu'il se rapporte aux hommes.

Par ce malin artifice, quoiqu'ils fussent venus à bout d'affaiblir la réponse des catholiques en faisant disparaître le mot d' adoration, il restait cependant toujours le mot (V inclination employé dans le même sens, et ils ne pouvaient encore convaincre les catholiques d'idolâtrie dans là vénération que ceux-ci rendent aux images, comme ils le voulaient à tout prix. Comment donc y réussir? La chose leur devint aisée au moyen d'une autre substitution de mots dans leur version. On lit dans le Deuteronome , v, 8 : « Vous ne vous ferez point d'ouvrages de sculpture, ou d'idoles artistement sculptées, ni d'ouvrages de fonte, c'est-à-dire d'idoles forgées au feu, » comme

(1) Genèse, XXIV, -2(1; Exock', x.x.x. l(i. etc.

l'expliquaient les anciennes versions des protestants eux-mêmes (1); comme on lit aussi au psaume \c.\n selon la Vulgate, v. 2: « Soient confondus tous ceux

qui scia eut aux idoles, » version qui fut en usî chez 1rs protestants jusqu'à Tan 1550 (2). Mais ils ne s'accommodèrent plus de cette version du moment où ils s'avisèrent de faire tomber la condamnation portée par Dieu même contre les idolâtres sur l'usage que l'Église a toujours conservé, conformément à ht doctrine des Pères, de vénérer les saintes images. Par ce motif ils surent bien substituer, dans les traductions qu'ils firent depuis decespassages,lemottmâ^ à celui d'idoles. La Société biblique a adopté cette nom elle version, et ainsi le passage du Deuleronome a été rendu d'abord par ces expressions : « Tu ne te feras point d'images taillées, » et celui du psaume par celles-ci : « Soient confondus ton.- ceuv qui ser- \ent aux images; » puis, quelque temps après, substituant le mot se prosterner à celui d adorer, on présenta ainsi le premier : Tu ne te prosterneras point devant les images^om faire entendre au peuple qui lit ces bibles que les catholiques, qui Bfe prosternent devant les images, sont idolâtres, et à ce titre, formellement condamnés par Dieu même. Tel est P artifice

(1) On lisait dans ces versions : lu m feras pas d'idole ta il

[2 C'est ainsi qu'on lisait dans les versions calvinistes françaises.

dont les protestants font usage dans leurs versions, tel est l'esprit qui anime la Société biblique.

Je pourrais multiplier ces exemples, puisqu'on peut être certain que toutes les fois qu'ils rencontrent sous leur plume un passage biblique relatif au point controversé, ils ne tardent pas à l'altérer pour le faire à leur propre cause. Qu'il suffise donc, ou moins pour le moment, de ce léger échantillon pour preuve de tout ce que nous avons affirmé de la mauvaise foi qu'ils mettent soit à faire, soit à propager des versions de cette espèce (1). C'est ainsi que les [Molestants donnent au peuple la parole de Dieu diversement morcelée , falsifiée, altérée, corrompue.

Mais il y a un autre morcellement d'une bien plus haute portée que pratiquent les protestants, en effaçant d'un trait toute la parole révélée de Dieu que nous a transmise la tradition, parole traditionnelle sur laquelle s'appuie uniquement la parole de Dieu écrite, parole qui a pour elle le témoignage et la pratique de tous les siècles. Comme je me propose de traiter le sujet de la tradition, qu'il me suffise ici d'avoir simplement indiqué ce morcellement arbitraire, qui n'a pas d'autre but que de délivrer la Réforme de tout ce qui la contrarie ou la condamne.

(1) Ceux qui voudront en voir d'antres exemples feronl bien de lire l'ouvrage cité plusieurs fois de Mgr Malou, intitule : i << Ire ivre de la sainte liii>!c, t. n. ch. !*.

Qu'il reste donc établi, comme prouvé maintenant Jusque l'évidence par tant d'arguments invincibles, que la règle rationnelle protestante, considérée au point de vue biblique, est inadmissible, comme ayant le défaut de morceler la parole révélée de Dieu.

article iv.

( lonsidérée au point de vue biblique, la règle rationnelle protestante est défectueuse dans son application

biblique elle-même.

Contradiction de Luther dans ce système. — Insuffisance de la raison par rapport àl'intevprétationdogmatiquedela Bible prouvée par la théorie et par la pratique. — Clarté de l'Ecriture proclamée par Luther et ses adhérents. — Eux-mêmes ont démenti par le l'ait celte chute prétendue. — Opposition con- Btante entre la théorie et la pratique chez les protestants relativement à cette ['retendue clarté de la Bible. — Aveu postérieur de Luther au sujet de l'obscurité de l'Écriture. — On confirme cela par des exemples. — Articles dogmatiques explicites. — Cette obscurité se prouve encore mieux dans les textes qui ne sent pas aussi explicites. — Impossibilité absolue pour la raison de se former un symbole de foi avec la Bible seule. — Aberrations faciles dans la manière de l'entendre, surtout quand on se trouve dominé par les préjuj és et li s passions.

J'entends ici par application biblique la mise en pudique de la règle dont il s'agit dans l'interprétation de la Bible- par le sens privé, ou par la raison in-

dividuelle discutant chaque article de foi en vertu de cette règle posée par les protestants. J'affirme de

Dette application biblique qu'elle est défectueuse à plusieurs titres, pris tant dans la raison que dans l'Écriture, considérées l'une et l'autre, soit en elles-mèn soit dans leurs relations réciproques. Chacun de ces points mérite d'être traité h part. Entrons en matière.

Pour ce qui tient à la raison, je dois relever avant tout l'étrange contradiction où est tombé Luther, le premier qui ait proclamé cette grande règle de l'Écriture interprétée par la raison individuelle , donnée pour base au protestantisme. Cette contradiction ou cette incohérence est tellement évidente, qu'elle plane , pour ainsi dire, sur toute cette règle. Pour que la raison individuelle put être larègle indépendante et suprême de l'Écriture , en sorte que l'intelligence et l'interprétation de l'Écriture ellemême pussent et dussent suffire pour constituer les dogmes et les articles de foi, ou, ce qui est encore plus, la règle même à suivre pour tous les article- à croire de foi divine , il faudrait qu'elle tut, je ne dis pas encore infaillible, comme on pourrait l'exiger, mais au moins d'une force et d'une puissance, d'une profondeur, d'une pénétration et d'une étendue non communes. C'est-à-dire, qu'elle i de\ rail être d'une élévation, d'une portée en un mot, proportionnée à la grandeur de l'objet el à la difficulté de l'entreprise.

Le réformateur saxon aurait du en conséquence, avant de proclamer sa règle suprême, faire précéder un magnifique éloge de la raison humaine, en vanter la force, la pénétration, et la suffisance dont elle est pourvue, comme l'ont fait depuis les rationalistes et les incrédules pour secouer le joug de la révélation. Eh bien, qui le croirait? au lieu de prendre ce parti, Luther, comme nous l'avons montré plus haut, a commencé par prêcher, en guise de dogme préliminaire à toute sa doctrine, la nullité de la raison humaine, comme conséquence inévitable du péché primordial ou originel. L'homme, au dire de Luther. est tellement corrompu dans sa nature par suite de sa chute primitive, qu'il a totalement perdu sa liberté, et est devenu, particulièrement dans les choses de foi, comme un tronc mort, comme une pierre brute :dans son intelligence sont entrées le$ ténèbres; dans sa volonté, un irrésistible attrait pour le mal : le mal moral en lui s'est converti en sa nature même, viciée dans sa substance (1). Comment donc la raison pouvait-elle être l'interprète, et l'interprète dogmatique de l'Ecriture, au point que de son interprétation dé-

I Voici l< paroles de Luther : •• In spiritualibus etdivinis s, aux ad animas salutem spectynt, liomo est instar statuas

- iij quain qxor patriarchae Loth esl conversa, imo est similis trunco et lapidi, statua' vita carenti, quœ neque ocuforum, oris aut ullorum sensuum cordisque usnm babet h (/h Gen c. XIX). Voir la Symbolique de Mo:m BB, t, Ier, p. 102 et suiv.

pendît l'objet même de la croyance? N'est-ce pas là

une vérification pratique de la parole du Sauveur, que si un aveugle conduit un autre aveugle, tous les deux tomberont inévitablement dans quelque précipice? Cette incohérence cependant passa inaperçue durant à peu près trois siècles entiers parmi tout ce qu'il y a eu de communions à s'en tenir au dogmatisme luthérien, en même temps qu'elles soutenaient et défendaient, comme elles le font aujourd'hui plus que jamais, l'interprétation de la Bible par la raison incii- \ iduelle comme la règle unique et suprême de la foi. Mais même en laissant de côté les exagérations familières au docteur saxon, et en nous bornant à considérer la raison humaine telle qu'elle est en elle-même, et clans son état natif d'infirmité, nous prouvons qu'elle est incompétente à exercer l'office de juge que voudrait lui attribuer le protestantisme. En effet, si la raison se montre si souvent indécise et incertaine, même en ce qui constitue l'objet naturel de son examen, c'est-à-dire en ce qui concerne les vérités de raison proprement dites, où bien des fois elle ne sait quel jugement porter; s'il n'est pas rare qu'après avoir plus mûrement réfléchi, elle reconnaisse qu'elle s'est égarée dans le choix, et qu'elle revienne d'une opinion quelle avait d'abord suivie avec une assurance parfaite, et qui semblait inébranlable: si l'expérience qu'en fait tous les jours chaque individu doil le convaincre des honteuses bévues

— 2-11 — que sa raison peut commettre, n'y aura-t-il donc que l'Écriture pour l'intelligence de laquelle elle ait le privilège de ne jamais tomber dans l'erreur? Qui osera dire qu'elle est toujours à môme d'en pénétrer tous les sens et toutes les profondeurs jusqu'à en tirer des articles de foi, à discerner avec une entière certitude l'unique véritable sens que Dieu a pu vouloir donner à sa parole, et même jusqu'à en faire son symbole exclusif, jusqu'à pouvoir dire que c'est le seul véritable, de préférence, et même exclusivement à tous les autres? J'en abandonne la réponse au bon sens public, à la conscience de tout homme qui raisonne.

Que dire ensuite, lorsqu'on voit, en jetant les yeux sur les annales de la soi-disant réforme, que T interprétation do la Bible faite par cette raison individuelle est tellement mal assurée, tellement variable et mobile, qu'on pourrait l'appeler une perpétuelle correction et un perpétuel changement ? 11 s'y fait un va-et-vient continuel d'un sens à un autre sens, je ne dis pas seulement dans les questions d'exégèse ou d'érudition, mais dans ce qui intéresse le dogme même le plus élémentaire; de sorte que les confessionsymboliques ont été mainte et mainte fois amendées, corrigées, rajustées en cent façons différentes, à cause des erreurs qu'on a découvertes et des bévues qu'il a fallu reconnaître dans les interprétations antérieures. Et, de plus, ces réformes des interprétation^

de la Bible ne se sont pas seulement succédé Tune à l'autre ; mais elles ont encore été simultanées entre elles, et ont donné lieu à de nouvelles confessions différente», et par conséquent, à de nouvelles sectes qui se sont détachées des anciennes, à cause d'une manière d'entendre les textes bibliques toute différente, et qui quelquefois même était tout l'opposé de celle de la secte-mère à laquelle elles appartenaient auparavant. C'est là une preuve de fait évidente et irrécusable, que la règle rationnelle du protestantisme est défectueuse dans son application biblique du côté de la raison, qui entre comme élément nécessaire dans la synthèse de cette règle, soit qu'on envisage sa théorie, soit qu'on veuille en étudier la pratique. Je pourrais insister avec plus de force et de vigueur sur ces considérations ; mais, comme je dois traiter au long le même sujet dans le cours de cet ouvrage, qu'il suffise pour le moment de ces légers aperçus, qu'il me fallait toucher au moins pour mon objet actuel.

Voyons maintenant si l'autre élément synthétique de la règle rationnelle, qui est la Bible en tant quelle serait donnée à interpréter à la raison individuelle, est susceptible d'une telle interprétation de manière à former une règle de foi. Et d'abord, observons ici que le chef de la Réforme, pour rendre sa règle admissible, fut obligé de mettre en avant, comme lemme incontestable, l'extrême clarté de l'Écriture. Appelons à ce propos l'attention de nos lecteurs sur

un gracieux et plaisant spectacle qu'offrit le protest 8 i itismc dès son berceau, et qu'il a continué de nous présenter jusqu'à nos jours. Pour exclure tout principe d'autorité dans l'interprétation de l'Écriture, et y substituer le principe de la liberté d'examen et par là môme de l'interprétation individuelle en matière de foi, Luther et ses premiers disciples se mirent à crier à gorge déployée que la Bible était claire et aisée à comprendre dans toutes ses parties, pour quiconque avait des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. C'était là le thème obligé, le thème commun, le thème universellement proclamé. On peut voir là -dessus les témoignages explicites et nombreux des premiers protestants dans les controversistes de l'époque, et spécialement dans Bellarmin (1). Mais nous ne voulons pas omettre ici les déclarations aussi solennelles qu'explicites de Luther, qui n'a pas craint d'affirmer que « l'Écriture est à elle-même son interprète le plus suret le plus clair, et en même temps le plus intelligible ; qu'elle prouve tout à tout le monde, juge tout, illumine tout » (*2). 11 a écrit encore : « Voici ce que j'at'lirmede l'Écriture entière :je n'approuve pas qu'on la dise obscure dans aucune de ses

[1] De verbo Dei, 1 i, c. I.

(2) Ut sit ipsa (Scriptura) certissima, facillima, apertisaima Buiipsius interpres, omnibus omnia probans, judicans et illuminans [Prxf. assert , ortie, à Leone Pontifiee damnât. . v

parues » (1). Ailleurs, il a dit encore plus ouvertement : « Les chrétiens doivent tenir avant tout pour certain et indubitable, que les saintes Écritures sont une lumière spirituelle beaucoup plus claire que le soleil lui-même » {'!). A ces extraits du coryphée de la Réforme, j'en joindrai un autre qui ne va pas moins bien à mon sujet , et que nous fournit Mosheim , le principal historiographe de sa secte, qui nous décrit en ces termes la croyance de la communion luthérienne : « Cette Église (luthérienne), écrit-il, fait profession d'admettre que la connaissance de tout ce que nous avons à croire ou à pratiquer doit se puiser dans les livres dictés par Dieu lui-même, et qui, pour cela, sont à ses yeux tellement clairs et faciles à entendre dans les choses nécessaires au salut, que tout homme doué de raison et connaissant la langue peut en atteindre le sens sans besoin d'interprète. L'Église possède, il est vrai, certains livres appelés communément symboliques, où sont réunis et clairement exposés les principaux points de la religion. Mais ces livres empruntent toute leur autorité de la sainte Bible, dont elles rendent le sens ot la pensée; et il n'est pas

il) De tota Scriptura dico : Nullam ejus partem obscuram dici volo. ïbid.

(2] Id oportet apud christianos esse in primis ratum alque cortissimum, Scripturas sanctas esse lucem spiritualem ipso boIo longe clariorem [Deserw arbitrie, opp. t. ni, fol. 168).

permis aux docteurs de les interpréter autrement que

ne le permettent les divins oracles » (1).

Il semblerait qu'avec tant de clarté et de lumière, avec tant de secours qu'offre l'Écriture pour l'intelligence d'elle-même, la divergence dans la manière de l'entendre ne fût plus possible, et qu'aucune interprétation, aucune explication de son texte ne fût plus nécessaire. Qui n'aurait inféré de témoignages aussi formels que tout ce qu'il y a de protestants ne forment ensemble qu'un seul tout harmonique, un même esprit, un même cœur, un même langage?' Eh bien, la chose est allée tout au rebours de ce que chacun était en droit d'attendre. En même temps que les chefs de la Réforme s'accordaient à proclamer et à persuader à tous leurs disciples l'extrême clarté de l'Écriture clans toutes ses parties, ils se divisaient. s'anathématisaient, se faisaient la guerre à toute outrance, s'accusaient réciproquement de n'avoir point

(1) Ex sententia hujus Ecclesiœ (lutheranœ] omnia recte dé re

divina sentiendi et pie vivondi ratio unice ex libris ab ipso Deo dictât» haurienda est, quos idcirco in illis rébus quibus via salutis continetur, tam esse pianos et intellectu faciles crédit. omnis ut homo rationis compos, linguarumque gnarus sine interprète sententiam eorum assequi valeat. Habet ea quidem certoa libros, qui symboi ici vulgo nominantur, quibus prœcipua religionis capita congesta, et perspicue exposita sont. Atque hi omnem auctoritatem suam ex sacra codice duciint, cujus mentem et sententiam exhibent, nec doctoribus aliter eos interpretari lu et, quam divina oracula patiantur. [Inst, hist. eccl. sœc. xvi, sect. m, punct. 2, c. 1, § 2.)

compris l'Écriture, et avec l'Écriture à la main déchiraient le sein du protestantisme à peine sorti du berceau. En même temps que leurs principaux ouvrag étaient exégétiques dans le but d'aplanir le sens des Écritures, ils ne s'accordaient point dans leur interprétation ; et cette discordance a continué jusqu'à nos jours, où plus que jamais les protestants de toute race ont multiplié les traités d'herméneutique et d'exégèse avec un nombre presque infini d'avertissements, de règles et de préceptes pour bien interpréter les livres saints (1). Et ce qui fait encore plus à notre sujet, c'est

(1) Voici une liste abrégée d'auteurs protestants sur l'herméneutique et l'exégèse :

Matth. Flacci Claris Scripturx, Basil.. 1"

Wolfg. Franz u Troctfd. Iheol. de interp. s. tibrorum. Wittemb., 1619.

Sal. Glassii Philologia S.. Jense, 1623, his tetnporibus acrommod. a J. A. Dathio et G. L. Bayero. Lips., 177(5-1797.

Joan. Jac. Ramuachm Instit. hermeneut. .sac. Jeu*. 1723 usque ad an. 1761.

Joan. Turretini De Socr. Scriot. interp. Trajecti, 1728 et Cari. TeUeri, 1776.

Christ. Wohlle Hermen. i . J . Lips., 173.6

Joan. Aug. EEHESTiInsiit. interpr. \. T. Lipsia?, 1761. éd. 5. Car. Ammon, L806l

Daniel Wittemb ach Elementa hermen. S. Mar., 1760.

Joan. Sal. Semi.er, Appar. ad libéral. V. et J . T. interp. Hal., 1767, 1773.

Joach. Pfeipfkb Instit. hermen. S. Eatang, 1771.

Georg. Laer. Baver tienne». S. t . T. Lips.. 1797.

Sam. Frid. Nathan. Mkmi lien». \ T. et C. A. Eich- B] mit. L792-1802.

que la plupart des interprète.- protestante modernes entendent cl expliquent autrement que les premiers ré* formateurs les textes en particulier sur lesquels ceux* ci fondaient leur doctrine en opposition à celle de l'Église catholique, ou appuyaient leurs principales objections contre ce même enseignement, comme chacun peu! s'en assurer en se donnant la peine d'en faire la confrontation. Dans nos articles précédents, nous en avons déjà donné quelques exemples. Qu'en lise Berthold, les deux Rosenmuller, Keil, Kuinoel et d'autres semblables exégètes modernes, et qu'on en fasse le rapprochement avec les expositions de Luther. de Calvin, de Bèze, de Kemnitius. de Brénziua §1 d'autres semblables, cl on ne tardera pas à voir combien les premiers se sont écartes des derniers, ei même combien il- sont opposés ensemble.

Si les protestants ne nous avaient pas donné de trop fréquentes preuves de pareilles incohérences, et habitués à de si honteuses contradictions de leur pari jusqu'à nous en ôterl'étonnement, nous aurions certes sujet de n'en être pas peu émerveillés. 11 paraîtrait à peine croyable, si les faits ne nous en démontraieni la vérité, que pendant trois siècles entiers une théorie ait été mise obstinément en lutte perpétuelle avec la

<;. FHHX SfiULHB JJibl. herm.l et \. T. Ertang, 1800. Cak. Dan. BBCS Vonog. hervien. A. T. Lips.. il Sans compter beaucoup d'autres de ces travaux en langue nde, soit ai - «

pratique, qui la démentait sans cesse. 11 en est pourtant ainsi. Môme de nos jours, et après de si éclatantes preuves de fait du contraire, après avoir lui-même sur le recto du même feuillet reconnu avec beaucoup d'autres des siens l'obscurité de l'Écriture, Dœderlein, pour répondre aux catholiques, ne craint pas d'affirmer : « qu'il suffit contre eux de dire que, pour ce qui tient à la foi et aux mœurs, le sens vrai et historique (des Écritures), ou se présente de soi-même à tout lecteur, ou peut aisément se chercher et se découvrir» (1). Eh bien, c'est précisément pour ce qui intéresse la foi que se sont élevées entre les prorestants les plus violentes disputes et les plus éclatantes divisions par rapport à la manière d'interpréter l'Écriture. Mais, lorsque les passions et les préjugés enracinés répandent leurs ténèbres sur l'esprit d'un homme, il n'y a pas de raisons ni d'expérience capables de les dissiper.

Que dire ensuite, lorsqu'on considère l'Écriture telle qu'elle est dans sa réalité, pleine de profondeur.

L) Dœderlein Inst t/ieol. christ, in Capp. relig. theoret , part. 1, éd. 4, Norimb. 1787, p. 156. « Minime negamus, inter- « pretationem utriusque Tostamenti multis et grovibus premi « difficultatibits, ae plurima i\jcvorirx (inintelligibilia) et obscura .. reperiri. » Puis, à la page suivante, 157, il en vient à écrire : " Contra bos [catholicos) satis est adstruere in fidei morumque » ratione eognoscenda, sensum veruro et legitimum vol offerre " sese sponte lectori cuique, vel facili opéra indagari atqu>' » erui n

d'obscurité en beaucoup d'endroits et de difficultés

pour les interprètes? Or, telle est du propre aveu, qui le croirait? oui, du propre aveu de Luther lui-même, qui, en contradiction avec ce qu'il avait d'abord établi avec tant de hardiesse, s'est vu forcé de l'admettre, instruit enfin par une longue expérience; telle est l'extrême obscurité que présentent les Écritures. « Approfondir le sens des divines Écritures, dit-il, est chose impossible: nous ne pouvons qu'en effleurer la superficie; en comprendre le sens serait merveille. V peine nous est-il donné d'en savoir l'alphabet. Que les théologiens disent et fussent tout ce qu'ils voudront : pénétrer le mystère de la parole divine sera toujours une entreprise au-dessus de notre intelligence. Ses sentences sont le souffle de l'esprit de Dieu : donc elles défient l'intelligence de l'homme ; le chrétien n'en a que la fleur » (1). On ne pourrait donc appeler l'Écriture règle de foi, qu'autant que dans ses énoncés et dans sa superficie elle présenterait les articles à croire déjà formulés, comme vérités que Dieu propose à l'homme. Encore, à moins d'un guide suret digne de confiance, ne serait-on pas garanti, même dans ce cas, contre tout danger d'illusion. J'ai dit qu'on ne serait pas garanti même dans

1 1 Voir Arnix . Histoire de la vie de Luther, t n, p. 38©. Luther a répété cotte même chose bien d'autres lois, que je sous silence pom plus de brièveté.

ce cas contre tout danger d'illusion ; car il se trouve de fait dans les divines Écritures des vérités énoix distinctement et en termes propres, auxquelles il m manque ni la rigueur de la formule ni la clarté de l'expression, et qui, soit par un effetde l'infirmité humaine, soit par malice ou autrement, n'en ont pas moins été niées, et les passages de la Bible qui les contiennent interprétés de manière à les faire totalement disparaître. Prenons pour exemple celle de l'institution du baptême. Qui est-ce qui, lisant au dernier chapitre de l'Evangile de saint Mathieu les paroles du Sauveur à ses apôtres '.Allez, et enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, n'y verrait établi le rite sacramentel d'initiation à conférer par l'invocation des trois personnes divines? Et qui ignore cependant que plusieurs hérétiques anciens et diverses sociétés de protestants modernes l'ont nié, et le nient encore? Quelques-uns ont entendu ces paroles d'une pure cérémonie, employée simplement comme signe d'admission dans la société chrétienne (1). D'autres n'y \ exilent reconnaître qu'un rite temporaire, et qui a dû cesser du moment où le christianisme a été suffisamment propagé (b2). D'autres en assez grand nombre ont soutenu qu'il n'était

(1) C'est ce que dit LlMBORCH, dans sa Tkeol. Christ.. I. v. c. 69. s 26, comme tous les socinieas et tous les rationalistes modernes.

(2 Telle est aussi la doctrine des sonnants, qui n'i

question dans le texte allégué, aussi bien que dans celui de l'Évangile de saint Jean, c. ni, que il une purification spirituelle et tout intérieure, à Inclusion de l'eau matérielle (1). Je ne parle pas des ell'eis du baptême, dont la question a excité de nos jours une si vive agitation el de si violents débats au sein de l'Église anglicane , comme nous le dirons en son lieu. Mais outre cela, pour ne pas sortir de l'exemple du baptême que nous venons de mettre en avant, qui n'a entendu parler de la question critico-biblique qui s'agite sans fin dans les écoles, sa- \oir si les apôtres avaient, en vertu d'une dispense divine, conféré le baptême dans le seul nom de Jésua- Christ ("2)? Oui ne sait encore, que plus d'une communion protestante moderne, en conservant la formule du baptême, n'admet cependant qu'une* seule

reste, qu'un corollaire de leur système fondamental. Voir Catecli. Racor ., q. .'Î4<>. 152.

(1) C'est encore la doctrine de quelques sociniens. et de plus, des anglicans William Dell, dans son ouvrage Doctvina btiptismatum al antiquis et recentibus comtptionibus cappurgat*\ et de Benjamin Holme, dans l'opuscule intitule: Invitatiq séria ad omnes, an spiritum Christ i in seipsis agnoscant. Cette doctrine remonte primitivement jusqu'à Calvin, et s'est répandue de cette source parmi beaucoup dos petites sectes, et spécialement parmi les quakers. Voir Mcbhleb, Symbolique, t. ii. § 68.

2 r.e cardinal Orsi a écrit sur ce sujet une longue dissertation sous le titre : DeBaptism. in rumine Jesu-Christi, Mediol., n.'-s:?, in-4°, qu'on fera bien de consulter.

personne en Dieu , savoir le Père, ne voit dans le Fils qu'un pur homme ou le Messie, et dans l' Esprit- Saint qu'une simple énergie ou vertu? Mais donnonsen un autre exemple que nous prenons dans l'institution de l'Eucharistie. Non-seulement la forme de son institution se trouve rapportée par les écrivains sacrés; mais ils reproduisent les paroles mêmes qui nous assurent de la présence réelle et substantielle du corps adorable du Sauveur sous les apparences du pain : Ceci est mon corps; comme aussi du sang de l' Homme-Dieu sous celles du vin : Ceci est mon sang. Malgré ces raisons, quiconque est tant soit peu versé dans la polémique religieuse, sait que ces deux textes si simples ont donné lieu en deux siècles à plus de deux cents interprétations différentes, et que les rationalistes modernes ont encore ajouté à ce nombre de nouvelles interprétations inconnues aux anciens et qui portent un cachet vraiment singulier : si bien que des sectes entières et très nombreuses nient aujourd'hui sans la moindre restriction, que ces paroles expriment la présence réelle du corps et du sang de notre Seigneur. Beaucoup enfin sont parvenus à ne reconnaître dans l'institution divine qu'un rite commémoratif destiné à rappeler aux fidèles les souffrances inouïes endurées pour la rédemption du genre humain par l'Auteur du christianisme (1). Ces exemples pour-

(l) Voirie traité du R P. Perrone De F.ucharistia, pari. r,< 1

raient être grossis de cent autres parfaitement connus

de tous ceux qui ont été initiés aux sciences sacrées, et se sont appliqués à l'étude de la controverse.

Que si tel est le produit de la raison humaine constituée interprète de l'Écriture, môme par rapport à ce qu'elle contient de plus explicitement énoncé et de I il us nettement formulé, qu'en sera-t-il des autres textes où la vérité se trouve comme enveloppée d'obscurité, et recouverte sous le voile de l'emblème, de la parabole, delà figure; de ces textes dont on ne peut extraire le véritable sens qu'avec beaucoup de travail, en écartant l'enveloppe extérieure qui nous le cache, au moyen de déductions, de parallélismes, de confrontations de toute espèce ; de ces textes dont le sens est, par sa nature même, placé hors de la portée de la raison humaine? Et nous voilà donc arrivés à la synthèse de l'Écriture et de la raison, que nous nous sommes proposé de traiter en troisième lieu, pour faire voir de plus en plus que la règle rationnelle de foi est insuffisante dans son application biblique.

Au nombre de ces vérités inaccessibles à la raison, il faut ranger la plupart de celles que contiennent les Écritures et qui forment l'objet de notre foi, qui sont passées en formules dans les professions de foi ou dans les livres symboliques. Quand la raison humaine, sans autre guide qu elle-même, cherche à trouver ces sortes de vérités dans l'Écriture, bientôt elle s'égare, tâtonne, se trouble et se confond; car il ne s'agit

de rien de moins pour elle que de discerner avec une pleine assurance tout ce qu'elle doit croire comme article de foi, sans* mélange d'élément humain, d'avec ses opinions purement subjectives. Pour moi, je mis fermement persuadé que le protestantisme ne serait jamais parvenu à se former un symbole , si l'on en excepte la partie négative, sans le flambeau qu'il a emprunté de l'Église catholique, morne après l'avoir quittée. En se séparant d'elle, il a emporté avec lui, comme l'avaient déjà fait toutes les sectes des siècles précédents, un lambeau des vérités qu'elle lui avait apprises , mais qu'en voulant ensuite refaire à sa manière il a fini par perdre presque entièrement, comme nous le dirons plus loin.

Ajoutez à cela, que celui qui assume la charge d'interpréter les Écritures pour se former son symbole est le plus souvent ignorant et passionné, et quo par conséquent, au lieu de les entendre dans le sois que l'Esprit-Saint avait en vuo. il les entendra dans le sens pervers que lui suggèrent .-es passions. Comment s'assurer qu'il extraira de la Bible la pensée de Dieu qui s'y trouve, et qu'il n'y fera pas plutôt entrer ses pensées ou ses sentiments personnels? Pour ne rien dire même de ceux qui par pure malice accommodent la Bible à leur guise, selon le but qu'ils n proposent, pour autoriser sous ce voile leurs propredoctrines, il y en a bien d'autres qui, sans s'en apercevoir, croient lire dans la Bible ce qu'ils lui fontsim-

plement dire. Des illusions de cette espèce sont très faciles, et, malgré toutes les précautions qu'on peut prendre pour s'en garantir, elles peuvent arriver à boni homme avec la meilleure foi du monde. Quelle garantie auront-ils ou pourront-ils jamais avoir d'être exempts de pareilles méprises? Qui les assurera de n'avoir pas fait parler la Bible tout à rebours de ce qu'elle dit véritablement? Quiconque a une connaissance au moins légère de ce que peuvent sur l'esprit cl le cœur de l'homme les préjugés, les opinions préconçues, les passions qui les dominent, peut savoir combien il est facile de substituer ainsi, je dirais presque imperceptiblement, son sens privé au sens de la Bible.

Cette observation acquerra bientôt une force apodictique et démonstrative, si l'on veut bien se rendre présent à l'esprit le système protestant concernant cette règle de foi. Selon les protestants, tout individu, de classe instruite ou populaire, savant ou ignorant, homme ou femme, peut et même doit, par la lecture de la Bible, de quelque manière qu'il l'entende ou croie l'entendre, se former et se construire son propre symbole, c'est-à-dire l'ensemble des vérités qu'il iii'iit pour révélées de Dieu et dans le sens qu'il leur attache. Or. qui ne sait que les hommes sont dominé-; par tes passions, corrompus dans leur nature dès leur origine, avec une raison remplie de ténèbres et une volonté portée au mal? Ténèbres et corruption*

que le protestantisme, bien loin de les nier, a exagérées à l'excès. Comment donc oser dire que des hommes de cette nature, pris au moins dans leur généralité, apportent tous à la lecture de la Bible des dispositions assez pures pour ne lui attribuer jamais un sens quelle n'a pas, en mettant à la place de son sens légitime celui que veulent lui prêter leurs passions? Pour moi, je pense qu'aucun protestant de bonne foi n'osera le dire; mais, s'il le disait, l'histoire entière du christianisme s'élèverait pour le démentir

11 faut donc conclure, que la règle de foi que le protestantisme voudrait placer dans l'interprétation individuelle, est tout-à-fait défectueuse ou insuffisante dans son application biblique

De tout ce que nous avons dit dans ce chapitre, où nous avions pour objet d'examiner au point de vue biblique cette règle rationnelle protestante, il résulta qu'elle est défectueuse par rapport aux fondements que la Bible doit présupposer ; qu'elle manque de fondements dans la Bible, qu'elle s'y trouve même condamnée; quelle est défectueuse aussi en ce qu'elle présente mutilée la parole révélée de Dieu : défectueuse enfin dans son application biblique. Et tout cela, nous l'avons prouvé non par des arguments à priori ou par de subtils raisonnements, mais par des faits manifestes et irrécusables qui le démontrent jusqu'à l'évidence.

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