‹ Le protestantisme et la r`egle de foiChapitre 25 sur 30 · EXAMEN DE LA RÈGLE HETEROCLITE DI L* ANGLI- CANISME · texte numérisé non relu

EXAMEN DE LA RÈGLE HETEROCLITE DI L* ANGLI- CANISME

La règle anglicane tient le milieu, à en croire les anglicans , entre la règle catholique et la règle protestante. — Ex: analytique de cette prétention, — On fait voir que cette règle rentre dans celle du protestantisme. — Soupçons fondi lativement à la clause de l'article xx qui attribue à l ; le pouvoir de décider les controverses. — Même en admettant l'authenticité «le cette clause, on ne saurait éviter le protestantisme', — parce qu'on rejette toujours le principe catholique de l'infaillibilité de l'Église. — ("eue infaillibilité déniée par la doctrine des articles tant à l'Église anglicane qu'à l'Eglise universelle. — Les anciens docteurs anglicans divisés entre eux ci avec le reste de leur Église. — L"s divisions des docteurs anglicans rendues visibles de plus en plus clans l'établissement des sociétés bibliques. — Dit et confusion de ces docteurs au sujet des XXXIX articles. - Nouvelles contradictions. — Débats des évoques anglicans dans le parlement concernant l'autorité de leur Église, — Cette autorité e-a éphémère en théorie, et n'a jamais ete réalisée en pratique. — Tout ce qui vient d'être dit confirmé par l'exemple de Gorham et de l oveque d'Exeter, — et par leurs propres aveux, et par la pratique. — Tous les dogmes fondamentaux niés impunément par les membres et par les evéïpies île l'Eglise anglicane. — Déplorable état de croyances

où se trouve le peuple anglican confirmé par 1 aveu formel des anglicans eux-mêmes. — On conclut de cette analyse que la règle anglicane est la même pour le fond que la règle prctestante. — Examen de l'apologie de cette même règle entreprise par les docteurs d'Oxford ou les puséistes. — Sur quoi s'appuient leurs espérances de réussir dans leur dessein de faire passer cette règle pour la vraie règle de foi. — Ils ne dissimulent pas eux-mêmes la difficulté d'obtenir ce succès. — Idée sommaire du nouveau système théologique. — Analyse de ce système. — On en fait voir le premier défaut, — le second, — le troisième, — le quatrième. — Conclusion de cette partie de l'analyse. — Autre inconséquence relevée dans les docteurs puséistes. — Vaines défaites des puséistes pour se tirer d'aflaire — L'antiquité n'est pas pour eux. — Objections que leur propose Newman, encore anglican, au sujet de leur Église. — Ne pouvant en avoir la solution, il a pris le parti de se faire catholique. — Beaucoup d'autres ont suivi son exemple. — Dissolution complète du parti puséiste.

Pour compléter notre examen polémique critique des règles de foi proclamées par le protestantisme, il nous reste à étudier dans la même vue la règle à part en quelque sorte, du moins en apparence, que l'anglicanisme fait profession de suivre. Ecoutons là-dessus la prétention des anglicans : « Tenant, dit Fini d'eux, le juste milieu entre l'Église de Rome, cette tfglise corrompue, et cet amas de sectes disloquées. démembrées et dispersées, qui ne possèdent pas les propriétés distinctives d'une vraie Église. l'Église réformée d'Angleterre fait profession de tracer et de circonscrire le cercle des oppositions à faire à celle-là, et des concessions à faire à celles-ci. Elle est comme

un pilote qui navigue entre Gharybde et Scylla, et elle donne cet avis à tout navigateur : Voici la voie de la vérité; à droite et à gauche il y a risque à courir» (1).

Un autre révérend nous marque en ces terme- la même différence : « L'Église d'Angleterre donne au voyageur la carte du pays qu'il a a parcourir, et lui promet de l'aider à se servir de cette carte, en lui montrant en môme temps qu'elle a autorité pour le faire. La secte dissidente donne la carte en disant : Trouve ton chemin comme tu le jmurras. L'Eglise catholique romaine refuse absolument de donner la carte, et elle dit. : Va comme je te dirige, et tu ne pourras aller mat» ("2).

Newman aussi, dans un ourrage composé ex professo sur ce sujet, quelques années avant sa belle et généreuse conversion, s'exprimait de la manière suivante : « Par droit de jugement privé en matière de croyance religieuse, on entend la prérogative censée appartenir à chaque chrétien de déterminer et de décider par lui-même d'après l'Écriture ce qui est la vérité évangélique et ce qui ne l'est pas. C'est le principe maintenu en théorie comme une sorte de profession sacrée ou de palladium du protestantisme actuel.

(1) Johnson Grant's History of the English Church and

sects, vol. il, p. 1, 1814.

(2) Norris, Invoqué pur Grant dans l'ouvrage cité tout k l'heure, vol iv. p. -SOI, London, 1825.

Le romanisme, comme ce n'est pas moins évident, prend l'extrême opposé, et soutient que rien rf laissé au jugement individuel ; c'est-à-dire qu'en matière de foi et d'observances religieuses, il n'y a tiêïi sur quoi l'Église ne puisse prononcer une décision, de manière à exclure tout jugement privé, et à obliger chacun de ses membres à donner son assentiment. L'Église anglaise s'en tient a un procédé mitoyen entre ces deux. Elle considère qu'il y a <h'* points déterminés sur lesquels le jugement privé, d'après le texte de l'Écriture, ne doit pas être permis, non toutefois en vertu de la simple décision donnée d'autorité par l'Église, mais par suite du témoignage historique transmis de siècle en siècle depuis le temps des a poires » (1).

In aiftré anglican de nos jours affirme avec confiance « qu'il n'y avait rien de plus éloigné (\^> rcies de ces hommes admirables qui oui fixé pour leur communion (l'Église anglicane) les bornes qu'il n'esl plus permis de remuer, que d'ouvrir une Bible traduite aux yeux de la multitude, ei P original de cette Bible aux yeux de quelques-uns, et de proclamer une licence effrénée pour chacun de porter son jugement privé. L'Eglise anglicane rejette la tradition comme

(1) Lectures of Ifie prophetical office of thcChvrch viewed relatively to Romanism and popular ProtestantUm, London, 1882, p. 152 cl suiv,,

— .V23 — autorité pour les articles de foi, mais non comme moyen d'expliquer les vérités contenu» - dans l'Écriture l (i),

A en croire donc les autorités que je * iens de dire. l'Église anglicane a pour son partage la haute prérogative de s'en tenir à la médiocrité dorée du poète, et de s'attacher à une règle de lui avec laquelle elle chemine sans crainte dans la voie de la vérité et du salut. Grandes prétentions en vérité; mais, pour les apprécier à leur juste valeur, il est à propos de remonter aux documents symboliques et officiels de cotte même Église.

1° Parmi les trente-neuf articles, le vingtiÔD ainsi conçu : « L'Église a le pouvoir d'ordonner des rites et des cérémonies déterminées, et L'autorité dans les questions de foi. Il n'est pourtant pas permis à l'Église d'ordonner aucune chose contraire à la pqmlc de Dieu écrite, et elle ne peut pas exposer un passage de l'Écriture d'une manière contraire nu sens d'un autre passage. » Et dans l'article sixième il est établi que la sainte Écriture contient toutes (es choses nécessaires au salut ; tellement, que rien de ce qu'on ne saurait, soitylire, soit prouver par elle, ne doit être imposé par qui que ce soit comme article de

(1) Henri Soamfs, éditeur de ÏJlisiaire ecclésiastique de Mosheim, traduite ou anglais par D. Murdoch, avec additions et notes, vol. m.

foi obligatoire, ni censé requis ou nécessaire pour le salut (1).

2° Dans l'acte dit de suprématie, Elisabeth établit cette règle : « que ses délégués dans les matières ecclésiastiques ne doivent rien taxer d'hérésie, à moins que cela ne soit jugé tel par l'autorité de l'Écriture et des quatre premiers conciles généraux. »

3° Dans un canon porté par une assemblée ecclésiastique que présidait Parker en 1571 , il est ordonné que « le clergé aura soin de n'enseigner jamais de la chaire, comme objet de croyance ou de piété pour le peuple, que ce qui est conforme à la doctrine tant du Nouveau que du Vieux Testament, et extrait de la doctrine des Pères catholiques et des évêques anciens. »

Il faudrait donc inférer de ces documents que l'Église anglicane n'admet pas l'usage illimité du jugement privé per rapport à la Bible, et qu'elle accorde quelque chose à l'autorité et à la tradition. Mais, après cela, quand on vient à demander et à chercher quelle est dans la réalité sa règle de foi qui la distingue du protestantisme comme du romanisme,

(1) Je dois avertir ici que, pour citer les trente-neuf articles, je me sers d'une édition critique anglaise et latine que j'ai sous la main et qui a pour titre : An Essay on the Thirty nine articles of religion agreed in 1562 and revised in 1571, hy Tho. Bknnet, London, 1715.

- 52:. — quelle est la nature et la valeur de l'autorité qu'elle semble s'attribuer en matière de foi, quelle obéissance lui est due par ses membres, quelle extension elle accorde au jugement privé, et qui doit en fiîer les limites, quel rapport son autorité peut avoir avec la tradition, et celle-ci avec l'Écriture, quel est enfin pour elle le juge ou le tribunal suprême en fait de questions dogmatiques , rien de tout cela ne se trouve, soit déterminé en principe par cette Église, soit exhibé dans la réalité. Tout est incertain, vague, vacillant, douteux, contradictoire en soi ; de sorte que si vous la pressez par vos raisons, cette règle hétéroclite et éclectique tant vantée du juste milieu entre le romanisme et le protestantisme se réduit par le fait à la règle du jugement privé du protestatantisme même ; et par là se révèle et se confirme de plus en plus cette grande vérité, qu'il ne saurait y avoir de milieu entre cette dernière et le principe catholique de l'infaillibilité de l'Église.

Et en eiïet, examinons un peu les documents officiels et symboliques de cette Église, qui nous parle d'autorité, de tradition, de Pères et de conciles. Premièrement, il ne faut pas omettre de dire que ces expressions de l'article \\ : V Eglise a autorité dans les questions de foi, n'ont très probablement rien d'authentique, mais qu'elles ont été ajoutées et interpolées après coup. Il est certain, d'après l'aveu de Burnel lui-même, historien de la Réforme, qu'elles

ne se trouvent pas dans les manuscrits originaul qui

contiennent les souscriptions, non plus que dans la copia des articles approuvés par le parlement. Burnel est d'avis qu'elles furent insérées après les souscriptions, au moment où l'acte fut transcrit sur un parchemin, et que cet acte s'est perdu à Lambeth (1). Maicette conjecture, et d'autres arguments allégués de même en faveur de cette clause, ont été efficacement réfutés par Antoine Collins ('2). Il faut ajouter à cola que, dans les articles de religion statues de concert par les archevêques et les évêquéi d'Irlande en 1615, encore bien que les articles soient verbalement les mêmes, la clause dont il s'agit ne t '\ trouve pas (3) .

(ï) Exposition of the Thirty nine article*, London, 16W5, p. 10.

. Priest craft lu perfection, London, 1710.

(3) Voir entré autres Wisemax, Lectures on the principal doctrines and practices of the cathode Church, vol. i. p. 29, edit. 2e, London, 1849.

Et en effet, dans la très ancienne version latine de ces articles donnée par Bonnet, et qui a été faite sur le texte primitif, la clause dont il s'agit ne paraît pas, et l'article xx commence par ces mots : l.rclesix non licet quidguam insdluere, quod rerbo Dei adrersetur; au lieu qu'on lit dans le texte interp'lé: The Church hath power todecree rits or cérémonies and authoritie in controversies of fait h, c'est-à-dire : L'Église a le pouvoir de décréter des rites ou des cérémonies, et autorité dans les controverses sur lu foi. •■ Cette clause est tout entière ajoutée.

- ïrin — Mais admettons que cette clause .-oit authentique. Il y est dit d'un côté que l'Église a autorité dans les questions de foi; de l'autre, qu'elle ne peut enseigner rien de contraire à la parole de Dieu, et quelle ne doit obliger à croire comme nécessaire au salut que ci1 qui est contenu dans l'Écriture sainte el prouvé par elle. Or, voici comme je raisonne : Ces restrictions équivalent à un. qui donne le droit de juger l'enseignement de cette Église; et ainsi elles supposent nécessairement qu'il existe quelque part un juge pour déclarer que l'Église fait ou ne l'ait pas dans la réalité quelque chose de ce qu'on lui détend ici. Mais quel sera ce juge suprême? Ce ne Bera pas l'Écriture elle-même, puisqu'elle est précisément la loi écrite sar le sens de laquelle s'élève la difficulté; sera pas non plus l'antiquité catholique, car cette antiquité n'est de même plus qu'une loi écrite. Quel devra doue être ce tribunal devant lequel cette Église sera jugée en dernier ressort, sinon fi privé de chaque individu, c'est-à-dire en propres terme- le principe protestant? Mais s'il en est ainsi, que devient l'autorité que cette Église prétend avoir? D'après cette théorie, ses adhérents admettent son enseignement, non parce que c'est le sien, mais parce qu'ils le jugent s'accorder avec ce qu'ils croient

On peut consulter là-dessus Okkghikk. Histoire des sectes religieuses, t. iv, de l'Eglise anglicane, ch. vu

contenu et enseigné dans l'Écriture ; mais si, au lieu de cela, cet enseignement leur paraissait contraire à l'Écriture, dès lors ils seraient en droit, comme ce serait leur devoir, de le rejeter, sans que leur Église eût elle-même aucun droit de les blâmer ou de les reprendre. Ainsi peuvent-ils toujours lui opposer, comme le lui opposent effectivement non-seulement des dissidents, mais des anglicans mêmes, qu'ils trouvent son enseignement sur tel ou tel point contraire à /' Écriture etnon contenu dans son texte»/ 'prouvé palette, et qu'ils en sont les juges légitimes, sans autre tribunal auquel elle puisse en appeler. On dira peutêtre que l'Église anglicane doit être seule juge suprême dans sa propre cause; mais alors ces restrictions apposées aux articles sont des mots vides de ^ens, et même tout-à-fait ridicules : car quelle Église voudrait se suicider elle-même, en confessant que son enseignement est contraire à la parole de Dieu? Et puis, quelle garantie, quelle sécurité, son affirmation donnerait-elle à ses adeptes, s'ils devaient ou pouvaient s'en rapporter à elle, lorsqu'il leur semblerait à eux-mêmes que son enseignement ne >"a<corderait pas avec l'Écriture? Le seul moyen d'échapper à ce raisonnement sciait de dire que l'Église anglicane ne peut rien enseigner de contraire à l'Écriture, parce qu'elle es; assistée et préservée de toute erreur dans ses décisions par l' Esprit-Saint, en un mot parce qu'elle est infaillible.

Or, ce serait là admettre pour règle de foi précisément le principe d'une autorité infaillible, c'est-àdire le principe catholique, contre lequel regimbe et se débat tout le protestantisme. Mais l'Église anglicane répudie elle-même cette infaillibilité. Ouc l'on confronte, en effet, ses deux articles xix etxxii.Dans le premier, elle déclare que les Églises de Jérusalem, d'Alexandrie et d'Antioche, comme aussi celle de Rome, « ont erré non-seulement quant à la discipline et aux rites cérémoniaux, mais aussi en matière de foi » (1). Dans l'autre, elle établit que « les conciles même généraux peuvent errer, et en certains cas ont erré, môme dans les choses qui intéressent la piété. D'où il résulte que les choses ordonnées par eux comme nécessaires au salut n'ont ni force ni autorité, à moins qu'on n'ait a montrer qu'elles sont tirées des livres saints » (2).

Ici donc nous trouvons clairement exprimés deux principes fondamentaux de l'Église anglicane : l'un, que les Églises particulières ou nationales, même les

(1) Aon sofàm quand agenda et ceremottiarum ritus, verùni in Us etiam quee credenda sont. Ait. xix.

•J Generalia concilia... quia e.r hominibus constant, qui non omnes spiritu et verbo Dei reguntur, et errare possunt, et interdiun ERRARUNT etiam in his quœ ad NORMAM PIETATIS pertinent : ideàque <ju;c al) illis consliliuinttir ut ad sahilem necessacia, iwque robur habent, negue auctoritatetn, nisi 06tendi possint è sacris Scripturis esse deprompta. Art. xxn.

sièges patriarchaux et les premiers de tous peuvent

dans la foi ; l'autre, que l'Eglise entière as blée en concile peut errer également, et par consén quent, que ses décisions même dogmatiques peuvent et doivent être soumises à un jugement ultérieur a\ ont d'avoir force de loi, atin de s'assurer si elles ont leur fondement dans les saintes Écritures. Je ne.nï arrête^ rai pas ici à examiner quel devra être, selon l'esprit de cet article, ce juge supérieur des conciles généraux, et si ce ne devrait pas être les Églises particulières ou même chaque simple individu, en vertu des lois d'une rigoureuse logique. Je ne m'arrêterai pas à considérer, comme cet article s'harmonie avec l'acte de suprématie rapporté plus haut, où il est dit qu'il ne faut déterminer ce qui est hérésie que d'après l'Écriture sainte et les quatre premiers conciles généraux, tandis qu'ici les conciles eux-mêmes doivent être jugés, pour qu'on puisse décide* si ce qu'ils condamnent est hérétique ou non, si ce qu'ils prescrivent est ou n'est pas nécessaire au salut. Je ne veux insister que sur une conséquence particulière, mais rigoureuse de ces deux articles, et qui est que l'Église anglicane confesse et reconnaît ici, au moins implicitement et virtuellement, qu'elle-même peut aussi errer en matière de foi : car à quel titre et bot quelles preuves pourrait-elle s'adjuger à elle-même plus que ce qu'elle veut accorder aux autres Églises nationales, et même aux patriarchalet, que dis-je?

plus que ce qu'elle veut accorder à l'Église entière assemblée (1)?

Or, s'il en est ainsi, tout anglican a le droit de dire : Si une Église nationale peut errer, si l'Église universelle assemblée en concile peut errer, comment puis-je être assuré que mon Église, qui esl séparée des autres, qui proteste contre les autres Églises de la chrétienté, ait le privilège spécial d'être exempte d'erreur? N'est-il pas plus probable, du moins à la première vue, qu'elle se trompe elle-même, plutôt que de le supposer de tant d'autres Eglises unies ensemble, s' accordant dans leur croyance, et qui l'exeluentde leur communion? De même, tout protestant a le droit de demander aux ministres de l'Église anglicane : Si je vous fais l'abandon de mes opinions et de mes raisons, si je déserte mon conventicule pour embrasser vos doctrines et votre culte, quelle certitude aurai-je acquise pour cela d'être plus en possession de

Il Qu'il suffise de consulter l'évèque Burnet dans son Exposition (tes trente-neuf articles. Dans sa glose sur l'article x.\, à ces pamles : L'Église a autorité dans le» matières de ,. aj.aitc: • Ici on doit taire une distinction entre uneautorité absolue et fondée sur Yinfaitlildlitc, et une autorité (/'ardre. La première est rejetée très formellement par notre Église : mais la seconde peut bien se soutenir, encore que nous n'admettions aucune autorité exempte d'erreur. •• A l'article \\i, il . onihat professo l'infaillibilité des conciles généraux el de l'Église même universelle, comme une doctrine contraire à la doctrine

anglicane.

la vérité que je ne l'étais auparavant? Et insistant sur cette question avec les paroles mômes de Newman clans son livre que je viens de citer : « Comment, ajouteront-ils, l'Église peut-elle avoir autorité, si elle n'a la certitude de la vérité de ses décisions? Elle ne saurait être autorisée à mentir. Les matières dogmatiques ne sont pas comme des usages et des coutumes fondées sur de simples convenances et qui peuvent varier à discrétion. Elles s'adressent à la conscience, et la conscience n'obéit qu'à la vérité. Dire que l'Église a autorité, et cependant qu'elle n'est pas véridique en tant qu'elle a autorité, ce serait détruire la liberté de conscience, à laquelle le protestant de toute communion semble vouer un culte spécial ; ce serait substituer à la vérité quelque chose de tout différent pour dominer sur la conscience, tyrannie que personne ne doit tolérer» (1). De là Newman inférait que si l'Église a autorité en fait de dogmes, elle doit être l'organe et le représentant de la vérité, et que son enseignement doit s'identifier avec elle. Nous verrons plus loin comment Newman avec son école chercha à dégager son Église de ces difficultés, dont il sentait toute la force. En attendant, il résulte clairement de ce que nous venons de dire, que ce serait en vain qu'on chercherait dans les documents symboliques et officiels de cette Église une determi-

I Loc. cit.

nation précise el invariable de sa règle de foi : toul y est ambigu, même en théorie; et ces principes mêmes qui semblent se rapprocher du système catholique sont tellement incohérents les uns par rapport aux autres, et laissent une telle latitude à l'arbitraire des interprétations, que le principe protestant du jugement privé y trouve à la fin son avantage.

Mais peut-être nous servira-t-il, pour résoudre ce problème, de recourir à la doctrine constante et uniforme enseignée sur ce point par les plus anciens docteurs et théologiens anglicans? Il est vrai que plusieurs d'entre eux, comme les Andrews, Wilson, Laud, Bull, Beveridgc, Jewel, Bramhall et d'autres semblables, paraissent insister sur l'autorité dogmatique de l'Église. La crainte de l'influence de Genève et des opinions presbytériennes et sociniennes, qui commençaient à prendre consistance, les obligeait à se réfugier dans la tradition, et à fonder pour leur Église de prétendus droits dans l'autorité des anciens Pères. Mais il faut observer que ces hommes n'étaient en même temps considérés dans l'Église anglicane que comme un parti qui avait son opinion à part, précisément comme l'étaient naguère les docteurs d'Oxford faisant partie du mouvement puséiste, et qu'ils avaient contre eux les avis différents ou même directement opposés d'un nombre au moins égal d'autres docteurs de leur secte. De sorte q«e, si l'on

peut former une catena Patrum avec les premiers (1) , on peut le faire aussi, comme on l'a fait, dans le sons inverse avec les seconds ; et bien souvent môme on a donné pour anneaux de cette seconde chaîne plusieurs qu'on avait l'art de détacher de la première, et que cet autre parti prônait avec emphase comme des types parfaits de l'orthodoxie anglicane (2). D'ailleurs, il

(1) Dans le n° 21 des célèbres Tracts for t/ie Unies, publiés par la nouvelle école d'Oxford, on donne toute la suite de ! Catena Patrum ou Chante dis Pères anglicans, qui en appellent au Quocl ubique, qnod semper, qvod ab omnïbits tradition, de Vincent de Lérins.

(2) Voici le tableau ingénu que faisait Newman de ces mêmes théologiens anglicans auxquels il faisait appel : " Nous avrtns plus que ce qu'il nous faut de magasins de science à mettre en œuvre, mais peu de bon aloi ou dont on puisse tirer un parti utile : vérités catholiques et opinions individuelles, premiers principes et tours d'esprit, le tout amalgamé confusément dans les mêmes ouvrages et qu'il reste à discerner. Nous y trouvons des vérités poussées à l'exagération ou alléguées à tort, des faits mal prouvés ou faussement appliqués, des règles tracées sans ordre ou interprétées sans raison -(op. cit., p. 30). Mais recueillons un aveu encore plus explicite des éditeurs d'Oxford d'une Série de petits Traités des Pères anglicans [vol. i, introd.): " Il serait aisé aux disputeurs de tant d'opinions diverses (pie l'Église établie reconnaît pour ses membres de trouver leurs devanciers en hétérodoxie... Beaucoup d'bcrésies ont été soutenues, et beaucoup de propositions dangereuses ont été mises en avant par les théologiens de la communion anglicane... Dans le vaste répertoire de notre ancienne théologie, chaque erreur avec chacun de ses dëgrésy trouve son détenseur, et l'effet naturel qui en résultera pour les esprits qui s'arrêtent à la super-

s'en faut bien que ces théologiens soient reconnus même aujourd'hui pat l'anglicanisme pourrepr tantsde la vraie doctrine de cette Église. Il suffit le prouver de la guerre terrible que les puséi •

ont voulu ressusciter leur système, ont eu à soutenir contrefont le reste du clergé anglican, au point d'être accusés de papisme parleur Église* en même temps que

d'apostasie do* principes inaltérables de la Réforme.

Mais, pour incttre dans tout leur jour l'incertitude et l'opposition de principes qui règne dans l'anglicanisme au sujet delà règle de foi, nous allons rapporter deux questions toutes récentes, relatives, l'une aux sociétés bibliques, l'autre aux (rente-neuf articles

S'il est une institution directement contraire au principe quel qu'il soit d'autorité et au respect dû à la tradition dans l'interprétation des Écritures, c'est incontestablement celle des sociétés bibliques, avec leur plan formé de propager la Bible sans notes ni commentaires, en l'abandonnant au sens privé de chacun, et en la donnant en cet état pour juge indépendant et souverain de ce que chacun doit croire. Une telle institution heurte de front, comme cela es! visible, l'Église anglicane, s'il est vrai que celle-ci prétende avoir autorité et prescrire le sens traditionnel comme le seul à suivre dans l'interprétation de la

ra <!<* produire en euS le désespoir de voir jamais tract d'unité dans les écrivains de notre Église. -

Bible. Et de fait, quelques membres du clergé anglican, ayant fin ipar s'apercevoir que les sociétés bibliques servaient efficacement au but des dissidents,

les ont attaquer'.-; avec beaucoup de zèle, et les onl traitées de moyen subtil et artificieux d'attaquer l'Église anglicane, de la déconsidérer infailliblement, et de faire triompher les sectes dissidentes. Marsh, Norris, Nolan, Kenny et Grant se sont particulièrement signalés à parler dans ce sens (1).

Mais, d'un autre côté, si vous prenez la peine de parcourir les comptes-rendus de cette Société biblique depuis ses premiers commencements , vous verrez qu'en 1805, comme elle ne faisait encore que de naître, elle avait déjà pour vice-présidents les évéques de Londres, de Durham, d'Exeter et do Saint- David; qu'en 1810, la liste de ses vice-présidents comptait l'archevêque de Cashel, les évèques de Durham, de Salisbury, de Saint-David, de Bristol , de Cloyne et de Clogher ; qu'en 1813, figuraient sur cette même liste un archevêque et dix évéques anglais et irlandais avec le doyen de Westminster; qu'en 1816, le nombre des évéques s'était accru jusqu'à douze avec deux doyens, et que même, plus tard, en 1825, à la tête des vice-présidents était l'arche-

|1) Voir l'ouvrage déjà cité de Grant, intitule : Hislory <>( the English (hure h and sects, vol. iv, ch. xxxvn, où cet auteur fait la censure de? poriétés bibliques.

véque deTuamavec huit autres évêques anglicans. Tellement que, si Ton voulait décider, d'après la faveur ou l'opposition que les sociétés bibliques ont rencontrée dans le haut clergé anglican, quoi est le principe que professe ce dernier, du principe d'autorité ou de son contraire, il faudrait en conclure que. comme ces sociétés oui été encouragées et protégées par les représentants de cette Église presque dans toute V Angleterre, ce n'est pas le principe d'autorité, mais le principe ultra-protestant du jugement privé qui s"\ trouve le plus fort.

Passons aux trente-neuf articles, dont on a dit spirituellement que c'étaient les quarante coups de verges moins un de sain! Paul (1), que l'Eglise anglicane a osé décharger par un attentat sacrilège sur l'Église catholique romaine, et qui sont ensuite retombés sur elle-même. On sait que ces articles ont été fabriqués pour ôter toute possibilité de retour au papisme, par des hommes qui ne s'accordaient pas entre eux, inclinant les uns pour le calvinisme, d'autres pour l'arminianisme, et que par conséquent ils ont été rédigés avec une ambiguïté, une élasticité, une souplesse d'expressions, telles que chacun pût les interpréter d'une manière favorable à son propre système (2) .

i il Cor. ii. 24.

2 Quelqu'un a dit au parlemenl que l'Église anglicane a

Us ont été ensuite imposés au clergé, comme symbole ou formulaire d'orthodoxie, par un acte d'Elisabeth, Tan xui de son règne (1). Or, une question qui se présente ici, c'est de savoir quelle est d'après les principes anglicans l'obligation qu'entraîne la signature de ces articles. Au dire de quelquesuns, cette cérémonie oblige à les croire lirais, c'està-dire à en avoir la foi interne; mais ensuite ils distinguent entre la foi nécessaire au sa lui, et une autre prise dans un sens plus large, dont on ne sait ce que c'est, tandis que le point est de savoir si articles contiennent ou non une doctrine révélée. puisque, s'ils la contiennent, une pareille distinction

trente-neuf articles calvinistes, une liturgie pàpistique et un clergé arminien. Quelques anglicans ont élevé ensuite la question de savoir si leur Église était arminienne ou calviniste. L'évèque Horsley prétend qu'elle est neutre entre les points controversés des deux communions. Cette opinion a été fortement contredite; jusqu'ici la question reste indécise. Voir Grégoire, ouvr. et 1. cités, où sont nommés les partisans de l'un et de l'autre sentiment.

i L) L'illustre Newman, dans l'ouvrage souvent cité, confessait que l'injonction de ces articles était un acte plus politique qM'etctésiasHque. ■ C'a été. écrivait-il, une précaution prise par ['État autant que par l'Église, quoique cette dernière y ait coopéré. Je veux dire que la jalousie entretenue par le pouvoir civil contre Rome a été le principe de la lié forme (anglicane au point île vue historique, et que la forme extérieure imprimée à notre religion doit être rapportée en grande partie aux opinions et aux désirs des laïques et des étrangers. ™ Page 279.

n'est plus admissible. Ils admettent, en outre, que ces articles, susceptibles de sens divers, peuvent être entendus par chacun dans son sens personnel, et quant aux laïques, qu'ils ne sont point tenu- de les croire, mais simplement de ne pas les combattre (1). D'un autre côté, c'est la doctrine commune de beaucoup d'autres anglicans anciens et modernes, qu'il n'y a aucune obligation de les croire vrais, mais qu'ils ne sont nécessaires que pour l'ordre et la paix extérieure ; de sorte qu'ils ne les appellent pas des articles de foi, mais seulement des articles de religion. Écoutons Bramhall parmi les anciens : « L'Église d'Angleterre, dit-il, ne définit aucune de ces questions comme nécessaire à croire, soit de nécessité de moyen, soit même simplement de nécessité de précepte; mais elle se borne à obliger ses membres, par amour pour la paix, à ne pas s'y opposer. » Et ailleurs : « Ces articles doivent être considérés comme de pieuses opinions, propres à maintenir l'unité ; et nous n'obligeons personne à les croire vrais, mais seulement à ne pas les contredire » (2). Telle était aussi la doctrine de Laud, de Stillingfleet, de Ghillingworth et d'autres. Mais écoutons, entre les modernes, le Rév. Marsh, évêque de Peterborough, nous faire la même décla-

I Voir Thomas Bf.xnf.t, In Estag on the Tliirfy ninr articles of religion, London, 1715.

[S Biîamu.vll, Schdsm gxatrded, sect. i. ch. vi, et sect. vi.

- o'.O ration dans un passage de ses écrits fort remar

quable : « Comment l'Église d'Angleterre, dit-il, dans sa Comparative \\iew, se défendra-t-elle de l'accusation d'agir comme celle de Rome dans l'exercice de son autorité? Comment pourra-t-elle se laver du reproche d'usurper le droit du jugement privé, qui fait la gloire et l'orgueil du protestant? Quelque ardue que soit l'entreprise, il faut enfin l'aborder. L'Église d'Angleterre n'étend point son autorité audelà de ce qu'exige rigoureusement l'intérêt de sa propre conservation. Quand l'article xx donne à l'Église une autorité dans les controverses sur la foi, il ne lui en accorde- pas plus que ce qu'en possède toute société civile dans les matières civiles... A l'époque de la Réforme, le sens de l'Écriture était un objet de contestations. En conséquence, l'Assemblée (Convocation) ecclésiastique, qui est notre suprême autorité judiciaire dans les choses spirituelles, comme les juges le sont dans les affaires temporelles, fut invitée à se réunir, et au nom de l'Église qu'elle représentait, elle détermina quel était réellement le sens de l' Ecriture sur les points controversés. Mais, dira-t-on, n'y a-t-il point de différence entre l'interprétation d'une loi humaine et celle d'une loi civile? Chacun devra-t-il donc être obligé d'accepter une interprétation qui lui sera imposée par la volonté d'un autre, s'il est lui-même convaincu par le sérieux examen qu'il en aura fait, que cette interprétation est fausse?

Très certainement il n'y est pas obligé, et l'Église non plus ne lui en impose aucune obligation. Si notre conscience ne nous permet pas de consentir aux propositions que présente ;i notre toi l'Église établie, nous pouvons nous retirer de sa communion. Mais si l'on aime mieux y rester, on doit se conformera ses règlements, de même qu'on devrait se soumettre aux règlements de toute autre société à laquelle on jugerait à propos de s'associer plutôt qu'à la notre » (1). Ici nous voyons clairement que le principe d'autorité dont voudrait se prévaloir l'Église anglicane laisse le champ libre au jugement privé ; que la signature des trente-neuf articles s'accorde très bien avec la ferme opinion où l'on serait en les signant qu'ils seraient faux, et que quiconque les tient pour faux est tout-à-fait libre de se séparer de l'Église anglicane. C'est un des prélats réputés les plus orthodoxes de cette Église qui nous en fait la déclaration solennelle. Mais s'il en esl ainsi, d'où vient que cette Église condamne et tient pour schismatiques les dissidents qui se sont séparés d'elle? D'où vient surtout qu'elle ose réprouver et poursuivre comme schismatiques les catholiques romains dans tout le Royaume-Uni, pour le seul fait d'obéir à leur conscience en répudiant ses enseignements, et en restant fidèles à l'antique foi, l'unique

(3) Comparative f ieu> nfihe Churchea ofEngland mut Rome, cli. via.

véritable? Ce sont là des contradictions dont l'Eglise anglicane chercherait vainement à se disculper, liais allons plus loin.

Dans l'ardeur du combat engagé au sujet des trenteneuf articles, et que la nouvelle école d'Oxford n'a fait qu'animer davantage, en cherchant à donner à ces articles un sens plus rapproché des doctrines romaines, des pétitions d'un grand nombre de ministres anglicans ont été présentées, il y a peu d'années, au parlement, dans le but d'obtenir des modifications à ces articles, ainsi qu'au livre des Communes prières. De là ce débat orageux qui eut lieu au parlement dans la session du 26 mars 1840, où les évêques anglicans se montrèrent divisés sur la question de l'autorité de leur Église. D'un côté, l'évêque de Norwich prétendait que l'Église anglicane était fondée sur la liberté de conscience et sur le droit du jugement privé, et que le refus d'admettre certains points doctrinaux de la liturgie ou du symbole de saint Athanase ne devait empêcher personne d'être admis aux ordres sacrés ; de l'autre, l'évêque de Londres protestait qu'une telle prétention était une injure faite à l'Église établie, et que le seul moyen de maintenir cette dernière était de tenir ferme la brandie du compas théologique : sur quoi, quelque autre observait que le compas était contourné, et que personne n'était plus capable de le redresser. Et cette vérité même, l'archevêque anglican de Dublin l'avait proclamée peu d'années aupa-

ravant (7 août 1833), dans cette même Chambre des pairs, en disant « qu'il n'y avait ni individu ni corps d'individus dans l'Église anglicane, à qui pût être déférée la solution d'un doute ou d'une difficulté quelconque, en un mot, aucune autorité constituée à laquelle on pût recourir pour avoir la décision de ces sortes de questions» (i).

C'est ainsi que les faits ont mis au grand joui de l'évidence l'accord des docteurs et des maîtres actuels de l'anglicanisme sur la règle de foi de leur Eglise. Mais par là même se présente à nous une autre considération des plus graves : c'est que, si cette Église a vraiment en matière de foi cette autorité dont parle l'article w, elle doit nous le montrer dans la pratique par l'emploi qu'elle en fait. Car l'autorité est un instrument actif, qui ne se conserve qu'à condition d'être employé, et si on ne le voit pas agir lorsque cela serait le plus nécessaire, c'est une forte preuve, ou qu'il n'existe pas, ou que sa vertu est nulle. Or, nous le demandons, quand est-ce que l'Église anglicane a fait usage de cette autorité contre tant d'erreurs et de schismes nés dans son sein ? A-t-elle jamais condamné les principes soit calvinistes, soit sociniens, qui, depuis tant d'années, rongent ses entrailles? A-t-elle jamais dénoncé Wesley comme héré-

(1) Voir Dublin Review, no xxn, novembre lb-10, dans un article sur 17 /< //i • et lu catholicité de f Église établie d'Angleterre.

siarque, et ses partisans comme hérétiques? A-t-elle jamais prononcé quelque anathème contre ceux qui n'admettent pas avec elle le symbole de saint Athanase? Où est le synode national, où est la définition dogmatique qui ait dirimé les controverses dans tantde cas si graves? Peut-être, dans ses commencements, alors qu'elle était forte de l'appui du pouvoir séculier, a-t-elle montré quelque vigueur contre ceux qui refusaient de la reconnaître ; mais cette vigueur n'était qu'accidentelle et empruntée : elle venait uniquement de l'intérêt que trouvait l'État à se servir de son influence. Mais à peine a-t-elle été laissée à elle-même, qu'elle s'est vue assaillie en dedans et au dehors; ses articles ont été combattus, sa discipline blâmée, sou ministère méprisé. Eh bien, elle n'a pas su faire entendre sa voix contre les contradicteurs, ni lever !<■ bras contre les rebelles ; elle n'a pas osé prendre ce ton d'autorité qu'elle aurait certainement, si elle pouvait se croire dépositaire de l'enseignement apostolique. Preuve invincible que cette autorité en fait de doctrines, cet appel à la tradition catholique dont il est fait mention en termes si vagues et si ambigus dans quelques documents officiels de l'anglicanisme à sa naissance, n'étaient que de circonstance du moment, sans fondement réel, une lettre écrite sur le papier et non dans la vie de cette Église, un principe, enfin, qui n'a jamais été ni généralement reconnu en théorie, ni réalisé on pratique.

— .*>45 — De là vient que, dans l'Église anglicane, sur les matières les plus importantes en fait de dogmes révélés, sur la justification, sur le péché originel, sur le baptême, sur le sacrement de l'ordre, sur l'Eucharistie et autres semblables, c'est une fluctuation continuelle, ou un choc violent des doctrines les plus disparates et les plus opposées, enseignées à égal droit par chacun de ses membres. Donnons pour exemple qui tienne lieu de tous le fait récent de Gorham. Nommé par le gouvernement ministre d'une église comprise dans le diocèse d'Exeter, il avait essuyé de l'évêque Philippots le refus d'être investi de cette cure, parce qu'il niait le dogme de la régénération baptismale. On fit grand bruit de ce refus, et l'Eglise anglicane se divisa en deux partis, les uns tenant pour Gorham, et les .Mitres pour l'évêque d'Exeter. Gorham appela de la sentence de son évoque au conseil privé de la reine, considéré comme la suprême autorité en matière de controverses religieuses. Sur ces entrefaites, l'évêque d'Exeter, craignant peut-être une sentence défavorable à la mesure qu'il avait prise, écrivit la lettre énergique que nous rapportons ici : « Des doutes très sérieux se sont élevés dans l'esprit (htn grand nombre sur le point de savoir si l'Église anglicane, en acceptant ce jugement d'une manière passive, ne perdrait pas ses droits à être regardée comme une portion de l'Église de Jésus-Christ. C'est pourquoi il y a de forteraisons de craindre qu'un tel jugement n'ait pour

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elle! dï'loigner de notre Église un grand nombre de .ses membres, qui se donneront peut-être ù Rome, à cette Église qui promet le repos pour prix d'avoir cherché la vérité* .le déclare, enfin, que je ne puis rester sans péché, et que je ne resterai pas non plus, si Dieu m'en fait la grâce, en communion avec celui (l'archevêque de Cantorbery) qui abusera de la haute charge qui lui est confiée pour donner mission et charge d'âmes dans la circonscription de mon diocèse » (1). Mais l'avis du conseil secret de la reine ne se fit pas attendre, et il prononça que chacun était en droit de garder l'opinion qui lui plaisait le plus sur la nature et-les effets du baptême. L'Église anglicane se soumit humblement à cette sentence, et le terrible évêque d'Exeter, pour ne pas perdre la faveur dont il jouissait, jugea plus à propos de donner l'investiture à Gorham ; et ainsi finirent les bruyantes querelles que cette affaire avait soulevées. Gorham n'avait fait au fond que se conformera l'article \\. en soutenant que la doctrine de la régénération baptismale ne s'appuie pas sur la parole de Dieu écrite, interprétée à M manière, et personne n'avait le droit de le condamner. Mais reprenons la suite de nos raisonnements. Des principes dits orthodoxes ou de la haute Église, et qui contiennent quelques restes de l'ancien catholicisme répudié, on descendit insensiblement aux opi-

|1) VweYVtmeri, 90 juillet 1850.

nions dites évangéliqtles, à celles du calvinisme et du puritanisme le plus rigide, pour finir par celles dtt latitudinarisme le plus illimité, ou parle pur arianisiîiè et le socinianisme. Cette Église àdmil dans-son sein, et c'est un journal anglican qui l'atteste, ■ des oppositions notoires de doctrines, et rioii pas de simples diffëren- . ou des degrés divers d'opinions, ou des discussions spéculatives seulement, niais des contradictions directes, formelles et publiques... Elle permit a une élfisse de ministres de prêcher une doctrine, et à une autre d'en prêcher la contradictoire >< (1). L'o/j/j< lion des doctrines sut ce qui conci rni 1< - sa< reménts est le grand mat de tios temps, disait naguère, dans ariédeses lettres pastorales, l'évêque anglican cTExetër dont nous parlions tout à l'heure. « C'est surtout an.\ doctrines de l'Église, disait, il n"\ a pas longtemps, un autre ministre anglican dans un sermon prêché à Liverpool à l'occasion de la conversion à l'Église catholique romaine de son curé, le Rév. Wells; c'est surtout à ses doctrines fondamentales et clairement définies qu'un grand nombre de ceux qui envahissent nos autels ont déclaré la guerre avec une fureur schisinatique. Cet état de ch le cancer qui ronge

notre Église, c'est la peste qui oblige à s'éloigner d'elle les hommes sérieux qui auraient versé leur sang pour sa cause, si elle avait été fidèle à elle-même.

l English Churchman, 2] mars I84f

Mais il n'en est pas ainsi. Les hérésies les plus abominables sont ouvertement enseignées dans nos chaires, sans que l'autorité s'en inquiète. Non-seulement on ni*3, les plus saintes doctrines de l'Évangile, telles que la succession apostolique, la régénération baptismale, la participation réelle au corps de Jésus- Christ dans l'Eucharistie; mais encore on porte le blasphème jusqu'à les appeler des doctrines trompeuses, et on ruine ainsi tout l'enseignement de notre Église... Ce sont les anomalies de notre Église qui ont déterminé celui dont la défection nous désole à chercher ailleurs la vérité. 11 m'a souvent exprimé. dans sa perplexité et sa douleur, l'impossibilité où il se trouvait, d'avoir encore confiance dans une Église qui est incapable de maintenir son autorité dans renseignement dogmatique, qui se montre également impuissante à réprimer l'hérésie et à définir la vérité, qui n'ose pas fixer le sens de. ses propres formules de foi, qui permet à son clergé de fraterniser avec les sectes dissidentes, de fouler aux pieds tous les principes de discipline. Ses évoques sont insultés; on se rit de leurs excommunications ; on a prouvé que sa théorie de sympathie catholique avec les autres brar ches de l'Église est une rêverie vide de sens » (1).

(1) Sermon prêché par le Rév. Cecil Wray dans l'église de Saint-Martin à Liverpool on 1847.

Que disent après cela les prêtres et les diacres du royaume lomhardo-vènitien de cotte Église anglicane, avec laquelle ils

En changeant de ministres on change de doctrines, et à peine pouvez-vous trouver dix paroisses conti-

gués les nues aux autres dans les campagnes, ou dans les villes un peu considérables, où le même enseignement se fasse entendre de toutes les chaires. C'est un fait connu* que l'évêque de Calcutta ayant à prêcher en Angleterre, on lui donna la carte théologique des paroisses où il avait à prêcher, afin qu'il sût d'avance où il pourrait prêcher ce qu'il croyail le pur Évangile, et où il aurait à garder le silence sur toutes /es matières controversées pour ne pas aller contre ce qu'on y enseignait habituellement; et, par matières controversées, on entend ici les points fondamentaux du dogme chrétien que nous rappelions tout à l'heure (1). La diversité et l'opposition de sentiments des ministres sur le dogme sont si bien connues, que, lorsque quelqu'un est choisi pour une cure vacante , on demande immanquablement « quelles sont ses opinions religieuses. » Il est bon à ce propos de jeter un coup d'œil sur la Gazette ecclésiastique, où les recteurs et les curés anglicans se communiquent les uns aux autres leurs désirs el leurs besoins. Vous trouvez

cherchaient naguère à entrer en communion 1 Connaissaientils cette Eglise, ou bien ne la connaissaient-ils pas ! S'ils la connaissaient, comme ils la cherchaient néanmoins, ils sont des impies; s'ils ne la connaissaient pas, ils uni agi en insensés, comme ils le sont en effet.

I English Churchmav, mars 1846.

là une riche variété de types théologiques, auxquels chaque i li listre t';ii! respectivement appel. Les uns s'en, tiennent à V Église, et c'est pourquoi ils se disent partisans des principes de la haute Églis< -pi-

is (le la haute Église mais des opinions modérées, des principes orthodoxes et modéré (Je la haute Église, et non des principes tractaristes (l), des opinions communément dites de la haule Église, mais non poussées à l'extrême. Les autres prennent pour type les trente-neuf articles entendus dans leur sens littéral, naturel, grammatical; quelques-uns cependant professent d'une manière un peu plus vague la conformité de leurs opinions avec le livre des Communes prières. Pour beaucoup, l'unique critérium est la prétention d'être évang cliques, si ce n'est que quelques-uns se disent simplement avoir des sentiments évangéliques , d'autres des sentiments décisivemeiit évangéliques , d'autres des vues licitement évangéliques , d'autres un sens évangélique non calviniste, d'autres des opinions qu'on pourrait appeler évangéliques. Pour une autre classe d'adep-

. Le tractarianismt est le critérium principal : de là, tel qui se dit pur de tractarianisme, tel autre qui se dit décidément opposé à l'hérésie du tractarianisme, tel autre qui libre de toutes les tendances tractaria-

1 On désigne sous ce aom les doctrines des docteurs puséistes d'Oxford, auteurs dos petits traités Note du traducteur

nistiques, tel autre qui également exemptde latitu /narismee\ de tractarianisme... Tous ensuite, par un mouvement bien naturel, s'appellent eux-mêmes éminemment orthodoxes; en diverses manières fois, les uns se disant décidément orthodoxes, les autres strictement orthodoxes, mais éloignés de tous les extrêmes, ou bien orthodoxes modérés, ou bien, en tournant la phrase, modérés orthodoxes.

Vous ne voyez là qu'un très léger échantillon d'un riche magasin de nouveautés recueillies dans un article de la Revue de Dublin, et extraites de trois articles seulement pris au hasard dans la Gazette ecclésiastique anglicane (1). Encore ne marque-ton pas ici ce qu'il y a de pire, Bavoir le nestorianisme, qui envahil une grande partie de ce clergé. Tout ce que nous disons du bas clergé doit se dire aussi de la haute classe du clergé, c'est-à-dire des évêques, que le ministère civil choisit à dessein parmi les latitudinaristes, ou les sociniens et les rationalistes, pour occuper les sièges anglicans au fur et à mesure qu'ils viennenl à vaquer. Voici ce qu'en dit un journal : « Il paraît certain que l'évêché anglican vacant de Norwich va être conféré (par lord John Russell, premier ministre) au D'Hinds, chapelain du D'Whateley. Et pourtant le Dr Ilinds a publié un ouvrage

(2) Dublin Review, iv xxxix, mars 1846, article Développement dn protestantisme, p. 195.

intitulé Les trois temples du seul vrai Dieu (1), dont l'objet est d'expliquer la doctrine de la sainte Trinité, premièrement sous la loi, secondement dans l'Évangile, troisièmement dans l'Église. Tout le monde y voit le caractère de l'interprétation sabellienne, nouvellement adoptée par l'archevêque protestant de Dublin Whateley, dans la définition du mot Personne donnée par ce dernier dans son traité de logique composé pour le peuple. Que lord John Russell , qui certainement n'est pas trop ami du symbole athanasien, se soit porté à faire une telle nomination, il n'y a pas sujet d'en être surpris; mais ce qui est remarquable, c'est l'apathie du clergé anglican, qui n'en a manifesté aucun mécontentement. Il parait qu'après l'échec essuyé par ce clergé dans sa réclamation contre le choix fait du Dr Ilampden (autre évêque socinien), il trouve mieux de céder que d'opposer une résistance inutile » (*2). Le Gardien, feuille protestante, déplore en termes amers cette nomination et cette tendance du gouvernement à combler les vides de l'épiscopat au moyen de latitudinaristes tels que les Drs Hampden, Hinds et Whateley. Qui empêchera que ces sortes de nominations ne se multiplient, au point qu'il n'y ait plus dans tout le corps épiscopal que des hommes de cette école, c'està-dire des latitudinaristes déclarés?

i Three Temples ofthe one true God.

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